XIII. Passage d^CEcolampadel
Ce beau passage de saint Ghrysostôme a tellement touché ! CËcolampade, un des Prétendus Réformateurs, qu'il l'oblige i à parler ainsi dans les notes qu'il a faites sur cette Homélie : \ a Je ne voudrois pas nier que les saints ne prient pour nous ; ' » je ne voudrois pas dire non plus qu'il ïti assuré que ce fût ' » une impiété et une idolâtrie d'implorer leur protection. )) Les saints sont tout embrasés de charité dans le ciel : ils- » ne cessent de prier pour nous. Quel mal y a-t-il donc de » leur demander qu'ils fassent ce que nous croyons que Dieu » a très-agréable, quoiqu'il ne nous ait pas commandé de le » faire » ? Un ministre nous justifie contre les ministres ; et malgré les préventions de la secte , lorsqu'il entend les Pères parler comme nous , il n'ose pas assurer que nos prières se ressentent de l'idolâtrie.
XIY. Qu^on n'attribue rien de divin aux anges ni aux saints, en leur attribuant la connoissance de nos prières. Preuve par TËcriture , par le-s saints Pères, par la raison et par Daillé même.
Mais, dit-on , et voici le fort des Prétendus Réformés , on présuppose , en priant les saints de tant d'endroits de la terre, qu'ils ont l'oreille partout, et qu'ils connoissentle secret des cœurs ; ce qui est leur attribuer une prérogative divine. Qu'un autre ministre réponde pour nous. Les Prétendus Réformés n'ont pas dessein d'élever losanges, non plus que les autres saints, au dessus de la créature. Cependant que nous
■ I^om. IL. de SS. Juvent. ci Max.
SUR LE REPROCHE DE l'iDOLATRIE. 181
Isde ces créatures bienheureuses ? « Les anges, dit illé * , Toient ce qui touche chacun de nous en parti- . Ils voient le péril de chacun de nous , ce que chaque craint , ce qu'ils désire , ce qu'il demande ; parce qu'il présents sur la terre et mêlés au milieu de nous » . n fait-il des dieux, en leur donnant tant de connoist de nos besoins et de nos désirs , et de tout ce qui uche ce particulier 1 Mais c'est, dit-il ; quils sont sur au milieu de nous: comme si la connoissance de tant !ts dépendoit des lieux, et non d'une lumière céleste , u communique à qui il lui plaît. Quoiqu'il en soit, dire , sans blesser la foi , que les anges connoissent ;e passe sur la terre , et même nos secrets désirs. Ce que cette opinion qu'on a de leurs connoissances ne npêche pas de les reconnoître pour ce qu'ils sont, dire , pour des créatures , c'est que nous savons d'où nnent toutes leurs lumières, d'où ils reçoivent leurs et où ils mettent leur félicité. Nous n'avons donc pas d'égaler les saints à Dieu, pour leur faire entendre jx. Il ne faut que les égaler aux anges, qui savent nos , qui les présentent à Dieu , qui les mettent sur l'auste devant le trône de Dieu% comme un présent agressez le chapitre viii de TApocalypse ; et ne dites pas ige qui y offre à Dieu les prières des saints, soit Jésussaint Jeanne rappelle quun autre ange^, un ange les autres qui paroissent dans ce divin livre ; un ange les sept anges dont il venoit de parler. Cet ange , Bst qu'une créature, entend nos vœux, puisqu'il les fu'on répète lantqu'on voudra, que c'est une idolâtrie igaler par quelque endroit que ce soit les saints à Dieu: nviens ; mais sera-ce encore une idolâtrie de les égaanges, à qui Jésus-Christ même nous apprend que e nous rendra semblables ? Ils seront, dit-il * comme es de Dieu, Mais qui empêche qu'il ne le soient dès à t , puisqu'ils voient , comme les anges, la face du Père ?
'. 3. c. XXIII. d. 484 — 2 Apoc. viif. 3. — ^ Ibid. — ♦ Mattli- K).
Un ange présente nos prières ' , et les fioles qui sont pleines de ce céleste parfum. Mais les vingt-quatre vieillards, qui nous représentent l'universalité des saints, assis devant le trône de Jésus-Christ, revêtus de blanc et couronnés, c'està-dire avec la couleur et les ornements de la gloire % n'apportent-ils pas aussi dans leurs mains ces fioles pleines de parfums, qui sont les prières des saints? Si les anges son| appelés à la participation des secrets divins, et s'ils en fonf le sujet des louanges qu'ils donnent à Dieu, ne voit-on pas le» âmes des martyrs sous l'autel, où elles sont en Jésus-Christ,: dans lequel elles sont cachées , qui connoissent l'état de] l'Eglise, en savent les persécutions dont elles demandent Jai fin, et apprennent qu'elle est différée pour peu de temps, efl pourquoi*? N'est-ce donc pas blasphémer, que de les rangerl parmi les morts qui ne savent rien de ce qui se passe sur U^ terre; et quand Babylone tombe, les apôtres et les martyrs ne^ sont-ils pas invités à louer Dieu de ses jugements, et n'entend-on pas en effet, aussitôt après, des cantiques d'admira— tion, dans le ciel, sur ce sujet^ ; ne voit-on pas que l'exécution des justes jugements de Dieu, fait une fête dans le ciel, pourtous les esprits bienheureux, et autant pour les âmes saintes» que pour les saints anges? Pourquoi donc ces âmes saintes n'entreroient-elles pas dans les actions particulières, et dans la fête qu'on fait dans le ciel pour la conversion d'un pécheur^ Qu'on ne nous dise donc plus que c'est en faire des dieux, que de leur faire connoître ce qui se passe ici-bas, et en particulier les prières que nous envoyons au ciel? Suivons déplus hauts principes, et apprenons à connoître en quoi con-^ siste la grandeur de Dieu. Il fait entendre à ses prophètes,, aux âmes saintes, à ses anges, et à tel autre qu'il lui plaît del ses serviteurs, non -seulement les pensées des hommes, mai»^ encore ses propres pensées, et ce qu'il a résolu des peuples! et des nations dans son conseil éternel. 11 les élève plus haut,' lorsqu'il leur montre son essence à découvert. Et sansdoute^» c'est quelque chose de plus de le voir lui-même face à face,;
' Apoc. VIII. 3. - - Ibid. IV. 4. Ilml. v. 8. Ibid. vi 1.11.-3 j^ij^ V/. 9. iO. a. —■ * Ibid. XYIW.'XO. \V\. \.
SLR LE REPROCIIE DE l'iDOLATRIE. 185
que de connoître ses desseins , quelque hauts qu'ils soient ; à plus forte raison que de connoître les desseins et les pensées des hommes mortels. Dieu mène ses serviteurs autant qu'il lui plaît, ainsi qu'il lui plaît, par tous les degrés de connoissances ; et à quelque perfection qu'il les élève, il se montre toujours leur Dieu, parce qu'ils ne sont éclairés que par sa lumière.
C'est pourquoi les saints docteurs n'ont point hésité à attribuer la connoissance de nos prières aux âmes saintes. Nous avons ouï saint Grégoire de Nysse , dire au martyr saint Théodore : O saint martyr, regardez-nous du plus haut des deux. Nous avons ouï saint Augustin louer la prière d'une mère chrétienne , qui avoit perdu son fils sans être baptisé : 0 saint martyr, votis savez pourquoi je le pleure, disoit cette mère* ; et parce qu'elle avoit dit, vous savez, « Dieu, conti- » nue le même Père , voulut montrer qu'elle avoit été sa » pensée. Elle porta l'enfant ressuscité aux prêtres, il fut A baptisé, il fut sanctifié, il fut oint, on lui imposa les mains; » tous les sacrements étant achevés, il mourut. Sa mère ac- » compagna son enterrement avec un visage qui faisoit pa- » roître qu'elle ne croyoit pas tant mettre son fils dans le » tombeau que le mener dans le propre sein du martyr ». Que d'articles de la nouvelle Réforme sont condamnés par ce récit ; et qu'on doit être fâché, s'il reste quelque sentiment de piété véritable , d'être d'une religion qui oblige a rejeter des choses si saintes, et à la fois si bien attestées par de si grands hommes? Mais quelque opinion qu'on en ait, j'ai toujours gagné ce que je voulais; et il est bien assuré que, ni la femme qui fit cette prière à saint Etienne, ni saint Augustin qui la loue, ne \ouloient pas faire un Dieu de ce saint martyr. Les autres Pères ne vouloient pas non plus attribuer aux saints , dont ils demandoient les prières , aucune perfection divine ; puisque , quelque intelligence qu'ils y reconnussent de nos besoins, ou en général des choses du monde , ils savoient bien qu'ils ne voyoiont rien que dans une lumière empruntée. « Vous savez tout, disoit saint Paul
* Videsup. n. b.
» à saint Félix^' : Vous voyez dans la lumière de Jésus-Christ » les choses les plus secrètes et les plus éloignées, et vous » comprenez tout en Dieu, oii tout est renfermé ».
XV. Aveu du ministre , que nous n'égalons pas les saints à Dieu par nos invocations : il se réduit à dire que nous les égalons à Jésus-Christ et comment.
Il faut que le ministre succombe sous des vérités si constantes. II en a senti le poids : il a, dis-je, bien senti que ni les saints Pères, qu'il accuse comme nous d'idolâtrie, ni nous, qui ne faisons que les suivre , n'attribuons rien de divin aux bienheureux esprits; et vous le pouvez entendre par ces paroles : « Nous pouvons défier l'Eglise romaine de nous mon- » trer aucune différence entre le culte qu'elle rend au Fils >' de Dieu, et celui qu'elle rend aux saints. Ils en peuvent » trou ver quelqu'une entre le culte du Père et celui des saints; » mais entre le culte des saints et du lils , je les défie d'en »» montrer aucune * ». Tout cela se réduit à dire que Jésus- Christ homme , fait tout le bien qu'il nous fait par voie d'intercession^ comme les saints. Au nom de notre Seigneur, et par le soin que vous devez avoir de voire salut , arrêtez-vous ici , mes très-chcrs Frères. Vous voyez à quoi votre ministre réduit principalement la difficulté, a Ils peu- » vent, dit-il , trouver quelque différence entre le culte du » Père éternel et celui des saints», fl n'ose découvrir tout ce qu'il sent. Nous pouvons trouver quelque différence; c'est-àdire, naturellement, quelque petite différence ; mais ou nous n'en pouvons trouver aucune, ou celle que nous trouvons est infinie. Car, je vous prie, quelle différence avons-nous trouvée entre le secours de Dieu et celui des saints, entre la manière de prier Dieu et celle de prier les saints? C'est, avonsnous dit, que Dieu donne, et les saints obtiennent : on prie Dieu, comme la source de tout bien , de donner ses grâces quelles qu'elles soient, temporellesou spirituelles, eton prie les saints de les demander. Or ce n'est pas là quelque différence, c'est une différence immense, infinie; puisque c'es^
' Paul de Xaf. S. l-el. - ^ Lelt, \\. \y ^^'v. \i\.
SUR LE REPROCHE OE l'iDOLATRIB. 185
une différence, qui d'un côté fait Dieu être parfait, et de Tautre la créature être indigent, tiré du néant, et le néant même; une différence en un mot, qui met d'un côté Tindépendance absolue, et de Fautre la dépendance sans bornes. Ce n'est pas là quelque différence ; mais c'est toute la différence qu'on peut établir entre Dieu et la créature, et Ton ne peut en imaginer une plus grande ni une plus essentielle.
Ici votre ministre se tourmente en vain à prouver aux Catholiques, « qu'il n'y a point de biens et de grâces pour le » temps et pour l'éternité, qu'ils ne demandent à leurs saints » directement, et sans détour ». Veut-il dire qu'on les leur demande, comme à ceuxquilesdonnent?Iln'yauroit doncaucune différence. Or est-il qu'il ne peut nier que nous n'y en mettions quelqu'une ; et nous venons de lui prouver , ou que nous n'en mettons aucune , ou que nous en mettons une aussi grande qu'on la puisse mettre, et en un mot une infmie. Qu'il enfle donc son discours de tant d'exagérations qu'il lui plaira, et qu'il raconte toutes les grâces qu'on demande à la sainte Vierge ; il demeure lui-même d'accord qu'on ne les demande que par voie d'intercession ; puisque même, selon lui» on n'en attend pas davantage de Jésus-Christ. La difticulté n'est donc plus que de l'intercession de ^Jésus-Clirist. Il s'agit de Toir si celle des saints est de môme nature que la sienne ; et il est essentiel à cette cause, que vous compreniez que c'est en cela précisément, que votre ministre met le nœud de cette qaestion. C'est ce qu'il déclare par ces paroles : « Pour moi, » poursuit-il ', plus j'étudie le culte qu'on rend à Jésus-Christ, » plus je le trouve semblable à celui des saints. Nous adres- » sons à Jésus-Christ deux sortes de prières, l'une indirecte, » en lui disant. Priez pour nous; l'autre directe, en lui de- » mandant directement la grâce , la rémission des péchés, la Bvie éternelle. Dans l'Église romaine, on fait précisément » la même chose à l'égard des saints. Cela laisse une diffé- » rence, je l'avoue, entre l'adoration qu'on rend a Dieu le » Père, et celle qu'on rend aux saints ». La voilà donc encore une fois «itablie, de son aveu, cotte différence, qui, comme on
' Leitr. xv. p. II.).
i 86 AVERT1SSEMË^'T
voit, est infinie. «Car, continue-t-il , jamais on ne dit au Père : » Seigneur, priez pour nous, intercédez pour nous auprès de fy votre Fils. Cela seroit insensé , et peut-être impie; et je » crois que Rome ne pratique pas cette impiété ». Il y a donc pour la troisième fois une différence essentielle entre la prière que TÉglise romaine fait au Père , et celle qu'elle fait aux saints, de Faveude votre ministre. «Mais il n'y a, continue- » t-il, aucune différence du culte rendu à Jésus-Christ, et de » celui qu'on rend aux saints; car, et à celui-là, et à celui- D ci, on dit indifféremment : Priez pour nous afin que Dieu » nous donne, ou bien: Donnez-nous vous-même , par voie » b'interckssion et d'impétration de son Père » , comme il l'explique lui-même et le répète dix fois. H ne reste donc plus qu'à faire voir qu'il y a encore une différence infinie entre l'intercession de Jésus-Christ , et celle des saints , et c'est là, comme vous voyez , que votre ministre fait consister notre question. Mais elle est si aisée à résoudre , que je n'y veux employer que M. Daillé. C'est un ministre que je prends pour juge entre M. Jurieu et moi.
XYI. Le ministre réfuté par DaîIIé. La médiation de Jésus-Christ expliquée
et les Catholiques justifiés.
Daillé élant obligé , par une objection du cardinal du Perron , de parler de cette matière , et d'expliquer comment on peut croire que Jésus-Christ prie pour nous , commence en cette sorte : « Ni nous , ni les anciens , ni aucun chrétien » vraiment pieux, n'avons jamais prié Jésus-Christ de prier » son Père pour nous ' ». D'abord il apprend bien à M. Jurieu, qu'il ne sait passa théologie, quand il dit qu'on prie Jésus- Christ de prier pour nous : a Ni nous, dit-il, ni les an- » ciens, ni aucun chrétien vraiment pieux, ne l'a jamais fait». M. Jurieu n'est donc pas de ces pieux chrétiens, selon le ministre Daillé. Il poursuit : « Du Perron pense-l-il que Jésus- » Christ ne fasse pour nous autre chose que de se prosterner » devant Dieu, afin de prier comme feroit un des saints de » ce cardinal? Assurément il se trompe, s'il a une semblable
' Daill. de euh. Latt. i. m. c. tO.ç. 'i^Ç>.
SUR LE REPROCHE DE l' IDOLATRIE. 187
«pensée». Tout en s'emportant contre nous, Daillé nous accorde ce que nous Toulons. Les saints du cardinal du Perron, c'est-à-dire , les saints des Catholiques sont prosternés de- Tant Dieu comme d'humbles suppliants : Jésus-Christ n'agit pas de cette manière , et nous en convenons avec le ministre; l'intercession de Jésus-Christ n'est donc pas de même nature que celle des saints. Prenons encore la chose d'une antre manière. Daillé dit, et il dit vrai, qu'on n'a jamais prié Jésus-Christ de prier pour nous. 11 n'y en a aucun exemple, ni aucun précepte , ni aucun conseil , ni dans l'Écriture , ni dans la tradition. Quand donc on prie les saints , comme fait FÉglise romaine, on ne leur demande rien de semblable à ce qu*on attend de Jésus-Christ. Voilà qui est clair; mais la suite le sera beaucoup davantage ; et plus Daillé s'étudie à Dons expliquer la dignité de la médiation de Jésus-Christ , plus il justifie les Catholiques. Car écoutons ce qu'il ajoute : f Jésus-Christ , Père de l'éternité , est seigneur et dispensa- » tenr de toutes les grâces que son sang nous a méritées. Ce Y paissant roi de l'univers nous les donne ainsi qu'il lui plaît : B ses sujets ne le tiennent pas pour un simple intercesseur, » mais pour leur Roi, pour leur Seigneur, pour leur Dieu, et i ils souhaitent que ce qu'ils demandent leur soit accordé par ï sa volonté et par sa puissance » . Notre cause se fortifie vi- 1 làblement , par le discours de Daillé. Il ne permet pas qu'on ^/regarde Jésus-Christ comme un simple intercesseur. Il est, dit-il, dispensateur et distributeur des grâces de Dieu ; mais il les donne avec autorité , et comme Seigneur, parce qu'il les a méritées par son sang ; elles sont à lui ; il les a acquises; il les a achetées, et cela par un prix infini, qui est celui de son sang ; et si M. Daillé rapporte cela à la nature divine de Jésus-Christ, c'est que c'est là qu'est la source de la dignité et du mérite infini qui se trouve dans les actions de Jésus- Christ , et dans toute sa personne : ce qui est indubitable ; mais en même temps il ne l'est pas moins que ceux qui , comme nous, regardent les saints , non comme distributeurs (te la grâce, mais comme de simples intercesseurs, ne les égalent en aucune sorte avec Jésus-Christ. Mais le ministre , eu continuant de plaider sa cause, va donner comme v\v\ v\ç,nmv
trait à la bonté de la nôtre. « Que si on dit, poursuit-il , q » Jésus-Christ prie pour nous, il faut entendre cela, non d'u » manière basse , mais d'une manière relevée et convenal » à la majesté d'un si grand roi. Ce n'est point en se proste » nant, en tendant les mains, ni en disant des paroles » suppliant qu'il intercède pour nous; c'est qu'il apaise s » Père, par le prix et la bonne odeur toujours présente de » victime qu'il a une fois offerte, et fait qu'il nous donne 1 » grâces que nous demandons, lui-même consentant aussi » voulant que nous les ayons. Telles sont les prières que J » sus-Christ fait pour nous. Elles sont dignes de sa personn » et saint Paul nous le fait entendre, lorsqu'il dit, que 1' » panchement du sang de Jésus crie plus haut que le sai » d'Abel ». Nous sommes d'accord avec les ministres de cet manière d'expliquer la médiation de Jésus-Christ. On lape voir très-bien expliquée dans saint Thomas, et l'on n'en co noît point d'autre dans nos écoles. On y enseigne constan ment, que Jésus-Christ intercède par son sang répandu po nous, et par la vertu éternelle de son sacrifice. Il n'a beso ni de paroles ni de postures suppliantes ; il suffit, comme ( l'Apôtre , quil paroisse pour nous devant Dieu , afin de no obtenir tout ce qu'il lui plaît. Ce qu'on appelle prier, danse état glorieux de Jésus-Christ, c'est dans sa sainte âme u perpétuelle volonté de nous santifier, conformément à ce parole qu'il a prononcée : « Je me sanctifie pour eux , al jj qu'ils soient saints en vérité ' » ; et à celle-ci : « 0 m » Père, je veux que ceux que vous m'avez donnés soient av » moi ^ ». Il a droit de dire. Je veux, d'une façon particulier qui ne convient qu'à lui seul : il peut disposer de nous , des grâces qu'il nous distribue, comme de choses qui so siennes, qu'il a achetées, qu'il s'est rendues propres. No ne donnons rien de semblable aux saints. Ce n'est point le sang qui nous sauve, ni qui est une source de grâces po nous : ils n'ont point offert le sacrifice, dont l'efficace infin et toujours présente, sanctifiera les pécheurs jusqu'à la ( des siècles : ils sont humbles, suppliants devant la mnjes
• Joaii. xvn. 19. — ' Ibid. 24.
SUR Lb REPROCHE DE l'iDOLATRIE. 189
divine, serviteurs agréables à leur maître; mais enfin simples serviteurs, non seigneurs, ni rédempteurs, ni dispensateurs des grâces comme Jésus -Christ. Ainsi ni nous ne faisons faire à Jésus-Christ ce que font les saints, ni nous ne faisons faire aux saints ce que fait Jésus-Christ. Leur intercession laisse en son entier tout ce qui convient, selon les ministres, aussi bien que selon nous, à celle du Fils de Dieu , et nous ne leur en donnons aucune partie.
XVll. Qu'on n'adresse pointa Jésus-Christ cette priëre, Pficzpournous :
M. J arien corrigé par M. Daillé.
Mais après avoir fait voir au ministre que nous établissons parfaitement la médiation de Jésus-Christ, apprenonslai à la mieux entendre qu'il ne fait, lui, qui en fait consister la reconnoissance à dire à Jésus-Christ, Priez pour nous. M. Daillé a eu raison de lui dire que ni les modernes ni les anciens n'ont jamais prié ainsi. Quand saint Etienne mourant iflvoqua Jésus-Christ pour ceux qui le lapidoient, il ne lui dit pas : 0 Seigneur, priez pour eux ; 0 Seigneur, ne leur imputez pas leur péché ', le regardant comme juge, comme celui qui opère par lui-même la purification du péché '\ Il ne lui dit pas. Priez votre Père de recevoir mon esprit; mais il lui dit à lui-même, 0 Seigneur, recevez mon esprit '. Je ne sache aucun orthodoxe qui ait osé dire , comme fait M. Jurieu , qu'il faut dire à Jésus-Christ, même comme homme , Priez pour nous ; parce que Thomme, dans Jésus-Christ, étant élevé à être Dieu, ce qui lui a donné le moyen de nous acheter les grâces, et en particulier celle de la rémission des péchés, par un prix proportionné àleur valeur, il en est fait Seigneur, même comme homme, mais comme homme élevé à être Dieu. C'est pourquoi on ne le prie pas de la demander, mais de la donner comme Seigneur; ce qui fait aussi que saint Etienne lui donne le nom de Seigneur, dans cette prière, 0 Seigneur, n'imputez pas ce péché : et de même, 0 Seigneur, recevez mon esprit. Car c'est à vous de le recevoir, à la vérité, pour le pré-
* Act. VII. 59. — 2 jj^.j, ,. :j. » Art. vu ôS.
senter à votre Père ; mais néanmoins comme Seigneur, à qui il appartient en propre, parce que vous Tavez acheté par votre sang.
XVIII. Différence infinie de riniercession de Jésus ^Christ et de celle des
saints.
Mais quand il seroil permis de prier Jésus-Christ de prier ^ chose que la vraie piété a en horreur, toujours le ministre n'y gagneroit rien; parce qu'il y aura toujours une différence infinie entre la prière du chef et celle des membres ; entre la prière de celui où réside la plénitude et la source de la grâce , et celle de ceux qui n'en reçoivent qu'un écoulement imparfait ; enfin entre la prière d'une personne sainte par la propre sainteté substantielle de Dieu , et la prière de ceux qui ne le sont que par quelque participation de sa sainteté infinie; ce qui fait que la prière de l'un est agréable et reçue par sa propre dignité, et celle des autres^ au contraire, en son nom, et par le mérite de la sienne ; et c'est aussi ce qui met la différence la plus essentielle qu'on puisse jamais établir de prière à prière, et même une différence qui va jusqu'à l'infini, parce qu'elle est fondée sur la perfection de la nature divine.
Toute cette doctrine est renfermée dans cette conclusion solennelle des prières ecclésiastiques, qui finissent toutes en ces termes : Per Dominum nostrum Jesum Christum, Par notre Seigneur Jésus-Christ^ par où l'Église reconnoîtque toutes ses prières tirent leur valeur et leur efficace de l'interposition du nom de Jésus-Christ, à quoi elle ajoute en même temps la confession de la divinité du même Sauveur, en adressant ces paroles à Dieu le Père : Par Jésus- Christ votre Fils unique, qui étant Dieu, vit et règne aux siècles des siècles avec vous et le Saint-Esprit; où l'Église met clairement la médiation de Jésus-Christ, en ce qu'il est un homme-Dieu, en qui s'unissent toutes choses; c'est-à-dire, tout ensemble, les hautes et les basses, les célestes et les terrestres, sans que ni nous ni les plus grands suints puissent impélrer aucune grâce, ni pour eiLx, ni pour leurs frères, en un autre nom.
SUR LE REPROCHE DE l' IDOLATRIE. 101
XIX. Médiation de Jésus-Christ très-bien expliquée par saint Grégoire de Naziauze , et les autres Pères qui ont prié les saints comme nous.
Au reste, si Ton a vu la médiation de Jésus-Christ si parfaitement expliquée par le ministre Daillé, il faut se souvenir qu'on a vu aussi qu'il n'y a rien là de nouveau pour nous , puisque tous nos docteurs l'expliquent de même sur le fondement des Ecritures et sur la doctrine de saint Paul. C'a été aussi la doctrine de tous les anciens Pères, et saint Grégoire de Nazianze l'a expliquée admirablement par ces paroles : « Le Verbe engendré de Dieu avant tous les temps , et par là » étant Fils de Dieu, est devenu Fils de l'homme. Il est sorti » sans impureté et d'une manière miraculeuse du sein d'une » Vierge, homme parfait aussi bien que Dieu parfait, pour » sauver en toutes ses parties l'homme qui étoit blessé en » elles toutes, et détruire la condamnation du péché ' » .
C'est en cela que consiste sa médiation, et c'est aussi sur ce fondement que le même saint l'établit, en supposant premièrement qu'il ne faut point croire a que le Fils de Dieu se » jette aux pieds de son Père d'une manière servile. Loin de » nous, dit-il % cette pensée basse et indigne de l'esprit de » Dieu. Il ne convient ni au Père d'exiger une telle chose, ni » au Fils de la souffrir ». Il enseigne « qu'intercéder n'est » autre chose au Fils de Dieu que d'agir pour nous auprès » de son Père, en qualité de médiateur de Dieu et des hom- » mes, Jésus-Christ homme; et, ajoute ce grand personnage, n comme homme, il intercède pour mon salut, parce qu'il » est toujours avec le corps qu'il a pris , et qu'il me fait de- » venir un Dieu par la force de l'humanité qu'il s'est unie ».
Voilà une manière d'intercéder digne de Jésus-Christ. Un Dieu en se faisant homme, nous a faits des dieux par ressemblance : son humanité est le moyen par lequel la divinité nous est commnniquée : son corps, qui a été notre victime, nous attire continuellement les grâces du ciel, et Jésus-Christ ne cesse d'intercéder, parce qu'il ne quitte jamais l'humanité qu'il a prise.
' Orat. XL. — - Ibid. x\\\i.
i 92 AVERTISSEMENT
Cette sublime médiation , qui ne convient qu'à Jésus- Christ seul, n'a pas empêché que le même Père, en prenant Ja médiation en un autre sens infiniment inférieur à celui-là, n'ait dit que les saints martyrs sont les médiateurs de cette élévation qui nous divinise ' ; sans doute, parce qu'il nous en montrent le chemin par leur exemple, et qu'ils nous aident à y arriver par leurs prières.
Qu'on ne nous objecte donc plus ces mots de saint Paul : Il y a un médiateur *. Sans disputer sur les mots, il ny a pas plus un médiateur quil y a un Dieu; et je dis que, si nous pouvons par Jésus-Christ, selon saint Pierre, participer à la nature divine^, nous pouvons aussi en quelque façon, quoique très-imparfaitement, participer par la charité fraternelle à la qualité de médiateur. Mais, à parler proprement, il n'y a que Jésus-Christ seul qui la porte et qui fasse cet office, ce que saint Augustin a expliqué à fond en ce peu de mots : a Les chrétiens, dit-il*, se recommandent aux prières » les uns des autres; mais celui qui intercède pour tous, sans » avoir besoin que personne intercède pour lui , est le seul » et véritable médiateur ».
Les Prétendus Réformés se servent de ce passage contre la prière des saints , au lieu qu'ils devroient comprendre que , si un Père qui a si parfeitemenl entendu la doctrine de la médiation de Jésus-Christ, n'a pas laissé de les prier, comme les ministres l'avouent, il paroît qu'il n'a jamais seulement pensé que ces deux choses soient incompatibles. J'en dis autant de saint Crégoire de Nazianze, qui d'un côté constamment a prié les saints, comme nous, et qui nussi constamment n'en a pas moins bien entendu la doctrine de la médiation de Jésus-Christ, comme on vient de le voir; en sorte qu'en toutes manières , il n'y a rien de plus faux que de confondre deux choses dont la différence est infinie.
' Orat. VI. - 2 Gai. m. 20.- ^ II. Pet. i. 4. ~ ' Cent. Epist. Parmen. lib. ii.n. 16;tom. tx. col. 34.
St'R LE BEPROCHE DS l'iDOLàTRIE. 195
ÎX. Que la manière dont on interprète dans TÉglise les mérites des saints envers Dieu , de TaTea des ministres mêmes est infiniment différente de la manière dont ou interpose ceux de Jésus-Christ.
Après cela, en reviendra-t-on à cette objection cent fois résolue, mais que M. Jurieu répète encore , comme si Ton n'y avoit jamais répondu? Vous offrez à Dieu, dit-il* les mérites des saints, comme vous lui offrez ceux de Jésus- Christ ; vous priez Dieu par les mérites des saints, comme vous priez Dieu par les mérites de Jésus-Christ : c'est donc en tout et partout la même chose. Mais sans nous donner la peine de répondre , Bucer, un des chefs de la Réforme, répondra pour nous. Le passage en est connu, et M. Jurieu Ta lu dans l'Histoire des Variations ^ a Pour ce qui regarde ces » prières publiques qu'on appelle collectes , où Ton fait «mention des prières et des mérites des saints; puisque » dans ces mêmes prières , tout ce qu'on demande en cette ' sorte est demandé à Dieu, et non pas aux saints, et encore »qu*il est demandé par Jésus- Christ, dès là tous ceux qui » font cette prière, reconnoissent que tous les mérites des » saints sont des dons gratuitement accordés » . Et un peu après : a Car d'ailleurs nous confessons et nous prêchons » avec joie que Dieu récompense les bonnes œuvres de ses » serviteurs ; non-seulement en eux-mêmes, mais encore en » ceux pour qui ils prient ; puisqu'il a promis qu'il feroit » du bien à ceux qui l'aiment, jusqu'à mille générations ». Voilà ce qu'un reste de bonne foi tit avouer à Bucer, en 1546, dans la conférence de Ratisbonne. Je ne demande pas au ministre dédaigneux qu'il cède à l'autorité de Bucer, mais quMl imite sa bonne foi, en reconnoissant que le mérite que nous attribuons à Jésus- Christ est bien d'une autre nature que celui que nous attribuons aux saints, puisque le mérite de Jésus-Christ est infini, à cause qu'il est Dieu et homme ; et celui des saints fini , à cause quMls sont des hommes purs; d'où suit une autre différence qui n'est pas moins essentielle, savoir que le mérite de Jésus-Christ a sa valeur par lui-même auprès de Dieu, au lieu que les mérites
* Jur. Leit. jcr. p. tI4. HH, etc. — - Liv. m. ii. \'^.
i04 ÀVBRTISSBMKNT
de& saints n'en ont que par celui de Jésus-Christ ; ce qui fait qu'en priant Dieu d'avoir agréables les mérites de ces saints, l'Église finit toujours en demandant que ce soit par Jésus-Christ. Ber Dominum nostrum Jesum Christum, et que le concile de j Trente en définissant qu'il est utile de prier les saints de nous f obtenir les grâces de Dieu, ajoute, par Jésus-Christ, et décide i' que c'est par là qu'ils nous les obtiennent. ^
XXI. Qu'il n^ a nalle difficulté dans les objections du ministre Jorieo. i
Ainsi il ne reste plus de difficulté dans la question que 1 nous traitons. Il s'agit de savoir si nous sommes idoI&tres|| en priant les saints, c'est-à-dire, en d'autres mots , si nous égalons les saints ou à Dieu ou à Jésus-Christ : et le ministn^est déjà demeuré d'accord que nous mettons une différence très-essentielle du côté de la prière qu'on adresse à Dieu. Restoit celle qu'on adressoit à Jésus-Christ^ et la différence . n'est pas moins essentielle, de l'aveu même et par les prin- : cipes de Daillé et de Bucer; par conséquent la question est \ vidée. C'est en vain que le ministre triomphe, et qu'il pro- ' voque rÉvêque de Meaux à lui répondre. Cet évêque lui a répondu ; mais s'il restoit quelque bonne foi à votre mi- ï nistre, il n'y avoit rien de plus aisé pour lui que de préve- j nir cette réponse , puisqu'il Tauroit pu trouver dans ses ! propres théologiens , aussi claire et aussi distincte que l'an- |g roit pu faire un des nôtres. 1
XXII. Différence infinie de la doctrine et du culte des Païens d*av<ec f
le nôtre. ^1
En effet , quoi qu'il puisse dire , il sait bien que le vrai ^ Dieu que nous adorons n'est pas le Jupiter des Païens. Les , anges et les âmes bienheureuses dont nous demandons la société dans nos prières ne sont ni des dieux^ ni des demidieux, ni des génies, ni des héros, ni rien enfin de semblable à ce que les Gentils imaginoient. Notre Dieu est le Dieu qui seul a fait toutes choses par sa parole, qifi n'a pas commis à ses subalternes une partie de l'ouvrage, comme on disoit dans /e paganisme. Le monde tf es>l ^as wiv ^^^îcft^'^m^wV ^'>w\a
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matière que Dieu ait trouvée toute faite ; les âmes et les esprits ne sont pas une portion de son être et de sa mbstance. Il a tout également tiré du néant, et tout égalenent par lui-même. Vos ministres n'oseroient nier que ce M>it là constamment notre doctrine. Qu'ils entreprennent de DOQS montrer ce caractère dans le paganisme. Ne sait-on [tas que Jupiter y étoit le père des dieux, à peu près dans le même sens qu'un père de famille Test de ses enfants , et {tt'il en étoit le maître, à peu près comme un roi Test de ses ministres, sans leur avoir donné le fond de Têtre. Mais IMea qui Ta donné à tous les esprits bienheureux, ou plutôt qui le leur donne sans cesse par une influence toujours nécessaire, leur donne en même temps toute leur puissance , inspire tous leurs désirs, ordonne toutes leurs actions, et il est lui seul toute leur félicité ; choses que les Païens, je dis mêmes les philosophes, ne songeoient pas seulement à attritaer à leur Jupiter. Cette différence infinie de leur théologie et de la nôtre en produit une qui n'est pas moins grande dans le culte. C'est qu'au fond, tout notre culte se renferme en Dieu. Nous n'honorons dans les saints que ce qu'il y met: m demandant la société de leurs prières, nous ne faisons [u^aller à Dieu dans une compagnie plus agréable ; mais enfm 'est à lui que nous allons, et lui seul anime tout notre culte.
CXIII. Horrible calomnie du ministre , qui compare notre doctrine a\ec
celle des Païens.
Votre ministre nous fait une horrible calomnie, mais qui
seule devroit servir à vous désabuser de toutes les autres.
I Les dieux supérieurs des Païens , dit-il ', étaient si célestes,
» si sublimes et si purs, qu'ils ne pouvoient pas eux-mêmes
» avoir aucun commerce avec les hommes, ni s'abaisser jus-
» qu'aux soins des affaires , pour les gouverner immédiate-
» ment et par eux-mêmes. C'est pourquoi ils établirent les
B démons comme des médiateurs et desaccnts entre les dieux
» souverains et les hommes mortels, disoit Platon ». H est
\rai, c'est la doctrine de Platon ; cl c'est aussi ce qui me
* Act. (les LulL. I. part. p. 183.
i 96 AVERTISSEMRNT
une dilTérence infinie entre lui et nous. Car qui jamais i ouï dire dans TEglise qu'il fût indigne de Dieu de se mêle par lui-même des choses humaines, ou qu'il fallût mettn entre lui et nous cette nature mitoyenne ou médiatrice de démons? C'est pourtant ce qu'on nous impute. Car écouton le ministre, a Or, dit-il ', une goutte d'eau n'est pas plui » semblable à une goutte d'eau que cette théologie païenm » à la théologie du papisme. Dieu et Jésus-Christ, disent-ils » qui sont nos grands dieux, sont trop sublimes pour noui » adresser droit à eux ». Je ne sais comment on ne rougii pas d'une si grossière calomnie. Car ce ministre sait bien en sa conscience, qu'outre que Dieu et Jésus- Christ ne sont pas nos grands dieux ^ puisqu'ils ne sont pour nous qu'un seul el même Dieu, avec le Saint-Esprit, el que c'est une trop hardie imposture de nous faire parler ainsi, contre toute notre doctrine, ce n'en est pas une moindre de nous faire dire, quon ne peut aller droit à eux; puisque constamment toutes les collectes, toutes les secrètes, toutes les post-communions, toutes les prières du sacrifice, le Gloria in excelsis, le Tt Deum^ toutes les autres prières du service ou du bréviaire s'adressent ou à Dieu par Jésus-Christ, ou à Jésus-Christ lui même, et que dans celles qu'on adresse aux saints, dans lei litanies et dans quelques autres endroits, dès là qu'on lei prie de prier pour nous, on ne fiiit que s'unir à eux, par la charité, pour aller à Dieii. On ne les regarde dont pas comme des natures mitoyennes et médiatrices; mais oi entre en société avec eux, pour aller également à Dieu, puisque si Dieu nous a donné un médiateur nécessaire en Jésus-Christ, il est pour eux comme pour nous, et qu'ils n'ont d'accès qu'en ce seul nom et comme membre de ce même Chef. Qu'on nous montre ce caractère dans le paganisme? Mais on vient de nous montrer un caractère toul contraire, en nous disant que les grands dieux du paganisme sont trop sublimes pour se mêler par eux-mêmes de nos affaires, ou avoir aucun commerce avec nous. Votre ministre sait bien que nous ne disons, ni ne croyons rien de sem-
' Ace. des Luth. l. part. p. \%\.
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blable. Quand donc il ose avancer qu'une goutte d'eau n'est pas plus semblable à une autre goutte d'eau, que notre doctrine à celle des Paîtens , il parle contre saconscienceetses propres paroles, et Tiniquité se dément Visiblement elle-même.
XXIY. Que notre culte intérieur est infiniment différent de celui des
Païens.
AcheTons : le culte est intérieur ou extérieur, Tintérieur est Je sentiment qu'on \ient de voir. Pour donc montrer notre culte intérieur dans les Païens, il y faut montrer nos sentiments, qu'on les y montre tels que nous Tenons de les exposer. Que si Ton prétend que ce n'est pas là notre doctrine, et qu'on répète les calomnies cent fois réfutées; qu'on nous attaque du moins une fois dans ce fort, et qu'on y découvre le moindre trait d'idolâtrie.
XXY. Démonstration de la même différence dans le culte extérieur.
Mais si le culte intérieur des Païens est si essentiellement différent du nôtre , donc le culte extérieur n'étant que le signe de l'intérieur, il s'ensuit qu'il y a la même différence. En effet , les Païens, qui regardoient tous leurs dieux, et les plus grands et les plus médiocres, et les plus petits comme des natures à peu près semblables, leur offroient aussi à tous également le même culte du sacrifice que nous réservons à Dieu seul , quoi qu'en dise le ministre. A lui seul appartient la souveraine louange, à lui seul la reconnoissance d'un empire absolu et tout-puissant, et l'hommage de l'être reçu, tant de celui qui nous fait hommes, que de celui qui nous fait saints et agréables à Dieu. Si l'on croit trouver tout cela dans le paganisme, on croit trouver la lumière dans les ténèbres; et si l'on croit seulement y en voir quelque ombre, c'est qu'il faut bien trouver dans l'erreur le fond de la vérité qu'elle gâte, et dans le culte des démons, ce qu'ils imitent et ce qu'ils dérobent du culte de Dieu.
XXVI. Source de I*idoiâtrie, d^où nous sommes éloignés jusqu'à I*infîni.
L'idolâtrie a eu plusieurs formes, et s'est accrue ou di- ^ minuée par divers degrés; mais parmi ces variétés, c'est une
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chose constante que tous ceux qu'on a jamais vu rendre sérieusement à la créature quelque partie des honneurs divins, ont erré dans la pensée qu'ils ont eue de Dieu. Les fausses idées qu'on a de Dieu, comme dit souvent saint Augustin, sont les premières idoles que les hommes se sont forgées, et c'est là le vrai principe de l'idolâtrie. Que si nous remontons jusqu'à la source de Terreur, nous trouverons que l'idolâtrie vient au fond de n'avoir pas bien connu la création.
Elle n'étoit connue que du peuple Hébreu. Parmi tous les autres peuples on croyoit que la substance et le fond de l'être étoit indépendant de Dieu, et que tout au plus il n'étoit auteur que de Tordre, ou que sans avoir fait l'univers, il n'en , étoit que le moteur. |
C'est de là qu'est venue Terreur qui a fait adorer le monde, ^ soit qu'on le regardât comme Dieu lui-même, ou qu'on le ; considérât comme le corps dont Dieu étoit revêtu. On en adoroit le tout, on en adoroit toutes les parties, c'est-à-dire, ; le ciel , la terre , les astres, les éléments, les rivières et les fontaines, et enfin on adoroit toute la nature. Tout avoit part . à Tadoration, parce que tout en un certain sens avoit part à Tindépendance : tout étoit coéternel à Dieu : tout étoit une une partie de Têtre divin : Tâme étoit dérivée de là , selon quelques-uns*. C'est pourquoi ils le regardoient comme étant ingénérable et incorruptible en sa substance. C'étoit une pcyrtion de la divinité. C'étoit un Dieu elle-même, disoit cet empereur philosophe ', après plusieurs autres. C'est ce qui a donné lieu à Terreur qui a consacré tant de mortels, et qui leur a fait rendre les honneurs divins. Les biens qu'ils avoient procurés au monde ont fait regarder leur âme comme ayant quelque chose de plus divin que les autres, et tout cela enfin étoit fondé sur ce que rien n'étoit regardé comme absolument dépendant d'une volonté souveraine, ni comme tenant d'autre que de soi le fond de son être.
' Platon. — ' Marc-Aurcle.
SLR LE HEI*ROail^ i)£ L' IDOLATRIE. 199
[Vn. Ce que c^étoit, selon les Platoniciens, que la médiation des démons et combien nous sommes éloignés de cette doctrine.
Le ministre, qui nous parle tant de ces natures médiatri- ;, et de ces esprits médiateurs, introduits par le platonisme, sait pas, ou ne songe pas, ou ne veut pas avouer de bonne , qa^on les y faisoit médiateurs de la création de T homme, nme ils Tétoient de sa réunion avec Dieu. Ainsi la nature ine étoit inaccessible pour les hommes, et ils n'en poulent approcher que par les demi-dieux qui les avoient faits, .'on appeloit aussi démons. Il est certain que ces démons ces demi-dieux de Platon', furent adorés sous le nom des ges, par un Simon le Magicien, par un Ménandre, par cent très, qui dès Torigine du christianisme , mêloient les rênes des philosophes avec une profession telle quelle du ristianisme '. Mais si ces hommes, aussi mauvais philosoes que mauvais chrétiens, avoient compris que Dieu tire dément du néant toutes les natures intelligentes, et les ces comme les hommes, ils n'auroient jamais pensé que uns eussent besoin d'aller à Dieu par les autres, ni que, ir aprocher de lui, il fallût mettre tant de différence entre IX qu'il avoit formés de la même main. La religion chrême ne connoît point ces entremetteurs, qui empêchent ju de tout faire, de tout gouverner, de tout écouter par -même ; et s'il a donné aux hommes un médiateur néces-. re, qui est Jésus-Christ, ce n'est pas qu'il dédaigne leur ture qu'il a faite; mais c'est que leur péché , qu'il n'a pas t, a besoin d'être expié par le sang du juste. C'est par là e nous avons besoin de médiateur. Mais afin que nous nnussions que c'étoit notre péché et non pas notre nature li nous éloignoit de Dieu, il a voulu que ce médiateur fût )mme ; et il a si peu dédaigné la nature humaine, qu'il l'a ème unie à la personne de son Fils.
* Plat. in. Tim. — ^ Tertull. de Prœserv. n. 33. Hiéron. adv. Lucif, )ipli. hœr. GO. Theod. liœr. Fab. lib. v. c. vu.
XXYIil. Moyens que Dieu a trouvés pour fermer parmi les fidèles toa voie à ridolâtrie. il est impossible de rien égaler à Dieu ni à Jésu Christ.
Par ce mystère, l'idolâtrie devient comme impossible a chrétien, et il ne peut y tomber qu'en oubliant jusqu'au j)remiers principes de sa religion. Il ne peut plus, comm iîiisoient les Païens, égaler les hommes à Dieu ; puisqu'il voi que le genre humain étoit si éloigné de Dieu par son péché qu'il avoit besoin d'un médiateur pour en approcher. Mai ce médiateur est homme ; et quand il ne seroit que cela, au: merveilles qu'il a faites et aux grâces qu'il répand sur nou8 le genre humain, porté à diviser ses bienfaiteurs, aurd tenté d'en faire un Dieu , et de lui rendre les honneurs di vins. Pour prévenir cette erreur, Dieu, en incarnant son Fil unique, en le faisant homme comme nous, a su faire de e médiateur, qu'il nous donne , un Dieu égal à lui ; en sort qu'on ne se trompe pas de l'adorer comme tel. Mais de peu qu'on n'étendît le même honneur à d'autres hommes excel lents, on apprend que pour faire un Dieu de Jésus-Chri& il a fallu lui donner, outre la nature humaine, une natui pli|^ haute, et qu'il ne fût rien moins qu'une des Personne divines, à laquelle on rendît avec Dieu en unité un même cul suprême. Car si l'on avoit attribué notre rédemption ou noti réconciliation à la nature angélique , l'on auroit pu adori les anges ; mais on ne le peut plus depuis qu'on adore en J^ sus-Christ celui-là même qui a fait les anges, et que les ang< adorent. Il n'y a donc plus moyen de lui rien égaler dans s pensée, ni par conséquent do rien égaler à son Père et a Saint-Esprit, auxquels seuls on le rend égal. Mais ne peut-i pas arriver qu'en le regardant en sa qualité de médiateur qui l'approche si fort de nous, on lui donne des égaux pai cet endroit-là, et des médiateurs à même titre? Point di fout, puisqu'on ne le fait médiateur qu'au titre d'un mériti et d'une dignité infinie : ce qu'il ne pourroit avoir, s'il u'étoit Dieu et fils unique de Dieu, de même nature que lui Car s'il exerce sa médiation par une nature humaine , e par des actions humaines, on reconnoît tout ensemble qu tout cela seroit inïcricv\r à ceV ercv^^oV, ?>*v lovit cela n'étoi
SLR LE REPROCHE DE L'iDOLÀTRIE. 201
îlevé par la divinité même de cetle personne; et c'est ce |ui nous est déclaré dans le mystère de l'Eucharistie , où ésus-Clirist exerce très-parfaitement son office de médiaeur; puisqu'il nous y consacre et nous y sanctifie par son lorps et par son sang. Mais en même temps nous voyons [a*on ne nous sanctilie dans ce sacrement, ni par le corps Tao apôtre, ni par le corps d'un martyr, ni par le corps de i sainte Yierge, ni enfin par le corps d'aucun autre saint, si te n'est par le corps de celui qui est reconnu pour le Saint k& saints. Ainsi l'Eucharistie même nous dévoue et nous sacre à Dieu seul ; non-seulement parce que Tobjet à i nous nous dévouons est Dieu , mais encore parce que moyen qui nous y unit, en même temps qu'il s'approde nous en tant qu'homme, consomme notre unité en I que Dieu. Cela est cru dans l'Eglise, et y est cru trèsetement, et y est soigneusement enseigné à tous les s, dès l'enfance jusqu'à la vieillesse et jusqu'à la mort, vos ministres le savent ; et si vous savez les presser, leur en arrachez l'aveu, malgré qu'ils en aient. Qu'on ine, après cela, par quel endroit l'idolâtrie pourroit ÎDtroduire dans un tel culte, et comment il seroit possible de lifcn égaler ou à Dieu, ou à Jésus-Christ, qui seul est un avec ^Jieu même. A cela qu'oppose-t-on? Des chicanes que j'ai te de rapporter, tant elles sont vaines, et qu'il faut néan- II^DS encore que je réfute ; puisqu'on ne cesse de les objcc- ; quoique cent fois réfutées.
[. Les fêtes des saints , ce que c'est : doctrine de TEglise anglicane ^'1 protestante.
Tous égalez, dit-on, vos saints à Dieu, puisque vous leur 8z des temples, puisque vous leur consacrez des jours de \. Quoi! n'y aura-t-il point quelque ministre assez offipour nous décharger de l'ennui de répéter cent fois même chose, sans qu'on veuille nous écouter? Mais je n'ai besoin d'un ministre officieux. Toute l'Angleterre plaide cautre, puisqu'elle célèbre comme nous les fêtes de? its; et pour ne manquer à aucun, même la fête de la ^ttoussainl. Le calendrier où elles sont marquées, et Toffice f
202 AVERTISSKMENT
qu'on y fait ne sont pas encore abolis. Ils pourront Têtr^ avec le temps, et tout cela peut devenir une idolâtrie , s'i plaît au vainqueur * ( car il faudra bien subir la loi ) ; mala on ne fera jamais qu'on ne les ait célébrées, ni que BurneL qui, sans doute, n'eut jamais dessein de nous obliger, n'ai écrit qu'on devoit les célébrer, même par principe de coff science; « parce qu'aucun de ces jours n'est propremeH » dédié à un saint ; mais qu'on les consacre à Dieu , en I » mémoire des saints, dont on leur donne le nom * »; c qui est de mot à mot notre doctrine , comme il paroît e tout et partout, par nos catéchismes; et tout ce qu'on non impute au delà est une manifeste calomnie. ^
XXX. Les Églises dédiées aux saints justifiées par la même voie : remarqili envenimée de Daillé sur le mot divus ou divi.
Venons aux temples; mais ici toute l'Angleterre nous justifie encore. Qui ne connoît à Londres l'église de saint Paul et toutes les autres qui portent les noms des saints? On noi^ dira que c'est pour en conserver la mémoire ; mais que U temples sont proprement dédiés à Dieu, comme les fêtes C'est encore notre doctrine. Toutes les églises et toutes le fêtes sont également dédiées à Dieu. On leur donne les nom des saints pour les distinguer. Qu'on nous reproche aprè cela les églises dédiées aux saints, et celle de saint Eustachi ou de Notre-Dame, plus belle que celle du Saint-Esprit. Toa le synode de Thorn , de la religion de nos Prétendus Réformés, a inséré dans ses actes, qu'il s'étoit assemblé dansli temple de la sainte Vierge, Divœ Virginis^. Le même synodi parle encorde du 25 août, comme d'un jour consacré ; saint Barthélemi, Divo Bartholomœo sacra. Ces actes son rapportés dans le recueil des Confessions orthodoxes de Gc nève; et en passant, voilà non-seulement le temple de l sainte Vierge, et la fête de saint Barthélemi , mais encor le mot Divus, dont Daillé nous fait un si grand crime. Ca
* Bossuet désigne ici le Prince d'Orange , qui venait d'usurper la coi ronne d'Angleterre sur le roi Jacques II, son beau-pcre. (Edii. de Paris
' Burn. I. Tom. p. 191. Var. liv. vil. n. 91. — 2 Svn. Tor. Syntag Gouf. Fidei. part. Jl. p. Vi{).')A'}..
SUR LE REPROCHE DE l'iDOLATRIE. 20«S
c'est, dit-il * , ériger les saints en dieux tout court. Sur cela il prend la peine det ramasser les passages où les saints sont appelés de ce nom , dans un Paul Jo^e , dans un Bembe , dans un Juste Lipse. Il est vrai , le zèle de l'ancien latin nous a introduit ce mot, et tant d'autres aussi ridicules, quand on les affecte. Tout est perdu , si en lisant Bembe, et les autres auteurs de ce goût , on trouve un seul mot que Cicéron ou Virgile n'aient point prononcé ; et Juste Lipse , qui s'est moqué de cette fade affectation , n'a pu s'empêcher d'y tomber. Qu'on s'en moque ; nous y consentons; mais ceci devient une affaire de religion. N'importe que Bellarmin, plus régulier, ait blâmé ces expressions païennes. Daillé le trouve mauvais. Comme il vouloit se servir de ce mot, pour montrer que nous donnons de la divinité aux saints, en les appelant Dtui, il s'emporte contre Bellarmin ; parce qu'il ne trouve pas dans ces écrits ce mot, dont il prétendoit tirer avantage , lui reprochant avec amertame que sa modestie est fausse , ridicule et impertinente.
Enfin, il fait tort aux saints , et lorsqu'il ne
( Le reste manque . ]
' DecuUu latr. p. 523. 525..
AUX PROTESTANTS
SUR
La sainteté et la concorde du mariage chrétien violées.