‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 51 sur 177 · SUR LA POLYGAMIE · texte numérisé non relu

SUR LA POLYGAMIE

Au Sérénissime Prince et Seigneur Philippe, LanH^p'ave de Hesse, Gonite de Catzenienbogen. de Diets. de Ziegenhain, et de Nidda, notre clément Seigneur, nous souhaitons avant toutes choses la grâce de Dieu par Jésus-Christ.

SÉRÉNISSIME Prince et Seigneur,

L Nous avons appris de Bucer, et lu dans Tiuslructiou que Votre Allesse lui a donnée , les peines d'esprit et les inquiétudes de conscience oii elle est présentement ; et quoiqu'il nous ait paru très-difficile de répondre si tôt aux doutes qu'elle propose , nous n'avons pas néanmoins voulu laisser partir sans réponse le même Bucer, qui étoit pressé de retourner vers Votre Altesse.

II. Nous avons reçu une extrême joie , et nous avons loué Dieu de ce qu'il a guéri Votre Aitesse d'une dangereuse maladie ; et nous le prions qu'il la veuille longtemps conserver dans l'usage parfait de la santé qu'il vient de lut rendre,

III. Elle n'ignore pas combien notre Église paurre, misérable , pçtite et abandonnée , n besoin de princes régents vertueux qui la protègent ; nous ne doutons point que Dieu ne lui en laisse toujours quelques-uns, quoiqu'il menace de temps en temps de l'en priver, et qu'il la mette à l'épreuve par de différentes tentations.

IV. Voici donc ce qu'il y a d'important dans la question que Bucer nous a proposée. Votre Altesse comprend assez d'elle-même la différence qu'il y a d'établir une loi universelle, et d'user de dispense en un cas particulier pour de pressantes raisons et avecla permission de Dieu ; car il est d'ailleurs évident que les dispenses n'ont point de lieu contre la première des lois, qui est la divine.

V. Nous ne pouvons pas conseiller maintenant que l'on introduise en public , et que l'on établisse», comme par une loi, dans le nouveau Testament , celle de l'ancien , qui permettoit d'avoir plus d'une femme. Votre Altesse sait que si l'on faisoit imprimer quelque chose sur cette matière , on le prendroit pour un précepte ; d'oit il arriveroit une infinité de troubles et de scandales. Nous prions^ Votre Altesse de considérer les dangers oii serai( exposé un homme

coa vaincu d'avoir introduit en Allemagne une semblable loi , quk diviscroil les familles , el les engagcroW ew à«j \jttûçfe^ ^\^\t«U.

DES YARIATIONSy LIT. VI. 263

Quant à l'objection que Ton fait que ce qui est juste devanrt loit être absolument permis , on y doit répondre en celte re : Si ce qui est équitable aux yeux de Dieu est d'ailleurs indé et nécessaire, l'objection est véritable; s'il n'est ni com- I ni nécessaire, il faut encore avant que de le permettre égard à d'autres circonstances : et pour venir à la question

s'agit, Dieu a institué le' mariage pour être une société de personnes , et non pas de plus , supposé que la nature ne fût »rrompue ; et c'est là le sens du passage de la Genèse : Ils '. deux en une seule chair; et c'est -ce qu'on observa au encement.

Lamech fut le premier qui épousa plusieurs femmes; et ure témoigne que cet usage fut introduit contre la première

. Il passa néanmoins en coutume dans les nations infidèles, trouve même depuis, qu'Abraham et sa postérité eurent irs femmes. Il est encore constant par le Deuléronome , que de Moïse le permit ensuite , et que Dieu eut en ce point de descendance pour la foiblesse de la nature. Puisqu'il est onforme à la création des hommes , et au premier établissede leur société, que chacun d'eux se contente d'une seule !, il s'ensuit que la loi qui l'ordonne est louable; qu'elle re reçue dans l'Église; et que l'on n'y doit point introduire i contraire ; parce que Jésus-Christ a répété dans le chapitre saint Matthieu le passage de la Genèse i Ils seront deux en ule chair; et y rappelle dans la mémoire des hommes quel iû être le mariage avant qu'il eût dégénéré de sa pureté. Ce qui n'empêche pourtant pas qu'il n'y ait lieu de dispense certaines occasions. Par exemple, si un homme marié , déaptif en pays éloigné , y prenoit une seconde femme pour rer sa santé , ou que la sienne devînt lépreuse , nous ne { pas qu'en ces cas on pût condamner le iidèle qui épousele autre femme par le conseil de son pasteur ; pourvu que iûtpasà dessein d'introduire une loi nouvelle, mais seulelour satisfaire à son besoin.

Puisque ce sont deux choses toutes différentes d'introduire >i nouvelle et d'user de dispense à l'égard de la même loi , applions Votre Altesse de faire réflexion sur ce qui suit, aièrement, il faut prendre garde avant foutes choses que la té des femmes ne s'introduise point dans le monde en forme que tout le monde puisse suivre quand il voudra. Il faut en 1 lieu, que Votre Altesse ait égard à Teffroyable scandale, manquera pas d'arriver, si elle donne occasion aux ennemis vanffife âe s'écrier que nous rcsscm\>\oi\^ ak\x\ K,itt\i«^>cV&\ftSi

qui font un jeu du mariage , et aux Turcs qui prennent autant de lemmes qu'ils en peuvent nourrir.

XI. En troisième lieu , que les actions des princes sont plus en vue que celles des particuliers.

XII. En quatrième lieu que les inférieurs ne sont pas plus tôt informés que les supérieurs font quelque chose , qu'ils s'imaginent avoir la liberté d'en faire autant; et que c'est par là que la licence' devient générale.

XIII. En cinquième lieu, que les États de Votre Altesse sont remplis d'une noblesse farouche, fort opposée pour la plus grande partie à TÉvungiie, à cause de l'espérance qu'on y a comme dans les autres pays , de parvenir aux bénéfices des églises cathédrales dont le revenu est très-grand. Nous savons les impertinents discours. que les plus illustres de votre noblesse ont tenus ; et il est aisé de juger quelle seroit la disposition de votre noblesse et de vos autres sujets , si Votre Altesse introduisoit une semblable nouveauté.

XIV. En sixième lieu , que Voire Altesse , par une grâce particulière de Dieu , est en grande réputation dans l'empire et dans les pays étrangers ; et qu'il est à craindre qu'on ne diminue beaucoup de l'estime et du respect que l'on a pour elle , si elle exécute le projet d'un double mariage. La multitude des scandales, qui sont ici à craindre, nous oblige à conjurer Voire Altesse d'examiner la chose avec toute la maturité de jugement que Dieu lui a donnée.

XV. Ce n'est pas aussi avec moins d'ardeur que nous conjurons Votre Altesse d'éviter en toute manière la fornication et l'adultère; et pour avouer sincèrement la vérité, nous avons eu longtemps un regret sensible de voir Votre Altesse abandonnée à de telles impuretés, qui pouvoient être suivies des effets de la vengeance divine, de maladies et de beaucoup d'autres inconvénients.

^ XVI. Nous prions encore Votre Altesse de ne pas croire que l'usage des femmes hors le mariage soit un péché léger et méprisable, comme le monde se le figure ; puisque Dieu a souvent châtié l'impudicité par les peines les plus sévères : qiie celle du déluge est attribuée aux adultères des grands : que l'adultère de David a donné lieu à un exemple terrible de la vengeance divine : que saint Paul répète souvent, que l'on ne se moque point impunément de Dieu, et qu'il n'y aura poiht d'entrée pour les adultères au royaume de Dieu. Car il est dit au second chapitre de l'épître première à Timothée, que l'obéissance doit être compagne de la foi • si l'on veut éviter d'agir contre la conscience; au troisième cha- 'pitre de la première de saint Jean, que si notre cœur ne nous reproche rien, nous pouvons avec joie invoquer le nom de Dieu : et au chapitre vin de l'épîlre auiL ^ovûaivtt^, <\w^\!kQ>a& ^Utons, si

DKS TARIÀTIONS, LIT. VI. 265

lortifions par l'esprit ies désirs de la chair : mais que dous JDS au contraire, en marchaDt selon ]a chair, c'est-à-dire, ssant contre notre propre conscience.

[. Nous avons rapporté ces passages, afin que Voire Altesse ère mieux que Dieu ne traite point en riant le vice de l'im- , comme le suppose ceux qui, par une extrême audace , ont itiments païens sur ces matières. C'est avec plaisir que nous appris le trouble et les remords de conscience où Votre Alst maintenant pour celte sorte de défauts, et que nous avons n le repentir qu'elle en témoigne. Votre Altesse a présen- . à négocier des affaires de la plus grande importance qui dans le monde : elle est d'une complexion fort délicate et ire : elle dort peu; et ces raisons', qui ont obligé tant d'auersonnes prudentes à ménager leur corps, sont plus que ites pour disposer Votre Altesse à les imiter. II. On lit de l'incomparable Scanderberg, qui défit en tant contres les deux plus. puissants empereurs des Turcsi Amuet Mahomet II, et qui tant qu'il vécut préserva la Grèce de rrannie, qu'il exhortoit souvent ses soldats à la chasteté, et isoit qu'il n'y avoit rien de si nuisible à leur profession que sir de l'amour. Que si Votre Altesse après avoir épousé une le femme, ne vouloit pas quitter sa vie licencieuse, le redont elle propose de se servir lui seroit inutile. Il faut que 1 soit le maître de son corps dans les actions extérieures, et asse, suivant l'expression de saint Paul, que ses membres

des armes de justice. Qu'il plaise donc à Votre Altesse liner sérieusement les considérations du scandale, des tradu soin, du chagrin, et des maladies qui lui ont été repré- 3. Qu'elle se souvienne que Dieu lui a donné de la princesse ime un grand nombre d'enfants des deux sexes, si beaux et i nés, qu'elle a tout sujet d'en être satisfaite. Combien y en l'autres qui doivent exercer la patience dans le mariage, par l motif d'éviter le scandale? Nous n'avons garde d'exciter altesse à introduire dans sa maison une nouveauté si diffilous attirerions sur nous, en le faisant, les reproches et la ution, non-seulement des peuples de la Hesse , mais encore s les autres ; ce qui nous seroit d'autant moins supportable eu nous commande, dans le ministère que nous exerçons, de , autant qu'il nous sera possible, le mariage, et les autres e la vie humaine selon l'institution divine ; de les conserver

état lorsque nous les y trouvons, et d'éviter toutes sortes de

le.

. C'est maintenant la coutume du siècle de rejeter sur les

ateurs de rÊvangiie toute la faute des actions oiiiUowl^M

tant soit peu de part, lorsque i'on y trouve à redire. Le cœur de- ^ l'homme est également inconstant dans les conditions les plus re^ ^ levées et dans les plus basses ; et on a tout à craindre de ce cdté-là.l

XX. Quant à ce que Votre Altesse dit qu'il ne lui est pas possi«| ble de s'abstenir de la vie impudique qu'elle mène tant qu'e n'aura qu'une femme, nous souhaiterions qu'elle fût en meilleor* •état devant Dieu, qu'elle vécût en sûreté de conscience, qu'elk travaillât pour le salut de son âme, et qu'elle donnât à ses sojeti '-^ un meilleur exemple.

XXI. Mais enfin si Votre Altesse est entièrement résolue d'épouser une seconde femme, nous jugeons qu'elle doit le faire secrètement, comme nous l'avons dit à l'occasion de la dispense qu'elli ^ demandoit pour le même sujet ; c'est-à-dire, qu'il n'y ait que lii ^^ personne qu'elle épousera, et peu d'autres personnes fidèles qoila ^ sachent, en les obligeant au secret sous le sceau de la confession.

Il n'y a point ici à craindre de contradiction, ni de scandale con- ^ sidérable; car il n'est point extraordinaire aux princes de nourrir! r des concubines; et quand le menu peuple s'en scandalisera, leii se plus éclairés se douteront de la vérité; et les personnes prudenti aimeront toujours mieux cette vie modérée que l'adultère et les aa-l très actions brutales. L'on ne doit pas se soucier beaucoup de efrl qui s'en dira, pourvu que la conscience aille bien. C'est ainsi que | nous l'approuvons, et dans les seules circonstances que nous venons de marquer : car l'Évangile n'a ni révoqué, ni défendu ce i qui avoit été permis dans la loi de Moïse, à l'égard du mariage* Jésus- Christ n'en a point changé la police extérieure; mais il a ajouté seulement la justice et la vie éternelle pour récompense. Il enseigne la vraie manière d'obéir à Dieu, et il tâche de réparer la corruption de la nature.

XXI L Votre Altesse a donc dans cet écrit, non-seulement l'approbation de nous tous en cas de nécessité sur ce qu'elle désire, mais encore les réflexions que nous y avons faites : nous la prions de les peser en prince vertueux, sage et chrétien ; et nous prions Dieu qu'il conduise tout pour sa gloire et pour ie salut de Votre Altesse.

XXIif. Pour ce qui est de la vue qu'a Votre Altesse de communiquer à l'empereur l'afifaire dont il s'agit, avant que de la conclure, il nous semble que ce prince met l'adultère au nombre des moindres péchés ; et il y a beaucoup à craindre que sa foi étant à la mode de celle du pape, des cardinaux, des Italiens, des Espagnols et des Sarrasins > il ne traite de ridicule la proposition de Votre Altesse ou qu'il n'en prétende tirer avantage en amusant Votre Altesse par de vaines paroles. Nous savons qu'il est trompcur et per/idc, et qu'il ne l\eul view des w\ia\3Lt* ^W^m^^iides.

DES TAlKIATia!<(9, MV. YII. 291

A la Térité, quand il décida ces points de foi, il avoit auparavant ouï les évéques, comme les juges entendent des experts : mais c'étoitluiquiordonnoitetqui décidoit. Tous les évêquos fiouscrivirent après Cromwcl vicaire général, et Cranmer, iFcheYéque de Cantorbéri.

So. Cranmer et les autres souscrivent contre leur conscience aux articles de Henri. Yame déraite de M. Burnet.

M. Buraet a de la honte de voir ses Réformateurs approuver les principaux articles de la doctrine catholique, et jusfies à la messe, qui seule les contenoit tous. Il les excus(>, en disant que a divers évêqucs et divers théologiens n'avoiont > pas eu au commencement une connoissauce distincte do » toïrtes les matières, et que, s'ils s'étoient rcldcliés à cor- » tains égards, ç'avoit été par ignorance, plutôt que par poli- » tique, ou par foiblesse » (Burn. T. i. liv, m./). 299.). Mais n'est-ce pas se moquer trop visiblement, que do faire ignorer au Réformateurs ce qu'il y avoit do plus essentiel dans la Réforme? Si Cranmer et ses adhérents approu voient do bonne foi tous ces articles, et même la messe, en quoi donc éloienlils Luthériens? Et s'ils rejetoient dès lors en leur cœur tous ces prétendus abus, comme on n'en peut douter, leur signatore qu'est-ce autre chose qu'une honteuse prostitution de leur conscience? Cependant, à quelque prix que ce soit, M. Burnet veut que dès lors on ait réformé, à cause que dos le premier article de la définition de Henri, on recomman- 4oil au peuple la foi à l'Écriture et aux trois symboles ; (P.295. 298.), avec défense de rien dire qui n'y fût conforme : chose que personne ne nioit, et qui ainsi n'avoit pas besoin tTêlre réformée.

Toilà les articles de foi donnés par Henri en 1556. Mais qaoiquMl n'eût pas tout mis, et qu'en particulier il y eût quatre sacrements, dont il n'avoit fait aucune mention, la Confirmation, TExtrême-Onction, l'Ordre et le Mariage, il est très-constant d'ailleurs qu'il n'y changea rien, non plus que dans les autres points de notre foi : mais il voulut en particulier exprimer dans ces articles ce qu'il y avoit alors de plus controversé, afin de DC laisser aucun doute de sa persévérance dans l'ancienne foi.

31. Pour enga{(er la noblesie, on lui vend les biens de TEglise à TÎlprix.

En ce même temps, par le conseil de Cromwel, et pour ' engager sa noblesse dans ses sentiments, il vendit aux gentilshommes de chaque province les terres des couvents qui avoient été supprimés, et les leur donna à fort bas prix. Voilà les adresses des Réformateurs , et les liens par où Ton tenoit*" à la Réformation.

52. Cromwel et Cranmer confirment de nouveau la foi de F^glise, qu*ib , détestoient dans leur cœur.

Le vice-gérant publia aussi un nouveau règlement ecclésiastique, dont le fondement étoit la doctrine des articles qu'on vient de voir si conformes à la doctrine catholique. M. Burnet trouve beaucoup d'apparence à croire que ce règlement fut dressé par Cranmer {T, i. liv, m. p, 308.), et nous donne une nouvelle preuve que cet archevêque étoit capable, en matière de religion, des dissimulations les pins criminelles.

5v^. Les six articles de Henri.

(1539.) Henri s'expliqua encore plus précisément sur l'ancienne foi, dans la déclaration de ces six articles fameux qu'il publia en 1539. Il établissoit dans le premier la transsubstantiation ; dans le second, la communion sous une espèce; dans le troisième, le célibat des prêtres, avec la peine de mort contre ceux qui y contreviendroient; dans le quatrième, l'obligation de garder les vœux ; dans le cinquième, les messes particulières ; dans le sixième, la nécessité de la confession auriculaire (Liv, m. 552.). Ces articles furent publiés par l'autorité du Roi et du Parlement, à peine de mort pour ceux qui les combattroient opiniâtrement, et de prison pour les autres autant de temps qu'il plairoit au Roi.

3^. Le mariage du^ Roi avec Anne de Glèves. Dessein de Cromwel qui le proposa. Moùvelles amours du Roi. Cromwel condamné à morl.

(1540.) Pendant que Henri se déclaroit d'une manière si

a demandé à moi notaire soussigné, que je lui fisse une ou plusieurs copies collationnées du présent contrat , et a aussi promis , en parole et foi de prince, à moi personne publique, de l'observer iaviolablement, toujours et sans altération, en présence des révérends et très-doctes maîtres Philippe Melancton , Martin Bucer , Denis Melander; et aussi en présence des illustres et vaillants Eberhard de Than, conseiller de Sou Altesse électorale de Saxe» Herman de Malsberg, Herman de Hundelshausen, le seigneur Jean Fegg de la chancellerie, Rodolphe Schenck ; et aussi en présence de très-bonnêle et très-vertueuse dame, Anne, de la maison de Miititz, veuve de feu Jean de Saal, et mère de Tépouse, tous en qualités de témoins recherchés pour la validité du présent acte.

Et moi Balthasar Rand de Fulde, notaire public impérial, qui ai assisté au discours, à Tinstructiou, au mariage, aux épousailles, et à l'union dont il s'agit, avec les mêmes témoins, et qui ai écouté et vu tout ce qui s'y est passé ; j'ai signé le présent contrat à la requête qui m'en a été faite , et j'y ai apposé le «ceau ordinaire , pour servir de foi et de témoignage au public. Balthasab Bahd.

294 HISTOIIB

)» vraisemblablement que par le commandement du Roi, dont » les démarches vers une réforme sont assez connues » (P. 582.). Mais à ce coup l'artifice est trop grossier; et pour y j être surpris, il faudroit vouloir s'aveugler. M. Burnet oserat-il dire que les démarches qu'il attribue à Henri vers la Réforme ont été au préjudice de ses six articles, ou de la ; présence réelle, ou de la messe? Il se démentiroit lui-même,puisqu'il avoue dans tout son livre que ce prince a toujours été très-zélé,, ou, pour parler avec lui, très-entêté de tous ceà ' articles. Cependant il voudroit ici nous faire accroire qoe^ Cromivel avoit des ordres secrets pour les affoiblir, pendant qu'on le fait mourir lui-même pour avoir favorisé ceux qui s'j opposoient.

3(5. Prostitution de la conscience de Grannier. Il casse le nnariaf|;e dm } Roi a?ec Anne de Clèves. Termes magnifiques de cette inique sea- ; tence. Le Roi épouse Catherine Howard, favorable à la Réforme, et bientôt décapitée pour ses infamies. ■

Mais laissons les conjectures de M. Burnet, et les tours i dont il tâche en vain de colorer la Réformation, pour nous ; attacher aux faits que la bonne foi ne lui permet pas de nier. Après la condamnation de Cromwel, il restoit encore, pour satisfaire le Roi, à se défaire d'une épouse odieuse, en cassant le mariage d'Anne de Clèves. Le prétexte en étoit grossier. On alléguoit pour cause de nullité les fiançailles de cette princesse avec le marquis de Lorraine, pendant que les deux parties étoient en minorité, et sans que jamais ils les eussent \ ratifiées étant majeurs (P. 573. 575. 585.). On voit bien qu'il n'y a rien de plus foible pour casser un mariage accompli: mais, au défaut des raisons, le Roi avoit un Cranmer prêt à tout faire. Par le moyen de cet archevêque ce mariage fut cassé comme les deux autres: « la sentence en fut prononcée » le neuvième juillet 1540, signée de tous les ecclésiastiques » des deux chambres, et scellée du sceau des deux arche- » vêques » (P. 385.). M. Burnet en a honte, et il avoue que ce Henri n'avoit jamais eu une marque plus éclatante de la » complaisance aveugle de ses ecclésiastiques. Car ils savoient, » poursuit'ily que ce contrai prétendu, dont on faisoit lo fon-

• dément du divorce, n'avoit rien qui portât atteinte au ma- » riage » (P. 384.). Ils agissoient donc ouvertement contre leur conscience ; mais, afln qu'on ne se laisse pas éblouir une antre fois aux spécieuses paroles de la nouvelle Réforme, il est bon de remarquer qu'ils donnent cette sentence m rcpréimUmt le concile universel; après avoir dit que le Uoi ne U^ur demandoit que ce qui étoit véritable^ ce qui était, juste^ ce qui èUnt honnête et saint (Jugement de Cran, et des év^^qucs. Kec. deBum. I. part. liv. m. n. 19. p. 197. p. 385.): voilà comme puloient ces évêques corrompus. Craumcr, qui présidoit à cette assemblée, et qui en porta le résultat au Parlement, fut k plus lâche de tous ; et M. Burnet, après lui avoir cherché «ne vaine excuse, est obligé d'avouer que, craignant que. en n$ ,fûtlàune entreprise formée pour le perdre, il fut de Vaois (fédéral (P. 384. 385.). Tel fut le courage de ce nouvel Atlianase et de ce nouveau Cyrille.

Sur cette inique sentence, le Roi épousa Catherine Howard,

\ ttsez zélée pour la Réforme, aussi bien qu'Anne de Houlen :

Jûaisle sort de ces Réformées est étrange. La vie scandaleuse

de celle-ci lui fit bientôt perdre la tête sur un échafaud ; et la

maison de Henri fut toujours remplie do sang et d'infïmio.

^. ouveUe déclaration de foi, confornie aux suiitimciits do TEi^lite.

Les prélats dressèrent une Confession de foi, que ce prince confirma par son autorité (P. 391.). Là on déclare en termes formels rob8er>'ation des sept sacrements : celui de la Pcniteoce dans l'absolution du prêtre ; la Confession nécessaire ; h Transsubstantiation ; la Concomitance, ce qui levoit, dit M. Burnet, la nécessité de la communion sous les deux espèces (P. 397.) ; l'honneur des Images, et la Prière des saints au même sens que nous avons vu dans les premières déclarations du Roi, c'est-à-dire, au sens de l'Église ; la nécessité et le mérite des bonnes œuvres pour obtenir la vie éternelle ; la Prière pour les morts (P. 401. 402.) ; et en un mot, tout le reste de la doctrine catholique, à la réserve de l'article de li primauté, dont nous parlerons à part.

296 ' HISTOIRS

5S. Hypocrisie do Cranmer, qui souscrit à tout.

Cranmer souscrivit à tout avec les autres : car, encore que M. Burnet témoigne que quelques articles avoient passé contre son avis, il cédoit à la pluralité ; et on ne nous marque aucune opposition de sa part au décret commun. La même exposition avoit été publiée par l'autorité du Roi dès Fan 1538, signée de dix-neuf évêques, de huit archidiacres, et de dix-sept docteurs, sans aucune opposition. Voilà quelle étoit alors la foi de TÉglise anglicane et de Henri, qu'elle s! étoit donnée pour chef. L'archevêque passoit tout contre sa conscience. La volonté de son maître étoit sa règle suprême ; et au lieu du saint Siège avec TÉglise catholique, c'étoit le Roi seul qui devenoit infaillible.

59. On ne chan,«;ea rien de cunsidérable dans les Missels, et autres livre* d Eglise* Suite des iiypocrisies de Cranmer.

Cependant il continuoit à dire la messe, qu'il rejetoit dans son cœur, encore qu'on n'eût rien changé dans les Missels. M. Burnet demeure d'accord que c( les altérations furent si » légwes, qu'on ne fut point obligé de faire imprimer de » nouveau ni les Bréviaires, ni les Missels, ni aucun Office : » car, poursuit cet historien, en effaçant quelques Collectes » où on prioit Dieu pour le Pape, l'office de Thomas Bequet » (c'est saint Thomas de Cantorbéri) « et celui des autres saints » retranchés » {Pag, 404. 405.) ; et en faisant outre cela quelques ratures peu considérables, on se servit toujours des mêmes livres. On pratiquoit donc au fond le même culte. Cranmer s'en accommodoit; et si nous voulons savoir toute sa peine, c'est, comme nous l'apprend M. Burnet (P. 350), qu'à la réserve de Fox, évêque de Hereford, aussi dissimulé que lui, « les autres évêques de son parti l'embarrassoient plus » qu'ils ne lui étoient utiles, à cause qu'ils ne connoissoient » ni la prudence politique, ni l'art des ménagements; de » sorte qu'ils attaquoient ouvertement des choses qu'on n'a^ » voit pas encore abolies. » Cranmer, qui trahissoit sa conscience, et qui attaquoit sourdement ce qu'il approuvoit et pratiquoit en public, étoit plus habile ; puisqu'il savoit porter

p'il semble nous offrir; et puisqu'il le rejette de la sienne, il lisnlte d'abord de ce fait, que Fauteur de la Uéforination an- Mcane, et celui qui, à yrai dire, en a posé le yéritable fonlement dans la haine qu'il a iu^irée contre le Pape ot

Itontre TÉglise romaine, est un homme également rejeté et

bnathématisé de tous les partis.

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