Négociations de Bucer : mort de Zuingle à la guerre
Ce fut donc un point résolu de la nouvelle Réforme , qu'on pouvoit prendre les armes , et qu'il falloit se liguer. Dans i
cette conjoncture, Bucer entama ses négociations avec Luther; Bt soit qu'il le trouvât porté à la paix avec les Zuingliens par le désir de former une bonne ligue, ou que, par quelque autre moyen il ait su le prendre en bonne humeur , il en remporta j
de bonnes paroles. Il part aussitôt pour joindre Zuingle : mais j
la négociation fut interrompue par la guerre qui s'émut entre les cantons catholiques et les protestants. Les derniers, quoique plus forts, furent vaincus; Zuingle fut tué dans une bataille; et ce disputeur emporté sut montrer qu'il n'étoit pas moins hardi combattant. Le parti eut peine à défendre cette valeur à contre-temps d'un pasteur; et on disoit pour excuse qu'il avoil suivi l'armée protestante pour y faire son personnage de ministre, plutôt que celui de soldat (Hosp, ad ann. 1531.) : mais enfin il étoit constant qu'il s'étoit jeté bien avant dans la mêlée , et qu'il y étoit mort l'épée à la main. Sa mort fut sui- >ie de celle d'OEcolampade. Luther dit qu'il fut accablé des coups du diable, dont il n'avoit pu soutenir l'effort (TV. de <ibrog. Miss, t, vu. 250.); et les autres, qu'il étoit mort de douleur, et n'avoit pu résister à l'agitation que lui causoient tant de troubles. En Allemagne , la paix de Nuremberg tempéra les rigueurs du décret de la diète d'Ausbourg : mais les Zuinghens furent exceptés de l'accord, non-seulement par les Catholiques , mais encore par les Luthériens ; et l'électeur Jean Frédéric persistoit invinciblement à les exclure de la iisue , jusqu'à ce qu'ils fussent convenus avec Luther de l'article de la Présence. Bucer poursuivoit sa pointe sans se rebuter, et par toutes sortes de moyens il s'efforçoit de surmonter cet unique obstacle de la réunion du parti.
Se persuader les uns les autres étoit une chose jugée impossible, et déjà vainement tentée àMarpourg. La tolérance mutuelle, en demeurant chacun dans ses sentiments, y avoit été rpjeléeavec mépris par Luther; et il persistoit avec Melanclon
à dire qu'elle faisoit tort à la vérité qu'il défendoif. Il »> avoit donc plus d'autre expédient pour Bucer, que de se jeter dans des équivoques , et d'avouer la présence substantielle d'une manière qui lui laissât quelque échappatoire.
4. Fondement des équivoques de Bucer pour concilier les partis.
Le chemin par où il vint à un aveu si considérable , est merveilleux. Cétoit un discours commun des Sacramentaires, qu'il se falloit bien garder de mettre dans les sacrements de; simples signes. Zuingle môme n'avoit point fait de difficulté d'y reconnoître quelque chose de plus ; et pour vérifier son discours , il suffi soit qu'il y eût quelque promesse de grâceannexée aux sacrements. L'exemple du Baptême le prouvoit assez. Mais comme l'Eucharistie n'étoit pas seulement instituée comme un signe de la grâce , et qu'elle étoit appelée le corps et le sang ; pour n'en être pas un simple signe, constamment le corps et le sang y doivent être reçus. On dit done qu'ils y étaient reçus par la foi : c'étoit le vrai corps qui étoit reçu ; car Jésus-Christ n'en avoit pas deux. Quand on en fut venu à dire qu'on recevoit par la foi le vrai corps de Jésus- Christ , on dit qu'on en recevoit la propre substance. Le recevoir sans qu'il fût présent n'étoit pas chose imaginable. Voilà donc, disoit Bucer, Jésus-Christ substantiellement présent. Il n'étoit plus besoin de parler de la foi, et il suffisoit de lasousentendre. Ainsi Bucer avoua dans l'Eucharistie , absolumenf et sans restriction, la présence réelle et substantielle du corps et du sang de notre Seigneur, encore qu'ils demeurassent uniquement dans le ciel : ce qu'il adoucit néanmoins dans la suite. De cette sorte , sans rien admettre de nouveau, il changea tout son langage : et à force de parler comme Luther, il se mit à dire qu'on ne s'étoit jamais entendu , et que cette longue dispute, dans laquelle on s'étoit si fort échaufl'é, n'étoit qu'une dispute de mots.