LB LIS LET1T.IS LE K. JIKIIL
i existé comtneunepersonne^ II dissimule ce qu^il avoit dit, que le Verbe, qui étoit caché dans le sein du Père comme sapience, éloil seulement son Fils et son Verbe en germe et en semence. Or, ee qui est un germe et une semence, visiblement n'est pas une
soûne ; le Fils de Dieu n'étoit donc pas une personne selon
[nrieu; Il tronque et il falsifie ses propres paroles : que
il donc espérer qu'il laisse dorénavant en son entier?
Votit plus clair que le jour qu'il ne lui reste aucune dé-
; car, pour entrer dans le fond de son raisonnement, il
}b\en qu'une chose peut ôtre dans une autre, ou en acte et Rfoin sa forme, ou en puissance, et selon ses principes, comme Tépi dans le grain , Tarbre dans son pépin ou dans îon noyau, un animal dans son germe, tous les ouvrages dont 'univers est composé dans leurs principes primordiaux. Ce l'étoit donc pas assez à M. Jurieu de dire que le Fils de Dieu ût caché dans le sein de son Père ; les Ariens m^me disoient ielon lui, qu'il y étoit caché en puissance^ : et pour fermer la K>uche aux Sociniens et aux Tolérants leurs amis , il falloit ivoir expliqué , que si le Verbe étoit caché dans le sein du ?ëre, ctfn'étoit pas en puissance, comme Tenfant est dans le ^croie et dans l'embryon ; mais en effet et en acte, comme il 3St après sa conception ou sa naissance. Mais, loin de le dire linsi, OQ plutôt de le faire dire aux anciens, M. Jurieu dit tout le contraire dans l'endroit même qu'il cite pour se justifier : et il en conclut un peu après , quon devoit sê présenter Dieu comme muable et divisible , cuangeànt ce germe de soti Pus en une personne ". Ainsi, selon les anciens , approuvés ou tolérés par M. Jurieu, il ne m'importe , le Fils de Dieu étoit élernellement dans le sein de son Père comme un germe, comme une semence, et non pas comme une personne ; et ce germene fut changé en une personne que dans le temps. Qui Devoit mani[estcmentquc faire parler ainsi les anciens, c'est les faire blasphémer ; et qu'approuver ou tolérer ces exposi- , lions de la foi, comme M. Jurieu les veut appeler, c'est blasphémer soi-même ?
' Tab. p. 260.LeU. VI. de 1C89. p. 44. — ' Ibid. Lctt. VI, p. 275. .
- ^ Ibid. p. /iO. K Av. n. 14. J
33f tixitn ATERTissEmrr
vil. Quclcmîiiùlre fe iléJlt, el que ceqn'Il dil de nonvpau ne i inieDi : ga double géiié ml ion atlribnfe an Veibc tlivi^i.
Il en est de même des autres pensées que le minislre attribue aux Pères. Par exemple , il leur h'tso'd nier rélernil' de la génération du Fils : il s'explique i l'tlprnilé de la« conde génération, il l'avoue : de la première, il le iire\falloil donc deviner ces deux générations dont il ne disoit pi un seul mol ; reconnoilre dans une seule personne selon) divinité deux généralions proprement dite» , et croire qofel Père éternel avoit engendré sou Fils à deuw [ois.
Les autres opinions que le ministre aviiit imputées au saints docteurs ne sont pas mieux excusées ; et il n'y a pei sonne qui ne voie que ce qu'il dit aujourd'liui dans son tableau est une réformalion, et non pas une explicalion de son système, pitoyable rérorniation, puisque, loin de le relever c blasplièuic dont il a été convaincu , elle l'y enfonce de noi veau, comme on ta voir!
VIII. Le Kib de Dieu daus le cein du Père comme un enfanl avaul: IrioG est coutraire Eelon lui même a l'immulabilUé de Ditu.
II faut donc ici expliquer le nouveau mystère de cet enveloppement et développement du Verbe , de sa conceplioii t\ de sa sortie hors des entrailles de son Père , et de sa doubla naliviié, l'une éternelle, mais imparfaite; l'autre parlaile, mais temporelle et arrivée seulement un peu avant la création du monde : car c'est là tout le dénouement que donne M. Jurieu à la théologie des anciens ; et il est temps d'en démontrer la visible absurdité selon lui-rmême.
En effet voici comme il parle' : » Celte pensée des anciens*, cette double nativité et ce nouveau développement du Verbe, a dans le sens métaphorique est belle et bonne; mais dans le 0 sens propre, comme ces anciens le prcnoient, elle ne s'aco corde pas avec l'idée de la parfaite immutabilité de Dieu ».
H n'y a ici qu'à ouvrir les yeux pour voir l'égarement de notre ministre. Cette double génération ou ce développement
' Le». VI. de IfiOa. Tab, LpU. ri. — ■ TjIi- LcU. vi. p. 260.
6UR LES LETTRES DE M. JUBIEU. 5oi>
la Verbe, à le prendre proprement, est si absurde qu'il n'enrera jamais dans les esprits. Car qui pourroit croire qu'un s'enveloppe et se développe selon sa nature divine, on
lie Père engendre son Verbe à deux fois? Il ne faut qu'ou-
ir seulement TÉvangile de saint Jean , pour y remarquer ipe s^ilesMngçndré deux fois. Tune de ces générations lo ngardoÂC-4i|Mréternité comme Dieu, et Tautrc dansie temps n tantj^^homme. Mais que comme Verbe il ait pu être engendré deox fois , et qu'il fallût au pied de la lettre le développer du sein paternel , comme un enfant de celui de sa mère; c'étoit dans celte divine et immuable génération une îmgerfection si visible et si indigne de Dieu , qu'il faudroit Stre insensé pour le dire ainsi dans le sens propre.
C'est pourquoi le docteur Bullus, le plus savant dos Protesants dans cette matière, lorsqu'il a vu dans cinq ou six Pères |car il n'en met pas davantage) cette double génération, avoit îDtendu la seconde d'une génération métaphorique, qui ne sirnifie autre chose, que son opération extérieure, et la maniestalion de ses desseins éternels par la création de l'univers i la manière que nous verrons si clairement dans la suite , ju'il n'y aura pas moyen d'en disconvenir. Aussi M. Jurieu ;st-il déjà d'accord avec nous, que cette pensée des anciens îst irréprochable en ce sens. Cependant il refuse de la suivre ; st obstiné à trouver dans les anciens l'erreur dontun si savant Protestant les avoit si clairement justifiés : a Pour moi, dit- D il', je tiens pour certain qu'il n\ a point là de métaphore »• Et un peu plus haut ' : « J'entends tout cela sans figure ; et 0 je comprends que ces théologiens (ce sont les Pères des n trois premiers siècles) ont cru que les deux Personnes di- ») vines, le Fils et le Saint-Esprit, étoient renfermées dans le » sein de la première, comme un enfant est enfermé dans le B sein de sa mère, parfait de tous ses membres, ayant vie, D être, mouvement et action; mais n'étant pas encore dévc- I) loppé et séparé de la mère ».
Mais s'il faut prendre au pied de la lettre et sans figure , comme le ministre nous y veut contraindre, tout ce qu'il vient
* Tab. Lctt. VI. i>. 2f)G. — * P. 2bô.
de raconter ; il y a donc, comme danô la mère et dans son en- .^c Ihnt lorsqu'il vient au monde un double changement en Dieu; '^'^ un dans le Père qui développe ce qui éloit enfermé dans ses entrailles, un dans le Fils qui est séparé et développé de ses entrailles paternelles : et on ôte également au Père et au Fils la parfaite simplicité et immutabilité de leur être.