‹ Histoire des variations des églises protestantesChapitre 25 sur 59 · IX. Qae le ministre introduit un Dieu moable et corporel · texte numérisé non relu

IX. Qae le ministre introduit un Dieu moable et corporel

Après ces extravagances, qu'on nous débite comme des oracles, le ministre m'avertit sérieusement « de ne continuer » pas à harceler la théologie des Pères pardes conséquences, » en disant que selon le sentiment que je leur attribue,- il 0 faut que la Trinité soit nouvelle et non éternelle ; que Dieo ;> soit muabic ; qu'il faut que Dieu puisse s'étendre et se res- » serrer* ». Voilà des objections contre sa doctrine qui sans doute sont considérables ; mais il les résout en un mot. Tout cela est chicane^ dit -il. C'en est fait, l'oracle a parlé. Mais est-ce chicane de dire que celui qui ouvre son sein, et qui développe ce qu'il y terioit enfermé, et celui qui sort de ce sein, oùfl t étoit auparavant, aient ce double défaut d'être muables et di- p visibles? Je le demande à tout homme qui a les premiers |\ principes de l'intelligence.

X. Démonstration que Dieu et le Verbe dès les trois premiers sîèdes tout muables, imparfaits et corporels, selon la supposition du ministre.

Pour la mutabilité, la chose est claire. Le ministre demeure d'accord que, dans la supposition qu'il attribue aux anciens, a reflusion faite dans le temps de la sagesse divine » DONiNA LA DERNIÈRE PERFECTION, ct poup ai Hsi dire. Kl parfaite » existence au Verbe et à la seconde personne de la divinités. Sur ce fondement je raisonne ainsi. Ce qui reçoit de nouveau sa dernière perfection, en termes formels est changé ; or, dans la supposilion de M. Jurieu " la seconde personne reçoit de nouveau sa dernière perfection ; donc dans celte supposition la seconde personne en termes formels est changée. Vous le voyez, mes chers frères. J'aime mieux tomber dans la sèclie-

' Tab. Lclt. VI. p. 'iOO. — = IbUl, p. ?.j9. ^

esse d*un argument en forme, que de donner lieu, quoique ans sujet, à votre ministre de dire que j'exagère et que je fais e déclamateur.

Voulez-vous ou!run autre argument également clair? Écouezce qu'on attribue à Tertullienet aux autres Pères '. «Dieu » dit , Que la lumière soit : voilà la seconde génération du B Fils : ce que Tertuliien appelle la parfaite naissance du » Verbe, et qui fait voir qu'il eu reconnoissoit une autre imn PARFAITE en comparaison de celle-ci : c'étoit la génération B éternelle, par laquelle le Verbe en tantqu*entendement et

0 raison divine étoit en Die.u éternellement, bien distin- D gué à la vérité de la personne du Père, mais encore enve- ) loppé ». Demeurons- en là, et disons : Ce qui passe d'un itat imparfait à un état parfait, change d'état : mais dans cette apposition le Filsde Dieu passe d'un état imparfait à un état larfait ; par conséquent le Filsde Dieu change d'état. Il passe nanifeslement de l'imparfait au parfait; qui est, non par onséquence, mais précisément et selon la définition ce qu'on ppelle changer.

Et remarquez que son état imparfait est celui où il étoit mis »ar sa naissance éternelle : c'est cet élut qu'on regarde comme mparfait, à comparaison de celui oii il est élevé dans le temps t au commencement du monde. Dieu donc dans l'éternité a Dgendré un Fils imparfait, qui a acquis sa perfection avec e temps. Si ce n'est pas là blasphémer en termes formels ontreîe Père et le Fils, je ne sais plus ce que c'est.

Enfin, c'est trop disputer; et il n'y a qu'à répéter au minisre ce qu'il écrivoit en i C89, que « les anciens représen- » toient Dieu comme muable et divisible, changeant ce germe

1 de son Fils en une personne, et donnant une portion de > sa substance pour son Fils sans la détacher de soi ' » . Qu*y t-t-il de plus scandaleux et de plus impie tout ensemble, que Je réduire le Fils de Dieu à l'imperfection d'un germe et fvne semence, comme il parle? Mais n'est-ce pas clairement et en termes assez formels le reconnaître muable, et faire un Dieu changeant et un Dieu changé? Mais que falloit-il dav.au-

*P.259. — ' Lctt. VI. IC0:\ 1. K\cri. n. li.

5r>S SixiÈHK AVi<OTI^HtiKSpl.lîâil

tagc pour fuire un Dieu corporel, ({ne delWouerdî et de lui attribuer des divisions et des portions de subs Où réduit-on le christianisme ? et ose-t-on se vanter d Tondre les Sociniens, lorsqu'on dit que de éemblable phèmesne ruinent pas le fondement de la foi?

XI. Que le niiuislre,en s*expliquant en 1G90 et dans son Tablai le comble à ses erreurs : passage plein d'impiété et d^abaon^

Voilà ce qu'il écrivoit en 1689 ; et loin de corriger ce phèmes dans une lettre qu'il compose exprès pour s'ec lier, il y assure de nouveau que la seconde nativité du est %dLpar faite nativité ', et que la première est plutôt w ceptionqw' \xii enfantement parfait'. Ce n'est pas tout cette seconde nativité, de sagesse il est devenu Verbe, ( sonne parfaitement née * ; par conséquent quelque ch plus fait et de plus formé qu'il n'étoit auparavant: ei et que la Trinité a pris dans cette naissance son être déT< )) et parfait : ce qui a fait croire aux docteurs des trois pn » siècles , qu'ils étoient en droit de compter la naissai » la Trinité de ce qu'ils appcloient sa parfaite nativité * j content d'avoir proféré tant d'impiétés , il y met le com cette sorte : « A Dieu ne plaise, dit-il \ que je voulusse » ma complaisance pour cette théologie des anciens j » l'adopter ni même la tolérer aujourd'hui ! on doit pc j) bien remarquer que l'on ne sauroit réfuter par !'£( » cette théologie bizarre des anciens; et c'est une raison » quoi on ne leur en sauroit faire une hérésie. II n'y a » seule idée que nous avons aujourd'hui de la parfai )) mutabilité de Dieu, qui nous fasse voir la fausseté d< » hypothèse : or, nous n'avons cette idée de la parfaite » tière immutabilité de Dieu , que des lumières nati » qu'une mauvaise philosophie peut obscurcir d.

» Tab. Utt. VI. p. 259. 9.61.— ^ Ibid. 203. 262 — » Ibid 333 — < Ibid. 260. 201 * Ibid. 26&.

SLR LES LETTRES DK B. Jl'Rir.U. 559

. Etrange idée du ministre sur Timmutabilité de Dieu ; que la foi eu ;t nouvelle dans l'Eglise , et que nous ne Tavous point par les Ecritures, lais par la seole phUosopbie.

)ii ne sait en vérité par où commencer pour démontrer opiétè de ce discours. Mais ce qui frappe d'abord, c'est que anciens croyoient Dieu véritableraentmuable; etce qui passe ile absurdité» que la parfaite immutabilité de Dieu est une ad'atijourcI'Aut.Ellen'étoitpas hier : elle est nouvelle dans glise, et ne doit pas être rangée au nombre de ces vérités i ont toujours été crues , et partout : quod ubique , quod iper. Mais ce qu'il y a de plus absurde et de plus impie , st qu'elle est nouvelle non-seulement à TEglise primitive, is encore aux prophètes et aux apôlres ; puisque , selon Jurieu, on ne peut réfuter par V Ecriture celle bizarre Ihéoie des anciens. Ce n'est que des philosophes que nous prc- IS cette idée que nous avons aujourd'hui de la parfaite nutabililé de Dieu : sans la philosophie , la doctrine des étions sur un attribut aussi essentiel à Dieu seroit impare. Croire ce premier être muable, ce n'est pas une erreur tre la foi : c'est , si l'on veut , une erreur ou une hérésie losophique, laquelle n'est point contraire à la révélation : philosophes ont mieux connu Dieu que les chrétiens , et mx que Dieu lui-même ne s'est fait connoître par son iture.

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