‹ Histoire des variations des églises protestantesChapitre 36 sur 59 · LXXII. M. Basnage aatorise le grand principe des Sociniens · texte numérisé non relu

LXXII. M. Basnage aatorise le grand principe des Sociniens

Le grand principe des Sociniens et l'un de ceux que M. Jurieu attaque le plus \ c'est qu'on ne peut nous obliger à croire ee que nous ne connoissons pas clairement. C'étoit aussi le principe des Manichéens ; et saint Augustin, qui s'est attaché à le détruire en plusieurs de ses ouvrages, a persuadé tout le monde excepté les Sociniens et M. Basnage. Je remarquerai ici en passant un endroit où, en rapportant les vaines promesses des Manichéens qui s'engagcoient a à conx> duire les hommes à la connoissance nette et distincte de p la vérité , et qui avoieut pour principe qu'on ne doit croire D véritables que les choses dont on a des idées claires et dis- D tinctes » ; tout d'un coup, sans qu'il en fût question , ou que son discours Ty menât par aucun endroit , il s'avise de dire a que saint Augustin réfute ce principe de la manière X) du monde la plus pitoyable " ». C'étoit peu de dire la plus foible ou s'il vouloit la plus fausse ; pour insulter plus hautement à saint Augustin il falloit dire la plus pitoyable; et cela sans alléguer la moindre preuve, sans se mettre du

» Basn. T. l. c. 6. p. 942. Ci-dessus, n. 10. — ' Déf. de l'Hist. de Var. n. 3.— ' I.Tim. i. 13. — * Mattli. xxvii. 30.— ^ Art. m. 17. — *"'Luc. XXIII. 34. — " Tab. Lctt. m. p. 131. — 'Dasn. T. i. I. part. c. 4. Art. II. p. 127. •

î>^8 SIXltilE AVEUTISSEMENT

moins en peine de dire mieux que saiut Augustin, ni de détruire un principe dont il sait que les Socioiens aussi bien que les Manicliéens font leur appui. Il leur a voulu faire le plaisir de leur donner gain de cause* contre saint Augustin , et persuader à tout le monde qu*un docteursi éclairé est demeuré court en attaquant le principe qui fait tout le fondement de leur hérésie.

LXXIII. De tous les ministres protestants celui qui tient le plas da sod-

uianisme, c^est M. Jurieu.

C'est, en un mot, je Tai dit souvent et je le répète sans crainte, c'est, dis-je, que la Réforme n'a point de principe univei^el contre les hérésies, et ne produit aujourd'hui aucun auteur où l'on ne trouve quelque chose de socinien . mais celui qui en a le plus, très-certainement c'est M. Jurieu. Avant lui on n'avoil ouï parler d'une Trinité informe. Personne n'avoit encore dit que la doctrine de la grâce fût informe et mêlée d'erreurs devant saint Augustin , ou qu'il fallût encore aujourd'hui prêcher à la pélagienne*. Voilà ce qu'enseigne ce grand adversaire des Sociniens. Il enseigne qu'on ne peut condamner ceux qui font la Trinité nouvelle , et deux de ses Personnes nouvellement produites; qui font dans rétcrnité la nature divine imparfaite, divisible, changeante, et les personnes inégales dans leur opération et leur perfection ; ceux qui disent que le concile de Nicée, loin de réprouver ces erreurs y a consenti et les a autorisées par SOS décrets; que la doctrine de rimmutabilité de Dieu est une idée d'aujourd'hui, et qu'on ne peut réfuter par l'Ecriture ni accuser d'hérésie ceux qui la rejettent '.

LXXIV. Que les excuses de ce ministre, sur ce qu'il a dit conti*e l'immutabilité de Dieu, achèvent de le convaincre.

Il est vrai qu'il a pris la peine de répondre à ce dernier Veproche, et il soutient qu'il n'a voulu dire autre chose, sinon «que les lumières naturelles achèvent ce que l'Ecriture » sainte a voit commencé là dessus^ ». Un autre auroit dit

» Vov. VI' Avert. I. part. art. 2. 3. 4.5.— ' Ibid. art. 6 et suiv. —

*Tab. i.ca. >:w. p. 580.

SLR US Li:TTUtS DE M. JUKIEU. ^'^

que rÉcrilure confirme et achève ce que la lumière nalurello avoit commencé : noire minisire aime mieux atlribuer le commencement à TEcriture et la perfection à la raison : comme si les écrivains sacrés n'avoient pas eu la raison , et par dessus la raison la lumière du Saint-Esprit qui en perfectionnoit les connoissances. Mais après tout, ce n'est pas là Cft qu'avoit dit le ministre : il avoit dit en termes formels , que les anciens, en donnant au Verbe une second génération, lui donnoient non un nouvel être, mais une nouvelle manière d'être ' : que cette nouvelle manière d'être ajoutoit la perfection au Verbe et accomplissoit sa naissance imparfaite jusque là : « qu'on devoit pourtant bien resiarquer que Ton ne sauroit réfuter par l'Ecriture celte bizarre théologie » des anciens; et c'est , disoit-il , une raison pourquoi on no » leur en sauroit faire une hérésie : il n'y a que la seule » idée que nous avons aujoiud'iiui de la parfaite immuta- » bilité de Dieu qui nous fasse voir la fausseté de ces hypo- » thèses' 0. L'Ecriture n'éloit donc pas suffisante pour nous faire voir un Dieu immuable. Qu'il ne chicane point sur ce inot de faire voir ^ comme si l'Ecriftire nous faisoit croire seulement l'immutabilité de Dieu, et que la raisonnons In fît voir. Car il avoit dit clairement que ces hypothèses des Vères ne sauraient être réfutées par V Ecriture : l'Ecriture no pouvoit donc ni faire voir ni faire croire que Dieu fût immuable : ridée de V immutabilité est ut\e idée d" aujourd'hui ^ qui n'étoit ni dans les saints livres ni dans la doctrine de ceux qui nous avoient précédés. On a vu quelle est l'ignorance et l'impiété d'une telle proportion. Mais le minislro qui la désavoue ne sait encore qu'en croire : puisqu'au lieu de dire à pleine bouche, que nous voyons dans l'Ecriture l'immutabilité de Dieu, il se contente de dire, qu'il n'a jamais dit que « l'Ecriture ne servît de rien à en former » ridée. Car, poursuit-il, puisque TEcriture sert infiniment » à nous donner l'idée de l'être infininent parfait, elle sert » aussi sans doute à nous faire comprendre la parfaite immu- » labililé de Dieu». Vous diriez que l'Ecriture ne nous dise

' Ta'o Lett. vi. p. 2CG et suiv.— '^ Vi' Avert I.pait. art. l. ii. 10. U» ab. Lctt. \ù p." 2CS.

pas en termes assez formels que Dieu est immuable, jusquù exclure que ce premier êlre , même l'ombre du changement ' ; mais qu'elle serve seulement à nous le faire comprendre, et que ce soit là une conséquence qu'il faille comme arracher de ses autres expressions. Je ne m*étonne donc plus si l'auteur des Avis prend à témoin M. Jurieu des belles lumières que nous recevons de la philosophie moderne. <x M. Jorieij » sait, dit-iP, qu'avant la philosophie de Tincomparabie » Descartes, on n'avoit aucune juste idée de la nature d'oo x> esprit» : sans doute, avant ce philosophe nous ne savions pas que Dieu fût esprit, ni de nature à n'être aperçu que par la pure intelligence, ni que notre âme fût faite à son imago, ni qu'il y eût des esprits administrateurs : sans Descartes ces expressions de TEcrilure étoient pour nous des énigmes; on ne trou voit pas dans saint Augustin, pour oe point parler des autres Pères, la distinction de Tâme et do corps : on ne la trouvoit pas même dans Platon. M. Jnrien le sait bien : car si nous n'entendons que d'aujourd'hui Timmutabilité de Dieu, jpourquoi entendrions-nous mieux sa spiritualité, qui seule le rend immuable , puisqu'un corps qui de sa nature est divisible et mobile, ne le peut pas être? Que la Réforme qui ne sait rien de tout cela, et qui l'apprend d'aujourd'hui, est éclairée! L'aveuglement de ses docteurs ne la fera-t-elle jamais rougir? Mais ne corn prend ra-t-elle jamais combien l'esprit du socianisme domine en elle, puisque M. Jurieu y est entraîne comme par la force en le combattant?

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