II. Dessein de cet Avertissement
Que la Réforme ne pense pas s'excuser sur ce qu'elle semble à la fin avoir condamné en France et en Angleterre par ses plus fameux écrivains ces guerres civiles de religion , et/ les maximes dont on les avoit soutenues. Car les réprouver^ quelque temps pour y revenir après, c'est bien montrer qu'on' a honte de son erreur ; mais c'est montrer en même temp8j
' TeHul. Apol.c. 36 etseq.
Sim LKS LETTRES DE M. JURIEU. 225
qu'on ne veut pas s'en corriger; et c'est enfin augmenter, dans un articles! important à la tranquillité publique, les variations dont la Réforme est convaincue.
C'est , mes Frères, ce que j'enireprends de vous découvrir dans cet Avertissement. J'entreprends, dis-je, devons découmrque votre Réforme n'est pas chrétienne, parce qu'elle n'a pas été fidèle à ses princes et à sa patrie. Que la proposition ne vous fâche pas : il sera temps de se fâcher si ma preuve vous paroît défectueuse , si je vous laisse le moindre doute de ce que j'avance : en attendant, lisez sans aigreur co que je vous expose pour votre bien. Je dirai tout avec ordre; et quoiqu'il fût naturel en déduisant ce que j'ai à dire d'un seul et même principe , de vous le développer sans interruption par la suite d'un même discours ; je partagerai celui-ci pour votre commodité en plusieurs parties, que les titres vous apprendront.
Maxime de M. Jurieu, qu'on peut faire la guerre à son prince et à sa patrie pour défendre sa religion ; que cette maxime est née dans V hérésie. Variations de la Réforme,
III. Les guerres civiles sous prétexte de religion ont para pour la première
fois dans Tiiérésie.
Ce qui aggrave le crime de la Réforme si souvent rebelle, c'est de voir d'un côté naître l'Église avec l'esprit de fidélité, et l'obéissance au milieu de l'oppression la plus violente, el de voir de l'autre l'esprit contraire , c'est-à-dire l'esprit de sédition et de révolte , prendre naissance et se perpétuer dans les hérésies. Les premiers des chrétiens qui ont pris séditieusement les armes avec une ardeur furieuse , sous prétexte de persécution , ont été les Donatistes : c'est une vérité constante. Il n'est pas moins assuré que les premiers qui ont fait des guerres réglées à leurs souverains pour la même cause, ont été les Manichéens, les plus insensés et les plus impies de tous les hommes. Pour ce qui regarde les Donatistes, il n'y a personne qui ne sache les fureurs de leurs Cireamcellions , rapportées en tant de lieux de saint Augustin^
* Ëpist. CXI. ad Yictoriani,tom. ii col. 319.
qui montre même que les violences de ce parti séditieux ont égalé les ravages que les Barbares faisoienl alors dans les plus belles provinces de TEmpire. Et quant aux Manichéens, nous en avons raconté les guerres sanglantes dans le livre xi des Variations'. Les Albigeois ont suivi ce mauvais exemple : aussi avons-nous vu qu'ils étoient de dignes rejetons de cette abominable secte. Les Vicléfites n'ont point eu de honte de marcher sur leurs pas : les Hussiles et les Taborites les ont imités; et puisqu'enfm il en faut venir aux sectes de ces derniers siècles, on sait l'histoire des Luthériens et des Calvinistes. C'étoit un terrible préjugé contre la Réforme naissante, de n'avoir pu prendre l'esprit de l'ancien christianisme qu'elle se vantoit de rétablir, et d'avoir pris au contraire l'esprit turbulent et séditieux qui avoit élé conçu , et qui s'étoit conservé dans l'hérésie. Car c'étoit d'un côté ne pouvoir prendre l'esprit de Jésus-Christ; et de l'autre prendre l'esprit opposé, c'est-à-dire , l'esprit de sédition , que Jésus-Christ nous fait voir être l'esprit du démon et de son empire* ; d'où suit aussi selon sa parole la désolation des royaumes et de toute la société humaine, que Dieu a formée par ses lois, et qu'il a prise eu sa protection.