‹ Histoire des variations des églises protestantes (volume 2)Chapitre 72 sur 177 · Triste état de Melancton, et sa mort · texte numérisé non relu

Triste état de Melancton, et sa mort

Quel état de ne pouvoir trouver nulle part ni la paix , ni la vérité comme il l'entendoit! Il avoit quitté l'ancienne Église qui avoit pour elle la succession et tous les siècles précédents. L'Église luthérienne qu'il avoit fondée avec Luther, et qu'il avoit cru le seul asile de la vérité, embrassoit l'ubiquité qu'il détestoit. Les Églises sacramentaires, qu'il avoit crues les plu?^ pures après les lulhériennef , étoient pleines d'autres erreui-5

qu'il ne pouvoit sui>])ortcr, et qu'il avait rejelées daus toutes ses Confessions de foi. Il paroissoit qu'on le respcctoit dans rÉglise de Vitemberg ; mais les cruels ménagements auxquels il se voy oit asservi Tempêchoient de dire tout ce qu'il pensoit; et il iinit en cet étatisa vie malheureuse en Tan 1500. .

42. Letf Zuinglieiis condamnés par les Luthériens : et les GatUoliques' justifiés par cette conduite.

(1560.) Illyric et ses sectateurs triomphèrent par sa mort : Tubiquité fut établie presque dans tout le luthéranisme , et les Zuinglieus furent condamnés par un synode tenu en Saxe dans la ville de lène (Hospin, 1560. p. 269.). Melancton avoit empêché qu'on ne prononçât jusqu'alors une pareille sentence. Depuis qu'elle eut été donnée, on ne parla plus dans les écrits contre les Zuingliens que de l'autorité de l'Église , et on vouloit que tout y cédât sans raisonner. On commençoit à connoître dans le principal parti de la nouvelle Réforme , c'est-à-dire , parmi les Luthériens, qu'il n'y avoit que l'autorité de l'Église qui pût retenir les esprits et empêcher les divisions. Aussi voyons-nous que Calvin ne cosse de leur reprocher qu'ils faisoient valoir le nom de l'Église plus que ne iaisoient les papistes, et qu'ils alloient contre les principes (fue Luther avoit établis (//. dcf. vont. Vcslph.). H étoit vrai; et les Luthériens avoient à répondre aux mêmes raisonnements que tout le parti protestant avoit opposés à l'Église catholique et à son concile. Ils objecloient à l'Église, ({u'ello se rendoit juge en sa propre cause et que le Pape avec ses évêques étoient tout ensemble accusés , accusateurs , et juges (Cav, Ep.p. 324. ad III. Germ. Princ. II. défens. cont, Vest, opusc. 286.). Les Sacramentaires en disoient autant aux Lu- Ihériens qui les condamnoient (Hospiîi. an, 1560. 269. et seq.). Tout le corps des Protestants disoit à l'Église, que leurs pasteurs dévoient être assis avec tous les autres dans le concile qui se tiendroit pour juger les questions de la foi ; qu'autrement c'étoit préjuger contre eux, sans les avoir entendus. Les Sacramentaires faisoient le même reproche aux Luthériens (Hospin, an. 1560. 270. 271.), et leur soutenoient qu'en s'attribumi l'aulorilt de \e^ cviw^^\xvTi^\ ^mç> a\j![|eler

leurs pasteurs dans les séances, ils cominençoient à faire cui-inêmes ce qu'ils avoient appelé une tyrannie dans TÉglise romaine. Il paroissoit clairement qu'il en falloit enfin venir à imiter TÉglise catholique, comme celle qui savoit seule la vraie manière de juger les questions de la foi ; et il paroissoit en même temps , par les contradictions où tomboient les Luthériens en suivant cette manière , qu'elle n'appartenoit pas aux novateurs, et ne pouvoit subsister que dans un corps qui Teût pratiquée dès l'origine du christianisme.

A5. Assemblco des Luthériens h Naûniboiirg, pour convenir sur la Confession crAnsbour,*;.

(1561.) En ce temps on voulut choisir entre toutes les éditions de la confession d'Ausbourg celle qu'on réputeroit pour authentique. C'étoit une chose surprenante , qu'une C4onfession de foi qui faisoit la règle des Protestants d'Allemagne et de tout le Nord , et qui avoit donné le nom à tout le parti , pût été publiée en tant de manières , et avec des diversitéssi considérables à Vitemberg et ailleurs , à la vue de Luther et de Melancton , sans qu'on se fût avisé de concilier ces variétés. Enfin en 1561, trente ans après cette confession, pour mettre fin aux reproches qu'on faisoit aux Protestants , de n'avoir point encore de confession ûxc , ils s'assemblèrent à Naùmbourg, ville de Thuringe, où ils choisirent une édition (Act, conv. Naumb. apud Uosp. loGi. 280. et scq,} : mais en vain ; parce que toutes les autres éditions ayant été imprimées par autorité publique, on n'a jamais pu les abolir, ni empêcher que les uns ne suivissent l'une, et les autres l'autre, comme il a été dit ailleurs (Ci-dessus, liv. m.).

Bien plus, l'assemblée do Naiimbourg, en choisissant une édition, déclara expressément qu'il ne falloit pas croire pour cela qu'elle eût improuvé les autres, principalement celle qui avoit été faite à Vitemberg en 1540 sous les yeux de Luther et de Melancton , et dont aussi on s'étoit servi publiquement dans les écoles des Luthériens , et dans les conférences avec les Catholiques.

Enfin on ne peut pas môme bien décider laquelle de ces éditions fut préférée à Naùmbourg. Il semble plus vraisemblable que c'est celle qui est imprimée avec le consentement

de presque tous les princes, à la tête du livre de la Concorde: mais cela même n'est pas certain , puisque nous avons fait voir quatre éditions de Tarticle de la Cène également reconnues dans le même livre. Si d'ailleurs on y a ôté le mérite des bonnes œuvres dans la Confession d'Ausbourg, nous avons vu qu'il y est resté dans l'apologie {Ci-dessus, hv. 5.); et cela même est une preuve de ce qui étoit originairement dans la confession , puisqu'il est certain que l'apologie n'étoit faite que pour l'expliquer et pour la défendre.

Au reste les dissensions des Protestants sur le sens de la Confession d'Ausbourg furent si peu terminées dans l'assemblée deNaumbourg, qu'au contraire l'électeur Palatin Fridéric , qui en étoit un des membres , crut ou fit semblant de croire qu'il trouvoit dans cette confession la doctrine zuinglienne qu'il avoit nouvellement embrassé (Hosp, 1564.281.): de sorte qu'il fut Zuinglien , et demeura tout ensemble de la Confession d'Ausbourg , sans se mettre en peine de Luther.

4^. Railleries des Zuingliens.

C'est ainsi que tout se trouvoit dans cette Confession. Les Zuingliens malins et railleurs l'appeloient la boîte de Pandore, d'où sortoit le bien et le mal ; la pomme de discorde entre les déesses; une chaussure à tous pieds; un grand et vaste tnanteau où Satan se pouvoit cacher aussi bien que Jésus- Christ. (Hosp. ibid.) Ces Messieurs savoient tous les proverbes ; et rien n'étoit oublié pour se moquer des sens différents que chacun trouvoit dans la Confession d'Ausbourg. Il n'y avoit que l'ubiquité qu'on n'y trouvoit pas; et ce fut cependant cette ubiquité , dont on fit parmi les Luthériens un dogme authenliquement inséré dans le livre de la Concorde.

^5. L'ubiquité établio.

Voici ce que nous trouvons dans la partie de ce livre qui a pour titre : Abrégé des articles controversés parmi les théologiens de la Confession d*Ausbourg. Dans le chapitre vu, intitulé , de la Cène du Seigneur : « La droite de Dieu est par- » tout , et Jésus-Christ y est uni vraiment et en effet selon » son humanité » {Lib. Concord, p. 600.). Et encore pins exprpfsfiément dans le chapitre \u\, vuUUilé, de la personne

de Jésuft-Christ, où on explique ce que c'est que cette majesté attribuée au Verbe iocarné dans les Écritures : là nous tisons ces paroles : «Jésus-Christ non -seulement comme » Dieu , mais encore comme homme , sait tout , peut tout , l» et est présent à toutes les créatures. » Cette doctrine est iétrange. Il est vrai que la sainte âme de Jésus-Christ peut Itout ce qu'elle veut dans TÉglise, puisqu'elle ne veut rien Ivie ce que veut la divinité qui la gouverne. Il est vrai que ptte sainte âme sait tout ce qui regarde le monde présent ; kisque tout y a rapport au genre humain , dont Jésus-Christ pt Je Rédempteur et le juge, et que les anges mêmes ,.qui knt les ministres de notre salut, relèvent de sa puissance. Il est vrai que Jésus-Christ se peut rendre présent où il lui plaît, même selon son humanité , et selon son corps et son Xang : mais que Tâme de Jésus-Christ sache ou puisse savoir out ce que Dieu sait , c'est attribuer à la créature une science >u une sagesse infinie, et l'égaler à Dieu même. Que la nature lumaine de Jésus-Christ soit nécessairement partout où Dieu îst, c'est lui donner une immensité qui ne lui convient pas, ;t abuser manifestement de l'union personnelle : car par la néme raison il faudroit dire que Jésus-Christ comme homme îst dans tous les temps; ce qui seroit une extravagance trop [nanifeste, mais néanmoins qui suivroit aussi naturellement ic l'union personnelle , selon les raisonnements des Luthériens, que la présence de Jésus-Christ dans tous les lieux.

■lO*. Autre dpclarntion sur riibiqnitp sous le nom de répotition «le In confession d'Ausbourg.

On peut voir la même doctrine de l'ubiquité, mais avecplus d'embarras et un plus long circuit de paroles, dans la partie de ce même livre qui a pour titre : « Solide , facile et » nette répétition de quelques articles de la Confession d'Ans- » bourg, dont on a disputé quelque temps parmi quelques » théologiens de cette Confession , et qui sont ici décidés et » conciliés selon la règle et l'analogie de la parole de Dieu, » et la briève formule de notre doctrine chrétienne » ( Soli- ; da, plana, etc, Conc. 628. c. vu. de Cœna. p. 752 et seq. c. ?nr. de pers, Ch, p. 761 et seq, 782 et seq. ). Attendra qui vondra d*un tel titre la netteté et la brièveté (\u"\l \^v<st«cv^V \

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pour moi je remarquerai seulement deux choses sur ce mot de répétition : la première, c'est qu'encore qu'il ne soit parlé en nulle manière dans la Confession d'Ausbourg de la doctrine de l'ubiquité qui est ici établie , néanmoins cela s'appelk répétition de quelques articles de la Confession d'Ausbourg, On craignoit de faire paroître qu'il y eût fallu ajouter quelque nouveau dogme , et on faisoit passer sous le nom de répétitipi tout ce qu'on établissoit de nouveau. La seconde, qu'il n'ei jamais arrivé dans la nouvelle Réforme qu'on se soit bien ex pliqué la première fois : il a toujours fallu revenir à des ré< pétitions , qui au fond ne se trouvent pas plus claires que lo précédentes.

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