‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 71 sur 177 · Meiancton n'ose parler · texte numérisé non relu

Meiancton n'ose parler

Ce qu'il y a de certain , c'est que dans la crainte qu'avoit Meiancton d'augmenter les divisions scandaleuses de la nou-velle Réforme , où il ne voyoit aucune modération , il n'osoit presque plus parler qu'en termes si généraux, que chacun y pouvoit entendre ce qu'il vouloit. Les Sacramentaires Tac eommodoient peu : les Luthériens couroient tous à l'ubiquité; Brentius , le seul presque des Luthériens , qui avoit garde avec lui une parfaite union, se rangeoit de ce parti-là : c*

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prodige de doctrine gagnoit insensiblement dans toute la secte, l] eût bien voulu parler, et il ne savoit que dire ; tant il trouvoit d*opposition à ce qu'il croyoit être la vérité, a Puis- » je , disoit-il , expliquer la vérité tout entière dans le pays » où je suis , et la cour le soulTriroit-elle »? A quoi il ajoutoit souvent : « Je dirai la vérité quand les cours ne m'en » empêcheront point » (Hospin. ad, an, 1557. 249. 250.).

Il est vrai que ce sont les Sacramentaires qui le font parler de cette sorte : mais outre qu'ils produisent ces lettres dont ils prétendent avoir les originaux , il n'y a qu'à lire celles que ses amis ont publiées , pour voir que ces discours qu'on lui fait tenir s'accordent parfaitement avec la disposition où l'avoient mis les dissensions implacables de la nouvelle Réforme.

Son gendre, qui conte les faits avec beaucoup de simplicité, nous rapporte qu'il étoit tellement haï des Ubiquitaires , qu'une fois Chytré, un des plus zélés, avoit dit, « qu'il se » falloit défaire de Melancton ; autrement qu'ils auroient en » lui un obstacle éternel à leurs desseins » (Peuc, hist, carc. Ep, ad. Pal. ad Hosp. 1559. 260.). Lui-même dans une lettre à l'électeur Palatin dont Peucer fait mention (Peuc, Aulic), dit qu*il ne voulait plus disputer contre des gens dont il éprouvait les cruautés. Voilà ce qu'il écrivoit quelques mois avant sa mort: « Combien de fois, dit Peucer, et avec combien de ï> sanglots m'a-t-il expliqué les raisons qui l'empêchoient de f) découvrir au public le fond de ses sentiments » ! Mais qui pouvoit le contraindre dans la cour de Saxe où il étoit , et au milieu des Luthériens, si ce n'étoit la cour elle-même, et les violences de ses compagnons ?

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