‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 38 sur 177 · S*il faUoit admettre une présence locale · texte numérisé non relu

S*il faUoit admettre une présence locale

Il restoit encore à Bucer deux fécondes sources de chicane et d'équivoque : l'une dans le mot de local, et l'autre dans le mot de sacrement ou de mystère.

Luther et les défenseurs de la présence réelle n'avoient jamais prétendu que le corps de notre Seigneur fût enfermé dans l'Eucharistie, comme dans un lieu par lequel il fût mesuré et compris à la manière ordinaire des corps: au contraire ils ne croyoient dans la chair de notre Seigneur, qui leur étoit distribuée à la sainte table, que la simple et pure substance avec la grâce et la vie dont elle étoit pleine ; mais au surplus dépouillée de toutes qualités sensibles, et des manières d'être que nous connoissons. Ainsi Luther accordoit facilement à Bucer que la présence dont il s'agissoit n'étoit pas locale, pourvu qu'il lui accordât qu'elle étoit substantielle, et Bucer appuyoit beaucoup sur l'exclusion de la présence locale, croyant afifoiblir autant ce qu'il étoit forcé d'avouer de la présence substantielle. Il se servoit même de cet artifice pour exclure la manducation du corps de notre Seigneur qui.se faisoit par la bouche. Il la trouvoit non-seulement inutile, mais encore grossière, charnelle, et peu digne de l'esprit du christianisme : comme si ce gage sacré de la chair et du sang offert sur la croix, que le Sauveur nous donnoit encore dans l'Eucharistie pour nous certifier que la victime et son immolation étoit toute nôtre, eût été une chose indigne d'un chrétien ; ou que cette présence cessât d'être véritable, sous prétexte ,que dans un mystère de foi Dieu n'avoit pas voulu la rendre sensible ; ou enfin que le chrétien ne fût pas touché de ce gage inestimable de l'amour divin, parce 4u'il ne lui étoit connu que par la seule parole de Jésus-Christ: choses tellement éloignées de l'esprit du christianisme, qu'on ne peut assez s'étonner de la grossièreté de

listes n'en approchoient pas : et c'est sur ces abstractions qu'il faisoit rouler ses équivoques.

V, Conférence de Luther avec le diable.

En ce temps Luther publia ce livre contre la messe privée, où se trouve le fameux entretien qu'il avoit eu autrefois avec l'ange de ténèbres, et où, forcé par ses raisons, il abolit, comme impie , la messe qu'il avoit dite durant tant d'années avec tant de dévotion, s'il l'en faut croire (De abrog. Miss, priv, T. VII. 216.). C'est une chose merveilleuse de voir combien sérieusement et vivement il décrit son réveil, comme en sursaut, au milieu de la nuit ; l'apparition manifeste du diable pour disputer contre lui; « la frayeur dont il fut saisie » sa sueur, son tremblement , et son horrible battement de )) cœur dans cette dispute ; les pressants arguments du dé- » mon qui ne laisse aucun repos à l'esprit ; le son de sa puis- » santé voix; ses manières de disputer accablantes, où la » question et la réponse se font sentir à la fois. Je sentis » alors , dit-il , comment il arrive si souvent qu'on meur€ » subitement vers le matin : c'est que le diable peut tuer el » étrangler les hommes ; et sans tout cela les mettre si fort l » l'étroit par ses disputes, qu'il y a de quoi en mourir, » comme je l'ai plusieurs fois expérimenté. » Il nous apprend en passant que le diable l'attaquoit souvent de la même sorte; et à juger des autres attaques par celle-ci , on doit croire qu'il avoit appris de lui beaucoup d'autres choses que la condamnation de la messe. C'est ici qu'il attribue au malin esprit ia mort subite d'Œcolampade , aussi bien que celle d'Emser autrefois si opposé au luthéranisme naissant. Je ne veux pas m' étendre sur une matière tant rebattue : il me suffit d'avoir remarqué que Dieu, pour la confusion, ou plutôt pour la conversion des ennemis de l'Eglise , ait permis que Luther tombât dans un assez grand aveuglement pour avouer, noa pas qu'il ait été souvent tourmenté par le démon , ce qui pouvoit lui être commun avec plusieurs saints; mais, ce qui lui est particulier, qu'il ait été converti par ses soins, etqflO l'esprit de mensonge ait été son maître dans un des principaux points de sa Réforme.

DES VARIATIONS, LIV. IV. iCu

C'est eu vain qu'on prétend ici que le démon ne disputa contre Luther que pour le jeter dans le désespoir, en le convaincant de son crime ; car la dispute n'est pas tournée de ce côté-là. Lorsque Luther paroît convaincu, et n'avoir plus rien à répondre , le démon ne presse pas davantage , et Luther croit avoir appris une vérité qu'il ne savoit pas. Si la chose est véritable , quelle horreur d'avoir un tel maître î Si Luther se l'est imaginée , de quelles illusions et de quelles noires pensées avoit-il l'esprit rempli î Et s'il Ta inventée , de quelle triste aventure se fait-il honneur !

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