‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 69 sur 177 · Osiandre épargné par les Luthériens · texte numérisé non relu

Osiandre épargné par les Luthériens

Pour ce qui regarde Osiandre , Brentius ne manqua p.v ^ d'en prendre le parti , non pas en défendant la doctrin ^ qu'on lui imputoit , mais en soutenant qu'on n'entendoit p»-^ la pensée de cet auteur, quoique Osiandre l'eût expliquée ^^ ^ nettement, que niMelanclon, ni personne n'en doutoit. Il pa^ — roissoit donc bien aisé, parmi les Luthériens, de convenir d^ ^ condamnations que demandoit lUyric avec ses amis ; mai ^ Melancton les empêcha, craignant toujours d'exciter de nou- - — ' veaux troubles dans la Réforme qui, à force de se diviser^-» sembloit devoir s'en aller par pièces.

o4. Les divisions des Luthériens éclatent. Les Catholiques tâolient d'^^* profiter pour leur salut.

Ces disputes des Protestants vinrent bientôt aux oreill^^ àes Catholiques ; car Illyric et ses amis faisoient grand bruit , flOii-saulement à Normes, m^v% ewç.«t^ da^vvs toute l'Alle-

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ottgne. Le dessein des Catholiques étoit de presser dans la conférence, la nécessité de déférer aux jugements de TÉglise, pour mettre fin aux disputes qui s'élèvent parmi les Chrétiens; et les contestations des Protestants venoient très à propos pour ce dessein, puisqu'elles faisoient paroître qu'eux-mêmes, qui disoient que l'Écriture étoit claire et pleinement suffisante pour tout régler, s'accordoient si peu, et n'avoient pu encore trouver le moyen de terminer entre eux la moindre dispate. La foiblesse de la Réforme , si prompte à produire des difficultés, et si impuissante pour les résoudre, paroissoit ^sible. Alors Illyric et ses amis , pour faire voir aux Catho- ^aes qu'ils ne manquoient pas de force pour condamner 'es erreurs nées dans le parti protestant, firent voir aux députés catholiques' , un modèle qu'ils avoient dressé des condamnations que leurs compagnons avoient rejetées ; ainsi la division éclata d'une manière à ne pouvoir être cachée. Les Catholiques ne voulurent plus continuer les conférences , où ^Ussi bien on n'avançoit rien , et laissèrent les lllyriciens disputer avec les Melanctonistes , comme saint Paul laissa ^^s Pharisiens et les Saducéens (Act. xxin. 6.), en tirant tout ^^ profit qu'il avoit pu de leurs dissensidns connues.

oo. Triomphe d'Oiiandre dans la Prusse. GonTersion mémorable de Staphyle.

On attendoit dans la Prusse quelque chose de vigoureux , ^t quelque ferme décision contre Osiandre , dont l'insolence tie pouvoit plus être supportée. Il témoignoit ouvertement faire peu d'état de la Confession d'Ausbourg, et de Melancton ^ui l'avoit dressée , et des mérites de Jésus-Christ même , dont il ne faisoit nulle mention dans la justification des pécheurs (Chyt. in Sax, lih. 17. lit. Osiand, p, 444. etseq. ). Quelques théologiens de Konisberg s'opposoient le plus qu'ils pouvoient à sa doctrine , et entre autres , Frédéric Staphyle , on des plus célèbres professeurs en théologie de cette université, qui avoit ouï durant seize ans, Luther et Melancton à Vitemberg (Ibid. 448.) : mais comme ils ne gagnoient rien avec leurs doctes ouvrages, et que l'éloquence d'Osiandre entraînoit le monde , ils eurent recours à l'autorité de l'Église

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de Vitemberg, et du reste de T Allemagne protestante. Lorsqu'ils virent qu'au lieu des condamnations précises et vigoureuses dont la foi infirme des peuples avoit besoin , il no venoit de ce côté là que de timides écrits, dont Osiandre tiroit avantage , ils déplorèrent la faiblesse du parti où il n'y avoit nulle autorité contre les erreurs. Staphyle ouvrit les yeux, et retourna au giron de l'Église catholique.

36. Nouvelle formule des Luthériens pour expliquer rEucharistie dans rassemblée de Francfort.

(1558.) L'année suivante, les Luthériens s'assemblèrent à Francfort pour convenir d'une formule sur l'Eucharistie, comme si on n'eût rien fait jusqu'alors. On commença, selon la coutume, en disant qu'on ne faisoit que répéter la Confession d'Ausbourg. On y ajoutoit néanmoins que « Jésus-Christ étoit. » donné dans l'usage du sacrement vraiment et substantielle- » ment , et d'une manière vivifiante ; que ce sacrement con- » tenoit deux choses, c'est-à-dire le pain et le corps ; et que » c'est une invention des moines , ignorée par toute l'anli- » quité , de dire que le corps nous soit donné dans l'espèce » du pain » (Hosp, f% 264.).

Etrange confusion ! L'on ne faisoit, disoit-on, que répéter la Confession d'Ausbourg ; et cependant cette expression que l'on condamnoit à Francfort, que le cori^s fût présent sous les espèces, se trouve dans une des éditions de cette même Confession qu'on se vantoit de répéter, et encore dans l'édition qu'on reconnoissoit à Francfort même pour si véritable» qu'encore aujourd'hui, dans les livres rituels dont se sert l'Église française de cette ville, nous lisons l'article x de la Confession d'Ausbourg couché en ces termes : Qu'on reçoit U corps et le sang sous les espèces du pain et du vin.

57. La question de Tubiquité fait tourner Melancton vers les Sacramentaires.

{ 1559. ) Mais la grande affaire du temps parmi les Luthériens, fut celle de l'ubiquité, que Vestphale, Jacques-André Smidelin , David Chytré et les autres , établissoient de toutes leurs forces. Melancton leur opposoil deux raisons qui ne pouYoicnt pas être plus convaincantes : l'une, que celte doc-

rine eonfondoit les deux natures de Jésus-Christ , le taisant Dimense non-seulement selon sa divinité, mais encore selon on humanité , et même selon son corps ; l'autre, qu'elle déruisoit le mystère de TEucharistie, à qui on ùtoit tout ce [u'il avoit de particulier, si Jésus-Christ comme homme, n'y toit présent que de la même manière qu'il l'est dans le bois u dans les pierres. Ces deux raisons faisoient regarder à Memcton la doctrine de l'ubiquité avec horreur ; et l'aversion [a'il en avoit , lui faisoit insensiblement tourner sa confiance lu côté des défenseurs du sens figuré. Il entretenoit un comneree particulier avec eux , principalement avec Calvin. Mais I est certain qu'il ne trouvoit pas dans ses sentiments ce qu'il lésiroit.

S3. Incompatibilité des sentiments de Melancton et de Calvin.

Calvin soutenoit opiniâtrement qu'un fidèle régénéré une bis ne pouvoit perdre la grâce : et Melancton convenoit avec es autres Luthériens que cette doctrine éloit condamnable et mpie (Lib. i. Ep, 70.). Calvin ne pouvoit souffrir la nécesité du Baptême : et Melancton ne voulut jamais s'en déparir. Calvin condamnoit ce que disoit Melancton sur la coopéatioD du libre arbitre : et Melancton ne croyoit pas pouvoir en dédire.

On voit assez qu'ils n'étoicnt nullement d'accord sur la pré eslination; et quoique Calvin répétai sans cesse que Melancton e pouvoit pas s'empêcher d'être, dans son cœur, de même intiment que lui , il n'a jamais rien tiré de Melancton sur ce ajet là.

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