‹ Histoire des variations des églises protestantesChapitre 17 sur 59 · IV. Variation delà Réforme sur ce sujet · texte numérisé non relu

IV. Variation delà Réforme sur ce sujet

Sur une si pressante accusation , il n'est pas aisé d'exprimer combien la Réforme a élé déconcertée. Tantôt elle a fait profession d'être soumise et obéissante ; tantôt elle a étalé les sanguinaires maximes qui exhortoient à prendre . les armes sans se soucier du nom ni de l'autorité du prince. Elle a fait d'abord la modeste : il le falloit bien quand elle étoit foible ; et d'ailleurs comment soutenir sans ce caractère , le nom et le caractère de christianisme réformé. C'est pourquoi au commencement à l'exemple des premiers chrétiens, on ne nous vantoit que douceur, que patience, que fidélité. Il vaut mieux souffrir, disoit Melancton ^, toutes sortes d'extrémités , que de prendre les armes pour les affaires

' Var. liv. XI. n. 13. 14. —]- .Matth. \ii. 25. 29.— 'Lib. ill.ep. IG. Lib. IV. Ep, ;i.-). 110 lit. \a»'. Wb. w. 3*2.33.

de J^Èvangile (c'est du nouvel Évangile qu'il vouloit parler), et (Texciter des guerres civiles : tout bon chrétien, tout homme de bien, coiilinue-t-ll , doit empêcfier les ligues qu'on trame secrètemeotsous prétexte de religion. Luther, tout violent qu'il étoit, défendoit les armes dans cette cause, et fit même un sermon exprès dont le titre étoit : Que les abus doivent être étés, non par la main , mais par la parole ' . La papauté devoit tomber dans peu de temps; mais seulement par le souffle de la prédication de Luther , pendant qu'il boiroit sa bière et tiendroit de doux propos au coin de son feu avec son cher Melancton et avec ^wwdor/. Les Calvinistes n'étoient pas moins doux en apparence. Il ne faut qu'écouler Calvin écrivant à François I«^ en 4536, à la tête de ce fameux livre de l'Institution, où il se plaint à ce prince qu'on lui faisoit immoler à la vengeance publique ses plus fidèles sujets, avec de solennelles protestations de l'inébranlable fidélité de lui et des siens. Il ne faut, trente ans après, et jusqu'à la veille des guerres civiles, qu'écouter Bèze et sa magnifique comparaison de l'Église avec une enclume, qui n'étoit faite que pour recevoir des coups, et non pas pour en donner ; mais qui aussi en les recevant brisoit souvent les marteaux dont elle étoit frappée '. Voilà des colombes ef des brebis qui n'ont en partage que d'humbles gémissements et la patience : c'éloit le plus pur esprit et la parfaite résurrection de l'ancien christianisme ; mais il n'étoit pas possible qu'on soutînt longtemps ce qu'on n'avoitpas dans le cœur. Au milieu de ces modeslies de Luther, il échappoit des paroles de menaces et de violence qu'il ne pouvoit retenir : témoin celles qu'il écrivit à Léon X , après la sentence oii ce Pape le citoit devant lui ; qu'il espéroit bientôt y comparoître avec vingt mille hommes de pied et cinq mille chevaux, et qu'alors il se feroit croire \ Ce n'étoit là encore que des paroles ; mais on en vint bientôt aux cfl*ets V Ces ligues tant détestées par Melancton se formèrent à son grand regret par les conseils de Luther \ Le landgrave et les Pro-

* ' Var.liv. i. m. :M . liv. i!. n. '.). - '" llist. (lenc/,c, liv. vi. Var. liv. x. j a. 'i7. - • Var. liv. i. ii. ';:>. Luth. adv. Aiit. HuU. T. il.- < Var v.li-l*- \ tt. i et siiiv. — ' Vm: liv. il. ii et .siiiv.

Vv\.

â2() CINQUIÈME AVERTISSEMENT

testants prirent les armes sur de vains ombrages : Melancton en rougissoit pour le parti ; mais Luther prit en main la défense des rebelles ; et il osa bien menacer George de Saxe , prince de la maison de ses maîtres , de faire tourner contre lui les armes des princes pour l'exterminer lui et ses semblables, qui n'approuvoient pas la Réforme. Enfin, il n'oublia rien de ce qui pouvoit animer les siens ; et irriter contre Rome, qui malgré ses prédications et ses prophéties , avoit bien osé subsister au delà du terme qu'il lui donnoit; il mit au jour la thèse sanguinaire , où il soutenoit que le Pape étoit « un loup » enragé, contre lequel il falloit assembler les peuples, et ne D pas épargner les princes qui le soutiendroient, fût-ce TEm- » pereur lui-même * ». L'effet suivit les paroles. L'électeur de Saxe et le landgrave prirent les armes contre Charles V ; mais l'électeur , plus consciencieux que ne vouloit la Réforme, ne savoit comment concilier avec l'Évangile cette guerre contre le chef de l'Empire. On trouva l'expédient dans le manifeste de traiter Charles Y, non comme empereur, ( car c'étoit précisément cette qualité qui troubloit la conscience de l'électeur ) mais comme se portant pour Empereur '; comme si c'étoit un usurpateur, ou qu'il fût au pouvoir des rebelles de le dépouiller de l'empire. Tout devint permis par cette illusion; et la propre déclaration des princes ligués fut un témoignage éternel , que ceux qui entreprenoient cette guerre , la tenoient injuste contre un empereur reconnu de tout le monde.

Y. Malheurs de la France par la Réforme.

Je n'ai pas besoin de parler de la France : on sait assez que la violence du parti réformé, retenue sous les règnes forts de François l" et de Henri II , ne manqua d'éclater dans la foiblesse de ceux de François II et de Charles IX. On sait, dis-je, que le parti n'eût pas plus tôt senti ses forces, qu'on n'y médita rien de moins que de partager l'autorité, de s'emparer de la personne des rois , et de faire la loi aux Catholiques. On al-f ïuma la guerre dans tous les villes et dans toutes les provin-

' DIsp. f 540, prop. 39 et seq. T. i. YîH. SIeid. 1. 10. Var. liv. i. t». 25^- Liy. vin. ij. /. — 2 SIeid. liv 17. Xw \V\. \\\\ u. V.l.'i.

SUR LBfi LETTRES DE M. JURISU. 327

ces : on appela les étrangers de toutes parts au sein de la France , comme à un pays de conquête; et on mit ce florissant royaume , Thonneur de la chrétienté , sur le bord de sa ruine, sans presque jamais cesser de faire la guerre, jusqu'à ce que le parti dépouillé de ses places fortes fût dans l'impuissance de la soutenir.

Ceux qui n'ont que les dragons à la bouche, et qui pensent avoir tout dit pour la défense de leur cause quand ils les ont seulement nommés, doivent souffrir à leur lour qu'on leur représente ce que le royaume a souffert de leurs violences, et encore presque de nos jours. Ils sont convaincus par actes et par leurs propres délibérations qu'on a en original, d'avoir alors exécuté en effet par une puissance usurpée, plusqu'ils ne se plaignent à présent d'avoir souffert de la puissance légitime. Le fait en a été posé dans l'Histoire des Variations ', et n'a pas été contredit. On y a dit qu'on avoit en main en original les ordres des généraux et ceux des villes à la requête des consistoires, pour contraindre les papistes à embrasser la Réforme par taxes , par logements , par démolitions de leurs maisons, et par découverte de leurs toits. Ceux qui s'absentoient pour éviter ces violences etoient dépouillés de leurs biens. Les registres des hôtels-de-ville de Nîmes, de Montauban, d'Alais, de Montpellier, et d'autres villes du parti, sont pleines de telles ordonnances. On a été bien plus avant, une intinité de prêtres , de religieux , de Catholiques de tous les états ont été massacrés dans le Béarn par les ordres de la reine Jeanne, sans autre crime que celui de leur religion ou de leur ordre. Il y a encore des actes authentiques des habitants de la Rochelle, où il est porté que la guerre fut renouvelée à l'occasion des prêtres qu'ils précipitèrent dans la mer jusqu'au nombre de vingt-six ou de vingt-sept : de sorte que ceux qui nous vantent leur patience et leurs martyres sont en effet les aggresseurs, et le sont de la manière la plus sanguinaire. Ces dragons , dont on fait sonner si haut les violences , outils approché de ces excès? Et tout ce qu'on leur reproche À d'avoir entrepris sans ordre, de combien est-il au dessous de&

' Var. liv, jl, u. 62.

â!28 C1NQU1È3IE AVERTISSEMKiNâ

violences, où les Protestants se sont emportés par des ordres bien délibérés et bien signés? On a avancé ces faits publiquement : M. Jurieu ou quelqu'autre les ont-ils niés, ou ontils dit un seul mot pour les affoiblir? Rien du tout; parce qu'ils savent bien qu'ils sont connus par toute la chrétienté , écrits dans toutes les histoires, et de plus aprouvés par actes publics. Mais c'étoient, disoient-ils , des temps de guerres, et il n'en faut plus parler , comme s'ils étoient les seuls qui eussent droit de se plaindre de la violence, et que ce ne fût pas au contraire une preuve contre leur Réforme, d'avoir entrepris par maximes de religion des guerres dont les effets ont été si cruels.

Vl. Séditieuses explicaiious de l'Apocalypse.

Joignons à toutes ces choses les explications sanguinaires qu'on donnoit à l'Apocalypse, où la Réforme, en prenant pour elle et interprétant contre Rome ce commandement : Sortez de Babylone, s'appliquoit aussi à elle-même cet autre commandement du même lieu , faites-lui comme elle vous a fait : d'où nous avons vu qu'elle concluoit, qu'il lui étoit commandé, non-seulement de sortir de Rome, mais encore de l'exterminer à main armée avec tous ses sectateurs , partojut où les trouveroit, avec une espérance cerlaine de la victoire'.

YII. Autres variations de la Réforme : ses vaius efforts pour prouver que ces guerres civiles n'ont pas été des guerres de religion.

Voilà donc la Réforme convaincue d'avoir entrepris , et encore d'avoir entrepris par maximes, et comme par un précepte divin, les guerres qu'elle sembloit détester au commencement. Mais si elle rougissoit du dessein de les entreprendre, elle en a encore rougi après l'avoir exécuté. C'est pourquoi , ne pouvant nier le fait, ni faire oublier au monde ses guerres sanglantes ; quand elle a cru que les causes en pouvoient être oubliées par le temps, elle a employé tout te qu'elle avoit de plus habiles écrivains pour soutenir que

' l'JxpfIc. i!v VAinc. AvtMt. aux ProU;:!. isvw YKco. ^\es Vyv\\\\. w. \-

SUR LES LETTRES DK M. JURIEIJ. 229

ces guerres, tant reprochées à la Réforme, ne furent jamais des guerres de religion : et non-seulement M. Bayle dans sa Critique de M. Maimbourg, et M. Burnet dans son Histoire de la Réformation anglicane', mais encore M. Jurieu, qui s'en dédit aujourd'hui dans son Apologie de la Réforme , ont épuisé toute leur adresse à soutenir ce paradoxe.

VIH. Paroles remarquables de M. Jurieu , qui condamne les guerres

civiles de la Réforme.

Il n'y a rien de plus étrange que la manière dont il défend les Réformés, de la conjuration d'Amboise, qui est l'endroit par où ont commencé toutes les guerres : « La tyrannie » des princes de Guise ne pouvoit être abattue que par » une grande effusion de sang : l'esprit du christianisme ne » SOUFFRE POINT CELA i mais si l'on juge de cette entreprise » par les règles de la morale du monde, elle n'est point du ))do tout criminelle » ; et il conclut: « qu'elle ne l'est en » tout cas que selon les règles de l'Évangile' ». Par où l'on ?oit clairement, en premier lieu, que toutes ces guerres des Prétendus Réformés selon lui éloienl injustes et contraires à l'esprit du christianisme; et en second lieu, qu'il se console de ce qu'elles sont contraires à cet esprit et aux règles de l'Evangile , sur ce qu'en tout cas, à ce qu'il prétend , elles sont conformes aux règles de la morale du monde : comme si ce n'étoit pas le comble du mal de lui chercher des excuses dans le dérèglement du genre humain corrompu, qui ne Test pourtant pas assez, comme nous l'avons démontré ailleurs^, pour approuver de tels attentats. C'est ainsi que M. Jurieu défend la Réforme; et tout cela pour conlirmer ce qu'il avoit dit, «que la religion s'est B trouvée purement par accident dans ces querelles, et pour » y servir de prétexte '» .

' Hist. de la Réf. Ang. II. part liv. 3. Var. liv. x. ii. 42etsuiv. — = Ap»l. àe la Réf. I. part. ch. lô. p. 453. Var. liv. x. n. 40. - 'Var. ibid. - ' Jur. Apol. de la Réf. ibid. ch. 10.

250 CINQUIÈMB AVERTISSEMENT

IX. M. Jurieu u^a rien à répliquer aux preuves par lesquelles on a fait voir que ces guerres de la Réforme y ont été entreprises par maximes de religion.

Il n'a pas été malaisé de le convaincre. Car, outre que c'étoit à la Réforme une action assez honteuse de vouloir bien donner un prétexte à une guerre que ce ministre avouoit alors contraire à Tespril et aux règles du chrislîa* nisme ; il est plus clair que le jour que la religion étoit le ^ fond de toutes ces guerres. C'est ce qu'on voit dans le livre -j des Variations', par la propre Histoire de Bèze, parles con-l sultations, par les requêtes, par les délibérations et par lesj traités qu'il rapporte; on voit, dis-je, plus clair que le j jour, par toutes ces choses, que la guerre fut entreprise dans^ la Réforme par délibération expresse des ministres et de r tout le ])ârli, et par principe de conscience : en sorte qu'il ^ n'est pas possible de s'empêcher de le voir en lisantle x' livre des Variations, où cette matière est traitée , et qu'en effet M. Jurieu n'a rien eu à y répliquer, si ce n'est ce mot seule-* ' ment: «Ce n'est point, dit-iP, mon affaire de parler d& » cette matière ; on y répondra si Ton veut : et pour moi ce » que j'en ai dit dans ma Réponse à l'Histoire du jésuite » Mainbourg me suffit ». Il est content de lui-même , c'est assez ; et il ne veut pas seulement songer que tout ce qu'il a dit sur ce sujet est clairement réfuté, non point par raisonnement, mais par actes ; et sans ici répéter tout le reste qui est produit daq^ l'Histoire des Variations"^, parles décrets très-formels du synode national de Lyon en 1563, dès le commencement des guerres.

X. Décret décisif du synode national de Lyon , qui contraint M. Jurieu à

se dédire.

On y accorde par décret exprès la Cène à un abbé réformé à la nouvelle manière, parce que, sans se défaire de son abbaye dont le revenu l'accommodoit , « il en avoit brûlé » les titres, et n' avoit pas permis depuis six ans qu'on y

' Var. Uv, \, n. 25. 26eisuv\. - - iwt. L^U. iv. - ^ Var. liv. x. n. 36 et 37.

SUR LES LETTRES DB ■. JURlfiU. ^M

» chantât messe; ainsi s'étoit toujours porté fidèlement, et

isafOit PORTÉ LES ARMES POUR MAINTENIR l'ÉYANGILE ' ». Ce n'est pas ici un prétexte : ce sont les armes portées ouvertement pour TÉvangile réformée, et cette action honorée dans le parti jusqu'à y être récompensée et ratifiée par la réception de la Gène.

Osez* vous dire après cela que ce n'est pas ici une guerre de religion, c'est vous déclarer,, mes Frères, qu'on n'a beloin ni de raison ni de bonne foi , ni même de vraisemblance, pour vous persuader tout ce que l'on veut. Mais voici m cas bien plus étrange, et un décret bien plus surprenant do même synode national. Un ministre qui autrement s*étoit bien comporté y c'est-à-dire, qui avoit bien fait son devoir à inspirer la révolte, pour réparer cette faute « avoit écrit à

> la Reine mère , qu'il n'avoit jamais consenti au port des

> armes, jaçoit qu'il y eût consenti et contribué; fut obligé

> à nn jour de Gène de faire confession publique de sa faute > devant tout le peuple »; et, pour pousser l'audace jusqu'au bout, à faire entendre à la Reine sa pénitence; de peur que cette princesse , qui étoit alors régente , ne s'imafioât qu'on fût capable de garder aucune mesure avec elle et avec le Roi. N'est-ce pas là déclarer la guerre, et la déclarer à la propre personne de la régente, et de la part de tout an synode national, afin qu'on ne doute pas que ce ne «lit une guerre de religion, et encore de tout le parti? Mais en n'en demeure pas là. Pour éviter le scandale que ce ministre avoit donné à son Eglise en se repentant de son crime, et marquant ses soumissions à la Reine, on permet au synode de sa province de le changer de lieu ; en sorte qu'on ne le voie plus dans celui qu'il avoit scandalisé en se montrant bon siijet. Loin de se repentir d'avoir pris les armes , la Réforme ■e se repent que de s'être repentie de les avoir prises ; et au lieu de rougir de ces excès, M. Jurieu répond hardiment : « M. de Meaux doit savoir que nous ne nous faisons pas une

I 9 honte de ces décisions de nos synodes ».

' Var. ibid.

25â CINQUIÈME AV£RTISSEHENT

XL Contradiction de la Réforme : M. Jurieu contraint de soutenir les gaerre

civiles qu'il avoit coudamnéei^.

Mais si la Réforme n'avoit point de honte des guerre qu'elle avoit faites pour la religion , pourquoi donc M. Juriei ne les osoit-il avouer il y a quelques années? Et pourquc écrivoit-il que la religion s*y étoit trouvée purement par acci dent? C'étoit une espèce de réparation de ces attentats, qui de fâcher de les pallier comme il faisoit : mais maintenant il lève le masque. En parlant de ses Réformés en Tétat où ils sont France, il déclare « qu'il faut être aveugle pour ne pas y> voir que des gens à qui on renfonce la vérité dans le cœur » à coup de barre, ne se relèveront pas le plus tôt qu'ils

• » POURRONT ET PAR TOUTES SORTES DE VOIES ' » . D'oÙ il COD-

clut que « dans peu d'années on verra un grand éclat de ce )) feu que Ton renferme sans Tétouffer » . Ce n'est pas seulement prédire, c'est souffler la rébellion, que de parler di cette sorte. Il ne dissimule point que les Prétendus Réformé] n'aient la fureur et la rage dans le cœur : et c'est, dit-il ', c qui fortifie la haine qu'ils avoient pour ndolâtrie ; dont i rend cette raison, que les passions humaines, telles que son la rage et la fureur, sont de grands secours aux vertus chr& tiennes. Voici un nouveau moyen de fortifier les vertus et de vertus chrétiennes, que les apôtres ne connoissoient pas Saint Paul a fondé sur la charité toutes les vertus chrétien lies : mais qu'a-t-il dit de la charité, sinon, « qu'elle e » douce, qu'elle est patiente, qu'elle n'est ni envieuse i n ambitieuse, qu'elle ne s'enorgueillit point, ni ne s'aigr » point ^ »? Et notre docteur nous dit qu'elle est furieusi Quelle vertu, quelle vérité, quelle religion est celle-là, qi emploie jusqu'à la rage pour se maintenir dans un cœur C'est ainsi que sont disposés les Réformés selon M. Jurieu et c'est ainsi qu'il les veut. Car il n'oublie rien pour nourri eu eu\ ces sentiments qui les portent à la révolte : et pour le: y exciter il fait une lettre entière * , où sans pallier commi auparavant le crime des guerres civiles, il entreprend ouvcr

' Aft'omp. des Profil». \\\î>a U)v\s\ç\>v\\vvA.--- - VWL — ' l. (.'or. \iii 4. — ^ Jiir. I.eU. i\.

temeot de les justifier. Lui qui hésitoit auparavant, ou plutôt qai sans hésiter décidoit, comme on vient de voir, que ces guerres contre son pays et son prince légitime, étoient contraires à V esprit du christianisme et aux règles de V Évangile , trop heureux de pouvoir les excuser par les règles de la morale corrompue du monde, dit maintenant à la face de Tunivers et au nom de toute, la Réforme : Nous ne nous faisons pas une honte des décisions de nos synodes , qui ont soutenu qu'on est en droit , pour défendre la religion , de faire la guerre à son roi et à sa patrie. C'est la femme prostituée qui ne rougit plus, qui, après avoir longtemps déguisé son crime et cherché de vaines excuses à -ses infidélités, à la fin étant convaincue, se fait un front d'impudique, comme parle l'Écriture sainte, et dit hardiment : Oui, fai aimé des étrangers, et je marcherai après eux\

]I ne faudroit rien davantage que sa honte d'un côté, et sa hardiesse de l'autre pour la confondre. Que nous dira donc M. Jurieu, qui, après avoir condamné ces guerres , aujourd'hui en entreprend la défense ? Et n'est-il pas confondu par ses propres variations? Mais ne laissons pas d'écouler ses foibles raisonnements.

Réponse de M, Jurieu à l'exemple de Vancienne Eglise. Question : si la soumission des premiers chrétien s n'étoit que de

• conseil^ ou en tout cas un précepte accommodé à un certain temps.

Xïl. Sentiments des martyrs : ce que M. Jurieu y a répondu.

Les réponses de ce ministre sont prises d'un dialogue de Buchanan qui a pour titre : Du droit de régner dans l'Ecosse. Les sentiments en sont si excessifs, qu'il a été délesté par les plus habiles gens de la Réforme : mais aujourd'hui M. Jurieu en prend l'esprit ; et aussi ne lui resloil-il que ce moyen là de saper les fondements, et de renverser le droit des monarchies.

Il faut écouter avjuit toutes (choses ce qu'ils répondent à

' Jer. II. 2.>.

254 ClTSQtlÈME àV£RTISS£M£KT

Texemple des martyrs. Il n'y a personne qui ne soit touché , quand on les voit dans leur passion, entre les mains et sous les coups des persécuteurs, les conjurer par le salut et la vie de VEmpereur ' , comme par une chose sainte, de contenter le désir qu'ils avoient de souffrir pour Jésus-Christ. « A Dieu » ne plaise, disoient-ils % que nous offrions pour les empe- » reurs le sacriûce que vous nous demandez pour eux : on » nous apprend à leur obéir, mais non pas à les adorer o. L'obéissance qu'ils leiir rendoient, servoit de preuve à celle qu'ils vouloient rendre à Dieu. « J'ai été, disoit saint Jule% » sept fois à la guerre : je n'ai jamais résisté aux puissances, » ni reculé dans les combats, et je m'y suis mêlé aussi avant » qu'aucun de mes compagnons. Mais si j'ai été fidèle dans » de tels combats, croyez-vous que je le sois moins dans ce- » lui-ci, qui est bien d'une autre importance » ? Tout est plein de semblables discours dans les actes des martyrs : la profession qu'ils faisoient, parmi les supplices, de demeurer fidèles à leurs princes en tout ce qui ne seroit point contraire à la loi de Dieu , faisoit la gloire de leur martyre ; et ils la scelloient de leur sang comme le reste des vérités qu'ils annonçoicnt. Mais écoutons ce que leur répond M. Jurieu. a A » Dieu ne plaise, dit-il % que je voulusse diminuer le mérite » des martyrs, et rien rabattre des louanges qu'on leur donne: » mais je voudrois bien qu'on me fît voir qu'ils ont été en » état de se pourvoir contre les violences des empereurs ro- » mains. Que pouvoit faire, continue-t-il, un si petit nombre » de gens éparsdans toute l'étendue d'un grand empire, qui » avoit toujours sur pied des armées nombreuses pour la » garde de ses vastes frontières? Ce n'étoit donc pas seule- » ment piété, mais c'étoit prudence aux premiers chrétiens » de souffrir un moindre mal pour en éviter un plus grand ». C'est sa première raison, qu'il a tirée de Buchanan, son grand auteur : mais voyons celles dont il la soutient \(( Outre cela, » on ne sauroit tirer un grand avantage de la conduite des » premiers chrétiens au sujet de la prise des armes. Il y en

' Act. Jul. Act. Marc. etNicaiid. etc. — " Act. Phil. Epist. Heracl. etc. — •' Act. Jul. - * Jur. Lett. ix. p. G7 . c 'l etsuiv. — * Ibid. p. 08.

» a^roil plusieurs qui ne croyoient pas qu'il fût permis de se » servir du glaive en aucune manière , ni à la guerre ni en « justice pour la punition des criminels : c'étoit une sévérité » oatrée, et une maxime généralement reconnue pour fausse B aujourd'hui ; tellement que leur patience ne venoit que > d'une erreur et d'une morale mal entendue ». Voilà donc la seconde cause de la patience des martyrs : la première étoit leur foiblesse ; la seconde étoit leur erreur. Voilà d'abord comme on traite ceux dont on dit qu'on ne voudroit diminuer en rien le mérite.

Mais le ministre sait bien en sa conscience, que le sentiment de l'Église n'étoit pas celui de ces 'esprits outrés qui eondamnoient universellement l'usage des armes. Nous venons (fouir un martyr qui fait gloire d'avoir bien servi les empereurs à la guerre : cent autres en ont fait autant; et l'Église ne les met pas moins parmi les saints. Tertullien , dont on auroit le plus à craindre ces maximes outrées n'hésite point i dire au sénat et aux magistrats de Rome au nom de tous les chrétiens * : a Nous sommes comme tous les autres ci- » toyens dans les exercices ordinaires ; nous labourons, nous 9 naviguons, nous faisons la guerre avec vous. Nous remplis- B sons la ville , le palais , le sénat , le marché , le camp et les j) armées; il n'y a que les temples seuls que nous vous lais- 1» sons ». C'est-à-dire que, hors la religion, tout le reste leur étoit commun avec leurs concitoyens et les autres sujets de Tempire. Il y avoit même des légions toutes composées de chrétiens. On connoît celle dont les prières furent si favorables à Marc Aurèle ', et celle qui fut immolée à la foi sous la conduite de saint Maurice : on entend bien que je parle de cette fameuse légion thébaine, dont le martyre est si fameux dans l'empire de Dioclétien et de Maximien.

M. Jurieu n'ignoroit pas ces grands exemples; et c'est pourquoi il ajoute : a Dans le fond ce n'étoit point cette délica- B tesse de conscience quia empêché les premiers chrétiens de » se défendre contre leurs persécuteurs : car ces dévots, dont B la morale étoit si sévère, étoient en petit nombre en com—

* Apol. c. 37. 40. — ' Apoc. c. 45.

» paraison des autres' ». Il eùtdonc mieux fait de supprimer cette raison, qui lui paroît sans force à lui-même. Mais c*est qu'il est bon d'embrouiller toujours la matière, en entassant beaucoup d'inutilités, et à la un d'affoiblir un peu l'autorité de l'ancienne Église dont les exemples l'accablent.

Il poursuit; et pour montrer que le nombre de ces faux dévots, qni croyoient les armes défendues aux chrétiens, étoit petit, il nous dit ceci pour toute preuve : « Par les plain-> » tes que les Pères nous font des maux des chrétiens de leur » siècle, il est bien aisé à comprendre que des gens aussi peu )) réguliers dans leur conduite, qu'étoient plusieurs chrétiens » d'alors, ne se laissoient pas tuer par conscience , mais par )) foiblcsse et par impuissance » . C'est ce que diroient des impies, s'il vouloient affoiblir la gloire des martyrs et les témoignages de la religion. Au reste; il est évident que tout cela db servoitde rien à M. de Jurieu. Il avoit, comme on vient de voir, assez de moyenspour justifier les chrétiens des premiers siècles, sans en alléguer les mauvaises mœurs : mais il n'a pn se refuser à lui-même ce trait de chagrin contre l'Église primitive, dont on lui objecte trop souvent l'autorité.

« Enfin, conclut-il, quand les premiers chrétiens par ten- » dresse de conscience n'auroient pas pris le parti de se dé- » fendre, en cela sans doute ils n'auroient pas mal fait : il )) est toujours permis de se relâcher de son droit; car on fait » de son bien ce qu'on veut : mais on ne pèche pourtant pas » en se servant de ses droits. 11 y a, continue-t-il, de la diffé- » rence entre le mieux, et le bien. Celui qui marie sa fille » fait bien, et celui qui ne la marie pas fait mieux. Supposé » que les chrétiens aient mieux fait, en ne prenant pas les » armes pour se garantir de la persécution, (car c'est de quoi » le ministre doute) il ne s'ensuit pas que ceux qui font au- » trement ne fassent bien , et que peut-être ils ne fassent M mieux en certaines circonstances ». Il ne restoit plus au ministre que de proposer un moyen de mettre la Réforme armée, et non-seulement menaçante, mais encore ouvertement

' Jur. ibid.

rebelle à ses rois, au dessus de TEglise ancienne, humble el souffrante, qui ne connoissoit d'autres armes que celles de lu patience.

XtU. Première glose de M. Jariea, qae rol)éissa n ce proposée aux chrétiens darant les persécutions , étoit de perfection et de conseil , et non d'obligation et de commandement. Preuve du contraire.

Telles sont les réponses de M. Jurieu. Pour comipencer par la dernière, qu'il fonde sur la distinction de perfection elde conseil, et du bien de nécessité et d'obligation, le ministre nous allègue le mot de saint Paul : Celui qui marie sa file fait bien, mais celui qui ne la marie pas fait mieux '. Mais pour appliquer ce passage à la matière dont il s'agit, il faudroit qu'il fût écrit quelque part, ou qu'on pûtattribuer aux apôtres etaaxpremierschrétiens cette doctrine : C'est bien fait à des sujets persécutés de prendre les armesconlre leurs princes ; mais c'est encore mieux fait de ne paslesprendre. M. Jurieu oseroitilbien attribuer cette doctrine aux apôtres? Mais en quel endroit (leleurs écrits en Irouvcra-t-ille moindre vestige? Quand les premiers cbréliens nous ont fait voir qu'ils étoient fidèles à leur patrie quoique ingrate, et aux empereursquoique impies et persécuteurs, ont-ils laissé échapper la moindre parole pour faire entendre qu'il leur eût été permis d'agir autrement, et que la chose étoit libre? Au contraire , lorsqu'ils entreprennent de )rouver qu'ils sont lidèlcs à tous leurs devoirs, ils commeu- «nt par déclarer qu'ils ne manquent à rien a ni envers Dieu » ni envers rKmpereur et sa famille ; qu'ils paient fidèlement » les charges publiques selon le commandement de Jésus- Christ : Uondez à César ce qui est à César * » ; qu'ils font les vœux continuels pour la prospérité de l'Empire, des empereurs et de leurs officiers, du sénat dont ils étoient les chefs, ie leurs armées : et enfin , leur disoient ces bons citoyens Sdèles à Dieu et aux hommes, « à la réserve de la religion, ) dans laquelle notre conscience no nous permet pas de nous

' I. Cor. VII. 38. — - Athenag. Légat, pro (Mirist. Just. Apol. 1. nnui. 1. p. [>'i.

» unir avec vous, nous vous servons avec joie dans tout le » reste ; priant Dieu de vous donner avec la souveraine puis* » sance de saintes intentions ' ». G' estaiusi qu'ils n'oublient rien pour signaler leur fidélité envers leurs princes; et afin qu'on ne doutât pas qu'ils ne la crussent d'obligation indispensable, ils en parlent comme d'un devoir de religion, fia l'appellent a la piété , la foi , la religion envers la seconde )» majesté, envers l'Empereur que Dieu a établi, et qui en D exerce la puissance sur la terre ^ ».

C'est pourquoi lorsqu'on les accuse de manquer de fidélité envers le prince , il s'en défendent non-seulement comme d'un crime , mais encore comme d'un sacrilège, où la majesté de Dieu est violée en la personne de son lieutenant; et ils allèguent non-seulement les apôtres , mais encore Jésus-Christ même qui leur dit : Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu * : par où il met , pour ainsi parler, dans la même ligne ce qu^on doit aa prince avec ce qu'on doit à Dieu même ; afin qu'on reconnoisse dans l'un et dans l'autre une obligation également in* violable : ce qui aussi étoit suivi par le prince des apôtres lorsqu'il avoit dit : Craignez Dieu^ honorez le roi * : ou l'on voit qu'à l'exemple de son maître , il fait marcher ces deux. choses d'un pas égal comme unies et inséparables. Que s'ils poussoient cette obligation jusqu'à être toujours soumis malgré les persécutions les plus violentes , c'est que Jésus-Christ, qui assurément n'ignoroit pas que ses disciples ne dussent être persécutés par les princes , puisque même il l'avoit prédit si souvent, n'en rabattoit rien pour cela de l'étroite obéissance qu'il leur prescrivoit : au contraire , en leur prédisant qu'ils seroient traînés devant les présidents et devant les rois, et hais de tout le monde pour son nom *, il leur déclare en même temps, qu'il les envoie comme des brebis au milieu des loups '^^ sans armes etsans résistance, ne leur permettant que la fuite d^ une ville à Vautre, et ne leur donnant autre moyeu de posséder leurs âmes, c'est-à-dire, d'assurer leur vie et leur

' Just. ibid.Tertuî. Apol. cap. 5. 39. — ^ Tertul. Apol. cap. 32. 34. 3'}. 3G. — ' Matth. xxii. 21. — M. Pet. n. 17. — ^ Matth. x. 16. 23. — "' Luc. XXI. 12. ly.

liberté, en un mot de jouir d'eux-mêmes, que la patience : Ce sera, dit-il ', par votre patience que vous posséderez vos âmes. Telles sont les instructions, tels sont les ordres que Jésus-Christ donne à ses soldats. L'effet suivit les paroles. Les apôtres ne prévoyoient pas seulement les persécutions ; mais ils les voyoient commencer, puisque saint Paul disoit déjà : Tous les jours on nous fait mourir pour l'amour de vous, et on nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie '. Mais les chrétiens ne sortirent pas pour cela du caractère de brebis que Jésus-Christ leur avoit donné; et déchirés selon sa parole par les loups , ils ne leur opposèrent que la patience qu*il leur avoit laissée en partage. C'est aussi ce que les apôtres leur avoient enseigné : lorsqu'ils virent que les empereurs et tout FEmpire romain entroient en furieux dans le dessein de ruiner le christianisme ; bien instruits par le Saint-Esprit de ce qui alloit arriver, de peur que la soumission des chrétiens ne fût ébranlée par une oppression si longue et si violente, ils leur recommandèrent avec plus de soin et de force que jamais, l'obéissance envers les rois et les magistrats : « Il est temps, disoit saint Pierre ^ que le jugement » commence par la maison de Dieu. Que nul de vous ne souf- » fre comme homicide, ou comme voleur ; mais si c'est comme » chrétien, qu'il n'en rougisse pas, et qu'il glorifie Dieu en ce » nom ». Ce qu'il répète trois ou quatre fois en mêmes paroles * ; de peur que l'oppression où l'Eglise étoit déjà, oii elle alloit être jetée de plus en plus, ne le surprît. Mais il ne répète pas avec moins de soin qu'on soit soumis aux rois et aux magistrats, et afin de ne rien omettre, à ses maîtres même fâcheux et mexorables ; tant il craignoit qu'on ne manquât à aucun devoir, dans un temps où la patience et avec ûie la fidélité alloit être poussée à bout de toutes parts. On ne peut donc plus douter que ces préceptes de soumission et de patience ne regardent précisément l'état de de persécution. C'étoit en cette conjoncture et en cet état que laint Paul, déjà dans les liens, et presque sous le coup des

• Luc. XXI, 19. — - Rom. vin. 3f). — ' I Pet. iv. 15. 16. 17. — * llid. 11. \9. '20. ;//. ii. 17. v. 9, etc.

persécuteurs, ordonnoit qu'on leur fiit fidèle et obéissant, ( qu'on priât pour eux avec instance '.

Buchanan a bien osé éluder la force de commandemei apostolique, en disant qu'on prioitbien pour les voleurs a(i que Dieu les convertît. Impie et blasphémateur contre J< puissances ordonnées de Dieu, qui n'a point voulu ouvrir 1( yeux , ni entendre qu'on ne prie pas Dieu pour l'état et I condition des voleurs, et qu'on ne s'y soumet pas ; mais qu'o prie Dieu pourl'état et la condition des princes quoiqu'impic et persécuteurs, comme pour un état ordonné de Dieu auqu( on se soumet pour son amour. On demande à Dieu dans ce esprit, qu'il donne à tous les empereurs , h tous, remarquez bons ou mauvais , amis ou persécuteurs, « une longue vie, ui » empire heureux, une famille tranquille, de courageuses ar » mées, un sénat fidèle , un peuple juste et obéissant, et qm » le monde soit en repos sous leur autorité' ». Mais peut-oi demander celte sûreté du monde et des empereurs , mêmi dans les règnes fâcheux, si on se croit en droit de la trou bler?

Enfin , saint Jean avoit vu et souffert lui-même la persécu lion, et il en voyoit les suites sanglantes dans sa Révélation mais il n'y voit de couronne ni de gloire que pour ceux qi ont vécu dans la patience. Cest ici , dit-il ^ , la foi et la pa tience des saints : marque indubitable que les témoins et h martyrs qu'il voyoit ' n'étoicnt pas ces témoins guerriers de ] Réforme, toujours prêts à prendre les armes quand ils se croi roient assez forts; mais des témoins qui n'avoient pour arme que la croix de Jésus-Christ, et pour règle que ses précepte et ses exemples : martyrs , comme dit saint Paul ^ , qui résis tent jusqu'au saîig ; iusqn'vi prodiguer le leur, et non pas jus qu'à verser celui des autres, et armer des sujets contre 1 puissance publique , contre laquelle nul particulier n'a d force ni d'action. Car c'est là le grand fondement de l'obéi? sance, que comme la persécution n'ôte pas aux saints perse cutés la qualité de sujets, elle ne leur laisse aussi , selon 1

' Th. m. 1. ï. Tiiu. II. 1. •;.. — ^Tertul. Apol. cap. 32. — ^ Apo( Mil. 10. viv. t?.. — ^ Ihia. M. — •' WAj :a\. ^.

doctrine de Jésus-Christ et des apôtres , que Tobéissance en partage. C'est ce que les premiers chrétiens avoientdans le cœur; c'est l'exemple que Jésus-Christ leur avoit donné, lorsque, soumis à César et à ses ministres , comme il Tavoit enseigné , il reconnoît dans Pilale , ministre de l'Empereur, une puissance que le ciel lui avoit donnée sur lui-même \ C'est pourquoi il lui répond, lorsqu'il Tinterroge juridiquement, comme il avoit fait au pontife, se souvenant du personnage humble et soumis qu'il étoit venu faire sur la terre ; et ne daigna dire un seul mot à Hérode, qui n' avoit point de pouvoir dans le lieu où il étoit. C'est donc ainsi qu'il accomplit toute justice, comme il avoit toujours fait; et il apprit à sesapô- Iresce qu'ils dévoient à la puissance publique, lors même qu'elle abusoit de son autorité et qu'elle les opprimoit. Aussi est-il bien visible que les apôtres ne nous donnent pas la soumission aux puissances comme une chose de simple conseil ou de perfection seulement , et en un mot comme un mieux , ainsi que M. Jurieu se l'est imaginé, mais comme le bien nécessaire , qui obligeoit, dit saint Paul , en conscience^ ; ou , comme disoit saint Pierre lorsqu'après avoir écrit ces mots : Soyez soumis au roi et au magistrat pour l'amour de Dieu , il ajoute , parce que c'est la iwlonté de Dieu^ , qui veut que par ce moyen vous fermiez la bouche à ceux qui vous calomnient comme ennemis de l'Empire. Les chrétiens avoient reçu ces instructions comme des commandements exprès de Jésus- Christ et des apôtres ; et c'est pourquoi ils disoient aux persécuteurs par la bouche de Tertullien , dans la plus sainte et la plus docte Apologie qu'ils leur aient jamais présentée, non pas : On ne nous a pas conseillé de nous soulever, mais : Cela nous est défendu, vetamur* : ni : C'est une chose de perfection, mais : C'est une chose de précepte, Preceptum est nobis *: ni , que c'est bien fait de servir l'Empereur , mais que c'est une chose due , débita Imperatoribus ; et due encore, comme on a vu , à titre de relicfion et de piété , Pletas et rellgio Imperatoribus débita^' : ni, qu'il est bon d'aimer le prince ; mais

' Joan. XIX. 11. — - Rom xiii. j. — ' I. IVt. ii. 1.5. l'i. 1."). — • Tert. Apol. cap. 30. — • ]hiâ. cap. li?. — • ibid. cap. \\{\.

que c'est une obligation et qu'on ne peut s'en empêcher, à moins de cesser en même temps d'aimer Dieu qui l'a établi , Necessse est ut et ipsum diligat '. C'est pourquoi on n'a rien fait et on n'a rien dit , durant trois cents ans, qui fît craindre la moindre chose ou à l'empire et à la personne des empereurs, ou à leur famille; et Tertullien disoit, comme on a vu. non-seulement que l'Etat n'avoit rien à craindre des chrétiens ; mais que, par la constitution du christianisme, il ne pouvoit arriver de ce côté là aucun sujet de crainte : ^ quitus nihil timere positis * ; parce qu'ils sont d'une religion qui ne leur permet pas de se venger des particuliers, et à plus forte raison de se soulever contre la puissance publique.

Voilà ce qu'on enseignoit au dedans, ce qu'on déclaroit au dehors , ce qu'on pratiquoit dans l'Église comme une chose ordonnée de Dieu aux chrétiens. On le prêchoit, on le pratiquoit de cette sorte par rapport à l'état où l'on étoit, c'est-àdire, dans l'état de persécution la plus violente et la plus injuste. C'étoit donc par rapport à cet état qu'on établissoil l'obligation de demeurer parfaitement soumis , sans jamais rien remuer contre Tempire. Et on ne peut pas ici nous alléguer, comme M. Jurieu fera bientôt , le caractère excessif de Tertullien, ni ces maximes outrées qui défendoient de prendre les armes pour quelque cause que ce fût ; car l'Eglise ne se fondoit pas sur.ces maximes qu'on a vu qu'elle réprouvoit. et n'auroit jamais souffert qu'on eût avancé une doctrine étrangère ou particulière dans les apologies qu'on présentoi en son nom. D'où il faut conclure nécessairement, que le{ chrétiens étoient retenus dans l'obéissance, non par des opinions particulières que l'Eglise n'approuvoit pas, mais par lej principes communs du christianisme.

XIV. Autre glose de M. Juriea et de fiuchanan , que robéissauce des chrétiens étoit fondée sur leur impuissance , et le précepte d*obéir accommodé au temps.

Il n'y a donc plus moyen de dire que tout cela n'étoil qu'ur conseil et un mieux : et non-seulement les propres paroleî

r#!rï.aJ Scap. cap. 2. — - \po\. cr\», ?»Ç>. 'A*i»

de irsos-Càirâi «2 ofê iijHcre$ . mi^ «xtr^^ine ki&r pnxiçiM

même et ceDe â» jireiLie!^ 5lkii<ï^ rtfss^Ci'Xi i cKie fkisie,

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pnnoient rien «oiîrp ]& jtiissLiKY r:c:i:ï»,

(Test iBssî la fiicisp àe Borhinu. -çx; soaùeiit que 1<^ pn^ eeptes de JêB?-Chri>J eî des ijti^irftj. qui ordonnoîent aut ckrédens de lonî sc^frir, êiôîeuî prè^pces aoK^mmod^s au temps d*a]i:>r?. on r£fli>e encore fc»îi:é ei impuissante ne poQToit rien ««ntre te princes ses peri«;2tenr? : en sorte que h patience tant Tiniêe des martyrs est &n effet de leur crainte plalôt qne de leur Terto. Mais cette ck>$e n*e$t pas moins impie ni moins ahsaide que Tantre: et pour en entendra labsurdité , il ne font qu'ajouter à Tapolo^e des chrétiens « qui segloriBent de leur iniiolable fidélité, ce que Buchanan et M. iurien Tentent qu'ils aient eu dans le cieur. Il est \nii, sacrés empereurs , vous n'aTci rien à craindre de nous tant qae nous serons dans Fimpuissance : mais si nos fortins augmentent assez pour tous résister par les armes, ne croyei pas que nous nous laissions ainsi égorger. Nous voulons bien ressembler à des brebis , nous contenter de bêler comme elles , et nous couvrir de leur peau pendant que nous sonnis foibles: mais quand les dents et les ongles nous seront venus comme 1 à de jeunes lions , et que nous aurons appris à faire des veur vas et à désoler les campagnes, nous saurons bien nous fairo sentir, et on ne nous attaquera pas impunément. Avoir de tels sentiments, n'est-ce pas sous un beau somblant d'obéissanco et de modestie, couver la rébellion et la violence tians le sein ? Mais que seroit-ce , s'il falloil trouver cette hypocrisie , non plus dans les discours des chrétiens , mais dans les préceptes des apôtres et de ceux dans Jésus-Christ même? Oui, mes Fiùres , dira un saint Pierre ou un saint Paul , dites bien qu'il faut obéir aux puissances établies de Dieu, et que leur autorité est inviolable j mais c'est tant qu'on sera en petit nombre : À cette condition et en cet état vantez votre obéissance à touto épreuve : croissez cependant ; et quand vous serez plus forts , alors vous commencerez à interpréter nos préceptes en disant

que nous les avons accommodés au temps : comme si obéir et se soumettre c'éloit seulement attendre de nouvelles forces et une conjoncture plus favorable, ou que la soumission ne fût qu'une politique.

Enfin, il faudra encore faire dire à Jésus-Christ selon ces principes : Vous, Juifs, qui souffrez avec tant de peine le joug des Romains, rendez à César ce qui lui est dû ; c'est-à-dire , gardez-vous bien de le fâcher jusqu'à ce que vous vous sentiez en élat de vous bien défendre. Que si cette glose fait horreur dans les préceptes de Jésus-Christ et des apôtres , avouons donc que les chrétiens qui les allèguent pour prou-' ver qu'il n'y avoit rien à craindre d'eux, en quelque nombre qu'ils fussent et quelle que fût leur puissance , ne vouloient pas qu'on les crût soumis par l'effet d'une prudence charnelle, qui , comme dit M. Jurieu , préfère un moindre mal à un plus grand ; mais par un principe de fidélité et de religion envers les puissances ordonnées de Dieu , que les tourments , quelque grands qu'ils fussent, n'étoient pas capables d'ébranler.

XY. Les deux gloses de M. Jurieu détruites par un seul mot de saint Paul.

Laissons donc ces gloses impies de M. Jurieu et de Buchanan, qui aussi bien ne peuvent cadrer avec l'Ecriture; car saint Paul nous fait bien entendre que ce n'est pas seulement par la prudence de la chair et pour éviter un plus grand mal , qu'il faut être soumis aux puissances lorsqu'il dit : Soyez soumis par nécessité , non-seulement à cause de la colère , 7nais encore à cause de la conscience ' : où il semble qu'il ait eu en vue ces deux gloses des Protestants pour les condamner en deux mots. Si l'on entreprend de nous faire accroire que les chrétiens demeuroient soumis , mais seulement par conseil, Miial Paul détruit celte glose en disant : Soyez soumis par nécessité. Que si l'on revient à nous dire , qu'on doit à la vérité être soumis par la nécessité; mais par celle de la crainte, de peur de se voir bientôt accabler par une plus grande puissance : saint Paul tombe i jr cette glose encore avec pl9s de force , en enseignant claire rient que cette nécessité n'est pas celle de

' Rom. un. 5.

la crainte, pour laquelle on n'a pas besoin des instructions d'an apôtre, mais celle de la conscience.

En effet, ce ne pouvoit être une autre nécessité que saint Paul voulût établir dans ce passage. Celle d'être mis à mort n'est pas la nécessité que les apôtres veulent faire craindre aux chrétiens ; au contraire, ils vouloient munir les chrétiens contre une telle nécessité, à l'exemple de Jésus-Christ qui leuravoit dit : Ne craignez pas ceux qui ne peuvent faire mourir que le corps, et n'ont point de pouvoir sur Vâme '. Ainsi la nécessité dont parle saint Paul visiblement ne peut être qae celle de la conscience : nécessité supérieure à tout, et qui nous tient soumis aux puissances, non-seulement lorsqu'elles peuvent nous accabler, mais encore lorsque nous sommes le plus en état de n'en rien craindre.

XYI. Cette vérité confirmée par les maximes et la pratique de ITglise

persécutée.

Car enfin s'il étoit vrai que les chrétiens eussent eu d'autres sentiments; si, comme dit M. Jurieu, lafoiblesse ou la prudence les eût retenus plutôt que la religion et la conscience , on auroit vu croître leur audace avec leur nombre ; mais on a vu Je contraire. M. Jurieu traite Tertullien de déclamateur et d'esprit outré '\ lorsqu'il dit que chrétiens remplissoient les villes, les citadelles , les armées, les palais, les places publiques , et enfin tout excepté les temples^ où l'on servoit les idoles. Mais pourquoi ne vouloir pas croire la prompte et prodigieuse multiplication du christianisme, qui étoit l'accomplissement des anciennes prophéties et de celles de Jésus-Christ même? A peine l'Évangile avoit-il paru ; et les Juifs, quoique ce fût Iv. {»euple réprouvé, enlroient dans TÉglise par milliers. Voyez, mon frère, disoit saint Jacques à saint Paul \ combien de inilliers de Juifs ont cru' Combien plus se multiplioient les lidèles parmi les Gentils qui étoient le peuple appelé, et dans TEnipire romain qui dans l'ordre des desseins de Dieu en devoit être le siège principal ? Saint Paul n'oulroil point les

' Malth X. ?.8. - - r.od. IX. p. 08. ' Tertiil. Apcl. caj). :;7. p .{0. - ' AcL .\.\i. 20.

S4G CINQUIÈfflB AVERTISS£MENT

choses et n'étoit pas un déclamateur, lorsqu'il disoit aux Romains : Votre foi est annoncée par tout Vunivers * ; et aux Colossiens, que V Évangile quUls ont reçu est et fructifie, et s* accroît par tout le monde comme au milieu d'eux *. Que si TËglise , si étendue du temps des apôtres, ne cessoit de s'augmenter tous les jours sous le fer et dans le feu , comme il avoit été prédit ; ce n'étoit donc pas un excès à Tertullien de dire deux cents ans après la prédication apostolique, que tout étoit plein de chrétiens : c'étoil un fait qu'on posoit à la face de tout Funivers. Ce qu'on disoit aux Gentils dans l'apologie qu'on leur présentoit pour les fidèles , afin de lès obliger à épargner un si grand nombre d'hommes, on le disoit aux Juifs pour leur faire voir l'accomplissement des anciennes prophéties. Tertullien, après saint Justin, mettoit en fait que les chrétiens remplissoienl tout l'univers, et même les peuples les plus barbares , que l'Empire romain , qui maîtrisoit tout, n'avoit pu dompter^. G'étoit donc ici un fait connu qu'on alléguoit également aux Gentils et aux Juifs. Les Gentils eux-mêmes en convenoient. C'étoient eux, dit Tertullien, qui se plaignoient qu'on trouvoit partout des chrétiens : que la campagne, les îles, les châteaux, la ville même en étoit obsédée *. Quelque outré qu'on s'imagine Tertullien, l'Église pour qui il parloit lui auroit-elle permis ces prodigieuses exagérations, afin qu'on pût la convaincre de faux et qu'on se moquât de ses vanteries. Quand donc Tertullien dit aux Gentils, que les chrétiens pouvoient se faire craindre à l'Empire, autant du moins que les Parthes et les Marcomans , si leur religion leur permettoit de se faire craindre à leurs souverains et à leur patrie * ; si c'étoit une expression forte et vigoureuse , ce n'étoit pas une vaine ostentation. Car qui eût empêché les chrétiens d'obtenir la liberté de conscience par les armes ? Éloit-ce le petit nombre ? On vient de voir que tout l'univers en étoit plein. Nous faisons, disoit Tertullien ^, presque la plus grande partie de toutes les villes. Nos Protestants approchoient-ils de ce nombre, quand ils ont ar-

' Kom. I. 8. — - Col. I. f». — •' Tert. ad Jud. Just. adv. Trypli

'Afol. c. /. — •'' Jbid. cnp. 37. — '' Ad Scav» t. 1.

SUR LES LETTRES DE M. JURIEU. â47

raché par force tant d'édits à nos rois? Est-ce qu'ils n'étoient pas unis , eux qui dès Torigine du christianisme n'étoient qa'nn cœur et qu'une âme? Est-ce qu'ils manquoient de courage, eux à qui la mort et les plus aiîreux supplices n'étoient qa'an jeu, et Tétoient non-seulement aux hommes, mais encore aux femmes et aux enfants, en sorte qu'on les appeloit des hommes d'airain, qui ne sentoient pas les tourments? Pent-étre n'étoient-ils pas assez poussés à bout, eux qui ne tronToient de repos, ni nuit ni jour, ni dans leurs maisons, ni dans les déserts , ni même dans les tombeaux et dans Tasile de la sépulture. Que n'y auroit-il pas à craindre , dit Tertullien \ de gens si unis, si courageux, ou plutôt si intrépides, et en même temps si maltraités? Mais peut-être ne aToient-ils pas manier les armes, eux qui remplissoient les années et y composoient des légions entières? ou qu'ils lumquoient de chefs ; comme si la nécessité et même le désespoir n'en faisoit pas lorsqu'on est capable de s'y abandonwr. N'auroient-ils pas pu du moins se prévaloir de tant de ferres civiles et étrangères dont l'Empire romain étoit agité, pour obtenir un traitement plus favorable ? Mais non : on les a vus durant trois cents ans également tranquilles, en quelque état que l'empire se soit trouvé : non-seulement ils n'y ont formé aucun parti, mais on ne les a jamais trouvés dans aucun de ceux qui se formoient tous les jours. Non-seulement, dit Tertullien % il ne s'est pas point trouvé parmi nous de Niger, ni d'Albin , ni de Gassius , mais il ne s'y est point trouvé de SigrienSj ni de Cassiens, ni d*Albiniens. Les Usurpateurs de TEmpire ne trouvoient point de partisans parmi les chrétiens; et ils servoient toujours fidèlement ceux que Rome et le se- ^Dat avoient reconnus. C'est ce qu'ils mettent en fait avec jtODt le reste à la face de tout l'univers, sans craindre d'être démentis. Ils ont donc raison de ne pas vouloir qu'on leur impute leur soumission a foiblesse. Si Tertullien est outré krsqu'il raconte la multitude des fidèles, saint Cyprien ne Test pas moins, puisqu'il écrit à Démélrien, un des plus ^ds ennemis des chrétiens : Admirez noire patience, de ce

^A/Mtl.c. 37. — ^ Ibid. 33. Ad Scap v. 2.

â48 ClISQUIÈME AVERTISSEMENT

quun peuple si prodigieux ne songe pas seulement à se venger de votre injuste violence '. S'ils parloient avec celte force du temps de Sénèque et de Dèce, qu'eussent- ils dit cinquante ans après sous Dioclétien, lorsque le nombre des chrétieng étoil tellement accru , que les tyrans étoient obligés par wu feinte pitié à modérer la persécution, pour flatter le peuple romain^, dont les chrétiens faisoient dès lors une partie 8i considérable? Les conversions étoient si fréquentes et si nombreuses, qu'il sembloit que tout alloit devenir chrétien. On entendoit en plein théâtre ces cris du peuple étonné ou de la constance ou des miracles des martyrs : Le Diel des chrétiens est grand. On marque des villes entières doiit tout le peuple et les magistrats étoient dévoués à Jésm— Christ, et lui furent tous consacrés en un seul jour et par ngi seul sacrifice, pêle-mêle, riches et pauvres, femmes £1 enfants \ On sait aussi le martyre de cette sainte légîr ' thébaine, où tant de braves soldats, que Fennemi avoitTQj toujours intrépides dans les combats, à l'exemple de saîi Maurice qui les commandoit , tendirent le cou comme dé! moutons à l'épée du persécuteur. « 0 Empereur, disoient-ils^ » nous sommes vos soldats ; mais nous sommes serviteurs » Dieu : nous vous devons le service militaire ; mais noi » lui devons l'innocence : nous sommes prêts à vous obéÈ » comme nous avons toujours fait, lorsque vous ne nous c » traindrez pas de Toffenser. Pouvez-vous croire que noi M puissions vous garder la foi, si nous en manquons à Dieu » Notre premier serment a été prêté à Jésus-Christ, et » second à vous ; croirez-vous au second, si nous violons » premier»? Tels furent les derniers ordres qu'ils donm rent aux députés de leurs corps pour porter leurs sentimenfl î\ Maximien. On y voit les saintes maximes des chrétieiS lidèles à Dieu et au prince, non par foiblesse, mais par déf* voir. Si Genève , qui les avoit vus mourir dans son voisS nage et à la tête de son lac, s'étoit souvenue de leurs leçonal elle u'auroit pas inspiré, comme elle a fait par la bouche fl

' Cyi). ad Démet. \). 1\Çi. - - - Euscb. 1. viil. c. 14. — ' Ibitl. cap. l Lac^ Div. Instit. lit). Y. cap W. — ' ^Aivxw.^ ^wd\.v«^^^- ^^'^lUu, Ma«" \ci. MarL />. ').\){).

Calvin, de Bèze et de ses autres ministres , la rébellion à toote la France sous prétexte de persécution. Qu'on ne dise poiot qu'une légion ne pouvoit pas résister à toute Tarmée : car les maximes qu'ils posent, de fidélité et d'obéissance envers l'Empereur, font voir que leur religion ne leur eût non plus permis de lui résister, quand ils auroient été les plus forts; et enfin si les chrétiens avoicnt pu se mettre dans l'esprit que la défense contre le prince fiit légitime, sans conjurer de dessein formé la ruine de l'Empire, ils auroient pu soogerà ménager à l'Église quelque traitement plus doux, en montrant que les chrétiens savoient vendre cher leur vie, et De dévoient pas être poussés à l'extrémité. Mais c'est à quoi CD ne songeoit pas : et si on obtcnoit, comme il arrivoil swvent, des édits plus avantageux, ce n'étoit pas en se faisant craindre, mais en lassant les tyrans par sa patience. A bfin on eut la paix, mais sans force, et seulement, dit saint ioguslin, à cause que les chrétiens firent honte, pour ainsi fire, aux lois qui les condamnoient, et contraignirent les persécuteurs à les changer. Imputer à de telles gens qu'ils sont soumis par foiblesse , ou modestes par crainte, ce n'est pas ronloir seulement déshonorer le christianisme, mais encore 'ouloir obscurcir la vérité môme plus claire que le soleil. itr, au contraire, on voit manifestement que plus l'Église ie forlifîoit, plus elle faisoit éclater sa soumission et sa molestie.

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