‹ Histoire des variations des églises protestantesChapitre 30 sur 59 · ARTICLE VI · texte numérisé non relu

ARTICLE VI

Prodige d'égarement dans le ministre, qui veut trouver Tiné- (jalité des trois personnes divines jusque dans le concile dé tcee,

XFiVir. Que le ministre prétend trouver Tinégalité daPèreet du Fils daot <'es paroles du symbole de Nicée : Dieu de DieUf lumière tie luptiire.

Loin de vouloir ouvrir les yeux pour apercevoir dans les anciens celte |)arfaitc égalité du Père et du Fils, le ministre ne veut pas la voir dans le concile de Nicée; « et, dit-iP,ce » qu'on y appelle le Fils deDieu, lumière de lumière, est une 1) |>reuve que le concile n'a pas condamné l'inégalité que les » docteurs anciens ont mise entre le Père et le Fils» ; c'està-dire, comme on a vu que ce concile n'a pas condamné une véritable et réelle inégalité en perfection et en opération, en sorte que celle du Fils soit vraisemblablement et à la rigueur inférieure et ministérielle. Voilà selon le ministre Jurieu, ce que le concile n'a pas voulu condamner; et cela parce qu'il

* !<tivm. v. — • Pcrdag. in. 7.- " Ibid. c. ult,-* Ibid. l. 8.- *P. 7lr

dit dans le symbole de cette sainte assemblée , que le Fils Dieu est lumière de lumière. Tout autre que ce ministre roit cru qu'on avoit choisi ces paroles pour établir la parte égalité : puisque même elles étoient jointes avec celles- Dieu de Dieu ^ vrai Dieu de vrai Dieu : n'y ayant rien au des- •> de ces expressions dans tout le langage humain, et rien par iséquentne paroissant plus égal que d'appeler Tun Dieu et ulreDieu; Tun lumière et l'autre lumière; l'ury vrai Dieu, l'autre vrai Dieu. Par la nègle que nous avons souvent sée, de prendre ce qu'on dit de Dieu dans le sens le plus ivé, il faut entendre par celte lumière une lumière parfainent pure , où ilrCy ait point de ténèbres, comme dit saint in ' ; une lumière d'inlelligence et de vérité simple, éterlle, infinie; une lumière qui soit Dieu, et qui soit vrai BU : c'est ce qu'on dit du Père et du Fils sans restriction en parfaite égalité, dans un symbole où le ministre nous sure que l'inégalité n'est pas condamnée.

iVlII. Combien le ministre abuse de Tertullicii, et combien son raisonnement est tiré par les ciieveux.

Voyons sur quoi il se fonde. C'est , dit-il , que ces cxpresms sont prises de TertuUien qui a dit dans son Apologétile, que le Verbe « est un esprit né d'un esprit, un Dieu sorti d'un Dieu , et une lumière allumée à la lumière^ » : tout cela veut dire iné^'alité, parce que cet auteur ajoute, e a le Fils est le rayon, c'est-à-dire , une portion tirée du tout : le Père est toute la substance , et le Fils est la portion dérivée de tout*»: ce qui emporte, dit le mi- Jtre*, inégalité manifeste. Que de chemin il faut faire ur venir de là au concile de Nicée, et à cette inégalité que ministre veut y trouver à quelque prix que ce soit! Il faut emièrement, qu'il soit bien constant que le ministre ait BR entendu TertuUien. Je n'en crois rien ; je crois qu'il trompe : je crois que TertuUien a passé d'une comiraison à une autre, de celle du rayon à celle du flam-

' Apolog. n. 21. — ^ Adv. Prax. n. 9. — ' Lett. vi. de 1089, p. 45. Apol. n. 21.

Î5î>4 SIXIÈME ATERTISSEMBNT *

î)cnn allumé; je crois, dis-jo, que cette parole, lumiè viécàune lumière, lumen de lumineaccensum\ ne c pas au rayon qu'on ne va pas allumer au soleil, maïs sort comme de lui-même par une émanation naturelli qu'elle s'entend d'un flambeau qu'on allume à un fli dt»jà allumé, ou d'un feu que l'on continue et que l'oi en lui approchant de la matière. C'est le sens de Tert je le maintiens : la suite le fait paroitre, puisqu'il ajoi fond de lamatière demeure le méfne ; la flamme ne dimir encore que vous Vaitiriez sur plusieurs matières qui prunfent les qualités. Voilà une matière allumée , d'où allume une autre ; voilà la comparaison de saint Justri ministre avoît reconnu une égalité si parfaite. TerluUi ploie cette double comparaison pour prendre de l'un^ l'autre ce qu'elles avoient de meilleur, et soulager moyen le plus qu'il pouvoit les Païens qu'il tâchoit d'^ la pureté de nos mystères. Que s'il est ainsi, s'il est v le concile en disant, lumière de lumière, ait eu Te en vue, bien éloigné d'avoir établi l'inégalité, il aur établi Tunité et l'égalité parfaite, ainsi que nous av( Mais laissons là celte explication ; n'incidentons p£ un homme qui ne cherche qu'à tout embrouiller, et rôtcr en beau chemin. Je vous accorde, si vous le ' M. Jurieu, que Tertullien parle ici du rayon : vo tmcore bien loin de votre compte; car, pour venir prétendue inégalité, ilfautque Tertullien soit inexoral obligé à soutenir sa comparaison en toute rigueur , s'engage à trouver dans la nature matérielle et dans 1 du soleil une image entière et parfaite de ce qui cor Dieu. 11 faut aussi le forcer à soutenir dans la signitici plus rigoureuse son terme de portion et de partie, qu'il ait dit ailleurs, eommeon a vu % queDieu n'a pas tics et ne se divise pas. Et quand on en îiura fait voir ce que nous avons demontréailleurs que Tertullien ait mis termes dans leur dernière et plus basse grossièreté, i encore que leconciledeNicocaitpiiscesexprcssions/tir

• I. Jonn. I. 5. — * Ci-<îr.«:ri!«5. n.4i.

tCB LES LETTRES DE M. JtRTEO.

lumière, Don pas de saint Paul , comme nous verrons qu'il a fait, ni de la commune tradition qui les lui avoit apportées , mais de Tertullieu tout seul ; et encore qu'en les prenant de lui, ce saint concile n'y ait rien osé rectifier : en sorte que le Pils de Dieu, dans l'intention du concile , ne soit au pied de ia lettre qu'une partie de la substance divine, pendant que le ^ère en est le tout. Mais si cela est, nous allons bien loin ; car out-à-rheure ' le ministre nous accordolt du moins que ïette inégalité, que les anciens et TertuIIien admettoicnt entre le Père et le Fils, n'emportoit aucune diversité de substance^ : mais ses idées sont changées, et il faut qu'entre le le Père et le Fils il y ait, en ce qui regarde la substance , la même diversité qui se trouve entre le tout et la partie ; en sorte que le consubstantiel de Nicée , qui a fait tant de bruit dans le monde , ne soit plus qu'un consubstantiel en partie, et que le Fils de Dieu n'ait reçu qu'une partie de la substance de son Père. Nous voilà bien loin de notre route. Nouscroyions Nir cette matière n'avoir à soutenir de variations que dans les E^resqui ont précédé le concile de Nicée; mais ce concile même n'en est pas exempt, et ilavoulu expressément marquer qu'il ne vouloit pas condamner la prétendue erreur de TertuIIien, qui aura le Fils inégal au Père jusqu'à n'être qu'une portion de sa substance.

XLIX. Le inmistre veut truaver dans le concile de Nicée tout le cnutrairL* de ce que les Pères, qui y ont assisté, y ont compris. Passages de S. Atlia* nasCy de S. Hilaire, d'Eusèbe de Césarée.

Voici bien un autre prodige : c'est que, depuis le temps do concile jusqu'à M. Jurieu, personne n'en aura entendu le «ens; puisque tous les Pères, sans en excepter aucun , y ont cm voir toute sorte d'inégalité entre le Père et le Fils si par- Utement exclue , que depuis il n'en a jamais été parlé. Ainsi es Pères mêmes qui ont assisté au concile de Nicée n'y auont rien compris : car distinctement ils excluent celte porion de substance et de lumière que le ministre veut (|u'on y il pris de TertuIIien. Saint Athanase a composé un traité !xpi*ès pour expliquer le symbole do Nicée; mais au lieu de

» Ci-dessus, n. 27 — ^ P. 20 V.

^•)(> SIXIÈMR AVERTISSEMENT

CCS portions do lumière ou de substance, il reconnoit dans l( Fils la même impassibilité et impartialit.' , ou indivisibilité que dans le Père, tô àuLecs;' : ce qu'il «iplique aîlleors, ei disant que le Verbe nest pas une portion de la substance dt Père'. Il loue aussi ThéoRUoste, un ancien aatenr, pour a?oi dit que le Fils n était pas une portion de la substance paternelle^; ce que cet auteur dit expressément pour expliquer h comparaison de la lumière. Et ce qui se dit de la lumière, se dit aussi de la substance, selon saint Athanase ; puisqu'il assure que la lumière en cette occasion n'est autre chose que k substance même * : et loin d'admettre dans le Fils de Din celte prétendue portion de lumière de Tertullien , il pousn les Âricns par la comparaison de la lumière, en cette sorte: S'ils veulent dire que le Fils de Dieu n'a pas toujours Hi^ ou qu'il n'a pas toute la substance de son Père; qu'ils (ffietf donc que le soleil n'a pas toujours eu son éclat, ou sa splen- <leur et son rayon , ou que cet éclat n''est pas de la propre substance de la lumière ; ou s'il en est, que ce n'en est qu'wM portion et une division \ Donc , ou les Pères de Nicée ne songeoient point à Tertullien ; ou Tertullien ne prenoit pas ce terme de portion h la rigueur; ou saint Athanase, qui a taal aidé à composer le symbole de Nicée, ne savoit pas qu'on 3 avoit mis cette pensée de Tertullien dans le dessein d'ei faire un asile à l'erreur de Tinégalilé.

Saint Hilaire , son contemporain et un si docte interprèti du symbole de ISicéc , rejette aussi en termes formels avo horreur ce que les Ariens imputoient au concile de Nicée que le Fils étoit une portion détachée du tout ®. C'est pourqoo on expliquant dans la suite l'endroit du symbole de Nicé< dont nous parlons, et cette comparaison de la lumière, il ei exclut positivement cette portion de substance'' : d'où il con dut, « que l'Eglise ne connoît point cette portion dans le Fils » mais qu'elle sait qu'un Dieu tout entier est sorti d'un Die » tout entier » : qu'au reste , « comme il n'y a rien e

* De Dccr. Nie. Syn. n. 23; tom i. p. 228. — - Or. 2. nunc Or. I. î Aiian. tom. i. p. 432. — ^ Or. 3. mmc. Or. 2. in Ar. m. 33. p. 501. - * DcDecr. Nie. Syn. n. 23; p. 230. — =» Or. 3. nunc. 2. in Ar. n. 33 p. 501 . — « Lib. IV. de Trin. u. 10. col. 832 et seq. - ' Ibid. col. 884.

SCn LIS LETTRES DE U. JURIEL*. ^97

Dien de corporel , qui dit Dieu , le dit dans sa totalité » ; 1 sorte qu'en mettre une portion , c'est en mettre la pléni^ de : et ainsi , qu'en disant de Jésus-Christ qu'tf est Dieu de ieu, comme il est lumière de lumière, on fait voir que rien i se perd dans cette génération; c'est-à-dire, que tout s'y )nne sans diminution et sans partage, parce que le Fils n'est is une extension de la substance du Père, mais une seule et éme chose avec lui.

Easèbe de Gésarée, qui étoit présent au concile « dans la ttre qu'il écrivit à son Eglise sur le mot de consubstanticl, ;conte qu'en proposant les difficultés qu'il trouvoit dans )tte expression et dans celle de substance ', on lui avoit ré- )ndu, que c< sortir de la substance du Père ne signifioit autre chose que sortir de lui en telle sorte qu'on n'en soit pas une portion » ; si bien qu*cn tout et partout ce fondement inégalité qu*on tire do Tertullien étoit banni du symbole.

. Qœ la comparaison du soleil et du rayon vient originairement de S. Pau),

qui a expressément établi l'égalité.

Mais , sans nous arrêter davantage au passage de Tertulen, à qui il ne paroît pas que le concile ait songé plutôt Ti'à saint Hippolyte où l'on trouve la même expression ^ , H aux autres anciens docteurs, et à la commune tradition ; Ifalloit aller à la source d'où le concile et tous les auteurs noient puisé cette belle comparaison de la lumière, et c'est *apôtrc saint Paul, qui dit dans la divine épître aux Hébreux, que le Fils est la splendeur et l'éclat de la gloire de ton Père^ ; car c'est en effet à ce passage que saint Allialaseet les autres ont perpétuellement recours pour expliquer cette comparaison. Vouloir donc que cette expression, lumière de lumière, emporte inégalité, c'est s'en prendre, non foint aux Pères et à Tertullien, mais à Tapotre même d'où elle est venue. Ainsi rien n'cmpéche plus que toute inégalité mire le l^ère et le Fils ne soit condamnée dans le symbole fcNicée. Car aussi pourquoi hésiter à condamner une erreur que saint Paul avoit proscrite , en faisant le Fils chose égale à

' Cor. lil) |. c. j. — - ilr.T) âc Doo nio et tiin. pr^sslixi — ' Ucb. l. îl.

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Dieu, non pui iisurpaliun ' ou par nllentat , mais en vérité par son droit? Et quelle houle au ministre de n'employer î esprit qu'à embrouiller les malières les plus claires, et à s vcugler lui-môme î

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