ARTICLE XI
Que selon ses propres principes le ministre deooit recevoir le dénouement de Bulliis, et quil tombe manifestement dans V extravagance,
LXXXll. Que le caractère de comparaison qui se trouve dans les passages dont le ministre abusuit, ne lui permettoit pas de les prendre au pied de la lettre.
Biais pourquoi vouloir obliger le ministre Juricu, un si grand original en matière de théologie, à suivre les sentiraenls de Bullus? Je le dirai en un mot : c'est qu'il devoit s'y obliger lui-même, pour n'avoir point à dire cent absurdités qu'on vient d'entendre, avec cent autres qu'on découvrira dans la suite ; et si Ton veut parler plus à fond, c'est que le sentiment de Bullus portoit, surtout dans un homme qui comme M. Jurieu fait profession de reconnoître la divinité de Jésus-Christ, un caractère manifeste de vérité qu'on ne pouroit rejeter sans extravagance. Car d'abord tous les endroits dont le ministre abuse étoient constamment des comparaisons, des similitudes , ou si vous voulez, dos métaphores; ^misque les métaphores ne sont autre chose que des similitudes abrégées, et encore des similitudes tirées des choses sensibles pour les transporter aux divines. De là venoient ces extensions, ces portions de lumière, et les autres choses semblables que nous avons observées : c'étoit si peu des expressions précises et littérales , qu'on en cherchoit d'autrcn pour redresser ce qu'elles pouvoient avoir de défectueux ; et le c:\raclere de similitude y étoit si marqué, qu'il n'y a rien, comme on a vu , de si ridicule à notre ministre que d'avoir voulu pousser à bout ces comparaisons.
LXXXIII. Que visiblement les r.omparaisons tirées des opérations denotrr âme u'étoiont encore qu'un bégaiement en les comparant h la naissance du Verbe.
Celles qu'on tire de râmc , qui est un esprit que Dieu a fait à son image, sont plus pures, mais toujours infiniment disproportionnées à la nature divine. L'architecte, avons-
^^^ SIXIÈME AVBUTISSEXBNT
nons d'il, répand son idée et tout son art sur son ouvrage : ce qu'il a mis au dehors est en quelque façon ce qu'il a?oit conçu au dedans : tout cela peut s'appliquer k Dieu lorsqu'il produit le monde par son Verbe ; mais il faut y apporter les distinctions nécessaires : car tout cela dans le fond n'est que similitude et métaphore même à l'égard de l'irchitecle morlel, qui à la rigueur garde toujours sa pensée, et ne la met pas hors de lui quand il bâiit : à plus foric raison tout cela n'est que bégaiement et imperfection à Fégtnl de Dieu.
LXXXIV. Que toute la suite du discours des Pères ronduîsoitnaturellewst
Tesprit an sens figuré et métaphorique.
Mais la comparaison que les Pères pressent le plus est celle de notre pensée et de notre parole, ou comme parle la Ihéologie, de nos deux paroles : Tintérieure par laquelle noos nous entretenons en nous-m^mes, et Teilérieure par laquelle nous nous exprimons au dehors. Tous les Pères oel entendu, après rÉcriture, que le Fils de Dieu étoit son Verbe, sa parole intérieure, son éternelle pensée, et sarai- ; son subsistante, parce que verbe, parole et raison, c'est la !^ même chose : et pour la parole extérieure ils la trouvoîeot { attribuée à Dieu au commencement de la Genèse , lorsqu'il ' dit. Que la lumière soit, et la lumière fut : qu'il se fasse une | étendue, ou un firmament, et il se fit une étendue, ou un fr- ' marnent ' ; et ainsi du reste. Il est bien clair que celle ex- f pression de la Genèse , qui fait prononcer k Dieu une parole extérieure, est une similitude qui nous représente en Dieu 1 la plus parfaite, la plus efficace, et pour ainsi dire, l^plus > royale, et en m^me temps la plus vive et la plus intellec- ^ tuelle manière de faire les choses, lorsqu'il n'en coûte que ' de commander, et qu'à la voix du souverain, qui demeure tranquille dans son trône , tout un grand empire se remue. Ainsi Dieu commande par son Verbe ; et non-seulement toute la nature^ et autant l'insensible que la raisonnable , mais encore )e néant même obéit. Une si belle similitude méritoit
' Cen. I. 3etscq,
bien d'èb*e continuée ; mais en la continuant il falloit toujours se souvenir de son origine. On a suivi la comparaison en disant que cette parole, Que la lumière soit , et les autres de même nature, étoicnt en Dieu comme en nous Fimage de la pensée; qu'en disant : Que la lumière soit. Dieu avoit produit au dehors ce qu'il avoit au dedans, son idée, son intelligence, son Verbe, en un mot, qui est son Fils : qu'il Tavoit proféi'é, prononcé ^ manifesté au dehors, à la manière que nous Tavons vu ' ; qu'alors il Tavoit créé , engendré , «nfanté en quelque façon; comme un discours que nous prononçons après l'avoir médité, est en quelque sorte la production et l'enfantement de notre esprit. On sent bien oalurellement que tout cela est la suite d'une comparaison ; mais le ministre veut tout prendre rigoureusement. En poussant la comparaison, Tertullien dit que cette prononciation extérieure où Dieu profère ce qu'il pensoit, en disant. Que h lumière soit faite, et le reste , est la parfaite nativité du Ferbe' : le ministre conclut de là que le Verbe en toute rigueur est vniiment enfanté. Mais comme Tertullien attribue la perfection a cette seconde nativité, à cause qu'en un certain sens et à notre manière d'entendre , une chose est regurdée comme plus parfaite, lorsqu'elle se manifeste par son action ; le ministre s'obstine encore à dire au pied de la lettre que le Verbe change, et acquiert sa perfection par cette seconde naissance : et parce que le même auteur ajoute après, que le Verbe par ce moyen est sorti du sein de son Père, ou pour mettre ses propres paroles, (car il ne faut point obscurcir les choses par trop de délicatesse ) quil est horli de la matrice de son cœur^, le ministre conclut encore, qu*aVant que Dieu eût parlé, le Verbe étoit dans son sein, mais seulement comme conçu ; au lieu que par su parole il a été vraiment engendré et mis au jour. Voilà dans Tertullien tout le fondement de ces enveloppements et développements tant vantés, et de cette double naissance qu'on veut prendre au pied de la lettre. Et parce que cet auteur a entassé comparaison sur comparaison , et métaphore sur métaphore, pour
* Ci-dessus, o. GG et suiv. — * AdV. Prax. n. 5. 0. 7. — ' Ibid.
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faite nativité de TertuIIien n'arrive qu'à ces paroles lumière soit faite : ce fut alors et à cette voix, que, di lien ', le Verbe reçut son ornement et sa parfaite nat sont les mots de cet auteur. Mais cette parole. Que l soit, ne se fait entendre qu'après qu'il a été dit: Aui cernent Dieu créa le ciel et la terre ^ Le ciel et la terr donc, que le Verbe n'éloit pas encore ; ou en tout c; voit pas son être distinct, comme vous le vouliez en : son être développé, comme vous l'avez mieux aimé i Le Verbe étoit donc alors aussi informe que le mon par qui donc avoient été faits le ciel et la terre? N'e encore par le Verbe? et saint Jean en a-t-il trop dit a prononcé : Toutes choses ont été faites par lui ; et i puyer davantage, sanslui rien naété fait de ce qui a* Mais si vous êtes forcé par cette parole de saint Jean que dès ce premier commencement le ciel et la terr par le Verbe tout ce qu'ils avoient d'existence ; le Ve t-il faits avant que d'être lui-même, ou avant que d'< fait ou formé et développé, comme vous parlez ? Est s'élevoit à sa perfection, à mesure qu'il perfection ouvrage? Ou bien est-ce qu'il est venu à trois fo plus à deux : une fois dans l'éternité ; foible embi
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SCn LES LETTRES DE M. JIIRiBU« ^*
dénouement que des significations mysHques , c*e8t-à-dire, des sinanlidides? Eh vérité vous êtes outré, et on ne peut plus raisonner avec vous.
LXXXVI. S'il est possible qae Tertallien et les autres Pères aleut pensé les extravagances que le ministre leur impute.
Mais pourquoi, me dira-t-on , ne voulez-vous pas que Tertullien ait pu penser des extravagances? Si c'étoitTerlulIien tout seul, quoiqu'il n'y aitaucune apparence qu'il en ait pensé de si énormes , ce ne seroit pas la peine de disputer pour ce seul auteur. Mais puisque vous ne voulez excepter de ces folles imaginations aucun auteur des trois premiers siècles ; vous mettez, en vérité, trop d'insensés à la tel e de l'Eglise chrétienne, et vous donnez à la religion un trop foible commencement.
LXXXYII. Que Texplication qu*on a donnée à TertuIIien sert à plus forte
raison pour les autres Pères.
Au surplus, il ne faut pas s'imaginer que le dénouement qa^on vient de voir ne serve que pour TertuIIien ; au contraire je n'ai choisi cet auteur qu'à cause que c'est lui qui , par son style on ferme ou dur, comme on voudra l'appeler, enfonce le plus ses traits, et appuie le plus fortement sur ces deux naissances, étant même le seul qui nous a nommé cette parfaite nativité qu'on vient d'entendre : de sorte qu'on ne peut douter que le dénouement qu'on emploie pour TertuIIien, à plus forte raison ne serve aux autres, au nombre de cinq ou six qui ont eu à peu près la même pensée ; et en voici une raison qui ne laissera aucune réplique au ministre.
I^XXXVIII. Aveu du ministre, qu'on ne jieut entendre TertuIIien et les autres Pères sans avoir recours au sens figuré.
Le même TertuIIien, lorsque Dieu proféra ces mots. Que la lumière soit faite, dit qu'«7 proféra une parole sonore \ comme le traduit M. Jnrieu \ vox et sonus oris ; aor offcnsus intelligibilis auditu. Le ministre croit trouvrir la mémo chose dansLactance, dans saint Hippolyte et dans Théophile d'An-
Tert. adv. Prax. n. 7. — ' Tab. Lctt. vi. p. 200.
400 SIXIÈME AVERTISSEHENT
tioche, qui, selon lui, ont admis cette parole sonore, c'est-àdire sans difficulté, comme il en convient, une parole externe et proférée à l'extérieur. Mais a-t-il pris au pied de la lettre les expressions de ces Pères? Pointdutout: il a bien su dire qu'on voit bien que cela ne se doit pas prendre à la rigueur comme a fait le Père Pétau ; on le voit bien par Tabsurdité excessive de ce sentiment, qui ne peut jamais être tombé dans une tête sensée. Pourquoi donc n'ouvrir pas les yeux à de semblables absurdités qu'il attribue lui-même à ces Pères? Pourquoi ne pas recourir à une figure qu'il a déjà reconnue en cette même occasion dans ses auteurs? Et pourquoi s'obstiner toujours à leur faire dire, au sens littéral , que le Verbe naisse imparfait dans le sein de Dieu ; que son Père ou n'ait pas pu ou n'ait pas voulu lui donner sa perfection d'abord ?
LXXXIX. Que toutes les locutions des Pères détermiuoieot Tesprit aoseis
figuré.
La suite même des choses excluoit ce dernier sens. Les mêmes qui ont employé dans leurs interprétations cette parole résonnante , l'ont considérée comme un corps et un revêtibsement que Dieu donnoit à son Verbe ; de même que nos paroles sont une espèce de corps et de revêtissement que nous donnons à nos pensées. En suivant la comparaison, et pour donner plus de substance , ou, si l'on veut, plus de corps à > cette parole résonnante par laquelle ou veut que Dieu ait créé \ la lumière ; quelques-uns de ces auteurs lui ont attribué une \ subsistance durable, semblable à celle que nous donnons à nos pensées et à nos paroles , lorsque nous les mettons par écrit. Tout cela est-il vrai à la rigueur? Dieu a-t-il écrit ce qu'il disoit? Mais a-t-il effectivement parlé? à qui, et e» quelle langue? à la matière qui étoit muette et sourde ? ou aui hommes qui n'étoicnt pas? ou aux anges à qui il ait donné pour cela des oreilles comme à nous ? Forcé par l'absurdité d'une telle imagination , le ministre reconnoit ici une figure dont l'esprit est en deux mots , que Dieu agit au dehors par son Verbe qui est son Fils; qu'il agit en commandant, c'esl-àdire, avec un pouvoir absolu ; que le Verbe par i|iii û commande, et qui est lui-même son commandement, ainsi qu'il
est 8a parole, est une personne ' ; et que la même vertu par laquelle il a une fois créé le monde , subsiste éternellement pour le conserver.
XC Principe du ministre, qai ne yeut pas qu'on prenne les Pères pour des insensés ; qu*avec sa double génération il les fait plus insensés que ceux qui les font ariens.
Pour pousser à bout le ministre par ses propres principes, voici en 1690 comme il prouve que les anciens ont reconnu 1^ Fils de Dieu éternel , non plus en germe et en semence , coflame il disoit en 1689, car il ne Ta plus osé dire depuis,, mais en existence et en personne : « Ce seroit, dit-il % une 0 erreur folle de croire comme ils ont cru qu'il est engendre » de la substance du Père sans croire qu'il soit éternel o. Il a raison; car pour en venir à cette folie, il faudroit croire que la substance de Dieu ne seroit pas éternelle , ou qu'on en pourroit séparer son éternité. Passons outre : cela est trop clair pour nous arrêter davantage. Le ministre ajoute ailleurs , en parlant des mêmes Pères % a qu'il faut croire que ceux » qui errent ne sont pas fous ; et que ce seroit Têtre, et se 0 contredire d'une manière folle, que de dire absolument 2> d'une part, que le Fils est une même substance , et qu'il » est coéternel au Père, et dire cependant qu'il aura com- » mencé ». Â la bonne heure : il ne veut donc pas que les anciens soient fous, ni qu'ils se contredisent d'une manière folle : mais si c'est une absurdité de croire qu'on soit de même substance sans être coéternel , ou qu'on soit coéternel , et que cependant on ait commencé : ce n'en est pas une moindre ni moins sensible , que de croire qu'on soit de même substance , sans croire qu'on soit aussi en tout et partout de même perfection ; que de croire qu'on soit éternel , sans croire qu'on le soit aussi en tout ce qu'on est ; que de croire avec tous les Pèrcsqu'on soitimmuable, et qu'on change cependant ; que la substance soit indivisible , et qu'on n'en (ire au pied de la lettre qu'une portion; ou qu'on s'enveloppe et se développe l'un de l'aulre , sans être des corps et sans ciianger; que de croire « enfin, qu'on soit Dieu sans être
' Ci-dc«SHtf, n. 39. — ' P. 239. — * P. 1G2.
4?^ 81XIÈ1IS ÀTSRTissnmnr
parfoit, et qu*on soit parfait ou lieureqxlorsqu^on manque de quelque chose ; ou quMl n'arrive point de changement duis la substance du Père, lorsqu'il survient quelque chose à m^ Fils qui est dans son sein ; ou que le Père ne soit pas d'abord parfaitement Père , et qu'il laisse mûrir son fruit dans ses entrailles, comme une mère impaissante ; et tootes les extravagances aussi brutales qu'impies que nous avoas vues.
XCI. Que Terreur que le mÎDistre attribue aaz Fera est la folie la fhà ^ manifeste qo*on pftt jamais imaginer, el que le aodniàniifie ôa Tariinisme ne sont rien en comparaison.
Je maintiens que les Ariens et les Siociniens n*ont rien de si insensé que cette doctrine ; car on peut bien avoir cm,^ on avec les orthodoxes , que le Fils de Dieu fût né de toute éternité par une seule et même naissance , ou qu'il fût n$ tppt à fait et tout entier dans le temps » et vraiment tiré du néant: voilà deux extrémités inGniment opposées, mais qu^on peut tenir séparément l'une et l'autre, sinon avec vérité, du moins avec des principes en quelque sorte suivis : mais qu'en supposant le Fils de Dieu éternel et de même substance que Diea» on le supposât en mcme temps si imparfait qu'il ne pût venir d'abord tout entier, et qu'il lui fallût du temps pour le mettre à terme , ou que son Père le changeât lui-même volontairement dans son sein, et Tavançât à sa perfection avec le temps : c'est attribuer au Père et au Fils tant d'impuissance, tant d'imperfection, et un si pitoyable changement, qu'on ne peut l'avoir pensé de celte sorte, comme le ministre le fait penser non à trois ou quatre inconnus, mais à toas les Pères des trois premiers siècles, sans une folie consommée.
XCII. Que dans les passages de Tertallien, objectés par le ministre, la métaphore saute auY yeux à toutes les lignes.
£t sans tant de raisonnements, qui obligeoit à prendre toujours à la lettre Tertullien ', le plus figuré, pour ne pas dire le plus outré de tous les auteurs? Car peut-on expliquer
• Ac!v PraT n. 7.
sua LES LETTRES DE M. JURIEU. ^^59
seulement six lignes dans les endroits, dont il s'agit, sans avoir cent fois recours à la figure? Cette piy^le sonore que nous avons vue, n'est-ce pas une inévitable figure, de Fayeu du ministre Jurieu? Dieu s'agitoit en lui-même, comme Tertallien le répète par deux fois*, et il travailloii en pensant à faire le monde : le peut-il dire à la lettre, lui qui dit dans les mêmes lieux \ que rien n'est difficile à Dieu, et qu'^à lui vouloir et pouvoir c'est la même chose ? Avant que Dieu eût parlé , dit encore Tertullien , il médita ce qu'il alloit faire. N'y pensoit-il pas auparavant et de toute éternité ? Aussitôt qtie Dieu voulut mettre au jour ce quil avoit disposé y il profera son Verbe, Ne pensa-t-il donc encore un coup à son ouvrage, que lorsqu'il donna ses ordres pour l'exécuter? Qui oe voit manifestement les mêmes façons de parler, qui font dire que Dieu se repent ou qu'il se fâche? Mais si pour conserver dans ses expressions la majesté infinie du Père céleste, il faut nécessairement sortir du sens littéral et rigoureux , quelle peine peut-on avoir à les adoucir pour l'amour du Fils de Dieu? Mais en les adoucissant, tout vous échappe : vos deux nativités s'en vont ; puisque Tertullien est le seul où vous trouvez la parfaite nativité et la conception du Verbe, et qu'enfin vous n'avez point de plus ferme appui de votrû cause.
XCUl. Blauvaise foi du ministre qui objecte des passages de Tertullien, que lui-même il ne peut prendre au pied delà lettre.
Mais il objecte que Tertullien a dit des choses encore plus dures , puisqu'il y a des passages où il dit que le Père seul étoit éternel, et que le Fils a eu un commencement'.
Sans entrer dans la discussion de ces passages , on voit bien que le ministre les allègue à tort, puisque c'est évidemment contre lui-même ; car constamment ce qu'ils contieU' oent est si excessif, qu'on ne peut le soutenir au pied de la lettre , que dans le sens des Ariens , qui nient l'éternité du Fils de Dieu. II faut donc ou les abandonner à ces hérétiques,
» Ct>nt. Hcrmog. n. 18. Ibid. 45. — ' Adv. Prax.n. 10. — =» P. 2'iO.
440 SIXlftMB AVEftTISSniEKT
ce que le ministre ne ¥eot pas, oo bien les tempérer par quelque figure , qui est pourtant précisément ce qu'il nous conteste.
XCIV. HannÛM foi do ministre éridemneiit démoutiée par la réposK
qu'il fait lai-fflèine à TertullieD.
Etpour montrer quMIne tout qn^amuserle monde, il ne faul qu'entendre ce qu'il dit lui-même sur ces passages de Tertullien : « G*étoit, dit-il ' , nn esprit de feu qui ne saToil « garder de mesure en rien , et qui outroit tout. En dis|Ni- D tant avec sa chaleur ordinaire contre Hermogëne qui feiwit » la matière éternelle , il a poussé sans bornes la théologie D de son siècle sur la seconde génération du Fils » pour men- » trer que rien n'étoit, à parler promptement, étemel qoe le 9 Père. Mais il ne faut pas s'imaginer qu'il ait eu dessein de » nier cette existence éternelle qu'il donnoit an Yerbe dans n le sein et dans le cœur de Dieu » . Tout ce discours aboutit à Touloir trouver de la justesse dans les mouvements d'une imagination, qu'on suppose si échauffée. Mais après tont, pour faire sentir au ministre la bizarrerie de ses pensées, demandons-lui ce qu'il prétend faire de Tertullien? Un Arien qui ne veuille pas que le Fils soit de même substance que son Père? Cet auteur a dit cent fois le contraire : et le ministre en convient. Quoi donc? un fou qui ne crût pas que rétemité fût de la substance de Dieu, ou qui crût qu'on pût être Dieu sansêtre étemel?Il a dittout le contraire dans le propre livre d'où est tiré le passage dont nous disputons, c Par » où , dit-il * , connoit-on Dieu et le met-on dans son rang« » que par son éternité» ? Et ailleurs : a La substance delà x> divinité c'est l'éternité , qui est sans commencement et )» sans fin ' » . Donc le Fils de Dieu étant Dieu , de même substance que Dieu, il faut qu'il soit éternel. Enfin , que voulezvous donc que Tertullien ait pensé : lorsqu'il a dit que le Fils de Dieu n'étoit pas sans commencement? C'est, dites-vous, qu'il n'étoit pas sanscommencement selon une manière d'être et en qualité de Verbe, quoiqu'il fût sans commencement
• Tab. Lett. vi. p. 262.- » Cont. Herm. n. 4.- » Ad Not, lib. ii. c. 3»
SUR LES LETTRES DE H. JURIEU. -iil
dans le fond de sa personne et en qualité de Sagesse. D'abord cela est absurde, et, à le prendre au pied de la lettre , contre toutes les idées des chrétiens. Mais passons tout au ministre. Supposé que TertuUien contre ses propres principes, et contre tout ce quMl a dit dans les endroits qu'on a vus, ait voulu faire le Fils de Dieu muable et né deux fois à la rigueur, aura-t-il du moins raisonné juste? Point du tout, dit M. Jurieu * , il aura toujours poussé sans bornes la théologie de son siècle ; et il demeurera pour certain qu'il n'a pas dû dire que le Fils de Dieu eût commencé d'être , puisquUl a,, selon lui-même, une subsistance éternelle. Mais poussons encore plus avant. Cet auteur n'a-t-il pas dit clairement eu plusieurs endroits, et même contre Hermogène, qui est le livre dont il s'agit, que ce qui est éternel ne change en rien, ni en substance , ni en qualité, ni en accident , ni enfin en quoi que ce soit? Nous en avons vu les passages qui ne souffrent point de réplique \ Mettez qu'avec ces principes un homme entreprenne de dire, que celui qui est éternel naisse deux fois au pied de la lettre , et qu'une seconde naissance lui ôte ce qu'il avoit , ou lui ajoute ce qu'il n'avoit pas ; cela ne se peut , et l'humanité y résiste. On ne peut pas si ouvertement se contredire soi-même, ni oublier à l'instant ce qu'on vient d'écrire. En tous cas Terlulliense sera donc contredit; il se sera donc oublié : il faudroit donc pour cette fois laisser là ce dur Africain, sans faire un crime à toute l'Eglise des obscurités de son style et des irrégularités de ses pensées.
XCY. On iuiiique le vrai dénouement du passage de Tertullicn contro Heruiogène ; et ou démontre manifestenieut la mauvaise foi du ministre.
Je ne parle pas en celte sorte de TertuUien dans l'opinion de ceux qui s'imaginent avoir droit de le mépriser à cause que son style est forcé, et qu'il s'abandonne souvent a sa vive et trop ardente immaginution : car il faut avoir perdu tout le goût de la vérité, pour ne pas sentir dans la plus grande partie de ses ouvrages, au milieu de tousses défauts, une force de raisonnement qui nous enlève: et sans sa triste sévérité,
* Ad Nat. liv. II. c. 3 — "Ci-dessus, n. 13t
442 SltlÈm ÀYBRTlSSEnEKT
qui à la fin lui fit préférer les rêferies du feux prophète Montau àTEglise catholique, le christianisme n'auroit guère eu de lumière plus éclatante. Je ne l'abandonne donc pas en cet endroit ; et je croirois au contraire pouvoir faire voir, s'il en étojt question , que tout ce quil y a de dur dans son livre contre Hermogène , il ne le dit pas selon saçroyance, mais en poussant son adversaire selon ses propres principes. Maintenant il me sufQt de démontrer Tinjustice de notre ministre, qui ne cite de bonne foi aucun des Pères qu'il produit, et qui renverse lui-même le témoignage qu'il tire de TertuUien, en voulant le prendre à la lettre , dans un eudmit où il avoue qu'il est outré au delà de toute mesure.
XCVl. Raisons da ministre (loar exclure la métaphore de Bullas : absurdité
manifeste de la première raison.
On a honte des pitoyables raisons qu'il oppose à Bullus , qui lui montroit le grand chemin : les voici. La première , on ne prouve pœ les métaphores , comme les anciens ont prouvé cotte seconde naissance, et ce développement du Verbe ; car les métaphores sont des faitssetés, prises et prouvées dans le sens littéral '. Voilà de ces faux principes qu'on jette en l'air, quand on ne sait ce qu'on dit, et qu'on ne veut qu'étourdir un lecteur; carie contraire de ce qu'il avance est incontestable. On prouve les simiiiludes et les comparaisons, soit qu'elles soient étendues, soit qu'elles soient abrégées et réduites en métaphores , quand on les explique et qu'on en montre les convenances. On prouve tous les jours aux Juifs que Jésus-Christ est cette étoile de Jacob que vit Balaam", cette fleur de la tige de Jessé que vit Isaïe*, celte pierre rejetée d'abord , et puis mise à l'angle que chanta David '. Nous prouvons très-bien aux Protestants que l'Eglise e^fia maison bâtie sur la pierre ^^ c'est-à-dire , qu'elle est inébranlable , et la cité élevée sur une montagne^, c'est-à-dire, qu'elle est toujours visible. Les Protestants eux-mêmes prouvent tous les jours que les sacrements sont des sceaux de la grâce et de l'alliance, contre ceux qui n'y reconnoissoient que
» Tab. Lett. vi.p. 258. — ^Nmn. xxiv. 17. — =' Ts. XI. I.— Ts. CLVil. 22. — ^ Matth, VII. 25. 25. — "Ibid. v. 14.
SUR LES LETTRES DE M. iuRIEU. ^ ^
de simples signes de confédération entre les fidèles. On prouve donc une métaphore et une figure , iorsqu^bn prouve qu'une figure explique parfaitement bien une vérité, et qu'elle épuise tout le sens d'un discours. Ainsi les Pères ont très- bien prouvé , non pas que le Verbe , qui est né de toute éternité, naisse de nouveau au commencement des temps; car cela porte son absurdité dans ses propres termes ; mais que le Verbe qui éloit caché dans le sein de son Père a opéré au dehors, et qu'il a été manifesté, lorsque Dieu a commandé à l'univers de paroître ; ce qui étoit en un certain sens produire son Verbe , et mettre au jour sa pensée , comme il a été expliqué souvent.
XCVII. Faux axiome du ministre, qui dit qu^ou ne se sert pas de métaphores avec les Païens ni avec les Hérétiques : il détruit lui-même ce faux principe.
La seconde raison n'est pas meilleure : « En disputant con- » tre les Hérétiques, ou contre les Païens ennemis du mystère » de la Trinité , parler métaphoriquement ce seroit la der- » nière imprudence , et une inexaclitude qui ne pourroitse » supporter' ». Au contraire, c'est précisément les esprits grossiers des Païens qu'il falloit tâcher d'élever aux vérités intellectuelles par des expressions tirées des sens. Aussi tout est-il rempli de ces expressions dans les livres qu'on a faits pour les instruire; et il faut n'avoir rien lu , ou n'avoir rien digéré, pour le nier. J'en dis autant des Hérétiques. On a si peu évite les similitudes, ou, si l'on veut, les métaphores, dans les écrits qu'on a faits pour les confondre, qu'on en a môme inséré dans les symboles où on les condamne ; puisqu'on a dit dans celui de Nicée : Dieu de Dieu, lumière de lumièro. Les hérétiques sont grossiers à leur manière, quoiqu'ils soient encore plus opiniâtres. Comme opiniâtres on les abat par I? parole de Dieu ; comme grossiers on se sert de tous les moyens par où on tâche d'élcvor les esprits infirmes a la sublimiîé des mystères. Il n'y a donc rien de plus pitoyable que de raisonner en celte sorte : a Tertullien dispuloit contre Praxéas ei
• Match. V. 14.
4U sniftn ÀvniTusmaiT
» contre des hérétiques qui nioient la Trinité ; Théophile » disputait contre des Païens* » : donc ils ne dévoient point user de métaphores. Mais, au contraire, tout en est plein dans ces ouvrages, et entr*autres on y voit en termes précis eellc dont nous disputons. C'est dans le livre contre Praxéas, qœ^ Tertullien attribue la seconde naissance du Fils à cette parok sonore et extérieure dont nous venons de parler. Le ministre en produit lui-même le passage % et le traduit en ces termes: « Alors , dit Tertullien', la parole reçut sa beauté et son or- 0 nement, savoir la voix et le son, quand Dieu dit : Que la » lumière soit ; et c'est là la parfaite naissance de la parole »« Or, c'est précisément de celte expression de Tertullien que le ministre a prononcé, comme on a vu, qu'il ne la faut pas entendre à la rigueur \ Il trouve la même expression dan» le livre de Théophile contre les Païens*. Ainsi, dans ces deux auteurs, cette seconde naissance est visiblement exprimée par une similitude : et le ministre songe si peu à ce qu'il dit, qu'il exclut cette figure non-seulement des mêmes oovrages, mais encore des mêmes passages où il l'admet
XCVIII. Que le ministre pour éviter de faire dire des absurdités aux an*
ciens, leur en fait dire de plus outrées.
La troisième et la dernière raison a déjà été touchée : c'est, dit le ministre % a que sur une simple métaphore , les an- » ciens ne se seroient pas emportés à dire des choses si du- » res, en disputant contre l'éternité de la matière ». Ces anciens, qui ont dit ces duretés au sujet de l'éternité de la matière se réduisent à Tertullien, qui semble dire que le Fils de Dieu a eu un commencement, et qu'il n^y a que le Père qui soit éternel : et le ministre prétend que pour sauver cet esprit outré, comme il l'appelle, et couvrir les absurdités vraies ou apparentes de son discours , il faut lui en faire dire de plus excessives; n'y en ayant point de pareilles à celles de ces deux naissances, ni qui soient pleines d'ignorances, de contradictions et d'erreurs plus insensées.
' Jur. ibîd. — »P. 245.— ^ Tert. adv Prax. cap. G. 7. — < P. 260.— Ibid. — ^ Ibid — « Tab. Lett. vi. p. 248.
SUR LES LBTTBBS DE tf. JURIEU. ^^'^
CCIX. Le ministre a senti lui-même que ses senliments étuiciU outrés.
On voit donc qu'il n'y avoit rien de plus naturel que lo (entimcnt de Bullus, et que le ministre y étoit entré en quellue façon. J'ai même remarqué qu'en attribuant à l'ancienne Église les absurdités de ces deux naissances, il n*a pu s'em- [>êcher d'en faire paroître une secrète peine ' : c'est pourquoi bien qu'il eût dit et redit qu'il vouloit prendre à la lettre et Bans figure ces portions et ces extensions de la nature divine, il a fallu y ajouter des pour ainsi dire, qui adoucissoient langueur d'un dogme affreux. Cette seconde naissance s'est faite par voie d* expulsion, pour ainsi dire * ; Dieu, pour ainsi dire, développant ce qui étoit renfermé dans ses entrailles^. Et encore qu'il se propose dans tout son ouvrage de faire voir des changements véiilables, et de nouvelles manières d'être réellement attribuées à Dieu par les sainte Pères , (autrement ses Fâriations prétendues de l'ancienne Église s'en iroient à rien,)
I a fallu dire que ces manières d'être sont en quelque sorte louvelles * : c'est-à-dire , qu'il a senti que son lecteur seroit klTensé des imperfections et des nouveautés qu'il faisoit attri- )uer à Dieu par les anciens Pères. A la bonne heure : qu'il ichève donc de se corriger , et qu'il laisse en repos les pre- Tiiers siècles qui font l'honneur du christianisme. On voit 3ien qu'il le faudroit faire, et donner gloire à Dieu en se réfractant : mais il faudroit donc se résoudre à ne plus parler des variations de Tancienne Église ; et ce dangereux principe de M. de Meaux, que la religion ne varie jamais, demeureroit inébranlable.
C Le minisire en accusant TEvêque de Meaux de fourberie et de friponnerie, trompe visiblement son lecteur, et lui dissimule ce qui ôteroit d*abord toute la difiiculié.
n s'élève ici contre moi une accusation , dont voici le titre
II la tête de l'article iv : Fourberies de VEvêque de Meaux^, Mais quelque rude que soit ce reproche, le ministre n'est pas encore content de lui-même ; et examinant la conduite que
' Ci-dessus, n. 88. — ' P. 257. — ^ p. 2 j8. — * P. 266. — > Tab. LcU. vu
^^^ < SixiÊMB AVERTISSBHfilli:
j'ai tenue avec lui dans mon premier Âvertisaemeut : « On » peine, dit-il * , à nommer une telle conduite ; mais il f:a » s'y résoudre : on ne sauroitdonc l'appeler autreatent qu'an » friponnerie insigne». Vous le voyez ; il a peine à lâcher c mot, tant les injures lui coûtent à prononcer ; mais après qu' a surmonté cette répugnance , il répète plu& aisément la se conde fois , la friponnerie de l'Evéque de Mèaux i et on to qu'il y a de la complaisance pour cette noble expression. L fondement de son discours est d'abord que je le renvoie a Père Pétau et à Bullns tout ensemble, pour apprendre le vrais sentiments des Pères des trois premiers siècles : aPoa ly achever son portrait, dit-il % M. de Meaux ne poavûitmiea » faire que de joindre, comme il a fait, Bullus à Pétau, commi » travaillant à la même chose ; puisque Bullns s'est ocâipi 0 presque uniquement à réfuter Pétau pied à pied. Ceux <|(ij » ont lu ces deux auteurs sont épouvantés d'une telle bar- » diesse^D, de faire aller ensemble deux auteurs si directement opposés.
Il dissimule que ce que j'allègue du Père Pétau n'est pas son second tome que Bullus réfute, rnais une préfîice postérieure dont Bullus ne parle qu'une seule fois et en passant : et si j'avois à me plaindre de la candeur de Bullus, ce seroi( pour avoir poussé le Père Pétau , sans presque faire mention de cette préface où il s'explique, où il s'adoucit, où il se rétracte, si l'on veut; en un mot, où il enseigne la vérité à pleine bouche.
CI. Que le ministre objecte en vain le Père Pétau , qui 8*est parfaiiemeol expliqué dans la préface de sou second tome des Dogmes tliéologiques.
Quelle réplique à un fait si important? C'est une friponnerie, et, dit M. Jurieu*, on ne peut rien imaginer de plus infâme que d'épargner le Père Pélau , et d'accuser ce ministre qui dit beaucoup moins. Mais pourquoi alléguer toujours le Père Pétau, qui a dit la vérité tout entière dans un écrit postérieur? Que M. Jurieu Timite; qu'il s'explique d'une manière dont la foi de la Trinité ne soit point blessée ; nous oublie-
* Tab. Lctt. VI. p. 292. — * P. 203. — ^ P. 200, — * P. 29Z,
SUR LES t£TTAES DE SI. JURICU. 4 il
rons ses erreurs ; maïs puisqu'au lieu de se corriger, plus il s'excuse, plus il s'embarrasse, et qu'il s'obstine à soutenir dans la Trinité delà mutabilité, de lacorporalité et de l'imperfection, et ce qui est en cette matière le plus manifeste de tous les blasphèmes, une réelle et véritable inégalité; ou qu'il
. craigne la main de Dieu avec ses faux dogmes, ou qu'il cesse
^ de les soutenir, et de favoriser les impies.
Cil. Mauvaise foi du ministre, qui accuse le Pore Pùlau d^avoir étaMi daiis sa préface la foi de la Tritiilé, comme auroleut fait les Ariens et les Socinieus.
Le ministre répond ici : a Que nous importe après tout ce » qu'a dit le Père Pétau dans sa préface ' » ? Mais c'est le comble de l'injustice; car c'est de même que s'il disoit : que nous importe, quand il s'agit de condamner un auteur, de lire ses derniers écrits, et de voir à la fin à quoi il s'en est tenu? Mais enfin pour en venir à cette préface, a le Père Pétau, dit » le ministre % y prouve la tradition constante de la foi de la » Trinité dans les trois premiers siècles, comme un Socinien »ou du moins un Arien la pourroit prouver ». 11 faut avoir oublié jusqu'au nom de la bonne foi et de la pudeur pour écrire ces paroles. Bullus, le grand ennemi du Père Pétau, lui fait voir dans le seul endroit qu'il cite de cette préface % que le Père Pétau y a reconnu dans saint Justin a une profession 0 de la foi de la Trinité, à laquelle il ne se peut rien ajouter, 0 aussi pleine, aussi entière, aussi efficace qu'on l'auroit pu » faire dans le concile de Nicée : d'où s'ensuit dans le Fils de » Dieu la communion et Tidentilé de substance avec son j) Père, sans aucun partage, et en un mot la consubstantialité » du Père et du Fils x>. Le ministre ne rougit -il pas après cela d'avoir osé dire que le Père Pétau défend le mystère de la Trinité, comme auroit pu faire un Arien et un Socinien? Mais sans nous arrêter à ce passage, il ne faut qu ouvrir la préface du Père Pétau, pour voir qu'il entreprend d'y prouver, que les anciens « conviennent avec nous dans le fond, dans » la substance, dans la chose même du mystère de la Trinité,
' P. 293. - = Ibid. - ■'Dcf. fiil. Me. scct. 2. c 'j. :3. [V 109. Pncf. in t. II. Tlieod. Dogm. c. 3. n. 1.
MS SllliUB AYERTISSUmiT
» qaoiqae non toujours daus la maDière de parler » ; qa'ih sont sur ce sujet sans aucune lacM ' : qu*îls ont enseigné de Jésus-Christ, a qu'il étoit tout ensemble un Dien infini, o homme qui a ses bornes; et que sa diTÎnîté demeurcroi » toujours ce qu'elle étoit avant tous les siècles, infinie, ineom o préhensible, impassible, inaltérable, immuable, puissant » par elle-même, subsistante, substantielle, et un bien d'ao( » vertu infînie' : ce qui étoit, saoule le Père Pétau, une s » pleine confession de foi de la Trinité, qu'aujourd'htt » même , et après le concile de Nicée on ne pouvoit la foin » plus claire* ». Yoilà, selon M. Jurieu, établir la foi de I; Trinité comme pouvoit faire un Arien. Enfla le Père Pétaa re marque même dans Origène, la divinité de la Trinité adora ble*; dans saint Denis d'Alexandrie, la coétemité et lastA stantialité du Fils; demi saint Grégoire Thaumaturge, m Père parfait d*un Fils parfait^ un Saint-Esprit parfait inagi d'un Fils parfait; pour conclusion, la parfaite Trinité: et, ei un root, dans ces auteurs la droite et pure confession de la 2Wnité * : en sorte que, lorsqu'ils semblent s'éloigner de nous, c'est selon ce Père % ou bien avant la dispute, comme disoil saint Jérôme ' , moins de précaution dans leurs discours, It substantiel de la foi demeurant le m^me jusque dans TertuUien, dans Novatien, dans Arnobe, dans Lactance même, et dans les auteurs les plus durs " ; ou en tout cas des ménagements, dcî condescendances, et comme parlent les Grecs, des économies qui empêchoient de découvrir toujours aux Païens, encore trop inlirmcs, Vintime et le secret du mystère avec la demièn précision et subtilité ^ Par conséquent il est constant , seloi le Père Pétau, que toutes les diiïérénces entre les anciens e nous dépendent du style et de la méthode, jamais de la sul) stance de la loi.
» Prœf. c. 1. n. 10. 12. c. 2. c. 3. etc. — * Ibid. c 4. n. 2. — * Piwl c. 4. n. 2. — * Ibid. n. 3. — * Ibid. n. 4. 5. — * Ibid. c. 3. n. 6. - ' Hier. Apol. i. nunc Apol. ii. ad Rufin. t. iv. part. II. col. 409et8e<| — • llbid. c. à. n. 1. 3. 4. — " Ibid. c. 3. n. 3. 1. Avcrt. n. 28.
SUR LES LETTRES DE M. JUrIeU. ^ ^^
CIII. Que ce que le ministre objecte da Père Pétau et de M. Tabbé Iluet, nommé éyéqne d'ÀTranche, ne Texcuse pas.
Yoilà d*abord une réponse qui ferme la bouche : mais d^ailleurs, quand ce savant jésuite ne se seroit pas expliqué lai-même d'une manière aussi pure et aussi orthodoxe qu'on vient de Tentendre , à Dieu ne plaise qu'il soit rien sorti de sa bouche qui approche des égarements de M. Jurieu. Ce ministre croit me mettre aux mains avec les savants auteurs de ma communion » en proposant à chaque page le grand savoir du Père Pétau et de M. Huet\ et me reprochant en même temps a que si j'avois traversé comme eux le pays de » Tantiquité , je n'aurois pas fait des avances si téméraires; D mais qu'aussi je ne savois rien d'original dans l'histoire de » FÉglise , et que ni je n'avois vu par moi-même les varia- D tiens des anciens, ni bien examiné les modernes qui ont » traité de cette matière ». C'est ainsi qu'il m'oppose ces deux savants hommes. Mais quelle preuve nous donne-t-ii de leur grand savoir dans les ouvrages des Pères ? J'en rougis pour lui : c'est qu'ils les ont faits ce qu'ils ne sont pas , de son aveu propre; c'est-à-dire, le Père Pétau formellement arien, et M, Huet guère moins \ C'est ainsi qu'il met le savoir de ces deux fameux auteurs, en ce qu'ils ont imputé aux Pères des erreurs, dont lui-même il les excuse. Pour moi je ne veux disputer du savoir ni avec les vivants ni avec les morts ; mais aussi c'est trop se moquer de ne les faire savants, que par les fautes dont on les accuse, et de ne prouver leurs voyages dans ces vastes pays de l'antiquité, que parce qu'ils s'y sont souvent déroutés. Je lui ai montré le contraire du Père Pétau par sa eavante préface. Pour ce qui regarde M. Huet, avec lequel il veut me commettre, il se trompe : je l'ai vu dès sa première jeunesse prendre rang parmi les savants hommes de son siècle ; et depuis j'ai eu les moyens de me confirmer dans l'opinion que j'avois de son savoir, durant douze ans qise nous avons vécu ensemble. Je suis instruit de ses sentiments, et je sais qu'il ne prétend pas avoir fait arianiser ces saints docteurs , comme le ministre
• P. 278. — » Tab. Lett. vi. p. 291.
^^^ BlXïkHÈ AVERTISSEHKIIT
l'en accuse. A peine a-t-il prononcé quelque censure , qu'il radoucit un peu après. Il entreprend de faire voir dans les locutions les plus dures de son Origène même \ comme sont celles de créature, et dans les autres, a qu'on le peut aisé- 9 ment justifier; que la dispute est plus dans les mots que » dans les choses ; que si on le condamne en expliquant ses » paroles précisément et à la riguenr» on prendra des senb timents plus équitables en pénétrant sa pensée d. Il est même très-assuré qu'il ne traitoit pas exprès cette question, et qu'il n'a parlé des autres Pères que par rapport à Origëne, ou pour i'éclaircir ou pour l'excuser. Enfin il est si pendalr que ce prélat fasse Origène ennemi de la eonsubstantialilé du Fils de Dieu, que pour justifier ce Père sur cette matière, le Prolestant aurais qui nous a donné son Traité de rOraiâon , nous renvoie également à M. Huet et à Bullus ^ Je n*en dirai pas davantage : un si savant homme n*a pas besoin d'une main étrangère pour le défendre ; et si quelque jonr fl lui prend envie de réfuter les louanges que le minisire lui donne , il lui fera bien sentir que ce n'est pas à lui qo'il faut s'attaquer. Mais, après tout, quand il seroil véritable que le Père Pétau autrefois, et M. Huet aujourd'hui , auroient aussi maltraité les anciens que le prétend M. Jurieu, leur ont-ils fait dire , comme lui , que la nature divine est changeante, divisible et corporelle? Ont-ils dit que la perfection de l'Être divin , sa spirilualilé et son immutabilité n'étoient pas connues alors ? que V opinion constante et régnante éloit opposée à la foi de la Providence ? et les autres impiétés par où le ministre fait voir, qu'on ôtoit à Dieu dans les premiers siècles, non-seulement ses Personnes, mais ce qui est pis, son essence propre, et les attributs les plus essentiels à la nature divine , que les Païens mêmes connoissoient ? Quand donc le ministre assure que j'épargne les savants de mon parti, et que je le poursuis en toute rigueur, lui qui en a (fit <inl]niment moins ^ ; il jette en l'air ses paroles sans en connoitfe la force, puisqu'il n'y a rien eu jusqu'ici qui ait égalé
* Origèue. c. 2. q. 2. n. 10. 17. 24. 28. — ' Quod Origencs de Fili ou.<:u(Tt(i) rectè sensit, consulatur Cl. Htictius in Origen. et Bullas uoster' Nota ad p. 58. Ut. iiilerpret. — ** Jur. L-^U. vi. p. ?.91,
SCS égaremenls sur ce sujet. Il se vaute « d'avoi<r dit en pro- » près termes dans ses lettres de 1 G89 , que les anciens fai- 0 soient la Trinité éternelle, tant à Tégard de la substance » que des Personnes ' ». Mais il y a dit précisément le contraire; puisqu'il y a dit, comme on a vu% que le Fils de Dieu n'étoit dans le sein du Père que « comme un germe, 0 et une semence qui s'étoit changée en personne un peu 0 devant la création ». Lorsqu'il blâme le Père Pét<iu d'avoir dit a que le Fils de Dieu n'étoit pas une Personne distincte » du Père dès rélernilé M) , il le blâme de sa propre erreur ; et lui-même Tassuroit ainsi il n'y a pas encore deux ans , comme on a vu \ Si le Père Pétnu est blâmable, selon lui, d'avoir fait arianiser quelques Pères , nonnullt, ou de les avoir tous comptés , très-peu exceptés , entre ces prétendus Ariens^; que dira-t-on du ministre, qui, méprisant tout tempérament et tout correctif, ose dire à pleine bouche : et moi , je n'en excepte aucun ? Il n'en excepte ni n'en exempte aucun d'avoir dit que le Fils de Dieu, comme Verbe, avoit deux nativités actuelles et véritables, l'une imparfaite dans l'éternité, et l'autre parfaite dans le temps"; ainsi qu'il avoit acquis dans Is temps un être développé et parfait, et que de Sagesse de Dieu il étoit devenu son Verbe ' ; qu'il étoit donc imparfait, aussi bien que le Saint-Esprit, de toute éternité; et que sur ce fondement les anciens non-seulement avoient dit, mais avoient dd dire^ qu'il y avoit entre les Personnes divines une véritable et réelle inégalité ; en sorte que l'une fût inféneure à l'autre , non-seulement à raison de son origine, mais encore à raison de sa perfection. Où étoit donc la vérité de la foi , quand tous les Pères enseignoient una- Qimement cette dociiine y sans en excepter un seul? Ceux qui en ont dit, à ce qu il prétend, inliniment moins que lui , se sont-ils emportés à cet excès?
» P. 292. — 2 Ci-dessus, n. 4. 5.C. — =» P. 2 i 9. — ^ Ci-dessus, n. 4. 5. 6. — * P. 251. — « P. 255. 357. 261. 202. — ' Jbid. 283. — » P. 264. 281.
452 SIXlIllB ÀVBftTISSSmOIT
CiV. Que le minisire se distingae de tons les aaieiin qui aocoseat les Pèns d'arianiser, en ee qnMl met cette doctrine ma dessus de toole censÉiè; ce que ni Catholiques ni Protestants n'aToient osé faire avaatfaâ.
Mais voici enfin te comble de raveuglement et Fendroit fatal au ministre. Ceux qui ont fait selon lal arianiser les Pères, en ont-ils conclu comme lui, que la doctrine arienae (tit tolérable , ou qn^elle n'eût jamais été condamnée dans les conciles, ou enfin qu'elle ne pût être réfutée par rÉcri» lure? Tout au contraire , ils ont regardé ces sentiments comme condamnables et condamnés effectivement dans le concile de Nicée. H. Jurieu est Tunique et Tincomparable , qui non conl'Ont de faire enseigner en termes formels à tous les Pères des trois premiers siècles, sans en eaxepter aucun , la divisibilité et la mutabilité de la nature divine avec fimperfection et rinégalité des Personnes, ose dire encore dans la sixième lettre de i689, que ce n'est pas là une variation essentielle: et en 1690, a que Terreur dés anciens est une méchante » philosophie , qui ne ruine pas les fondements ' ; que cette » théologie , pour être un peu trop platonicienne, ne passera » jamais pour être hérétique, ni même pour dangereuse » dans un esprit sage ' 0 ; qu'elle n'a jamais été condamnée dans aucun concile ; que le concile de Nicéeavoit expressément marqué dans son symbole, qu*il ne voulait pas condamner Cinégalité que les anciens docteurs avoient mise entre le Père et le Fils % et que loin de condamner la seconde nativité qu'ils aUribuoient au Verbe , ils la confirment par leur anathème*: enfin non-seulement que cette doctrine n'avoit point été condamnée , mais encore qu'elle n'étoit pas condamnable , puisqu'elle ne pouvoit même être réfutée par les Écritures. Voilà ce qu'a dit celui qui prétond en avoir dit infiniment moins que les autres, pendant qu'il s'élève au dessus d'eux tous par des singularités qui lui sont si propres, qu'on n'en a jamais approché parmi ceux qui font profession de la Trinité. Je ne lui donc point d'injustice de le distinguer, je ne dirai pas du Père Pétau , qui s'est réduit en termes formels h des sentiments si orthodoxes, mais encore de son Scultet
' Tab. Lctt. VI. art. 4. p. 276. — » P. 297. — * P. 271. — * P. 273.
SUR LES LETTRES DE M. iURlEU.
et des autres Protestants qui ont le plus maltraité ces Pères ; puisqu^aucun d'enx n*a jamais pensé à exempter de la censure des conciles et de toute condamnation, la doctrine qu'ils leur attribuent. On voit maintenant ce que c'est que ces insignes friponneries que le ministre ne rougit pas de m'impu- (er ; et on voit sur qui je pourrois faire retomber ce reproche, si je n^aYois pas honte de répéter des expressions si brutales, qu'au défaut de Téquité et de la raison une bonne éducation auroit supprimées.
DEUXIÈME Px\RÏIE.
Que le ministre ne peut se défendre d* approuver la tolérance
universelle.
CY. Avantages qne les Tolérants tirent de la doctrine da ministre.
Ce qu'il y a de plus rare dans le sentiment de M. Jurieu , c'est que cette bizarre théologie, qu'on ne peut ni réfuter, ni condamner, ni proscrire, et qu'aucun homme de bon sens ne peut juger ni hérétique ni même dangereuse, tout d'un coup, (je ne sais comment) devient entièrement intolérable : « A » Dieu ne plaise, dit-il, que je voulusse porter ma comptai- 0 sance pour cette théologie des anciens, jusqu'à l'adopter ni » même à la tolérer aujourd'hui ». il veut donc dire qu'autrefois on auroit pu adopter , ou tout au moins tolérer celte théologie des anciens ; mais aujourd'hui, à Dieu ne plaise : c'est-à-dire qu'il la repousse jusqu'à l'horreur. Qui comprendra ce mystère? Comment celte théologie est-elle sitolérable cl si intolérable tout à la fois, si dangereuse et si peu dangereuse ? Et pour trancher en un mot, pourquoi ne pas tolérer encore aujourd'hui une doctrine qui n'est condamnée par aucun concile ; qui est approuvée au contraire par celui de Nicée ; qui ne peut être réfutée par l'Ecriture ; qui n'a contre elle ni les Pères, ni la tradition ou la foi de tous les siècles , puisqu'on lui donne d'abord les trois premiers siècles à remplir ? Voici la conséquence que le ministre a tant rrdoutée :
' Tab. Lctt. VI. p. 2C8.
^^ SlXlfeMB AVS&TISSSIIENT .
c'est ici qu'il se rend le chef des Tolérants ses eapltam ennemis ; et ils se vantent eux-mêmes que jamais homme ne les a plus favorisés, que ce ministre qni s'échauffe tant cootre leur doctrine. C'est en effet ce qu'on va voir pins clair que le jour.
CVl. Trois ré}K»n^es du ministre pour montrer que la doctrœc, qoi ékii tôlérable dans les Pères, ne l'est plas à présent. '
Le ministre propose la difficulté dans la septième lettre de son Tahleau, et pour y répondre dans ies formes, il dit trois choses. La première , qu'il ne s'ensuit pas pour avoir toléré des erreurs en un temps « et avant que les matières soient hien éclaircies, qu'on les doive tolérer dans un autre, et après l'éclaircissement. La seconde, que les anciens docteurs n'ont été ni Ariens, ni Sociniens ; et ainsi que la tolérance qu'on a eue pour eux ne donnera aucun avantage à ces hérétiques. La troisième, qu'ils n*ont erré que par ignorance et par sorprise, et plutôt comme philosophes qu'autrement '.
CVII. Que le ministre se contredit, lorsqu'il avance qne cette matière e^ maintenant pluséclaircie, que durant les premiers siècles.
Mais dans toutes ses réponses il s'oublie lui-même. Dans la première sou principe est vrai; on tolère avant l' éclaircissement ce qu'on ne peut plus tolérer après : je l'avoue; c'est notre doctrine. Quand nous l'avancions autrefois , les Protestants nous objectoient que nous faisions de nouveaux articles de foi. Nous répondions : Cela est faux; nous les cclaircissons, nous les déclarons; mais nous ne les faisons pas, à Dieu ne plaise. Après s'être longtemps moqué d'une si solide réponse, il y faut venir à la fin, comme à tant d'autres doctrines, que la Réforme avoit d'abord rejetées si loin. Avouons donc à M. Jurieu que son principe est certain , et prions-le de s'en souvenir en d'autres occasions : mais en celle-ci visiblement il a oublié ce qu'il vient de dire. Une erreur est bien cclaircie , lorsqu'elle est bien réfutée par les Ecritures, qi;0 la foi de tous les siècles y paroît manifeste-
*Tab. IjcU. VII. p. 351.
SUR LES IBTTIieS BB H. JTDRIEU. ^v^^
ment opposée, et qu'à la fin elle est condamnée par TautoritS de TEglise et de ses conciles. Or, M. Jurieu vient de nous dire, qu'encore à présent Terreur qu'il atlribue aux trois premiers siècles ne peut être ni réfutée par TEcriture , ni convaincue du moins par la tradition et par le consentement de tous les siècles; el que, loin d'être condamnée par aucun concile, elle ne Test pas même dans celui de Nicée , où la matière a été traitée, délibérée, décidée expressément; qu'au contraire elle y a été confirmée. Il n'est donc encore arrivé à cette matière aucun nouvel éclaircissement , par où l'erreur des trois premiers siècles soit moins tolérable qu'alors. Bien plus , ce n'est pas même une erreur contre la foi; puisque M. Jurieu nous apprend qu'elle ne peut être détruite que par les idées philosophiques que nous avons aujourd'hui. Ot, la foi n'est pas d'aujourd'hui; elle est de tous les temps : la foi n'attend pas à se former ni à se régler par les idées philosophiques ; et il est autant tolérable d'être mauvais philosophe , pourvu qu'on soit vrai fidèle, maintenant que dans les siècles précédents : et la raison est que la foi tient lieu de philosophie aux chrétiens. Ainsi M. Jurieu ne sait ce qu'il dit, et on ne sait sur quoi appuyer son intolérance; par conséquent voilà en un mot sa première raison par terre ; la seconde ne tiendra pas plus longtemps.
CVIII. Qu'en tolérant les erreurs qu'il attribaoit aux trois premiers siècles en Pau 1G89, je ministre est contraint de tolérer une partie très-essentielle de Tarianisme et du socinianisme.
Les Pères n'étoient, dit-il, ni Sociniens ni Ariens; donc , pour les avoir tolérés, on ne doit pas pour celaavoir la même condescendance pour ces hérétiques. Il est aisé de lui répondre scion ses premières lettres. Les anciens à la vérité n'étoient ni Ariens ni Sociniens à la rigueur, mais ils disoient toutefois que les trois Personnes divines n'étoient pas égales; qu'elles n'étoient pas distinctes les unes des autres de toute éternité; que le Fils de Dieu n'étoit qu'un germe et une semence devenue personne dans la suite; el enfin , que la Trinité ne commença d'(*tre qu'un pou avant la création de
^^0 mtkttE ATBtTISSnmiT
l'univers; C6 qui emportoit une partie trèi-èaBeBllelle deTtrianîsmé et du se^cÎDianisme. Il les eâl pioartant tolérés atec ces erreurs , comme on a tu : il eût donc ioléié une par^ essentielle de Terreur arienne et sociaieftse.
CIX. Qtie le ministraen se corrigeant dans ses lettres de 1690, laineks erreurs qu'il attribue aux trois premiers siècles égaleHient intoléraliles.
Mais on dira qu'il s'est mieux eipliqné dans les lettres de cette année. Point du tout: car il persiste dans la même erreur sur rinégalité des Personnes; puisqu'il y soutient encore que les anciens, dont il reconnott que la doctrine c«t irréprochable, font le Fils et le Saint-Esprit inférieurs au Mre en opération et en perfection ; de vrais ministras au dessous de lai, produits dans le temps, et si librement selon quelque cbose qui est en eux, qu'ils pouvoient n'être pas produits à cet égard imparfaits dans l'éternité, et acquérant avec le tenâps lenrestière perfection ; le Fils de Dien en particulier devenu Yetbe dans le temps, de sagesse qu'il étoit auparavant. Toilft ce qoe dit encore le ministre dans ces lettreu, oeil prétend redresser son système. 11 est vrai quMl s'est redressé en quelque feçon sur la distinction des Pei^sonnes : parlons franchement; il s'est dédit : et au lieu que la Trinité n'étoit pas distincte d'abord, et selon ses premières lettres; par les secondes elle est seulement développée. Mais il ne se tire pas mieux d'affaire par cette solution ; puisque de son propre aveu la divinité y demeure divisible, corporelle, et, sans contestation, muable; ce qui est une partie des plus essentielles de l'erreur socinicnne,ou quelque chose de pis.
11 est ici arrivé à M. Jurieu ce qui lui arrive toujours, comme à tous ceux qui se trompent et qui s'entêtent de leur erreur. Occupé et embarrassé de la difficulté où il est, il oublie les autres. Il songe à parer le coup de l'arianisme des Pères; et comme si la sainte doctrine consistoit toute en ce point, dans les autres il la laisse sans défense, et également exposée à des coups mortels. Parlons net : la spiritualité et Fimmutabdit^ de rÊtre divin ne sont pas moins essentielles à la perfection de Dieu, que la divinité de son Verbe. Si donc vous souffrez l'erreur qui attaque ces deux attributs divins, de Tun à l'autre
SUR LES LETTRES DE M. JURIEU* ^^^^'t
on TOUS poussera sur tous les points ; et dussiez- vous en périr, i! vous faudra avaler tout le poison do la tolérance. Votre seconde raison n'est donc pas meilleure que la première. Il ne TOUS reste que la troisième , qui est sans comparaison la pire de toutes.
ex. Que le ministre, poussé parles Catholiques et les Tolérants ne peut se défendre contre eux que par des principes contradictoires.
a Quand il seroit vrai, dites- vous * , ce qui est très-faux , » que ces anciens par ignorance ( il ajoute après , ou par sur- » prise ) seroîent tombés dans une erreur approchante de » Farianisme, il ne seroit point vrai que ce fût la foi de D TEglise d'alors; ce seroit la théologie des philosophes i> chrétiens v». Songez- vous bien , M. Jurieu , à ce que vous dites? Les Tolérants vont vous accabler. Dans une hérésie aussi dangereuse que l'arianisme , ou dans les erreurs approchantes , TOUS tolérez les Pères à cause de leur ignorance : c'est pour la même raison et en plus forts termes , que les Tolérants vous demandent que vous tolériez les peuples. Si dans la grande lumière du christianisme, les docteurs de TEglise ont pu ignorer dans la nature divine sa p<arfaite immutabilité, et dans les Personnes divines leur égalité entière ; pourquoi ne voulez-vous pas qu'un peuple grossier puisse ignorer innocemment les mêmes choses ou d'autres aussi sublimes? Mais si l'immulabililé de Dieu, qui est si claire à la raison humaine, a été cachée aux maîtres de l'Eglise, pourquoi les disciples seront-ils tenus à en savoir davantage ? et avec quelle justice les obligez-vous à concevoir des mystères plus impénétrables? Que faire dans cette occasion , puisqu'il faut changer de principes , ou donner gain de cause aux Tolérants? Mais voici encore pour vous un autre embarras. Ditesmoi» que prête ndiez-vous quand vous avez étalé ces grossières erreurs des anciens? Assurément vous vouliez combattre cette dangereuse et ignorante maxime de l'Evéque de Meaux, « que n l'Eglise ne varie jamais dans l'exposition de la foi : et que » la vérité catholique , venue de Dieu , a d'abord sa per-
' Lctt. VII. p 3:) 5.
SIXIÈUE ÀVBRTISSESIEXT
» fection * » . Pour détruire celle maxime , il falloit trouver quelque chose qu on pût appeler la foi dé TEglise et la vérité catholique , où vous puissiez montrer quelque changement; et pour cela vous accusez d'erreurs capitales tous les anciens sans en excepter aiicun. Il faut maintenant changer de langage: cela étoit bon contre TEvêque de Meaux ; mais contre les Tolérants ce n'est plus de même : et quand toute Tanliquilé seroit tombée dans une erreur approchante de Fai'ianisme, a ce ne seroit pas , selon vous , la foi de TËglise d'alors, » mais seulement la théologie des philosophes chrétiens'».
CXI. lUusion da ministre, et démonstration plus manifeste de ses contra*
dictions.
Le ministre se sera sans doute ébloui lui-même, comme il lâche défaire les autres, parcelle nouvelle expression, la théologie des philosophes. Mais que lui sert d'exténuer par ce foihle titre la qualité des saints Pères? Les Tolérants, qu'il veut contenter par ce grossier artifice , sauront bien lui re* procher que ces philosophes chrétiens c'étoient les prêtres, c éloientles évoques, les docteurs et les martyrs de l'Eglise: enfin c'étoient ces savants de M. Jurieu, qui dans ces siècles d'ignorance « où le savoir étoit si rare entre les chréliens, » entraînoient la foule dans leur opinion ^m. En un mot, ou c^étoit ici par la bouche de ces saints docteurs une exposiiion i (le la foi de toute rEglise; et le ministre ne peut s'empêcher ; du moins de la tolérer : ou c'éloit Texposition de quelques 1 parficulicrs; et il n'a point prouvé contre moi les varialions '' de TEglise. t"
CXfl. Eirange constitution des trois premiers siècles, où, selon le sentiment i du ministre, la foi du peuple demeuroit pure, pendant que celle de toas | les docteurs, sans en excepter aucun, étoit corrompue.
Mais voici la dernière ressource. Au milieu de ces pitoyables . erreurs de tous les docleurs de TEglise, sans en excepter auc:in, il veut que la foi demeure pure, et dit-il *, cr ces spécu- » I.ilions vaines et guindées des docteurs de ce temps là : » n'empêchoient point la pureté de la foi de rËglise,c'esh.v
' Kist. des Var. Préf. n. 2. 7. Tab. Leii vi. art. 4. p. 277. - * Tab. Lclt. VII. p. 655. - ' Lett. vii. de l(itj9. p. 49. - * P. 209.
SUR LES LETTRES DE ]tf. JURIEU. 459
D dire, du peuple; cela De passoit pas jusqu'à lui d. Jamais il ne voudra voir la difficullé : car premièremcnl , quelle foiblesse de mettre TEglise et la pureté de la foi dans le peuple seul ! « Cela, dit-il *, n'empôchoit pas la pureté de la x> foi de FËglise, c'est-à-dire du peuple » : comme si les pasteurs et les docteurs, et encore des docteurs martyrs, n'étoient pas du moins une partie deTEglisc, si ce n'étoit pas la principale. Cela, dit-il, ne p<issoit pas jusqu'au peuple. Mais quoi ! ne lisoit-il pas les livres de ces docteurs? Et qui a dit à M. Jurieu que ces docteurs n'enseignoient pas de vive voix ce qu'ils mettoient par écrit. Je veux bien croire que les docteurs ne prêchoient pas au peuple leurs spéculations vaines et guin^ dées^ comme les appelle le ministre : mais venons au fait. Par où passoit dans le peuple la perfection etrimmutabilité de Dieu avec l'égalité des personnes pendant que ses docteurs ne les croyoient pas, et n'en avoient qu'une idée confuse et fausse? Est-ce peut-être que durant ces temps, et dans ces siècles que le ministre veut appeler les plus purs, le peuple se sauvoit déjà, comme il l'imagine dans les siècles les plus corrompus , en croyant bien pendant qu'on le prêchoit mal, et en discer* nanl le bon grain d'avec l'ivraie? S'il est ainsi , ces siècles, dont on nous vante d'ailleurs la pureté, sont les plus impurs de tous; puisque les erreurs qu'on y enscignoit étoient plus mortelles; puisque c'étoit l'essence de Dieu et l'égalité des Personnes qu'on y attaquoit ; puisqu'entin ony renversoit tous les fondements. Ces siècles avoient donc besoin d'un réformateur, et le ministre en convient par ces paroles : « Car, » dit-iP,il n'eût fallu qu'un seul homme pour faire revenir » les anciens Pères, et pour les avertir seulement de Tin- » compatibilité de leur théologie avec la souveraine immuta- » lité de Dieu». Mais enfin cet homme manquant, que pouvoient-ils faire? L'Ecriture ne leur montroit pas ce divin attribut: ils ne furent pas assez philosophes pour le bien entendre ; lo peuple, moins philosophe encore, n'y voyoit pas plus clair : que résultoit-ilde là, sinon que Dieu passât pour changeant et la Trinité pour imparfaite?
' P. 209. - ' Lett. VII. p. 358.
SlXltunt AVBftTlSSEiailX
CXIII. Âatrei tllusions da ministre : cfiMiae îl fait la dlÛMalté : fonméprii poar les premiera siècles, en faisant semblant de U» lionorer.
Le ministre croit m^étonner en me demandant si je prêche à mon peuple les notions , les relations , les propriétés des trois difines Personnes ; et il est assez ignorant pour se mequer en divers endroits de ces expressions de TÉcoIe ' . Mais que feut-il dire? Yent-il nier qu'au lieu quMl est commun ao Père et au Fils, par exemple , d*être Dieu et d'être étemel, il ne soit pas propre au Père d'être Père, comme au Fils d'être Fils , et que cela ne s'appelle pas des propriétés ; ou qn'être Père , être Fils , et être l'Esprit du Père et du Fils , ne sdent pas des termes relatifs^ ou que les Personnes dirines n'aient pas des caractères pour se distinguer, ou que ce ne soient pas caractères qu'on appelle notions ? SMl lisoit les anciens docteurs dans un autre esprit que celui de contention et de dispute, il auroit tu dans saint Athanase, dans saint Augostio, dans tous les Pètes, et» dès le commencement de FarianisiDe, dans saint Alexandre d'Alexandrie^ ces relations, ces propriétés, ces notions ot ces caractères particuliers des personnes. Il s'imagine que nous croyons avoir compris le mystère , quand nous avons expliqué ces termes; au Heu que dans l'usage de l'École ce ne sont pas là des idées qui rendent les choses claires , ce qui est réservé à la vie future ; mais des termes pour en parler correctement et éviter les erreurs. C'est pourquoi , lorsqu'il me demande si je prêche tout cela an peuple dans mes catéchismes ; sans doute je prêche au peuple etaox plus petits de l'Église , selon le degré de capacité où ils sont parvenus, que le Père n'a point de principe , c'est-à-dire en autres termes qu'il est le premier, et qu'il ne faut point remonter jusqu'à l'infini : c'est cela et les autres choses aussi assurées qu'on appelle les notions, sans en faire un si grand mystère ; et le ministre , qui s'en moque sans songer à ce qu'il dit , les doit prêcher comme nous , en d'autres termes peut-être, mais toujours dans le même sens. Sans donc s'cir* rêler à ces chicanes , il faudroit une fois répondre à noiro demande, qui est-ce qui prèchoit au peuple l'cgalité des
• Tabl Lcti. vi. p. 268 270. î?SO.
SUR LES LETTRES DE M. JURIEIT. 4 (il
persoQQes et rimmuable perfection de TÊtre divin , pendant que tous les docteurs croyoient le contraire? Le ministre dit a pleine bouche : a Nous trouvons dans les premiers siècles » une beaucoup plus grande pureté que dans les âges suivants, » et nous nous faisons honneur de notre conformité avec » eux* ». Cela est bon pour s'en faire honneur, et pour faire croire au peuple qu'on a réformé TÉglise sur le plan de ces premiers siècles. Mais cependant s'il faut trouver des variations dans la foi de Fancienne Église, c'est là qu'on les cherche : s'il faut donner des exemples des plus pauvres théologiens qui furent jamais, c'est là qu'on les prend. Ils ont si peu profité du bonheur d'être si voisins des temps apostoliques, qu'aussitôt après que les apôtres ont eu les yeux fermés, ils ont obscurci les principaux articles de la religion chrétienne par une fause et impure philosophie. Pour comble d'aveuglement, ils ne lisoient que Platon, et ne lisoient point l'Écriture, ou ils la lisoient sans application, et sans y apercevoir ce qu'elle avoit de plus clair, c'est-à-dire, les fondements de la religion.
CXI V. Que le ministre permet tout aux Tolérants, en approuvant qu^on ait
dit que le Fiis de Dieu a été fait.
Pour ne rien omettre de considérable , il reste à examiner si en bonne théologie, et sans blesser la foi, le ministre a pu approuver ce qu'il attribue à Tertullien, que Dieu a fait son image et son Verbe ', qui est son Fils. Il y a là deux questions; l'une si Tertullien l'a dit; l'autre quand il l'auroitdit, s'il étoit permis de le suivre. Le dernier n'a pas de difficulté par les principescommuns des Prolestants comme des Catholiques; puisque nous recevons les uns et les autres le symbole de Nicée, où il est dit expressément du Fils de Dieu, engendré et non fait. Dire donc qu'il a été fait, c'est aller contre la foi de Nicée qui nous sert de fondement aux uns et aux autres. J'en pourrois demeurer là, si le ministre en ni'insultantà cet endroit sur mon esprit déclamatoire , dont il veut qu'on trouve ici un si grand exemple^ ^ n'avoit mérité qu'on dccouvrît sou
» Tab. Lctt. VI. p. Vd(j. 297.- - Lctt. vi de ICSJ.p. ^^.\. Avcrt.ii. 12» ^ * P. 286.
1^2 81IIÈXB ÀTERTISSmBlfT
injuste fierté. Disons lui donc qn'i) n'y avoît rien de plus manifeste qae ce qu'il a voulu embrouiller ici. Dès le premier root de saint Jean , le Verbe est celui par qui a été fait tout ce qui a été fait*. Il est donc visiblement exclu par là du nombre des choses faites. Comme remarque saint Athanase, on nous dit bien qu'il a été fait Christ , qu'il a été fait Seigneur* y' qu'il a été fait homme ou fait chair*; mais jamais qu'il a été fait Verbe, ni qu'il a été fait Fils : au contraire, il étoit Verbe eiil a été fait homme , par une visible opposition entre ce que le Verbe étoit naturellement, et ce qu*il a été fait par la volonté de Dieu. Mais il faut ici répéter ce qu'un Proposant de quatre jours n'ignore pas , et que le ministre sait bien en sa conscience , puisqu'il a même bien su que quarante ans, comme il le compte, après les apôtres, Athénagore avoit nié que le Fils fût sorti du sein de son Père comme une chose faite \ assurant, au contmire , quUl a été engendré ^ , comme rÉcriture le dit perpéUiellement. Il cite aussi de saint Irénée ce passage mémorable où il oppose les hommes qui ont été faits , au Verbe dont la coexistence est éternelle *. Ainsi il voit bien qu'il a tort , et que le langage contraire à celui qu'il tient est établi dans rÉglise dès l'origine du christianisme. Pourquoi donc a-t-li approuvé , après tant de témoignages, et après la foi de Nicée, ce qu'il a fait dire à Terlullien, que Dieu a fait son Fils ol son Verbe ? C'est parce qu'il ne songe pas à ce qu'il dit, et qu'en matière de foi il n'a uuUc exactitude. Et pourquoi le ÇQutient-il ? C'est parce qu'il ne veut jamais avouer sa faute. Il nous allègue pour toute raison que souvent /atVe signifie engendrer en qotre langue ^ ; ce qu'il prouve par cette noble façon de parler , que les hommes font de$ enfants, et les ani^ maux des petits. Ainsi malgré rÉcriture, malgré la tradition, malgré la foi de Nicée , il dira quand il lui plaira, (j'ai boute (!e le répéter) que Dieu a fait un Fils, et portera jusque dans le ciel la plus basse façon de parler de notre langue ; aujieu qu'il falloit songer qu'il s'agit ici non d'une phrase vulgaire, liiais du langage ecclésiastique, qui formé sur l'Écriture et
* Joan. I. 14. * Att. ii. 36. Joan i.— ^ Joan. i. Tab. Lett. vi. p. 25.- < Jbjd. 232. -* Ircn. lib. II. c. 43. al 25. n. 3. p. 153.- Ubid. p 28G,
SCB LES LETTRES DE M. JCftIEU* ^^x
isage de tous les siècles, doit être sacré aux chréliens, sur- »ut depuis qu'il est consacré par un aussi grand concile que 3lui de Nicée. Cependant je suis un déclamateur, parce que
veux obliger un professeur en théologie à parler correcte rlent; et il fait semblant de croire que c'est sur cette seule snaérité que je me plains qu'on lui souffre tout dans son parti, Drnme si tout ce qu'il écrit depuis deux ans, principalement ar cette matière, n'étoitpas plein d'erreurs si insupportables uMl n'y a qu'à s'étonner de ce qu'on les souffre.
Pour ce qui regarde Tertullien, quand il lui seroit échappé ''employer une fois ou deux le mot de faire, au lieu de celui ^engendrer^ il faudroit mettre cette négligence parmi celles ^ue saint Athanase a remarquées dans les écrits de quelques .Bciens *, où une bonne intention supplée à une expression trop %mple et trop peu précautionnée. Car au reste, Tertullien, ■ans le livre le plus suspect, qui est celui contre Hermogène, ^bien montré qu'à l'exemple des autres Pères^ il exceptoii .«Fils de Dieu du nombre des choses faites, commme celui par qui tout étoit fait': et il ne dit pas absolument dans son livre contre Praxéasce que le ministre lui a fait dire, que Dieu CÊ fait son Fils et son Verbe. On peut bien dire, comme je l'ai remarqué', que Dieu est fait, non absolument, mais, comme «îine Psalmiste qu*il est fait notre recours et notre refuge *. Il est clair par toute la suite, que le faire de Tertullien * se dit «D ce sens. Ce que le minisire ajoute, qu'ici faire signiiie forcer, n'est pas meilleur, et ne sert qu'à faire voir de plus en plus qu'on se jette d'un embarras dans un autre, quand on i^eut toujours avoir raison; car on ne dira non plus dans le engage correct que Dieu ait formé son Fils ni son Saint-Es- Tit, parce que cela ressent quelque chose qui étoit informe tiparavant; et il n'y a que M. Jurieu qu'une telle idée ccommode. On dit, avec l'Ecriture, que le Fils est engendré, u'il est né; et par un terme plus général qui convient aussi U Fils, on dit que le Saint-Esprit procède. Dieu, qui diseuse comme il lui plaît selon les règles de sagesse la révé-
» Orat. 3 et 4. - ^Cap. î9 et scq - •!. Avert. n. 12. -^ * Ps. U. 10. ^ ^ Adv. Prax. n. 0,
if 4 SIXIÈME ÀTnTIftHaHRT
lation de ses mystères, n'a pas voulu que nous en sussîods davantage sur la procession du Saint-Esprit. On ne dit pas qu'il est né, car il seroit Fils; et le Fils deDiea ne serait pu unique comme il Test selon TEcriture; et c^est pourquoi le ministre ne de voit pas dire en parlant du Fils ou du Saisi- Esprit, que les anciens les faisoient produiia UbremM i V égard de leur seconde naissance * ; car jamais ni dans FEcn-' (ure, ni dans les auteurs ecclésiastiques, il n^entendra paifar de la nativité du Saint-Esprit, ni de la première, ni de lincondc : puisqu'il en veut donner jusqu'à deux à celui qui n'a a pas même une seule. Un homme qui tranche si fort du théologien, et qui s'érige en arbitre de la théologie de son parti, où il dit tout ce qui lui plaît sans être repris, ne devoitpa» ignorer ces exactitudes du langage théologîque formé w l'Écriture et sur l'usage de tous les siècles.
Ainsi manifestement il ne lui reste aucune réplique coalr» les Tolérants. U n'y a plus de proposition si hardie et si téméraire contre la personne du FUS de Dieu, qui ne doive paner, s'il est permis non de tolérer, mais d'approuver expressément celle qui le met au rang des choses faites. Si le symbole de Nicée n'est pas une règle, on dira et on pensera impunément tout ce qui viendra dans l'esprit; on sera contraint d& se payer des plus vaines subtilités ; et ce qu'on aura souffert au ministre Jurieu , le grand défenseur de la cause, sera b loi du parti.
CXV. Que le ministre^ qui n*en peat plus, substitue les calomnies iBx
bonnes raisons.
Enfin, ma preuve est complète. Il est plus clair que le jour que le ministre n'a pu établir les variations qu'il cherchoit dans l'ancienne Eglise, sans renverser tous les fonde- «i inents de sa propre communion. Son argument foudroyant j s'en va en fumée : il ne faut plus qu'il cherche de variations i dans la véritable Eglise, puisque celle-ci qu'il croyoit la plus certaine lui échappe; et tous ses efîorls n'ont abouti qu'à donner gain de cause an Tolérants : ainsi il tombe ù leurs
* Tab. Lctt. VI. p. 205
fi
SUR Lœ LETTRES DE M. JURIBC. 465
pieds défait par lui-même, et percé de tous les coups qu'il a voulu me porter.
Cependaot, pour étourdir le lecteur, il met les emportemens et les vanteries à la place des raisons. Car, à Tentendre je s»is accablé sous ce terrible argument : a M. de Meaux n'y /# répond, dit-il \ que par des puérilités et par des injures. Il » a foit précisément comme une bête de charge, qui tombant » écrasée sous son fardeau, crève , et en mourant jette des D ruades pour crever ce qu'elle atteint ». Je n*ai rien h lui répliquer, sinon qu'il a toujours de nobles idées. Vous pouvez juger par vous-mêmes, mes chers Frères, si je me donne une seule fois la liberté de m'épancher en des faits particuliers, ou de sortir des bornes d'une légitime réfutation. Mais pour lui , qui le peut porter à raconter tant de faits visiblement calomnieux qui ne font rien à notre dispute, si ce n'est qu'il veut la changer en une querelle d'injures? « Son zè\e^ B dit le ministre, (c'est de moi qu'il parle) parott grand » pour la divinité de Jésus-Christ : qui n'en seroit édifié? Il > y a pourtant des gens qui croient que tout cela n'est qu'une » comédie; car des personnes de la communion de l'Évêque » de Meaux lui ont rendu méchant témoignage de sa foi «>. Hais par quelle règle de l'Evangile lui est-il permis d'inventer de tels mensonges? Est-ce qu'il croit que dès qu'on n'est pas de même religion, ou qu'on écrit contre quelqu'un sur cette matière, il n'y a plus, je ne dirai pas de mesures, d'honnêteté et de bienséance , mais de vérité à garder, en sorte qu'on puisse mentir impunément, et imputer tout ce qu'on veut à son adversaire? ou bien , quand on n'en peut plus, qu'on soit en droit pour se délasser, de lui dire qu'il ne croit pas la iivinité de Jésus-Christ, et qu'il fait de la religion une comédie? a Des gens de ma communion me rendent mauvais • témoignage sur ma foi » . Qui sont-ils ces gens de ma communion? Depuis vingt ans que je suis évêque , quoique indigne, et depuis trente ou trente-cinq ans que je prêche l'Évangile, ma foi n'a jamais souffert aucun reproche : je suis dans la communion et la charité du Pape, de tous les évêques, des
« Tab Lett. vi. p. 280.
466 SIXIÈME AVBaTlSSSXkKt
prêtres, des religieux, des docteurs, et enQu de tout le inonde sans exception : et jamais on n'a ou! de ma bouche ni remarqué dans mes écrits une parole ambiguë, nî un seul (hit qui blessât la révérence des mystères. Si le ministre en sait quelqu'un , qu'il le relè?e : s'il n'eu sait point , lui est-il p6^ mis d'inventer ce qui lui plaît? Et qu'il ne s^imagine pas en être quitte pour avoir ici lyouté : «Je ne me rends pas ganot » de cesou!-àire : seulement puîs-je dire que le zèle qu^il fia » paroître pour les mystères ne me persuade pas qu*il en soit • » persuadé * x». Voilà son style. Un peu. après , sur le sujet an landgrave , il ose m' accuser de choses que l'honnêteté eth pudeur ne permettent pas de répéter. Ck>mme il sait bien que ce sont là des discours en l'air et des calomnies sans fooÂs nents, il apaise sa conscience et se prépare une échappatoire, en disant : a Je n'en sais rien : je veux croire qu^on lai Dût » tort'» . Il me semble que j'entends celui qui en frappant de» lance, et en jetant les traits deses calomnies^ s^ilést surpris damh crime de nuire frauduleusement à son prochain, dit : Je toi fait en rtant\ Celui-ci , après avoir lancé ses traits avec tonte la violence et toute la malignité dont il est capable , et apris les avoir trempés dans le venin de la plus noire calomnie, dit à peu près dans le même esprit : Je n'en sais rien , je nek garantis pas : mais s'il n'en savoit rien, il falloit se taire, et n'alléguer pas, comme il fait, pour toutes preuves des otiîT-dtre, ou quand il lui plaît, la réputation \ à qui il fait raconter ce qu'il veut, et qu'on n'appelle pas en jugement.
Mais puisqu'il ne veut pas nommer ses auteurs ni ces gens de ma communion , qui lui ont rendu de si mauvais témoi* gnages de ma foi, je veux apprendre ce secret au public. Uo religieux, curé dans mon diocèse dont je l'ai chassé, non pas, comme il s'en est vanté , à cause qu'il pcnchoit à la Réforme prétendue , car je ne lui ai jamais remarqué ce sentiment; mais parce que souvent convaincu d'être incapanle de son emploi, il m'a supplié lui-même de l'en décharger : ce curé , ne pouvant souffrir la régularité de son cloître où je le renvoyois, s'est réfugié entre les bras de
• Tab.Lett. vi. p. 300 - » Ibid.- ' Piov. xwi. 19.~ « P. 231. 301.
SUR LES LEtTRES DE H. JCRIEU. ^07
M. Jurieu , qui s'en vante dans sa Lettre pastorale con(r« M. Papin : « Plus d'ecclésiastiques, dit-il', se sont venus 0 jeter entre nos bras dans la persécution, qu'il n'y en a » eu en quatre-vingts ans de paix ». Nous en connoissons luelques-uns de ces malheureux ecclésiastiques , qui nous tvouent tous les jours avec larmes et gémissements , qu'en iiïet ils ont été chercher dans le sein de la Réforme de |noi contenter leur libertinage. Parmi les ecclésiastiques que H. Jurieu se glorifie d'avoir reçus entre ses bras, celui-ci, eut misérable qu'il est, a élé l'un des plus importants; et fest lui qui sous la main de ce ministre a publié un libelle contre moi , où il avance entre autres choses dignes de remarque , que je ne crois pas la transsubstantiation , à cause, lit-il, qu'il m'a vu à la campagne, et dans ma chapelle domestique entendre la messe quelquefois avec un habillement un peu plus aisé que ceux qu'on porte en public , quoique toujours long et régulier, et que ma robe ( car il descend jusqu'à ces bassesses ) n'étoit pas assez boutonnée à son gré ; d'où il conclut et répète trois ou quatre fois, qu'il n'est pas possible quejecroie aux mystères ni a la transsubstantiation. Yoilà cet homme de ma communion, qui à son grand malheur nen est plus : le voilà, dis-je, celui qui rend un si mauvais témoignage de ma foi : c'est le même qui a raconté à M. Ju« rieu tout ce qu'il rapporte de ma conduite; c'est le même qui lui a dit encore que je menois les gens à la messe i coups de barre^ : car il rapporte dans son libelle qu'il n'a vu en pleine rue menacer et charger d'injures les Préendus Réformés qui ne vouloient pas m'en croire, avec un împortement qui tcnoit de la fureur. M. Basnage a relevé cette lisîoriette, fausse en toutes ses parties, et l'a jugée digne l'être placée dans sa préface a la tête de sa Réponse aux Vaiations. Il est vrai qu'il se dédit dans cette préface de la irconstance d'un garde-fou, sur lequel dans le corps do 'ouvrage il me faisoit monter comme sur un théâtre pour y îrier des injures aux passants qui refusoient de se convertir*, liais enfin, au garde-fou près, il soutient tout le reste comme
• Lctt. pas», cont. Pap. p. 1. — * Tab. Lctt. VI. — ^IJasn. t. i.part. u I. p. 1. 4.
pQ 8IX1ÊHE AVEBTISSEMENT
Traî. « On m'a vu forcer un malade à profaner les mystères D les plus augustes , et à recevoir les sacrements contre sa » conscience » ; moi qui n'ai donné les mystères qu'avec les épreuves et les précautions que Dieu sait et que tout le monde a vues. Les ministres prennent plaisir à exagérer mes violences et ma feinte douceur avec aussi peu de vérité que le reste qu'on vient d'entendre ; pour éloigner s'ils pouvoieni ceux à qui je tâche , dans l'occasion et lorsque Dieu me les adresse , d'enseigner la voie du salut en toute simplicité; et tout cela sur la foi d'un apostat qui peut-être leur a déjà échappé, et dont en tout cas je puis leur répondre qu'ils seront bien'.5t plus las que moi > qui l'ai supporté avec une si longue patience. Nous ne laisserons pas cependant de purger l'aire du Seigneur; et puisque ces Messieurs se glorifient d'en ramasser la paille , ils pourront recueillir encore d un si grand nombre de bons et fidèles pasteurs trois ou quatre loups dont j'ai délivré le troupeau de Jésus-Christ; et il ne tiendra qu'à M. Jurien d'enrichir de leurs faux rapports le récit qu'il a commencé de ma conduite.
Je ne dirai rien davantage sur ces calomnies : tout le monde s*cn plaint dans son parti, où il se rend redoutable par ce moyen : venons à des matières plus importantes. Il me reste encore à traiter la partie la plus essentielle de cet Avertissement, qui est l'état de nos controverses et de la religion protestante. Mais pour donner du repos à l'attention du lecteur, je réserve cette matière à un discours séparé. Il est digne par son sujet d'être examiné et travaillé avec soin. 11 paroîtra pourtant bientôt, s'il plaît à Dieu : et ceux qui ont de la peine à me voir si longtemps aux mains avec un homme aussi décrié , même parmi les honnêtes gens de son parti, que le ministre à qui j'ai affaire , peuvent s'assurer qu'après avoir ajouté ce dernier éclaircissement aux matières très-essentielles qu'il m'a donné lieu de traiter, je ne reprendrai plus la plume contre un tel adversaire, et je lui laisserai multiplier ses parotes , et répandre à son aise ses confusions,
' D;;s»< t. 1. h part. c. i. p. 1. 4 .