‹ Histoire des variations des églises protestantesChapitre 35 sur 59 · AV · texte numérisé non relu

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r;r>l s:\ieme avertissement

mes comme les autres, seroit aujourd'hui arien et socinkn. Mais pourquoi donc n'attribuer un secours si nécessaire au christianisme qu'à un christianisme antichrétien , et ne pas vouloir qu'un tel secours, si grand , si nécessaire, si essentiel, soit donné dès son origine à TEglise chrétienne? Mais si ce secours étoitsi nécessaire au christianisme, selon M. Jiiricu, pourquoi le même ministre foule-t-il aux pieds les décisions de CCS saints conciles et celle du concile d'Ephèse, qui est celui où la foi de rfncarnation a été le plus puissamment affermie? Ce saint concile décida que la sainte Vierge éloit Mère de Dieu, et ne trouva point de terme plus propre qne celui-là pour fermer la bouche à Nestorius, comme le concile de Nicée n'en avoit point trouvé de plus énergique contre les chicanes des Ariens, que celui de consahstantiel. Mais M. Jurieu ne craint pas de dire que « ce fut aux docteurs du cin- » quièmc siècle une témérité malheureuse d'avoir appelé h » sainte Vierge, mère deDieu '«.Voilà comme il s'opposeao dessein de Dieu, qui vouloit, comme il l'avoue, se servir de l'autorité de ce concile pour affermir la foi de l'Incarnation : ot alin que rien ne manque au mépris qu'il inspire pour celle assemblée, il ajoute qu'aussi « Dieu n'a pas versé sa bénédic- » tion sur la fausse sagesse de ces docteurs : au contraire, » conlinue-t-ii, il a permis que la plus criminelle et la plus » outrée de toutes les idolàlries (il veut dire la dévotion à la n sainte Vierge) ait pris son origine de là ». Voilà donc co saint concile, un des appuis, selon lui, des fondements de la foi, livré à V idolâtrie, et encore à ridolàtrie la plus outrée, en punition de sa décision : la corruption du monde etl'anlichrislianisme en fut le fruit. Mais si le concile d'Ephèsc est si hautement méprisé, on n'a pas plus épargné celui île Nicée. M. .lurieua entrepris d'y trouver l'inégalité des personnes, Tin. perfection de la naissance du Fils de Dieu, et un changefiient manifeste dans le sein de la divinité '. La porte à TajKjstasie est ouverte; et ce ministre ébranle avec la révérence «!cs premiers conciles les fondements de la foi des peuples, (jiic rAntechrist avoit respectés. Car quel respoel veut-il

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SUR lES LETTUES DE M. JLRIEU. t'>55

qu'il nous reste pour le concile de Chalcédoine, qu'il fait tenir à TAntechrist même, et en général pour le quatrième et le cinquième siècles où selon lui Tidolàtrie antichrétienne et les doctrines des démons ont régné impunément? Les trois premiers siècles sont pleins d'ignorance, ariens ou pis qu'ariens; les deux suivants plus éclairés, et les derniers de la pureté, sont idolâtres et antichrétiens, et il n'y a rien de sain dans le christianisme. Vous recommencez, dira-t-il, tropsouvent le même reproche : qu'il y réponde une fois, et nous nous tairons.

Autant donc qu'il est évident, par toutes ces choses, que la Réforme ne se peut passer de la voie d'autorité, autaut est-il véritable qu'il ne lui est pas possible de la soutenir : elle lui est trop étrangère , trop incompatible avec ses maximes. Tout y respire la liberté de dogmatiser : on ne songe qu'à se mettre au large sur les articles de foi; ce qui est le chemin manifeste au socianisme, ou plutôt, et à ne rien déguiser, le socinianisme lui-même.

LXXI. Preuve, par Tcxemple de M. Jurieu, rie M. Burnet et de M. Basnage, que tout tend dans laKéfurme à l'indifféreuce et au socinianisme.

Que ce soit là l'esprit du parti, M. Jurieu nous en est un grand exemple, puisque nous venons devoir que déjà il fait régner dans les trois premiers siècles de l'Église des erreurs manifestement socinienncs. M. Basnage le seconde dans ce dessein : lorsqud je lui nie que les anciens aient enseigné les dogmes pernicieux que son collègue M. Jurieu leur attribue , il me rei)roche que je nie les choses les plus claires; et il se réduit comme son confrère à soutenir que malgré ces erreurs des prélats la foi de VE(jlise nétoit pas périe ' .

Il n'y a qu'à prendre un ton de confiance pour éblouir nos Réformés : mais qu'on pénètre ce qui est caché sous ces grands mots de M. Basnage ; on y trouvera qu'il adopte les sentiments de son confrère, c'cj^l-à-dire, qu'il fait nier aux anciens docteurs l'égalité et la coéternilé des trois Personnes divines.

» DA\ f'o la Rr'" «ont. les Vîtr. T. i. liv. i:. o. :>. p. 478. .'i70.

Sôf> SIXIÈME ▲Y£RTI&SEil£KT

M. Buraet n*est pas plus favorable à Tantiquité. Il prétend a que les Pères et les docteurs de TEcole ont demeuré D longtemps à faire un système complet de leurs notions à j) regard de la divinité * » : c'est-à-dire, à ne rien dissimuloretà ôter les embarras affectés de cette expression, qu'on a passé plusieui^ siècles sans avoir une notion complète de Dieu, et à dire vrai, sans le bien connoître. Non-seulement il veut a que j'apprenne du Père Pétau combien les idées » des Pères des trois premiers siècles étoient obcures sur la » Trinité o , mais encore il ne craint point d'assurer qoe a même après le concile de Nicée on a été longtemps avant » que de mettre l'idée de l'unité de l'essence divine dans » l'état où elle est depuis plusieurs siècles ». Nous entendons ce langage : nous n'ignorons pas qui sont les Protestants d'Angleterre, qui prétendent que l'unité qu'on reconnoissoit dans la nature divine étoit semblable à celle des autres natures, c'est-à-dire, qu'il n'yavoit qu'une unité d'espèce OQ de genre; si bien qu'à proprement parler il y avoit plusieurs dieux comme il y a plusieurs hommes. Voilà les erreurs que M. Burnet attribue aux premiers siècles, en sorte qu'il n'y avoit nulle connoissance certaine et nulle confession claire de l'unité ni de la perfection de Dieu non plus que de la Trinité de ses personnes. C'est à peu près dans la foi la même imperfeclion que reconnoît M. Jurieu : c'est ce qu'il avoit appelé la Trinité informe.

La Réforme a aujourd'hui trois principaux défenseurs; M. Jurieu , M. Burnet et M. Basnage : tous trois ont donné les premiers siècles pour fauteurs aux hérésies des Socîoiens: nous avons vu les conséquences de cet aveu; d'où l'on induit nécessairement la tolérance universelle. M. Burnet l'a ouvertement favorisée dans sa préface sur un Traité qu'il a traduit de Lactance ; et nous produirons bientôt d'autres preuves incontestables de son sentiment. Pour ce qui est de M. Basnage, nous avons vu comme il s'est déjà déclaré pour la tolérance civile , qui selon M. Jurieu a une liaison si nécessaire avec l'indifférence des religions. Il a loué les magistrats sous qui

' dit. dcrilisl.desVar.

l'hérétique n'a rien à craindre '. Nous avons ouï de sa bouche que la punition de Servet, qiroique impie et blasphémateur, éloit un reste de papisme '. Par là il met à couvert du dernier supplice les blasphémateurs les plus impies : ce qui favorise une des maximes de la tolérance, où Ton ne lient pour blasphémateurs que ceux qui s'attaquent à ce qu'ils recoonoissent pour divin, directement contre saint Paul, qui se nomme blasphémateur, quoique ce fût, comme il le dit, dans son ignorance*; et même contre TÉvangile, qui range aussi au nombre des blasphémateurs ceux dont les langues impudentes chargeoient d'injures le Sauveur/ , quoiqu'ils le fissent par ignorance * , sans connoitre le Seigneur de gloire ; et que le Sauveur lui-même les ait excusés envers son Père , en disant qu't^ ne savaient pas ce quils faisaient ^.

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