‹ Histoire des variations des églises protestantesChapitre 31 sur 59 · ARTICLE VII · texte numérisé non relu

ARTICLE VII

Autre égarement ilu ministre sur le concile de Nicée^ où veut trouver ses deux prétendues nativités du Verbe,

lil. Analhcmatisnic du concile de Nicée, où le ministre prétend tnnf

deux nativités dans la Vierge.

Mais ses erreurs vont croissant à mesure qu'il avniiçe;c après avoir assuré que 1q décret du concile laisse en soaa lier cette criminelle inégalité , il passe outre, et il soutie que cette seconde génération, qui rend le Verbe parfailiTii parfait qu'il étoit auparavant, loin d'avoir été coudainnéep celte sainte assemblée , est confirmée par ses anathèmes \

C'est encore ici un nouveau prodige , et dans le concile Nicéc une découverte que personne jusqu'au ministre n'aî amais faite. Mais pour voir jusqu'où peut aller le travers d'u /été (|ui ne sait pas modérer son feu , il faut encore consid rcr sur quoi il se fonde. C'est sur cet anathcme du concil c( Si quelqu'un dit qu'il fut un temps que le Fils de Dieu b » toit pas, ou qu'il n'étoit pas avant que de naître , et qo'; » étéfaitdu néant; l'Église catholique et apostolique ledécl » anatliéme' ». Voici donc comme le ministre raisonne*: seconde proposition arienne étoit celle-ci : Le Fils de D n étoit pas avant que de naître. L'opposite très-catholique é donc qu'il étoit avant que de naîlrtî : or, cela ne pouvoit s' tendre de sa première génération , puisque celle-là il éternelle, il n'y avoit rien devant ; il en faut donc reconn tre une autre postérieure et dans le temps, qui est celle ( le ministre attribue aux Pères, et à raison de laquelle le 1 de Dieu qui est éternel étoit avant que de naître.

» Phil. II. C. — - P. :î"3.- 3 Synib. Nie. Anat. in Ep. Kwscb.Ca» n 'i. in fine Op. S. AUianas. de Decr. Nie. Svn. tom l p. 2i0. * l\ 77.

Sun LES LETTRES DE M JUniEU. ^^^

I. Comment S. Alhanase et S. Hilaire ont entendu i^anathématisme du concile de Nicée, dont le ministre abuse.

C*est bien ici s'égarer dans le grand chcnïin, et à force de ffiner, laisser échapper les vérités les pins palpables. Ces 3is propositions des Ariens, il fut un temps que le Fils de 'eu nétoil pas ; et, il nétoil pas avant que de naître ; et, il été tiré du néant , visiblement ne signilioient que la même ose en termes un peu différents. Saint Alhanase en parlant IX Ariens : « Lors, dit-il ', que vous avez dit, Le Fils n'étoit pas avant que de naître ; cela signifie la même chose que ce que vous avez dit aussi, // fut un temps que le Fils n'étoit pas ; et Tune elTautrede ces expressions signifie qu'il y a eu urf temps devant que le Verbe fût o. La raison en est bien lire. Le but des Ariens étoitde dire que tout ce qui naissoit oit un commencement; et par conséquent que si le Fils de eu naissoit , comme on en éloit d'accord , sa naissance étoit écédée par quelque temps. El le but des Catholiques éloit I contraire de dire que le Fils de Dieu naissoit à la vérité , ais de loule élernilé, d'un Père qui n'étoit jamais sans Fils; par conséquent, que le temps n'avoit point précédé cette issancc. C'est la perpétuelle application que donne saint hanase à cette proposition des Ariens. Saint Ililaire dit aussi fils se servoient des Irois expressions': « Il fut un temps qu'il n'étoit pas; il n'étoit pas avant de naître; et il a été foitdu néant ; parce que la nativité semblant apporter avec elle celle condition, que celui qui n'étoit pas commençât à être, et qu'il naquît, n'étant pas auparavant; ces hérétiques se servoient de cela pour assujettir au temps le Fils unique de Dieu ». Ainsi , vouloir trouver un autre sens dans ces lalhémalismes du concile , c'est y vouloir trouver un sens ic les Pères de ce temps là et ceux mêmes qui y ont été prénts, pour ne pas parler ici de la postérité, n'ont pas connu, pour comble de conviction, quoique je n'en aie peut-être e trop dit sur une si visible absurdité, je veux bien ajouter ocre que les anathémalismes du concile n'y ont été proincés après le symbole, que pour proscrire les erreurs con-

' Or. 2. adv. Ar. nunc. Or. I. n. 1 1 ; tom. I. p. 415. — ^ Lib. il. de in. n. 1 1 et alib.

^^^ sixiLme avertissement

traircs à la doctrine que le concile venoit d*y établir. Le concile venoit d'établir dans le symbole , que le Fils de Dieu étoit né devant tous les siècles. On convient qif il vouloit dire par là que sa naissance étoit éternelle ; puisque dès quevoos sortez de la mesure du temps, vous ne voyez plus devant vous que réternité. Que restoit-il donc au concile , après avoir établi réternité de la naissance du Fils, que de frapper d'aiMthème ceux qui disoient que sa naissance fut précédée parle temps , ou , ce qui est la même chose, qu'il n étoit pas avant que de naître ? Et si , comme le ministre le prétend , Tintention du concile eût été de dire que le Fils de Dieu étoit effectivement avant que de naître , puisqu il a mis, comme on vient de voir, sa naissance dans réternité, il faudroit qu'il eût voulu dire qu'il étoit devant réternité, et que son être précédâtTéternité même, puisqu'il précédoit sa naissance qu'on supposoit éternelle.

LUI. Pourquoi on s^attaclie ici à réfuter des absurdités qui ne mérîtenHCBt

que du mépris.

Voilà des absurdités dont je puis dire , sans exagérer, que ce ministre est seul capable. Mais encore que ce qu'il pense Boit si insensé qu'il ne mériteroit pas de réponse ; comme j'ai affaire à un homme qui croit pouvoir soutenir et persuader j au monde tout ce qui lui plaît , il faut une fois lui fermer la j bouche, et faire voir au public jusqu'où il est capable de s'é- / garer. Si le concile de Nicée a connu et confirmé^ comme il j; le prétend , ces deux prétendues naissances du Fils de Dieu, h il faut faire dire à ce concile deux choses également absurdea L et également opposées à ses décisions : la première que lo L Fils de Dieu est né muabic ; la seconde qui'l est né trois fois, p au lieu de ces deux nativités connues de tous les fidèles, l'une |-;/i éternelle comme Dieu, l'autre temporelle comme homme. :^

• r,"; LIY. Que le ministre fait dire au concile de Nicée que le Fils de. Dieo est

muable, et que le concile dit formellement tout le contraire. "

Que le Fils de Dieu soit muable dans la supposition do f, celte seconde nativité de M. Jurieu, on l'a vu \ cl la chose

* Ci-dessus, n. II.

parle d'eUe-même ; puisque par cette seconde nativité, qui est la parfaite , à comparaison de laquelle la première est une imparfaite conception, le Fils de Dieu est devenu Verbe et Personne parfaitement née; ce qu'il n'étoit pas auparavant. V^oili donc ce qu'il faut trouver, non-seulement dans les inciens docteurs, mais encore dans le concile de Nicée; puis- :]ae, loin de condamner cette doctrine, on soutient qu'il la confirme par ses anathèmes. Mais c'est dans ces anathèmes !]ue je trouve tout le contraire, puisqu'il y est expressément porté : a Si quelqu'un dit que le Fils de Dieu soit capable 9 de changement ou de mutation , la sainte Eglise catholique » et apostolique lui dénonce qu'il est anathème * » : car il faut Livoir que les Ariens en tirant le Fils de Dieu du néant, conçluoient de là que n'étant pas immuable dans sa substance DOD plus que nous , il pouvoit aussi comme nous recevoir quelque changement dans ses qualités ; et, en un mot, qu'il étoit d'une nature changeante. Par une raison contraire les Pères de Nicée concluoient, que n'étant pas tiré du néant, mais de la substance de son Père, il étQJt en tout eLpartout immuable et inaltérable comme lui * ; ce qui condamne directement la prétention du ministre.

LV. Qae saint Atbanase dit aussi très-formellement que le Fils de Dieu

est immuable comme sou Père.

Et ce seroit en vérité pousser trop loin l'ignorance et la témérité; que de dire qu'on ne connut pas même alors la parfaite immutabilité de Dieu , qu'on trouve à toutes les pages dans saint Athanase. Car il la fait consister en ce qu'on ne peut rien sgouter à la substance de Dieu : Si Von pouvoit , dit-il •, ajouter à Dieu d'être Père, il seroit muable, c'est-àdire, il ne seroit pas Dieu ; car, poursuit-il, si c étoit un bien d'être Père, et qu'il ne fût pas toujours en Dieu, donc le bien n'y seroit pas toujours. Concluez de même, si c'est un bien' au Fils d'être Verbe , d'être personne parfaitement née et' développée, d'acquérir cette nouvelle manière d'être, qui fait la perfection de sa naissance, et que ce bien ne soit pas

* Symph. Nycœn. ubi sup. — ^ Ëpist. A'ex. ad omues. Ep. ap. Soc. 1.4. — ' Orat. 2. cent. Ar. nunc Or. i. n. 28 ; p. 433.

ton jours en lui, le bien n'y est donc pas toujours; d'où saint Atlianase conclura qu'il n'est point l'image du Père, s'il ne lui est pas semblable et égal , en ce qu'il est immuable et invariable; car, poursuit-il ' ; comment celui qui est ckangeant scra-t-il semblable à celui qui ne Vest pas? Il n'avoit donc garde de s'imaginer que son Père l'eût engendré à deaifois, ou que le Fils pût acquérir quelque perfection ; puisqu'il assure au coniraire qu'il est sorti d'abord parfait du parfait, immuable de l'immuable, et qu'en naissant il tire de lui son invariabilité tout entière^. Et la racine de tout cela, c'est qu'il ne vient pas du néant ; car, dit-iP, a ce qui fait que les )) créatures sont d'une nature muable et capable d'altération, » c'est qu'elles sont tirées du néant, et passent du non être » à l'être » ; ce qui fait qu'ayant changé dans leur fond, elles peuvent aussi changer dans tout le reste, ce Mais au contraire, » poursuit-il , le Fils de Dieu étant né de la substance de » son Père, comme on ne peut pas dire sans impiété, qoc » d'une substance immuable il se tire un Verbe changeant, » il fnut que le l^s de Dieu ^oit autant inaltérable que son » Père même » ; à cause visiblement qu'il ne pouvoil rien naître que de parfait d'une substance aussi parfaite qac colle de Dieu , et que s'il y naissoit quelque chose d'imparfait ou de muable, comme on suppose que seroit son Fils, il porlcroil son imperfection et sa mutabilité dans la substance de Dieu où il seroit reçu.

LYI. Suite du raisonnement de S. Atlianase, et combien il est ruineux aax

prétentions du ministre.

Qu'un homme qui raisonne ainsi , et qui pose de tels principes, ait pu étant à Nicée y avoir appris, comme le veal M. Juiieu, qu'il faille faire naître deux fois le Fils de Bien comme Dieu , afin qu'à sa seconde naissance il acquit ce qui manqueroit à la première , ce seroit un prodige de le penser. Au contraire , si ce grand homme étoit encore au monde,- il diroit à notre ministre: Si le Verbe venoit du néant, les Ariens auroicnt raison de le faire changeant et

' Orat. 2. cont. Ar. nuuc. Or. i. n. ?.S; p 'i33. — ^ Ath. E\p. fui. et de Dec. JVic. ubi s«p. - ' Or. 2. udv. Ar. n. 21) ; p. -433 cl scq.

GLLl LES LI'TTRIiCi t)E M. JL'RIEU. ^^»"

vible comme nous le sommes • ; et de conclure ses clianmonts accidentels , de celui qui lui seroit arrivé dans sa istance : si donc vous lui attribuez un cliauscment quel 'il soit, vous le faites, comme eux, sortir du néant. Que vous dites qu'il a pu changer une seule fois à la création inonde, cl que sa nature ne résiste pas universellement outc altération, pour petite qu'on Timagine, saint Atlianase usdemandera, comme il demandoit mxAviens, quelles bornes us voulez donner à ces changements; s'il a changé une fois, elle raison trouvez-vous de ne le pas faire muable jusqu'à iiOni? C'est donc, continue ce Père, une impiété et un isphème d'admetire dans le Fils de Dieu la moindre mulion; puisque la moindre, qui seroit déjà en elle-même un and mal , auroit encore celui de lui en attirer d'iutinies.

\ril. Que le Fils de Dieu comme Dieu est incapable d'être exal(<^, selon saint Alliaiiase, tout au contraire du ministre, qui le fait croître en lierfection.

El c'est aussi en cela, poursuit ce grand homme, qu'il st égal à Dieu, comme dit saint Paul , et en tout semblable à }n Père. Car ce que dit le morne apôtre dans le même lieu , ue le Fils de Dieu sera exallé^^ ne peut pas lui convenir n tant qu'il est Fils de Dieu , puisqu'à cet égard rien ne lui lanquc. « Il est parfait, dit saint Athanase, il n'a besoin de rien ; il est si haut et si semblable à son Père, qu'on ne peut rien lui ajouter ». C'est donc selon la nature hulaine seulement qu'il peut être élevé plus haut; et dire u'il puisse être élevé comme Fils de Dieu, c'est une diminuon de la substance du Verbe. Voilà les idées des Pères qui fit assisté au concile de Nicée, et celles de saint Athanase ai en étoit rame. Mais s'ils se représentoient le Fils de Dieu )mmc attendant avec le temps et dans une seconde nativité i dernière perfection, il ne seroit pas par sa nature incaable d'être mis plus haut, même comme Dieu , ni sans bc- 3in et sans défaut de toute éternité; puisqu'il auroit eu iirore à devenir Verl)c, de sagesse qu'il étoit auparavant,

' Or. •>. .vlv Ar. n. ?'.) ; p. 'iX] <«* r-c'i - • \\i 1. n. C.

404 SIXIÈME AVSRTISSEMENT

c^est-à-dirc sans difficulté, à devenir quelque chose de plus parfait et de plus formé qu'il n'avoit été jusqu'alors. Que dira M. Jurieu? II faudra dire que c'étoit le sentiment de saint Âthanase, mais non pas celui du concile de Nicée ; et que ce Père n'a pas entendu les définitions qu'on y faisoit avec lai et par ses lumières.

LVIIl. Saint Alexandre cl*Âlexanclrie, aatrePère du concile de Nicée, nisonne sar les mêmes fondements qae S. Âthanase.

Hais voici encore un autre Père de ce saint concile : c'est caint Alexandre d'Alexandrie , l'évêque de saint Athanase, celui qui excommunia Arius et ses sectateurs. Comme le Père est parfait, dit-il, 5an9 que rien puisse manquer à sa perfection ^ il ne faut pas dégrader ou dimint^r le Verbe, ni dire que rien lui manque , ou que rien lui puisse manquer en quelque éttt qu'on le considère; (car le mot grec signifie tout cela) puisqu'étant d'une nature immuable, il est parfait et en Umtet façons sans défaut et sans besoin '. C'est ce que dit ce grand personnage; et comme saint Athanase, il fonde son raisonnement sur ce que le Fils de Dieu n'est point tiré du néant, mais de la substance de son Père ; d'où ce grand évêque conclut, qu'on ne peut lui rien ajouter, et finit son raisonnement par cette demande : Que peut^on donc ajouter à sa filiation, et que peut-on ajouter à sa sagesse? Mais M. Jurieu lui répondroit, selon la doctrine que ce ministre veut attribuer ao concile de Nicée, qu'on peut ajouter à sa sagesse de le faire devenir Verbe, qui est quelque chose de plus formé; et qu'on peut ajouter à sa filiation ce dernier trait, qui le fait une personne parfaitement née, et parvenue à son étreparfàit.

Telle est la doctrine que ces grands personnages , saint Alexandre d'Alexandrie , et saint Athanase alors son diacre et depuis son successeur, portèrent au concile de Nicée: Saint Hilaire n'en dit pas moins qu'eux ; puisque partout il conclut pour l'immutabilité du Verbe, égale à celle du Père: et on veut après cela que nous croyions qu'on a confirmé à

* Alex. Alexandrin. Ep. ad Alcxand. Constantinop. Ed. Lab. t. 111» \ col. Il et sccj.

Nicée ces deux nalivitcs qui mettent un changement dans sa personne ; et que les Pères de ce saint concile n'aient pas eu, non plus que les autres, cette idée parfaite de Timmutabilité, que nous avons aujourd'hui.

ARTICLE YllI.

Suite des égarements du ministre , qui fait établir au concile trois naissances du Fils de Dieu au lieu des deux qu'il confesse; l'une du Fils comme Dieuy et Vautre comme homme.

LIX. Que le concile deNicée a suivi S. Jean, et n'a reconnu on Jésus-Cbrist que deux naissances suivant ses deux natures.

Quand il n'y auroil que ces trois naissances qu'il faudroit faire attribuer à Jésus-Christ par le concile , c'en seroit assez et trop pour confondre le ministre : car il faudroit dire au pied de la lettre qu.e Jésus-Christ est né trois fois, deux fois comme Dieu , et une fois comme homme. Mais où les Pères de Nicée auroient-ils pris ces trois naissances? Lors(|u'ils tirent leur symbole , ils iivoient devant les yeux le commencement de l'Evangile de saint Jean^ où ils renconlroient d'abord cette naissance éternelle que les Ariens contestoicnt au Fils de Dieu : Au commencement le Verbe étoity et le Verbe était en Dieu, et le Verbe étoit Dieu '. Le voilà Dieu, Fils uni- (jftie de Dieu , toujours dans le sein de son Père ', comme il est expliqué un peu au dessous. Après cette première et éternelle naissance , ils ne trouvoientquc celle où il s'est fait homme; et le Verbe a été fait chair ^. Ilsn'avoient donc garde de penser à une troisième naissance également réelle : et c'est pourquoi en suivant le même ordre et le même progrès que saint Jean , ils disent du Fils de Dieu à son exemple, qu'f/ est né avant tous les siècles, de la substance de son Père : d'où ils passent incontinent à la seconde naissance ; et il a été fait homme, sans songer seulement à cette troisième qu'on voudroit aujourd'hui leur faire confirmer.

•Jean. I. 1. — Mbid. H. 18. — ' Ibid. 14.

Ti.

^^^ SIXIÈÎUE AYtRTlSSEMliNT

LX. Piopîiéfic (îeTMicîîôo, qui s'ao.rordc avec S. Jean : que le FiisdeDiea seiuit imparfait, s'il iiaissoit deux fois comme Dieu.

Un proplièlc avant révangélisle avoit prédit ces deux na- Hvilés. Micnee dans celle admirable prophétie, qui élaul rapportée dans saint Matthieu', ctoit continuellement à la houche et devant les yeux de tous les fidèles, avoit dit:£; foi y Bethléem, le conducteur d'Israël, sortira de toi : mais de peur qu'on ne s'arrêtât à cette naissance humaine, sans vouloir croire que le Sauveur sortît de plus haut, il ajoute : et sa sortie est dès le commencement , dès les jours éternels *. L'évangéliste et le prophète s'accordent à raconter comme d'une voix ces deux nativités du Sauveur ; Tune dans l'éternité, et l'autre dans le temps; l'une comme Dieu et raulrc comme homme : et la seule différence qu'il y a entre eux, c'est quel'un comme historien commence par la naissance éternelle, d'où il descend à la temporelle ; et l'autre conduit d'abord par le Saint-Esprit à la crèche de Bethléem, oii il contemple Jésus-Christ nouvellement né du sein do sa Mère, s'élève jusqu'au sein du Père éternel où il étoit engendré devant tous les temps. Mais dans ce progrès admirable , ni l'un ni l'autre ne trouve , pour ainsi parler, en son chemin cette troisième nalivilc qu'on veut être si parfaite; et le concile de Nicoc, (jui les suit tous deux, n'en fait non plus nulle mention, mais passe seulement, comme eux , de la naissance éternelle à la temporelle. Car aussi n'y ayant en Jésus-Christ que deux natures, ilpouvoitbien naître deux fuis, mais non pas davantage : et le faire naître deux fois selon sa nature divine, comme si le Père éternel n'avoit pas pu tout d'un coup l'engendrer parfait, c'est attribuer au Père et au Fils tant de changement, et tout ensemble tant d'imperfection et tant de foiblesse, qu'une telle absurdité n'a pu entrer dans l'espritd'aucun homme de bon sens , pour ne pas dire d'un si grand concile.

LXI. Que la doctriuo des deux naissances est furinellement rejeléepar saint

Alexandre d'Alexandrie.

Il est vrai que nous trouvons dans la lettre d'Arius à saint Alexandre son évoque , que quelques-uns, dont le? noms ne

'Malth. ii.f). — 2Micli v. 9.

6L:R les LETTULS de m. JLlilEU. ^07

>iil pas venus jusqira nous, furent assez insensés pour avoir iten parlant du Fils de Dieu , qu'étant auparavant , il aooil é dans la suite engendré et créé pour ^Ire Fils : mais nous >ons dans le mt^me endroit qu Alexandre les rejeta en pleine glise ' : et maintenant M. Juriou prétend qu'une si ridicule naginalion que saint Alexandre avoit rejetée en pleine Eglise, t été confinnce en plein concile, le même Alexandre pré- »nt , et ayant dans ce saint concile une autorité si éminenle.

XII. Que le ministre rejette sa propre confession de foi, en accusant d'erreur le concile de Nicée.

Le ministre est donc convaincu d'avoir calomnié, non plus es docteurs particuliers, mais tout un concile œcuménique ; t encore quel concile ? Celui que les chrétiens ont toujours j plus révéré, et celui qu'on reçoit expressément dans la rofession de foi des Prétendus Réformés ; puisqu'on y lit ces aroles : nous avouons les trois symboles , des Apôtres , de icée et d'A thanase, pour ce quils sont conformes à la parole de Heu *. Mais aujourd'hui un ministre de cette société, et celui qui on remet d'un commun accord la défense de la cause , ntreprend de convaincre le symbole de Nicée d'avoir pris j prétendu sens de Terlullien, pour induire rinég»alité des ersonnes : et afin qu'il ne restât rien d'enlier dans ce saint 3ncile, il veut que ses anathcmcs aient confirmé une seconde aissance du Fils de Dieu comme Dieu, pour suppléer au délut et à l'imperfection qu'il reconnoît dans la première. Ces! insi qu'il reçoit la foi de Nicée comme conforme à l'Écriture.

LXlll. Que le ministre s'emporte sqds aucunes bornes.

Il ne faut donc pas s'étonner si la foi de Nicée lui paroîl aforme, puisqu'on y trouve encore tant d'arianisme. Mais elle des autres concileç ne lui paroîtra pas plus parfaite, ►uisqu'on les commence toujours par y confirmer la foi de iicée, et à la poser pour fondement. Ne lui parlons pas daunlage sur cette matière. Car enfin, après avoir fait ariani-

' Ap. Atli. de Syn. et Uil. lib. iv de Trin. - » Art. 5.

^^08 SIXIÈHE AVEBTISSKXEKT

ser non-seulcmcnt les saints Pères et FÉglise des trois premiers siècles, mais encore le concile de Nicée ; entêté comme il est de sa seconde naissance, il la trouvera partout. 11 soatiendra à David que c*étoit de cette naissance qu'il ¥Ouloit parler, lorsqu'il faisoit dire au Père éternel : Je Vai engendré devant l'aurore ' ; car la première naissance n'étoit qu'une conception et un vain effort du Père qui n'avoit pu tout à fait enfanter son Fils. Saint Jean ne s'en sauvera pas ; et lorsqu'il a dit : Au commencement le Verbe étoit, il faudra encore l'en-, tendre de la seconde nativité ; puisque dans la première il n'étoit pas Verbe , et qu'il n'étoit qu'une sapience qui atteodoit à devenir Verbe avec le temps. Et sans exagération il faut bien qu'il trouve en son cœur ces interprétations soutenables ; puisqu'il veut que ces prétendus arianisants ne puissent pas être réfutés par l'Écriture ; ou c'est qu'il ne pense pas à ce qu'il écrit, et qu'il ne faut plus prendre garde à ses vains discours.

ARTICLB IX.

Sur la distinction que fait le ministre entre la foi de VÉglise |~

et la théologie des Pères.

LXIV. Qn'cn l'état où le ministre représente la théologie des Pcres, la foi

de TEglise ne pouvoit subsister.

11 est maintenant aisé de voir combien il impose au monde I par sa belle distinction de théologie et de foi, dont il fait tout le dénouement de son système. Il n'ose dire que l'Eglise ait varié dans sa foi, du moins sur des articles si fondamentani; et il impute les erreurs des Pères, non pas à leur foi qui ne changeoit pas , mais à leur théologie toujours variable. Il voudroit me faire accroire que cette rare distinction de théo- ! logie et de foi m'est inconnue. « Il faut, dit-iP, avoir le cœur | » fait comme l'Évêque de Meaux, pour se moquer comme il 1 D fait de la distinction que j'ai dit qui est entre la foi de TE- » gliseet la théologie de ses docteurs ». Visiblement il donne le change. Où a-t-il pris que je me moquasse d'une distinc-

'Ps. Cl.\. 3. — 2 Pag. 170,

tion si reçue? Je la reçois comme tout le monde : je reconnois de la différence entre la foi qui propose au\ fidèles des vérités révélées, et la théologie qui tâche de les expliquer; et je sais, ( car aussi qui ne le sait pas?) que ces explications ne sont pas de foi. Ce que j'ai dit à M. Jurieu, ce que je lui dis encore, et ce quMl fait semblant de ne pas entendre , c'est que cette distinction ne lui sert de rien. Car je lui demande encore un coup, comme j'ai fait dans le premier Avertissement ', si ce qu'il appelle théologie des anciens , a étoit une explica- » fion qui laissât en son entier le fond des mystères, ou bien » une explication qui les détruisît en termes formels? Ce n'é- D toit pas , poursuivois-je, une explication qui laissât en son 0 entier *le fond des mystères; puisqu'on lui a démontré que f> selon lui c'étoient les choses les plus essentielles , que les » anciens ignoroient » ; comme sont dans les lettres de l'année passée la distinction éternelle des trois Personnes divines; et encore dans celle-ci leur égalité parfaite et l'immutabilité de l'être de Dieu. C'est donc le fond des mystères et des vérités catholiques que le ministre fait nier aux anciens : et il faut ou ne rien prouver , ou attribuer ces explications, c'està-dire , ces ignorances et des erreurs si grossières non point aux particuliers, mais à l'Eglise elle-même; puisque c'étoient des variations non pas des particuliers, mais de l'Eglise en corps, dont il s'agissoit entre nous.

C'est à quoi il faudroit répondre, et non pas soutenir toujours que la foi de l'Eglise étoit entière, pendant que la théologie du siècle y étoit directement opposée. Encore s'il n'attribuoit cette fausse théologie qu'à quelques Pères : a Mais, 0 dit-il *, je n'en excepte aucun; c'étoit la théologie de tous » les anciens avant le concile de Nicée » ; et c'étoit la théologie même du concile de Nicée : puisque loin de la condamner, ce grand concile la confirme par ses anathèmes.

• î. Avcrt. n. 21. — ' Tab. Lctt. vi. p. 23.

^10 fcl.vîî-ilïi AVEUTIiSKilEXT

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