X. Suite des absurdités du même ministre
La comparaison des rois de la terre montre bien encore' qu'on ne s'entend pas. Car sans parler de certains honneur»» qu'on rend tous les jours aux enfants des rois en présence de; leur père, et qui rejaillissent sur les rois mêmes, ce qui montre qu'on peut honorer les enfants de Dieu devant leur Père céleste ; et où est-ce (iu'ou\es\\oivoYeT^, €\VQw\v^\^%\vQW5k't<î
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pas devant Dieu et sous ses yeux? Où est--ce qae Dieu n'est pas? 0& est-ce que la foi ne nous le présente pas dans sa majesté et dans sa gloire? Il ne faudroit donc jamais honorer DOS frères , ni les prier de prier pour nous. Car nous ne le pouYous faire qu'en les regardant sous les yeux de cette suprême Miyesté. Et d'ailleurs peut-on ne pas voir que ce qui oblige à supprimer devant les rois certains honneurs qu'on pourroit rendre aux autres hommes en leur absence , c'est qu'après tout le roi n'est qu'un homme , et l'honneur qu'on lai reAd est un honneur fini, qu'un autre honneur peut partager et diminuer ; mais l'honneur qu'on rend à Dieu n'ayant point de bornes , puisqu'on y regarde toujours la disproportion de créature à créateur, qui est infinie, Dieu ne peut rien perdre du sien , quand on honore ses serviteurs , qu'on ne regarde au contraire que comme un foible écoulement de sa grandeur infinie ; et qu'on regarde toujours comme d'autant plus revêtus de ses bienfaits, qu'ils sont euxmêmes plus grands. Il n'en est pas ainsi des rois. Les hommes n'en tiennent pas toutes les belles qualités d'esprit et de corps qui leur attirent du respect. Mais tous les avantages que nous révérons dans les saints , leur viennent de Dieu; et dès qu'ils sont connus comme tels, s'ils provoquoient Dieu à jalousie , Dieu seroit jaloux de lui-même.
ÎI. Autre raison du ministre , qui se détruit elle-même. Intervention des
saints : ce que c'est.
Mais voici une autre raison de votre ministre : a Quand » vous dites à un saint vivant : Priez pour nous , vous n'en )) faites point un intercesseur qui soit médiateur auprès de » Dieu ; car il n'estpasplus auprès de Dieu que vous : il n'est » point entre Dieu et vous: ce n'est qu'une jonction de prières » que vous demandez ; mais quand vous dites à un saint qui » est au ciel plus près de Dieu que vous , et tout prèsde Dieu : » Priez pour nous, vous en faites un intercesseur posé près » de Dieu, un médiateur entre Dieu et vous ». Dans quelles subtilités s'embarrasse l'esprit humain, et quel vain tourment il se donne, quand il ne veut pas ouvrir les yeux à la vérité ?
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Un bienheureux est uni à Dieu par la charité ; un fidèle qui est sur la terre lui est uni par le même nœud , et c'est la même charité partout ; puisque saint Paul a prononcé que la charité ne se perd jamais \ et par conséquent ne se perd pas même dans la gloire , comme la foi et Fespérance s'y perdent. Si c'est la même charité, elle nousunit avec Dieu et entre nous tant dans le ciel que sur la terre , en sorte que tous ensemble nous ne faisons qu'un même corps de Jésus-Chdst. Les saints voient ce que nous croyons ; mais toute la perfection de la gloire est renfermée dans la foi , comme le fruit dans son : germe. Les saints ne sont donc pas entre Dieu et nous, à par- \ 1er dans la précision d'une saine théologie ; mais ils sont nos j membres et nos frères, qui ont accès comme nous parle | même médiateur, qui est Jésus-Christ. De là se forme ce ^ raisonnement tiré des principes du ministre : Ce n'est point ) offenser Dieu ni Jésus-Christ que de demander aux saints une \ jonction de prières. (Ce sont les paroles du ministre qu'on vient de voir. ) Or nous ne demandons aux saints qu'une jonction de prières. Ce n'est point mettre les saints entre Dieu et nous, que de les regarder comme unis à nous : (c'est encore le principe du même ministre. ) Or nous ne regardons les saints qui sont dans la gloire , que comme unis avec nous par la charité en un même corps de Jésus-Christ ; nous ne les mettons donc pas entre Dieu et nous, comme nous y mettons Jésus- Christ; et à proprement parler, il n'y a que Jésus-Christ seul à qui nous rendions cet honneur : puisqu'il n'y a que lui seul que nous regardions comme écouté par lui-même ; tous les autres , qui prient dans le ciel ou sur la terre , ne l'étant uniquement que par lui , ainsi qu'on vient de le voir par le concile de Trente , et qu'on le verra encore plus évidemment dans la suite.
XIL Que les prières qu*oii adresse aux saints , loin de nous détoarner de Dieu , nous y unissent. Exemple de saint Bazile et de saint Chrysostôme.
Il s'ensuit de là clairement que les prières qu'on adresse aux saints, loin de nous détourner de Dieu nous y unissent,
' /. Cor. ii/i. 8.
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C8 qui se démontre en cette sorte. La prière , dont Dieu est toujours le premier et le principal objet , ne nous peut détourner de Dieu: or est-il que Dieu est toujours le premier et le principal objet de la prière que les Catholiques adressent aux saints , puisqu'ils ne les prient que de prier Dieu ; par conséquent la prière adressée aux saints ne peut jamais détourner de Dieu ceux qui la font dansPesprit de FEglise catholique. En effet, le but de cette prière n'est pas tant de s'adresser aux saints comme priés , que de nous unir à eux comme priants ; et c'est pourquoi saint Basile ne croyoit pas détourner les peuples de prier Dieu, en les invitant à prier les saints ; parce que les invitant à prier les saints, selon l'esprit du christianisme , c'étoit leur dire en d'autres paroles, comme il rinlerprète lui-même : Que vos prières se répandent devant Dieu avec celles des martyrs \ Le dessein de glorifier Jésus- Christ est toujours le principal et le plus intime motif qui anime ces prières ; c'est aussi ce qui faisoitdire à saint Ghryflostôme ' : ce Où est le sépulcre d'Alexandre le Grand ? Mais « les tombeaux des serviteurs de Jésus-Christ sont illustres » dans la ville maîtresse , et personne n'ignore les jours de » leur mort, qui sont devenus des jours de fêtes partout l'u- > nivers.*.. Les tombeaux des serviteurs du Cruciûé sont plus » magnifiques que les palais des rois , non tant par la beaué V delà structure , quoique cela ne leur manque pas, que par » le concours des peuples. Car celui qui porte la pourpre , y B accourt lui-même pour embrasser ces tombeaux ; et ayant » déposé son faste , il est debout priant les saints qu'ils l'ai- » dent par leurs prières. Celui qui porte le diadème choisit » un pêcheur et un faiseur de tentes, même après leur mort, » pour ses patrons. Direz-vous que Jésus-Christ soit mort, lui B dont les serviteurs^ même après leur mort, sont les patrons » et les protecteurs des rois de la terre»? C'est dans la gloire qu'il les regarde : comme vous voyez, et loin d'être rebuté de les honorer, sous prétexte qu'il les regarde avec Jésus- Christ, c'est au contraire pour cette raison qu'il les juge dignes des plus grands honneurs. C'est ainsi que ces grands
^ Orat. in 40. Mart. — - Hom. XXVI. in II. ad Cor.
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hommes faisoient servir la gloire des saints à celle de Jésus-Christ. Le même saint Ghrysostôme dit encore ailleurs' : <s Allons souvent visiter ces saints martyrs, touchons leurs p châsses, embrassons avec foi leurs saintes reliques, afin p d'en attirer quelques bénédictions sur nous ; car comme » de braves soldats montrant aux rois les plaies qu'il ont re- » eues pour leur service leur parlent avec confiance, de D même ceux-ci , en montrant leurs têtes coupées, obtiennent ')> tout ce qu'ils veulent du Roi du ciel » .