ARTICLE X
F.a mauvaise foi d:i ministre dans les passages quil produit des saiuls docteurs des trois premiers siècles.
T.XV. Qu'il y a de la miiuvaiic foi à nous obliger à la discui-sio'.i ilcccs
passages.
Une si Nisibic calomnie fuite en matière si grave au plus Faiul concile qu'ait vu la chrclienté depuis les apôlres, clà toute PÉglise catholique qu'il reproscntoit, vous peut faire jutîcr, mes frères, de celles qu'il aura faites aux saints docteurs (lu troisième siècle. Il voudroit ici m'obliger à lui répondre passage à passage, et à reprcndi'c les textes des Pères qu'il a produits contre moi ' : mais pourquoi ce long examen? Pour rèfuCfer ce qu'il disoil, que les perc^onnes n'ètoil pas distinctes de toute èlernilè, ou que le Verbe n'ètoit qu'un germe et une semence qui devoit s'a^ranceravccle temps à une existence actuelle? mais il le rèfule lui-même à présent, et il se dédit de ces absurdités. Que veut-il donc que je réfute? Son développement qui ne vaut pas mieux , et dont il se dédira quand cet écrit lui en aura fait voir l'exlravagance, s'il peu! trouver quelque autre moyen de sauver les variations de l'ancienne Kglise? Quand il saura bien ce qu'il veut dire, et que son système aura pris sa dernière forme, il sera (emps de le réfuter si le cas le demande : mais après tout je lui soutiens que cette discussion n'est pas nécessaire entre nous. Il impute mon silence à foiblesse ; et il me reproche qu'au lieu de répondre à ses passages et à toutes ses conséquences qu'il a réfutées lui-même, je n'en sors que par un hélas "^ ! en vous disant d'un ton plaintif: « Ilélas! ou en étes-vous, si vous » avez besoin qu'on vous prouve que les articles les plus es- » sentiels , même la Trinité etrincarnation, ont toujours été » reconnus par TÉgiise chrétienne »! Il est vrai, voilà mes paroles^; voilà cet hélas! dont il se moque. Il ne veut pas qu'il me soit permis de déplorer les tristes effets de la Uéformc,qui ouvre tellement son sein à toutes sortes d'erreurs,
«Tcib. î.ott. vi.p. ?.S'i ?8.S. -IbM.i». yP»:». - M. \vcrt. n. ?.'i.
sua LES LETTnCS DE JI. ^LRIEC. ** • *
'elle a besoin qu'on lui prouve les premiers principes. M.iis Vhélas! lui déplaît, voyons comme il répondra au raisonment.
lVI. Vraie inctliode de la dispute, où Ton ne doit jainais s'obliger à prouver les vérités dont m est d'accord.
En vérité, élois-je obligé à prouvera M. Jurieu et aux Pré-
ndus Réformés ce qu'ils supposent avec moi comme indubi-
ble ? Le minisire ne le dira pas. Je ne suis pas obligé de
ouver aux Luthériens la présence réelle, ni aux Sociniens
venue et la mission de Jésus-Christ, ni aux Calvinisles la
rinite et Flncarnation : aulrcmentce scroit vouloir disputer
ns fin, contre le précepte de Tapôlre, et renverser les fon-
3meuls qu'on a posés. Cela est clair : passons outre. Le
yslère de la Trinité étant, comme il est, le fondcmentde
foi, par conséquent il est un de ceux qu'on a toujours
as. M. Jurieu en convient. « C'est, dit-il ', une calomnie
que le ministre Jurieu ait nié que les mystères de la Trinité
et de rincarnalion fussent connus aux Pères». Et il .ajoute,
qu'il s'agit uniquement de savoir comment les anciens ont
expliqué la manière delà génération du Fils ». Voilà donc
résolution : quC les Pères ont connu le fond du mystère,
1 sorte que leur erreur ne tombe que sur les manières de
îxpHquer. Et si je montre au ministre que l'erreur qu'il leur
tribue ne regarde pas les manières,, mais le fond; il nefau-
^ pour le réfuter sans autre discussion, que l'opposer à lui-
icme : mais la chose est déjà faite et incontestable. Le mys-
ire de la Trinité, c'est l'éternelle coexistence de trois Per-
nrnes distinctes, égales et consubstantielles ; et quelque
artie qu'on rejette de cette détinition, on nie le fond du
lystère : or, est-il que le ministre Jurieu a fait nier claire-
ncnl aux Pères des trois premiers siècles , la distinction , la
oexistence, et l'égalité des trofs Personnes divines, comme
)n a vu ; par conséquent il leur fait nier le fond du mystère.
LXVII. Que cette mcUiode de supposer daus les disputes les choses dont ou
convient , est celle de l*apôtre.
Dites-moi, qu'y a-t-il de foible dans ce raisonnement? Est-ce qu'il faut toujours tout prouver à tout le inonde, et même tout ce dont on convient? C'est s'opposer directement à saint Paul, qui ne veut pas que les disputes soient intermi^ nables, mal entendues et sans règle : mais qui ordonne en termes exprès, que nous persistions dans les mêmes sentiments ', et que nous marchions ensemble dans les mêmes choses où nous sommes déjà parvenus, demeurant fermes dans la mém \ règle en attendant que Dieu révèle le reste ^ à ceux qui ne l'ont i pas encore connu. J'ai donc dû, mes très-chers Frères, mar- • cher avec vous dans la foi de la distinction, de l'égalité, de réternelle coexistence des trois Personnes divines, commedans lafoid'unmystèrctoujoursconfessédansl'Église: et m'obligera vous prouver la perpétuité de cette foi, c'est m'obligera vous traiter comme si vous étiez Sociniens; c'est contre le même saint Paul vous ramener au commencement de Jésus-Christ, et jeter de nouveauté fondement quenous avions posé ensemble '.
C'est encore la même erreur à M. Jurieu de vouloir me faire prouver que Dieu soit spirituel , qu'il soit immuable, et que ces attributs divins aient toujours été crus comme essentiels à la religion : car par sa Confession de foi il doit le croire autant que nous comme on a vu. * La même confession de foi < reconnoit aussi légalité des trois personnes^; et c'est làencore un de ces fondements, dont le ministre suppose avec moi que { rÉglise n'a jamais douté. S'il le fait aujourd'hui révoquer en doute, non par deux ou trois docteurs, mais par tous couxdes i trois premiers siècles, et même par le concile de Nicée,et qu'il ébranle tous les fondements que nous avons posés jas* qu'à présent ensemble, je suis en droit de le rappeler à nos principes communs. Qu'il prenne donc son parti : qu'il se déclare ouvertement contre la perpétuité de la foi de Timmutabilité, de la spiritualité, de la perfection toujours égale des trois personnes divines? alors je le combattrai comme Soci.
' I.Tim. I. 4. 2. II. 23. — - Phil m. 15. 16. — ^ Ilcb. v:. 1. - *Cou(. Alt. 1. — * Ibid. 6.
lien : mais tant qu'il sera Calviniste, je ne suisobligéà lui opposer que sa propre Confession de foi. Si j'en ai fait davanage, c'est par abondance de droit, et pour l'instruction de ;eux qui cherchent la vérité de bonne foi.
iXYIII. Passage de S. Hippolyte, évêqae et martyr, objecte par le giinistre ; mais qui sert de déuooement à tons les autres qu'il produit.
Cest néanmoins siir ce fondement, et parce que je n'ai )as Toulu faire un volume pour prouver par tous les anciens )e qui devoit être constant entre nous , que le ministre me 'eproche mon ignorance '. Mais puisqu'il me force à entrer lans cette carrière ; sans m'engager à une trop longue discussion , j'espère trouver le moyen de faire toucher au doigt amanvaisefoi. Qu'ainsi ne soit : il nous vante saint Hippolyt^ it non-seulement il n'est pas pour lui, mais encore il lui fera lerdre tous ceux qu'il croyoit avoir , puisqu'il nous donne Bdénouement pour les expliquer. Il en produitces parolesde Homélie qu'il a composée. De Deo uno et trino : « Quand Dieu voulut , et de la manière qu'il voulut , il fît paroître , dans le temps qu'il avoit défini, son Verbe, par lequel il a fait toutes choses i>. En entendant ces paroles suivant la nouelle idée d'une seconde naissance, le ministre présuppose 3 Verbe déjà né pour la première fois et actuellement exisint de toute éternité ; il ne faut donc pas lui prouver ce qu'il voue avec nous ; et il n'y a qu'à lui faire voir que cette seconde naissance n*est que la manifestation au dehors du Verbe ivin , et précisément la môme chose que nous appelons ojourd'hui l'opération au dehors , par laquelle Dieu maniïstc au dehors et lui et son Verbe. La preuve en est sensile par ces paroles : « Quand Dieu voulut , et de la manière qu'il voulut, il fît paroître , son Verbe » ; et s'il reste quelne équivoque dans le mot de faire paroître, qui dans le grec uelquefois signifie produire , elle est ôtée par toute la suite; ir le martyr continue : a Celui qui fait ce qu'il veut , quand il pense , il accomplit son dessein ; quand il parle , il le montre ; quand il forme son ouvrage, il met au jour sa sagesse» ;
* Tab. Lctt. VI. p. 2C5.
-^'^ SIXIÈME AVERTISSEMEKT
Tîl un peu après: « il engcnilroit doue le Verbe; et comme il » Tavoit en lui-même où il cloit invisible, il l'a fait visible en » créant le monde». L'cnj^endrcr en cet endroit n'est donc autre chose que le faire pnroître au dehors: ce n'est là ni uu nouvel elre ni rien de nouveau dans le Verbe : c'est de même (|u'un architecte, qui ayant on son esprit son idée comme le plan intérieur de son bâtiment , que personne ne voyoit que lui dans sa pensée, le rend visible à tout le monde, Tenfaote, pour ainsi dire , et le met au jour quand il commence à élever son édilice. Tel est cet enfantement et celte génération du Verbe. Tout y regarde la créature à qui il devient visible, de la même manière que les per factions invisibles de Dieusonl rues dans ses œuvres '. Le Verbe ne change non plus quesoD %ère, même dans cette manifestation; et cette manifestation est attribuée spécialement au Verbe divin , parce qu'il est ridée éternelle de cet architecte invisible : à quoi il fant ajouter, en suivant la comparaison, que comme l'architecte parle et ordonne , et que tout se range a sa voix qui n'est que l'expression , et comme la production au dehors de sa pensée; ainsi Dieu est représenté dans l'Ecriture comme proférant une parole, qui n'est autre chose que son Verbe manifesté et exprimé au dehors. C'est aussi ce qui fait dire à saint Ilippolyte , que Dieu en prononçant cette parole, qui fut la première qu'il ait proférée. Que la lumière soit ^ engendra de sa lumière qui éloit le fond de son essence , la lumière qui étoil son Verbe , c'est-à-dire comme on vient de voir , le produisit au dehors ; et pour user de ses propres termes, produisit à la créature son Seigneur : car sans doute il n'en étoit le Seigneur qu'après qu'elle fut; et, à parler proprement, le rien n'a pas de Seigneur. Par là, continue le saint, « Dieu » rendit visible au monde celui qui n'étoit visible qu'à lui, vi » que le monde ne pouvoit pas voir ; afin qu'en le voyant » après qu'il est apparu , il fût sauvé». Voilà donc le dciiouement que j'avois promis : toute cette production n'est (|ue la manifestation du Verbe; c'est la manière dont on cxpliquoit alors ce que nous aj»polons à présent ropéraiion
sua LES LETTRES DE M. JURIEU. **^
<în dehors , sans altération cl sans changement de ce qui éloit au dedans. Et lorsque le martyr ajoute après , que Dieu par ce moyen eut un assesseur distingué de lui, il fait une allusion manifeste à cette sagesse dont avoit parlé Salomon , qui fulron inséparable assistante quand il préparait les deux et quil arrangeoit le monde quelle composait avec lui ' ; non que ce Verbe ou cette sagesse commençât alors: c'est ce qu'on ne voit nulle part; elle commença seulement d'être l'assistante du Père, c'est-à-dire, d'être associée à son opération extérieure, que le saint appelle toujours manifestation, en disant que ce Verbe qui est au dedans la pensée et le sens de Dieu , à la manière qu'on a expliquée', en se produisant au monde avait été montré le Fils de Dieu, C'est par oiî conclut le martyr ; où il est infîniment éloigné de ce nouvel être qu'on veut lui faire donner au Verbe; puisque tout son discours aboutit non à le faire être ou à le faire changer en quelque sorte que ce soit , mais à montrer qu'il avoit paru tel qu'il étoit, comme étant cette Sagesse qui renouvelle toutes choses en demeurant toujours laméme*; et, afln de nous en tenir aux expressions de notre martyr, comme étant ce Verbe toujours parfait, dont avant comme après son Incarnation, « la divinité est infinie, in- » compréhensible, impassible, inaltérable, immuable, puis- » santé par elle-même, et le seul bien d'une perfection et » d'une puissance infinie *»; à qui pour cette raison il adresse en un autre endroit cette parole : « Vous êtes celui qui êtes » toujours : vous êtes comme votre Père sans commencement » et coéternel au Saint-Esprit*». Faites-lui dire après cela Qiift le Verbe change , ou que comme im germe imparfait il attend sa perfection d'une seconde naissance? •
LXIX. Passage cTAtliéungore oinbrouiilé et falsifié par le ministre.
Voilà donc déjà un passage dont le ministre abusoit, qui devient un dénouement de la question : en voici un autre dont il abuse encore davantage " , et dont néanmoins nous tire-
' Prov. VIII 9.1. 30. - 2 Ci-dcssus ri. M. -^ Sap. vu. V. - ' llipp. cout. Fier, et rjel. iii rolleot. Aiiast. Ed l'abric. llauib. 17 Ui. |). V.'U\ - ''De Anticii. Bb. Pi\ ion. .\ii. p. (»0j. - '' I,iU m do lOS'.) i>. i i.
^^^ SIXIÈME AVfiRTlSSEMElIT
rons une nouvelle lumière. C'est celui d'Alhénagore , philosophe athénien , et l'auteur d'une des plus belles et des plus anciennes Apologies de la religion chrétienne. Pour l'entendre il faut supposer que ce philosophe chrétien ayant à répondre au reproche de l'athéisme qu'on faisoit alors aux ûdèles, donne aux Païens une idée du Dieu parfaitement un que les chrétiens servoient en trois personnes; et leur expose sur le mystère de la Trinité ce qu'ils en pouvoient porter d'abord. Son discoursa trois parties. Il commence à exposer dans la première qu'il n'y a point d'inconvénient que Dieu ait un Fils; parce qu'il ne faut pas s'en imaginer la naissance à la manière de celle des enfants des dieux dans les fables : a Mais le Fils » de Dieu , dit cet auteur ' , est le Verbe ou la raison du » Père en idée , en opération , ou en efficace ; car par ce Verbe » ont été créées toutes choses : le Père et le Fils n*étant qu*uo, x> et le Fils étant dans le Père comme le Père est dans le Fils » par l'unité et par la vertu de l'Esprit ; c'est ainsi que l'in- » telligence ou la pensée et la parole du Père est le Fils do » Dieu». Voilà une belle génération que ce docte Athénien nous représente dans la première partie de ce passage. Si Ton veut voir maintenant la traduction du ministre , dans sa lettre de 1689% tout y paroîtra défiguré: on y verra l'unité du Père et du Fils supprimée , et ce qui regarde le Saint-Esprit tellement déguisé qu'on ne l'y reconnoît plus. Mais comme il s'est réveillé et qu'il a réformé sa version dans son Tableau', pardonnons-lui celte iaute, qui demeure seulement en témoignage do la négligence extrême avec laquelle il avoit d'abord jeté ce passage sur le papier. Voici la suite et la seconde partie du discours d'Athénagorc , qui , après avoir parlé plus eu général de la personne du Fils et de la manière dottt le monde avoit été créé par lui , achève d'en donner l'idée autant qu'il fuUoit en ce lieu par des paroles que le ministre traduit en cette sorte : a Que si par la pénétration de votre esprit vous » croyez être capables de contempler ce que c'est que le Fils, » je vous le dirai en peu de paroles. La première génération
' A'.heti. Lrg. proCliri-t n. 10 ; ad ca!c. O;). S. Just. p. 2S0et«e4.- ^ Lclt, vi. p. »3, — ' Tdb. LeU. w. v- UvJ.
Ml
» est aa Père , qui n'est point engendré. Car dès le commcn- » cernent Dieu étant un entendement éternel , a eu son Verbe u en soi-même, parce qu'il étoit toujours raisonnable. Mais » il étoit (ce Verbe) comme couché et courbé sur les choses 9 matérielles destituées de forme : quand il a mêlé les choses 9 spirituelles avec les plus grossières, s'avançant en forme » et en acte , c'est-à-dire, ajoute le traducteur, on venant à » une existence actuelle ». Telle est latraducdon Su ministre. Il n'y a point de difficulté dans la première période; mais le reste n'a ni sens niconstruclion: jamais philosophe n'avoil tenu de discours si pcif suivi, et jamais pour un Athénien rien n'avoit été plus obscur. Car que veut dire ce Verbe couché ej cotfr6^ sur la matière , dont aussi il n'y a nulle mention dans l'auteur? Pourquoi au lieu des choses légères , mettre les choses spirituelles dont il n'étoit pas question? Et que signifie ce mélange des choses spirituelles avec les grossières? Que veut dire aussi cette belle phrase : La première génération est au Père qui n'est point engendré? 11 est encore bien certain que l'original n'a point engendré^ mais fait : ce que je ne prouve pas, parce que le ministre en convient et qu'il a encore réformé cette fausseté dans son Tableau \ Mais le reste , à quoi il n'a pas touché , est inexcusable , comme on le va découvrir dans notre version que voici : « Si vous croyez » pouvoir comprendre ce que c'est que le Fils, je vous dirai » qu'il est la première production de son Père ; non pas qu'il D ait été fait, puisque dès le commencement Dieu étant une B intelligence éternelle , et étant toujours raisonnable, il avoit 0 toujours en lui-même sa raison , ( on son Verbe : ) mais ù » cause que ce Verbe ayant sous lui , à la manière d'un cha- » riot, (qu'il devoit conduire ) toutes les choses matérielles, 0 la nature informe et la terre, les choses légères étant B mêlées avec les épaisses , (et la nature étant encore en con- 0 fusion) il s'étoit avancé pour en être Tacte et la forme». Il n'y a rien là que de suivi : car après avoir observé que lo Fils étoit la production de son Père, il étoit naturel d'ajouter qu'il en étoit la production non pas comme une chose faite,
'H8 SIXIÈME AVERTISSEÏEKT
Ysvou.svov, ce que le niiuislre ovoit supprimé; rn'aîs comme étant toujours naturellement en qualité déraison, en Dieu qui est tout intelligence. Le reste ne suit pas moins bien. La matière ou les prem/ers éléments, comme un chariot encore mal attelé et sans conduteur, étoient soumis au Verbe de Dieu qui en alloil prendre les rênes : et toutes choses étant mêlées^ le Verbe s'étoit avancé non pour acquérir Vexistence actueUe, que le ministre à toute force vouloit lui donner; (car ilTavoil éternelle et parfaite dans le sein de Dieu comme la raison et le Verbe de cette éternelle intelli^^ence) mais pour être Vacte et la forme, le moteur, le conducteur et^lYime, pour ainsi parler, de la nature confuse. Rien ne se dément là dedans: c'est une allusion manifeste au commencement de la Genèse, oh nous voyons péle-méle le ciel cl la terre avec le soufOc porté dessus; ce qu'Athénagore exprimoit par le mélange confus des choses légères et épaisses. Quand le Verbe s'avance ensuite pour débrouiller ce mélange, c'est encore une allusion à la parole que Dieu prononça pour faire naître la lumière , le (irmament et le reste ; car tous les anciens sont d'accord que celte parole est le Verbe même comme exprimô au dehors par son opération extérieure, ainsi qu'on a vu. De cette sorte tout étoit confus avant que le Verbe parijt, et tout se range en son lieu à sa présence. C'est donc lui qui étanl déjà le Verbe de Dieu comme son idée et son efficace, ainsi qn'Aihéiiagore le vcnoit de dire, devient l'idée ou laformeet Vacle de celle matière confuse vers laquelle il s'avance pour l'arranger; ce qui est infiniment éloigné de cette existence actuelle qu'on veut lui donner à lui-même.
LXX. Suite dii passage (rAthénagnrequi en fait tout le (lénouenicnt, etqi'O
ie ministre supprime.
On voit dans ces expressions ce qu'on a vu dans celles do saint lïyppolyle, c'est-à-dire, cette opération au dehors qi:i est spécialement attribuée au Verbe, pour montrer que Dieu n'agit point par une aveugle puissance, mais toujours par intelligence et par sagesse ; et c'est ce qui est encore exprimé dans les paroles suivantes qui font la troisième parlie du passage d'Alhénagore. Après avoir exposé comme le
Sra LES LETTRES- DE M. JURIEU. ■**'^
Verbe s'avance par son opération vers la malièrc confuso ponr la former, il prouve son oxposilion par rÉcrilure en celte sorle : Et, dil-il, Vosprit prophéliqun s'accorde avec mon discours, lorsqu'il dit, (on loîpqiril fait dire au Verbe dans les Provci'bes de Snlomon : ) Le Seigneur rrCa créé le commencement de ses voies \ Le ministre traduit cet endroit, dont il crail pouvoir se servir pour son dessein, à cause du terme de création qui sembloit induire dans le Verbe une nouvelii^ existence au commencement de Tunivcrs, ainsi que le ministre le pensoit alors; mais il supprime le reste ^lu passage d'Atbénagore qui auroit fait voir le contraire. Cet auteur poursuit donc ainsi : « L'esprit prophétique s'accorde avec mon » discours, lorsqu'il dit : Dieu nfa créé.... Et quant à ce qui » regarde ce même esprit prophétique qui agit dans les homr » mes inspirés, nous disons qu'il est une émanation de Dieu, » et qu'en décoidantde lui, (sur les prophètes qu'il inspire) il » retourne à lui par réflexion comme le rayon du soleil ». C'est en efl'et le propre de l'inspiration de nous ramener à Dieu qui en est la source comme de l'Esprit qui la donne; par où Ton voit clairement que sans parler de Témanatiou éternelle du Saint-Esprit, où les Païens à qui il écrit n'auroienl rien compris, Atliénagore fait connoîlre cette Personne divine par son émanation et son effusion temporelle sur les prophètes, c'est-à-dire, par l'opération qu'elle y exerce; comme il venoit de faire connoîlre le Verbe par celle qu'il exerçoit dans la création de Tunivers : ce qu'il finit en disant : a Qui ne sera donc étonné, qu'on nous fasse [)asser pour » athées, nous qui reconnoisrons Dieu le Père, Dieu le Fils et » le Saint-Esprit » ?
Le ministre n'a qu'à dire maintenant que le Saint-Esprit n'étoit pas, ou qu'il n'éloit pas parfait avant qu'il inspirât les prophètes, ou que par cette inspiration, qui n'est qu'une effusion du Suint-Esprit au dehors, il acquiert quelque nouvel être ou quelque nouvelle manière d'être : et s'il a honte de le penser et de faire changer le Saint-Esprit à cause qu'il change en mieux les prophètes
* Prov. VIII. 51.
420 SIXIÈME À^'ERTIS8EMEXT
qu*i1 inspire, il doit entendre de la même sorte cette cré c'est-à-dire cette production au dehors du Verbe qui éta jours, et qui sans changer lui-même, a changé toute ture en mieux.
LXXI. Dessein d'Âtliéiiagore dans ce passage, qui fait un noc déuouemeni de la doc Ir lue des Pcres.
On voit maintenant assez clairement tout le dessein d nagore, qui, pour empêcher les Païens de nous met rang des allées, entreprend de leur donner quelque i( Dieu que nous servons en trois Personnes, dont il ajout falloit connoître Vunité et les différences ' : et comme pouvoient pas entrer dans le fond d'un si haut mysti dans réternelle émanation du Fils et du Saint-Espri contente de faire connoître ces deux divines Personn les opérations que TEcriture leur attribue au dehors, c dire, le Fils par la création, et le Saint-Esprit par rie tion prophétique.
C'étoicnt là deux grands caractères du Fils et du Sa prit : Tun comme sagesse du Père est reconnu pour V de la création qui est un ouvrage de sagesse ; et Tautre ( son esprit est reconnu pour Tauteur de Finspiration p tique, qui est aussi le caractère qu'on lui donne part même dans le symbole de Constantinople, où sa divir déOnie : Je crois, dit-on, au Saint-Esprit, quia parlé Prophètes : et c'est pourquoi Athénagore le caractérise, ( font aussi les autres Pères, par le titre d'esprit proph( Il ne pouvoit donc rien faire de plus convenable que d( gner ces deux Personnes par leurs opérations extérieu parmi ces opérations en choisir deux plus marquées, création de l'univers et l'inspiration des prophètes : fait voir plus clair que le jour que cette production du divin n'est en ce lieu , que l'opération par laquelle il clare au deiiors; et c'est encore ici un dénouement de trine des Pères.
Trov. VIII. 21.
LXXII. Comment le Fils de Dieu est créé selon quelques Pères : autre
déuouoment de leur doctrine.
Je ne m*arréterai point au défaut de la version des Septante, qui font dire à la sagesse divine dans cet endroit des Proverbes de Salomon : Dieu m'a créée. On sait qu'il ne s'agissoit, comme Eusèbe de Césarée Ta bien remarqué, que d'une lettre pour une autre, d'un iota pour un éta, e pour t); et d'un Sxtitc, qui signifie, m'a créée, pour un lxTYi<rs qui signifie m'a possédée. L'hébreu porte , comme saint Jérôme l'a rétabli dans Holre Vulgate, le Seigneur m*a 'possédée^ c'est-ù-dire, selon la phrase de la langue sainte , nCa engendrée : ce qui convenoit parfaitement à la sagesse engendrée, qui étoit le Fils de Dieu, qui dit aussi dans la suite : Les abîmes n'étaient pas encore quand j'ai été conçue dans le sein de Dieu ; et j'ai été enfantée devant les collines, devant que la terre eût été formée, et que Dieu Peut posée sur ses fondements '. La génération du Fils de Dieu se présentoit clairement dans ces paroles, et rcdressoit ies idées que le terme de création auroit pu donner : et c'est pourquoi les anciens n'bésitoient pas à appeler constamment le Fils de Dieu, non pas un ouvrage, mais un Fils, non pas une créature, mais une personne engendrée avant tous les siècles. Mais I'extics, le créé, de l'ancienne version en engagea quelques-uns, non à mettre le Fils de Dieu au rang des créatures, mais à dire que la sagesse, éternellement conçue dans le sein de Dieu, avoit été créée en quelque façon, lorsqu'elle s'étoit imprimée, et, pour ainsi dire figurée, ellemême dans son ouvrage, à la manière qu'un architecte forme dans son édifice une image de la sagesse et de Tart qui le fait agir : car c'est en cette manière qu'en contemplant attentivement une architecture bien entendue, nous disons que cet ouvrage est sage, qu'il y a là de la sagesse, c'est-à-dire, de la justesse, de la proportion, et dans la parfaite convenance des parties, une belle el sage simplicité. En cette sorte outre la sagesse créatrice on rcconnoît dans l'univers un sagesse créée vi une expression si vive du Verbe de Dieu, qu'on diroit
» piov. \iii. 2'i. ?:>.
qu'il s'est transmis lui-même tout enlier dans son ouvrage, ou que cet ouvrage n'est autre chose que le Verbe produit au dehors.
On voit donc en loutes manières que la doctrine des anciens docteurs n'est, au fond, que la même chose que la nôlre ; puisque ce qu'on appelle parmi nous l'opénliou extérieure de Dieu agissant par son Verbe, c'est ce qu'ils appcloient dans leur langage la sortie du Verbe, son progrès, son avancement vers la créature, sa création au dehors à la ma- i nière qu'on vient de voir; et en ce sens une espèce de génération et de production , qui n'est en effet que sa manifestation, et précisément la même «hose que saint Athanase a depuis si divinement expliquée dans sa cinquième oraison contre les Ariens '.
LXXIlT. Témérité du ministre, qui accuse les anciens Pères de sortir de la simplicité de rËcrîture : quel a été le platonisme de ces saints docteurs.
Si je n'avois autre chose à fidre, je montrerois au ministre sa témérité, lorsqu'il accuse Athénagore et les autres Pères iVétre sortis de la simplicité de V Ecriture en tentant d'expliquer le mystère \ Car on peut w'w aisément qu'ils n'ont fait que suivre les Proverbes de Salomon , et les livres Sapientiaux, comme on les appelle, dont saint Jean avoit ramassé toute la théologie en un seul mot lorsqu'il avoit dit : Au commencement la parole étoit. Je pourrois aussi remarquer, contre ceux qui les font tant platoniser, qu'en ce qui regarde le Verbe, ils en trouvent plus dans un chapitre de ces livres divins , qu'on n'en pourroit recueillir de tous les endroits dispersés dans les dialogues de Platon : ce que je dis non pas pour nier qu'il ne convînt à ces saints docteurs de présenter aux Païens des idées qui paroissoient assez convenables à une philosophie qui tenoit le premier rang parmi eux, mais pour montrer au ministre qu'ils avoient do meilleurs originaux devant les yeux.
' Atlian. Oiat. 5. in Arîan. iiuncOrat 4. n. 12; t. i. p. 02 j. — ' Lclt. vj. (le 1089. p. /j3.
LXXIV. Mauvaise foi dit ministre, qui attribue sa double nativité h des auteurs d*où il n^apu tirer aucun passage : S. Justin, S. Irénce, S. Ilippolyte.
Au reste, pour en revenir aux passages qu'il a cilés des saints docteurs, on peut juger par les deux qu'on a vus, avec quelle témérilé il a produit tous les autres. Une autre marque de son imprudence , pour ne rien dire de pis, est qu'en nommant les défenseurs de sa double nativité, il déclare quV/ n^en excepte aucun des Pères ', jusqu'à citer pour celte doctrine saint irénée , on il ne s'en trouve pas le moindre vestige, et saint Justin qui n'en dit non plus un seul mot". Ce n'est pas que je veuille dire qu'il soir sans difliculié. Il y a des difficultés aisées à résoudre par les principes qu'on a posés, ou par d'autres qui ne sont pas de ce lieu ; des dif- (icultés en tout cas qui regardent M. Jurieu et les Prétendus Réformés aussi bien que nous ; en sorte qu'ils n'ont pas droit d'exiger de nous que nous ayons à les leur résoudre. Mai^ pour celte difdculté de M, Jurieu qui regarde les deux naissances, lui-même il ne produit aucun passjigo de ce sainl. Il est vrai qu'il cite pour cette doctrine, quoiqu'à tort, Talion, disciple de ce martyr, et il dit quil l'avait apprise Je son maître^. Mais s'il avoit tout nppris d'un si excellent docteur, il en auroit donc appris la délestable hérésie dos Encraliles , dont ce malbcureux disciple a été le chef depuis le martyre de son maître \
Il m'insulte néanmoins par ces grands noms ; et lorsque jo lui reproche qu'il a corrompu la foi de la Trinité, « M. de » Meaux doit savoir, dit-il '\ que ces éloges ne tombent pas » sur moi, mais sur ses saints et sur ses martyrs ». Il les appelle mes martyrs, comme il a coutume de me dire avec le même dédain, son Père Pétau^ ; mais en quelque sorte qu'il me les donne, en colère ou autrement, je les reçois. U nomme ensuite parmi mes saints et mes martyrs, saint lostin, saint Irénée, saint Hippolyle, dont on a vu que les
« P. 250. - = Tab Lrll. vi. p. 7S î - ' Jiu. t. It vi de 1080. — ■» Epiph. iK-rr, /iO. -- ■■ V. : ';>. - • P. V "i. l-.Sii.
424 SrxiÈJlE AVERTISSEMENT
les deux premiers ne disenl rien de ce qu'il prétend , et le troisième en dit ce qu'on vient d'entendre , c'est-à-dire ce qui doit confondre le ministre.
LXXV. Mauvaise foi du ministre sur le sujet de saint Cypricn.
Venons à saint Cyprien. Le ministre le comprendra-t-ii purmi les auteurs de cette double nativité? Oui et non. 11 l'y comprendra, car il dit ; et moi je n*en excepte aucun. Il ne l'y comprendra pas ; car il est forcé d'avouer qu'il y a d'autres auteurs, comme par exemple sain^ Cyprien, où celle théologie ne se trouve pas ; mais il ne les exempte pas pour cela de cette double génération ; puisque cela vient, dit-il, de ce quUls n'ont pas eu V occasion d'en parler. Mais saint Cyprien a eu la même occasion d'en parler que les autres; puisque comme les autres il a expliqué de Jésus-Christ cette parole des Proverbes : Dieu m'a créé, qu'il traduisoit de même manière qu'on le faisoit en son temps \ Il n'en a pourtant pas conclu cette double génération de Jésus-Christ comme Dieu; et s'il le fait naître deux fois, c'est à cause (]}Jl ayant été des le commencement le Fils de Dieu , il devait naître encore une fois selon la chair ' ; par où il s'arrête manifestement à le faire naître deux fois ; une fois comme Fils de Dieu , et une autre fois comme Fils de l'homme : et s'il n'a jamais parlé de cette troisième naissance , que le ministre fout seul veut imaginer comme véritable dans le sens littéral , ce n'est pas manque d'occasion, mais c'est que ni lui ni les autres ne songeoient seulement pas à cette chimère.
LXXVJ. Mauvaise foi du ministre sur le sujet des autres Pères.
Il nous allègue une autre raison du silence de quelques Pères sur celte double génération ; ou c'est peut-être , dit-il , quils étoient plus modérés que les autres. Mais si à titre de modération ou autrement, il n'ose pas se promettre de frou< ver dans tous les anciens sa seconde nativité , il ne falloit donc pas trancher si net ; et moi je n'en excepte aucun : car
' Lib. 2. icst. ad Quir. c i. p. 284. — - Ibid. ca^. 8.ç. 288,
SCn LES LETTRllS DE M JURIEU.
c^est là trop visiblement assurer ce qu'on avoue qu'on nesail pas, et contre sa propre conscience vouloir trouver des erreurs qu'on puisse imputer à TEglisc.
LXXT11. Injustice du ministre, qui veut qu*on lui montre dans les premiers siècles la réfutation expresse d'une chimère qui u*y fut jamais.
C'est ce qui lui fait ajouter , qu'il ne faut pas faire deux classes des anciens auteurs , parce qu'on ne lit rien chez ceux qui se taisent de cette double génération , qui condamne directement, ou indirectement ce que les atUrcs ont écrit là des^ stts\ Quelle erreur! Tous ceux qui font Dieu spirituel et immuable, et qui en particulier font le Fils de Dieu incapïible de changement, s'opposent directement à cette double génération, qui le fait une portion inégale de la substance du Père; un iBls engendré à deux fois ; formellement imparfait , et venant avec le temps à sa perfection à la manière d'un fruit qui a besoin de mûrir. Mais où ne trouve-t-on pas cette immutabilité et indivisibilité, puisque nous l'avons montrée partout, et môme dans les auteurs, à qui on veut attribuer cette naissance imparfaite? C'est donc qu'eux-mêmes ne la croyoicnt pas; personne ne lacroyoit parmi les Pères : cette seconde nativité n'est qu'une similitude qu'on prend trop grossièrement au pied de la lettre. Il ne faut donc pas demander qu'on montre dans les trois premiers siècles une réfutation expresse d'une chimère qui n'y fut jamais : on ne Ta non plus réfutée dans les siècles suivants ; car on n'y songeoit seulement pas; parce qu'on ne trouvoit tout au plus une erreur si insensée , que dans quelques extravagants qu'on ne connoit point , et que jamais on n'a crus dignes d'être réfutés. Si le raisonnement du ministre avoit lieu , il n'y auroit donc qu'à imaginer dans la suite toutes sortes d'extravagances, et à leur donner du crédit, s©us prétexte qu'on ne pourroit démontrer ({u'elle eût été réfutée. C'est donc une erreur grossière de parler ici de réfutation ; et c'est assez que nous montrions à notre ministre, que ses idées ridicules répugnent directement à celles des Pères dès l'origine du christianisme.
^26 SIXltilE AVERTISSEac:«T
Jj^XYIII. Autre faux raisonnement du ministre sur Tertullien et saiiit
Cyprien.
Il revient à saint Cyprien : « Et il n'est pas apparent, dit-il', » que saint Cyprien , par exemple , qui vénéroit si fort Ter- » tullien et qui Tappeloit son maître, le regardât xiomme ud » ennemi de la divinité de Jésus-Christ ». Mais trouve-t-il bien plus apparent que saint Cyprien regardât son maître comme un ennemi déclaré de la perfection et de Timmutabilité du Fils de Dieu , et qu'il trouvât bon qu'on l'appelât Dieu en le faisant imparfait , et en lui faisant attendre du temps sa der> nière perfection ? Il faut donc dire que saint Cyprien n'y aura pas vu ces erreurs non plus que les autres, et qu'il n'aura pas fait à Tertullien un crime d*une métaphore ou d'une similitude. Ainsi nous pouvons conclure sans crainte, que le miqîstre n'entend pas les Pères qu'il a cités, et que c'est par un aveugle entêtement de trouver des variations , qu'il les implique dans Terreur.
LXXTX. Avec quelle mauvaise foi le ministre a rangé parmi les errants S. Clément d'Alexandrie: passage de ce saint prêtre.
Il met au rang de ses partisans sur la double génération saint Cléînent d'Alexandrie^, où il n'y en a pas un seul trait. Il cite le Père Pctau \ qui trouve bien dans ce Père des locutions incommodes , mais non pas sur le sujet que nous trai-* tons. Mais je demande à M. Jurieu ; osera-t-il mettre cet auteur parmi ceux qui ne combattent ni directement ni indi^ rectemcut la prétendue erreur des anciens? Quoi donc! ue combat-il pas Tinégalité et rinipcrfcction du Fils , lui qui rappelle eu un endvo'it vraiment Dieu et égal au Seigneur dû toutes choses* ; et en d'autres, toujours parlait et parfaitemeut un avec son Père? Mais poussons à bout cet article de Clément Alexandrin. Après tout, que blamcra-t-on dans cet auteur? Ce qu'on y bllme le plus en cette matière , c'est d'avoir appelé le Fils une nature très-prochg du seul Tout-Puissant. Mais pesons toutes ces paroles : une nature ; une chose née:
' P. 252.-2 p 25t. -"* Lib. i.dcTrin. c. -'i. n. 1 Ihid r. 5. n. 7.— ■' CIcm. iu Pioirept. Vide supià» n. 'ôO. 46.
d'oJi vienl le mot de nature en grec comme en latin , «puaiç , une chose naturelle à Dieu. Qu'y a-t-il là de mauvais? Le Fils de Dieu n'est-il pas de ce caractère ; c'est-à-dire , le Fils par nature, et non par adoption ? Ce qui fait dire à saint Athanase, que Je Père n'engendre pas son Verbe par volonté et par libre arbitre, mais par nalure •; et que la fécondité est naturelle dans Dieu ' , quoiqu'elle soit , dans une autre vue, propre et personnelle dans le Père. On a donc pu^ et on a dii regarder dans le Fils de Dieu sa naissance comme lui étant naturelle. Le mal seroit , si Ton vouloit dire qu'il est d'une autre nature, c'est-à-dire , d'une autre essence, ou d'une autre substance que son Père; mais ce saint prelro d'Alexandrie a exclu formellement cette idée , et surtout dans les endroits où il a dit, comme on a vu, que le Père et le Fils sont un , et un (le l'unité la plus parfaite. Pendant qu'il pense comme nous, est-ce un crime de ne pas toujours parler de même? Mais il a dit que le Verbe est une nature , ou , comme nous l'entendons, une cliose naturelle en Dieu, et très - proche du seul Tout-Puissant , irpocre/effTàTr,. Où est le mal de cette expression? C'est qu'au lieu (lire très-proche, il falloit dire un avec lui. Il a dit aussi, comme on a vu : regardez-le selon la substance , il est un : regardez-le comme distingué, il est très-proche; et l'emarquez que ce très -proche doit être traduit très-uni à Dieu, et une chose qui lui convient très-parfaitement; car tout cela est renfermé dans le terme , xpocrr/ecTTar/i. Ce n'est rien d'étranger au Père, puisqu'il est son Fils, et son Fils qui ne sort jamais du sein paternel, qui est toujours dans le Père, comme le Père est toujours dans le Fils. Qu'y a-t-il là que de vrai ? El pouvoit-on mieux exprimer cet apud Deum de saint Jean , qui signifie tout ensemble , et en grec comme en latin , être CD Dieu , être avec Dieu , être auprès de Dieu ou chez Dieu ; c'est-à-dire, être quelque chose qui lui soit très-proche et (rès-inséparablement uni. Et pour ce qui est d'avoir appelé le rère le seul Tout-Puissant , lès moindres théologiens savent que ce n'est rien ; puisque Jésus- Christ a dit lui-même : Or^
• Oral. 4. in Ar. nunc. Orat. 3. n. 01 d .«cq. f. i p. 0-0 ci rrq. • Ornt, 3. Ibid,
428 SIXIÈME AVKÎITISSEÎIKNT
c'est la vie éternelle de vous connoitre , ô mon Père, vous qui êtes le seul vrai Dieu , et Jésus- Christ que vous avez envoyé^ ; où il oe craint point d'appeler son Père le seul vrai Dieu, avec autant d'énergie que ce savant prêtre l'appelle le seal Tout-Puissant. Je n'ai pas besoin ici de rappeler cette doctrine commune, qu'en parlant du Père ou du Fils ou du Saiot- Ësprit, le seul n'est pas exclusif des personnes inséparables de Dieu , mais de celles qui luisent étrangères : c'est pourqooî saint Clément d'Alexandrie , qui appelle ici le Père k setd Tout-Puissant, reconnoît ailleurs, comme on a vu*, la toutepuissance du Fils, et l'appelle même Tormellement 26 seul Dieuy comme le ministre l'avoue ^ « Hommes, dit -il *, croyei » en celui qui est Dieu et homme : mortels , cmyez en celui » qui est mort , et qui est le seul Dieu de tous les hommes b. Le Père n'en est pas moins Dieu, comme le Fils n'en est pas moins tout-puissant.
Après que ces difficultés sont dissipées , la divinité de Jésus-Christ va luire comme le soleil dans saint Clémentd'A* lexandrie * : » La très- parfaite , Ircs-souveraiiie , Irès-domt » nantc ettiès-hienfaisanle nature du Verbe est trùs-prochej » très-convcnantc, très-intimement unie au seul tout-puis- , D sant. C'est la souveraine excellence qui dispose tout selon » la volonté de son Père ; en sorte que l'univers est parfaitey> ment gouverné, parce que celui qui le gouverne agissant » par une indomptable et inépuisable puissîince , regarde » toujours les raisons cachées», et les secrets desseins de Dieu, a Car le Fils de Dieu ne quille jamais la hauteur d'où il » contemple toutes choses; il ne se divise, ni ne se partage, )) ni ne passe d'un lieu à un autre : il est partout tout entier » sans que rien puisse le contenir, tout pensée, tout œil, » tout plein de lumière paternelle, et tout lumière lui-même; ' » voyant tout, écoutant, sachant tout » ; c'est-à-dire, sans difficulté, le sachant toujours, « et pénétrant par puissance tou- )) tes les puissances ; à qui toiTs les anges et tous les dieux )) sont soumis ». Si le ministre avoit vu cinq cents endroits
• Joan. xvii. ,1. — - Ci-dossiis , n. ?.Q. 40. — - Jur. p. 233. — '• Clem. i:i Protrei). — '" Stroin. vu. \u\».
Sun LES LETTRES DE II. JLT.ILU.
qu'on trouve dans cet excellent auteur, de cette élévation et lie cette force, il n'en mépriscroitpas comme il fait la théologie '. Elle renverse son système par les fondements. Si le Filsde Dieu est une chose naturellement très- parfaite et toujours immuable, il n'a donc pas eu besoin de niiître deux fois pour arriver à sa perfection. Si son immutabilité exclut jusqu'au moindre changement quant aux lieux et quant aux pensées, c'est en vain qu'on veut lui faire acquérir de nouvelles manières d'être. L'inégalité n'est pas moins exclue ; puisque saiut Clément Alexandrin vient de le faire si pénétrant, si puissant, et, s'il est permis de parler en cette sorte, si immense, que le Père ne peut l'être davantage. Le ministre a dooc cité témérairement cet auteur comme tant d'autres ; et il DC veut qu'éblouir le monde par de grands noms.
LXX.X. Mauvaise foi dtimhiistresur lesojetde Biillus, protestant anglais qu^un lui avoit objecté dans le premier Avertissement.
Sans entrer dans tout ce détail, qui ne m'étoit pas nécessaire, dès mon premier Avertissement je lui ôtois en un mot tous les anciens en le renvoyant à Buîlus, de qui il pouvoit ipprendre le véritable dénouementde tous leurs passages. Mais ^ inr.avdisefoi paroîtici comme partout ailleurs. D'abord il n'a ^asosé avouer que Bullusme favorisât, ni qu'un si savant Proestant lui enlevât tout d'un coup tous ses auteurs sans lui en laisser un seul : et c'est pourquoi il dit d'abord dans son avis k M. de Beauval ' : a Un œufn'cst pas plus semblable à un œuf, I» que les observations de Bullus le sont aux miennes ». On ne peut pas porter plus loin le mensonge ; et pour le voir en un root, il ne faut que considérer que cette seconde nativité ^e quelques anciens se doit entendre selon Bullus \ non d'une nativité véritable et proprement dite, mais d'une nativité figurée et métaphorique, qui ne signifioit autre chose que sa manifestation et sa sortie au dehors par son opération : ce que Bullus met en thèse positivement, et ce qu'il répète à toutes les pages*, comme le parfait dénouement de la théologie de
• P. 233.— *P. 2.— ^Dcf. fid.NlG 3. scct. c. 5. Ç. 3. p. 337.- « Sect. 2. r. ^. I. 7. c. 5. <*^" fi. etc..
S1&IÈ31E AVGRTlSSE31EiNT
ces siècles. Or, comme celle solution renverse loul le système <lu ministre, il s'y oppose de toute sa force; en sorte queBullus disant que tout cela s'entend en figure, le minisire Jurieu dit au contraire et entreprend de prouver que cela s'entendà la lettre ' : et voilà comme ces deux auteurs se ressemblent. Par la morne raison onpourroit dire que le Catholique et le Calviniste ont le mêmesentimentsur la présence de Jésus- Christ dans rEucliarislie, parce que si Tun la met en vérité, Fautrela met en figure. Les Sociniens seront aussi de même doctrine que nous , parce que Jésus-Christ est figurémcnl selon eux ce qu'il est proprement selon nous, Dieu béni am siècles des siècles ^ : Taffirmation et la négation, les lumières et les ténèbres ne seront plus qu'un ; et le ministre troaveia tout en toutes choses.
LXXXI. Prodigieuse différence entre la doctrine de Bollus et celle di
M. Jurieu, qui veut lui être semblable.
11 a bien fallu se dédire d'une si visible absurdité ; mm\ c'est toujours de mauvaise foi : car au lieu que. dans l'avisa . M. de Bcauval, Bullus et Jurieu étoient deux œufs si semblablés qu'il n'y avoit nulle différence; dans la sixième lettre du Tableau, M. Jurieu se contente qu'«7 n'y ait pas dansle fond grande différence \ Mais quelle plus grande différence veut-il trouver, que celle du sens figuré au sens propre?quc celle qui met en Dieu de l'imperfection et du cliangemenl, et celle qui n'y en met pas? que celle quiintroduitdes variations dans les sentiments, et celle qui n'en reconnoît que dans les expressions? que celle qui donne au christianisme une suilo toujours uniforme, et celle qui commet les pères avec les enfants, les premiers siècles avec la postérité, qui donne enOn une face hideuse au commencement de la religion et à toulo l'Église chrétienne?
' Jnr.Tab. liO.tt. vi.p. '?A8. ?..iiS. î>r>G. ^ 2 p.^^^j^^ j^. .'î. — " P. 541.
SUn LHS LETTRES DE M. JLRIEU. ^^^