LXXV. La tolérance effroyable qu'on a [jour M. Jurieu
Pour ce qui regarde la tolérance, il n'y a qu'à se souvenir avec quelle évidence nous venons de démontrer que ce ministre l'a autorisée même en voulant la combattre. Et pour ne point répéter ce qu'on en a dit \ on ajoutera seulement que M. Jurieu est lui-même le plus grand exemple qu'on puisse jamais proposer do la tolérance du parti. On lui tolère toute les erreurs qu'on vient de voir, quoiqu'elles
' J2c 1. 17— = Avis s?.r les Tab. art. 3.- '' VI' Avert. IL part. n. 1 U^.
SUR LES LETTRES DS M. iURIEU. ^41
n^emportentrieu moins qu'un renversement total des fonderaentsdu christianisme, etmêmcdes principes de laRéforme.
LXXVI. On tolère à ce ministre de dire qa*oii se peat sauver dans une commuuioa sociuieune : aveu du môme ministre.
Oq lui tolère de dire qu^on se peut sauver dans une comrouniofi socinienne: c'est une accusation que je lui ai faite dans THistoire des Variations et dans le premier avertissement \ il n'est pas nécessaire d'en répéter ici la preuve, puisqu^après avoir beaucoup chicané, le ministre a enfin passé condamnation. « Il conclut (l'Evêque de Meaux) son premier
> Avertissement par des preuves, que selon moi on peut » être sauvé dans une communion socinienne. Il n'y a pas » plus de bonne foi là dedans que dans le reste. Si l'on pou- » voit conclure quelque chose de mes écrits, ce seroit qu'un » homme, qui sans être Socinien et en détestant les hérésies
> sodniennes, vivroit dans la communion externe des Socif Dîens n'en pouvant sortir, seroit sauvée c'est ce que je ne
> nie {MIS 'd. Il avoue donc en termes formels le crime dont m Taceuse, qui est qu'on se peut sauver dans une communon socinienne.
Car être à l'extérieur dans cette communion, c'est y recevoir les sacrements, c'est y assister au service, aux prêches, lux catéchismes, aux prières, comme font les autres, avec les marques extérieures de consentement: il n'y a point d'autres liens extérieurs de communion que ceux-là: or, si cela est permis, on ne sait plus ce que veulent dire ces paroles: Rcti^ rez-vous des tentes des impies * ; ni celles-ci de saint Paul : Je ne veux point que vous soyez en société avec les démons : vous ne pouvez boire le calice du Seigneur et le calice des démons: vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons * ; ni enfin celles-ci, du même apôtre : Qt^elle corntnttntôn y a-t-il entre la justice et l'iniquité ? ou quelle convenu tiùn entre Jésus-Christ et Bélial? ou quel accord peut-il y avoir entre le temple de Dieu et les idoles^ ? S'il est permis d'être uni par les liens extérieurs de la religion avec rassemblée
' Var. lîv. XV. n. 79. T. Avert. n. 4!X. — ' Tab. Lctt. vî. p 298 — ' Num. XVI. 26. — * I. Cor. x. 20. — * II. Cor. vi. 14.
^12 filXîfcHB ATBlTlSSniENY
des impies, tous ces préceptes de Tapôtre, tontes ces fortes expressions du Saint-Esprit, ne sont plus qu'un son inutile; et le ministre manifestement les réduit à rien. Ainsi la limitation qu'il apporte à sa proposition en supposant que celoi/ qu*il met dans une communion socinienne, n'y sera qu'extérieurement et détestera dans son cœur les hérésies de cette secte, ne sert qu'à les condamner davantage. Car un tel homme sera nécessairement un hypocrite, qui sans être Socinieo fera semblant de Fêtre: or, c'est encore pis, s^il se peut de sauver un tel hypocrite que de sauver un Socinien ; puisqu'on peut être Socinien par ignorance et avec une espèce de bonne foi ; au lieu qu'on ne peut être hypocrite que par une expresse perfidie et une malice déterminée. | .
La condition qu'il appose, qu'on demeure innocemment à ^ l'extérieur dans cette communion n'en pouvant sortir, met le comble à l'impiclé. Car elle suppose qu'on est excusé de se lier de communion avec les impies lorsqu'on ne peut en sortir, c'est-à-dire manifestement, lorsqu'on ne le peut sans mettre sa vie ou ses biens ou son honneur en péril : or, si on reçoit cette excuse, tous les exemples des martyrs sont des excès; tous les préceptes de l'Evangile, qui obligent à mourir plutôt que de trahir la vérité et sa conscience, sont des préceptes outrés, qui ne sont propres qu'à envoyer les gens de bieni la boucherie.
Que si enfin le ministre se sent forcé à répondre que cet homme, qui communie à Textérieur avec les Sociuiens, n'en i déteste pas seulement les erreurs dans sa conscience, mais déclare publiquement Thorreur qu'il en a; il renverse la supposition. Car cet homme très-constamment n'est plus dans la communion extérieure des Sociniens, puisqu'il y renonce expressément par la profession qu'il fait d'une foi contraire. Un tel homme se gardera bien de faire la cène avec eux, ni de prendre le pain sacré de la main de leurs pasteurs qu'il regarde comme des impies: et s'il assiste à leurs prêches, ce sera comme un étranger qui croit voir ce qui se passe dans leurs assemblées, ou qui entreroit, si Ton veut dans uuc mosquée par simple curiosité.
Que si Ton assiste sérieusement au service des Sociniens avec le même extérieur que les autres membres de leurs assemblées, et en un mot qu'on en fasse son culte ordinaire, on pourra assister de même au culte des Mahométaris ou des Idolâtres: les Catholiques, les Luthériens, les Calvinistes pourront se tromper ainsi les uns les autres, sans préjudice de leur salut ; et tout Tunivers sera rempli de profanes et d'hypocrites qu'on ne laissera pas de compter parmi les élus. Voilà où aboutit la doctrine du plus rude en apparence des Intolérants ; et il s'engage dans tous ces blasphèmes pendant qu'il tâche le plus de s'en justifier, tant il est secrètement dominé par cet esprit d'irréligion et d'indifférence.
LXXYII. La tolérance expressément accordée aux Ariens : passage de
M. Jurieu quMI a laissé sans réplique.
On peut voir sur ce sujetlà ce qui est écrit dans le livre xv^' de Variations, et dans le premier Avertissement * : mais on y peut voir encore de plus grands excès du ministre : puisqu'on y trouve que a damner tous ces chrétiens innombra- » bles qui ^ivoient dans la communion externe de l'aria- Y> nisme, dont les uns en détestoient les dogmes, les autres » lesignoroient, les autres les toléroient en esprit de paix, » les autres étoient retenus dans le silence par la crainte et i> par l'autorité : damner, dis-je, tous ces gens là, c'est une D opinion de bourreau, et qui est digne de la cruauté du pa- » pisme ' D . Le dogme des Ariens est donc de ces dogmes quon peut tolérer en esprit de paix. On a objecté ce passage à M. Jurieu de tons côtés. Il n'y répond pas un seul mot : et voilà, de son aveu, les Ariens, c'est-à-dire, les ennemis de I:i divinité de Jésus-Christ et de celle du Saint-Esprit, parmi ceux qu'il faut comprendre dans la tolérance.
Il nous donne pour marque de socinianisme, de dire que cette secte ctoit moins mauvaise que le papisme ^ : et néanmoins il dit lui-même qu'il est plus difficile de se sauver parmi les Catholiques, que parmi les Ariens \ qui soutenoient les principaux dogmes des Sociniens.
• Var. liv. xv. n. 70 et suiv. I. Avert. n. 41 ctt suîv. — ^ Préj. légf. i p. TA. Var. liv. xv. n. 80. - ^ Tab. Lett. i. d- 7 Pivj. Jcgit. I pait.c I . I - * Syst p. 223. Var. liv. xv. n. 172.
^*^^ SlXlfelB ATMTIiSSEaCNT
UXVm. Les NettoricBt et les Eatydûens tolérés par ce mnitstn*.
Si les Ariens sont compris dans la tolérance, les Nestoricns et les Eutychiens ne ponvoient pas en être exclus. Le ministre les y reçoit en termes formels, et met les sociétés o& la confusion des deux natures et la distinction des Personnes font soutenues en Jésus-Christ, au nombre des communions où Dieu se conserve des élus '.
Si cela est, cette merveilleuse sagesse de Dieu, que le ministre reconnott dans les quatre premiers conciles, qui, dit-il, ont mis à Fabri les fondements de la foi j ne sera plus rien ; puisque les erreurs condamnées par ces grands conciles n'empêchent pas le salut de ceux qui en sonnent infectés, et ne les excluent pas de la tolérance.
Yoilà donc, par la doctrine de votre ministre, la tolérance établie en laveur de ceux qui renversent les fondements de la foi, même ceux qu'on a reconnus dans les quatre premiers conciles , qui , de Faveu du ministre , et par les Ckmfessions de foi de tous les Protestants , sont les plus essentiels ao christianisme.
LXXIX. La Réforme est obligée de passer à M. Jarien ses erreurs sar lo
goût el le sentiment.
Outre ces intolérables erreurs qu'on ne tolère qu'à lui , il y en a d'autres qu'il faut tolérer par les principes de la secte. Les Tolérants s'étonnent qu'on lui laisse dire qu'on croit, imrce qu'on veut croire , par goût , par adhésion , par senti" ment, et non pas par discussion ni par examen des passages de l'Ecriture. Mais que pourroit reprendre dans cette doctrine un synode de Protestants, puisqu'ils n'ont de dénouement contre nous que celui-là? M. Jurieu leur dira : Voulezvous obliger à la discussion ceux à qui leur expérience fait connoftre qu'ils n'ont ni la capacité ni le loisir de la faire? Ils se moqueront de vous. Les renverrez- vous à l'autorité de l'Eglise? Vous renverserez votre Réforme. Ne voyez-vous donc pas plus clair que le jour, que le goût et le sentiment que
» Préj. c. I. p. 10. Syst. p. 146. 150. 154. Var. liv. xv. n. 55. Tab. î.ctt. V. p. 198,
Sun LES LETTRES DE M. JURIEIJ.
M. Claude et inoi avons inlroduit, est le seul refuge qui nous reste « et que si vous le condamnez tout est perdu pour la Rél'orino?
LXXX. Erreur de M. Juriea et de toute la Réforme sur le mariage : ex* ceplioD à la loi évangéiiqoe recounue par ce miuistre.
Je ne m'étonne pas non plus qu'on laisse avancer à M. iuricu lunt d'étranges propositions sur le mariage : c'est qu'en o£fct la Réforme les soutient. Ce n'a pas été assez aux Prétendus Uéformaleurs d'abandonner la sainte doctrine de toute l'Eglise d'Occident sur l'entière indissolubilité du mariage , mémo dans le cas d'adultère. Pour adoucir les diflicultés du mariage, si grandes qu'elles faisoicnt dire aux apôtres : Maitre , s'il est ainsi , il vaut mieux ne point se marier * ; on y permet tous les jours, pour beaucoup d'autres sujets, de rompre a des maiiages faits et consommés dans toutes les » formes, et de permettre à un mari et à une femme de pren- » dre un autre époux et une autre épouse l'autre étant vi- » vante'»? et très-constamment vivante. Le ministre rapporte un fameux arrêt de la Cour de Hollande en l'an 1630% où, du consentement des parties présentes , on résolut un mariage contracté dans tontes les formes : un mari eut la liberté d'épouser une autre femme que la sienne, et sa femme de demeurer avec celui qu'elle avoit épousé sur la fausse présomption de la mort de son véritable mari. La désertion est une autre cause de rompre le mariage. C'est la pratique constante de « l'Eglise de Genève, qui, dit-il \ est la source de notre 0 droit canon. On en a, poursuit-il,. un exemple tout récent » dont je crois que tout le monde a ouï parler : on ne nom- 0 mera pas les personnes à cause du scandale », mais cependant quelque grand qu'il soit , on passe par dessus dans les jugements, a On nommera, continue-t-il % la demoiselle Sève, » qui en 1677 épousa un nommé M. Misson , flis d'un mini- » stre de Normandie , lequel après avoir demeuré quelque » temps avec elle l'abandonna. Elle a obtenu permission de se
» Matth. m, 10. — ' Tab. 303. — > Lelt. vi. p. Ibid. 305. — * IbiJ. — » Ibid 303. 304.
546 SIXltHB AVEITISSBUBIIT
» remarier ; ce qu*elle fit ». Je ne vois pas après cela qa^oa poisse s'empêcher de rompre les mariages pour des maladies incurables ou des incompalibililés anssî sans remèdes. Fou justifier ce libertinage, il suffit à M. Jurieu de dire que les maximes contraires «sont prises' de la théologie romaine, » selon laquelle le mariage est un sacrement* ». On voit donc bien la raison qui a inspiré à la Réforme de crier avec tant de force contre le sacrement du mariage : elle vouloit anéantir cette salutaire contrainte que Jésua-Christ avoit étaUe dans les mariages chrétiens, et s'ouvrir une large porte & les casser. C'est donc inutilement que Jésus -ChrisI a prononcé, que V homme ne sépare pas ce que Dieu a uni '. On prétend i la vérité qu'il y a lui-même apporté une seule exception ; et c'est celle du cas de l'adultère : mais la Réforme licencieasi ne s'en est pas contentée , et n'a pas craint d'ajouter à cette unique exception, qui peutavoir quelque couleur dans l'Eniigile, une si grande multitude d'autres exceptions dont oo n'y en trouve pas le moindre vestige; c'est-à-dire qu'on a excepté non-seulement , à ce qu'on prétend , selon l'Evangile , mais encore très-expressément contre l'EYangile; et M. Jurieu ne craint point de dîre\ « que la bonne foi et les lois du prince » sont les interprètes des exceptions qu'on peut apportera » la loi évangélique qui défend le divorce, et qu'elles sufliseot » pour mettre la conscience en repos o. Les consciences sont si endormies et les cœurs si appesantis dans la Réforme, qu'on y demeure en repos malgré les décisions de l'Evangile sur les exceptions qu'y apportent des lois et une autorité humaine. Ce n'est pas ici le sentiment d'un ministre particulier ; c'est celui de Genève , d'où est né le droit canon de la Réforme ; c'est celui de l'Eglise anglicane, qui en est la principale partie , comme l'appelle notre ministre : et M. le Grand vient de faire voir à M. Burnet, que selon les lois de cette Église g on » fait divorce pour avoir abandonné le mariage, pour une D trop longue absence, pour des inimitiés capitales, pour Jes » mauvais traitements , et qu'on peut se remarier dans tous
» Tab. lett. vi. p. 304. — ' Matth. xix. 6. — » Ibid. 308.
sua LES LETTftES DE M. JUBIEU. ^"^^
» ces cas' d. Voiià quatre excopUons à rÉvangile tirées du code des lois ecclésiastiques d'Angleterre ^ résolues et passées en loi dans une assemblée où préchoit Thomas Cranmer , archevêque de Cantorbéry^ le grand Réformateur de ce royaume . Quel mariage demeure en sûreté contre ces exceptions, puisqu'on reçoit jusqu'à celle qui se tire des aversions invincibles ; ce qui enferme manifestement l'incompatibilité des humeurs? Je ne m*étonne donc plus si ce grand Réformateur a rompu tant de mariages , et je m'étonnne seulement qu'il ne l'a pas fait avec encore moins de façon. Sans recourir auLévitique, qui , de l'aveu des plus grands auteurs de la Réforme, ne faisoit loi que pour les Juifs , et sans acheter à prix d'argent tant de consultations contre le mariage de Henri et de Catherine, il n'y avoit qu'à alléguer l'aversion implacable de ce roi. Mais peut-être qu'on n'osolt encore, et que la Réforme n'avoit pas acquis toute la force dont elle avoitbesoincontre l'Evangile. On trouveroit néanmoins si l'on vouloit ces exceptions dans les autres Réformateurs, dans un Luther,, dans un Calvin , dans un Bucer, dans un Bëze. Voilà à quoi aboutit cette prétendue délicatesse de la Réforme. Elle se vante d'une observation étroite de l'Evangile; elle s'élève avec fureur contre les papes , sous prétexte qu'ils ont dispensé de la loi de Dieu , à quoi néanmoins il est certain qu'ils n'ont seulement jamais songé : et cette fausse régularité se termine enfin à trouver eux-mêmes des exceptions de la loi évangélique. Un ministre le dit hautement^; et aucun synode, aucun consistoire , aucun ministre ne l'en reprend. 11 ne se trouve à relever cette erreur qu'un jeune avocat qu'il traite impunément avec le dernier mépris : pourquoi ? parce que les ministres et les synodes, et les consistoires savent bien que ce ministre ne fait qu'établir la théologie commune de toutes les Eglises protestantes, et en particulier de celle de Genève, qui QSi la source du droit canon, c'est-à-dire de la licence effrénée du calvinisme.
» Lett.de M. le Grand à M. Buract. p. 37. — ' Leg. Ecc Ang. c. 8. 9. 10. 11. p. 50. édit. Lond. 1640. — ' Jur A\is cont, M. de Bcauv.
54S SUllniB AVUTUmURT
LXXXI. Bais«»Mi v^*oo a dsM fai BéfonM éè tolérer tow les eicb de