‹ Histoire des variations des églises protestantesChapitre 28 sur 59 · ARTICLE V · texte numérisé non relu

ARTICLE V

Autre blasphème du ministre : l'inégalité dans ks Personnes divines : principes pour expliquer les passages dont il abuse,

XXVI. Qne le ministre rend les personnes divines véritablement inégales.

Il se débarrasse encore plus mal du crime de rendre inégales les trois Personnes divines , qui est le plus manifeste de tous les blasphèmes ; puisque les anciens , qu'il tolère, et qui n'ont pas renversé le fondement de la foi (car il faut toujours se souvenir que c'est là son sentiment , et même qu'on ne peut les réfuter), ces «anciens , dis-je, ont eu, selon loi, » jusqu'au quatrième siècle , une autre fausse pensée sur le ;> siiJL'l des personnes de la Trinité ; c'est qu'ils y ont mis de

SUR LKS LETTr.ES DE M. JLr.lEL'.

•via IV

t riiiégalité ' ». Voilà ce qu'il enseignoit en 1G89 ; et loin de le révoquer, il enchérit au dessus dans la sixième Jeltre de son Tableau , en soutenant non-seuleineni que ces saints docteurs ont mis cette inégalité enire les Personnes divines, mais encore qu'ils y ont dd mettre ^ J'entends bien qu'il expliquera qu'ils l'y ont dû mettre selon leur théologie : et c'est le comble de l'impiété, puisqu'en mettant, comme il a fait, leur théologie au dessus de touce attaque, il a rendu Terreur invincible. Mais si les Personnes divines sont inégales dans leur perfection, le culte qu on leur rend doit Têtre lussi : on ne leur rend donc pas le même culte, puisqu'il n^y a point d'inégalité dans ce qui est un : quel autre que li. JurJeu peut concilier ce sentiment avec le fondement de la religion?

?UV1I. Qae lear inégalité est une inégaUtc en perfection et en opération.

liais Toyons encore comment il le fait: « Cette inégalité,

X dit-il % ne consiste point dans la diversité de la substance :

D mais premièrement, dans Tordre, parce que le Père est la

» première personne et la source » . C'est ce que nous croyons

autant que les Pères : et ce n'est pas là une véritable inégalité,

mais en voici de plus essentielles. « £n second lieu, pour-

D suit-il, rinéfralilé est dans les temps et les moments, parce

> que le Père étoit éternel absolument ; au lieu que le

a Fils n'étoit éternel qu'à l'égard de sa première génération,

B et non à l'égard de celie manière d'ôtre développé, qu'il

D acquit avant la création ». Il est donc véritablement et

réellement inégal d'une inégalité proprement dite, et d'une

ÎDégalité de perfection , puisqu'il n'est pas éternel en tout

comme le Père. 11 continue : « En troisième lieu , l'inégalité

» se trouvoit à l'égard des opérations ; caries anciens croyoienl

J> que Dieu se servoit de son Verbe et de son Fils comme de

» ses ministres ». Leur opération n'est donc pas une puisque

celle du Père et celle du Fils sont inégales, et que la seconde

est ministérielle, q Enfin, en quatrième lieu, ils ont mis cette

D différence entre te Père et IcsautresdeuxPersonnes, qu'elles

» Lclt. VI. de IG80 i). 'lô. t. Avcvt. n. :0. - - P. 2C4. - ^ Ibiil.

*^*^ SIXIÈME ÀVERTISSEXB.XT

» oui été produites librement : en sorle que le Fi D Saint-Esprit sont des êtres nécessaires comme Di< » gard de leur substance, et de Têtre coéternel et er

0 qu'ils avoient en Dieu ; mais à Tégard de cette }» d'être développé, Dieu les a produits librement, c< » a produitlcs créatures». Seloncette supposition, il que chose en Dieu qui n'est pas digne de Dieu, puisq peut s'en passer, comme il peut se passer des créatur est lathéologie que le ministre appelle bizarre; mais e temps invincible, puisqu'il n'y a pas moyen de la encore moins de la condamner et de lui refuser la toi

XXV J II. Qne le ministre renverse sa propre confession di

n ne veut pas que nous disions que c'est là parmi 1 tiens un prodige de doctrine^ une impiété, unblasphèi par l'inégalité de la perfection, introduit l'inégali

1 adoration des trois Personnes. Je l'appelle encore propre confessit)n de foi, où H est expressément poi toutes les trois Personnes s^nt d'une même essence^ < puissance et étualité \ Cet article n'esl-il pas un de cci appelle fond<amentaux, et qui ont toujours été crus? G donc en a-l-il pu ôter la foi aux trois premiers siècles glise?

21 s'imagine sauver tout cela par les souplesses de prit; et il croit avoir résolu la difficulté , en disant qi inégaHté ne suppose pas la diversité de substance ^ quoi donc sera l'inégalité? dans des accidents , des ( des manières d'être, et en un mot dans quelques choî venues à l'être divin? En sommes-nous réduits à rec( en Dieu de telles choses , et à nier la parfaite simpl son être? L'inégalité sera donc peut-être dans les pr personnelles, et ce sera quelque chose de plus d'êl que d'être Fils ou Saint-Esprit? Où est la foi de la Tr cela est? Que le ministre nous dise si régalilé reconn sa propre Confession de foi, n'est pas une égalité en partout? et si cette égalité n'est pas un des fondemen

• Art. G.— ' P. Wt.

rcligioD, et de ceux qui ont toujours été crus dans TÉglise? Go n'est donc pas secourir , mais achever d'abîmer l'Église des trois premiers siècles, si en lui faisant admettre une véritable inégalité entre les personnes divines, on ne trouve d*autre excuse à son erreur que de lui faire penser que cette inégalité n'est pas dans la substance.

XXIX. Que, selon lui, Tinégalité de (rois personnes clivhif s ue peut Ctra

réfutée par rEcriture.

Mais poussons encore plus loin le ministre, et demandonsluh^i cette erreur de l'ancienne Église n'est pas du nombre de celles qu'on ne peut pas réfuter, selon lui, parl'Écnture? Sans doute elle est de ce nombre; car nous avons vu que celte inégalité est fondée sur cette double naissance, et sur ce que le Fils, quoique éternel, rie Test pas en tout comme sou Père : d'où il s'ensuit qu'à cet égard il lui cède en perfection et c'est pourquoi le ministre avoue non-seulement que l'Église des trois premiers siècles a dit que les Personnes étoient inégales , mais encore quelle Va dû dire selon ces principes invincibles et irréfutables qu'il reconnoît. Mais si cela est, il faut donc encore affoibjir, comme tous les autres passages, celui où saint Paul a dit que le Fils de Dieu n'a point réputé rapine d'être éjnl à Dieu^ : et il faudra expliquer, égal à Dieu en son essence, mais non pas dans sa personne ; égal à Dieu dans le fond de l'être divin, mais non pas dans toutes ses suites. Il sera donc permis de dire encore, sans crainte d'être réfuté, que le Fils est inégal en opération et en perfection à son Père; et tellement permis, que le ministre qui ne peut donner de bornes à ses erreurs, nous dira bientôt que cette inégalité a été plutôt approuvée que condamnée dans le concile de Nicée. Kn vérité, c'en est trop : et on ne sait plus que j penser d'un homme, que ni la raison, ni l'aulorilé, ni sa propre confession de foi ne peuvent retenir.

XXX. Que, selon les anciens docteurs, la primauté d'origine n'emijorlc point d'inégalité entre les personnes divines.

Il seroit donc lemps d'ouvrir les yeux à de si clrangos étçaiciiu'tits de votre ministre; et au lieu de lui permettre do

' rhii I. 6.

'^^^ SIXIÈME AVEATISSEliESCT

pousser à bout les principes pleins d'ignorance et d'impiété qu'il altrihueà l'ancienne Eglise, il faudroit entendre an contraire que r inégalité improprement dite et dans la façon do parler, est la seule qu'on puisse souffrir en Dieu : encore estr il bien certain que les Pères ne se servoient pas de terme, qoe l'expresse condamnation de saint Paul auroit rendu odieux et insoutenable. Que s'ils parlent d'une manière qui semble quelquefois viser là, le dénouement y est naturel. Qui mette bonté de Dieu en un certain sens et à notre manière d'entendre au dessus de ses autres attributs, comme David ajnis ses miséricordes au dessus de tous ses ouvrages \ parle bton^ quelque façon par rapport à nous , mais non pas en toute ri^>' gueur. Ainsi l'inégalité que quelques Pères auront semblé^, mettre dans la façon de parler, entre les Personnes divines , a cause de leur origine et de leur ordre , qui est la première raison que le ministre nous a alléguée, est supportable en ce sens; puisque le Père est et sera toujours le premier, le Fils toujours le second , et le Saint-Esprit toujours le troisième. Mais parce que cet ordre quoique immuable n'emporte point d'inégalité de perfection ni de culte, saint Clément d'Alexandrie le change dans cette belle hymne qu'il adresse au Fils de Dieu puisqu'il dit : Louange et actions de grâces au Père et au Fils , au Fils et au Père' : ce qu'il fait exprès pour nous marquer que si cet ordre est toujours (Ixe entre les personnes à raison de leur origine , il est indifférent , à le regarder par rapport à leur perfection et à leur culte : et c'est pourquoi, ' il avoit dit un peu au dessus : Père, qui êtes le conducteur d^Isra'dl; Fils et Père, qui notes tou>s deux quune même chose : Seigneur, et non pas Seigneurs ; pour nous faire j entendre dans les Personnes divines une même perfection, | un même empire et un même culte. Au reste, ces sortes d'iiK ^ égalités que Ton trouve en Dieu dans notre foible et impart 4^ faile manière de nous exprimer, soit entre ses attributs, ou même entre les Personnes divines , sont tellement compensées par d'autres endroits, qu'à la fin tout se trouve égal. Qu'il y ail, si vous voulez , dans le nom de Père quoique chose do

* r.'. c.YLiv. 9. — • PœJaç. III, ca;^».ul(. in. fina

S Inajestueux que dans celui de Fils ; ce qui a fait que Il Athanase et les autres n'ont pas craint d'entendre du *be même selon la génération éternelle , ces paroles : Mon 'e est plus grand que moi ' : mais il y a d'autres côtés, c' estlire d'autres manières d'entendre ou d'envisager la même ité, où l'égalité se répare. L'autorité de principe , comme ppelle saint Augustin \ semble attribuer au Père quelque 3se de principal et en quelque sorte plus grand : mais si on jarde le Fils comme la sagesse du Père , le Père sera~t-il is grand que sa sagesse , que sa raison , que son Verbe et a éternelle pensée? Et tout ce qui est en Dieu n'est-il pas al , puisque tout ce qui est en Dieu est Dieu ; et que s'il y oit quelque chose en Dieu qui fût moindre que Dieu même, corromproit la perfection et la pureté de son être ?

CXI. En quel sens le Fils de Dieu est la sagesse et la raison de son Père, et que ce sens exclut Tlnégalité.

Je sais qu'il ne faut pas croire que le Père tire sa sagesse i Fils, ou qu'il n'y ait de sagesse en Dieu que celle qui end naissance éternellement dans son sein : au contraire Ite sagesse engendrée, comme l'appellent les Pères, ne naî- >it pas dans le sein de Dieu, s'il n'y avoit primitivement ns la nature divine une sagesse infinie, d'où vient par surondance la sagesse qui est le Fils de Dieu; car nous-mêmes us ne formons dans notre esprit nos raisonnements et nos usées, ou ces paroles cachées et intérieures par lesquelles us nous parlons à nous-mêmes, de nous-mêmes et de tou- » choses, qu'à cause qu'il y a en nous une raison primitive un principe d'intelligence, d'où naissent continuellement inépuisablement toutes nos pensées. A plus forte raison it-il croire en Dieu une intelligence primitive et essentielle li, résidant dans le Père comme dans la source, fait contilellement et inépuisablement naître dans son sein son Verbe i est son Fils, sa pensée éternellement subsistante, qui pour même raison est aussi très-bien appelée son intelligence sa sagesse. C'est là du moins l'idée la moins imparfaite que

• Joan. XIV. 28. — ' Tract, xxxi. in Jean. n. 1 et scq. t. 111. part. II. 1. b'.lO et scq.

*'' S1X1È.UK ÀVfiUTlSSUlËNT

nous pouvoi>s nous former après les saints Pères et ^prei TEcriture même, de ]a génération du Fils de Dieu. Mais en même temps cette pensée et celte parole inlérieure conçue dans Tesprit de Dieu , qui fait son perpétuel et inséparable entretien, ne peutlui être inégale, puisqu'elle le comprend tout entier : et embrasse en elle-même toute la vérité qui est en lai: par conséquent est autant immense, autant infinie et autant parfaite, comme elle est autant éternelle que le principe d'où elle sort, et ne dégénère point de sa plénitude.

XXXII. II est aussi parfait d*être le terme, que d'être le principe des émanations divines.

11 en faut dire autant du Saint-Esprit ; et on voit par cet endroit là une égalité tout entière, à regarder même le Fils et le Saint-Esprit du côté de leur origine, qui est celui qui peat donner le plus de lieu à Tinfériorité. Si on sait épurer ses vues, on connoîtra qu'en Dieu il n'y a pas plus de perfection à être le premier, qu'à être le second et le troisième; car il est d'une même dignité d'être comme le Saint-Esprit le terme dernier et le parfait accomplissement des émanations divines, que d'en être le commencement et le principe; puisque c'est faire dégénérer ces divines émanations, que de faire qu'elles se terminent à quelque chose de moins que le principe d'où elles dérivent. Ainsi le Père et le Saint-Esprit, le premier principe et le terme, la première et la troisième Personne, c'esl-à-dire, celle qui produit, et celle qui ne produit pas à cause qu'elle conclut et qu'elle termine, étant d'une parfaite égalité, le Fils qui est au milieu, à cause qu'il tire de l'un et qu'il donne à l'autre, ne peut pas leur être inégal;et en quelque endroit qu'on porte sa vue, soit au Père qui estle principe, soit au Fils qui tient le milieu, soit au Saint-Esprit qui est le terme, on trouve tout également parfait, comme par la communication de la même essence on trouve tout également un. Que si, dans une autre vue, saint Athanase et lesautres saints ont reconnu dans le Père, même après le concile de Nicée, une espèce de prééminence, dira-t-on qu'ils aient affoibli la Trinité? On fait bien que non. Venons aux expressions formelles de JTxriUirc. Le Fils csl envoyé \>av le Porc, lo Siiinl-Esprit par

Tun et par Paulre ; et il n'y a que le Père seul qui ne soit jamais envoyé. Dans noire façon de parler il y a là quelque dignité et quelque autorité particulière; mais si vous y en admettez une autre que celle d'auteur et de principe, vous errez. Prenez de la même sorte tout le reste, qui se dit du Père et du Fils, vos sentiments seront jusies.

XXXI II. LMnégalité de nos idées ne conclut pas Tinégalité dans leur objet.

En parlant même des créatures, encore que notre langage soit plus proportionné à leur état, nous ne savons pas toujours adjuger bien juste la perfection. La racine par sa vertu vaut mieux que les branches; dans la beauté, les branches l'emportent; dans une certaine vue Tarbre est plus noble que le fruit qu'il porte; dans une autre vue le fruit prévaut, puisqu'il fait l'honneur de l'arbre. Pour nous servir de la comparaison la plus ordinaire des saints Pères , et de celle dont le ministre abuse le plus , comme on verra , le soleil nous paroîtrad'un côté plus parfait que son rayon; mais d'un côté, sans le rayon qui connoîlroit le soleil? qui porteroit dans tout l'univers sa lumière et sa vertu? Une même chose à divers regards est plus parfaiteou moins parfaite qu'elle-même. On est contraint de parler ainsi tant qu'on n'entend pas la vérité parfaitement et par son fond, c'est-à-dire , dans tout le cours do cette vie. Jusqu'à tant que nous voyions Dieu tel qu'il est, en voyant par une seule pensée , si l'on peut parler de la sorte , celui dont l'essence est l'unité, et jusqu'à tant que nous voyions les trois Personnes divines dans le centre de cette unité incompréhensible ; contraints , pour ainsi dire , de la partager en conceptions différentes tirées des choses humaines, nous ne parviendrons jamais à comprendre cette égalité du tout. Nommer seulement égalité , nommer la grandeur qui en est le fondement , c'est d^jù dégénérer de la sublimité de ce premier être ; et le seul moyeu qui nous reste de rectiiier nos pensées, quand nous croyons apercevoirdu plus etdu moins en Dieu et dans les Personnes divines, c'est de faire toujours j retomber ce plus et ce moins sur nos pensées , et jamais sui l'objet.

•>^0 SIXIÈME AV£RTIS9EMElfT

XXXIY. Si Ton a pu dire que le Fils étoit eugendré par le conseil et ta Yolonlé de son Père, sans détruire l'égalité del'iiD et de l'autre.

Vous paroisscz étonné de ce que saint Justin a dit, que ic Fils de Dieu est.engendré pas le conseil et la volonté de son Père ' : ne parlez point de Dieu ; ou avant que de lai appliquer les termes vulgaires, dépouillez-les auparavant de toute imperfection. Vous dites que Dieu se repent, qu'il est en colère ; vous lui donnez des bras et des mains: si vous n'ôtezde ces expressions tout ce qui se ressent de Thumanité , en sorte qu'il ne vous reste dans les bras et dans les mains que l'action et la force ; dans la colère , qu'une puissante et efficace volonlé de punir les crimes , et ainsi du reste , tous errez, à cet exemple, si vous ôtez du mot de conseil, Tincertitude et l'indétermination , que vous y restera-t-il , si ce n'est la raison et l'intelligence? Vous direz donc que le Fils de Dieu ne procède pas de son Père par une effusion aveugle, comme le rayon procède du soleil , et le fleuve de sa source, maïs par intelligence: et si vous appelez ici la volonté du Père pour exclure la nécessité; celte nécessité, que vous voulez exclure est une nécessité aveugle etfaf^fe qui neconvient point à Dien. Il ne faut point souffrir en Dieu une nécessité qui soit hof8 de lui, qui lui soil supérieure, qui le domine : une telle nécessité n'est point en Dieu : il est lui-même sa nécessité: il veut sa nécessité comme il veut son ôlre propre: il n'y a rien en Dieu que Dieu ne veuille : ainsi il veut produire son Fils en la même manière qu'il veut être : c'est ainsi qu'il le produit volontairement; c'est ainsi qu'il le produit par conseil. Si vons entendez par ces expressions qu'il produise quelque chose en lui-même qu'il puisse ne pas produire , comme il peut ne pas produire les créatures, vous renversez le fondement; si vous le faites dire aux anciens, vous le leur faites renverser; et si vous dites encore, avec M. Jurieu % qu'on ne peut réfuter celte erreur, vous y participez visiblement.

» Jur. Tab. Lcll. vi. p. 2'i«J. — = Ibid.

SDR LES LETTRES DE U. JLRIEU. ^^^

XKXV. Si l'on a pn dire que le Fils de Dieu est le conseiller et le ministi-e de son Père, sans le faire inférieur et inégal.

Il en est de même-Sn terme de ministre. On Tattribue sans difficulté au Fi]s de Dieu comme incarné; mais avant que de s'incarner , les anciens ont cru qu'il s'incarnoit par avance en quelque façon, et s'accoutumoit, pour ainsi dire, à être homme, lorsqu'il apparoissoitaux patriarches sous une figure humaine. Accoutumés peut-être à lui donner ce titre de ministre à raison de la nature humaine qu'il avoit prise ou qu'il devoit prendre , et dont il prenoit si souvent la forme extérieure, ils Font étendu jusqu'à l'origine du monde lorsque Dieu a tout fait par son Verbe. C'est de même que lorsqu'ils ont dit que le Fils de Dieu étoit dans la création de l'univers le conseiller de son Père, ou^ comme ils parlent, son conseil et sa sagesse. Ces expressions sont visiblement fondées en partie sur les paroles de Salomon et des autres auteurs sacrés qui donnent à Dieu à son exemple une sagesse assistante et enfantée de son sein, avec laquelle il résout et il fait tout' : et en partie aussi sur Moïse lorsqu'il fait dire à Dieu, Faisons thomme ' : car c'est aussi cequi a fait dire à tous les saints, que Dieu tient conseil , mais avec ses égaux, puisqu'il dit /aijon^; par où il montre qu'il entend parler non à ce qui est t'ait, maisà cequi fait avec lui. Sur ces paroles de Salomon et de Moïse , les Pères ont dit que Dieu tenoit conseil avec son Fils , que son Fils étoit son conseiller ; qu'il déterminoit et arrangeoit touleschoses aveclui. A la rigueur ces expressions tournent plutôt contre le Père que contre le Fils ; car celui dont on demande les conseils, à cet égard est supérieurà celui qui les demande. Mais en Dieu il faut entendre autrement les choses. Le Verbe est le conseil du Père, mais un conseil qu'il tire de son sein : il tient conseil avec lui , parce qu'il fait tout avecsa sagesse , qui est son Verbe , sa parole et sa pensée. Ceslence sens qu'on l'appelle le conseiller de son Père. On voit bien qu'on l'appelle aussi dans le même sens son ministre ; c'est pourquoi on fait marcher ces expressions d'un pas égal. Terlullien, par exemple, sur ces paroles: Faisons thomme.

» Prov. VIII. Sap. vil.Eccli. l. — ^ Gcn. i. 20.

(lit quo ft Dieu par Tunité de la Trinité parloit avec le FiU » et le Saint-Esprit comme avec ses ministres et ses conseil- » iers, Quasi cum ministris et arbitrisSrp. Prenez ce terme à la rigueur, je dis même celui de ministre, vous nuisez autant au Père qu'au Fils; car il aura donc besoin de ministres comme les hommes, et il faudra qu'il emprunte une force étrangère. Reconnoissez donc qu'il faut adoucir ce mot, et en ôter quelque chose même à Tégard du Père éternel. Olezcn donc le besoin , ôtez-en l'emprunt; vous trouverez que le Père se sert de son Fils, non pas comme il se sert de ses anges , peuple naturellement sujet et créé ; mais il se sert de son Fils comme on se sert de sa raison et de sa sagesse. Voilà un beau ministère qu'il trouve toujours en lui-même et dans son sein , où il n'y a rien d'étranger ni d'emprunté, et qu'il emploie aussi non point par besoin^ mais parce qu'il lui est toujours inséparablement uni.

XXXVf. Ce que signifie le nom de ministre attribué au Fils de Dieu.

Après avoir ôtédu côté du Père cequi blesseroit sa divinité dans le terme de ministre, faites-en autant du côté du Fils. Olez du nom de ministre l'infériorité et la sujétion ; il ne restera dans le Fils qu'une personne subsistante, une personne distinguée, une personne envoyée, qui reçoit tout de son Père, dans lequel réside la source de l'autorité, parce qu'il est en effet l'auteur elle principe de son Verbe, d'où vient aussi le mot d'autorité: en un mot, il restera une personne par qui le Père fait tout à môme titre qu'il fait tout par sa raison. Tout cela est une suite naturelle de la foi, qui nous apprend qu'il y a en Dieu une raison et une sagesse engendrée, en laquelle nous découvrons la fécondité et la plénitude infinie de rêtre divin. Voilà eniin ce qui restera dans le titre de ministre, à en ôter tout le reste comme le marc et la lie : et après cet épurement il n'y aura rien en ce terme que de véritable, cl qui ne convienne parfaitement à la dignité du Père ctd;i Fils.

» A.lv. IVax n. 12.

SUR LES LRTTRE9 DE H. JCJRIEU. 385

kXXVII. Que les Pères qui se sout servis du mot deininislre ont bien .<n en bannir rimperfection qui l'accompagne naturellement.

C'est donc ainsi que les anciens ont quelquefois donné au 'ils de Dieu et au Saint-Esprit le nom de ministre du Père ; t non pas pour leur attribuer, comme fait M. Jurieu, une pération inégale; car cela est de la crasse du langage hunain, et de cette rouille dont il faut purifier ses lèvres lors- [u'on veut parler de Dieu. Et c'est pourquoi ces saints docears qu'on veut faire passer pour si ignorants, ont bien à la rérité employé quelquefois le mot de ministre en Tépurant à a manière qu'on vient de voir; mais si d'autres fois ils Tout regardé avec cette imperfection naturelle au langage humain , ils ont aussi pour cette raison exclu des discours oi!i ils parloient du Fils de Dieu, puisqu'ils ont dit a que Dieu nous a u envoyé pour nous sauver, non pas comme on pourroit S) croire, un de ses miïiistres ou quelque ange , on quelque «puissance du ciel qui soit préposée au gouvernement de la » terre, mais le Créateur lui-même et l'ouvrier de toutes cho- B ses;... comme un roi qui envoie son fils, roi comme lui, et 0 comme un dieu qui envoie un dieu ' ».

XXXYllI. Pourquoi on ne se sert plus de ce terme, et quel en a étéPusage contre ceux qui nioient que le Fils de Dieu fût une personne.

Au reste, on ne sert plus maintenant de ce terme de ministre, parce que les Ariens en ont abusé ; mais il a eu son usage en son temps. Les Noétiens et les Sabelliens vouloient croire Jue Dieu agissoit par son Verbe, comme un architecte agit par son art : mais comme l'art dans un architecte n'est pas une Personne subsistante, et n'est qu'un mode, ou un accident, )u une annexe de l'àme, comme on voudra l'appeler, ces hérétiques croyoient que le Verbe éloit la sagesse, ou l'idée et l'art de Dieu, de la même sorte, sans être une personne distinguée. Les orthodoxes les rejetoient, en faisant de cette sagesse divine un ministre , qui étoit par conséquent une personne distinguée du Père. Mais telle est la hauteur, et, pour ainsi dis?, la délicatesse do la vcritc de Dieu, que lo lancaee

' P. 2f.^. 9.0). — = Jusi. Tp. ad Ding. n. '. p. ^37.

Ô8i SIXIÈME AV£nTISS£X£?(T

humain n'y peut toucher sans la blesser par quelque endroH. C'est ainsi qu*en expliquant la distinction et rorigine du Fils, il est à craindre que vous n'y mettiez quelque chose qui se ressente de Finférieur. Mais après tout si vous attendez à parler de Dieu que vous ayez trouvé des paroles dignes de lui, vous n'en parlerez jamais. Parlez-en donc, en atteodant, comme vous pourrez, et résolvez-vous à dire toujours quelque chose qui ne porte pas où vous tendez, c'est-à-dire auplos parfait. Dans cette foiblesse de votre discours, vous voussanvez, en songeant que vous aurez toujours à vous élever au dessus des termes où vous ressentirez de Tim perfection ; puisque dans Textrême pauvreté de notre langage , il faudra même s'élever au dessus de ceux que vous trouverez les plus parfaits.

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