L'ÉGALITÉ DES TROIS PERSONNES
Conirc la sixiùnie, septième et huilièmc lettre de M, Juricu, SIXIÈME ET DERNIER AVERTISSEMEM.
I. Exposition des euiporteineuts et des caluinnîes du ininisiro.
Mes cliers Frères,
J'ai vu le Tableau du socitiianisme de M. Jurieu; et ia i^imme lettre, où ce ministre attaque ma personne, est tombée depuis peu de jours entre mes mains. Par la divine miiiéricorde, je ne me sens aucun besoin de répondre à des Ciilomnies qu'il ne peut croire lui-même : mais l'embarras oi^ il est pour défendre ses propositions sur le mystère de la Trinité, la mauvaise humeur où il entre, parce qu'il ne sait par où se tirer de ce iabyriiillie, et Félat où il a mis nos controvei-ses, en les tournant d'une manière si avantageuse aux Socinicns dont il veut pnroitre le vainqueur, sont choses trop i^marquablcs pour être dissimulées. Je ne lui dirai donc pas, câmmc on fait publiquement dans son parti ', qu'il ne méfite plus qu'on lui réponde, parce qu'il ne raisonne plus, et ue montre dans ses discours qu'une impuissante fureur. Sans .«
* M. deBcauva). Ilist. des ouvrages des Sav. Juil. 1G90. Art. 9. p. M)l.
-^^2 sixiLme ÀVfnTisscHEnt
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songor à ce qu'il iiicrilc, et occupé iseàH||ifD(^de co quo mériient les mysièros qu*il a proriiiés, je les vengerai du ses altcnlats ; et pour Famour des iiirirmcs, que ses dniigerciiMis nouveautés pourroicnt séduire, je les metlrài pour la deruiiTc * fois devant les yeux du public. Oo verra qu'en attaquaut rilistoire des Variations, ce ministre a fait irïompher le S(h cinianisnie, pour ne point encore parler des autres erreurs; et que dans la sixième lettre de son Tableau, où il fait ios derniers efforis pour se purger de ce reproche, il le mérile plus que jamais. Que je vais recevoir d'injures après ce dernier Avertissement! et que le nomde H. de Meaux va êlreQétri dans les écrits du ministre ! Déjà on ne trouve dans sa sixième lettre que les ignorancesde ce prélat, ses vniucs déclamations, avec les comédiens qu'il donne au public; et' quand le style s*élève, ses fourberies, ses friponneries, sou mauvais cœur, son esprit mal fait, baissé et affoibli parson grand âge qui passe soixante-dix ans, ses violences qi^vi ;? jfont mener les gens à la messe à coups de barres, sa vieiqiâ'il ,' passe à la Cour dans la mollesse et dans le crime ' ; car on pousse la calomnie à tous ces excès : et toutcela estcouronnc par son hypocrisie, c'est-à-dire, comme on l'explique, par l'.n faux semblant de révérer des mystères qu'il ne croit piis d'ins son cœur. On me donne tous ces éloges sans aucuue preuve; car aussi où les prendroit-on? El je les reçois seulement pour avoir convaincu M. Jurieu de faire triompher l'erreur. Que n'aurai-je donc pas mérité aujourd'hui, qu'il faudra pousser la conviction jusqu'à la dernière évidence, et effacer tout le faux éclat de ce tableau dont le ministre a cru éblouir tout l'univers? La chose sera facile, puisque le témoignage de M. Jurieu me suffira contre lui-même.
\I. Etat de cette dispute remis devant les yeux du lecteur. Division de ce
discours en trois questions.
Je ne puis ici m'empêcberde retracer, en aussi peu4lgj paroles qu'il sera possible, le sujet de noire dispute. Daps.ta:.î préface de rilistoirc des Variations j'avuis posé ce principa
» Jur. 287.
SUR LES LETTHES DE H. JUfilCr. ^^^
'lominc le fuudemenl de loul Touvragc : a Que loute variation » dans TexposilioD de la foi est une marque de fausseté dans » la doctrine exposée; que les hérétiques ont toujours varié i> daus leurs symboles, dans leurs règles, dans leurs Confcs- A sions de foi, en ne cessant d'en dresser de nouvelles; pen- D dant que TÉglise donnoit toujours, dans chaque dispute sur n la fui, une si pleine déclaration de la vérité ' » , qu'il n'y falloit après cela jamais retoucher: d'où suivoit cette diiïéreoce entre la vérité catholique et l'hérésie, <t que la vérité catholique venue de Dieu a d'abord sa perfection ; et Théré- » sie, au contraire, comme une foible production de l'esprit B humain, ne se peut faire que par pièces mal assorties ' d, et par de continuelles innovations.
Par ces principes l'Histoire des Variations n'étoit plus une simple histoire ou un simple récit de faits; mais elle se tourooiten preuve contre la Uéformc, puisqu'elle laconvainquoit d'avoir varié , a non pas seulement en particulier , mais en D corps d'Église, dans les livres qu'elle nppeloit symboliques, D c'est-à-dire, dans ceux qu'elle a faits, pour exprimer le s consentement de ses prétendues Églises; en un mot dans 2> ses propres Confessions de foi ^ », dans les décisions de ses synodes, et enfin dans ses actes les plus authentiques *.
Les ministres ne pouvoient donc s'élever assez contre des principes si ruineux à la Réforme; et le ministre Jurieu, qui s'est mis en possession de défendre seul la cause commune, après avoir fait longtemps le dédaigneux selon sa coutume, et 8orle livré des Variations, et sur les Avertissements qui le soutenoient, comme sur des livres qui ne méritoient ni réponse ni même d'être lus , est enfin bénigncment demeuré d'accord dans son tableau \ a qu'il étoit ici tout à fait de Tin- 8 térêt de la vérité, de faire voir des variations considéra- 1 blés dans l'exposition de la doctrine des anciens, atin de » ruiner ce faux principe de M. de Meaux, que la véritable » religion ne peut jamais varier dans l'exposition de sa foi». EnQn donc il confessera qu'il étoit important de répondre, et
« Préf. de rHist. des Var. n. 2. .'» et siiiv. — ^ Ibid. n. 7. — ' îbid. n 8 . — « Ibid. II. 19 et auiv. — ^ Ta!). Lcit. p 297.
que c*étoit par foiblesse qu'il faisoit auparavant ledédaigneui. On pourroit ici lui demander à qui donc il imporloit tant de détruire ce faux principe. Est-ce à une Église qai prétend ne varier pas? Point du tout. Qu'on écrive tant qu^on voudra que la foi ne souffre point de variations, nous ne nous en offenserons jamais ; parce que nous ne prétendons point avoir varié ni varier à Tavenir dans la doctrine : au contraire nous applaudirons à cette maxime ; et TEglise déclarera que sa règle est de croire ce qui a toujours été cru. Par une raison contraire , si la Réforme ne peut souffrir qu'on lui propose la même règle, et qu'on lui demande une doctrine stable et invariable, c'est qu'elle a varié et ne veut pas se priver de h liberté de varier encore quand elle voudra. Elle ne peutdone pas trouver mauvais qu'on ait fait l'histoire des Variations ; et cet ouvrage n'est plus si méprisable que le ministre disoit.
En effet, si on ne lui avoit montré aucune variation dans la foi de son Église, ou si celles qu'on lui a montrées étoicnt seulement dans les paroles, ou en tout cas peu essentielles, il n'avoit qu'à convenir du principe, sans troubler les siècles passés et sans y ébranler jusqu'aux fondements. Maisdès qu'il a ou! parler des variations, il a cru tout perdu pour la Réforme. Il a appelé tous les pères à garants, sans épargner ceci des trois premiers siècles, encore qu'il les préférât à tous les autres sur la pureté de la doctrine ; et il a cherché de tous côtés, dans ces saints hommes, qui ont fondé le christianisme après les apôtres, ou des défenseurs ou des complices.
El remarquez, mes chers Frères, car ceci est tout à fait nécessaire pour établir l'état de notre question : remarquez, dis -je, qu'il ne s'agit pas d'accuser d'erreur quelques Pères en particulier, puisque mon principe, qu'on vouloit combattre, étoit que l'Église ne varie jamais. Il falloit donc , pour le réfuter, montrer des erreurs, non dans les particuliers, mais dans le corps : et c'est pourquoi le ministre dès ses Lettres de 1689, raarquoitleserrcursdesPèrescommeétantnond'un ni de deux, mais de tous ; ce qui l'oblige à parler toujours de leur théologie comme étantcelle de V Église et de leursiècif*.
' J. Ann. Letl. vi. p. i'i. 45|Clc,
SUl LES LETTRES DE M. JURIEU. '>i'^>
t pour ne laisser, aucun doute de son sentiment, il vient àM«d*écrire, ce qu'il ne faut pas oublier, et ce qu'on ne enl assez remarquer pour entendre notre dispute que Foreur qa^il attribue aux (rois premiers siècles étoit la théologie e tous les anciens avant le concile de Nicée, sans en excepter ucun ' : sans quoi en effet il ne feroit rien contre ma propoition, et il ne prouveroit pas les variations de TÉglise, comme 1 Tavoit entrepris.
Au surplus, il fait paroître tant de joie d'avoir trouvé cette grande et notable variation dans la doctrine des Pères du ieuœième, du troisième, et même du quatrième siècle ', quMI ne Droit plus dorénavant avoir rien à craindre du coup que je lui portois; et il s'en vante en ces termes : a Cet argument est D on coup de foudre qui réduit à néant l'argument tiré con- 9 tre nous de nos variations : c'est un arguments! puissant, > qu'il vaut tout seul tout ce qu'on peut dire pour anéantir » ce grand principe de M. de Meaux, que la véritable Église • ne sauroit jamais varier dans l'exposition de sa foi».
Pendant qu'il me foudroie de cette sorte, et que, cherchant es variations dans les points les plus essentiels, il a poussé erreur des anciens jusqu'à leur faire nier Tégalité des trois ersonnes divines, pour ne point encore parler des autres npiétés iiussi capitales ; on a vu dans son parti même les iconvénients de sa doctrine. On a vu qu'il faisoit errer les rois premiers siècles sur les fondements de la foi, contre ses ropres maximes qui en rendoient la croyance invariable dans ras les siècles : et ce qui est plus fâcheux pour lui, on a vu o'il nepouvoit plus refuser la tolérance aux Socinicns ni les xcluredu salut; puisqu'il étoit forcé d'avouer, en termes iprës, que ces étranges variations qu'il altribuoitaux anciens l'étoient pas essentielles et fondamentales *. Les non-Toléants se sont élevés contre lui d'une terrible manière. On a enlises excès jusque dans son parti. On sait ce qu'a écrit M. de leauvalen abrégeantccs Avertissements dans son Histoire des mvrages des savants \ On a vu ses vigoureuses réponses con-
' Tab. Lett. vi. p. 251. - * Ibid. p. 280. - ' 3. Aiin. LHt. vi. p. 44. -*Hist. des outrages des Sav. mai, IGliO. Art. 13. p. 396.
tre les durs avis de M. Juricu: et s'il se tail à présent ponrq^ voir plus a combatlre contre un homme qui ne se déîeniqu'i coups dé caillou y c'est en lui remettant encore devant les yeu] foutes ses erreui*s '. On sait aussi qu'un ministre en a représenté la liste à tout un synode , et qu'il n'a rien moins rcl)roché à M. Juricu , que Varianisme tout pur dans cette iuégaiilé des trois Personnes *. Mais, pour montrer qu'il ne cèdo pas, M. Juricu ajoute encore aujourd'hui, dans la sixième lettre de son Tableau, que Terreur des Pères, quoiqu'elle emporte en termes formels cette détestable inégalité ^ ne ri^ne pas le fondement , et non-seulement n'est condamnée par aU' cun concile, pas même par celui de Nicée, mais encore quelle ne peut, être réfutée par V Ecriture y et qu*on nepeut en fairt. une hérésie '.
On peut maintenant apercevoir pourquoi il prenoit tant son air de mépris , et déclaroit si hautement qu'il ne daigoeroit me répondre ^ Alalgré ses fiertés afTectées, il sentoît bien Tembarras où il s'étoit mis, et que pris dans ses propres lacets, plus il feroit d'efforts pour se dégager, plus 'û\ redoubleroit les nœuds qui le serrent. 11 n'entre doncqne' forcé dans celte dispute ; et il est comme obligé de l'avouer, lorsqu'il dit, dans son avis à M. do Beauval : A cet endroit, lorsqu'on en sera aux avantages que les Socinicns^tles Tolérants tirent continuellement de ce qu'il a opposé à mesYarialions, il n'y aura pas moyen d'éviter M, de Meaux\ Vous l'entendez, mes chers Frères, la rencontre de cet ennemi, qu'il n'y a plus moyen d'éviter,\\i\ paroît importune. Ce n'est pas moi qu'il redoute; c'est la vérité qui le presse par ma bouche: c'est qu'il falloit se dédire , comme on verra qu'il a fait, de ce qu'il avoit assuré en 1689 , et bâtir un nouveau^ système , qui ne se souticndroit pas mieux que le premier. Comme il nepeut plus reculer, et que malgré lui il faut commencer un combat où son désordre ne peut manquer d'être sensible, il ne se possède plus. De là ces exclamations, delà
' Hisl. des onvrag des Sav. juiHel, 1600. Art. 9. p. 501. — - Rép. de M. de la Conselll. p. 0. Fart, de M. de la Coiiseill. p. 37. — ^ Tab. Lett. VI. Aît 3. p. 208. 271. 273. — * Jur. Lett. sur .M. Paphi, p. iC — 'P. 1.
sua LfiS LETTRES DE M. JUHIEU. ^^^
is fureurs. L'ignorance, la fourberie, la friponnerie loi parissent encore trop foibles pour exprimer sa colère ; et il n'y calomnie ni outrage où il nes^emporte.
Laissons là ses emportements , et examinons ses réponses , laintenant que le lecteur est au fait, et qu'il a devant les eux avec la suite de notre dispute, Tétat de la question dont'
doit juger. Elle se partage en deux points. Le premier, sii g ministre pourra soutenir les yarialions qu'il impute à Tanienne Eglise , sans renverser en même temps ses propres irincipes et le fondement delà jfoi. Le second, s'il pourra se léfendre des conséquences qné les Tolérants tireront de son iwu pour la tolérance universelle. Nous verrons après, ii cette querelle est seulement de M. Jurieu, ou celle de tout e parti. Je ne crois pas qu'il y eut jamais une dispute plus essentielle à nos controverses.