Embarimi et contradiction de la doctrine lotliénenne
En efTeC, il semble que les Luthériens, en excluait coopération du libre arbitre, qe veulent exclure que( qu^on voudrait attribuer à nos propres forces. « Lors, dis » ils (Ibid, p. 680.), que Luther assure que la volonté » purement passive, et n^agissoit en aucune sorte dai » conversion, son intention n'étoit pas de dire qu'il nei )> citât dans notre âme aucun nouveau mouvement, et » ne s'y commençât aucune nouvelle opération; mais se » ment de faire entendre que Thomme ne peut rien de » même, ni par ses forces naturelles. »
Cétoit fort bien commencer : mais ce qui suit n est jn même. Car après avoir dit, ce qui est très- vrai, que » conversion de Thomme est une opération et un do » Saint-Esprit, non-seulement dans quelqu'une de se* » ties, mais en sa totalité, » ils concluent très-mal à pi que tt le Saint-Esprit agit dans notre entendement. » notre cœur et dans notre volonté comme dans un suj« » souffre, Thomme demeurant sans action, et ne faisan! » souffrir. »
Cette mauvaise conclusion qu'on tire d'un principe table, fait voir qu'on ne s'entend pas ; car il semble au que ce qu'on veut dire, c'est que l'homme ne peut rie lui-même, et que la grâce le prévient en tout, ce qui ej une fois est incontestable. Mais il s'ensuit de ce princip( nous sommes sans action : cette conséquence s'étend seulement au moment de la conversion, comme le prélei les Luthériens, mais encore, contre leur pensée, à toa vie chrétienne ; puisque nous ne pouvons non plus propres forcés conserver la grâce que l'acquérir, et quelque état que nous soyons, elle nous prévient en ti
^^. Conclusion. Q\w si Ton s'entend, il n'y a plus de dispute i coupérHtion.
Je ne sais donc à qui en veulent les Luthériens, q disent qu'il ne faut pas croire que Vfumime converti au Saint-Esprit, comme deux chevaux concourent à un chariot (Conc. p. 67^.) ; car c'est là une "vérité qnfl
DES VARIATIOIfS, LIT. VIII. 377
sonne ne leur dispute, puisque Tan de ces chevaux ne reçoit pas de Tantre la force qu'il a ; au lieu que nous convenons que rhomme coopérant n'a point de force que le Saint-Esprit ne lui donne ; et qu'il n'y a rien de plus véritable que ce que disent les Luthériens dans le même endroit, que lor$qu'on coopère à la grâce, ce n'est point par ses propres forces natthrelies, mais par ses forces nouvelles qui noua sont données par le Saint-Esprit.
Ainsi, pour peu qu'nn s'entende, je ne vois plus entre nous ^ aucune ombre de difficulté. Si lorsque les Luthériens ensoii gnent que notre volonté n'agit pas au commencement de la conversion, ils veulent dire seulement que Dieu excit<3 en I nous de bons mouvements, qui se font en nous sans nouHmèmes : la chose est incontestable ; et c'est ce qu'on appelle la grâce excitante. S'ils veulent dire que la volonté, lorsqu'elle consent à la gmce, et qu'elle commence par ce moyen h se convertir, n'agit pas de ses propres forces naturelles : c'est encore un point avoué par les Catholiques. S'ils veulent dire qu^elle n'agit point du tout, et qu'elle est purement passive, ils ne s'entendent pas eux-mêmes; et contre leurs propres principes, ils éteignent toute action et toute coopération, non-seulement dans le commencement de la conversion, mais encore dans toute la suite de la vie chrétienne.
52. Objection de» libertins, et difficultés des infirmes sur la coopération.
La seconde chose qu'enseignent les Luthériens sur la coopération de la volonté est encore digne d'être remarquée, parce qu'elle nous découvre clairement dans quel abîme on se jette quand on abandonne la règle.
Le livre de la Concorde tâche d'éclaircir l'objection suivante des libertins, faite sur le fondement de la doctrine luthérienne, a S'il est vrai, disent-ils (Conc, p. 669.), comme w on l'enseigne parmi vous, que la volonté de l'homme n'ait » point de part à la conversion des pécheurs, et que le Saint- » Esprit seul y fasse tout, je n'ai que faire de lire ni d'cnten- M dre la prédication, ni de fréquenter les sacrements, et y» j^attendrai que le Saint-Esprit m'envoie ses dons. »
Cette même doctrine jetoit les fîdèlos dans d'étranges per-
plexilés : car comme on leur apprenoit que d'abord que \c Saint-Esprit agissoit en eux, il les tournoit tellement lui seul qu'ils n'avoient rien du tout h faire ; tous ceui qui ne sentoient point en eux-mêmes cette foi ardente, mais seulemcut des misères et des foiblesses, tomboient dans ces tristes pensées et dans ce doute dangereux, s'ils étoient du nombre des éluSy et si Dieu Içur vouloit donner son Saint-Esprit.
53. La résolution des Luthériens par huit propositions. Les quatre premières qui contiennent les principes généraui.
Pour satisfafre à ces doutes et des libertins et des chrétiens infirmes qui dilTéroient leur conversion, il n'y avoit point à leur dire qu'ils résistoient au Saint-Esprit dont la grâce \& sollicitoit au dedans de se rendre à lui ; puisqu'on leur disoit au contraire que dans ces premiers moments, où il s'agissoit de convertir un pécheur, le Saint-Esprit faisoit tout lui seul, et que Thomme n'agissoit non plus qu'une souche.
Ils prennent donc un autre moyen de faire entendre au\ pécheurs, qu'il ne tient qu'à eux de se convertir; et ils avancent ces propositions (P. 669 et seq.).
En premier lieu : « Que Dieu veut que tous les hommes se » convertissent, et parviennent au salut éternel. »
En second lieu : « Que pour cela il a ordonné que l'Évan- » gile fût annoncé publiquement. »
En troisième lieu : « Que la prédication est le moyen par » lequel Dieu assemble dans le genre humain une Église dont » la durée n'a point de fin. »
En quatrième lieu : « Que prêcher et écouter l'Évangile » sont les instruments du Saint-Esprit, par lesquels il agit » efficacement en nous, et nous convertit. »