ARTICLE PREMIER
}ênomhrempnt do ses erreurs : la Trinité directement attaquée avec Vimmutabilité , et la spiritualité ou simplicité de VEtre divin,
II. Que le ministre renonce à la solution de quinze on vingt difficultés essentielles, et ne s'attache qu'à la dispute dd la Trinité , où il tombe dans de nouvelles.
Sur la première question le ministre nous promet d'abord I d'expliquer et de jnstilier contre Tévêque de Meaux la tliéo- » logie des anciens sur le mystère de la Trinilé et celui do la > génération du Fils de Dieu ' ». Il n'en promet pas davantage dans celle sivièiuc lellro de son tableau. Mais d'abord co
« Tab Loti. VI. p. 9.9.C. Art. 1. ?. 3. p. '>27. 237. 2:.?. 270.
^i^ SIXlfeVB AVERTiSSEMETCT
n'est pas lu satisfoire à VEvéque de Meaux. l\ est vrai que je Taccuse d*aToir reconnu et toléré dans les anciens une durtrine contraire à Tégalité, à la distinction et à la coétemité (les trois Personnes divines; mais ce n'est pas là tout son crime. Selon lui, les Pères du troisième siècle, et même ceux du quatrième n'ont pas mieux entendu rincarnation que Ja Trinité; puit^qu'ilnous ont fait un Dieu converti en chair^ selon V hérésie quon a attribuée à Etttyche, Leur erreur n'est pas moins exliéme sur les autres points; puisque dans leurs sentiments a la bonté de Dieu n^est qu'un accident comme la » couleur ; la sagesse de Dieu n^est pas sa substance : c'^loit » la théologie du siècle. On ne croyoit pas que Dieu fût par- » tout, ni qu'il pût être en même temps dans le ciel et dans la terre * ». Faut-il s'étonner après cela que la foi de la providence vacillât! Un Dieu qui n'étoit qu'au ciel ne pouvoit pas r également prendre garde à tout : aussi étoit-cc <r l'opinion » CONSTANTE ET RÉGNANTE quc Dicu avoit abandonné le soin D de toutes les choses qui sont au dessousdu ciel, sans en ex- » CEPTER MÊME LES HOMMES, et no s'étoit réservé la proTi- 0 dence immédiate que des chof;es qui sont dans les cicux *». I.a grâce n'étoit pas mieux traitée, « On la regarde anjoiir- » d'hui » (remarquez que c'est toujours la foi d'aujourd'iiui que le ministre reçoit, et vous en verrez d'autres exemples, « la » grâce donc, qu'on regarde aujourd'hui avec raison comme x> un des plus importants articles de la religion, jusqu'au » temps de saint Augustin étoit entièrement informe ». Ce mol d'informe lui plaît, puisque même il l'attribue à la Trinité; et l'on verra comme il s'embarrasse en tâchant de se démêler de cette expression insensée. Mais peut-être que ios erreurs qu'on avoit sur la matière do la gnlce, avant le temps de saint Augustin, éloient médiocres? Point du tout : « le? uns étoient Stoïciens et Manichéens; d'autres étoient pmv Pélagiens; les plus orthodoxes ont ét^^ semi-Pélagiens n : ils sont tous par conséquent convaincus d'erreurs sur des matières si essentielles. Il en dit autant du péché originel. Quoi plus? « La satisfaction de Jésus-Christ, ce dogme si important,
* Tab. Lctt VI. p. 2'20, etc. - 2 j^eît v. p. 4î).
8UB LES LETTRES DE H. JURIEtT. ^ ...
si fondamental et si clairement révélé par TÉcriture, es! demeuré si informe jusqu'au quatrième siècle, qu'à peine peut-on rencontrer un ou deux passages qui Texpliquent bien ' id. On trouve même dans saint Cyprien « des choses très- injurieuses à cette doctrine : et pour la justification, ) les Pères n'en disent rien, ou ce qu'ils disent est faux, ) mal digéré et imparfait^ ». Prenez garde : ce ne sont pa^ ci des sentiments particuliers, mais partout les opinions kêgnàntes, et là théologie du temps. Il ne dit pas quelques-uns, mais tous, et les Pères en général. 11 ne dit pas : )n s'expliquoit mal : ou l'on parloit avant les disputes avec Qoins de précaution : mais on croyait, on ne croyoit pas; )i\\ s'agit de la (oi. Enfin l'ignorance de l'ancienne Église illoit jusqu'aux premiers principes ; et la foi n'étoit pas même irrivée à sa perfection c dans le dogme d'un Dieu unique, ) tout-puissant, tout sage, tout bon, inlini et infiniment par- » fait' ». On a varié sur des points si essentiels et si connus, :omme sur les tous autres quoiqu'il n'y ait « point d'endroit » où les Pères de l'Eglise auroient dû être plus uniformes et ) plus exempts de variations que celui-là, s'y exerçant per- D pétuellement dans leurs disputes contre les Païens ». Tous es savants sont d'accord qu*on a parlé plus correctement et ivec plus de précision des choses dont on avoit à disputer , que des autres, parce que la dispute même excitoit l'esprit : mais il n'y a que pour les Pères des trois premiers siècles que cette rè?le trompe; et ils avoient l'esprit si bouché, même dans les choses de Dieu, qu'ils ignoroient jusqu'à celles qu'ils avoient tous les jours à traiter avec les Païens, et môme son unité et sa perfection infinie. Nous le verrons mieux tout-à-l'heure ; puisqu'on nous dira nettement qu'ils ne le crovoient ni immuable , ni indivisible. Je ne m'étonne donc pas , si en parlant des Pères de ces premiers siècles , le ministre les a appelés de pauvres tliéologiens qui ne vouloient que rez-pied rez-terre. Quand il voudra néanmoins, ce seront des aigles, et les plus purs de tous les docteurs. Mais on voit eu tous ces endroits là comme il les abîme. Et comment
• Lctt. V. p. 49. — ■' îbicl. — » telt. vi. p. 40.
^»-^>^ SIXIÈHE ÀVERT1SSE31ENT
aiiroicnt-ils pu s*en sauver, puisqu'ils n'éludioîent pas TÉfriture sur les malières les plus importantes , comme sor celles de la grâce ' , et qu'en général il neparoit pas qu'ils se soient beaucoup attachés à cette lecture ', se remplissant seulement de celle des Platoniciens? Que de redites importunes! dira M. Juricu. Il est vrai, ce sont des redites, /ai relevé toutes ces erreurs de M. Jurieu dans mon premier Avertissement; mais je ne vois pas qu'on puisse, sans les répéter, lui faire voir qu'il ne songe seulement pas h y faire la moindre réponse dans l'ouvrage qu'il vient de donner pour sa défense. Pourquoi ? Est-ce peut-être que ces madères ne regardent pas d'assez près Pessence de la religion? Mais c'en sont les fondements. Ou bien est-ce qu'elles ne regardent pas le socinianisme dont M. Jurieu fait le tableau? Mais il sait bien le contraire : et dans ce même tableau il reproche anx Sociniens toutes ces erreurs \ Pourquoi donc se tait-il sar tous ces points , si ce n'est qu'il évite encore autant qu'il peut M. de Meaux?ce lui seroit trop d'affaires de chercher des faux-fuyants à tous les mauvais pas où il s^engage : il ne s'attache qu'à la Trinité; et il espère se sauver mieux parmi les ténèbres d'un mystère si impénétrable. Il reste donc à loi faire voir qu'il s'y abime plus visiblement que dans les autres articles, et que ses excuses sont de nouveaux crimes. ' Uendez-vous attentifs : voici le nœud. La matière esthaule; j et quelque ordre qu'on y apporte , elle échappe si on ne la suit : mais, pour abréger la dispute, on convaincra le ministre par ses propres paroles.
IV. Ancienne et nouvelle doctrine du ministre également pleine de
blasphèmes.
Il demeure d'accord d'avoir dit, dans ses Lettres de 1689, que selon la doctrine des anciens, qu'il trouve du moins tolérable , « l'effusion de la sagesse , qui se fit au commence- » ment du monde, fut ce qui donna la dernière perfection, » pour ainsi dire , la parfaite existence au Verbe et i la » seconde personne de la Trinité S). 11 n'en faut pas davan-
* Lett. VII. p. 50.1. Av. n. 15. — ' 1. Av.n. 10. — ^ Tab. Lett. 1.
2, etc. -' Ibid. VI. p. 2i8.
SUR LES. LETTRES DE 3f. Jl RII-l*. û'JI
âge. Le Verbe ryoU donc manqué dans l'éternité tout entière dû sa dernière perfection. Or, ce qui manque de sa perfection , visiblement n'est pas Dieu. Quand il la rncovroit dans la suite, il ne le scroit non pl'.is , ])uisqiril scroit muable en changeant. Le Fils do Dieu n'csl donc Dieu , dans cette supposition que le ministre tolère, ni avant la création, puisqu'il n'avoit pas sa dernière perfection , ni depuis , puisqu'il Ta reçue alors de nouveau. N'est-ce pas assez blasphémer, que d'enseigner ou de tolérer de pareils sentiments?
11 s'excuse d'un autre blasphème en cette sorte. Voici ses paroles : J'ai dit dans la sixième Lettre pastorale de 1 ()89 gue, selon Tertullien, <ivec qui il vent que les autres anciens soient d'accord , le Fils de Dieu n'a été personne distincte de celle du Père quun peu avant la crêntion\ Voilà un second blasphème assez évident; mais voici comme il s'en tire : Personne distincte, dit-iP, personne c/6â'p/o/)/î^c et parfaitement née. Mais pour lui uter ce dernier refuge et ne lui laisser aucune évasion , je lui réponds en deux mots : premièrement, que ce n'est pas là ce qu'il avoit dit : secondement, que ce qu'il veut avoir dit ne vaut pas mieux.
V. Qoe le ministre a changé son système de 1089 : les vaines distinctions qii*U a lâché dMntroduire : sou prétendu développement du Verbe divin.
Premièrement donc , ce n'est pas là ce qu'il avoit dit dans ses Lettres de iC89 , puisqu'il y avoit dit en termes exprès : « Que le Verbe n'est pas élernol en tant que Fils; qu'il n'é- » toit pas une personne ; que la génération de la personne du » Verbe n'est pas éternelle; que la génération de la personne du D Verbe fut faite au commencement du monde ; que la Trinité » des personnes ne commença qu'alors, et qu'il y avoit trois » Personnes distinctes à la vérité^ mais engendrées et proftdailes dans le temps, en sorte qu'elles en venoient à une i existence actuelle^» : a|)rè3 quoi il ne faut plus s'étonner qu'on les ait faites inêfjalcs : comment eussent-elles pu être (gales, puisqu'elles n'éloient pas coéternelles? M. Juriou fait . dire tout cela aux anciens* : M. Jurieu soutient qu'il n'y là
« Ult. VI. de lfi89, p. U. TaU. Lett. vi. p. 260. — ' Ibid. — • :' Ul p. 4'i. 'ij. IC— * I. Avcit. n. 10.
^^^ SIXIÈME ÀYEnTlSSBOBlfT
y rien à* essentiel, ni de fondamental *. Il fant être bien assuré de
faire passer tout ce qu'on veut, pour croire qu^on puisse réduire tant d'impiétés à un bon sens.
Il distingue néanmoins : la personne du Fils de Dieu n'étoit pas encore, et, pour parler plus généralement , la Trinité des personnes n^étoit pas encore : la Trinité des personnes décc' loppées ; il Taccorde : la Trinité des personnes ?éritablemeDt distinguées en elles-mêmes , mais non encore enfantées ni développées ; il le nie.
Nous verrons bientôt Timpiété de cette doctrine dans son fond : mais maintenant, pour nous attacher seulement aux ter- ^ mes, je lui demande en un mot, si distincte ne vouloit dire que ' développée, que n'usoit-il de ce dernier terme ? que ne disoil-il clairement que dans Topinion des anciens la personne du Fils et celle du Saint-Esprit n'éloient pas encore dévelopiiées, ce qui lui paroit innocent ; aa lieu de dire distinctes, qulluiparoît criminel et insoutenable?
C'est , dit-il ' , que j'avois à expliquer brièvement ce sentiment des Pères; n'ayant aucun intérêt alors de l'expliquer plus au long. 11 n'y avoit aucun intérêt ! C'est tout le contraire : car une des choses quMl s'étoit le plus proposée, dans les Lettres dont nous parlons, éloitde faire voir aux Sociniens et à ceux qui les tolèrent, qu'il ne leur donnoil aucun avantage en tolérant les Pères des trois premiers siècles : et puisqu'il mettoit le dénouement à leur faire dire que la personne du Verbe étoit dans le sein de son Père , comme un enfant dans celui de sa mère, formé et distinct, mais non encore enfanté ni développé; lui eût-il coûté davantage de dire développé, que de dire distingué?Ei pourquoi n'avoir pasdonné d'abord à une si grandedifGculte une solution si facile, où il n'eût fallu que trois mots!
VI. Qu*cn 1679f le ministre ne faisoit du Fils de Dieu qu\m germe imparfait, et non une personne.
Mais, ajoute votre ministre, je m'ctois assez expliqué, puisque j'avois dit que le Verbe étoit caché dans le sein de son Père comme sapicncc : et, poursuit-il, ce qui est caché est pourta'it,
«p. 44 2 Tab. Ldt. vi. p. 238.