‹ Histoire des variations des églises protestantesChapitre 27 sur 59 · XV · texte numérisé non relu

XV

•^^^ SIXIÈME À\'RRTISSEMRNT

sible, incapable de nouveauté^ sans commencement * : et quand ils disent sans connmencement, ils ne disent pas seulement qiielui-même ne commence pas, niais encore que rien ne commence en lui, comme ils viennent de nousFexpliquer : et c'est pourquoi ils joignent ordinairement à cette idée celle de loot tout parfait, zavrcXT^;, pour montrer qu'on ne peut rien ajouter ni diminuer en Dieu : ce qui renferme la très-parfaite imiDDtabilitédcsonêtre. Lavoilàdoncdans les plus anciens autenn, cette parfaite immutabilité , que le ministre ne veut savoir que d'aujourd'hui; et la voilà dans tous ceux où il croit trouver le contraire, sans même qu'on puisse réfuter par rÉcritore leur bizarre théologie, comme il l'appelle.

XIV. Que le» anciens ont vu dans TÉcriture la parfaite immutabilM

de Diou.

11 ne veut donc pas que Tertullien, lorsqu'il a dit avec tiot de force, que ce Dieu ne change jamais, ni ne peut être aa- » Ire chose que ce qu'il étoit , à cause qu'il est éternel », ait f*" puisé cette belle idée de l'endroit où Dieu se nomme lui-même, p^ Celui qui est ' ; c'est-à-dire, non-seulement celui qui estdê If lui-même, et celui qui est éternellement, mais encore celai ' qui est éternellement tout ce qu'il est; qui n'est point au- p jourd'hui une chose et demain une autre, mais qui est toujours parfaitement le même. Il ne veut pas que les ancieni aient entendu la belle interprétation que le prophète Maltchie a donnée à cette parole : Celui qui est, lorsqu'il fart encore dire à Dieu : Je suis le Seigneur^ le Jehovah, et celui qui] est, et je ne change point \ c'est-à-dire manifestement, je ne{ change en rien, parce que je suis celui qui est ; ce que je ni ne serois plus si je cessois un seul moment d'être ce que j'ai toujours été; ou, ce qui est la même chose , si je commençois à être ce que je n'étois pas.

Si on veut dire que l'anliquifé n*ait pas vu un sens si clair

'Scult. Medul. pp. I. part. p. 7. 107. 114. li-S, etc. Just. Apol. I- 4 . C. p. 4'>. Dial. cum Trypli. siiprà Athen. apud Just. Clem. Alez. Stronn . 7. p. 703. Ilip. Collcrt. Anast. — - J.Nod. m. 14. — ^ Mal. lii. C.

SCD LES LETTRES DE BI. JUCIEL'. otiô

D8 les deux passages qu'on vient de citer, il faut donc enre les effacer du livre de Novatien ', qui en condlul que Dieu nserve toujours son état, sa qualité, et en un mot tout ce fil est : il faudra dire encore que les saints docteurs n'aunt pas vu dans saint Jacques, que le Père des lumières ne reit ni de miUation, ni d'ombre de changement ' : où il faudra le saint Jacques, a cause qu'il n'avoit pas oui ces philosoles d^ aujourd'hui, qui ont ont appris à M. Jurieu de si bel- 8 choses sur la perfection de Dieu, n'ait pu nous donner >mme eux une exacte idée de la parfaite exemption de tout langement, pendant que par ses paroles il en exclut jusqu'à )mbre , et qu'il ne peut soufTrir dans l'immutabilité de Dieu moindre tache de nouveauté qui en ternisse l'éclat. Voilà ce l'il faut penser pour écrire ce qu'a écrit votre ministre, ut-on dans un docteur, pour ne pas dire dans un prophète, plus profond étourdissement ?

%\. Que IMoumutabilité daFils de Dieu paroît aussi dans PÉcriture.

Dira-t-il qu'on démontre bien dans les Écritures la parfaite mutabilité de Dieu , mais non pas celle de son Fils ? le Fils !Sl donc pas Dieu, ou il est un autre Dieu que le Père ; et il idra reconnoître un Dieu qui sera parfaitement immuable, un Dieu qui ne le sera qu'imparfaitement. Mais que veut ne dire ce verset du Psaume, que saint Paul , assurément s-bon interprète , applique directement à la personne du s de Dieu : Pour vous. Seigneur, vous êtes toujours le méme*^ toujours ce que vous êtes? Par où il faut entendre ce qu'il oit dit au commencement de TEpître , qu'il était réélut de gloirCy et V empreinte de la substance de son Père* : parconquenl également grand, également éternel, également imaable en tout ce qu'il est.

n. Que le ministre rejelte sa propre confession de foi , lorsqu'il ne wni pas reconnuiire riiiimutahililédc Dieu dans TEcriturr.

Le ministre veut-il renoncer à convaincre les Sociniens ir tous ces passages de l'Ecriture ? Mais veut-il rononrer cn-

' PeTrin. rap. 'i. - ' Si'.". I. 17. - ^ Pî=. C!. !10. Uch. I. 10. 11 - Ib.u. I. ;i.

•)0i SIXIÈXB AVERT1S8BIIENT

core à prouver par rÉcriture ses propres articles de foi sons la Confession des Prétendus Réformés , nous y trc rons à la tête , que Dieu est une seule et simple essence , s tuelle, étemelle, immuable '. il n^en faut pas davant fermons le livre. Le ministre veut-il se dédire de la ma constante de sa religion , que tous les articles de foi, pi paiement les articles aussi essentiels que celui-ci, sont pro et clairement prouvés par l'Ecriture ? Il doit donc, selon même, être bien prouvé par TEcriiure, que Dieu est par: ment immuable ; et si cette vérité y est claire contre AI. ricu, les Pères à qui il la fait nier sont bien réfutés.

XVlI. Que les passages qui prouvent Ti m mutabilité de Dieu , la trc

parfaite : chicane du ministre.

Il lui reste pourtant encore une échappatoire : car vrai qu'il ne s'est pas engagé à nier qu'on puisse prouve rÉcriture Vimmutabilité en général , mais la parfaite in tabilité '. Basse et pitoyable chicane s'il en fut jamais; i qu'on ce nom d'immuable, exclusif de tout changea consiste dans l'indivisible comme celui d'éternel ; et air tous les noms divins il n'y en a point qui porte en lui-n plus sensiblement le caractère de perfection que celui-c Ton voudroit mettre du plus ou du moins. On pourroit de même , et à plus forte raison , qu'on prouvera biei rÉcriture que Dieu est bon , mais non pas parfaitement sage, mais non pas parfaitement sage; heureux, mais no parfaitement heureux; et, pour ne rien oublier, pai mais non pas parfaitement parfait : et au lieu que nous cevons qu'il faut étendre naturellement tout ce qui se t Dieu, et toujours l'élever au sens le plus haut, parce que, qu'on puisse dire ou penser de sa perfection , l'on den toujours infiniment au desâ)us de ce qu'il est ; ce noi docteur nous apprend , à l'exemple des Sociniens, à tou vilir et à tout restreindre; en sorte que, par les idécj Dieu nous donne de lui-môme dans son Ecriture , noi puissions pas même comprendre sa parfaite immutab

* Confess. de foi. Art. 1. — = ^ab. Lett. vi. p. 208.

SUR LES LEITAES DE U. Jt'RlEL'. ^^^î

c'est-a-dire, celui de ses attributs dont on peut moins le dépouiller, etsaus lequel on ne sait plus ce que Dieu scroit, puisque même il ne seroit pas véritablement éternel.

IkVllI. Si c'est faire Diea immuable qne de ne le faire changer que dans les matières d'être : que le ministre tombe dans les mêmes erreurs qu'il reprend dans les Sociniens.

Lo ministre en revient toujours à Tenfant, qui sortant parlit du sein de sa mère , n^ acquiert pas par sa naissance un ouvel être, mais une nouvelle manière d'être ; et il croit satislire à tout, en disant que la seconde naissance du Fils de Dieu li donne aussi comme à cet enfant non un nouvel être , mais ne nouvelle manière d'être^ Aveugle , qui ne voit pas que o'js-mémes quand nous changeons de pensées et de sentilents , nous ne changeons pas autrement que dans des maiëres d'être. N*est-ce donc pas une erreur d'attribuer h Dieu e tels changements? Ou bien sera-ce une erreur légère que Ecriture ne rejette pas? Et nous faudra-t-il endurer cette iche et cette ombre en Dieu malgré la parole de saint Jacoes ? Il faudra donc encore de ce côté là donner gain de cause ni Sociniens, puisque lorsqu'ils font changer Dieu de situaion ou de sentiment et de pensée, ce que M. Jurieu trouvo i mauvais avec raison \ ils répondront qu'après tout , ils ne ont point changer Dieu , en lui donnant un nouvel être, ni ine nouvelle substance ; mais en lui donnant seulement de HMivelles manières d'être, c'est-à-dire, des mouvements, des lentiments et des pensées ; ce qui ne dérogeroit pas, selon le ministre Jurieu, à l'immutabilité que l'Ecriture nous a révélée. Mais tout cela est pitoyable ; puisqu'enfîn ces manières d'être la'on supposeroit de nouveau en Dieu, ou seroient peu dignes de sa nature; et en ce cas pourquoi les y mettre? ou, si diesen sont dignes, elles sont par cons(!'q(icnt infinies, immenses , et en un mot vraiment divines, dignes de toute adoration et de tout honneur : auquel cas Dieu n'est plus Dieu , si elles lui manquent un seul moment, comme il le faudroit

«ipposer dans la doctrine que le ministre attribue aux saints.

'P.'2;>C. — ^Tiib.dti Sitcin. Lcti. i. ir, etc.

^i>t> SIXIÈME AYERTISSldaErCT

Car le Fils de Dieu seruil-il, comme dit saint Paul, au desm de totit^ Dieu éteimellement béni\ et par conséquent très-parfait, s'il attendoit du temps sa dernière perfection et quelque cliose au dessus de ce qu'il est dans Téternité? Mais seroit-il heureux , s'il avoit encore à attendre et à désirer quelque chose? Son Père le seroit-il, s'il étoit lui-même sujet au changement, ou si son Fils en qui il a mis ses complaisances, devoit changer dans son sein , et qu'en atttendant il manquât de la dernière perfection et de son bonheur accompli? Et l'un et l'autre seroient-ils le Dieu tout-puissant et créateur, s'ilsnc pou voient rien créer, ni changer le non-étre en être, sans se changer et s'altérer eux-mêmes? et si ces absurdités ne peuveul être réfutées par les Ecritures, comme l'assure M. Jurieh, quels secours laissera-t-il donc à notre ignorance? Les Catholiques auroient encore la tradition ; et il est vrai que pour expliqueret déterminer le sens de l'Ecriture même, les savants Protestants se servent souvent de la manière dont elle a toujours été entendue dans l'Église chrétien ne : mais ce refuge leur est ôté comme tous les autres, puisqu'on ravit aujourd'hui aux trois premiers siècles la connoissance d'un Dieu parfaitement immuable. Si donc on ne connoît Dieu et la perfection de ses principaux attributs, ni par les termes de l'Ecriture, ni par la foi de l'Eglise etde ses docteurs, où est celte perfection du christianisme que le ministre veut porter si haut? Et que devient le reproche qu'il fait aux Sociniens d'en anéantir les grandeurs'? Mais que sert à ce ministre de leur reprocher qu'ils nous font un Dieu dont Platon et les philosophes ne s'accommoderoicnt pas, et qu'ils trouveroient au dessous de leurs idées , s'il en vient à la fin lui-même à la même erreur; et si, pour connoître Dieu, il est contraint de nous renvover d nos lumières nat ur elles ^ quune mauvaise philosophie peut obscurcir ^t C'est donc enfin la philosophie qui doit redresser nos idées, et la foi ne nous suffit pas pour savoir ce qu'il faut croire de la perfection de la nature divine.

' l\om. \\. :>, -- ■ Tftb. Lctt. M. ii:, etc. ^ ■' Lcii. vî. p. Î^OS.

XIX. Vauteries da miuistre qui délie ses adversaires de gager coutre lui.

Il se dit maîlre en Israël, et il ignore ces choses ; et peudaut qu'il marche à tâtons , se heurtant à chaque pas, et contre tous les principes de la religion, il triomphe, el.il ose dire: Je ne me pique de rien , que d'avoir des principes bien concertés\ Qu'il est modeste ! II ne se pique de rien, que de raisonner toi^ours parfaitement juste. Si vous en doutez il est prêt à coucher enjeu quelque chose qui vaille la peine. Dans les affaires du monde le serment fait la décision; en matière de théologie dorénavant ce sera la gageure. Et enGn, qui que vous soyez qui accusez M. Jurieu de contradiction. Catholiques etiU. de ifeaua;, ou Protestants (car on s'en mêle aussi parmi vous; et, dit M. Jurieu , cela devient fort à la mode; , n'ais enlin qui quu TOUS soyez, auteur de la Lettre de Van passé , auteur de l'Avis venu de Suisse^ auteur de l'Avis aux Réfujiés ; M. de Beau val, qui vous déclarez, et cent autres qui n'osez vous no'iimer ; // s'engage à vous confondre au jugement de six témoins. Peutêtre s'il les choisit : si ce n'est qu'il se confonde lui-inômo comme il a fait à chaque page de ses écrits. Où réve-t-on ces manières de défendre ses contradictions? Est-ce là comme on traite la théologie?

ARTICLE m.

Que le ministre détruit non-seulement Vimmnlabtlité , mais

encore la spiritualité de Dieu

XX. Que le Dieu des premiers siècles éloit , selon le mininlre , «u Dion qui s'étendoit et se resserroit , ci véritablcmeuf un corps.

Le ministre n'est pas moins clairement convaincu dans la seconde accusation dont il a voulu se défendre , c'est d*avoir bit dire aux anciens, non-seulement que Dieu étoit muable, mais encore qu'il étoit divisible , et qu'il pouvoit s'étendre et u resserrer '. Car qui peut douter de son sentiment, après c« qu'on vient d'entendre des divisions et des portions de sub-

' lab. Ult. M. p. n09. — - r. 1^0:.

ÔG8 SIXIÈIIE AVERTISSEMENT

siancc qu'il fuiludmellrc aux aucicus , dont il déclare néanmoins la doctrine pure de toutes erreurs contre les fondements de la foi? Cest ce qu'il disoit en 1689; et s'il voaloit s'en dédire , il falloit donc , sans faire le fîer, avouer son ayeuglement : oiais au contraire il y persiste ; puisqu'il noQgdit encore aujourd'hui dans cette sixième lettre du Tableau, où il prétend s'expliquer à fond et lever toutes les difficultés de ' son système , que cette naissance temporelle qu'il fait attribuer au Verbe par les anciens, selon eux, se fait «par » voie d'expulsion , Dieu ayant poussé au dehors ce qui étoit » auparavant enveloppé dans son sein * » ; qu'elle se fait « par un simple développement et une extension de la )> substance divine, laquelle s'est étendue comme les rayon» » du soleil s'étendent quand il se lève après avoir été caché'». J'avoue qu'en quelques endroits, par une secrète honte, il tempère la dureté de ces expressions, en y ajoutant des pour ainsi dire, dont nous parlerons ailleurs; mais s'il vouloit dire par là que ces expressions, et les autres de même nature, si on les trouvoit dans quelques Pères, se dévoient prendre ligurément^ et comme un foible bégaiement du langage humain, il ne falloit pas rejeter le dénouement de Bulluset les figures qu'il reconnoît dans ces discours. Que s'il persiste toujours, et à quelque prix que ce soit, à vouloir trouver dans les premiers siècles des variations effectives , et que pour cela il s'attache opiniâtrement à prendre ces expressions sans figure et sans métaphore ; il demeurera convaincu par son propre aveu , au lieu de se corriger de ses premières idées qui lui faisoient dire en 1689 , que les Pères faisoient Dieu corporel , de les avoir confirmées en leur faisant reconnoîlre encore aujourd'hui non-seulement un Dieu muableet changeant, mais encore un Dieu divisible, un Dieu qui s'étend et se resserre , en un mot, un Dieu qui est un corps.

XX r. Suite de celte matière.

Il ne devoit pas espérer de résoudre ces difficultés, en îvpondant que ce ne sont que des chicanes , et ensuite nous

envoyant « à la révélation et à la foi comme à la seule barrière qu'on peut opposer au raisonnement humain'». Car la d\ ne nous apprend pas à dire qu'une substance qui s*étend, [ui se divise , qui se resserre et se développe , proprement et lans le sens littéral , ne soit pas un corps, ou que tout ce qui eçoH tous ces changements ne soit pas muable. La foi épure los idées : la foi nous apprend à éloigner de la génération lu Verbe tout ce qu'il y a de bas et de corporel dans les gélérations vulgaires : la foi nous apprend à dire que si , par a foiblesse du langage humain , on est contraint quelquefois lèse servir d'expressions peu proportionnées à la grandeur du flyet, c'est une erreur de les prendre au pied de la lettre. Puisque M. i^rien ne veut pas suivre ces belles lumières. Où sang est sur lui , et son crime est inexcusable.

i[XlL Que les erreurs que le ministre attribue aux Pères ne sont pas des isonséquences qu'il tire de leur doctrine , mais leurs propres proposition» selon lai-méme.

Il ne falloit non plus nous objecter que nous harcelons la héologie des Pères , et que toutes ces difficultés que nous faions, n^tnsont que des conséquences quils n'ont pas vues, et iu'ils auraient niées ^, Car il s'agit de savoir, non pas si nous irons bien les conséquences de la doctrine des Pères, mais ii les Pères ont pu dire au sens littéral , comme veut M. Juieu , que Dieu se développât et s'étendit , sans en faire for- Bellementun corps, et qu'il devînt au dedans ce qu'un peu (oparayant il n'étoit pas, sans le faire formellement changeant H muable. Le ministre , qui semble ici vouloir le nier, nous i déclaré tant de fois que les anciens faisoient Dieu muable H divisible qu'il ne peut plus s'excuser que par un exprès lësaveu de ses sentiments. Ce ne sont donc pas ici dos conséquences, et ce n'est pas moi qui harcelle la théologie des uiciens ; c'est lui qui la fait absurde et impie.

XXIII. Qae les enveloppements et développements que le ministre attribue aux Pères , ne se trouvent point dans leurs écrits.

AU reste, à entendre le ministre, on pourroil penser que CCS enveloppements et ces développements, celte conception,

• P. iCO. - = Tab. Lett. vi. p. 269. 285.

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ce sein paternel où le Verbe est renfermé pendant une éternité comme nn enfant, et les autres expressions semblables, se trouvent à toutes les pages dans les écrits des anciens. Mais , mes Frères , il ne faut pas vous laisser plus longtemps dans cette erreur. Je réponds à votre ministre selon ses pensées : mais dans le fond il faut vous dire queees enveloppements et ces développements, qui font tant de bruit dans son système, sont termes qu'il prête aux Pères; et vous verrez bientôt que leurs expressions , prises dans leur sens naturel, ne portent pas dans Tesprit les basses idées que le ministre veut y trouver. Pour ce qui est de la conception , et de ces entrailles d'où le Verbe se doit éclore, on les tire d'un seul petit mot de Tertullien, à qui vous verrez aussi qu'on en fait beaucoup accroire ; et vous serez étonnés qu'on attribue aux trois premiers siècles, non par conséquence, mais directement, des absurdités si étranges sur un fondements! léger.

AaiiCLi: IV.

Suite des blasphèmes du ministre , et qu'il fait fo>3Wmfi véritablement informe en toutes façons.

XXIV. Que la foi de la Trinité a été informe , selon le ministre, durai plus de trois siècles entiers, et que ses propres excuses achèvent Tabimcr.

Ce n'est pas non plus une conséquence , mais un dog exprès de M. Jurieu , de dire qu'au troisième siècle, et b avant dans le quatrième, la Trinité étoit encore informe que les personnes divines passoient véritablement pour galos. C'est sur cela qu'il me reproche de m'ctre empoi i\cs invectives, des exclamations et des pauvretés qui font à la raison humaine '. Mais ici, comme dans le reste , allez voir que plus il s'échauffe, plus visiblement il « L'Evêqufi de Meaux se récrie, continue-t~il , sur < Y) j'ai dit que ce mystère demeura informe jusqu'au p » concile de Nicce, et môme jusqu'à celui de Ce

tiïï LES lEttRti» D)e tt. ycMtx^ ^71

» tiuople» Hais , ajoule-^Uil , un enfant auroit entendu cela ; N et tout de le monde comprend que tout cela signifie que » Tetpltcation du mystère de la Trinité et de rincarnatiou » demeura imparfaite et informe jusqu'au concile de Conslan- 0 tinop1ex>% C'est aussi ce que j'entendois^ et je suis content de cet aveu. Il poursuit : «Car pour le mystère en soi-même, » t)Q tel qu'il est dans TEcrilure sainte, il a toujours été tel » qu'il doit être et dans sa perfection». Vous le voyez, mes chers Frères ; ce docteur fait semblant de croire qu'on lui objecte que la Trinité ne fut formée qu'au concile de Constantinople et que ce concile y a mis la dernière main. Mais , pour me servir de ses paroles, un enfant verroit que c'est d« la foi de la Trinité que je lui parle : c'est cette foi que je lui reproche de laisser informe jusqu'au concile de Constantinople ; et il demeure d'accord qu'elle l'étoit. V explication de la Ttinité étoit, dit-il, imparfaite et informe jusqu'à ce temps. On n'y connoissoit rien , on n'y voyoit rien , car c'est ce que veut dire informe : imparfaite ne vaut pas mieux; car la foi est toujours parfaite dansTEglise. Ce n'est pas assez d« dire avec le ministre , que le mystère est parfait dans l'Ecriture , car il faut que cette Ecriture soit entendue. Par qui , sinon par l'Eglise? L'Eglise a donc toujours très-bien entendu ce qu'il faut croire de ce mystère. Si la preuve en est plus claire après les disputes, la déclaration plus solennelle, l'explication plus expresse, il ne s'ensuit pas qu'auparavant la foi des chrétiens ne soit pas formée sur un mystère qui en fait le fondement, ou ce qui est encore pis, qu'elle soit informe. Elle est formée dans son fond , dira-t-il : et je lui réponds : Que lui manquoit-il donc? Des accidents? Est-ce assez pour dire qu'elle étoit informe ; ou , comme il parle du mystère do la grâce , entièrement informe ? 11 n'y a que lui qui parle ainsi , parce qu'il espère toujours sortir par subtilité de toutes les absurdités où il s'engage , et faire croire au monde tout ce qu'il voudra. Mais il se trompe. Tout le monde voit que lu fui de la Trinité n'éloit pas môme formée, selon lui , dans son fond, lorsqu'on rcconnoissoit de l'imperfection, de la divisibilité , du changement, une véritable inégalité dans les Personnes divine?* Car le ministre ne peut pa? nier que la

contraire n'appartienne au fond de la foi : or, le contraire, selon lui, nié toit pas connu dans les trois premiers siècles; donc la foi de la Trinité n'étoit pas même alors formée dans son fond. Elle ne Tétoit même pas dansFËcriture, puisque, selon le ministre, encore à présent on ne peut pas réfuter par l'Ecriture Terreur qu il attribue aux Pères. Il ne sait donc ce qu'il dit, et il contredit ci tout point sa propre doctrine.

XXV. Que la Trinilécst informe en elle-même , selon te ministre, et ne

s'est formée qu'avec le tcraps.

Mais lordqu^il se glorifie d'avoir du moins reconnu que lo mystère de la Trinité a toujours eu en lui-même la perfection qu'il devoit avoir , il s'embrouille plus que jamais; puisque, selon la doctrine qu'il tolère dans les saints Pères , et qu*il ne croit pas pouvoir réfuter, il devoit avec le temps survenir au Fils une seconde naissance plus parfaite que la première^ et un dernier développement qui fit la perfection de son être. Ce n'est donc pas seulement l'explication; c'est le mystère eo lui-même qui est imparfait durant toute l'éternité , et jusqu'au commencement de la création , et qui est tel , selon des principes qu'on ne peut réfuter. C'est ce que dit le ministre, et il demeure plus que jamais dans le blasphème qu'il avoit cru éviter,

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