XIII. Un ministre tâche vainement a réprimer M. Jurieu
Au reste je suis bien aise de voir que les maximes dont M. Jurieu tâche de souiller la sainteté du mariage, ne soient pas universellement approuvées dans la Réforme. Pendant que nous écrivions ceci, nous avions devant les yeux une lettre , dont nous avons déjà dit un mot, d'un ministre qui trouve aussi mauvais que nous , que M. Jurieu « soit assez inacessi- » ble aux conseils modérés , pour oser dire qu'un mari dont » la femme est captive entre les mains des Barbares, sans es- » pérance de la pouvoir retirer, peut se remarier ; parce que » la nécessité n'a point de loi , et que le fâcheux remède de » la polygamie est plus soutenable , que les impuretés inévi- » tables dans une perpétuelle séparation à ceux qui n*ont pas
2â0 QUATRIÈME AVERTISSEMENT, ETC.
» le tempérament tourné du côté de la continence ' » . Ce ministre rougit pour son confrère de ces nécessités contre Tlï- Tangile, de ces impuretés inévitables, sans que la prière, ni le jeûne y puissent apporter de remède. Il voit comme nous l'inconvénient de cette impure doctrine, qui introduiroit le divorce et même la polygamie, aussitôt que Tun des conjoints seroit travaillé de maladies , je ne dis pas incurables , mais longues ; ou qu'il se trouvât d'ailleurs quelque empêchement qui les obligeât à demeurer séparés. Si cette doctrine avoit lieu , qu'y auroit-il de plus inhumain ni de plus brutal que la société du mariage? Mais, en permettant de quilfer sa femme, ou ce qui est bien plus détestable d'en prendre une autre avec elle en cas de captivité ;* s'il arrivoit par hasard, que contre l'espérance du mari , sa femme fût délivrée , laquelle des deux demeureroit? Ou bien seroit-il permis à un chrétien d'en avoir deux ? M. Basnage en a honte , et il voudroit bien qu'on ne souffrit pas de tels excès. Mais M. Jurieu a pris le dessus et le traite d'ignorant. La Réforme ne permet pas qu'on abandonne ses chefs, ni qu'on en fasse les plus corrompus et les plus infâmes de tous les hommes. On aimera toujours mieux M. Jurieu qui les excuse, quoique pitoyablement, que M, Basnage tout prêt à les condamner. Aussi se tait-on dans les consistoires; les synodes sont muets: M. Basnage lui-même ne reprend l'erreur qu'en tremblant, et comme un homme qui craint la colère envenimée d'un adversaire toujours prêt à se venger à toute outrance : car c'est ainsi qu'il en parle. M. Jurieu triomphe, et la vérité est opprimée.
' Rép. de M..., miuisti'e, sur le sujet des prêt. Proph. du Dauphiné ^ etc. p. 3. c. 1.
AUX PROTESTANTS
SUR
Ij: fondement des empires renversé par ce ministre.
\. Caractères bien diiïérents de l'ancien christianisme , et du christianisme
prétendu réformé.
Mes chers Frères ,
Dieu, qui est le père et le "protecteur de la société hunaine , qui a ordonné les rois pour la maintenir, qui les a ippelés ses christs, qui les a faits ses lieutenants, et qui leur i mis répée en mains pour exercer sa Justice, a bien voulu , i la vérité, que la religion fût indépendante de leur puissance, et s'établît dans leurs États malgré les efforts qu'ilsferoicutpour lu détruire : mais il a voulu en même temps, que, bien loin de troubler le repos de leurs empires ou d'affoiblir leur autorité, elle la rendît plus inviolable , et montrât , par la patience qu'elle inspiroit à ses défenseurs , que Tobéissance qu'on leur doit est à toute épreuve. C'est pourquoi c'est un mauvais caractère et un des effets les plus odieux de la nourelle Réforme d'avoir armé les sujets contre leurs princes et eur patrie, et d'avoir rempli tout l'univers de guerres civiles; )t il est encore plus odieux et plus mauvais de l'avoir fait par )rincipes, et d'établir, comme fait encore M. Jurieu, des maximes séditieuses qui tendent à la subversion de tous les empi-
res et à la dégradation de toutes les puissances établies de Dieu. Car il n'y a rien de plus opposé à Tesprit du christianisme, que la Réforme se vantoit de rétablir, que cet esprit de de révolte, ni rien de plus beau à Tancienne Église, que dV voir été tourmentée et persécutée jusqu'aux dernières extrémités durant trois cents ans, et depuis à diverses reprises par des princes hérétiques ou infidèles, et d'avoir toujours conservé dans une oppression si violente une intolérable douceur, une patience invincible, et une inviolable fidélité envers les puissances. C'est un miracle visible qu'on ne voie durant tous ces temps, ni sédition , ni révolte, ni aigreur, ni murmure parmi les chrétiens :* et ce qu'il y avoit de plus remarquable dans leur conduite, c'étoit la déclaration solennelle qu'ils faisoient de pratiquer cette soumission envers l'empire persécuteur, non point comme une chose de perfection et de conseil, mais comme une chose de précepte et d'obligation indispensable : alléguant non-seulement les exemples, mais encore les commandements exprès de Jésus-Christ et des apôtres : d'où ils concluoient que l'empire ni les empereurs n'auroient jamais rien à craindre des chrétiens , en quelque nombre qu'ils fussent, et quelques persécutions qu'on leur fît souffrir. Plus il y aura de chrétiens, disoient-ils à leurs per- ^ sécuteurs ' , plus il y aura de gens de qui jamais vous n'aurez ^ rien à craindre. Il n'y a donc rien, encore un coup , de plus M opposé à l'ancien christianisme que ce christianisme réformé, 3 puisqu'on a fait et qu'on fait encore dans celui ci un point de religion de la révolte , et que dans l'autre on en a fait un de l'obéissance et de la fidélité.