Autres raisons aussi frivoles
Mais Melancton répondoit (et c' étoit la grande raison qu'il ne cessoit de répéter) que la promesse de Dieu ne s'adressant pas au pain, mais à l'homme, le corps de notre Seigneur ne devoit êlrc dans le pain que lorsque l'homme le recevoit (Hosj), ibid, Mel lib, ii. ep, 25, 40. lib, m. 188. 189, etc.). Par un semblable raisonnement on pourroit aussi bien conclure que l'amertume de l'eau de Marane fut corrigée (Exod. XV. 25.), ou que l'eau de Cana ne fut faite vin {Joan ii.), que dans le temps qu'on en but; puisque ces miracles ne se faisoient que pour les hommes qui en burent. Comme donc ces changements se firent dans l'eau, mais non pas pour l'eau, rien n'empêche qu'on ne reconnoisse de même un changement dans le pain, qui ne soit pas pour le pain; rien n'empêche que le pain céleste, aussi bien que le terrestre, ne soit Mt et préparé avant qu'on le mange: et je ne sais commCDi Melancton s'appuyoit si fovl sur urv ^i^wm^wV ^v ^itoxable.
DES VARlATIO?rS, LIY. VI. 255
» eours familiers, et les consoloient sur ce que leur maître, > lorsqu*il étoit échauffé, disoit plus qu'il ne vouloit dire x (Epist. Crucig. ad. Vit, Theod. Hosp, 194. 199. etc.); ce qui étoit, disoient-ils, un grand inconvénient; mais où ils ne voyoient point de remède.
4i. La mort de Luther.
(1546.) La lettre qu'on \ieut de voir est du 25 janvier 1546. Le 18 février suivant, Luther mourut. Les Zuingiiens, qui ne purent lui refuser des louanges sans ruiner la Réformation dont il avoit été Fauteur, pour se consoler de Tinimitié implacable qu'il avoit témoignée contre eux jusqu'à la mort, débitèrent quelques entretiens qu'il avoit eus avec ses amis, où ils prétendent qu'il s'étoit beaucoup adouci. Il n'y a aucune apparence dans ces récits: mais au fond il importe peu pour le dessein de cet ouvrage. Ce n'est pas les entretiens particuliers que j'écris, mais seulement les actes et les ouvrages publics; et si Luther avoit donné ces nouvelles marques de son inconstance, ce seroit en tout cas aux Luthériens à nous fournir des moyens de le défendre.
,42. Pièce nouvelle produite par M. Burnet sur le sentiment de Luther.
Pour ne rien omettre de ce que je sais sur ce fait, je veux bien remarquer encore que je trouve dans l'Histoire de la Réforme d'Angleterre de M. Burnet, un écrit de Luther k tocer, qu'on nous y donne avec ce litre : Papier concernant k réconciliation avec les Zuingiiens. Cette pièce de M. Bur- Wt, pourvu qu'on la voie, non pas dans l'extrait que cet ^roit historien en a fait dans son histoire, mais comme elle •e trouve dans son Recueil de pièces (T. n. liv. i. an. 1549. p. 159. Collée, des pièces, 2. part. l. i. n. 54.), fera voir les extravagances qui passent dans l'esprit des novateurs. Luther Commence par celle remarque, qu'il ne faut point dire quon ^ s'entende pas les'uns les autres. C'est ce que Buccr prétendoît toujours, qu'on ne dispufoit que des mots, et qu'on ne fi*entendoit pas : mais Luther ne ponvoit souffrir cette illusion. En second lieu, il propose une nouvelle pensée .pour concilier les deux opinions. Il faut, dit-il, que les déCe.u^evL\%
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du sens figuré a accordent que Jésus-Christ est vraiment pré- » sent: et nous, poursuit-il, nous accorderons que le seul » pain est mangé, Panem solum manducari. Il ne dit pas, nous accorderons qu'il y a véritablement du pain et du vin dans le sacrement, ainsi que M. Burnet Fa traduit; car ce n'eût pas été là une nouvelle opinion, comme Luther le promet ici. On sait assez que la consubstantiation qui reconnoît le pain et le vin dans le sacrement, avoit été reçue dans le luthéranisme dès son origine. Mais ce qu'il propose de nouveau, c'est ' qu'encore que le corps et le sang soient véritablement présents, néanmoins il n'y a que k. pain seul qui soit mangé: raffinement si absurde que M. Burnet n'en a pu couvrir l'absurdité qu'en le retranchant. Au reste, on n'a que faire de se mettre en peine à trouver du sens dans ce nouveau projet d'accord. Après l'avoir proposé comme utile, Luther tourne^ tout court, et considérant les ouvertures que Von donneroit par là à de nouvelles questions qui tendroient à établir Vépicfi" risme ; non, dit- il, il vaut mieux laisser ces deux opinioM comme elles sont, que d'en venir à ces nouvelles explications, qui ne feroient aussi bien qu'irriter le monde, loin qu'on pût les faire passer. Enfin pour assoupir cette dissension, qu'il voudroit, dit-il, avoir rachetée de son corps et de son sang, il déclare de son côté qu'il veut croire que ses adversaires sont de bonne foi. Il demande qu'on en croie autant de lui, et conclut à se supporter mutuellement, sans déclarer ce que c'est que ce support : de sorte qu'il ne paroît entendre autre chose, sinon que de part et d'autre on s'abstienne d'écrire et de se dire des injures, comme on en étoit déjà convenu, mais trèsinutilement, dès le colloque de Marpourg. Voilà tout ce que Bucer put obtenir pour les Zuingliens, pendant même que Luther étoit en meilleure humeur, et apparemment durant ces années où il y eut une espèce de suspension d'armes. Quoi qu'il en soit, il revint bientôt à son naturel; et dans la crainte qu'il eut que les Sacramcntaires ne tâchassent par leurs équivoques de le tirer à leurs sentiments après sa mort, il fit contre eux sur la fin de sa vie les déclarations que nous avons vues, laissant ses disciples aussi animés contre eux» qu'il Vavoït été lui-même.