‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 52 sur 177 · I. 4. Qaelle fut In foi de Henri VIH, auteur de In Réforme · texte numérisé non relu

I. 4. Qaelle fut In foi de Henri VIH, auteur de In Réforme

Ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est que ce prince I s'est pas contenté de croire en son cœur et de professer de KHiche tous ces points de croyance, que M. Buruet appelle es plus grandes et les plus extravagantes de nos corruptions: lies a données pour loi à toute l'Église anglicane, en sa umvelle qualité de chef souverain de cette Éfjlise sous Jésus- Christ. Il les a fait approuver par tous les évêques et par Ions les parlements, c'est-à-dire, par tous les tribunaux, où conwte encore à présent, dans la Réformalion anglicane, le iimverain degré de l'autorité ecclésiastique. 11 les a fait souserire et mettre en pratique par toute l'Angleterre, et en j)articolier par les Cromwel, par les Cranmer, et par tous les filtres héros de M. Burnet, qui Luthériens ou Zuinglions dans leur cœur, et désirant d'érahlir le nouvel Évangile, ttsistoient néanmoins à l'ordinaire à la messe, comme au culte public qu'on rendoit à Dieu, ou la disoient eux-mêmes, et en un mol, pratiquoient tout le reste de la doctrine et du senice reçu dans l'Église, malgré leur religion et leur conscience.

5. Quels furent les instruments dont se servit Henri VIH dans la R6fornie : Gromwel son vice-gérant dans le spirituel. .

Thomas Cromwel fut celui que le Roi établit son vicaire général au spirituel en 1355, incontinent après sa condamnation, etqu'en 1556, il (It son vice-gérant dans sa qualilé de chef souverain de l'Église (Bitm. Iiist, T. i. p, 2ii.) : par où il le mit à la télé de loules les afl'aires ecclésiastiques el de tout l'ordre sacré, quoiqu'il fut un siuiple laïque, cl qu'il soit toujours demeuré tel. On n'avoit point encore trouvé cette

que ce prince n'avoit pas besoin de se mettre en peine de ce que pensoit dans son cœur un homme si complaisant, et ne pouvoit se défaire d'un si commode conseil.

^r. Honteuses pensées de Granmer sur l'autorité «cclésiastique, qu*il sacrifie à la royauté.

Ce n'étoit pas seulement dans ses nouvelles amours qu'il le trouvoit si flatteur: Cranmer avoit fabriqué daps son esprit cette nouvelle idée de chef de FÉglise attaché à la royauté : et ce qu'il eu dit, dans une pièce que M. Burnet a donnée dans son recueil (Rec, L part, iiv, m. n. i. p. 201.), estiûoui. Il enseigne donc « que le prince chrétien est commis immé- » diatement de Dieu, autant pour ce qui regarde Tadminis- » tration de la parole, que pour l'administration du gouver- » nement politique. Que dans ces deux administrations il doit » avoir des ministres qu'il établisse au-dessous de lui : comme » par exemple le chancelier et le trésorier, les maires et les » shérifs dans le civil ; et les évêques, curés, vicaires et prê- » très, QUI AURONT TITRE PAR SA MAJESTÉ, dans l'administra- » tion de la parole, comme par exemple, Févêque de Can- » torbéri, le curé de Winwick, et les autres. Que tous les » officiers et ministres, tant de ce genre que de tout autre^ » doivent être destinés, assignés et élus par les soins et les » ordres des princes, avec diverses solennités, qui ne sont » PAS DE NÉCESSITÉ, maîs de bienséance seulement; de sorte » que si ces charges étoient données par le prince sans de » telles solennités, elles ne seroient pas moins données; et » qu'il n'y a pas plus de promesse de Dieu, que la grâce soit » donnée dans l'établissement d'un office ecclésiastique, que » dans rétablissement d'un office politique. »

^3. Réponse de Grnnmer à une objectioné Honteuse doctrine sur Tauto^ rite de rEa;lise durant les persécutions.

Après avoir ainsi établi tout le ministère ecclésiastique

sur une simple délégation des princes , sans même que l'or-'

dination oîi la consécration ecclésiastique y fût nécessaire,

il va au-devant d'une objection qui se présente d'abord k

resprit; c'est à savoir comtnetvl \e% v'^^^^^^* ^\^\^^woXUur

DES VARIATIONS, LIV. VII. 27ô

lelon M. fiurnet, un des hommes de sou siècle des plus élevés au-dessus de tout reproche. Mais il ne faut pas prendre la pied de la lettre les éloges que ces Réformés donnent aux liéros de leur secte. Le même M. Burnct, dans le même livn* où il relève Montluc par cette belle louange, en parle ainsi : K Cet évêque a été célèbre, mais il a eu ses défauts » (Ibid. p. 512.)- Après ce qu'il en a dit, on doit croire que ces défiiuts seront légers: mais qu'on achève, et on trouvera que ces défauts qu'il a eus, c'est seulement de s'être efforcé de cor- Tompre la fille (Tun seigneur d'Irlande qui Vavoil reçu dans sa Imaison; c'est d'avoir eu avec lui une courtisane anglaise quil ^tntretenoit ; c'est que cette malheureuse ayant bu sans réflexion le précieux baume dont Soliman avoit fait présent à > ce prélat, <c il en fut outré dans un tel excès, que ses cris « réveillèrent tout le monde dans la maison , où l'on fut ainsi « témoin de ses emportements et de son incontinence. » Toilà les petits défauts d'un prélat dont toute la vie a les caractères d'un grand homme, La Réforme, ou peu délicates en vertu, ou indulgente envers ses héros, leur pardonne facilement de semblables abominations; et si, pour avoir eu seulement une légère teinture de réformation, Montluc, malgré ; de tels crimes, est un homme presque irréprochable ; il ne featpas s'étonner que Cranmer, un si grand Réformateur, ait pu mériter tant de louanges.

Ainsi, sans dorénavant nous laisser surprendre aux éloges dont M. Burnet relève ses Réformés, et surtout Cranmer, faisons l'histoire de ce prélat sur les faits qu'en a rapportés cet historien, qui est son perpétuel admirateur, et voyons en même temps dans quel esprit la Réformation a été conçue.

[ 8> Cranmer luthérien, selon M. Burnet. Comment il entra en faveur auprès du Roi et d^Vnne de Houlen.

(1529. 1530.) Dès l'an 1529, Thomas Cranmer s'étoit mis à la tête du parti qui favorisoit le divorce avec Catherine, et le mariage que le Roi avoit résolu avec Anne de Boulen {Burn. T. i. liv, i. p. 123.). En 1530 il fit un livre contre la validité du mariage de Catherine ; et on peut juger de l'agrément qu'il trouva auprès d'un prince dont il flattoit la pas-

sion dominante. On commença dès lors à le regarder à h Cour comme une espèce de favori, qu'on croyoit devoir succéder au crédit du cardinal de Volsey. Cranmer étoit dès lors engagé dans les sentiments de Luther (T. i. liv. i. p. 132.), et, comme dit M. Burnet, il étoit le plus estimé de ceux qui les avoient embrassés {Ibid, 155.). Anne de Boulen^ poursuit cet auteur, avoit aussi reçu quelque teinture de cette doctrine. Dans la suite il la fait paroître tout à fait liée au sentiment de ceux qu'il appelle les Réformateurs. Il faut toujours entendre par ce mot les ennemis ou cachés ou déclarés de la messe et de la doctrine catholique. Tous ceux du même parti, ajoute-t-il (Ibid.), se déclaroient pour le divorce. Voilà les secrètes liaisons de Cranmer et de ses adhérents avec la maîtresse de Henri; voilà les fondements du crédit de ce nouveau confident, et les commencements de la Réforme d'Angleterre. Le malheureux prince, qui ne savoit rien de ces liaisons ni de ces desseins, se lioit lui-même insensiblement avec les enn^ mis de la foi qu'il avoit jusqu'alors si bien défendue: et par . leurs trames secrètes, il servoit sans y penser au dessein de la détruire.

9. Cranmer envoyé à Rome pour le divorce, y est fait pénitencier du Pape : il se marie, quoique prêtre, mais en secret.

(1550.) Cranmer fut envoyé en Italie et à Rome pour l'affaire du divorce ; et il y poussa si loin la dissimulation de ses erreurs, que le Pape le fit son pénitencier (Ibid. p, 136. 141.): ce qui montre qu'il étoit prêtre. Il accepta cette charge, tout luthérien qu'il étoit. De Rome il passa en Allemagne, pour y ménager les Protestants ses bons amis: et ce fut alors qu'il épousa la sœur d'Osiandre. On dit qu'il l'avoil séduite, et qu'on le contraignit de l'épouser (T, i.. liv. i. p. 145.); mais je ne garantis pointées faits scandaleux, jusqu'à ce que je les trouve bien avérés par le témoignage des auteurs du parti, ou en tout cas non suspects. Pour le mariage, le fait est constant. Ces messieurs sont accoutumés, malgré les canons et malgré la profession de la continence, à tenir de tels mariages pour honnêtes. Mais Henri n'étoit pas de cet avis, et il détestoit les prêtres qui se marioient. Cranmer

cissements palliatifs; et M. Burnet déplore encore aujourd'hui de voir « T excommunication , un acte si purement « ecclésiastique, dont on devoit remettre le droit entre les » mains des é?êques, et au clergé, abandonnée à des tribunaux « sécularisés j) {IL part, liv, i, p, 65.), c'est-à-dire non- -seulement aftx rois , mais encore à leurs officiers. « Erreur, » poursuit ee docteur, qui s'est accrue à un tel point, qu'il » est plus facile d'en découvrir les inconvénients , que d'en > marquer les remèdes. )>

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