‹ Histoire des variations des églises protestantesChapitre 38 sur 59 · JurÎM · texte numérisé non relu

JurÎM

C'est donc en Tain qn^on s*élèv6 contre lui dans le parlict qu*OD le défère ani synodes. Après toot, il ne soutient rien qui ne soit, ou de Tcsprit de la Réforme on néeessnre i n défense. Mais quoi! ces dogmes alfrenx contre Timmutabilîté .) de Dieu et Tégalitédes Personnes divines ne répngnent-Bs / pas clairement aui Confessions de foi des Protestants? Ih y répngnenl, je TaTOue, et j*en ai moi-même rapporté les témoignages ; mais après tout, s*îl eût sapprimé ces endroits de sa doctrine, où votdies^ous qu'il y trouTât des tariationsîEt pour en montrer dans Tandenne I^Kse, ne fUloit^il pu tout ensemble en accuser et en etcnser les docteaisT Les accuser pour montrer qu'on nurioît; et i la fois les exciiser, pour n'étendre pas rintoléranee jusqu'à eux. Soutenir une telle cause sans se contredire sot>mème, est-ce nne chose possi- MeT Mais les synodes auront encore de bien plus fortes raisons pour épargner M. Jurieu, le setil défenseur de la religiou protestante. Pouvoit-onse passer de lui dans nn parti oè Fou fouloit soale?er les peuples contre leur Roi, et les enfimts, si l'on eût pu, contre les pères? Il foUoit bien assurer que Dieu s'en méloit, qui étoit plus afllrmatif que notre ministre? « Cest être Pélagien, dit -il * , de ne pas vouloir apercevoir des » miracles de la Providence dans les révolutions d'Anglei> terre, dans celle de Savoie et dans les délivrances de dos s frères des Yallées». Dieu se déclaroit visiblement pour la Réforme ; la France alloit succomber sous t^s coups du ciel; et le nier, c'étoit alors une hérésie. Mais maintenant que sen* ce donc, et foudra-t-il croire encore tous ces miracles après ce que nous voyons? Il f alloit un Jurieu pour pousser Tassurance jusque là. Mais quel autre étoit plus capable d'émouvoir les peuples, que celui qui leur faisoit voir jusque dans leur rage le soutien de leur foi'? Etoit-il aisé de trouver un homme qui attaquât aussi hardiment et avec moins de mesure la majesté des souverains? qui sût mieux allumer le feu d'uuc guerre civile? qui sût, pour tromper les peuples, si biensou-

• Lett. m. p. 129. -^ ' Âccoinp. des Proph. Avis à tous les chrétiens.

tenus de faux miracles, ou débiter avec un plus granli air do confiance des prophéties qu'il avoit prises dans son cœur? Pour cela, ne falloit-il pas avoir le courage de hasarder des prédictions, et de s'immoler pour le parti à la risée inévitable de tout l'univers? Mais quel autreTeût voulu faire? Quel autre eût voulu donner à ses prédictions cet air mystérieux dont notre prophète a paré les siennes, en feignant que par ses désirs, par Fardeur et la persévérance de ses vœux, il s'éloit enfin ouvert l'entrée dans le secret des prophéties, et que s'il ne disoit pas tout, c'est qu'il ne vouloit pas tout dire? 11 s'est vanté d'avoir prédit à un prince qu'avant que l'année fût révolue, il se verroit la couronne sur la tête. Sans doute, il avoit trouvé l'Angleterre bien désignée dans l'Apocalypse, et 1689 y étoit clairement marquée. N'a-t-il pas été un grand prophète d'avoir promis un heureux succès à un prince qui remuoit de si grands ressorts? Car, après tout, qu'avoit-il à craindre en hasardant cette prédiction? ou quel mal lui arrivet-il pour avoir si mal deviné dans toutes les autres? Le prince qu'il vouloit flatter avoit bien parmi ses papiers de mcilicuros prophéties que celle d'un ministre. Mais qui ne connoit l'usage que les hommes de ce caractère savent faire des prédictions; et combien cependant ils méprisent dans leur cœur, et les dupes qui les croient, et les fanatiques qui les rêvent, ou les séducteurs qui les inventent? M. Jurieu s'est mis au dessus de tout cela; il a sacrifié sa réputation à la politique du parti : ébloui dit grand nom de prophète, qu'on lui a donné jusque dans les médailles, il ne peut encore s'en défaire ; et après tant d'illusions dont tout le monde se moque dans sou parti même, il ose encore prophétiser « que les rois de » France, d'Espagne, l'Empereur et tous les princes papistes » doivent sans doute entrer quelque jour dansl'esprit où entrè- » rentlesroisd'Angleterre, d'Ecosse, de Suède, deDanemarck « dans le siècle passé' ». Il ne faut plus que vingt ou trenteans pour accomplir celte merveille, et tout s'y dispose, comme on voit. Si toutefois les succès ne répondent pas à son attente, et que les conquêtes de son héros n'avancent pas, autant qu'il

' Tab. Let. Mil. p. 505. 606.

5iiO SIXIÈME ÀVEaTISSEMEKT

peuse, le règne de mille ans après lequel il soupire* il 8*e^ préparé une réponse contre les événemeot» qui ne YÔudront pas cadrer assez juste. Ou sera toiyours reçu à dire que Dieu n'y prend pas garde de si près * ; et lors aiénae que tout sera inanifestement contraire aux prédictions, M. Jurieu en tout cas sera toujours aussi grand prophète qu^an Colterus el tant d'autres semblables trompeurs, convaincus de faux selon loiiT!£me, dont néanmoins il ne laisse pas d'égaler les visions i celles d*£zéchiel et d'Isaie. Que diront donc les synodes à no homme dont la Réforme a tant de besoin ? Luther n'y fut jamais plus nécessaire. Elle commençoità languir : et la grâce de la nouveauté lui étant ôlée, il ne faut pas s'étonner si loin de faire de nouveaux progrès elle reculoit en arrière : le fait du moins est constant par M. Jurieu, qui vient de Caire publiquement ce triste aveu : « La Réformation dans ce siècle n'est » point avancée, elle étoit plutôt diminuée qu^augmenlée'i: de peur qu'elle ne tombât tout à fait, il en falloit revenir aax impétuosités, aux emportements, aux inspirations, aux prophéties de Luther. La complexion d'un Calvin pouvoitbien avec son aigreur, avec son chagrin amer et dédaigneux, produire des emportements, des déchahiemcnts, d'autres excès de cette nature: mais elle ne pouvolt fournir ces ardeurs d'imagination qui font les prophètes des fausses religions. Il falloit quelqu'un qui sût émouvoir Tesprit des peuples, tromper leur crédulité, les pousser jusqu'au transport et à la fureur. Si le succès n'a pas répondu à la volonté , si par la puissante protection de Dieu il s'est trouvé dans le monde une main plus forte que toutes celles qu'on a tâché vainement d'armer contre elle, ce n'est pas la faute de M. Jurieu ; et les synodes, qui n'ont rien à lui imputer, ne peuvent aussi rien faire de moins que de se taire comme ils font en sa faveur.

LXXXII. Que le ministre qui a Ijesoin d'autorité n'espère plus qu'en ceUe des princes, et qu'il est contraint de leur rendre le droit persécuter dont il les avoit privés.

Si cependant on méprise ces foibles synodes , et qu'une si timide polilique achève de leur faire perdre le peu de cn'dit

* /Iccomp. desP»op\i. A.N\salouîi\esc\\vtWtw^,-''-T^\>a\.V.>;\\v.^j. SOG.

PiM|

SUR CÏS LETTRES DK U. JURIEU. *^^

qu'ils avoient dans la Réforme, ce n'est pas là aussi que M. Jurieu met sa confiance : c'est aux princes et aux magistrats qu'il a recours , et il leur rend le droit de persécuter qu'il leur avoit ravi. J'avois autrefois demandé « dans une lettre particulière qu'il a imprimée, quelle raison on avoit d'excepter les hérétiques du nombre de ces malfaiteurs contre lesquels saint Paul a mis aux princes Tépée en main. Le ministre m'avoit répondu : a Ce n'est pas à nous à vous mon- D trer que les hérétiques ne sont pas de ce nombre : c'est à y> vous, messieurs les persécuteurs, à nous prouver qu'ils y » sont compris * ; car, poursuit-il ' , les malsentants et les » malfaiteurs ne sont pas la même chose ». Alors donc le magistrat étoit sans pouvoir contre les malsentants ^ et ce n'étoit pas pour cela qu'il étoit lieutenant de Dieu. Mais maintenant cela est changé : les princes et les magistrats sont , dit-il % et les images et les oints de Dieu et ses lieutenants en » terre ». Sans doute , ils ont ces beaux titres dans les Ecritures, et pour nous arrêter au dernier, saint Paul nous les représente comme ordonnés de Dieu pour lui faire rendre obéissance comme ses ministres et ses lieutenants, qui ne portent pas sans cause Vépée quil leur a mise en main, a Mais » ce sont d'étranges lieutenants de Dieu, poursuit le ministre, » s'ils ne sont obligés à aucun devoir par rapport à Dieu en » tant que magistrats : comment donc peut-on s'imaginer » qu'un magistrat chrétien , qui est le lieutenant de Dieu, » remplisse tous ses devoirs en conservant pour le temporel » la société à la tète de laquelle il se trouve, et qu'il ne soit » pas obligé d'empêcher la révolte contre ce Dieu dont il est » le lieutenant , afin que le peuple ne choisisse un autre dieu » ou ne serve le vrai Dieu autrement qu'il ne veut être servi k? Le voilà donc redevenu lieutenant de Dieu contre ceux qui ne veulent pas le reconnoitre ou reconnoître son vrai culte , et en un mot, contre les malsentants 9M%û bien que contre les malfaiteurs. Que si, par l'Épftre aux Romains, il est le ministre et le lieutenant de Dieu, contre les hérétiques aussi

* Jar. Ltttt. past. de la t ann. 1. IjcU. p. 7. 8. — - Lctt. p. 11. Ibid*. — "* Tab. Lett. VIII p. 4'iô. 440.

552 tixiÈiu àvbrtissbhirt

bien que contre les autres coupables ; c'est donc contre eux aussi qu*t< a Cépée en main ; et TETÂque de Meaw n'afoit pas tort lorsqu'il Tinterprétoit de cette eorte.

LXXXm. Bornât chitériquetqae le minûitre i«at donner an ponveûrdes

Le ministre a trouvé ici une belle distinction : c^est que le prince a Tépée en main contre les hérétiques ; mais pour ki gêner seulement, pour les bemnir, et non pas pour leur donner îa mort. Mais les Tolérants lui demandent où il a trouvé ces bornes qu*il donne à sa flmtaisieau pouvoir des princes? Il n*étoit pas ici question de faire le doux, et de vouloir en apparence épargner le sang, il ne falloit point, disent-ils, poser des principes d*où Ton tombe pas à pas dans les dernières rigueurs. Qu'ainsi ne soit, n*avez-vous pas dit que a ces aversions, que » produit la diversité des religions, produisent aussi la guerre « etladivision,e^9tt'el(ee ensoni une semence * b ? Quand vous le nieriex, le fait est trop criant pour être révoqué en doute. Si le parti hérétique devient inquiet, mutin et séditieux ; s'il est à charge à TElat, et toujours prêt à enfanter les guerres civiles dont il porte la semence dans son sein , le prince ne pourra-t41 jamais en venir aux derniers remèdes, et porterat'il Vépée êanscause^'! Vous vous aveuglez vous-même, si vous croyez pouvoir donner aux puissances légitimes des bornes que vous ne trouvez pas dans les passages que vous produisez. Vous nous alléguez ce passage : Otez d'entre vous le méchant*. Vous vous trompez d'adresser aux princes ce précepte de Tapètre, qui visiblement ne s'entend que des censures ecclésiastiques ; mais si vous voulez l'étendre aux magistrats, ot que ce soit à eux à èter le méchant, laissez donc à leur prudence les voies de Tôter. Qui vous a donné le pouvoir de les réduire à des peines légères, à des gênes, à des prii^ons, peut-être au bannissement tout au plus? Il faut, disent (oigours les Tolérants *, ou , comme nous, leur ôlcr tout pouvoir de contraindre les hérétiques; ou, comme les Catholiques, leur permettre d'en user selon rexigence des ras.

* I/flt. ▼III. p 5t9. - 2 Rom x.ii. 4. - 3 Lelt. viii. p. 467.- * Lettre v«nue de Suisse.

sua LES LETTRES DE U. JIRIEU. 555

Car s'ils jugent par leur prudence que ce ne soit pas assez )ter le méchant que de le bannir, pour faire pulluler ailleurs es impiétés, comme celles de Neslorius se sont répandues n Orient par son exil et celui de ses adhérents, qui êtes- vous our donner des bornes à leur puissance ? Et espérez-vous e réduire à des règles invariables ce qui dépend des cas et es circonstances? Aussi ne savez- vous où vous renfermer; t vous le faites clairement paroître par ces paroles : a Dieu ▼eut qu'on use de clémence avec les idolâtres et les hérétiques, et qu'on épargne leur vie autant qu'il se peut' j>. Test éluder manifestement la difficulté. Car quelqu'un a-t-il amais dit que la clémence fût interdite aux souverains, ou lu'ils ne soient pas obligés à égargner autant qu'il se peut la iie humaine? Si la seule règle qu'on peut leur donner selon i^ous, est de l'épargner autant qu'il se peut, il ne faut donc pas, comme vous faites, diminuer leur pouvoir ; mais leur laisser examiner ce qu'ils peuvent faire avec raison.

LXXXIV. Le ministre ôte lui-même les bornes qu'il Touloit donner à la

puissance publique.

Mais, direz-vous, la douceur chrétienne doit prévaloir. Sans doute, vous répliqueront les Tolérants, dans tous les cas où vous-même vous ne la jugez pas préjudiciable. Nais vous permettez qu'on procède « jusqu'à la peine do » mort, lorsqu'il y a des preuves suffisantes de malignité, » de mauvaise foi, de dessein de troubler l'Eglise et l'Etat, D et enGn d'impiété et de blasphème conjoint avec audace, > impudence et mépris des lois ' x>. Vous ajoutez que a la ù plupart des hérésiarques sont impics , et ne se révoltent 0 contre la foi que par un motif d'ambition , d'orgueil , de 0 domination : quand dans ces dispositions ils passent jus- 0 qu'à l'outrage et au blasphème , TÉgiise doit les aban- 0 donner au magistrat pour en user selon sa prudence ». Cest ce que dit le ministre : ceux qui abandonnent les hérésiarques à la prudence du magistrat jusqu'aux dernières rigueurs, n'ont pas d'autres motifs que ceux-là : il ne reste qu'à tirer de là le traitement qu'on peut faire aux partisans

' Lelt. VIII. p. 4 ùG. -2 p. /j22.

^^^ SlXlkME ÀVBATIMUIBIIT

de ces bérésiarques, et enfio aax imitatears de leur sidilieuse et indocile fierté. Pourquoi donc disputer plus kmglenips contre un homme qui détruit lui-rméme ses principes! Il avoue qu'il y a des provinces des Pays-Bas, qui n'onl pas même de a connivence pour les papistes. Quand on les «lé- » couvre , dit-il V on ne les protège pas contre la vk^eiiee » des peuples »% On entend bien ce langage :. mais vaat-ii mieux abandonner à la violence ceux qn^on prétend h^rétltiqnes, et les laisser à une avenue fiireur, que de les sog. mettre aux jugements réguliers du magistral! On voit doie que ce ministre ne sait ce qu*il dit. 11 n*y a qu^i rjéeouier sur le siy et de Servet. TantAt il n*approuve pas que Geoiie Tait condamé au feu à la poursuite de Calvin : il en dédit ses docteurs, et il décide que c'étoit là un reste de papisme'. Mais quelquefois il revient de cette extrême mollette : et dit-il S « ceux qui condamnent si hautement le soppike de a Servet ne savent pas toutes les droonslances de son crime i. Laissons donc peser ces circonstances au magistrat. Vitai est maître de ses peines , dit-il en un autre endroit^ , et c'est aux principes à les régler selon leur prudence.

LXXXY. Le ministre produit un passage de TApocalypse qui &it cod«

tre lai.

Mais tous les grands arguments delà Réforme doivent toujoura être tirés de TApocalypse. Pour bannir éternellement la peine de mort dans le cas de religion , voici comme parle le ministre ^ : a N'aura-t-on jamais honle de cette barbarie an- » tichrétienne? Et ne reconnoîtra-t-on jamais que c*est le » caractère de lu béte de Tàpocalypse , qui s*enivre du sang » des saints, qui dévore leur chair, qui leur fait la guerre, )) qui les surmonte , et qui à cause de cela est appelée bête, » lion, ours, léopard? Car il faut avoirrenoncé àla raisonna » rhumanité, et être devenu une bête pour en user envers » les chrétiens comme TEglise romaine en use envers nous ». Voilà donc en apparence tous les chrétiens à couvert du dernier supplice. Celairoit bien pour les Tolérants, si la suite de

' Lett. VIII. p. 432 433 — ' Aim. Lctt. il. p. 11.- ' Jbid. p. 42Î. - <P. 4:»8--'^Anii.Lctl. il. p. 12.

Sun LES LETTRES DE M. JURIEU. ^^"^'^

pi son passage et de son interprélaiion n'eu ruinoit pas le cornp mencement. Car selon lui , ' les dix rois qui détruiront la ^ prostituée % seront des rois réformés : et que feront-ils pour ^ a réformer la religion dans leurs États? Ils haïront la .^ » prostituée; ils la désoleront; ils la dépouilleront; ils en B mangeront les chairs et ils la consumeront par le feu. Et d les oiseaux du ciel seront appelés pour manger les chairs d des rois et les chairs des capitaines, et les chairs des braves D soldats, et celle des chevaux et des cavaliers , et des petits o et des grands, et des esclaves et des hommes libres d. Voilà ce me semble, assez de carnage, assez de sang répandu, assez de chairs dévorées , assez de feux allumés : mais , selon M. Jurieu, tout cela sera Touvrage des rois réformés ; c'est par là que s'accomplira la réformation , jusqu'ici trop foiblement commencée ; la Réforme fera souffrir tous ces maux à des chrétiens sans doute, puisque ce sera à des papistes : ce ne sera pas seulement sur des particuliers, mais surtouleTEglise romaine qu'on exercera ces cruautés. Il ne reste plus qu'à dire qu'il n'appartient qu'aux rois de la Réforme d'user de répée contre les sectes qu'ils croient mauvaises , et que tout leur est permis contre la prostituée. Mais s'il ne tient qu'à trouver des noms odieux pour les sociétés hérétiques et rebelles, l'Ecriture en fourniroil d'assez forts pour animer contre elles le zèle des princes catholiques.

LXXXYI. LesRéfoiTnés Tolérants et Intolérants se poussent de part et d'au tre à Tabsordité : les Tolérants commencent et tournent contre le ministre toutes les raisons dont il se sert contre les Catholiques.

AU reste, afin que M. Jurieu n'aille pas ici se jeter à Técart, et renouveler toutes les plaintes des Protestants contre la France ; ce n'est pas là de quoi il s'agit , mais en général de la question de la tolérance civile ; c'est-à-dire quel droit peut avoir le magistrat d'établir des peines contre les hérétiques. C'est sur cette grande question que les Protestants sont partagés : et je ne craindrai point d'assurer qu'ils se poussent à bout les uns les autres. Les Tolérants poussent à bout M. Ju-

* Tab. Lelt. VIII. p. 505. 5SG.- = Apoc. xvii O.-Mpoc. xix 17. 18.

•^'J,% SlIltllE AVBRTISSBSIENT

rlt'u, eu lui déinotitiuiit qu'il se coiilrcdil lui-niéine, cl qu'il raul ou abaudonncrla doclrinc de rinlolérance,oiipermelU'c an magislrat autant les derniers Eupplices qu'il lut dffeml, que les moindres peines qu'il lui permet '. Car aussi, liiidiion, où ii-t-i1 pris et oh ont pris les Intolbranls mitigés tes bornes arbitraires qu'ils veulent donner à un pouvoir qu'ils recoDUoissent établi de Dieu en termes indéliiiiaf Ou il faui prendre les preuves dans toute leur force, ou il fautlesalwc' donner tout h Taii. Vous croyez Termer la bouche à M. it Menui , en lui disant ' : a Si l'Eglise a droit d'implorer le K bras séculier [lour la punition des hérétiques, pourquoi B saint Paul dil-il simplement, Ecite t'humme hèTétique't B Que ne dit-il, livre-le aubrasséciilier, afin qu'il soil brûlé* » Saint Paul nesavoil-ilpasquc dans peu les princesseroiegi D ctirétiens, et qu'ils anroient le glaive en maiu? N'a-HI « donc donné des préceptes que pour le temps et pour l'é- » ta! présent»? On vous rend vos propres paroles. Sainl Paul nesavoit-il pas que le magistrat alloit devenir Ghrétien? Pourquoi donc n'ajoute-t-il pas à l'obligalion d'éviter Fhomme hérétique celle de le gêner, de le contraindre dans l'eiercicc de ta religion, et enlin de bannir s'il refnse de ee taire 'T II vous plaît maintenant de nous objecter les eiemptes des rors d'Israël gui brisoient les idoles, chassoient et punismient ks idolâtres Milaisnc les punissoient-ilspas jusqu'à employer couirc cu\ lo dernier supplice? Quiaborné sur cela le pouvoir des souverains? C'est, dil-on , qu'en ce temps là et sons l'ancien Testament l'idolâtrie éloit la vraie félonie conirc Dieu, qui étoit alors le vrai roi de son peuple : et le ministre répond : s Est-ce qu'aujourd'hui Dieu n'est pas le roi des naît lions chrétiennes tout autrement qu'il ne l'est des peuples n païens et inûdèles? Retourner à l'inlîdéli té et au paganisme B ou à l'idolâtrie, n'esl-ce pas aujourd'hui félonie et rébel- B lion contre Dieu n? Pourquoi donc n'emploiera- (on pas le même supplice centre le même crime ? El en est-on quiitcpour dire sans preuve , comme fait H. Juriea ', que Dieu

' Comm. philos. Lelt. vcn. de Suisse Apot. Aet vrais Tolér. — ' I . Ann. I*ll. 11. ^ ' ïil. III. 10. - ' Apoi. des ToI«r. l.eU. .eu. de Suissc- ' Tab. Lïlt. 1111. p. 43*. 452. i iOet suii.- • P. 4îG.

maiotenant a relâché de sa sévérité et de ses droits? Oà est donc écrit ce relâchement? Et en quel endroit voyons-nous que la puissance publique ait été aflfoiblie par TEvangile?

LXXXVII. Suite des contradictions do ministre : exemple des Sadducéens.

Lorsqu*il s'agissoit de blâmer les persécutions du papisme, le ministre nous alléguoit la tolérance qu'on avoit eue autrefois pour les Sadducéens dans le judaïsme, et il disoit que le Fils de Dieu ne s'y étoit jamais opposé '. Si cet argument prouve quelque chose, il prouve non-seulement qu'on doit épargner les derniers supplices, mais encore jusqu'aux moindres peines, puisqu'on n'en i m pbsoit aucune aux Sadducéens. Jl prouve milme beaucoup davantage ; puisque , de l'aveu du ministre, on vivoit avec les sadducéens dans le même temple et dans la même communion \ Ainsi il est manifeste que cet argument prouve trop, et par conséquent ne prouve rien. Cela est certain , cela est clair; mais le ministre ne veut jamais avoir failli. Pour soutenir son argument des Sadducéens il attaque jusqu'à la maxime : Qui prouve trop, ne prouve rien ; c'est-à-dire que vous arrêtez où il vous plaît la force de vos raisonnements, et que vous ne donnez à cette monnoie que lo prix que vous voulez.

LXXXVIII. Irrévérenceda ministre contre Jésus-Christ.

En passant nous remarquerons, sur cet argument des Sadducéens, cette étrange expression de notre ministre, que pour certaines raisons notre Seigneur Jésus-Christ s''est beaucoup moins déchaîné contre les Sadducéens que contre les Pharisiens^. Je vous demande si un homme sage a jamais parlé de la sorte N'est-ce pas faire de notre Sauveur comme un lion furieux qui rompt ses liens et se déchaîne lui-même contre ceux dont il reprend les excès? On voit donc que cet auteur emporté ne songe pas même à ce qu'il doit à Jésus-Christ, et s'abandonne à Tardeur de son imagination. Mais revenons à la tolérance.

* Hist. du Papisme, IT part, c 8. Lett. Vtll. p. 416. 420 et suiv. — 2Lctt.Viil.ibid.— ♦ P. 4lî).

siiiiMB ÀvuTissnuDir

LXXXlX. Les Toléraati djecteot aa ministre Jarieu on passage ei^ris dk

■liiiistre Glande. . '

Les Tolérants démontrent à M. Jurieu non-sèulentent qo*!! se contredit lai-même, mais encore qu'il contredit les pnoci^ paax docteurs de la Réforme ; puisque M. Claude ne craiot pas d'assrurer « que saint Augustin flétrit sa mémoire, lors- » qu^il soutint qu^il falloit persécuter les hérétiques, et lc« » contraindre à la foi orthodoxe, ou bien les exterminer; o qui est, poursuit ce ministro, un sentiment fort terrihle et » fort inhumain ' » . Saint Augustin ne proposoit pas les derniers supplices; et s*il fotuloit qu'on exterminât les Donatistes,ce n*étoit que par les moyens que M. Jurieu approuve à présont» Si donc c^est le sentiment des principaux dooteursde la Réforme , que saint Augustin a flétrr sa mémoire par cette doctrine , les Tolérants concluent de même, que H. Jurieo se déshonore en conseillant les rigueurs qu'il aTOlt autrefois tant condamnées.

XC. Les Tolérants prouvent an ministre qn*n ne doit pas pies épargner les

sociétés entières que les particulières.

C'est en vain qu'il semble quelquefois vouloir épargner les sociétés déjà établies : car les Tolérants prouvent au contraire, a que, s'il est vrai qu'on soit en droit de poursuivre un héré- » tique qui vient semer ses sentiments dans un lieu où il n'a » aucun exercice, à plus forte raison doil^-on travailler à l'exw tirpation des sociétés entières ; parce que plus une société » est nombreuse , plus elle a de docteurs , et plus aussi elle » est en état de tout gâter et de tout perdre par le venin de » ses hérésies > ».

XCl. Le ministre détruit lui-même le vain argument que la Reforme tiroit

de ses persécutions.

Par tels et semblables raisonnements les Tolérants démontrent à M. Jurieu que la persécution qu'il veut établir n a

• M. Cl. de la lect. des PP. Lclt. de Suisse, p. 20.- ^ Lctt de Suisse. p. 113.

point de bornes, et qu'avec tout le beau semblant de son inrolérance mitigée ,•!! en vicndroit bientôt au sang, pour peu qu^on lui résistât ou qu'il fût le maître. Avec une telle doctrine , si les Protestants Tembrassent , il leur faudra bientôt changer leur ton plaintif, et les aigres lamentations, par lesquelles dès leur naissance ils ont tâché d'émouvoir toute la terre. Ils ne se vanteront plus d'être cette Église posée sous la croix, que Jésus-Christ préfère à toutes les autres : les sociétés des hérétiques jouiront du même privilège : la Réforme persécutée deviendra persécutrice , et Fa souffrance ne sera plus qu'un signe équivoque du véritable christianisme.

XCn. Le ministre de son côté pousse à bout les Tolérants et leur déraoutrc qu'ils sont obligés à tolérer les Maliomélans et les Païens, aussi bien que les hérétiques de la religion chrétienne.

M. Jurieu d'autre côté ne poussera pas moins loin les Tolérants : car, quelque mine qu'ils fassent, il les forcera à «approuver tout le Commentaire philosophique , c'est-à-dire, à confesser premièrement , que le magistrat doit la liberté de conscience à toutes les sectes et non-seulement à la socinienne, comme ils en conviennent aisément, mais encore à la mahométane : car ou la règle est générale, que le magistrat ne peut contraindre les consciences ; ou s'il y a des exceptions, on ne sait plus à quoi s'en tenir ni où s'arrêter.

Les Tolérants se moquent de M. Jurieu, quand il dit que la tolérance n'est due qu'à ceux qui reçoivent les trois symboles ' : car ils le poussent à bout en lui demandant où sont écrites ces bornes. Mais s'ils réduisent la tolérance à ceux qui font profession de reconnoître Jésus-Christ pour le Messie, il leur demandera à son tour où est écrite cette exception. Si le magistrat est persuadé qu'il n'a point d'autorité sur la religion , où , comme parlent les Tolérants que la conscience n'est pas de son ressort, et qu'il sélève sous son empire quelques dévots de l'Alcoran, pourra-t-il leur refuser une mosquée '? Voilà déjà une conséquence du commentaire philosophique qu'il faut recevoir : mais on n'en de-

• 1. Ann. Lctt. u. p. 1 1. De TUii. Tr. f>. c. G. -- ^ Cont. philos, ch. 7 et suiv.

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meurera pas là ; car le subtil Gomineiitiiteiir rerient à la charge : et si, dit-il, ce Socinien, ce MahométaQ se croit obligé CD conscience de prêcher sa doctrine et de se faire convertisseur, il faudra bien le laisser fiiire, pourvu quHI se comporte modestement et qu'il ne soit point séditieux ; autrement on le gèneroit dans sa conscience ; ce qui par la supposition n'est pas permis. Voilà donc tous les états obligés à tolérer les prédicants de toutes les sectes, c'est-à-dire, à supporter la séduction, sous prétexte qu'elle fera la modeste jusqu'à ce qu'elle ait pris racine, et qu'elle ait acquis assex de force pour attaquer ou pour opprimer tout ce qui pourra s'opposer à ses desseins. Ou s'il est permis de prévoir et de prévenir ce nul, il est donc permis de l'étouffer dès sa naissance , aussi bien que de le réprimer dans son progrès; et la tolérance n'est plus qu'un nom en l'air.

XCUI. Le ministre force les ToMnuiis à rindiiTérenoe des rdigioas.

Mais quand on sera venu à cet aveu et qu*on aura accordé au Commentateur, qu'il faut laisser croire et prêcher tout ce qu'on voudra, alors il demandera sans plus de façon l'indifférence des religions, c'est-à-dire, qu'on n'exclue personne du salut, et que chacun règle sa foi par sa conscience. Les Tolérants mitigés ou dissimulés se récrieront contre cette dernière conséquence qu'ils protestent de ne jamais vouloir admettre. Mais en ce point M. Jurieu les pousse à bout, en leur disant * : a Quand un homme est bien persuadé qu'un ma- D lade a la peste, qu'il peut perdre tout un pays et causer la » mort à une intinité de gens, il ne conseillera jamais qu'on » mette un tel homme au milieu de la foule, et qu'on per- » mette à tout le monde de l'approcher; et s'il permet à tous » de le voir, ce sera une marque qu'il croira la maladie lé- » gère et nullement contagieuse». La suite n'est pas moins pressante. <t Ils veulent que nous les croyions, quand ils di- » sent qu'ils n'estiment pas qu'on peut être sauvé en toutes » religions, et qu'il y a des hérésies qui donnent la mort. S'ils

* Tab. Lett. V!ii..p. 402.

D pensent cela, où est la charité de vouloir permettre à toutes )i sortes d'hérétiques de prêcher, pour infecter les âmes et* » pour les damner » ?

XCIV. Démonstration du ministre qoe la Tolérance civile entraine Tau tre.

Le ministre passe plus loin, et il démontre aux Tolérants, par une autre voie, que selon les principes qu'ils supposent avec le Commentateur, il n'est pas possible qu'ils s'en tiennent à la tolérance civile, oiî ils semblent vouloir se réduire. Car dit-i) ' , ce qu'ils promettent de plus spécieux dans leur tolérance civile, c'est la concorde entre les citoyens qui se supportent les uns les autres, et la paix dans les Etats. Mais pour en venir à cette paix, il faut encore établir « qu'on est » sauvé en tontes religions. J'avoue, poursuit-il, qu'avec une >^ telle théologie on pourroit fbrt bien nourrir la paix entre )> les diverses religions. Mais tandis que le papiste me regar- » dera comme un damné, et que je regtirdcrai le Mahométan )) comme un réprouvé, et le Socinien comme hors duchris- )) tianisme, il sera impossible de nourrir la paix entre nous. )) Car nous ne saurions aimer, souffrir, ni tolérer ceux qui » nous damnent. Nosmessieurs sentent bien cela; c'est pour» û quoi très-assurément leur but est de nous porter à Tindiffé* :) rence des religions, sans laquelle leur tolérance civile ne » serviroit de rien du tout à la paix de la société »

XCY . Les deax parties de la Réforme se convainquent mutuellement.

Ainsi l'état où se trouve le parti protestant, est, que les Intolérants et les Tolérants se poussent également aux dernières absurdités, chacun selon ses principes. Les Tolérants veulent conserver la liberté de leurs sentiments, et demeurer affranchis de loutesorlc d'autorité capable de les contraindre; ce qui en effet est le vrai esprit de la Réforme et le charme qui y a jeté tant de monde : M. Jurieu les pousse jusqu'à Tindifférence des religions. D'autre côté, malgré les maximes de la Réforme, ce ministre sent qu'il a besoin sur la terre d'une

'Lclt. VIII. p. 119.

512 sixifem àykrtissueiit

autorité contraignante ; et ne poufant la tronYor dans f intérieur de son Église ni de ses synodes, il est contraint de recourir à celle des princes; et voilà en roftme temps que les Tolérants le poussent malgré qu'il en ait, et de principe cd principe, jusqu'aux excès les plus odieux et les plus décriés dans la Réforme.

XCYI. Que, scion M. Jarieu, le magistrat de la Réforaie ne peut punir les

hérétiqi

En effet que répondra-t-il à ce dernier raisonnement toot tiré de ses principes et de faits constants? Si le magistrat réformé emploie Tépée qu'il a en main pour gêner les consciences, on il le fera à l'aveugle, et sans connoissance da fond, sur la foi des décisions de son Eglise, ou il examinera par lui-même le fond des doctrines qu'il entreprendra d'abolir. Le premier est absolument contraire aux principes delà Réforme, qui ne connoit point cette soumission aux décisions de TEglise : le magistrat de la Prétendue Réforme seroit^os soumis à l'autorité humaine, telle qu'eat selon ses principes celle de TEgliso, que le reste du peuple ; et on tomberoit dans rinconvénleot tant détesté par M. Jurieu, que les synodes scroient les juges, et les princes les exécuteurs et les bourreaux * . L'autre partie n'est pas moins absurde, parce que si le magistrat n'est point de ceux dont parle M. Jurieu, qui n'ont pas la capacité d'examiner les dogmes, il est du moins de ceux qui n'en ont pas le loisir, et à qui pour cette raison la discussion ne convient pas.

XCYII. L'exemple des empereurs catholiqnes allégué par le mîuistre Jurien, ne prouve rien dans la Réforme, dont la constitution est contraire à celle de Taucienue Eglise.

L'exemple des empereurs chrétiens que le ministre propose aux magistrats de la Réforme est inutile. Il est ym que ces empereurs, comme dit M. Jurieu, « ont proscrit et reic- » gué aux extrémités de l'Empire les hérétiques dont la î> doctrine avoit été condamnée parles conciles» : mais c'c?t

' Ann. Lctt. ii.d. 11«

RLft lES LEtTRÊ$ Dâ II. JURIEU. ^q^

qu'après que les conciles avoicnt prononcé, ces pirinces religieux en recevoientla sentence comme sortie delà bouche de Dieùméme, ainsi que Tempereur Constantin reçut le décret de Nicée ' : mais c'est qu'ils ne croyoient ptis qu'il fût permis de douter ou de disputer lorsque l'Eglise s'éloit expliquée dans ses conciles; et il disoient que chercher encore après leurs décisions, c^étoit vouloir trouver le mensonge, comme Marcien le déclaroit du concile de Ghalcédoine ^ En un mot, ils vivoient dans une Eglise, où, comme nous l'avons dit souvent dans ce discours , comme nous Tavons démontre ailleurs et sans que personne nous ait contredit *, on prenoit pour règle delà foi, qu'il falloit tenir aujourd'hui celle qu'on tenoit hier; où la souveraine raison éloit de dire : Nous baptisons dans la même foi dans laquelle nous avons été baptisés, et nous croyons dignes d'anathème tous ceux qui en cofidamnant leurs prédécesseurs, croient avoir trouvé l'erreur en règne dans l'Eglise de Jésus-Christ. En ces temps et selon ces pnncipes, il estaisé de régler la foi; puisque tout dépend du fait de l'innovation dont tout le monde est témoin. Mais comme la Réforme a quitté ce principe salutaire et cet in*violable fondement de la foi des peuples , il faut que son magistrat, comme les autres, et plus que les autres, examine toutes les questions naissantes, autrement il se meltroit an hasard de tourmenter des innocents, et de prêter sou ministère à l'injustice. Ne lui parlons pas de luthéranisme, d'arminianisme , ni de socinianisme vulgaire : encore qu'il y ait pour lui dans toute ces sectes des labyrinthes inexplicables, puisqu'il ne lui est jamais permis de supposer qne la Réforme n'ait pu se tromper dans tous ses synodes et dans tontes ses Confessions de Coi. Tantôt on lui prouvera, par une fine critique, qu'un passage et puis un autre ont été fourrés dans l'Evangile. Il ne saura où cela va , et il est clair que cela va à tout. Tantôt on lui fera voir que ni les prophètes, ni les évangélistes, ni les apôtres n'ont été véritablement inspirés; qu'il ne faut point (inspiration pour raisonner comme fait un saint Paul ; et qu'il en faut encore moins pour

» Rof. Hist. eccl. lib. c. 5. — ' Edict. Valet Marc. Conc. Clialréd. p. 3. n. 3.; Ed. Lab. t. iv col. 840. — ' I. A vert. n. 29. 30. 31 et suiv.

;)0i snoÈMB ÀVBiTtsscnEirr

rMNiter ce qa^on a tu conlkne a fait un wint Matibiev ; en un mot, qu'il n*y a rien de Gertainement inspiré qute ce qui est lortî de la propre bouche du Sauveur ; encore s'esl-oil accommodé aui opinions du vulgaire, en citant les prophètes etles antres écri? ains sacrés comme Traiment inspirés de Diea , fuoiqu^ils ne le fussent pas. Tout cela c^est impiété, dirai*-on; c^est néanmoins de quoi il s'agit aiyourd^bni avec les Sodniens : mais laissons-les là. Le magistrat B*aurt pu meâleur marché des autres docteurs. Les ennemis dédûè de la grftce intérieure, c'estnà-dire les Pélagieos, très-boas Prolestants d'ailleurs, loi demandenml la même loJénoee qn^OB accorde aux demi-Pélagiensen la persoiuie de cent es la CfOnfession d'Ansbourg : M. Jurien Tassure déji qu'il fiua prêcher à la pélagienne : le même lui dira qu'on ne peai prouverparrEcrlturerimmutabilitédeDieu, ni par conséquent condamner ceux qui la nient, etquî ansorentsurcc fondement rinégalité des trois Personnes dinnes. Si on lieBt à s'opiniâtrer, et que cette doctrine tese secte, foOileiaagistrat à chercher. Nous avons vu te ministre Ironver des exceptions à l'Evangile : s'il y en â pour les maHages , pourquoi non en d'autres points aussi importants? Yoilà des questions que nous voyons nées ; mais il y en a d'infinies qne lioos ne pouvons pas prévoir : car qui pourroit deviner toutes les rêveries des Anabaptistes , des Trembleurs et des Fanatiques, ou tout ce que peuvent inventer les sectes présentes ou futores? Il n'y a qu'à voir dans Homebeck et dans Homiosles nouvelles religions dont l'Angleterre , la Hollande et l'Allemagne sont inondées : la mer agitée n'a pas plus de vagues : la terre ne produit pas plus d'épines et plus de chardons. L'Eglise, dira-t-on , décidera; mais le magistrat n'en sera pas moins obligé à revoir les points résolus. 11 lui faudra perpétuellement rouler dans son esprit des dogmes de religion dans une Eglise qui ne cesse d'en produire continuellement de nouveaux, et il passera sa vie dans des disputes; ou pour avoir plutôt fait , il laissera tout le monde à sa bonne foi, au gré et selon les vœux des Tolérants^

ISUU lES lETtRIS DC m. Jt'RIEU* 565

XCVIII. Le ministre défliontre aux Tolérauts qu*ôler à la religion la force employée par le magistrat, c'est anéantir la Réforme qui n*a été établie que par ce moyen.

A cela, il faut Tayouer , il n*y aura jamais de répartie selon les maximes de la Réforme ; mais il n'y en a non pins à ce qu'objecte M. Jariea. Yons voulez dire que les princes en matière de religion ne peuvent user de contrainte : et sur quoi subsiste donc notre Réforme? En même temps il leur fuit voir plus clair que le jour, et par les actes les p]usauliH>n-! tiques de leur religion, «qu'en effet Genève, les Suisses, les » républiques et villes libres , les électeurs et les princes de » l'Empire , l'Angleterre et l'Ecosse, la Suède et le Dane- » marck n (voilà , ce me semble , un dénombrement assez exact de tous les pays qui se vantent d'être Réformés) « ont » employé l'autorité du souverain magistrat |KHir abolir le » papisme, et pour établir la Réformation ' ».

Il n'y a point à s'étonner après cela si les princes ont (ait la loi dans la Réforme. Nous avons vu que Calvin s'est élevé inutilement contre cet abus ' , le plus grand à son avis qu'on pût introduire dans la religion, sans y voir aucun remède. On s'en platgnoit de tous côtés , et les plus zélés ministres s'écrioient : «r Les laïques s'attribuent tout, et le magistrat » s'est fait pcipe».

Mais pourquoi tant se récrier? Le magistrat avoit raison de vouloir être le maître dans une religion que son autorité avoit établie. Voila cet ancien christianisme. Voilà cette Église réformée sur le modèle de l'Eglise primitive: cette Eglise qui se Yantoit d'être sous la croix et dans Thumiliation, pendant qu'elle ne songeoit qu'à mettre l'autorité et la force de son c6lé. Pour achever le tableau, il ne faudroit plus qu'ajoute) les motifs particuliers de ces changements que nous avons démontrés ailleurs parle témoignage des chefs de la Réforme, c'est-à-dire, la licence, le libertinage, la mutinerie des villes, qui de sujettes avoient entrepris de se rendre libres, les bént'lices devenus la proie des princes, et le reste qu'on peut rc^

• Tab Lett. viii. p. 490. — ^ Vai. liv. v. n. 8 et suiv.

r\rv

SmiOB ATlftTIMnUDIT

loir, pour peu qa*0D en doute, dans THistoire des Yariations'; mais nous n^en avons pas besoin pour Falbire que nous traitons. Sans s'arrêter à tons ces motifs, les Tolérants trouvent tfès-mauvaiset très-honteux à la Réforme, qu^elle doive son établissement à Fautorité ou [dutét à la Tidenoe, et qu'on al engmé les princes à la nouvelle reûgion en les rendant maîtres de tout, et même delà doctrine; « Nous croyons, dil a M. Jurieu ' , mettre la Réforme à couvert quand nous prooa Tonsqnepartout elle s^est Cdte par Pautorîté des souveraiju. a Ma» voki des gens (les Tolérants) qui nous enlèvent cette » retraite, et qui disent que c'est là Topprobre de la Réfor- » nation, de ce qu'elle s'est latte par l'autorité des msgis- » tnis a , parce qu'en effet c'est ce qui bit voir que c'est us onvrsge humain, qui doit sa naissance à l'autorité et aux iatéfêta temporeb.

Mais le ministre oppose i des raisons si évidentes des llûts <pii ne le sont pas moins: c car il estTrai, poursuit-il* , qaeU 9 Referme s'est fkite par l'autorité dessouverains: ainsi s'esla die bite à Genève par le sénat ; en Suisse par le conseil soBfs- » rain dechaquecanton ; en Allemagne par les princes del'Ema pire, dans les Provinces-Unies par les Etats ; en Dauemarck, a en Suède, en Angleterre, en Ecosse par l'autorité des rois a et des pariements : et cette autorité ne s'est pas resserrée à a donner pleine liberté aux Réformés : elle a passé josqu ▲ a oTta LES Eglises aux papistes et à briser leurs images, à a défendre l'exercice public de leur culte, st cxlà GtNtaAii- » «EXT PAarouT: et même en plusieurs lieux cela est allé a jusqu'à défendre par autorité l'exercice particulier du paa pisme. Que peuvent dire les Tolérants? le foit est certain. a Voilà, leur dit le ministre selon leurs principes, «on ose a partie, mais toute la Réformation établie dans le monde a parla violence, par la contrainte, par des voies injustes et a criminelles. Mab la conséquence en est terrible: ces Mesa sieurs, poursuit ce minisire, sont de bonnes gens de voua loir bien demeurer dans une religion ainsi faite.... YoUà

« Var. Kv. ?. n. S cl suit. ^ * Lett. Yiii. p. 502. — * Ibid. 602. Ô03. o04.

notre Réformation qa*on livre pieds et poings liés à toute la malignité de nos ennemis, et à toute Tignominie dont on la veut couvrir. Il y a bien apparence, conclut-il, que Dieu ait perniis qu'on ouvrage, dans lequel eux-mêmes reconnoissent le doigt de Dieu, fût fait universellement par des voies antichrétiennes ».

^CIX. La rébellion et la force nécesralre aux Protestants de France, selon

le ministre.

Il paroissoit ici une échappatoire « pour la réformation de la France, qui s'est faite sans Tautorité des souverains » : nais le ministre y sait bien répondre : car, dit-il ' , a pre- » mièrement, c'est si peu de chose, qu'elle ne doit pas être comparée à tout le reste. Secondement, quoique«la Réfor- ) mation ait commencé en France sans Fautorité des souve- » rainSy cependant elle ne s'est point établie sans l'autorité

> des grands ; et, poursuit-il, si les Rois de Navarre, les 9 princes du sang et les grands du royaume ne s'en fussent

> mêlés 0, (en se révoltant contre leurs rois, et en faisant lager leur patrie dans le sang des guerres civiles) « la vérita- • ble religion auroit entièrement succombé, comme elle a

fait aujourd'hui ». Ne voilà~t-il pas une religion bien iJstiOée? La force et l'autorité sont si nécessaires à la Réarme, qu'au défaut de la puissance légitime, il a fallu emrunter celle que les armes et lasédition donnent aux rebelles; lais enfin les faits sont constants, et les Tolérants n'ont rien

y répliquer.

Vantez- vous après cela que pour attirer ce grand nombre ui a suivi la Réforme, il n'a fallu que montrer la lumière e l'Évangile, claire par elle-même, et écouter les Réformnsurs comme de nouveaux apôtres, du moins comme des lommes extraordinairement envoyés pour ce grand ouvrage : es Tolérants se riront de ces vains discours ; et quelque iolence que vous leur fassiez, ils sentiront bien dans leur !œur que vos vrais Réformateurs sont les magistrats ignorants lu gré de qui la Réforme a été construite.

« Lett. VIII. Pag, 505.

donc de la Réforme , qui constamment n'a point ea établissement : Vous éUs de bonnes gens , de vouMf menrer dans une religion ainsi faite '.

M. Juricu ne demeure pas en si beau ebemin ; besoin qu'il a d'une autorité pour fixer la religion tend qu'i^ appartient iiu magistrat de décider de la j cela il faut avouer qu'il ne fuit rien de nouveau. & anciennes maximes de la Réforme , il avoit déjà ailleurs , comme nous l'avons démontré % que les s] peuvent point prononcer de jugement en ces matil les pasteurs ne sont point des juges, et qu'on h seulement comme des experts. Il avoit encore ens* les confédérations , qui forment les Eglises parti sont des établissements arbitraires que les prince défont , augmentent et diminuent à leur gré ; en i tout dépend de leur autorité dans les Eglises. Ces avoit appris de Grotius : mais ce qu'il disoit alors ment et en général , il le confirme maintenant par c pies* ; et non content d'étaler avec soin les maxime de son auteur, sans presque y rien changer, il ac Tolérants par un décret des États, oi!ï ils pronon court sur la foi , sur la vocation , sur la prédestin

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écouté seulement comme conseillers : Lesquels, diseol-Us, leur ont donné leurs coifSBtLS par écriL Voilà donc le partage des pasteurs , qui est de donner leurs conseils : mais à regard de Tautorité , TÉtat se Tattribue tout entière : « Sur » quoi y disent-ils, usant de Fautorité qui nous appartient , x> en qualité de souverains magistrats , selon la sainte pa- » ROLE DE Dieu, et en suivant les exemples des rois, princes » et villes qui ont embrassé la Réformation de la religion...» Ils n^hésiteot donc point à se rendre les arbitres de la religion , ils posent pour indubitable que tous les princes réformés ont cette puissance par la parole d$ Dieu et de droit divin.

CI. Les Tolérants et les Intolérants se poussent à bout mutu Dément : les ans en prouvant que les princes ne doivent pas être les arbitres de la foi, et les antres en démontrant que dans ie tait ils le sont parmi les Re- Airuiés.

Les Tolérants s^y opposent, et ils ne peuvent souffrir que his princes soient reconnus pour chefs de la religion. Cette prétention des princes de la Réforme est détruite par des raisons invincibles'. Ce n'est point aux potentats, mais aux apôtres et à leurs disciples que le Saint-Esprit a conllé le dépôt de la foi * : si quelqu'un en doit juger, ce sont ceux à qui la prédication en est commise ; en rendre les princes maîtres, c'est faire de nouveaux papes plus absolus que celui dont on vouloit secouer le joug, et sacrifier la foi à la politique.Si ces raisons ne suffisent pas, les Tolérants ont en main les écrits de Calvin et des autres Réformateurs, qui ont attaqué cette autorité que les princes s'attribuoient : ils ont la décision expresse du synode national de la Rochelle , de IG71 , qui condamne en termes formels ceux qui soutiennent que le magistrat est chef de V Eglise, avec toutes les suites de cette doctrine que le ministre Jurieu entreprend de faire revivre dans le c;ilvinisnie. II y a même encore aujourd'hui parmi les Proteslans un parti assez courageux pour soa> ienir en ce poiut les anciennes maximes du calvinisme et hi Ubei'lé de TEglise : « Il y a, dit notre minisire \ les Puri-

• TnMA. de ToJer. — 'If. Tim. II. 2. aie — ^ Tab. lidV.NUv v ^^V*

570 SlXlittB A^ERTlSSBMSlff • ■ -

BfaiDS et le» rigides Presbyiéiiens, qui, en arrachant la a joridiction àa Pape et aox évèqaes/ ont voula la tnusféa rer aa preèbytère et aux synodes; mais atee tant de rigueur » qa^ils ontprétendnque les magistn^ n^aVoient aocon droit a de ge mêler des afliyres de FEglise qu'ils n^y fassent appe* a lés , et que comme la jaridiction civile appartient an seai a magistrat y la juridiction ecclésiastique appartient nniqne- 9 mentaux pasteurs, aux consistoires et aox synodes ». La même ministre nous apprend que le clergé réformé de» ProTinees-Unies dans le fond est de cet avis : il remarque « les démêlés qui ont été de tout temps dans ee pays-ci entre a le magistrat et le clergé là dessus * d ; et il ne veut pas qu'on oublie a combien la politique de Grotius a causé de » bruit et de murmures de la part du clei^é' a : jusqu'à faire i*egarder cet auteur, en effet j^us jurisconsulte que théokgien , comme roppres^eur de V Eglise* Ainsi, à parler de bonne foi, c'est une question encore indécise, même dans la Réforme, si les princes ont ce droit ou s'ils l'usurpent : tout le clergé protestant des Pays-Bas le leur dénie ; et ce parti est si fort, que le ministre déclare, par deux îox^^quilneveutpas entrer dans ce démêlé^. Mais visiblement il se moque, et tout en disant qu'il n'y entre pas, il déclare, ce qu'il est certaio, » selon son sens, que pour le fond, la théologie de Grotius 0 est fondée en raison et en pratique * ». Il donne aussi pour tout avéré , a que les princes sont chefs-nés de l'Eglise chréa tienne aussi bien que de la société civile, également maia très de la religion comme de l'État^ ». Il semble oublier ce qu'il avoit dit, que les empereurs à la vérité proscri voient les hérétiques ; mais ceux-là seulement que les conciles avaient condamnés *. Grotius l'a converti ; et il approuve , à son exemple, a que les empereurs, pour ne pas subir le joug tyran- 0 nique du clergé , aient fait quelquefois eux-mêmes des x) formulaires de foi pour la décision des controverses' », indépendamment de l'Église : autrement on ne prouveroit

• Tab. Lett. VIII. — » Pag. 484. — » Ibîd. 478. — * Ibîd. 478. 484. î\nd. 478 — * Ibid. 462. — « Ibid. 424. — ' ibid. 488. Giot. piet. OfJi. de jor. potesi. îï»act% i. iw^

rien , et l'Eglise serait la maîtresse de la religion , contre la prétention de ces auteurs.

Il faut ici remarquer que ces exemples de formulaires de foi des empereurs produits par Grotius, et approuvés, comme on voit, par son disciple Jurieu, sont les hénotiques, les types, les ecthèses , et les autres semblables décrets faits par les princes hérétiques , et détestés unanimement par les orthodoxes. Yoilà les exemples que nous produit le ministre après son maître Grotius : voilà Texcès où s'emporte ce flatteur des princes, quand il a besoin de leur autorité contre ses adversaires.

Cil. Les Tolérants sont en droit de nier que les Magistrats soient les chefs de la religion, et M. Jurieu les autorise dans cette pensée.

Il ne tient rien toutefois : la cause est en son entier ; et si on laisse la liberté des sentiments , par les principes de la Réforme celui des Tolérantsl'emportera. Il leur sera du moins permis de suivre en cette matière les sentiments du clergé protestant des Provinces-ljnies : il leur sera , dis-je , permis de le suivre , puisque M. Jurieu , de peur de le condamner, fait semblant, comme on vient de voir, de ne pas entrer dans cette quetion. Il passe encore plus avant en un endroit où il déclare « qu'en bonne justice TÉglise devroit être maîtresse » de ses censures et de la tolérance ecclésiastique , et TEtat » aussi maître de ses peines, et de la tolérance civile ' » .Yoilà donc par son sentiment les deux puissances établies maîtresses chacune dans son détroit , selon que nous avons vu qu'il avoit été décidé par les synodes ; et les décisions des magistrats, en matière de foi, n'ont point de lieu.

cil. Le même ministre leur ferme la bouche par des actes authentiques delà

Réforme.

Mais enfin le ministre en a besoin : tout ce qu'il dit au contraire n'est que feinte; et il sent bien dans le fond qu'il ne peut se passer d'autorité. Au reste il n'y a point de raisonnement à lui opposer. Les Etats ont décidé que c'est à eux à juger

• Pag. 438.

^'^ SlXlfcHB ATBftTiSSSHfiMT

tas points de foi. Nous en avons yu le décret exprès rapporté parce ministrop Nous avons vu que ce décret reconnolt le même droit dans tous les Etats protestants; et si un seul décret ne suffit pas , le ministre en a une infinité à nous produire. En on mot, « tous les décrets d'union entre les prg. s vinces, comme est celui d'Utrecht^ portant expressémeoi' » que chaque province demeurera kaîtebssk ns ia asuoioîi, a pour la régler et rétablir sbl(hi qu'ilu wgeia a pkopos '». Pouvoi(-on assujettir en termes plus forts la religion i rEtal*. el quelle réplique reste-t-îl aux tolérants ?

CIT. Coaelasion : que ks deux iMurtii opposés trîomplient BratodlciBeBt

dans la Béfonne.

C'est ainsi que les deux partis ne se laissent mutuellement aucune défense. Les Tolérants se soutiennent par les maxines constantes de la Réforme : Lés Intolérants s'autorisent par des faits qui ne sont pas moins incontestables : chaque parti remporte tour à tour. La Réforme a fait tout le contraire de ce qu'elle s'étoit proposé : elle se vanloit de persuader les hommes par révidenee de la vérité et de la parole de Dieu, sans aucun mélange d'autorité humaine : c'étoit là sa maxime: mais dans le fait elle n'a pu ni s'établir ni se soutenir sans cette autorité qu'elle venoit de détruire ; et l'autorité eccié< siastique ayant chez elle de trop débiles fondements , elle a senti qu'elle ne pouvoit se fixer que par l'autorité des princes : en sorte que la religion , comme un ouvrage purement humain, n'ait plus de force que par eux, et qu'à dire vrai, elle ne soit plus qu'une politique. Ainsi la Réforme n'a point de principe , et par sa propre constitution elle est livrée à une éternelle instabilité.

CV. I/indifférence des religions dans TAUemagne protestante : principes de Strimésius et des antres, qa^on oe peut exiger d'aucun chrétien que la souscription à TEcritare.

C'est ce qui paroît clairement dans tout le parti de quelque côté qu'on le regarde : l'indifférence gagne partout , et les

«Pag. 431,

SUR LES LETTntS DE M. JURIEU. 57v^

Frauçais réfugiés en Allemagne dans les Etats de M. Télecteur de Brandebourg y trouvent autant cet esprit que nous Tavons vu en Angleterre et en Hollande. Je ne Taurois pas voulu assurer, quelque rapport qu'on m^en eût fait de divers endroits, si je n'avois vu moi-même ce qu'on enseigne hautement dans Tacadémie de Francfort sur TOder. Mais on y débite publiquement un petit écrit que le docteur Samuel Strimésius^ un des professeurs en théologie de cette académie, met à la télé des thèses de théologie de Conrad Bergius , autrefois profcs— seur en théologie de la même université, pour y servir de ]iréfucc ^ Ce docteur y propose sans façoii la réunion , nonseulement « eu particulier de tous les Protestants les uns » avec les autres, jnais encore plus universellement n£ loi;» » CEUX QUI so.NT BAPTISÉS, cu soumcttant h rexamen de ITcri- » turetous les symboles^», c'est-à-dire toutes les prof4.>ssions de foi , « tons les décrets des conciles cecuméniques quelque » vénérables qu'ils soient par leur antiquité, par le cooseu- Il tement de la multitude, par une plus docte et plus exacte » explication des dogmes, et par leur zèle singulier contre la » fureur des hérétiques », et en se tenant simplement aux paroles de l'Ecriture ^ , dont on sait bien que les chrétiens conviendront toujours, sans rien exiger de plus.

C'est ce qu'il déduit clairement des principes de la Réforme en celle sorte. Il pose d'abord pour fondement avec tous les Protestants « la clarté et l'intelligibilité de l'Écriture » si parfaite, qu*avee la grâce de Dieu commune à tous, et » sans aucune explication ajoutée au texte, soit publique, soit » particulière, tout homme y peut trouver tout ce qu'il faut » croire et faire pour être sauvé ^ : d'où il conclut que l'Ëcri- » ture est très-suflisante et très-claire non-seulement en ce o qui regarde le fond des dogmes, mais encore dans les fa- » €ons de parler dout il les faut expliquer '" : ce qu'on ne x> peut nier, continue-t-il, sans nier en même temps la clarté, » la perfection et la suffisance de l'Ecriture, et sans intro- » duire avec le papisme la source de tous les maux et la tor- » ture des cousciciices)).

• Couradi Bergii Themata Tlnologica, §. 2. p. 13. - ^ Ibid. §• I. j p. 8.- ' Ibid $ l.p. 7. -« lbid.$ A. p. I.V -M»ag.l8 19. J

574 SlKliMt ATElTISmiKItr

Sur ce fohdeiDcnt, il tonclut, selon le raisonnement de Jean Bergius, qu'il appelle un grand théologien, et très-sélé poar la paix de TEglise ' : « Que si les Sociniens et les Ariem j» persistent sans contention dans les expressions de rEcri* j» ture, sans les détourner ni les tronquer, et aussi sns) 0 igouter leurs explications et leurs conséquences; on ne o devroit pas les condamner, encore qu'ils ne Tonlussent pis j» rece?oir nos explications ou nos foçons do parier hv- « maines o ; c'est-à-dire, selon le style de ces docteurs, cdles qui ne sont pas tirées de TEcriture. Car ils posent pour foodeinent , qu'on ne peut contraindre personne à « d'antr» » phrases ou expressions, qu'à celles dé TEcrilnre *. Ce qa'il » faut, dit Strimésius*, principalement appliquer aih Soc- » iraavs modérés, et aiix autres qui doutent des dogmes fon- » damentaux, où plutôt des explications orthodoxes de ces » dogmes ; lesquels, poursuit cet auteur, on doit Musvon n comme des infirmes dans la fol, quoiqu'ils révoquent en' o doute les propositions des orthodoxes qui ne se trouvest o pas expressément dans l'Ecriture, et qu'ils se croient dilin gés à s'en abstenir par respect; pourvu qu'ils se renferment » dans celles qui s'y trouvent, et qu'ils ne s'emportent pas, D comme font les plus rigides d'entre eux, jusqu'à nier les i> choses que l'Ecriture ne nie pas ».

Ainsi , selon ce docteur et selon les autres docteurs de sa religion , qu'il cite en grand nombre pour ce sentiment, les Sociniens qu'ils appellent modérés, qui n'avouent non plus que les antres la divinité de Jésus-Christ ni celle du Saint- Esprit, ni l'incarnation, ni le péché originel, ni la nécessité de la grâce, ni réternité des peines, ni tant d'autres articles de foi qui sont connus, ne diffèrent pâs tant d'avec nous dans les dogmes fondamentaux, que dans l'explication de ces dogmes; ce qui oblige nécessairement à les recevoir an nombre des vrais fidèles : et quand il faudroit reconnoître, ce qui en effet ne devroit pas être mis en contestation, qu'ils rejettent les articles fondamentaux, ou n'a pas droit d'exiger d'eux, non plus que des Ariens et des autres hérétiques,

* Ccnradi. etc. §. 5. p. 37. — ' §. 4. Pag. 24.— ='Pag. 37.

SLR L£S LETÏUES DE U. iURlEU, "^^^

qu'ils confessent avec les Pères de Nicée et de Conslaulinople, « que le Fils de Dieu soit de même substance que son Père, o ou qu'il soit engendré de sa sub^ance, ou qu'il ne soit » pas tiré du néant, ou que le Saint-Esprit soit ce Seigneur D égal au Père et au Fils^ qu'il faille pour cette raison adorer » et gloriûer avec eux o : car tout cela constamment ne se lisant point expressément dans TEcriture, on tombe par tous ces discours, disent ces auteurs , dans le cas de vouloir parler mieux que Dieu méme\. En un mot, il faut effacer par un seul trait tous ce que les premiers conciles même œcuméniques ont inséré dans leur symboles ou dans leurs anathématismes, s'il ne se trouve dans TEcrilure en termes formels. Car c'est là ce que ces docteurs appellent parler a le » langage de Babylone, établir une autorité humaine, et un » autre nom que celui de Dieu S n'y ayant rien de plus absurde, disentrils^, que de faire accroire « à celui qui sait tout, 0 qu*i1 n'a pas eu la science des mots lorsqu'il a inspiré les » auteurs sacrés, ou que la force n'en étoit pas présente à son » esprit, ou qu'il n*y a pas pris garde , ou qu'il n'a pu faire » entrer son lecteur dans sa pensée ; en sorte qu'il lui faille » pardonner d'avoir parlé ignoramment et inconsidérément; » et que les hommes aient droit de soutenir qu'il falloit choisir )) d'autres termes que les siens pour bien faire entendre sa o pensée, ou du moins pour éviter et convaincre les hérésies » et que les leurs enfin sont plus propres à conserver et à dé- » fendre ses vérités, que ceux dont il s'est servi lui-même » : ce qui, disent-ils* , « n'est autre chose que de vouloir en- » seigner Dieu et lui apprendre à parler de ses vérités, au lieu » que nous le devrions apprendre de lui ».

Telle est la doctrine qu'on enseignoit en Allemagne dans les académies de l'Etat de Brandebourg ; celle de Strimésius, professeur en théologie de l'université de Francfort sur TOder ; celle de Conrad Bergius, ci-devant professeur en théologie de la même université, dont il publioit les écrits et recommandoit la doctrine ; celle de Jean Bergius, de Grégoire Franc, une des

• Conradi, e*c. §. 4. p. 28. — ^ Ibîd. p. 31. 32. - ^ Ibid. p. 25. - *Ibid. p. 25. 2 8.

lumières de la même académie , coipttie il rappelle ; celle de !llartin Hoodias ; celle de Thomas Camright, àngltts ; edle de toute Tacadémie de Duisbourg dans le doché de CU^eê»ct de plusieurs autres docteurs célèbres dans la Réibmie, et qo^il cite aussi a? ec honneur. L^abrégé et le résultat de lénr .sentiment est « qu'il ne faut ni tenir ni appeler personne héréti(|iK, » lorsque dans les matières de la foi il souscrit & toutes 1m a* » pressions et manières de parler de FEciiture, etqniln'eii » rien affirmer on tiier an delà ; mais qu'il se cfroit obligé i » s^abstenir de tout antre terme par une crainte relif^eose et » de peur de parler mal & propos des choses saintes ; et ai » contraire « on doit tenir pour schismatiques tons cem fitf » séparent un tel homme, comme hérétique» de leurs asseï»li blécs et de leur culte * ».

CVI. Hmribkf ÎBcoBTéirieiits de cette doetrîne et dee pr&ici|Mt deSpyotM

ttaaHMj «Toà eHe «rt

On ¥oit parla où tous ces dectenra, lalleiirdn parti ftnr testant, réduisent le duîstianisme contre les Socinïens. il n'est pas permis d'eiiger d*eux la souscription des conciles de Nicée et de Constantinople, pour ne point ici parler des autres, ni de leur faire avouer, en termes formels, que le Saint-Esprit soit une personne et quelque chose de subsistant, ni qu'il soit é^al au Père et au Fils, ni que le Fils laiméme soit proprement Dieu sans figure et dans le sens littéral, ni, en un mot, d'opposer aux fausses interprétations qu'ils donnent à l'E^criture,. d'autres paroles que celles dont ils abusent pour tromper les simples. Ils n'ont qifà répondre que s'ils refusent ces eipressions , nécessaires pour découvrir leurs équivoques,, et qu'ils ne veuillent pas dire^ par exemple, f]ue le Père, le Fils et le Sainte-Esprit soient vraiment et proj)rement un seul Dieu éternel, c'est par respect pour l'Ëcriturc et pour ses dogmes; c'est pour ne point enseigner Dieu, et entreprendre de parler mieux que lui de ses mystères : il faudra les recevoir dans les assemblées chrétiennes sans aucune note : ce seront ceux qui les refuseront qu'il (aa-

' Conradi^ etc^ §. 4- lu 6. p- 31.

dra noter comme sehismatiqués, et mettre par conséquent dans ce rang les conciles de Nicéc et de Conslantinople, et tous les autres qui ont obligé de souscrire à leurs formules île foi sous peine d'anathème.

Il ne sert de rien de répondre qu'on les reçoit à la vérité, mais comme des infirmes dans la foi; car ce seroit être trop novice en cette matière, que d'ignorer que ces hérétiques n'en demandent pas davantage. Ces Sociniens qu'on appelle modérés^ c'est-à-dire dans la vérité, les plus déliés et les plus zélés de cette secte, ne vous iront pas dire à découvert, que le Fils ou le Saint-Esprit, à proprement parler, ne sont pas Dieu. Ils vous diront simplement qu'ils n'osent assurer qu'ils le soient, ni mieux parler que le Saint-Esprit, ou Se servir de termes qui ne soient pas dans l'Ecriture. Us tiennent le même langage sur tous les autres mystères. Au reste, vous diront-ils avec un air de modestie qui vous surprendra, ils ne veulent pas faire la loi, ni imposer à personne la nécessité de les en croire : trop heureux qu'on veuille bien les supporter, du moins à titre d'infirmes. Car, après tout, que leur importe sons quel nom ils s'insinuent dans les Eglises? Dès qu'on leur permet de douter, on lève toute l'horreur qu'on doit avoir de leurs dogmes : l'autorité de la foi est anéantie, et il n'^ a plus qu'à tendre le bras à toutes les sectes.

VIT. Démonstration que cet<e doctrine est inséparable da protestantisme et ne peut être détruite que par les principes de TEglise catholique.

On voit donc en toutes manières que la pente de la Réforme c'est l'Indifférence. Car, à ne point se flatter, elle doit sentir que la doctrine qu'on vient de voir est tirée de ses principes les plus essentiels et les plus intimes. En effet que pourroit-elle répondre à ces docteurs, lorsqu'ils objectent que d'imposer aux consciences la nécessité de souscrire à des expressions qui ne sont pas de l'Ecriture, c'est leur imposer un joug humain; c'est déroger à la plénitude et à la perfection des saints Livres, et les déclarer insuffisants à expliquer la doctrine de la foi ; c'est attribuer à d'auires paroles quà celles de Dieu la force de soutenir les consciences chancelantes '?

* Conradi, etc. §, 4. p. 30.

^'^ SIXIÈME ÀYBRTtSSBaBllT

Mais si Ton admet ces raisonnemenls tirés du fond, et pour ainsi dire, des entrailles du protestantisme, les fraudes des hérétiques n'ont point de remède, et TEglise leur est livrée en proie. U faut donc avoir recours à d'autres maximes; il faut croire et confesser avec nous Tassistance perpétuelle de l'esprit donné à FEglise, non-seulement pour conserver dans son trésor, mais encore pour interpréter les Écritures. Car si Ton n'est assuré de cette assistance, FEglise pourra se tromper dans ses interprétations: on ne saura si le consabstantiel est bien ou mal ajouté au symbole : on ne pourra j souscrire avec une entière persuasion, ou, comme parie saint Paul, avec la plénitude de la foi ' : on sera contraint d*eo demeure*raux termes dont les hérétiques abusent, et on n'aara rien à dire à ceux qui offriront de souscrire à TEcriture; ce que nulle secte chrétienne ne refusera.

CVIIl. Vaine réponse détruite : preave par le témoignage des Réformatenn, qoe la doctrine des IndiCféreuts est do premier esprit de la Réfonne: le confubstantiel méprisé et les Sociniens admis.

Il ne sert de rien dé répliquer que ces auteurs ou .quelques-uns d'eux semblent reconnoître a qu'on a pu très-rare- » ment et avec le consentement unanime de toute l'Eglise p ajouter à l'Ecriture quelques locutions ou quelque phrase, » a condition que l'équipollence de ces locutions avec celles » de l'Ecriture seroit manifeste et presque sans contro- » verse ' ». Car cela visiblement ce n'est rien dire ; puisque si ces expressions n'ajoutoienl rien du tout à l'Ecriture, et ne servoient pas à serrer de plus près les hérétiques, ou les io* troduiroit en vain : et toujours, quoi qu'il en soit, pour obliger les chrétiens à les recevoir, il faudroit présupposer une entière et indubitable infaillibilité « dans le consentement » unanime de l'Eglise, et même dans un consentement qui » seroit presque sans controverse », et de la plus grande partie : ce qui ne peut convenir avec l'esprit de la Réforme. C'est pourquoi dès son origine elle a répugné à toutes ces additions et interprétations de l'Eglise. Il n'y en eut jamais de plus nécessaire à fermer la bouche aux ennemis de la divinité de Jésus-Christ que celle du consubstantiel. Voici néanmoins

* Rom. IV. 20. Hcb, xi. 2Î. — ' Conradi, etc. p. 2:>.

ce qu'en dit Luther ' : a Si mon âme a en aversion le terme » de consubslantiel, il ne s'ensuit pas que je sois hérétique... » Ne me dites pas que ce terme a été reçu contre les Ariens : x> plusieurs et des plus célèbres ne Tont pas reçu, et saint Jé- » rôme souhaitoit qu'on Tabolît ». C'est imposer à saint Jérôme : c'est mentir à la face du soleil que de parler de cette sorte, à moins de vouloir compter parmi les plus excellents hommes de l'Eglise les Ariens et les demi-Ariens, qui seuls se-sont opposés au consubstantiel de Nicée. Luther continue : a II faut conserver la pureté de l'Ecriture : que l'homme ne o présume pas de prononcer de sa bouche quelque chose de » plus clair et de plus pur que Dieu n'a fait de la sienne. V Qui n'entend pas la parole de Dieu, lorsqu'il s'explique par » lui-même des choses de Dieu, ne doit pas croire qu'il en- » tende mieux l'homme, lorsqu'il parlera des choses qui lui » sont étrangères » . C'est précisément ce que nous disoi^t ies auteurs qu'on vient de citer , et on voit plus clair que le jour qu'ils n'ont fait que prendre le sens et répéier les paroles du chef de la Réforme. Il poursuit : « Personne ne » parle mieux que celui qui entend le mieux le sujet dont il » parle. Mais qui pourroit entendre les choses de Dieu mieux » que Dieu même? Qu'est-ce que les hommes sont capables » d^entendre dans les choses divines? Que le misérable mori> tel donnedonc plutôt gloire à Dieu, en confessant qu'il n'en- 1» tend passes paroles, et qu'il cesse de les profaner par des » TERMES NOUVEAUX ET PARTICULIERS, afin quc l'aimable sagesse « de Dieu nous demeure toute pure et dans sa forme naturelle » . On voit par là, qu'en conséquence des fondements sur lesquels il avoit bâti sa Réforme, il regarde comme opposé à la sagesse de Dieu le terme de consubstantiel ajouté à l'Ecriture dans le Symbole de la foi, et traite de profanation et de nouveauté cette addition si nécessaire du concile de Nicée.

Selon ce même principe Calvin a improuvé dans ce concile Dieu de Dieu, lumière de lumière , vrai Dieu du vrai Dieu, comme nous l'avons remarqué ailleurs : et dans un autre endroit il donne pour règle, a que lorsqu'il s'agit de Dieu nous » ne devons pas être moinsscrupuleuxdans nos expressions que

* Loth. eont. Laton.

^^^ SIXIÈME AVERTISSEMEKT

» dans nos pensées; parce que tont ce que nous pouvons penser » parnous-même d'un si grand objet n'est que folie ; et tout ce » que nous en pouvons dire estinsipide ^» : ce qui lui faitregarder les expressions qu'on ajoute à l'Ecriture a comme étrange- » resetcomme une source dequerellesetdedisputes». G' estencoreceque nousdisentles Socinienssurletermedeconsubstaotiel et sur celui de Trinité, bien qu'ils soient consacrés , depuû; tant de siècles par l'usage de tout ce qu'il y a eu de chrétiens : en quoi il suivent encore l'exemple de Luther, a qui ne trooTc » rien de plus froid que ce petit mot Trinité, qu'aussi oddc s> lit point dans l'Ecriture'». Céloit donc l'esprit delà Réforme, dès sa première origine, d'ôter à l'Eglise toutes les interprétations qu'elle ajoutoit à l'Ecriture, quelque nécessaires qu'elles fussent, etde rompre toute^les barrières qu'elle avoit mises entre elle et les hérétiques.

Conformément à cette doctrine de Luther et deCahin, Zanchius, un des principaux Réformateurs, donne pour règle qu'il a n'est pas permis d'interpréter l'Ecriture par d'autres » termes que ceux dont elle se sert, et qu'en avoir uséautre- » menl a été la cause de tous les maux de l'Eglise ^» : se servir j de phrases humaines^ c'est donner lieu selon lui à des sentiments humains *. Cet auteur, sans contestation un des premiers de la Réforme, ne se contente pas de poser le mênno fondement que Strimésius et les autres que nous avons cités; mais il en tire les mêmes conséquences en faveur des Socinicns, puisque dans sa lettre à Grindal , archevêque d'Yorck, qu'il fait servir de préface au livre qu'il lui dédie sur la Trinité, il parle des Sociniens en ces termes : « Quelques-uns » d'eux sonttombés dans ce sentiment, non pas de bon cœur, » mais par quelque sorte de religion, à cause qu'ils craignent » que s'ils confessoient et adoroient Jésus-Christ comme vrai » Dieu éternel; ils ne fussent blasphémateurs et idolâtres, li » faut avoir quelque égard pour des gens de cette sorte, pois- » que Jésus-Christ est venu au monde pour eux, lui qui n'y » est point venu pour les réprouvés * » . Voilà donc manifes-

* Instit. lib. I. c. 13. p. 3 .— ^Postilla raaj. don. Trîn. — 'Zanch. t. Vlil. tract, de scrip. quaest. 12. c. 2. reg. 7.— * Resp. ad Examen.— * Zanch. Epist. ad Griud.

tement, selon cetau^^nr, ceux qui ne veulent ni croire, ni adorer Jésus-Christ coh^ûe vrai Dieu éternel, exclus du nombre des réprouvés. Ils n'ont qu'à dire ce qu'ils disent tous, que c'est par crainte de blasphémer et d'idolâtrer : Zanchius les sauve ; et tous nos docteurs allemands n'ont fait que le copier, comme on a vu.

11 est donc, encore une fois, plus clair que le jour, qu'en rejetant l'autorité et l'infaillibilité de l'Eglise , la Réforme a posé le fondement de l'indifférence des religions : de sorte que les Protestants, qui entrent aujourd'hui en foule dans ce sentiment, ne font que suivre les pas des Réformateurs et prendre le vrai esprit de la Réforme.

CIX. Témoigaage de Chillingworth, célèbre protestant anglais, en faveur

de rindifférence.

M. Jurieu ne veut pas croire que les Protestants d'Angleterre soient favorables à cette doctrine. Outre les preuves qu'on a tirées de l'aveu de ce ministre, j'ai pris soin de faire traduire fidèlement de l'anglais le témoignage d'un des plus célèbres auteurs de l'Eglise anglicane, dont le livre intitulé, La religion des Protestants^ une voie sûre au salut, fut dédié par son auteur à Charles 1^% et dans la suite s'est rendu célèbre par le grand nombre d'éditions qu'on en a faites, et depuis peu par les extraits qu'on en a donnés au public. Il pose pour fondement'que a comme pour bien juger de la religion catho- » liquc , il faut la chercher non pas dans Bellarmin ou Baro- » nius, ou quelque autre de nosdocteurs; et l'apprendre non » de la Sorbonne, ni des Jésuites, ni des Dominicains et des » autres compagnies particulières, mais du concile de Trente » dont les Catholiqnes romains font tous profession de rece- » voir la doctrine : ainsi pour connoîlre la religion desPro- D testants, il ne faut prendre ni la doctrine de Luther, ni ») celle de Calvin ou de Melancton, ni la confession d'Aus- D bourg ou de Genève , ni le Catéchisme de Heidelberg, ni » les Articles de l'Eglise anglicane , ni même l'harmonie de • toutes les Confessions protestantes ; mais ce à quoi ilssous-^

* Chap. 6. n. ôC

T> crivent tous comme à une règle parfaite de leur foi et de D leurs actions, c'est-à-dire, la Bible. Oui, la Bible, conti- » nue*t-il, LA Bible seule est la religion des Protestants: » tout ce qu'ils croient au delà de la Bible et des eoiué- D quences nécessaires, incontestables et indubitables (pi i> en résultent , est matière d'opinion et non matière de 0 foi 0. Voilà déjà, comme on voit, tous ceux qui se disent chrétiens bien au large de quelque secte quMls soient puisqu'ils n'ont rien à souscrire ni à recevoir comme de foi que la Bible seule et ses conséquences incontestables et indubit&' blés ; ce qui ne ferme la porte à aucune secte. « C'est la mep sure, dit-il, qu'il prend pour lui-même, c'est celle qu'il » propose aux autres ; et je suis , poursuit-il , bien assuré que ï> Dieu ne m'en demande pas davantage ».

Dans la suite il y appose la condition, non— seulement de croire que V Ecriture est la parole de Dieu; mais aussi de tâcher d'en trouver le sens et d'y conformer sa vie ' : ce qui n'exdot encore aucun chrétien ; n'y en ayant point qui ne tâche, oo ne se vante de tâcher de bien entendre l'Ecriture et d'eo trouver le vrai sens : de sorte qu'on ne peut exclure nalle secte du christianisme, puisqu'elles professent toutes ce qui seul est jugé nécessaire et suffisant pour le salut.

Il appuie encore sur ce principe, en disant: « Que les Pro- » testants conviennent de ces trois articles: 1® Que les lifres » de l'Écriture dont on n'a jamais douté sont certainement » la parole de Dieu; 2° Que le sens que Dieu a eu dessein de » renfermer dans ces livres est certainement vrai ; 3" Qu'ils » doivent faire tous leurs efforts pour croire l'Ecriture dans » son vrai sens, et y conformer leur vie: d'où il conclut » qu'aucune erreur »e peut nuire au salut de ceux qui sont » disposés de cette sorte ; puisque les vérités, même à Téganl » desquelles ils sont dans Terreur, ils ne laissent pas de les » croire d'une foi implicite : et pourquoi, demande-t-il à un » Catholique, une foi implicite en Jésus-Christ eten saparok )) ne sufliroit-elle pas aussi bien qu'une foi implicite à vo(u » Eglise * »?

' Chap. 6. n. 3". — ^ Rcp. à la prcf. de son advers. ii. 26.

SUR LBS LBTTBES DB H. JURIBU. ^^^

Il D'y a personne qni n'entende la différence qu'il y a entre le Catholique, qui dit. Je crois ce que croit r Eglise^ et notre Protestant qui dit. Je crois ce que Jésus-Christ veut que je croie, et ce qu'il a voulu enseigner dans sa parole : car il est aisé de trouver ce que croit TEglise, dont les décisions expresses sur chaque erreur sont entre les mains de tout le monde ; et s'il y reste quelque obscurité, elle est toujours mante pour s'expliquer; de sorte qu'être disposé à croire ce que croit l'Eglise, c'est expressément se soumettre à renoncer à ses propres sentiments, s'ils sont contraires à ceux de l'Eglise qu'on peut apprendre aisément: ce qui emporte un renoncementà touteerreur qu'elle acondamnée. Mais leProtestant qui erre est bien éloigné de cette disposition ; puisqu'il a beau dire. Je crois tout ce que veut Jésus-Christ et tout ce qui estdans sa parole: Jésus-Christ ne viendra pas le désabuser de Ron erreur et l'Ecriture ne prendra non plus une autre forme que celle qu'elle a pour l'en tirer? tellement que cette foi implicite, qu'il se vante d'avoir en Jésus-Christ etàsaparole, n^est au fond qu'une indifférence pour tous les sens qu'on voudra donnera l'Écriture; et se contenter d'une telle profession de foi, c'est expressément approuver toutes sortes de religions.

Ainsi dans celte demande du Protestant, qui paroît si spécieuse. Pourquoi la foi implicite en Jésus-Christ n" est-elle pas aussi suffisante que la foi en votre Eglise? On peut voir quelle illusion est cachée dans les propositions qui ont la plus belle apparence. Mais sans disputer davantage, et pour s'attacher seulement à bien entendre notre docteur, il nous suffit d'avoir vu que cette foi dont il est content. Je crois ce que veut Jésus-Christ, ou ce qu'enseigne son Ecriture, n'est autre choso que dire. Je crois tout ce que je veux et tout ce qu'il me plaît d'attribuer à Jésus-Christ et à sa parole ? sans exclure de cette foi aucune religion ou aucune secte de celles qui reçoivent l'Écriture sainte, pas même les Juifs; puisqu'ils peuvent dire, comme nous, Je crois tout ce que Dieu veut, et tout ce qu'il a fait dire du Messie par ses prophètes: ce qui enferme autant toute vérité, et en particulier la foi en Jésus-Christ, que la proposition dont notre Protestant s'est contenté.

^^"^ SIXIÈME ÀVEaTlSSBMfiRT

On peut encore former sur ce modèle une autre foi impli. cite que le Mahométan et le Déiste peut a?oir comme le Juif cl le Chrétien; Je crois tout ce que Dieu sait: ou si Von veut encore pousser plusloin, et donner jusqu'à l'athée, pour ainsi parler, une formule de foi implicile: Je crois tout ce qui est vrai, tout ce qui est conforme à la raison : ce qui implicitement comprend tout et même la foi chrétienne; puisque sans doute elle est conforme à la vérité, et que notre culte, comme dit saint Paul ' , est raisonnable.

Mais, pour nous restreindre aux termes de notre Protestant anglais, on voit combien est vague sa foi implicite : Je crois Jésus-Christ et son Ecriture, etquelle indifférence elle établit, d*oùil conclut a quedansles contradictions apparentes quise » rencontrent souvent entre FÉcriture, la raison el rautorilé » d'une part; et l'Ecriture, la raison et Tau to ri té d'autre part: D si à cause de la diversité des tempéraments, des génies, de » réducation et des préjugés inévitables, par lesquels tous les » esprits sont différemment tournés, il arrive qu'ils embras- » sent des opinions différentes dont il ne se peut que quelqnes- » unes ne soient erronées, c'est faire Dieu un tyran, etmetlre » riiomme au désespoir, que de dire qu'on soit damné pour » cela : il sufllt, dit-il, pour le salut, que chacun, autant que » son devoir Ty oblige, tâche de croire TÉcriture dans son » vrai sens • ». Ce qu'il appuie enfin de ce raisonnement. «Eq » matière de religion, pour se soumettre il faut avoir un juge » dont nous soyons obligés de croire que le jugement est » juste: en matière civile, il suffit d'être honnête homme » pour pouvoir devenir juge; mais en fait de religion, il faut » être infaillible. Ainsi n'y ayant point de juge infaillible, se- » Ion les maximes communes de tous les Protestants, il n'y a » point déjuge à qui on doive se soumettre en fait de religion. )) D'oii il suit que dans ces matières chacun peut garder son » sentiment. Je puis, dit-il, garder mon sentiment sans vous i) faire tort: vous pouvez garder le vôtre sans me faire tort, el

» Rom. XII. 1. — 2 Rép. à la Piéf. n. 20. •— ' Jbid. c. 2. n. 17.

» tout cela peut se faire sans nous apporter à nous-mômcs » aucun préjudice ».

ex. Démonstration, par cet auteur, qu'il faut être Catholique ou Indifférent: croire TEglLse infaillible ou tomber dans Tindifférence des religions.

€e qu'il dit , qu'il n'y a point de juge infaillible en matière de religion , fait bien voir qu'il ne reconnoît point l'Ecriture pour un vrai juge : car d'ailleurs , il est bien certain qu'il la reconnoît pour infaillible ; mais c'est qu'il entend bien que l'Ecriture est une loi infaillible ; et non pas un juge infaillible ; puisqu'il ne faut qu'un peu de bon sens et de bonne foi , pour voir qu'un juge est celui qui prononce sur les différentes interprétations de la loi ; ce que la loi elle-même visiblement ne fait pas, ni l'Ecriture non plus.

Il est maintenant aisé de concevoir tout le raisonnement de notre auteur, et le voici en bonne forme : Quelque évidence qu'on veuille poser dans l'Ecriture, elle n'est pas telle qu'il n'y ait diverses manières de l'entendre, dont quelquesunes sont des erreurs contre la foi : c'est pourquoi il y a deux règles suffisantes pour sauver les hommes : la première, de recevoir le texte de l'Ecriture avec toutes ses conséquences nécessaires, incontestables et indubitables ; la seconde, dans tout le reste où l'on pourroit errer contre la foi, de tâcher de croire l'Ecriture selon son vrai sens , sans se condamner les uns les autres ; parce que pour condamner il faut être juge , et en matière de religion , juge infailllible : or, il n'y a point de juge de cette sorte. L'Eglise n'est pas infaillible : chaque particulier l'est encore moins dans ses sentiments: donc qu'on ne se juge point les uns les autres; et que chacun demeure innocemment et impunément dans son sens ; ce qui est en termes formels l'assurance du salut de chaque chrétien dans sa religion , déduite manifestement de ce qu'il n'y a point de juge infaillible. U n'y a donc point de milieu entre croire TEgiise infaillible et sauver tout le monde dans sa religion ; et ne pas être catholique, c'est nécessairement être indifr*^rcnt.

•'^'>^ SIXIÈUE ÀVeRTlSSEMENT

CXI. Distinction des erreurs fondamentales d*avecles autres, selon cet an* teiir : nouvelle démonstration qu'on ne peut éviter Findifféreuce que par les principes des Catholiques.

Il ne faut pourtant pas dissimuler, qu'en disant que chacun se sauve dans son sentiment, notre auteur y apporte la restriction , a que la ditTérence qui sera entre nous ne con- 0 cerne aucune chose nécessaire au salut , et que nous aimions 0 tellement la mérité, que nous ayons soin d'en instruire v notre conscience , et que nous la suivions constamment' ». Mais il faut voir quelles sont ces choses nécessaires au salut « et voici comment il les explique. « Touchant la difllculté de » distinguer les erreurs damnables d'avec celles qui ne dam- I) nent pas,etlesvéritésfondamenta]esd'aveccellesquinesont » pas fondamentales, je réponds que la dispute, qui est entre i> les Protestants sur cette question, peut être facilement termii> née. Car ou Terreur dont on parle est tout à fait involontaire, » ou elle est volontaire à Tégard de sa cause. Si la Cîiuse de Ter- » reur est quelque faute volontaire et évitable. Terreur même » est criminelle, et par conséquent damnable en elle-même. » Mais si je ne suis coupable d'aucune faute de cette nature, D SI j'aime la vérité, si je la cuercde avec soin, si je ne » prends point conseil de la chair et du sang pour choisir mes . » opinions, mais de Dieu ^ul et de la raison qu'il m'a pon- » NÉE ; SI , dis-je , je suis disposé de cette sorte , et que cepen- » dant, par un effet de Tinfirmité humaine, je tombe dansl'er- » reur, celte erreur ne peut pas être damn<ible ». Voilà en termes formels la distinction des erreurs fondamentales et non fondamentales établies, non du côté des objets de la religion, ou sur la nature même de ces erreurs, mais sur la disposition de ceux qui y sont; et ce qui tranche en un mot la question des articles fondamentaux, cet auteur les réduit tous à celui-ci , de croire l'Ecriture , et de tâcher de la croire dans son vrai sens ' : voilà , dit-il , en un mot le catalogue des articles fondamentaux, et ce qui suffit au salut de tout homme: où Ton voit une tolérance parfaite, et le salut accordé sur le fondement commun des Indifférents, qui est de sauver

» nép. à laPréf. c. .1. n. f)*?. — ■ Ibid. n. 27.

tons ceux qui se servent de leur raison pour chercher la vérité dans TEcriture.

11 n'y a qu'un seul remède à une si dangereuse maladie qui tend manifestement à l'extinction du christianisme et de toute religion : c'est de chercher la vérité non par sa seule raison , mais avec l'Eglise , sous son autorité , sous sa conduite. Car s'il y a au monde un fait constant, c'est que la chercher tout seul , même dans la sainte Ecriture , par son propre esprit, par son propre raisonnement, et non pas avec le corps et dans Tunilé de TEglise , c'est la source de tous les schismes et de toutes les hérésies : et s'il y a un moyen solide d'éviter ce mal et toute innovation dans la foi, c'est celui de soumettre , non pas Dieu et son Ecriture , comme on voudroit nous faire accroire que nous le pratiquons , mais son sentiment particulier sur l'intelligence do ccUe Ecriture à celui de l'Eglise universelle : et s'il y a* un liesoin pressant que l'expérience nous rende sensible ,. c'est celui que nous avons d'un tel secours.

CXII. Parle mépris des principes catholiques, le Protestaui anglais est plongé dans Tindifférence : M. Burnet dans le m^me seutitneut : nulle sortie de cet abfme que par la foi de r£glise catholique.

Faute de vouloir s'en servir , notre Protestant anglais , avec son amour prétendu pour la raison , pour la vérité , pour l'Ecriture , est tombé comme les autres dans l'abîmo de l'Indifférence : comme les autres il a ôté à l'Eglise le moyen de discerner et de convaincre les hérétiques , en la réduisant avec eux aux termes précis de l'Écriture, et bannissant les interprétations qu'elle oppose aux mauvais sens qu'on lui donne. « Cette^ présomption , diMl, avec laquelle 0 on attribue le sens des hommes aux paroles de Dieu , le D sens particulier des hommes aux expressions générales )> du Saint-Esprit; et on oblige la conscience à les recevoir » sous peine de mort et de damnation : cette vaine imaginan tion , que nous pouvons mieux parler des choses de Dieu » que par les paroles de Dieu ; cet orgueil qui nous porte à

* Rép. àlaPréf. cit. 4. n. tC

58^ SlXltoE AYBRTISSEHCIfT

ï) canoniser nos propres interprétations, elà user de tyrannie » pour les faire recevoir aux autres ; cette manière dont on 0 on ose BESTREiNDRE la parole de Dieu , la tirer de son » £tekdub et de sa générauté , et ôter à Tentendeinent des B hommes cette liberté que Jésus-Christ et les apôtres loi B ont laissée : tout cela , dis-je, est et a toujours été la secu 0 SOURCE DE TOUS LES SCHISMES de TEgUse ; c'est ce qui les n rend immortels: c'est ce qui met le feu dans tout le monde D chrétien ; c'est ce qui déchire en pièces non-seulement la 0 robe , mais encore les entrailles et les membres de Jésus- » Christ , au grand plaisir des Turcs et des Juifs , ridetUe » 7>irc(l, ncc dolente Judœo. Otez cette muraille de sépara- }} TioN , cl en un moment tous les chrétiens seront unis : » ôtcz ces manières de persécuter, de brûler, de maudire, » de damner les hommes , parce qu'ils ne souscrivent pas

» AIX PAROLES DES DOMMES COHME AUX PAROLES DK DiEU ; dc-

» mandez seulement aux chrétiens de croire en Jésus-Christ, » et de n'appeler leur maître qui que ce soit que lui seul. » Que ceux qui de bouche renoncent à l'infaillibilité , y » renoncent aussi par leur actions; rétablissez les chrétiens » en leur pleine et entière liberté, de ne captiver leur en- » tcndenient qu'a l'Ecriture seule : et alors comme les ri- » vières quand ont un libre passage courent toutes à l'Océan, » ainsi Ton peut espérer de la bénédiction de Dieu, que celle » LIBERTÉ UNIVERSELLE réduira incontinent tout le monde chré- » tien à la vérilé et à l'unité ».

A qui en veut ce docleur, sinon manifestement à ceux qui voudroient obliger les Ariens, les Pélagiens, les Sociniens et tous les autres hérétiques, à dire que Jésus-Christ est Dieu élcrncl? que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont un seul Dieu souverainement et uniquement adorable , d'une même majesté et d'une même nature? à dire que Dieu et l'homme en Jésus-Christ sont une même et seule personne , à qui est due une seule et même adoralion avec le Père et le Saint- Esprit? à dire qu'il y a un pcché originel véritablement trjinsniis de notre premier père jusqu'à nous? à dire que la fîràce intérieure esl absolument nécessaire à chaque action de [uélé? à dire que les damnés auront à souffrir la peine criin

feu éternel autrement que saint Jude u'e Ta dit des habitants de Sodôrae et de Gomorrhe ' , ou autres choses semblables ? et en un mot, à qui en veut-il , si ce n'est à ceux qui voudroient pousser les hérétiques quels qu'ils soient, au delà des expressions de FEcriture qu'ife détournent , comme dit saint Pierre', à un mauvais sens, et les tirer de leur étendue et de leur généralité, comme parle notre Anglais.

C'est sur ce pied qu'il travailloit à la réunion du chrisliaanisme : sur le pied de M. d'Huisseau, ministre de Saumur, que nos Prétendus Réformés ont condamné : très-bien selon les principes de l'Eglise catholique , mais très-mal selon les principes de la Réforme : très-bien en présupposant que l'Eglise est infaillible dans ses interprétations, et qu'elle a droit d'obliger tous les chrétiens à s'y soumettre; mais très- mal en s'attribuant à eux-mêmes par leurs actions une infaillibilité qu'ils renonçoient en paroles , selon que leur reproche cet Anglais : car c'est en présupposant cette autorité et infaillibilité de l'Eglise qu'ils condamnent des chrétiens prêts à souscrire à l'Ecriture sainte , et à toutes ses expressions , sans en refuser aucune, sans aussi y rien ajouter : pour cette raison seulement qu'ils ne veulent pas se soumettre aux interprétations de l'Eglise, ni renoncer à la liberté qu'ils prétendent que Dieu à donnée de s'en tenir précisément à la parole de FElcriture dans sa généralité.

C'est ainsi, comme l'on a vu , que l'ont entendu non-seulement Strimésius et les auteurs qu'il allègue; mais encore dès l'origine de la Réforme, Luther, Calvin, Zanchius,et les Protestants anglais comme les autres. Chillingworth, qui est celui qu'on vient d'entendre, en est une preuve convaincante, parce que son livre a paru avec une approbation authentique et des éloges extraordinaires des théologiens d'Oxford. Aussi est-ce un des plus suivis de tous leurs docteurs. Il s'est formé en Angleterre sur ses principes une secte qui est répandue dans toute l'Eglise anglicane protestante, 011 l'on ne parle que de paix et de charité universelle. Les défenseurs de cette paix se donnent eux-mêmes le nom de

» Jud. 7. — ni, Petr. m. 16.

^«^ «ni*- :^T

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» canoniser nos propr ,^^^^^ ^^ ^^^^ lolérauL

» puur les faire rece^ ^^,, *• ,,:.irion,qu\eslle lllre spécieux » on ose sESTuniD^ -^- ^-'^^aiferseUe. On ne peut nier qu. » ÉTEJîDLB et de sa ' ^ , ^«Homune en Angleterre : et s'il B hommes cette 1- ^ ^-'"tj^ent à présent que je produis, n ont laissée : toi ^ ^ - '^^iaBerai sans hésiler M. Brunet. Cesi D soiRCK DB TOI- ^sf^^^^^^^ magistrat sur les affaires de la » rend immorl* ^ ^^'J^g^^nmcipe général que « nos pensées qui I) chrétien ; c ««^ ^ ^i^actions qui sont les effets de ces pen- « robe, maïF "^Jl^f^ de son ressort ' ». M. Jurieu, qui » Christ , a' '''^J^ toit de zèle pour Fautorité du macislral,

M Tiox, ei » ôtei ce D de dar

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n l^ifiil*^*''® tolérer. Il lui dira a que selon les prifl-

^ ^ ^'"^'^ romaine qui se croit infaillible, riulolé-

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^^^^une Eglise comme la leur, « qui ne prétend ^^^T^Bulaî* Q"'"*^ pouvoir d*ordre et de gouvenicinenl. ' j jj oie pas qu'elle ne puisse se tromper a). Il con- *J!^ principe a qu'on ne doit pas être trop prompt à '^^j.jildcceux qui sont d'un autre sentiment quonous, ''^Liieceux d'une manière rigoureuse : puisQu^acsT

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iSiriW^'®* variations qu'on impute aux Protestants, il

*" iiliMiMl OB'JÏ* "'®^^ jamais varié sur /e symbole des apôtres ni

Cl "^^j^ commandements' : deux pièces où sont contenus

Z, ^ Id articles de foi ; le reste qu'on a inséré dans IcsCon-

SonidefoidcsProleslauls, n'étant scion lui que des véri-

•SUR trS LETTRES DE U. JURIEU. 59 1

tés théologiques dont les principes de la Réforme ne permeltent pas quon impose les décisions aux autres hommes , m quon les oblige à les signer ni à en jurer Vohservation,

Voilà bien pourM. Jurieu un autre adversaire qu'un M. Huet, et que les autres ministres qu'il étonne par ses injures, qu'il accable par la crainte d'être déposés. Celui-ci méprise autant ses censures que ses emportements et sa véhémence ; et s'étant si hautement déclaré pour la Tolérance universelle, il ne trouTcra pas mauvais que M. Papin rende publiques les lettres qu'il lui a écrites pour autoriser celle doctrine, et le discours de Strimésius qu'on vient de citer, c'est-à-dire, rindilïérence la plus déclarée qu'on ait jamais vue.

Il ne reste plus maintenant que de trancher en un mot une équivoque de quelques-uns de ces docteurs protestants qui ne veulent pas qu'on les mette au nombre des Indifférents , parce que , disent-ils, bien éloignés d'admettre l'Indifférence des religions , ils reconnoissent qu'il y en a une meilleure qne les autres, plus certaine, plus vraie , si l'on veut, à laquelle il faut tâcher de parvenir par l'intelligence de l'Ecriture , qui est la protestante ou la réformée : mais tout cela c^est se moquer, puisqu'on a vu qu'en tâchant et en s'efforçant, à la manière qu'ils disent, de bien entendre l'Ecriture, on n^en est pas moins sauvé, bien qu'on demeure toujours et jusqu'au dernier soupir comme on étoit: qui est précisément ce qu'on appelle l'Indifférence des religions, puisque dans le fond on se sauve en toutes; et l'expérience fait voir qu'il n'y a ni ne peut y avoir aucun remède à un si grand mal , qu'en croyant avec les Catholiques que jamais on ne tache et on ne s'efforce comme il faut, jusqu'à ce qu'on en vienne enOn par ses efforts à soumettre de bonne foi son jugement à celui de l'Ëglise.

Après cela , mes cbers Frères , il ne faut point s'étonner que tout tende dans votre Réforme à l'Indifférence des religions , ni qu'une inOnité de gens aient dit à M. Jurieu que l'Eglise anglicane, qu'il appelle l'honneur de la Réforme, y tende visiblement comme les autres, puisque nous venons de voir dans ces principaux docteurs des témoignages si précis (le ce sentiment.

592 SlXlfeUE AVERTISSEMENT

CXI IL L^indépendantisme sorti de celte source: autres sectes : le méprb de l'Ecriture inévitable sans les interprétations de TËglise.

Sans encore sortir de TÂngleterre , la secte des Indépendants est venue manifestement de la même source;, et Jean Hornebeck, un des plus célèbres docteurs de l'académie d'Utrecbt, en est un bon témoin, lorsquii écrit, dans le livre où il fait le recueil des sectes ' : a Qu'ils rejettent toutes les 'o formules, tous les catéchismes, tous les symboles, même 0 celui des apôtres. Ils croient, dit-il, qu'il faut éloigner toutes 0 ces cboses comme apocryphes , pour ne s'en tenir qu'à la » seule et unique parole de Dieu d. Un autre , que Je même auteur met au rang des Enthousiastes ou prétendus inspirés , qui n'étoit point ignorant principalement en hébreu , ni de mauvaise vie , disoit « qu'il n'y avoit plus d'Eglise depuis les » apôtres, parce qu'il n'y avoit plus d'infaillibilté sur la terre, D et que les docteurs qui n'en avoient point ne s'en vantoient » pas moins de parler au nom de Dieu ». Un autre concluoit de là , « que jusqu'à ce qu'on fût convenu quelle doctrine on » auroit à suivre , il falloit établir des assemblées où l'on ne » lût que le simple texte de rEcrilure sans glose ni expositions; JD qu'on ne prononceroit autre chose dans les chaires, et que » tous les livres de religion, excepté TEcnture seule, seroieiit 0 portés au magistral'». Sur ce fondement il faisoit le plan (Tune Eglise non partiale : il avoit même composé un livre sous ce titre , et un autre qu'il intituloit , la Diminution des Sectes. C'étoit visiblement le même dessein où sont entrés les docteurs qu'on vient de produire. Il n'y avoit , pour unir les sectes, que de permettre de croire, de dire et d'écrire tout ce qu'on voudroit. C'est sauver tous les hérétiques sans les convertir , sans les ramener à la tige d'où toutes les sectes sont sorties , sans y songer seulement : et au contraire , en laissant oublier aux chrétiens , s'il se pouvoit , ce principe d'unité sur lequel le Fils de Dieu a fondé son Eglise, pour substituer à sa place le caraclère de division , qui est dans le royaume de Satan\e principe de sa désolation inévitable, conformément à cette parole : Tout royaume divisé en lui-même

' .^iiinma Controv. lib. 10. De Brovuistvi. v» 68G.- ' Ibitl. p. /j3G. 437.

sera désolé^ et les maisons en tomberont les unes sur les autres*. On voit par là quels prodiges Tennemi du genre humain vouloil introduire sous prétexte de piélé ; c'est le vrai mystère d'iniquité , c'est-à-dire , la plus dangereuse hypocrisie sous couleur de rendre respect à la parole de Dieu, et par là Tindifférence des religions , afln de préparer la voie à la grande apostasie qui doit arriver, et à la révélation de V Antéchrist' ; et tout cela fondé sur cette maxime, que les interprétations de TEglise ne pouvant être plus infaillibles qu'elle-même, il demeure libre aux chrétiens de rejeter les plus authentiques, et de ne se réserver que le simple texte , à condition de le tourmenter et de le tordre à sa fantaisie, jusqu'à ce qu'enfin on Tait forcé à ne plus violenter le sens humain : qui est le but où se termine socinianisme, et comme on a vu, le parfait accomplissement de la Réforme des Prolestants.

C'est par là aussi qu'il s'élève de tous côtés au milieu d'eux tant de sectes de fanatiques ; parce que d'un côté étant constant que l'Ecriture, dont on abuse en tant de manières, a besoin d'interprétation ; et de l'autre , celles de l'Eglise paroissant douteuses ou suspectes aux Protestants par les principes de la scclc ; on est contraint, pour avoir un interprète infaillible, de s'attribuer une inspiration, un instinct venu du Saint-Esprit : d'jù l'on est mené pas à pas au mépris du texte sacré, comme l'expérience le fait voir ; tous ces inspirés prétendant enfin être affranchis de la lettre, comme d'une sujétion contraire à la liberté des enfants de Dieu ; et ainsi , par la plus grossière de toutes les illusions, une révérence mal entendue de l'Ecriture conduit enfin les esprits à la mépriser.

Pour éviter ces extrémités si visiblement pernicieuses, l'Eglise catholique, toujours assurée de l'esprit qui l'anime et la dirige, n'a aussi jamais hésité à donner dès les premiers temps comme authentiques ses interprétations unanimes : en quoi, loin de croire qu'elle eût dérogé à l'autorité des livres saints, elle a au contraire toujours regardé ses explications comme étant le pur esprit de l'Ecriture, et ses traditions constantes et universelles comme faisant avec TEcrilure un seul et même corps de révélation.

• //. Tbcss. II. 7. — 2 |j[,ic|.

59^1 SlXliOlB AVBBTISSEHEMT

CXI V. Iflosion de ceux qai faisant peu d'estime des dogmes, ne vanteot

que les bonnes mœurs.

Cest le seul moyen laissé aux fidèles , dans une doctriDe aussi haute que celle du christianisme, et dans une aussi grande profondeur que celle de TEcriture, d'entretenir parmi eux Funité que leur ordonne saint Paul, en leur disant: Soyez d'un même cœur et iVune même âme, ayant tous les mêmes sentiments '. Ce qui devoit commencer par la foi ; puisque le même saint Paul a dit encore : Un seul corps et un seul esprit : un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ^ Pour trouver cette unité de la foi dans une si effroyable multiplicité de sentiments et de sectes, on voit à quoi il faut réduire la foi chrétienne, et dans quelle généralité il faut prendre TEcriture. Nos Indifférents, qui en ont honte, et des divisions où Ton tombe par la méthode qu'ils proposent pour entendre ce divin livre, croient y trouver un remède en faisant pea de cas des dogmes spéculatifs et abstraits, comme ils les appellent, et ne vantant que la doctrine des mœurs. C'est la maxime de ces Lalitîidinaristcs dont nous venons de parler, qui disent que c'est dans les mœurs qu'il faut rétrécir la voie du ciel en la dilatant pour les dogmes. Tout consiste à bien vivre, disent nos Indifférents ; et TEcriturc n'a là dessus aucune obscurité, ni le christianisme aucun partage. Mais c'est encore, sous le prétexte de la piété, la plus fine et la plus dangereuse hypocrisie. Car d'abord, pourquoi ne vouloir pas que captiver son intelligence, sous des mystères impénétrables à l'esprit humain, soit une chose qui appartienne à la doctrine des mœurs, et une partie piincipale du culte de Dieu, puisque c'est un des sacritices qui coûte le plus à la nature, et qui est en soi des plus parfaits ? Et pourquoi ne sera-ce pas encore un des exercices de la charité, de réduire les vrais chrétiens à la même foi, en rendant obéissance à la même Eglise, et par là étouffer les dissensions, les inimitiés, les aigreurs et les autres maux de cette nature , parmi lesquels saint Paul a compté les hérésies et les sectes^ ^ comme une source immortelle des divisions que l'esprit de Jésus -Christ

* Pbil. XI. 2. — ' Eph. IV. 4. 5. — ' Cal. v. 20.

devoit éteindre ? C'est de cela néanmoins que nos parfaits chrétiens font peu d'état; et ils ne parlent que de bien vivre, comme si bien croire n'en étoit pas le fondement. Mais pour nous restreindre simplement à ce qu'ils appellent les mœurs, où ils semblent vouloir renfermer toute la religion , les Sociniens et les autres qui les vantent tant n'ont-ils pas été les premiers à censurer les commencements de la Réforme, où Ton avoit refroidi la pratique des bonnes œuvres, en enseignant clairement qu'elles n'étoient pas nécessaires à la justiiication ni au salut, non pas même l'amour de Dieu ; mais la seule foi aes promesses, ainsi que nous l'avons souvent démontré ? Les mêmes Socinlens ne prouvoienl-ils pas invinciblement, aussi bien que les Catholiques, qu'il n'y a rien de plus pernicieux aux bonnes mœurs, que rinamissibilité de la justice, la certitude du salut, et enlin l'imputation de la justice de Jésus-Christ de la manière dont on l'enseignoit dans la Réforme? C'en est assez pour les convaincre, qu'il peut se trouver dans l'Ecriture, sur les mœurs comme sur les dogmes, de ces généralités où se cachent tant d'opinions et tant d'erreurs difîérentes. Que si l'on se met à raisonner (et on ne le fait que trop) sur la doctrine des mœurs, sur les inimitiés, sur les usures, sur la mortiGcation , sur le mensonge, sur la chasteté, sur les mariages; avec ce principe qu'il faut réduire l'Ecriture sainte à la droite raison, où n'irat-on pas? N'a-t-on pas vu la polygamie enseignée parles Protestants, et en spéculation et en pratique ? Et ne sera-t-il pas aussi facile de persuader aux hommes, que Dieu n'a pas voulu porter leurs obligations au delà des règles du bon sens, que de leur persuader qu'il n'a pas voulu porter leur croyance au delà du bon raisonnement? Mais quand on en sera là, que sera-ce que ce bon sens dans les mœurs, sinon ce qu'a déjà été ce bon raisonnement dans la croyance, c'est-à-dire ce qu'il plaira à un chacun? Ainsi nous perdrons tout l'avantage des décisions de Jésus-Christ : l'autorité de sa parole , sujette à des interprétations arbitraires, ne iixerauon plus nos agitations, que feroit la liberté naturelle de notre raisonneinent ; et nous nous reverrons replongés dans les disputes interminables, qui ont fait tourner la tête aux philosophes.

S96 SIXIÈME ÀYEBTISSKMBNT

De cette sorte , il faudra tolérer ceux qui erreront dans les mœurs comme ceux qui erreront sur les mystères, et réduire le christianisme , comme font plusieurs, à Ja généralité de Tnmour de Dieu et du prochain, en quelque sorte qu'on l'applique et qu'on le tourne après cela. Combien ont dogmatisé les Anabaptistes et les autres Enthousiastes ou prétendus inspirés, sur les serments, sur les châtiments, sur la manière de prier ; sur les mariages, sur la magistrature et sur tout le gouvernement ecclésiastique etséculier : choses si essentielles à la vie chrétienne ? Les Sociniens, qui ne ?antent avec les Indifférents que lal)onne vie et la voie étroite dans les mœurs, combien se mettent-ils au large lorsqu'ils ne soumettent aux peines de la damnation et à la privation de la vie éternelle que les habitudes vicieuses? Jusque là queSocin lui-même n'a pas craint de dire, a que le meurtrier, ou Tho- » micidc qui est jugé digne de mort, et qui ne peut avoir de » part à la vie éternelle, n'est pas celui qui a tué un homme » ou qui a commis un acte d'homicide, mais celui qui acoo- » tracté quelque habitude d'un si grand crime ' ». Il n'y a rien de plus inculqué dans ses ouvrages que cette doctrine. C'est aussi le sentiment de la plupart de ses disciples, et entre autres de Crellius, un des plus célèbres, et qui est estime parmi eux un des plus réguliers sur la doctrine des mœurs : et néanmoins il fait consister dans l'habitude la nature du péché qui exclut de la vie éternelle' : et encore plus expressément il dislingue deux sortes de péchés, « dont les premiers, » dit-il, sont très-griefs et très-énorrnes de leur nature ou en » approchent beaucoup, dans lesquels celui qui espère la vie » éternelle et qui a la crainte de Dieu, ou ne tombe jamais, » ou il n'y tombe que lorsqu'il est fort pressé par les désirs » de la chair, ou faute d'y penser et ps^r quelque sorte d'im- » prudence ». On voit d'abord que ces péchés, quelque énormes qu'il les représente, ne lui paroissent incompatibles ni avec la crainte de Dieu, ni avec l'espérance du salut, que lorsqu'on y tombe souvent, et avec une malice déterminée.

* Soc. in cap. 3. 1. Ep. Jo. ii. 6. T. 1. Bib. Frat. p. t04. Ibid. ad. v. 14. p. 202. Ibid. quod regni Pol. etc. i- p. 194. etc. — ' Etli. Christ. lib. /. c. 5. T. IV. p. 287. Resp. ad S. Slo. vu c^^isl.

et Et pour les autres péchés, continue-t-il, qui ne sont pas si x> énormes et où Ton tombe plus facilement, comme la colère, y> le désir des voluptés illicites qui ne va point jusqu'à Tacte, }) et Tambition désordonnée : si on ne les combat pas dans 0 leur naissance et qu'on leur lâche la bride, je ne crois pas o qu'on puisse espérer le salut. Mais si Ton combat avec sa » passion et qu'on s'occupe à la réprimer , en sorte qu'on D gagne deux choses sur soi-même , l'une souvent de Té- » teindre et la bannir de son esprit, Vautre de l'afifolblir et » d'en empêcher en quelque sorte l'ciïet : je n'ôte pas à un o tel homme l'espérance du salut d.

On voit par là de quelle indulgence il use envers les péchés. Car pour ce qui regarde les plus énormes, lors même qu'on les commet en eiïet, il ne veut pas qu'ils excluent la crainte de Dieu ni J'espérance du salut, si Ton y tombe rarement, et que ce soit par emportement et par quelque sorte d'inconsidération: car il ne veut même pas que l'inconsidérntion soit pleine et entière ; et pour les péchés de pensée, de consentement ou de volonté, tel qu'est par exemple le désir d'un plaisir illicite, encore que Jésus-Christ ait égalé ce désir à un adultère ' : selon ce nouveau docteur, pour ne pasêlre damné par un tel crime, il suffit de ne pas lâcher tout à fait la bride à sa convoilise, et d'en empêcher, comme il le dit, non pas entièrement, mais en quelque sorte l'effet; qui est un des plus grands aflbibtissements qu'on pût inventer de la doctrine do l'Evangile. Mais de peur encore d'en dire trop, ou de rendre trop difficile le chemin du ciel, il excuse ces sortes de pécheurs, lorsqu'ils sont entraînés au péché par de violentes tentations venues ou du naturel ou de lliabitude. Il est vrai qu'il y ajoute deux conditions: Tune de n'avoir pas eu en soimême plusieurs de ces dispositions criminelles; Taulro, d'en récompenser le péché par d'excellentes vertus, comme font la charité et Vaumône. Mais cela lui paroît encore trop dur: a et » quand, dit-il, on auroit plusieurs de ces mauvaises disposi- » tions, et qu'on auroit point de ces excellentes vertus, je S) n'oserois ni accorder ni refuser le salut à des hommes qui a scroient en cet état ».

* Matiti. V. 28.

S99 6IXIÈXK ÀVfiRTISSEHSKT

Il n'est pas ici question de les sauver de la damnation par une sincère et véritable pénitence de leurs fautes, car c'est de quoi on ne parle pas dans tous ces discours ; et on sait que tons les péchés mérco les pi us énormes commeles plus délibérés et lesplusfréquenis,sontpardonnablesen cette sorte: il s'agit de trouver dans le péché des excuses au péché même ; et voilà ce qu'en ont pensé ceux de tous les Protestants qui se piquent le plus de conserver entière la règle des mœurs. On voit en cet endroit combien ils sont relâchés ; ailleurs ils sont rigoureux jusqu'à l'excès, puisqu'ils s'accordent avec les Anabaptistes à condamner parmi les chrétiens les serments, la magistrature, la peine de mort et la guerre, quoique entreprise par autorité publique, quelque juste qu'elle paroisse d'ailleurs '.

Ceux de qui nous venons de voir d'un «côté les relâchements, et de l'autre les rigueurs excessives, sont constamment ceux des Protestants qui ont le plus secoué le joug de l'autorité : ce sont aussi visiblement ceux qui se sont le plos égarés, non-seulement dans les mystères de la religion, mais encore dans la doctrine des mœurs qu'ils se vantent de mieni observer que tous les autres. Socin, Wolzogue, et les autres, disent que Tusure n'est pas un péché selon les lois chrétiennes ' : en quoi il faut avouer qu'ils ne dégénèrent pas de la doctrine commune des Protestants. Sans parler des autres erreurs des Sociniens dans la matière des mœurs, on sait la liberté qu'ils se donnent tous les jours sur la dissimulation et sur le mensonge; et cela dans la matière la plus sérieuse qu'on puisse traiter parmi les hommes, qui est celle de la religion. Pour peu que les princes grondent, ils se cachent sous tel manteau que vous voulez, et ne s'embarrassent point de l'hypocrisie. On voit donc plus clair que le jour, que pour soutetenir les mœurs, comme pour soutenir la foi, il y faut ce ferme fondement d'une autorité infaillible, qui empêche l'esprit de s'égarer dans les interprétations qu'une vaine subtilité pourra

* Soc. Tract, de Magist. cont. Pal. T ii. p. 5. Wolzog. instr. ad util. Icct. N. T. c. 4. 2. T. I. p. 2âl. 290. Annot. ad quœst. de Magist. Ibid. C4 el seq. — ^ Soc. ad Christoph. Morst. Ep. 4. t. i. p. 455. Wolzog. comm. in Lnc. c 6. v.3â. t. i. 592.

donner à rËcrilure sur cette matière comme sur toutes les autres ; et vanter les mœurs sans cela, c'est, sous prétexte de les établir, les détruire et en laisser la règle à Tabandon.

Cest aussi pour obvier à tous ces maux qu'on nous avoit donné dans le Symbole Tarticle de VÉglise cathoUqtte , où nous trouvons tout ce que saint Paul nous avoit montré par ces paroles : Un seul corps et un seul esprit, un seul Seigneur, une seule foi, un seul Baptême ' . Mais la Réforme a mis les mains sur cette unité qui devoit être inviolable ; elle a transformé TEglise universelle en un amas de sociétés ennemies, ]ui ne laissent pas, dit M. Jurieu, a d'être unies au corps de > TEglise chrélienne, fussent-elles en schisme les unes con- >) Ire les autres jusques aux épées tirées ' ». C'est ainsi qu'il nous a formé le royaume de Jésus-Christ sur le modèle de ;e]ui de Satan. Les autres ont poussé à bout le principe que :e ministre avoit posé : ils ne trouvent ce seul corps ni ce seul esprit de saint Paul, qu'en s'accordant à compter pour rien par rapport au salut éternel toutes les divisions sur les mystères: ni l'unité de la foi, qu'en la faisant consister dans les plus vaf^ues généralités, et en s' élevant au dessus de toutes les décisions et interprétations de l'Eglise : ni enfin celle du Baptême, qu'en sauvant généralement toutes les sectes où on le reçoit, sans remonter à la source d'où estdérivée cette eau salutaire, et d'où tous les hérétiques l'ont emportée.

CXV. A qaelle condition nos docteurs Indifférents s'offrent à tolérer VEU glise romaine : confiance et fermeté de cette Eglise.

Que si maintenant on veut savoir comment nos IndilTérents sont disposés envers l'Eglise romaine, qui seule se tient à la tige de son unité primitive, il ne faut qu'entendre Strimésius que nous avons tant cité, ou plutôt Jean Bergius un de ses auteurs, qui parle ainsi : « Si les papistes ne vouloient point 0 nous obliger à leurs propres et particulières explications, » 6f qu'ils cessassent de nous juger sur cela, mais qu'ils nous V laissassent jouir des paroles et des explications de Jésus^

* Eph. lY, 4. 5. — ' Préjug. p. 5.

A Christ , tout iroit bien ' » : c'est-à-dire , qu'tJ lesfaudroii recevoir du moins à titre dUnfirmes*, comme on fait les Sociniens (car c'est de quoi il s'ngissoit ), et les mettre par codséquentau rang des vrais cliréliens, qui pourroient se saavei dans leur religion. Ainsi TEglise romaine pourroit avoir pari a cette comnoune confédération des chrétiens que Ton propose aujourd'hui sous le nom de Tolérance , si , sans obliger personne aux interprétations qu'elle a reçues de tout temps, elle vouloit se contenter d'une souscription générale am termes de l'Ecriture , qu'elle pourroit faire avec aussi peu de peine que les autres religions. Car encore qu'elle recoonoisscdcs traditions non écrites, tout le monde lui rend ce témoignage, qu'elle fait profession de ne rien admettre qai soit contraire à TEcriture : son fondement étant celui-ci, qu'il y a une parfaite uniformité dans tout ce qu'ont dit les apôtres , soit de vive voix , soit par écrit. Elle souscrit donc sans difficulté avec tout le reste des chrétiens à l'Ëcritore sainte , comme à un livre inspiré de Dieu et immédiatement dicté par le Saint-Esprit ; et elle ne se trouve exclue de celte prétendue société, qu'à cause qu'elle est et sera toujours par sa propre constitution opposée à Tindifférence des religions, et en un mot, comme parle M. Juricu , la plus intolérante de toutes les sectes chrétiennes ^.

De cette sorte on voit clairement que ce qui rend celle Eglise si odieuse aux Protestants, c'est principalement et plos que tous les autres dogmes , sa sainte et inflexible incompali- < bilité , si on peut parler de cette sorte; c'est qu'elle veut être seule, parce qu'elle se croit l'épouse : titre qui ne souffre point de partage; c'est qu'elle ne peut souffrir qu'on révoque en doute aucun de ses dogmes, parce qu'elle croit aux promesses et à l'assistance perpétuelle du Saint-Esprit, Car c'est en effet ce qui la rend si sévère , si in sociable , et ensuite si odieuse à toutes les sectes séparées , qui l;i plupart au commencement ne demandoient autre chose, sinon qu'elle voulût bien les tolérer, ou du moins ne les pas ftap-

' Strim. ibid. §. 5. p. 38. — ' Ibid. 37. — ' Jur. Lclt. pastor. eus fid. de Paris etc.

per de ses anathèmes. Mais sa sainte sévérité et la sainte délicatesse de ses sentiments ne lui permeltoient pas cette indulgence , ou plutôt cette mollesse ; et son inflexibilité , qui la fait haïr par les sectes schismatiques , la rend chère et vénérable aux enfants de Dieu; puisque c'est par là qu'elle ies affermit dans une foi qui ne change pas, et qu'elle leur donne l'assurance de dire en tout temps comme en tout lieu : le crois l'Eglise catholique : parole qui ne veut pas dire seulement , Je crois qu'il y aune Eglise C'itholique et une société où tous les enfants de Dieu sont recueillis , mais encore et expressément, Je crois qu'il y a une Eglise catholique et une société unique, universelle, indivisible, où la vérité do Jésus-Christ, qui est la vie et la nourriture des chrétiens, est toujours immuablement enseignée, ce qui emporte nonseulement, je crois qu'elle est, mais encore, je crois sa doctrine, sans laquelle elle ne seroitpas, et pcrdroit le nom d'£gll8ecathoii(|ue. Et de même que Jésus-Christ disoit hautement et sans craindre d'être repris : Qui de vous me convaincra de péché* 1 ce qui étoit un des caractères de sa divinité; ainsi TEglise çalholique , sa vraie et unique épouse , appuyée sur sa protection et sur sa promesse, dit hardiment à toutes les sectes qui ont rompu avec elle : Qui de vous me convaincra d'avoir innové ? Et c'est là ce qui rend sensible que Dieu est en elle. Car comme ce qui vérifie cette parole du Sauveur, Qui de vous me convaincra de péché? c'est qu'encore qu'on ait pu dire en général, Cethomme.est un séducteur, et autres choses semblables; dans le fait particulier on n'a jamais pu ni le convaincre d'aucune erreur dans sa doctrine , ni marquer avec tant soit peu de vraisemblance aucune irrégniariln dans sa vie. De même, si on ose en quelque façon lui comparer son Eglise, soutenue de son secours et éclairée de son esprit, on a bien pu en général lui reprocher des innovations; mais on n'a jamais pu ni on ne pourra jamais lui démontrer, par aucun fait positif, ni qu'elle ait cliangé aucun de scr> dogmes, ni qu'elle se soit jamais séparée du tronc où elle avoit été insérée , ou de la pierre sur laquelle elle avoit été

* Joan. vm. 48.

602 SIXIÈME ATERTlSS£MfiNT

bâtie. Au lieu donc qu'elle n'a jamais vu naître de secte, à qui elle n'ait pu dire aussitôt, hardiment et sans qu'on le pût nier: Voilà notre auteur, voilà notre date, et vous u'étiez pas hier; en sorte qu'elle leur montre à toutes sur le front le canactère ineffaçable de leur nouveauté : personne n'a jamais pu et par conséquent ne pourra jamais lui montrer la même chose par aucun fait positif. Car elle a fait en tout temps et fait encore une si haute profession de ne jamais rien changer dans sa doctrine, que pour peu qu'elle y eût changé, ou qu'elle y changeât, elle ne pourroit soutenir son caractère, et perdroil tous ses enfants. C'est donc là le fondement inébranlable et la pierre sur laquelle est appuyée la foi des humbles chrétiens; c'est que, par la constitution de l'Eglise oo ils ont à vivre, la nouveauté dans la doctrine leur y est toojours sensible ; et , comme nous l'avons dit , toujours réduite à ce fait constant : on croyoit hier ainsi ; et on varie dans Jt foi, si aujourd'hui ou ne croit de même. Sur ce fondemeat, il est clair que ne point vouloir varier et demeurer dans l'Eglise, c'est la même chose. C'est ce qui fait que l'Eglise De varie jamais; et la maxime contraire fait que les fausses Eglises, et en particulier la réformée, est exposée avarier toujours; puisque dès qu'elle a trouvé un seul moment où elle est forcée d'avouer qu'il falloit changer la foi de ceux par qui on avoilété instruit, baptisé, communié, ordonné, c'està-dire, la foi d'hier; elle n'a plus de raison de ne pas changer celle qu'elle embrasse aujourd'hui.

CXVI. Conclusion de ce discours: aveu de M. Burnet et des autres sur

l'instabilité des Eglises protestantes.

Aussi lorsqu'on lui objecte des variations, on peut voir ce qu'elle répond. « Quand tout ce que dit M. de Meaux seroit » vrai », quand il auroil bien prouvé les variations de nos Eglises, « il n*auroit gagné, dit M. Burnet ', que ce que nous » lui accordons, sans qu'il se donne la peine de le prouver; » c'est que nous ne sommes ni inspirés ni infaillibles : nous » n'y aspirâmes jamais ». Sur ce fondement il conclut <r que

' Burn. Crit. des Var. p. 7. 8. Ibid.

ar» LES LETTûES DE M. jlhili;. ^

)) les Réformés après que leurs Coufu^siolJS ae foi ont été for- » inées, s'y sont peut-être allachés avec trop de roideur, et » qu'il sera plus facile de montrer qu'ils dévoient avoir varié, » que de prouver qu'ils Font fait, et qu'ils sont blâmables en » cela » . Voilà ce qu'a écrit M. Burnet et cela qu'est-ce autre chose, à parler franchement,* que d'avouer qu'on n'a rien de fixe, et que loin de s'étonner d'avoir varié, on s'étonne plutôt de n'avoir pas varié beaucoup davantage? Mais de là où tombe-t-on, si ce n'est dans l'inconvénient marqué par «aint Paul, de flotter comme des enfants, et de tourner à tout vent de doctrine ' : qui est la mî rque la plus sensible d'une âme égarée? Telle est pourtant la réponse, non-seulemeul de M. Burnet, ce grand historien de la Réforme, mais encore eeRe de M. Jurieu ', qui en est le principal défenseur; et afin que rien n'y manque, c'est encore celle de M. Basnage * : c'est en un mot celle de tous les Protestants que nous con- Doîssons, qui en effet, ne peuvent rien dire de plus spécieux selon leurs principes : quelle merveille que nos Eglises aient rarié, puisque nous ne les reconnoissons pas pour infaillibles? Comme s'ils disoient : Nous sommes une secte huinaine, qui ne fonde sa Si.jilité sur aucune promesse de Dien : quelle merveille que nous changions, et que nos propres Confessions de foi n'aient rien de fixe? Mais la conséquence va bien plus loin. On voit l'état présent do la Réforme, et la pente de ces Eglises prétcoduos, qui ont pour fondement qu'il n'y a rien de vivant ni de parlant sur la terre, à quoi on doive s'assujettir en matière de religion. Le socinianisme s'y déborde comme un torrent sous le nom de Tolérance; les mystères s'en vont les uns après les autres; la foi s'éteint, la raison humaine en prend la place, et on y tombe i grands flots dans l'indifférence des religions. Il n'y a qu'à écouter sur cela M. Jurieu, et le synode de Roterdam : on en a vu les actes et les témoignages : on en voudroit revenir à retenir les esprits par l'autorité, et on ne trouve que celle des princes qu'on puisse opposer à ce torrent ; ce qui n'est

• Bph. !▼. 14. — ' Jur. Lett. 5. 6. 7 et 8 de Tcr-n. ICS'J. - ' Bccn. R6p. aux Yar. Préf. etc.

COi SIXIÈME AVERTISSEMENT

bou qu'à tenir peul-ôlrc les langues uu peu plus captives, et à faire couver sous la cendre un feu qui éclatera en son temps avec plus de force. Si ce parti d'Indififérents prévaut parmi vous, et que ce torrent vous emporte, vous n'aurez qu'à noos dire encore : Quelle merveille, que Ton varie parmi nous! nous n'étions pas infaillible^. Ceux-là même qui tâchent de vous redresser, varient d'une manière pitoyable. Dès qoe M. Jurieu entreprend de justifier les variations, et d'en moDtrer dans l'Eglise, le voilà visiblement emporté lui-même db l'esprit de variation et de vertige : l'immutabilité de Din, l'égalité des personnes ne tient plus; la foi de Nicée vacille, les fondements de la religion sont écroulés ; l'antiquité la phs pure ne les a pas connus : le ministre ne laisse rien en son entier, et tout fourmille d'erreurs dons ses écrits. litrouTc des exceptions à l'Evangile : la Réforme n'a plus de ressource que dans l'autorité des princes, et M. Jurieu veut la contnûh dre à les reconnoître pour chefs, également maîtres de lareligion et de l'Etat. Malgré ces nouveautés et ces erreurs, toos les synodes se taisent devant lui. Qui sait si ses sentiments ne prévaudront pas, ou si les Tolérants, mal attaqués par an homme qui n'a ni principes ni suite dans ses discours, ne prendront pas le dessus? N'importe, et quoi qu'il en arrive, il n'y aura qu'à nous dire : Nous n'étions pas infaillibles. Mais cela même, c'est avouer en d'autres termes, que si on ne connoît point d'Eglise infaillible, on est exposé à chan^r sans lin, sans pouvoir trouver d'autre repos que celui deVittlifférence des religions. C'est ce qu'on avoit prévu qui arriveroit à la Réforme : cent preuves invincibles le demontroient ; et nous avons maintenant pour nous la plus claire comme te plus forte de toutes les preuves, c'est-à-dire, l'expérience. Que si ces variations et cette légèreté vous paroissent la suite inévitable de la doctrine qui ne connoît point l'Eglise pour infaillible, et qu'il n'y ait point de milieu entre tourner à tout vent, et s'appuyer sur l'autorité des décisions ecclésiastiques, comme sur une pierre inébranlable, on voit où est le salut du christianisme. Je n'ai donc plus rien à dire. Que M. Jurieu réplique ou se taise, je garderai également le silence. Asst^ de gens le réfuteront dans son parti, si on y

SUR LES LETTRES DE M. fURIEU. ^^^

laisse la liberté de le faire ; et il ne sera pas longtemps sans se réfuter lui-même. Que dirois-je donc à un homme à qui la foiblesse de sa cause, autant que son ardente imagination, ne fournit que des idées qui s^efTacent les unes les autres? Qu'il dogmatise donc^ à la bonne heure, et qu'il prophétise tant qu'il lui plaira: je laisserai réfuter ses prophéties au temps, et sa doctrine à lui-même, et il ne me restera qu'à prier Dieu qu'il ouvre les yeux aux Protestants, pour voir ce signe d'erreur qu'il élève au milieu d'eux, dans l'instabilité de leur doctrine .

tOG

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