‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 46 sur 177 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

DEPUIS 1537 jusqu'à l*an 1546.

SOMMAIRE : Le landgrave travaille à entretenir l'union entre le:» Luthériens et les Zuingliens. Nouveau remède qu'on trouve à l'incontinence de ce prince, en lui permettant d'épouser gmo seconde femme durant la vie de la première. Instruction meinO' rablo qu*il donne à Bucer pour faire entrer Luther et Melanclon dans ce sentiment. Avis doctrinal de Luther, do Bucer et do Melancton, en faveur de la polygamie. Le nouveau maria<j;c est fait ensuite de cette consultation. Le parti en a honte, et n'oso ni le nier ni l'avouer. Le landgrave porte Luther à su|[)primer l'élévation du saint Sacrement, en faveur des Suisses ((uo cette cérémonie rebutait de la ligue de Smalcalde. Luther à cette occasion s'échauffe de nouveau contrôles Sacramentaires. Dessein de Melancton pour détruire le fondement du sacrifice de l'autel. On reconnaît dans le parti que le sacrifice est inséparable de la présence réelle et du sentiment de Luther. On en avoue autant de l'adoration. Présence momentanée, et dans la seule récep- 'wn, comment établie. Le sentiment de Luther méprisé par Melancton et par les théologiens de Leipsick et de Vitemberg. Tlièses emportées de Luther contre les théologiens de Louvain. |l reconnaît le sacrement adorable; il déteste les Zuingliens, et '• meurt.

' L'incontinence scandaleuse du landerave, et quel remède on y trouT<i dans la Réforme.

(1539.) L'accord de Vitemberg ne subsista guère : c'étoit ^ûe erreur de s'imaginer qu'une paix plâtrée comme celle-là pût être de longue durée, et qu'une si grande opposition ^8 la doctrine, avec une si grande altération dans les es- PHts, pût ôlie surmontée par des équivoques. Il échappoit *<^njoars à Luther quelque mot fâcheux contre Zuingle. Ceux ^Zurich ne manquoient pas de défendre leur docteur: mais ^iiippe, landgrave de Hesse, qui avoit lov\iovvrs d^w^^V^^^^K

çât leur iaissemblée par déposséder un président naturel poi une cause commune? Et donneroient-ils un exemple ino dans tous les siècles passés? Ces choses ne s'accordoient pa^ et dans ce conflit des Luthériens, il paroissoît clairemei qu'après avoir renverse certains principes, tout ce qu'on M est insoutenable et contradictoire.

27 . Raisons de la restriction que mit Melancton à sa souscription ûaà les articles de Smalcalde.

Si on persistoit à refuser le concile que le Pape avoit cou voqué, Melancton n'espéroit plus de remède au schisme; i ce fut à cette occasion qu'il dit les paroles que nous avoffl rapportées, que la discorde étoit éternelle, faute d'avoir rï connu l'autorité de l'Ordre sacré {Lih. iv. ep. 196. Gi-dessui «. 22.). Affligé d'un si grand mal, il suit sa pointe ; et quoique l'opinion qu'il avoit ouverte pour le Pape, ou plutôt pon l'unité de l'Église dans l'assemblée de Smalcalde, y eût éH rejetée, il fit sa souscription en la forme que nous avons vne^ en réservant l'autorité du Pape.

On voit maintenant les causes profondes qui l'y obligèrent, et pourquoi il vouloit accorder au Pape la supériorité sur lef évêques. La paix, que la raison et rexpèrience des dissensioni de la secte lui faisoient voir impossible sans ce moyen. Il porta à rechercher malgré Luther un secours si nécessaire. Sa conscience à ce coup l'emporta sur sa complaisance; et il ajouta seulement qu'il donnoit au Pape une supériorité de droit humain : malheureux de ne pas voir qu'une primauté, que l'expérience lui montroit si nécessaire à l'Église, mériloil bien d'être instituée par Jésus-Christ, et que d'ailleurs, oac chose qu'on trouve établie dans tous les siècles ne pouvoii venir que de lui !

2S. Paroles de Melancton sur l'autorité de FÉglise.

Les sentiments qu'il avoit pour l'autorité de l'Église étoienl

surprenants: car encore qu'à l'exemple des autres Protestantt

il ne voulût pas avouer l'infaillibilité de l'Eglise dans la di*-

piite, de peur, disoit-il, de donner aux hommes une trop

DES VAUIATIONSy LIY. V. âl.i

[fiande prérogative, son fond le portoît plus loin : il répétait [Tant que Jésas-Christ avoit promis ù son KîJ^Iise de la soulir éternellement; qu'il avoit promis que son œuvre, c'esllîre son Église, ne serait jamais dissipée jii abolie; et ['ainsi, se fonder sur la foi de FÉglise, c'étoii s(> fonder non ^point sur les hommes, mais sur la promesse de ^ésus-Ghrist même (Lib. i. ep. 107. iv. 76. 7S3. 845. «70. etc.), Çest ce

fui lui faisoit dire: a Que plutôt la terre s'ouvre sous mes pieds, qu'il m'arrivede m'éloigner du sentiment de TÉgliso dans laquelle Jésus-Christ règne. » Kt ailleurs une iniinité fois : « Que l'Église juge, je me soumets au jugement de l'Eglise » (Lib. m. ep. 44. L. i. ep. 67. 10,5. lib. ii. ep. 159. ). 11 est vrai que la foi qu'il avoit à la promesse vacilloit iODvent; et une fois, après avoir dit selon le fond de son feœnr: a Je me soumets à l'Eglise catholique, » il y ajoute, « c'est-à-dire aux gens de bien, et aux gens doctes » (Lib. i. 109.). J'avoue que ce c^est-à-dire détruisoit tout; et on voit llden quelle soumission est celle, où, sous le nom des gens de \hien et des gens doctes, on ne connoît dans le fond que qui Ton veut : c'est pourquoi il en vouloit toujours venir à un caractère rqué, et à une autorité reconnue, qui étoit celle des évêqoes.

B. Melancton ne se peut déprendre de Topinion de la justice imputative, quelque f^âce que Dieu lui fasse pour en revenir. Deux vérités , qa'U reconnoit.

Si on demande maintenant pourquoi un homme si désireux

delà paix ne la chercha pas dans l'Eglise, et demeura éloijnié

de l'ordre sacré qu'il vouloit tant établir, il est aisé de Ten-

tendre ; c'est à cause principalement qu'il ne put jamais revc-

Bir de sa justice imputée. Dieu lui avoit pourtant fait dr;

grandes grâces, puisqu'il avoit connu deux vérités capables do

fe ramener: l'une, qu'il ne folloit pas suivre une doctrine

îu'on ne trouvoit pas dans l'antiquité, a Délibérez, disoiî-il à

*Brentius {Lib. m. ep. 114.), avec rancicnne Eglise. » Et

encore : a Les opinions inconnues à l'ancienne Eglise ne sont

* pas recevables » (Mel. de Eccl. Cath. ap. Lut. T. i. 444.).

l'autre vérité, c'est que sa doctrine de la justice imputée ne

obligé de se trouver (Instr. n, 3.). Y mener une femm qualité de la sienne, c'étoit un trop grand embarras, ses prédicateurs lui remontroient qu'il devoit punir les tères et les autres crimes semblables : « Comment, di » punir les crimes où je suis plongé moi-même? Lors » m'expose à la guerre pour la cause de l'Évangile, je » que j'irois au diable si j'y étois tué par quelque coup » ou de mousquet {Ibib, n. 5.). Je vois qukvec la femn » j'ai, ni je ne puis, ni je ne veux changer de vie, d » PRENDS Dieu a témoin ; de sorte que je ne trouve » moyen d'en sortir que par les remèdes que Dieu a pc » l'ancien peuple » (Ibid. n. 6.), c'étoit-à-dire la poly

^. Suite de rinstniction. Le landgrave promet a Luther les biens i nastères, si on favorise son dessein.

Là il rapporte les raisons qui lui persuadent qu'ell pas défendue sous l'Évangile {Ibid. n. 6. et aeq.) ; et c y a de plus mémorable, c'est qu'il dit « savoir que Lui » Melancton ont conseillé au roi d'Angleterre de m » rompre son mariage avec la reine Fa femme, mais a\ » d'en épouser encore une autre » (Ibid. n. 6.). C'est core un secret que nous ignorions. Mais un prince si bi( truit dit qu'il le sait, et il ajoute qu'on lui doit d'autant accorder ce remède, qu'il ne le demande que pour le s son âme. « Je ne veux pas, poursuit-il, demeurer plus » temps dans les lacets du démon, je ne puis, ni ne veu: » tirer que par cette voie: c'est pourquoi je demande » ther, à Melancton et à Bucer même, qu'ils me donn » témoignage que je la puis embrasser (bistr. n. il. » s'ils craignent que ce témoignage ne tourne à scandi » ce temps, et ne nuise aux affaires de l'Évangile, s'i » imprimé, je souhaite tout au moins qu'ils me donnei » déclaration par écrit, que si je me mariois secrète » Dieu n'y seroit point offensé, et qu'ils cherchent les n » de rendre avec le temps ce mariage public ; en sorte » femme que j'épouserai ne passe pas pour une pei » malhonnête ; autrement, dans la suite du temps, V » en seroit scandalisée » (Ibtd. n. VL^.

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dus I*£criture ce qu'on ne voyoit point dans les Pères, pas Blême dans saint Augustin, le docteur et le défenseur de la Crace justifiante contre les Pélagien?, dont aussi toute TE- ^ avoit toujours en ce point constamment suivi la doc- Une?

SO. UelanctoD ne peut ni se contentor lui-même sur la justice imputa- ! tiye ni se résoudre à la quitter.

Afais ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est que lui- Pmême, tout épris qu'il étoit de la spécieuse idée de sa justice impulative, il ne pouvoit venir à bout de l'expliquer à son gré. ^ Non content d'en avoir établi le dogme très-amplement dans i la Confession d'Ausbourg, il s'applique tout entier à l'expliî quer dans l'Apologie ; et pendant qu'il la composoit, il écrivoit à son ami Cainerarius : Je souffre vraiment un très-grand rt un très-irénihle travail dans V Apologie, à l'endroit de la justification, que je désire expliquer utilement (Lib. iv. ep. 1 10. Omnino valde multum laboris sustineo, etc.). Mais du moins après ce grand travail, aura-t-il tout dit? Ecoulons ce qu'il en éôit à un autre ami : c'est celui que nous avons vu qu'il reprenoit comme encore trop attaché aux imaginations de saint Augustin: «J'ai, dit-il (Lib, i. ep, 95.), Uiché d'expliquer

> celte doctrine dans l'Apologie ; mais dans ces sortes de dis- » cours les calomnies des adversaires ne permettent pas de «s'expliquer comme je fais maintenant avec vous : quoiqu'au ^ fond je dise la même chose. » Et un peu après: « J'espère

> que vous recevrez quelque sorte de secours par mon Ai>o- » logie, quoique j'y parle de si grandes choses avec précau- » tion. » A peine toute celte lettre a-t-elle une page : l'Apologie sur cette matière en a plus de cent; et néanmoins celte lettre, selon lui, s'explique mieux que l'Apologie. C'est qu il h'osoit dire aussi clairement dans l'Apologie qu'il faisoit dans cette lettre, « qu'il faut entièremknt éloignkr ses yeux de » l'accomplissement de la loi, même de celui qi e le Saint- » Esprit FAIT en nous. » Voilà ce qu'il appeloit rejeter limagination de saint Augustin. Il se voyoit toujours pressé de celte demande des Catholiques: si nous sommes agréables à Dieu indépendamment de toute bonne œuvre et de tout ac-

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» fût contraire à ses intérêts, je crains pourtant que les Imy> périaux ne m'engagent à quelque chose qui ne seroît pu » utile à cette cause et à ce parti. Je demande donc, cou- 1 » clut-îl, qu'ils me donnent le secours que j'attends, depearl » que je ne Taille chercher en quelque autre lieu moins"^ » agréable, puisque j'aime mieux mille fois devoir mon repoi' » à leur permission, qu'à toutes les autres permissions ho-* )) maines. Enfin je souhaite d'avoir par écrit le sentiment d«^ » Luther, de Melancton et de Bucer, afin que je puisse w»- » corriger, et approcher du sacrement en bonne conscience. )) Donné à Melsingue le dimanche après la sainte Catherin» » 1559. Philippe, landgrave de Hesse.

6. ÂTis doctrinal de Luther. 1a polygamie accordée par lui et les aotres chefs des Protestants.

L'instruction étoit aussi pressante que délicate. On voit les ressorts que le landgrave fait jouer: il n'oublie rien; et quelque mépris qu'il témoignât pour le Pape, c'en étoit trop pour les nouveaux docteurs de l'avoir seulement nommé en celte occasion. Un prince si habile n'avoit pas lâché cette parole sans dessein ; et d'ailleurs c'étoit assez de montrer la liaison qu'il sembloit vouloir prendre avec l'Empereur, pour faire trembler tout le parti. Ces raisons valoient beaucoup mieitt que celles que le landgrave avoit tâché de tirer de l'Ecriture. A de pressantes raisons on avoit joint un habile négociateur. Ainsi Bucer tira de Luther une consultation en forme, dont l'original fut écrit en allemand de la main et du style de Melancton (Voyez à la fin de ce livre, vi.). On permet au landgrave, selon V Évangile (Consult. de Luther, n. 21. 22.), (car tout se fait sous ce nom dans la Réforme) d'éiiouser une autre femme avec la sienne. Il est vrai qu'on déplore l'état où il est, de ne pouvoir s abstenir de ses adultères tant qu'il nauri qu'une femme (Consult. de Luther, n. 20.), et on lui représente cet état comme très-mauvais devant Dieu, et comme contraire à la sûreté de sa conscience (N. 21.). Mais en môme temps et dans la période suivante on le lui permet, et on lui déclare qu'il peut épouser une seconde femme, s'il y est entièrement résolu, pourrw seulement qu'il tienne le c<w secret. Ainsi

une même boache prononce le bien et le mal (Jac, m. 10.). Ainsi le crime devient permis en le cachant. Je rougis d'écrire ces choses, et les docteurs qui les écrivirent en avoient honte. Cest ce qu'on voit dans tout leur discours tortueux et embarrassé. Mais enfm il fallut trancher le mot, et permettre au landgrave en termes formels cette bigamie si désirée. Il fut dit pour la première fois depuis la naissance du christianisme, par des gens qui se prétendoicnt docteurs dans TE- ^se, que Jésus-Christ n'avoit pas défendu de tels mariages : cette parole de la Genèse, Ils seront deux dans une chair (Ibid. n. 6. Gen. ii. 2-i.), fut éludée, quoique Jésus-Christ Teùt réduite à son premier sens, et à son institution primitive qui ne souffre que deux personnes dans le lien conjugal (Matth. XIX. 4. 5. 6.). L'avis en allemand est signé par Luther, Bucer et Melancton (Livl des Consid, conscienc, 5. n. 2.). Deux autres docteurs, dont Melander, ministre du landgrave, éloitTun, le signèrent aussi en latin ù Yitemberg au mois de décembre 1539. Cette permission ïui iicccftdéc par forme de Hipense, et réduite au cas de nécessité (Consul, n. 4. 10. 21.) ; car on eut honte de faire passer cette pratique en loi générale. On trouva des nécessités contre l'Evangile ; et après avoir tant blâmé les dispenses de Rome, on osa en donner une de cette importance. Tout ce que la Réforme avoit de plus renommé en Allemagne consentit à cette iniquité : Dieu leslivroit visiblement au sens réprouvé: et ceux qui crioient contre les abus, pour rendre l'Eglise odieuse, en commettent de plus étranges et en plus grand nombre dès les premiers temps de leur Réforme, qu'ils n'en ont pu ramasser ou inventer dans la suite de tant de siècles, où ils reprochent à l'Eglise sa corruption.

7. Ce que répondent les Consultants sur le sujet de l'Empereur.

Le landgrave avoit bien prévu qu'il feroit trembler ses docteurs, en leur parlant seulement de la pensée qu'il avoit de traiter de cette affaire avec l'Empereur. On lui répond îue ce prince n'a ni foi, ni religion ; que c'est un trompeur qui n'a rien des mœurs germaniques, avec qui il est dangereux ^ prendre des liaisons (Ibid. n. 25. 24.). Écrire ainsi à un

prince de TEmpire, qu*est-ce autre chose que de mettre toute r Allemagne en feu? Mais qu'y a-t-il de plus bas que ce qu'on voit à la tête de cet avis? Notre pauvre Eglise, disent-ils (Ibid. n. 3.), petite, misérable et abandonnée, a besoin ée princes régents vertueux. Voilà, si on sait l'entendre, la raison des nouveaux docteurs. Ces princes vertueux, dont on avoit ^■ besoin dans la Réforme, étoient des princes qui vouloient ] qu'on fît servir l'Évangile à leurs passions. L'Église, pour ^ son repos temporel, peut avoir besoin du secours des princes:* j* mais établir des dogmes pernicieux et inouïs pour leur com- -^ plaire, et leur sacrifier par ce moyen l'Evangile qu'on se vante de venir rétablir, c'est le vrai mystère d'iniquité, et ' l'abomination de la désolation dans le sanctuaire.

8. Le secret du second niaria<;e qui devoit passer pour concubinag;e : ett scandale méprisé par les coiisultints.

Une si infâme consultation eût déshonoré tout le parti, et les docteurs qui lar souscrivirent n'auroient pas pu se sauver des clameurs publiques, qui les auroient rangés, comme ils l'avouent, parmi les Mahométans, ou parmi les Anabaptistes, qui font un jeu du mariage. Aussi le prévirent-ils dans leur avis, et défendirent sur toutes choses au landgrave de découvrir ce nouveau mariage (Consul, n. 10. 18.). Il ne devoity avoir qu'un très-petit nombre de témoins, qui dévoient encore être obligés au secret, sous le sceau de la confession (Ibid. n. 21.), c'est ainsi que parloit la consultation. La nouvelle épouse devoit passer pour concubine. On aimoit mieux ce scandale dans la maison de ce prince, que celui qu'auroii causé dans toute la chrétienté l'approbation d'un mariage s contraire à l'Évangile, et à la doctrine commune de tous les chrétiens.

Le second mariage se fait en secret: le contrat qui en fut passé.

(1540.) La consultation fut suivie d'un mariage dans les formes entre Philippe, landgrave de Hesse, et Marguerite de Saal, du consentement de Christine de Saxe sa femme. Le prince en fut quitte pour déclarer en se mariant qu'il ne prenait cette seconde femme par aucune légèreté ni curiosité,

laîs par « d'inévitables nécessités de corps et de conscience, qne Son Altesse aToit expliquées à beaucoup de doctes, prudents, chrétiens et dévots prédicateurs, qui lui avoient conseillé de mettre sa conscience en repos par ce moyen » Intt. copuku. Voyez à la fin de ce liv. yi). L'instrument de ce nariage, daté du 4 mars 1540, est, avec la Consultation, ians le livre qui fut publié par l'ordre de rélecteur Palatin. A prince Ernest a encore fourni les mêmes pièces: ainsi fies sont publiques en deux manières. Il y a dix ou douze U18 qu'on en a produit des extraits dans un livre qui a couru toute la France (Lettres de Gastineau,), sans avoir été contredit; et on vient de nous les donner on forme si authentique (yarill. hist. de VHérés. lih. xii.), qu il n'y a pas moyen d'en teer. Pour ne rien laisser à désirer, j'y ai joint l'instruction do landgrave : et l'histoire maintenant est complète.

10. Képoiue du landgraYe et de Luther à ceux qui leur reprochent ce maria a; e.

Les cnmes échappent toujours par quelque endroit. Quellae précaution qu'on eût prise pour cacher ce mariage scan- ^eux, on ne laissa pas d'en soupçonner quelque chose ; et il *8t certain qu'on l'a reproché au landgrave aussi bien qu'à Luther dans des écrits publics : mais ils s'en tirèrent par des Vivoques. Un auteur allemand a publié une lettre du land- S^îîe à Henri le jeune, duc de Brunswick {Hortlederus de ^^, belL Germ. an. 1540.), où il lui parle en ces termes: «Vous me reprochez un bruit qui court, que j'ai pris une

• seconde femme, la première étant encore en vie. Mais je ^ Vous déclare que si vous, ou qui que ce soit, dites que j'ai

* contracté un mariage non chrétien, ou que j'ai fait quelque ^ chose indigne d'un prince chrétien, on me Timpose par ' pure calomnie : car, quoiqu'envers Dieu je me tienne pour ^ an malheureux pécheur, je vis pourtant en ma foi et en ma ' conscience devant lui d'une telle manière que mes confes-

> seurs ne me tiennent pas pour un homme non chrétien. Je ' ne donne scandale à personne et je vis avec la princesse

> ma femme dans une parfaite intelligence. » Tout cela étoit rentable selon sa pensée ; car il ne prétendoit pas que le

mariage qu'on lui reprochoit fût non chrétien. La landgran^ sa femme eu étoit contente, et la Consultation avoit fermé J# bouche aux confesseurs de ce prince. Luther ne répond pa^ avec moins d'adresse. On reproche, dit-il {T. vu. Jen, foU 425.), a au landgrave que c'est un polygame. Je n'ai paf » beaucoup à parler sur ce sujet-là. Le landgrave est asseï » fort, et a des gens assez savants pour le défendre. Quant i » moi, je connois une seule princesse et landgrave de Hesse, » qui est et qui doit être nommée la femme et la mère en » Hesse ; et il n'y en a point d'autre qui puisse donner à ce » prince de jeunes landgraves, que la princesse qui est filte » de George duc de Saxe. » En effet, on avoit donné bon ordre que ni la nouvelle épouse ni ses enfants ne pussent porter le titre de landgraves. Se défendre de cette sorte, c*e8t aider à sa conviction, et reconnoîtro la honteuse corruption qu'introduisoient dans la doctrine ceux qui ne parloient dans tous leurs écrits que du rétablissement du pur Evangile.

1 i . Sermon scandaleux de Luther sur le maria{;e.

Après tout, Luther ne faisoit que suivre les principes qu'il avoit posés ailleurs. J'ai toujours craint de parler de ces inévitables nécessités qu'il reconnoissoit dans l'union des deux sexes, et du sermon scandaleux qu'il avoit fait à Vitemberg sur le mariage : mais puisque la suite de cette histoire m'a une fois fait rompre une barrière que la pudeur m' avoit imposée, je ne puis plus dissimuler ce qui se trouve bien imprimé dans les œuvres de Luther (r. v. Serm. de matrim. f. 125.). Il est donc vrai que dans un sermon qu'il fit à Vitemberg pour la réformation du mariage, il ne rougit pas de prononcer ces infâmes et scandaleuses paroles: c< Si elles sont » opiniâtres (il parle des femmes), il est à propos que leurs » maris leur disent : Si vous ne voulez pas, une autre le vou- » dra: Si la maîtresse ne veut pas venir, que la servante ap- » proche. » Si on entendoit un tel discours dans une farce et ^ sur le théâtre, on en auroit honte. Le chef des Réformateurs le proche sérieusement dans l'Eglise ; et comme il toumoit en dogmes tous ses excès, il ajoute : « Il faut pourtant auparavant ^j que le mari amène sa femme devant l'Eglise, et qu'il l'ad-

DBS YARIATIONS, LIY. VI. 237

■ moneste deux ou trois fois: après, répudiez-la, et prenez «Estheraulieu de Yasthi. » CVUoit une nouvelle cause do ' ëfOTce lyoutée à celle de Tadultùre. Voila comme Luther a tmté le chapitre de la réformation du mariage. Il ne lui faut pu demander dans quel Evangile il a trouvé cet article: c'est assez qu'il soit renfermé dans les nécessités qu'il a voulu croire An-dessus de toutes les lois et de toutes les précautions. Faut-il s'étonner après cela de ce qu'il permit au landgrave? 11 est vrai que dans ce sermon il oblige à répudier la première femme avant que d'en prendre une autre ; et dans la Consultition il permet au landgrave d'en avoir deux. Mais aussi le Mrmon fut prononcé en 1522, et la Consultation est écrite en 1S59. Il étoit juste que Luther apprît quelque chose en dixsept ou dix-huit ans de Réformation.

12i Le landgrave obUge Luther à siipprini er dans In messe réiéyation da saint Sacrement : comment on se servit de cette occasion pour réchauffer de nouveau contre les Sacrumentaires.

(1542. 1543.) Depuis ce temps le landgrave eut un {Pouvoir presque absolu sur l'esprit de ce patriarche de la Réforme ; et après en avoir senti le foible dans une matière si essentielle, il ne le crut pas capable de lui résister. Ce prince étoit ])eu ^rsé dans les controverses; mais en récompense il sa voit en hibile politique concilier les esprits, ménager les intérêts différents, et entretenir les ligues. Sa plus grande passion étoit de faire entrer les Suisses dans celle dé Smalcalde. Mais illesvoyoit offensés de beaucoup de choses qui se pratiquoient parmi les Luthériens, et en particulier de l'élévation du saint Sacrement que l'on continuoit de faire au son de la cloche, k peuple frappant sa poitrine, et poussant des gémissements et des soupirs (Gasp. Peuc. nar, hist, de Phil. Mel, soceri sut ^tntmt, de Ccen, Dom, Ambergœ. 159G. p. 24.)- Luther avoit ^îonservé vingt-cinq ans ces mouvements d'une piété dont il savoit bien que Jésus-Christ étoit l'objet: mais il n'y avoit Hen de flxe dans la Réforme. Le landgrave ne cessa d'attaquer Luther sur ce point, et il le persécuta tellement, qu'apràs avoir laissé abolir cette coutume dans quelques églises de son parti, à la fin il l'ôta lui-même dans celle de Vitem-

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