ARTICLE II
reur du ministre , qui ne veut voir la parfaite immutabilité de Dieu ni dans les Pères ni daris V Ecriture même.
I. Passage des trois premiers siècles sur la parfaiic immutabilité de Dieu : que le ministre ne connoit rien dans l'antiquité.
C*estbien là en vérité le discours d'un homme qui ne snir is ce qu'il dit, et qui en faisant le savant n'a rien lu de Qtiquilé qu'en courant, et dans un esprit de dispute, r s'il avoit lu posément le seul livre de Tertullien contre axéas, il y auroit trouvé ces paroles sur la personne du l'ils Dieu : « Etant Dieu , il faut le croire immuable et incàna-
D Lie de recevoir une nouvelle forme, parce qu'il est ëler-^ o nel' ». Mais qu'est-ce encore, selon cet auteur, qne d'être immuable et éternel? « C'est ne pouvoir ôtre transfiguré on » changé en une autre forme, parce que toute transfiguratioD » est la mort de ce qui étoit auparavant. Car, poursuit-il, tout » ce qui est transformé cesse d'être ce qu'il étoit, et commeoce » d'être ce qu'il n'étoitpas : mais Dieu ne cesse point d'être, » ni ne peut être autre clioseqne ce qu'il étoit d. Je voudroii bien demander à M. Jurieu si ses métaphysiciens d'aujùurihd dont il veut tenir cette belle idée de la parfaite immutabilité de Dieu , plutôt que de l'Ecriture et de l'ancienne et constante tradition de l'Église, lui en ont parlé plus précisémeDt que ne vient de faire cet ancien auteur? Et si ce n'est pas assez, il ajoute encore, cf que la parole qui est Dieu, et la parole fi de Dieu demeure éternellement, et préserve toujours dans > sa propre forme ». Voilà celui qui, selon M. Jurieu, intro- L. duit un Verbe qui achève de se former avec le temps : voilà |r comme il ignoroit l'immutabilité de Dieu, et en particalier celle de son Fils. Il conclut l'immutabilité de ce qu'il est, par l'immutabilité de ce qu'il dit. L'auteur du livre de la Trinité, qu'on croit être Novaticn, suit les idées de Tertullieo, et déclare comme lui , que tout ce qui change est mortel par cet endroit-là *. Il faudroit donc ôter aux anciens avec l'idée de l'immutabilité celle deTéternité de Dieu, dont la racine, pour ainsi parler, est son être toujours immuable. De là vient qu'en disputant contre ceux qui mettoientla U matière éternelle, ces graves théologiens leur démontroient jr. qu'elle ne pouvoit l'être, parce qu'elle étoit sujette aux changements. Tertullien soutient contre Hermogène *, aquedi » la malière est éternelle, elle est immuable et inconvertible, » incapable de tout changement; parce que ce qui estéterncl » perdroit son éternité, s'il devenoit autre chose que ce qu'il » étoit. Ce qui fait Dieu, poursuit-il, c'est qu'il est toujours ce » qu'il est : de sorte que si la matière reçoit quelque change- » ment, la forme qu'elle avoit est morte; ainsi elle auroil » perdu son autorité : mais l'éternité ne peut se perdre ».
* Adv. Prax. n. 27. — ' De Trio. c. 4.— ' Cont. ITenn. c. 12.
SUR LES LLTTUES DE M. JLU1EU«
^marquez qu'il ne s'agit pas de changer quant à la substance à rétre, mais quant aux manières d'être; puisque c'est \ présupposant que la matière n'étoit point muable dans le nd de son être, qu'on procède à faire voir qu'elle ne peut itre en rien, et qu'on ne peut rien lui ajouter. Théophile Ântioche procède de même ' : « Parce que Dieu est ingénénable, c'est-à-dire éternel , il est aussi inaltérable. Si don€ larnatière étoit éternelle, comme le disent les Platoniciens, elle ne pourroit recevoir aucune altération, et seroit égale à Dieu ; car ce qui se fait et ce qui commence est capable de changement et d'altération : mais ce qui est éternel est incapable d.e l'un et de l'autre d. Athénagore dit issi que « la divinité est immortelle, incapable de mouvement et d'altération ' » ; ce qui emporte non-seulement mmutabilité dans le fond de l'être , mais encore dans les lalités et universellement en tout: d'où il conclut que lo onde ne peut être Dieu, parce qu'il n'a rien de tout cela. ne faut pas oublier que ces passages sont tirés des mêmes (droits, d'où le ministre conclut ces prétendus changements ins Dieu et dans son Verbe. Pour se former une idée parité de l'immutabilité de Dieu, il ne faut que ce petit mot do int Justin * : Qu est-ce que Dieu^ et il répond : « C'est celui qui est toujours le même, et toujours de même façon, et qui est la cause de tout » ; ce qui exclut tout changement dans le fond et dans les manières : et cela est tellement essence de Dieu, qu'on en compose sa définition. Les autres iciens ne parlent pas moins clairement; et si occupé do ule chose que de l'amour de la vérité, le ministre ne veut 18 se donner la peine de la chercher où elle est à toutes les âges, Bullus et son Scultet lui auroient montré dans tous les uteurs qu'il allègue, dans saint Hippolyte, dans saint Justin, ans Athénagore , dans saint Théophile d' Antioche, et dans aint Clément d'Alexandrie, que non-seulement le Père, mais Mucore nommément le Fils, est inaUérahle, immuable, imjtas-
' Liv. II. ad Autol. — - Légat pjo C'Iirist. ad cale. Op. S. J:i3t. p. 290- ■'Dial. cum Tryph. p. 105.