‹ Histoire des variations des églises protestantesChapitre 18 sur 59 · XVII. Ktat de TEglise sous Julien TApostat · texte numérisé non relu

XVII. Ktat de TEglise sous Julien TApostat

C'est ce qui parut plus que jamais sous Julien l'Apostat, où le nombre des chrétiens étoit si accru, et l'Eglise si puissante, que toute la multitude qu'on a vue si grande *dans les règnes précédents, en comparaison de celle qu'on vit sous cet empereur, parut petite. Ce qui fait dire à saint Grégoire de Nazianze * : « Julien ne songea pas que les persécutions » précédentes ne pouvcient pas exciter de grands troubles, » parce que notre doctrine n'avoil pas encore toute son éten- » due, et que peu de îïens ronnoissoient la vérité » , ce qu'il j

' Orat. III. in -lui. ioin. i. p. 80.

faut faire toujoursentendre en comparaison du prodigieux accroissement arrivé durant la paix sous Constantin et soa& Constance : <( mais maintenant, poursuit ce saint docteur^ » que la doctrine salutaire s'étoit étendue de tous côtés, et }) qu'elle dominoit principalement parmi nous , vouloir )) changer la religion chrétienne , ce n'étoit rien moins en*. » (reprendre que d'ébranler TEmpire romain et mettre tout » en hasard ».

L'Eglise n'étoit pas foible , puisqu'elle étoit dominante et en état de faire trembler l'Empereur; l'Eglise étoit attaquée d'une manière si formidable , que tout le monde demeure d'accord que jamais elle n'avoit été en plus grand péril : l'Eglise cependant fut aussi soumise en cet état de puissance, qu'elle avoit été sous Néron et sous Domitien , lorsqu'elle ne faisoit que de naître. Concluons donc que la soumission des chrétiens étoit un effet des maximes de leur religion; sans quoi ils auroient pu obliger les Sévère , les Yalérien , les Dioclétien à les ménager, et Julien jusqu'à les craindrtfi comme des ennemis plus redoutables que les Perses : dM sorte que toutes les bouches qui attribuent la soumission de l'Eglise à la foiblesse ou à la prudence de la chair, plutôt qu'i la religion , sont fermées par cet exemple.

Et il ne faut pas s'imaginer que la religion ne fût domi-^ nante que parmi le peuple , et qu'elle fût plus foible dans] l'armée ; car il paroît au contraire qu'après la mort de Julien; les soldats ayant déféré l'Empire à Jovien qui le refusoit, parce qu'il ne vouloit commander qu'à des chrétiens, toute l'armée s'écria : Noits sommes tous chrétiens et élevés dans la foi sous Constantin et Constance^ : et encore six mois après, cet empereur étant mort, l'armée élut en sa place Valentinien, non-seulement chrétien, mais encore confesseur de la foi, pour laquelle il avoit quitté généreusement les marques du commandement militaire sous Julien.

On voit aussi combien les soldats étoient affectionnés à Jésus-Christ, par le repentir qu'ils témoignèrent d'avoir brûlé de l'encens devant la statue de Julien et aux idoles ,

' Soc. m. 22. Soz. VI. 3. ThcoAoY. vu. l.

If.

PI

plutôt par surprise que de dessein. Car alors, comme le raconte saint Grégoire de Nazianze * , ils rapportèrent à cet apostat le don qu'ils venoient d'en recevoir pour prix de ce eolte ambigu , en s' écriant : a Nous sommes , nous sommes I chrétiens; et le don que nous avons reçu de vous n'est pas » on don, mais la mort ». Des soldats si fidèles à Jésus-

Hj Christ, furent en même temps très-obéissants à leur Empereur, et Quand Julien leur disoit : Offrez de l'encens aux I idoles, ils le refusoient : quand il leur disoit : Marchez, » combattez, ils obéissoient sans hésiter, comme dit saint « Augustin ' : ils distinguoient le Roi éternel du roi tempo- • rel , et demeuroient assujettis au roi temporel pour Ta- » mour du Roi éternel : parce que, dit le même Père, I lorsque les impies deviennent rois, c'est Dieu qui le fait I ainsi pour exercer son peuple ; de sorte qu'on ne peut pas I ne pas rendre à cette puissance l'honneur qui lui est dû » : ce qui détruit en un mot toutes les gloses de M. Jurieu; puis-

^^ que dire qu'on ne peut pas faire autrement, ce n*est pas seulement exclure la notion d'un simple conseil, mais c'est encore introduire un précepte dont l'obligation estconstanto

'/ et perpétuelle.

U ne faut non plus répondre ici , que Julien n'étoit pas persécuteur; puisqu'outre qu'il autorisoil et animoit secrètement la fureur des villes qui déchiroient les chrétiens , et que lui-même, pour ne point parler de ses artifices plus dangereux que ses violences, il eût répandu beaucoup de sang chrétien sous de faux prétextes; on savoit qu'il avoit ¥Oué à ses dieux le sang des fidèles après qu'il auroit vaincu les Perses : et cependant ces fidèles, destinés à être la victime de ses dieux, ne laissoient pas de combattre sous ses étendards, et de promouvoir de toute leur force la victoire dont leur mort devoit être le fruit. Lui-môme n'entra jamais dans aucune défiance de ses soldats qu'il pcrsécutoit , parce ({ne, bien instruit qu'il étoit des commandements de Jésus- Christ et de l'esprit de TEglise , il savoit que la fidélité dos chrétiens pour les puissances suprêmes étoit à toute épreuve ;

' Orat. iJi. p. 85.-^ s, Aug. in Ps. 124. ii. 7 ; lom. \\ <'M. IWii»

et comme nous disoit saint Augustin ' , qu'il ne sepouvoii pas faire quon ne rendit à cette puissance rhonneur qui lui était dû. C'est aussi ce que ce tyran expérimenta, lorsque faisant tourmenterjusqu'àlamortdeuxhommesdeguerred'unegrand^ distinction parmi les troupes, nommés Juventin et Maximiu, ils moururent en lui reprochant ses idolâtries, en lui disant en même temps, qu'il ny avoit que cela qui leur déplût dans son Empire'^ : montrant bien qu'ils distinguoient ce que Dieu avoit mis dans l'Empereur, de ce que l'Empereur faisoii contre Dieu , et toujours prêts à lui obéir en toute autre chose.

Ainsi, soit que l'on considère les préceptes de l'Écriture, ou la manière dont on les a entendus et pratiqués dans l'Eglise, la maxime qui prescrit une obéissance à toute épreuve envers les rois, ni ne peut être un simple conseil, ni un précepte accommodé aux temps de foiblesse ; puisqu'on la voit établie sur des principes qui sont également de tous les temps; tels que sont l'ordre de Dieu et le respect qui est dû pour l'amour de lui et pour le repos du genre humain aux puissances souveraines : principes qui, étant tirés des préceptes de Jésus - Christ , dévoient durer autant que son règne; c'est-à-dire, selon l'expression du Psalmiste, autant que le soleil et que la lune , et autant que l'univers.

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