C1NQLIÈ3IE AVIIBTlSSEMBIfT
Tavouc : il l*a dit ainsi. Il semble même donner des borm à la puissance du peuple, a qui, dit-il ', ne doit jamais ré- 1) sléter à la volonlé du souverain , que quand elle va directeu ment et pleinement à la ruine de la société». Mais qai ne voit que de tout cela c*est encore le peuple qui en est le juge, c*cst, dis-jc, au peuple à juger quand le peuple abuse de son pouvoir. Le peuple, dit ce nouveau politique, est cette puissance qui seule n'a pas besoin d'avoir raison pour valider ut actes\ Qui donc dira au peuple qu'il n'a pas raison ? Personne n'a rien à lui dire ; ou bien il en faut venir, pour le bien da peuple, à établir des puissances contre lesquelles le peuple lui-même ne puisse rien : et voilà en un moment toute lasoovcraiueté du peuple ù bas avec le système du ministre.
L1X Suite de confusions : maxime du ministre Jurien , que le peaple ii*a pas besoin d^avoir raison pour valider ses actes : le peuple sous Cromwel.
Quelle erreur de se tourmenter à former une politique opposée aux règles vulgaires, pour être enfin obligé d'y revenir? C'est comme dans une forêt après avoir longtemps tournoyé parmi des sentiers embarrassés, se retrouver au point d'oft on éloit parti. Mais examinons encore ce rare principe de M. Jurieu : « il faut qu'il y ait dans les sociétés une certaine » autorité qui n'iiit pasbesoin d'avoir raison pour valider ses » actes. Or, cette autorité n'est que dans le peuple ' ». C'est par où il tranche; c'est la finale résolution de toutes les difficultés. Un de ses confrères lui a objecté cette téméraire maxime : et notre ministre lui répond \ comme on va voir: c( Cette maxime ne peut avoir de mauvaises conséquence?, » qu'en supposant qu'on veut dire que tout ce qu'un peuple Y » fait par voie de sédition doit valoir ; mais c'est bien enten- K dre les termes. Qui dit un acte, dit un acte juridique, » une résolution prise dans une assemblée de tout un » peuple, comme peuvent être les parlements et les États. » Or, il est certain que si les peuples sont le premier » siège de la souveraineté, ils n'ont pas besoin d'avoir
• \seii. XVI. p. n.ï. - = Ci-(!'ssiis, n. 49 - ^ Lctt. xviii. p. l'iO. - • Ibid XXI. p lil7.
SLR LIS LETTRES DE M. JL'RIEU. 329
raison pour valider leurs actes, c'est-à-dire, pour les rendre exécutoires. Car, encore une fois, les arrêts soit des cours souveraines, soit des souverains, soit des assemblées souveraines, sont exécutoires, quelque injustes qu'ils soient ». Je le prie , si ses pensées ont quelque ordre, sMl îut nous donner des idées nettes, qu'il nous dise ce qu'il dtend par exécutoires. Yeut-il dire que tous les arrêts istes ou injustes des souverains et des assemblées sou- 3raines sont exécutés en effet? Bien certainement cela n'est as. Yeut-il dire qu'ils le doivent être, et enfin qu'ils le sont e droit? Voilà donc selon lui-même un droit de mal faire , n droit contre la justice, qui est précisément comme on a u, ce qu'il a voulu éviter ; et néanmoins par nécessité il y etombe.
Qu'il cesse donc de nous demander quel droit a un prince 'opprimer la religion ou la justice: car il avoue à la fin que, uns avoir droit de mal ordonner ou de mal faire, (car peronne n'a un tel droit, et ce droit même n'est pas) il y a dans 1 puissance publique un droit d'agir, de manière qu'on n'ait tô droit de lui résister par la force, et qu'on ne puisse le tire sans attentat.
Que s'il dit que selon ses maximes ce droit n'est que dans ! peuple, et que le peuple a seul celte autorité de valider ses îtes sans raison : il est vrai qu'il l'a dit ainsi dans la lete XYiii*:; mais il n'est pas moins vrai qu'il s'en est dédit ins la lettre xxi«, où nous avons lu ces paroles : que, nonialement les arrêts du peuple, mais encore ceux des cours mveraines ou des souverains, ou des assemblées souveraines mt exécutoires de droit : et ainsi cotte autorité n'est passeuiment dans le peuple, comme il l'avoit posé d'abord. S'il répond qu'à la véiilé elle peut être dans les souverains a dans les cours de justice, mais qu'elle n'est en sa perfecon que dans le peuple ; et encore, non pas dans un peuple sdilieux, mais^ comme il l'a défini, dans une assemblée où il lit un acte juridique et légilime, ne voit-il pas que la queson revient toujours? Car qu'est-ce qu'une assemblée, et tt'est-ce qu'un acte juridique? L'acte qu'on passa sous CromiBÏ pour supprimer l'épiscopat et la chambre-haute, et atlri-
23Q ClN'QliÈSIE AVERTISSEMENT
boer aui communes la suprfime aatorité de la nation, jusquli celle de juger le roi, n'était-ce pas Tacte d'une assemblée qai prétendoit représenter tout le peuple et en exercer le droit? Car qu'est-ce enfin que le peuple selon M. Jurîeu, si ce n'est le plus grand nombre ? Et si c'est le petit nombre, qui peot lui donner son droit si ce n*est le grand ? L'a-t-il par la loi de Dieu ou par la nature? Et s'il l'a par l'institution et la Yolonté du peuple, le même peuple qui l'a donné ne peut-il pas Yàter ou le diminuer comme il lui plaît? Et quelles bornes M. Juricu pourra t-il donner à sa souyeraine puissance? Sera-ce les lois du pays et les coutumes déjà établies? Comme si M. Jurieu ne les fondoit pas sur l'autorité du peuple, on que le peuple n*en fût pas autant le maître sous Cromwel, qu'il l'est à présent, et autant cette puissance suprême qui n'a pas besoin d'avoir raison pour rendre ses actes valides et exécutoires de droit. Dira-t-il enfin queCromwel agissoitpar la force, et avoit les armées en sa main? Quand donc on a une armée, l'acte n'est pas légitime ; ou bien est-ce peut-être qu'une armée de citoyens, telle qu'étoit celle de Cromwel annulle les actes, et qu'une armée d'étrangers rend tout légitime? Avouons que M. Jurieu nous parle d'un peuple qu'il oe sauroit définir ; et cela, qu'est-ce autre chose que ce peaple sans loi et sans règle, dont il a été parlé au commencement de ce discours?
LX. Les flatteurs des peuples sont les flatteurs des tyrans , et étaUisMst
la tyraunie : exemple de nos jours.
M. Jurieu ne rougit pas de flatter un tel peuple , etilappelle ses adversaires les flatteurs des rois. Mais puisqu'il i trouve plus beau d'être le flatteur du peuple, il doit songer que les gens d'un caractère si bas, sous prétexte de flatteries peuples, sont en effet des flatteurs, des usurpateurs et desty-a rans. Car en parcourant toutes les histoires des usurpateurs, on les verra presque toujours flatteurs des peuples. C'est toujours ou leur liberté qu'on veut leur rendre, ou leurs biens qu'on veut leur assurer, ou leur religion qu'on veut rétablir. Le peuple se laisse flatter et reçoit le joug. C'est à quoi abou-^ ta h souveraine puissance dont on le flatte ; et il se trouw
sua us LETTRES DE 31. JLRIEa.
[ue ceui qui flattoiént le peuple, sont en effet les suppôts de a tyrannie. C'est ainsi que les États libres se fout des molarques absolus, et deviennent insensiblement; mais que lis-jc? ils deviennent manifestement l'annexe d'une monar- ;hie étrangère. C'est ainsi que les Etats monarchiques se font les maîtres plus absolus que ceux qu'on leur fait quitter, ions prétexte de les aiïranchir. Les lois qui scrvoieutde renilart à la liberté publique s'abolissent, et le prétexte d'alTcrnir une domination naissante rend tout plausible. Deux peuples se lient l'un l'autre, et concourent ensemble à rendre invincible la puissance qui les tient tous également sous sa main : on a fait cet ouvrage en les flattant.
LXl. L^Lglise anglicane convaincue par le ministre Juriou d*avoir change
les maximes de sa religion.
On a fait beaucoup davantage, et on a changé les maximes de la religion. M. Jurieu en convient; et pour défendre la convention, il attaque directement l'Eglise anglicane. «C'est, i dit-il ', ici un endroit à faire sentir à l'Eglise anulicanu
• combien les principes qu'elle a voulu établir depuis le re- 0 tour du roi Charles II, sont incompatibles avec la droite
• raison et avec la liberté d'Angleterre ». C'est donc l'Eglise anglicane qu'il prend à partie directement, et il va lui découvrir ses variations. Il commence par la flatterie; car c'est en la caressant qu'on veut lui faire avaler le poison d'une noQvelle doctrine, o La mort de Charles P% continue notre
• ministre, leur a fait horreur: et ils ont eu raison en cela. 0 Ils ont cherché une théologie et une jurisprudence qui pût » prévenir de semblables attentats ; en quoi ils n'ont pas eu i tort, lis ont reconnu que les ennemis des rois d'Angleterre D étoient aussi les leurs; car les fanatiques et les indépen- 0 dants n'en veulent pas moins à l'Eglise anglicane qu'à la a royauté. Ils ont cherché les moyens de mettre à couvert l'E- 0 glise anglicane : on ne sauroit les blâmer là dedans. Ils ont j» voulu mettre la souveraine autorité des rois et leur propro » conservation pous un mrme asile : c'est la souveraine indé-
' Lclt. win. j> I il-
CINQtIÈME AVERTISSnUàlT }
» peiidancc des rois, enseignant que» sous quelque préteito » que ce soit, soil de religion, soit de conservation de lois ou » de privilèges, il n'est jamais permisde résister aux princes, » et d'opposer la force iî la violence n. Voilà donc les maximes qu'uvoit établies TEglise anglicane, de Taveu de M. Jurieu ; des maximes directenient opposées à celles qu'on a saivics dans la convention, directement opposées à celles que M. Jurieu a établies pour la défendre. Voici maintenant la décision de ce ministre : « ils ne se sont pas aperçus o (les évoques et les universités qui ont établi par tant d'actes la maxime (le la souveraine indépendance des rois, si contraire lox maximes de la convention et de M. Jurieu qui la défend) ills » ne se sont pas aperçus premièrement, que cela ne poufoit D leur servir de rien ; secondement, qu'ils se mettoient dus )) un état de contradiction, et renvorsoient toutes les lois }) d'Angleterre. » C'est à quoi eu vouloit venir ce miuislne, avec tout ce beau semblant et cet air flatteur : lU onteurai-: 5on, ils n*ontpa$ eu tort, on ne sauroit les blâmer. Que veut-il conclure par là? Que ces docteurs, qu'il faisoit semblant de \oiiloir louer, se sont mis dans un état de contradiction, tt ont renversé toutes les lois de leur pays.
Mais après tout, que veulent dire ces fades louanges qui! donne à TEglise anglicane : «Elle n'a pas eu tort, elle a eu | » raison , on ne sauroit la blâmer d'avoir cherché les moyens 0 de se mettre à couvert des fanatiques, qui n'étoient pis| » moins ses ennemis que ceux de la royauté, et de mettn » sous un même asile la souveraine autorité des rois et sa m propre conservation»? Que veulent dire, encore un coup,'] tous ces beaux discours, si ce n'est que les décisions de l'Eglise anglicane n'étoient qu'une politique du temps , qu'il falioil maintenant changer, comme contraires aux vraies intérêtsde la nation? 11 n'en faut pas davantage pour enrichir l'Histoire des Variations d'un grand exemple, de l'aveu même deM. - Jurieu. L'Eglise anglicane avoit posé comme une maxime de J religion, la souveraine indépendance des rois ' ; en sorte qu'il] ne fClt jamais permis de leur résister ])ar la force, sous quelque^
' Jur. ib'ul.
SUA tSS LETTRES DE II. JL'RIEU.
prétexte que ce fûf, pas même sous celui de la religion, ou de la conséirvaiion des lois et des privilèges, L'Angleterre agit maintenant par des manières contraires. L'Angleterre a donc changé les maximes de la religion qu'elle avoit élabliès. M. Jurieu Tavoue, et THistoire des Variations est augmentée d*an si grand article.
LXIL Le cromwélisme rétabli par les maximes du ministre Jariea et par les nouvelles maximes de TÉglise anglicane.
Mais venons encore un peu au fond de ce changement. Selon M. Jurieu, ce qui donna lieu dans TEglise anglicane aax maximes delà souveraine indépendance des rois, fut le pirricide abominable de Charles l^'S c'est-à-dire, que ce fot le désir d'extirper le cromwélisme de la doctrine qui donnoitau peuple le pouvoir de juger ses rois à mort, sous prétexte d'avoir attaqué la religion ou les lois; car c'étoit Terreur qu'il falloit combattre et le grand principe de Cromvel. Mais voyons si M. Jurieu Ta bien détruit, q II n'est rien , » dit-il ', de plus injuste que d'attribuer à notre théologie le B triste supplice de Charles P'. C'est la fureur des fanatiques i> et les intrigues des papistes qui ont fait cette action épou- » vantable... Ne sait-on pas que c'est le fait de Cromwel, qoi » se servit des fanatiques pour rendre vacante une place qu'il » voaloit occuper»? Laissons croire à qui le voudra ces curieuses intrigues des papistes, et leur secrète intelligence avec Cromwel. Venons aux vrais auteurs du crime. C'est Cromwel et Jes fanatiques. Je l'avoue. Mais de quelles maximes se servirent-ils pour faire entrer les peuples dans leurs sentiments? Quelles maximes voit-on encore dans leurs apologies? Dans celle d'un Milton , et dans cent autres libelles , dont les cromwélistes inondoient toute l'Europe? De quoi sont pleins tous ces livres et tous les actes publics et particuliers qu'on feisoit alors, que de la souveraineté absolue des peuples sur les rois , et de toutes les autres maximes que M. Jurieu soutient encore après Buchanan , que la convention a suivies , ot où l'Eglise anglicane se laisse entraîner, malgré ses anciens décrets? Il n'est pas question de détester Cromwel , et de le
* Lett. wiii. p. 137.
^^^ Cinquième aveutissejIekt
comparer à Gatilina , quand après cela on suit toute sa doctrine. Car écoutons comme s'en défend M. Jurîeu. a Nous ne » disons pas, dit-il ' , qu'il soit permis de résister aux rois » jusqu'à leur couper la tête. Il y a bien de la différence entre ' » attaquer et se défendre. La défense est légitime contre tous » ceux qui violent le droit des gens et les lois des nations: «mais il n'est pas permis d'attaquer des rois, et des rois ] » innocents, pour leur faire souffrir un honteux supplice». . 11 sembloit dire quelque chose en faveur des rois, en leor accordant du moins qu'il n'est pas permis de les attaquer, ni^ même de leur résister jusqu'à leur faire souffrir le dernier ; supplice; mais il n'ose soutenir ce peu qu'il leur donne. IT craint de s'engager trop, en disant qu'il n'est pas permis de pousser les rois jusque là , et il en vient aussitôt à la i:esfriction des rois innocents. En effet si les peuples sont toujourset en toute forme d'Etat les principaux souverains , si les rois , sont leurs justiciables et relèvent de ce tribunal, si on peut leur faire la guerre, appeler contre eux l'étranger , les priver de la royauté , les réduire par conséquent à un état parti- \ culier , qui empêche qu'on n'aille plus loin ; et qui pourra les garantir des extrémités que je n'ose nommer? Leur innocence , dira M. Jurieu , comme les derniers du peuple. Mais encore qui sera le juge de leur innocence , si ce n'est encore le peuple , ce peuple qui n'a pas même besoin d'avoir raison pour rendre ses actes valides, juridiques et exécutoires, comme parle M. Jurieu ? Qui ne voitdonc que, par les maximes de ce ministre, et par celles que l'Angleterre vient de j suivre , lecrornwulisme prévaut, et qu'il n*y a rien à lui op- ^ poser que les maximes qu on rcconnoît être celles de l'Eglise anglicane , mais qu'elle voit maintenant ensevelies avec la succession de ses rois.
LXUJ. Illusion du ministre sur la qualité de chef de TËglise anglicane
Apres la condamnation de ses anciennes maximes , il faut encore qu'elle souffre les insultes d'un M. Jurieu , qui so
* Jur. ibid.
fiCB LES LETTBES DE K. KTilt
moque d'elle eo la louant, et qui ose lui rcpioclier que ce qu'elle a fait sous Charles II , itoil t'eiïcl d'une mauvaise politique en un entier renverstiinent des lois du pays.
Mais après l'avuir dfelionon'e, il espère de l'accabler par tes paroles': «Je voiidrois bien qu'on me répondit à ce » vaisonnemenl. Èlre chef de l'Eglise angUciinc et membre '» de l'Eglise prale^lan le, c'est aujourd'hui la même chose, jfwLea lois d'AnglcICire, depuis Henri VIU, ordonnent que ,iile roi sera chef de l'Eglise anglicane ; donc elles ordonnent !W qu'il sera membre d^l'Egliso proleslantc». Le minisire ac .^rsuatle que l'Anglelcrre, en oubliant ses dogmes, oubliera Jusqu'à son histoire. Elle oubliera que Henri Vlli , ii qui le ministre même allribuo la loi par laquelle les rois d'Angleterre sont chefs de l'Eglise, ne laissa pas d'appeler à sa successioD Marie, sa nile U'ès-calliolique , avant pfime Elisabclb' protestante. Elle oubliera qu'on avoit reçu le testament 4c co prince comme un acte conforme aux lois fondamenlalcE du royaume , qu'on se soumit à la reine Marie, qu'on punit de mort les rebelles qui avoient osé soutenir qu'elle étoit incapable de régner, et que depuis on lui demeura toujours Gdèlc. Elle oubliera, pour ne point parler do tout ce qui s'est passé sous Charles H, en laveur de la succession à laquelle les factieux ne purentjamais donner d'alleintc ; elle oubliera , dis-jc , que Jacques 11 , son magnaniitie lière , a été reconnu dans toutes les formes el avec tous les serments accoulumés, ssQs aucune contradiction , et a régné paisiblement plusieurs années. L'Angleterre oubliera tout cela ; et M. Juricu, un ministre presbytérien, un étranger qui a oublié sou pays, apprendra aux Anglais le droit du leur , et réformera les maximes de leur Eglise.
Quoi qu'il en soit . le ministre a montré nsseï clairement ùl'Rgli^e anglicane sa prcdiijicnsc cl soudaine variation suc
33G CIKQUIÈMB AVERTISSEMENT
le sujet de Tobéissance due aux rois. Cet ÂTertissement a bit paroître dans toules les Eglises protestantes, et en particulier aui Prétendus Réformés de ce royaume , un semblable changement, et tout ensemble une manifeste opposition de leur conduite et de leurs maximes avec celles de Tancien christianisme. Il n*y a qu*à entendre encore une fois Calvin ^lors-^ qu'il présente à François pi*rapologie de tout le parti, dans b lettre où il lui délie son institution , comme la comm Confession do foi de lui et des siens \ On ne peut rien aU< guer de plus authentique qu'une apologie présentée à nn grand roi par lé chef des prétendues Eglises de France , as nom de tous ses disciples. Calvin Ta composée, autant quMl a pu , sur le modèle des anciennes apologies de la religion chrétienne , présentés aux empereurs qui persécutoient : il proteste sur ce fondement, qu'on accuse en vain ses sectateurs de vouloir ôter le sceptre aux rois^ et troubler la police, le repos et V ordre des Etats ^ C'étoit donc un crime qu'il détestoit, ou qu'il faisoit semblant de détester. Mais les nouvelles Eglises n'ont maintenant qu'à examiner si elles n'ont point troublé les royaumes, attaqué la puissance souveraine par leurs actions et par leurs maximes , et ôté le sceptre aux rois. Calvin témoigne qu'il a toujours pour sa patrie, encore qu'il en soit chassé , toute V affection convenable y et que les autres bannis et fugitifs comme lui \ conservent toujours^les mêmes sentiments pour elle. Nos Prétendus Réformés n'ont qu'à songer s'ils {Conservent ces sentiments que Calvin attribuoità leui^ ancêtres, et s'ils ne machinent rien contre leur patrie et contre leur prince, contre un prince , pour ne point parler des qualités héroïques qui lui ont attiré l'admiration et ensuite la jalousie de toute TEurope , que ses inclinations bienfaisantes rendent aimable à tous les Français, dont une fausse religion n'a pas encore entièrement corrompu le cœur. Calvin se plaint à la vérité pour lui et pour les siens , qxi'on émeut de tous côtés des troubles contre eux ; mais pour eux , quHs nen ont jamais ému aucuns ^ Mais il n'y a qu'à lire l'histoire do
' Pracf. ad Reg. Gall. — = Init. Episl.aJIVanc. l. — •' Ibid. sub. Ga. — ^ Init, Eplst. ad Franc, l-
Sun LES LETTRES DB K. JURIED. '>>'
ëzc, pour avoir 8*ily eut jamais rien de plus inquiet, de iQft tnmuUueui, déplus hardi, de plus prêt à forcer les risons, à envahir les Eglises, à se rendre maître des villes*, D un mot, à prendre les armes et à donner des batailles ontre ses rois , que ce peuple réformé. Calvin, qui faisoità tançois I" ces belles protestations , les a vues oubliées vingt JM après, et cette feinte douceur changée en fureurs civiles. Ine 8*en est point ému; il ne s'est point plaint de se voir ledit de ce qu'il avoit autrefois protesté aux rois au nom de ont le parti. Bien plus , il a approuvé ces guerres sanglantes', lui qui se vantoit que son parti n'étoit pas seulement soupçonné d'avoir causé la moindre émotion. «Nous D sommes, dit-il , en parlant des émotions populaires, injust tement accusés de telles entreprises , desquelles nous ne » donnâmes jamais le moindre soupçon ; et il est bien vrai- «semblable, poursuit-il, en insultant ses accusateurs, il est • bien vraisemblable que nous, desquels n'a jamais été ouïe i une seule parole séditieuse , et desquels la vie a toujours B été connue simple et paisible, quand nous vivions sous svons. Sire, machinions de renverser les royaumes». Cependant on sait ce que ûreni ces gens si simples et si paisibles , îqui il n'étoit jamais échappé de paroles séditieuses j loin qu'ils fussent capables de songer à renverser les royaumes. Calvin les a vus changer lui-même. Il leur a vu commencer les guerres dont le royaume ne s'est sauvé que par miracle. Bèze , son fidèle disciple et le compagnon de ses travaux, se glorifie devant toute la chrétienté , d'en avoir été l'instigateur , « en induisant tant M. le prince de Condé que » M. l'Amiral et tous autres seigneurs et gens de toute qua- » lilé , à maintenir par tous moyens à eux possibles , l'au- «loritédes édits et l'innocence des pauvres oppressés '». Il comprend nommément entre ces moyens possibles la prise des armes. Il impose aux princes du sang, aux officiers de la couronne , aux grands seigneurs du royaume , et afin que rien n'échappe à sa vigilance, auxgcm de toute qualité, ce nouveau devoir d'entreprendre la guerre civile ; elle devient juste