‹ Histoire des variations des églises protestantesChapitre 6 sur 59 · LIX · texte numérisé non relu

LIX

SCR LES LETTRES DE M. JURIEU. i45

XX. Ce ministre répond lai-même à ce qa*i1 nous objecte de plus fort, et pranièreinent à I^embarras où il prétend nous jeter pour connoître la oi de l'Église universelle.

Il traite avec an grand air de mépris les sophismes de ce livre, comme il les appelle , et ne daigne entrer dans cet examen ; mais puisqu'il y a quelques endroits qu'il a jugés dignes de réponse , voyons s'il y aura du moins un seul où il ait pu se défendre. Comme il ne songe , à dire vrai , qu'à rendre tout difficile , il prétend qu'on tombe parmi nous dans des embarras inévitables, par le recours qu'on y a dans les controverses aux décisions de l'Église universelle ; parce que l'Église universelle n'enseigne rien, selon lui, ne décide rien, ne juge rien\ et qu'on n'en peut savoir les sentiments qu'avec QD travail immense.

On voit bien où cela va : c'est à jeter tout particulier , savant ou ignorant , et jusqu'aux femmes les plus incapables , dans la discussion du fond des controverses , au hasard de jtl n'en sortir jamais, ou de n'en sortir que par une chute; et f,# J aa hasard, en s'imaginant avoir tout trouvé de soi-même, de se laisser emporter au premier venu. Voiliioù M. Jurieu ot ses semblables ont entrepris de mener tous les fidèles. ^ I Pour cela, ce ministre a osé dire que l'Église n'enseigne rien et ne juge rien. Comment le peut-il dire , quisqu'il dit en même temps que le consentement de toutes les Églises à enseigner certaines vérités est une espèce de jugement et de jugement INFAILLIBLE ; si infaillible , selon lui , qu'il fait une démonstration , (ce sont ses paroles) et qu'on ne peut regarder que comme une marque certaine de réprobation ' , l'audace de s'y opposer? Ce sont encore ses paroles , et on ne pouvoit en imaginer de plus fortes. Mais , poursuit- il , on ne peut savoir le sentiment de l'Église universelle qu'avec beaucoup de recherches. Quelle erreur ! et pourquoi ainsi embrouiller les choses les plus faciles? On fait imaginer à un lecteur ignorant que , pour savoir les sentiments de l'Église catholique , il faut envoyer des courriers par toute la terro

' Var. liv. XV. n. 87. Syst. p. 6 217. 233 etsuiv. — ' Var. liv. xv. n. 87 88. Syst. p. 296.

habitable ; comme s'il n'y avoit pas dans les pays les plus éloignés des choses dont on peut s'assurer infailliblement , sans qu'il en coûte autre chose que la peine de vouloir les apprendre ; ou que tout particulier, dans quelque partie qu'il habitât du monde connu , ne pût pas aisément savoir ce qui , par ^ exemple, avoit été décidé à Nicée ou à Constantinople sur la ' divinité de Jésus-Christ ou du Saint-Esprit , et ainsi du reste. ^ Je ne sais comment on peut contester des choses si éviden- ^ tes; ni comment on peut s'imaginer qu'il soit difficile d'ap- > prendre des décisions , que ceux qui les font sont soigneux f de rendre publiques par tous les moyens possibles ; en sorte i qu'elles deviennent aussi éclatantes que le soleil , et qu'on ' en peut dire ce que saint Paul disoit de la prédication apos- < tolique : Le bruit s* en est répandu dans toute la terre, et la parole en a pénétré jusqu aux extrémités de r univers* , Saint Paul parloit aux Romains d'une vérité qui leur étoit connue , sans avoir besoin de dépêcher des courriers par tout le monde, ni d'en attendre des réponses. Et pour venir à des exem- pies qui touchent de plus près les Protestants, faut-il envoyer \ en Suède pour savoir qu'on y professe le luthéranisme , ou : en Ecosse pour savoir que le puritanisme y prévaut, et que a l'épiscopat y est haï , ou en Hollande pour savoir que les Ar- a miniens, qui y sont fort répandus, tendent fort à la croyance 'm des Sociniens ? Mais puisque le ministre est en humeur de = contester tout , qu'il se souvienne du moins de ce qu'il a dit s lui-même : que ce consentement de « l'Église universelle ■ » est :k règle la plus sûre pour juger quels sont les points ■ » fondamentaux , et les distinguer de ceux qui ne le sont £= » pas : question, dit-il, si épineuse et si difficile à résoudre *». -

XXI. Le ministre forcé de dire que la dispute sur les points fondamentaux ne regarde point le peuple. Absurdité de cette pensée.

Yoilà les passages de M. Jurieu, que je lui objecte à luimême dans le livre xv« des Variations. Ils sont assez importants, et surtout le dernier, pour montrer l'autorité infaillible des jugements de l'Église. Que croyez-vous, mes chers Frères,

' lî(m. X. 18. Ps. xvm. 5. — ^ Ibid.

SVB LBS LETTRES DE M. JURIEU. 147

que G6 ministre y réponde? Une chose rare sans doute : écoutez-la , et Toyez d'abord de quelle hauteur il le prend : a On veut bien que M. Bossuet sache qu'on ne parle pas à des o simples, mais à des savants, qui examinent la question des » points fondamentaux et non fondamentaux. Mais, poursuit-il » un peu après , à Tégard des simples , cette règle est de nul i> usage*». Mais quelle règle auront donc les simples pour résoudre cette question si épineuse et si difficile? L'Ecriture. Mais comment donc dites-vous, que la règle la plus sûre est le consentement des Églises? Il y auroit donc une règle plus sûre que l'Ecriture? Mais si l'Ecriture est claire, comme vous le soutenez, comment est-ce que la question des articles fondamentaux est si épineuse et si difficile à résoudre ? Ou bien est-ce qu'elle est difficile pour les savants seulement, sans l'être pour le simple peuple , et que l'Ecriture , qui la décide pour le peuple , ne la décide pas pour les savants? Reconnoissez que souvent on s'embarrasse beaucoup, quand on ne songe, en expliquant les difficultés , qu'à éblouir le vulgaire. Mais voici un beau dénouement ^ : « C'est que les simples ne sont guère appelés » à distinguer les points fondamentaux; cela ne leur est au- D cunement nécessaire. Mais s'ils veulent entrer dans cet » examen , leur unique règle sera leur raison et l'Écriture » sainte; et par ces deux lumières ils jugeront aisément du » poids et de l'importance d'une doctrine pour le salut». Mais si les simples peuvent le juger aisément , pourquoi les savants seront-ils les seuls à qui cette question est si épineuse et si difficile à résoudre ? La raison et V Ecriture ne sont-elles que pour les simples ? Et les savants ont-ils une autre règle de leur croyance que les autres ? Mais pourquoi vous met-on ici votre raison avec l'Ecriture ? Leur raison et V Écriture , dit-on , seront leur unique règle. Est-ce qu'à ce coup l'Ecriture n'est pas suffisante ? ou bien est-ce qu'en cette occasion il faut avoir de la raison pour bien entendre l'Ecriture, et que dans les autres questions la raison n'est pa§ nécessaire ? 0 peuples fascinés et préoccupés ! car c'est à vous que je parle ici , et je laisse pour un moment les superbes docteurs

* Lctt. XI. p. 83. 1. c. — - Ibid.

qui VOUS séduisent : ne sentirez-vous jamais que vos ministres se jouent de votre foi? Car , je vous prie, pourquoi vous exclure de Texamen des articles fondamentaux, et se le réserver à eux seuls ? N'est-ce pas un article nécessaire à tous , de bien savoir, par exemple, que Jésus-Christ est le fondement ' ? Mais si quelqu'un venoit dire que Farticle de sa di- Tinité , ou celui du péché originel et de la grâce, ou celui de rimmortalité de Fâme et de Téternité des peines, on quelque autre de cette importance , n'est pas fondamental, et qu'il faut communier les Sociniens qui les nient ; pourquoi le peuple sera-t-il exclu de la connoissance de cette question ? Mettons , par exemple, que quelque ministre ose avancer qu'il faut recevoir à la communion , non-seulement les Luthériens, mais encore ceux qui rejettent les articles qu'on vient de rapporter, ou qui veulent qu'ils n'appartiennent pas à l'essence de la religion : ce n'est point là une idée en l'air. M. Jurieu sait bien que plusieurs ont proposé et proposent encore de semblables tolérances : les docteurs jugeront-ils seuls cette question , ou seront-ils infaillibles à cette fois , et le peuple sera-t-il tenu de les en croire à l'aveugle? Mais si les ministres se trompent, car ils ne veulent être infaillibles , ni en particulier, ni en corps; faudra-t-il consentir à leur erreur? Peuple aveugle , où vous mène-t-on , en vous disant que vous voyez tout par vous-même? Et à qui peut-on mieux appliquer cette parole du Sauveur : Si vous étiez aveugles, vous n'auriez point de péché : mais maintenant que vous dites. Nous voyons ; votre péché demeure sur vous ' ?

XXII. M. Jurieu contraint de renvoyer les fidèles à Taotorité de l'Église,

et puis de les retirer de ce refuge.

Mais voici encore une autre illusion. M. Nicole presse le ministre sur Tinvincible difficulté où se trouvera une bonne femme dans nn article important ; lorsque, par exemple, (car il m'est permis de réduire la question générale à un cas particulier, ) lors, dis-je , qu'un Socinicn viendra lui dire, comme font tous ceux de cette secte, que l'intelligence des paroles

• I. Cor. III. 11. — ^ Jean. ix. 41 .

et les

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par où on lui prouve la divinité de Jésus-Ciirist, ou le péché originel , ou Téternité des peines , dépend des langues originales, dont les versions et même les plus fidèles , ne peuvent jamais égaler la force ni remplir toutes les idées. L'embarras assurément n'est pas petit, lorsqu'avecles Protestants on tient pour certain, que dans les points de la foi on ne peut se fier qu^à soi-même ; et cette femme est agitée d'une terrible manière. Mais M. Jurieu apaise ses troubles , en lui disant * , « qu'une simple femme qui aura appris le Symbole des apôtres, » et qui l'entendra dans le sens de l'Eglise universelle , sera » peut-être dans une voie plus sûre que les savants qui dis- » putent avec tant de capacité sur la diversité des versions ». Le livre des Variations proposoit encore à votre ministre ce lémoignage tiré de lui-même, où il paroît clairement que, pour tirer d'embarras cette pauvre femme, il lui propose l'autorité de l'Eglise universelle, comme un moyen plus facile que celui de la discussion. C'étoit là parler en Catholique ; c'étoit donner à cette femme le même moyen d'affermir sa foi , que nous donnons généralement à tous les fidèles ; et dans un état si embarrassant, votre ministre n'a pu s'empêcher de revenir à notre doctrine. Mais il tâche de se relcvercontre cet aveu. «Vit-on jamais, répond-il ', une plusmi- » sérable chicanerie ? Le ministre dit bien qu'une femme peut » entendre le Symbole dans le sens de l'Eglise universelle ; » mais il ne dit pas qu'elle puisse savoir le sens de l'Eglise » universelle ». Et un peu après : « Elle ne connoîtra point » le sens de l'Eglise universelle par l'Eglise universelle elle- » même ; ce sera par l'Ecriture. Car elle fera ce raisonne- » ment : C'est ici le vrai sens de l'Ecriture ; et par conséqnenl » c'est celui de l'Eglise universelle ». Ne voilà-t-il pas un doute bien résolu, et une femme bien contente ? Troublée en saconscience sur l'intelligence de l'Ecriture, et embarrassée d'un examen où elle se petd , elle trouvoitdu soulagement lorsque vous la renvoyiez à l'autorité de l'Eglise universelle, comme à un moyen plus connu ;^et maintenant vous lui faites voir qu'elle ne voit goulte en ce moyen ! Pourquoi donc

' Syst. liv. III. cb. 'i.p. 403. — ' Jur. Lctt. ii. p. 83.

le lui proposer ? Qui vous obligeoit à lui parler de TÉglise universelle, pour dans la suite Fembarrasser davantage? Et nevaloit-il pas mieux, selon vos principes, sans lui parler de TÉglise ni du Symbole, la renvoyer tout court à TEcriture, que d'y revenir enfin par ce circuit embarrassant? Mais c'est que les principes de la Réforme veulent une chose , et que la force de la vérité ou plutôt le besoin pressant d'une conscience agitée en demande une autre.

XXIII. Que le ministre nous donne lui-même an moyen facile pour reconnoitre la foi de tous les siècles , et nous démontre que se soumettre à Tantorité de FÉglise, ce n^est pas se soumettre aux hommes, mais à Dieu.

Que si le ministre nous demande comment on peut s'assurerdu consentement de tous les siècles , dans certains articles , sans lire beaucoup d'histoires et remuer beaucoup de livres : ce moyen étoit tout trouvé dans les principes qu'il posoit» s'il eût voulu les pousser dans toute leur suite. Il n'avoitqu'à se souvenir que Jésus-Christ selon lui promet une Église où la vérité sera toujours annoncée , du moins quant aux articles capitaux ; infaillible par conséquent à cet égard, comme il en est convenu. Or une Eglise infaillible n'erre dans aucun moment ; qui n'erre point, croit toujours» la même chose ; et il n'y a dans ce cas qu'à voir ce qu'on croit de son temps pour savoir ce qu'on a toujours cru '. Les principes sont avoués ; la conséquence est claire ; on nous donne un dénouement sûr à la principale difficulté qu'on nous fait sur l'autorité de l'Église. On nous objecte sans cesse , et autant de fois que nous recourons à cette autorité , que c'est recourir aux hommes au lieu de se tourner du côté de Dieu. Que si on avoue maintenant que le consentement de l'Eglise est une règle certaine, et la plus sûre de toutes , il est clair qu'en s'y soumettant , ce n'est pas aux hommes qu'on cède , mais à Dieu ; et l'objection que la Réforme nous faisoit est^ésolue par la Réforme même.

XXIY. Les ministres Claude et Jurien contraints d'abandonner la nécessité de la règle de T Écriture pour former la foi du chrétien.

C'est ce que j'ai dit au ministre ' ; et sans seulement songer

• Var. liv. xv. n. 95. 96.-2 Ibid. 91.

y répondre, il continue ses plaintes contre TÉvêquede [eaux en cette sorte : a Yil-on jamais un plus étrange exemple de hardiesse , que l'accusation qu'il fait aux ministres Claude et Jurieu , d'avoir confessé ou écrit qu'il n'est pas nécessaire aux simples de lire et d'étudier l'Ecriture sainte ? Dans quel esprit faut-il être pour imputer à des gens un aveu formellement contraire à toutes leurs disputes et à leurs sentiments * »? Le ministre change un peu les terles. Je n'accuse ni M. Claude ni lui de nier absolument la écessité de lire ou d'étudier l'Ecriture sainte , je dis seulelent qu'ils ont nié que l'Ecriture fût nécessaire aux simples our former leur foi. Et afin de marquer les termes précis le l'accusation, je soutiens que ces deux ministres ont ensei- [oé positivement « que l'Ecriture n'^est pas nécessaire au fidèle pour former sa foi ; qu'il peut la former sans en avoir lu aucun livre, et sans savoir même quels sont les Hvres inspirés de Dieu ' ». J'avoue bien que cette doctrine est conuire à toutes les maximes de la secte : et c'est aussi pour cette lison que je maintiens que la secte est insoutend)le , puisu'à la fin il en faut nier toutes les maximes. Mais voyons ce u'on nous répond. Voici les propres paroles de M. Jurieu* : Les ministres Claude et Jurieu ont avoué qu'il n'étoit pas d'une absolue nécessité aux simples d'étudier la question des livres canoniques et apocryphes ; donc ils ont avoué qu'il ne leur est pas permis de lire l'Ecriture. Quelle croyance devez-vous avoir à un convertisseur d'une mauvaise foi si découverte *' ? Encore un coup on change les termes de accusation pour lui ôter la vraisemblance : car qui croira ae des ministres en soient venus jusqu'à dire que la lecture e l'Ecriture ne soit pas permise aux simples ? Aussi n'est-ce is là ce que je dis ; mais seulement que l'Ecriture n'est pas kessaire au fidèle pour former sa foi. Voilà mon accusation, irprenante àlavérité contre des ministres ; mais par malheur mr celui-ci qui fait tant l'étonné , il en avoue déjà la moitié , encore, comme on va voir une moitié qui entraîne l'autre.

' Jur. Lett. XI. p. 83. c. 2. — ■ Var. liv. XV. n. ll.î. 114. — Lett. XI. p. 83.

Car enfin , qu'il biaise tant qu'il lui plaira ; et qu'il tâche de dissimuler son aveu , en disant qu'il n'est pas de nécessité absolue aux simples d* étudier la question des livres canoniques : OU cette question est indifférente , et les fidèles formeront '^ leur foi sans connoître quels sont les livres divins ; ou s'il j^ leur est nécessaire de le savoir , et qu'ils ne le sachent pas , il faudra bien ou qu'ils l'étudient, ou qu'ils s'en fient à leurs . docteurs et à l'autorité de l'Église, ou que commodes fanatiques ils attendent que , sans étude et sans aucun soin , Dieu ^ leur révèle par lui-même les livres divins. Quoi qu'il en soit, et de quelque côté qu'il se tourne , au fond il est constant j qu'il accorde ce que M. Claude avoit aussi accordé, qu'il n'est pas besoin qu'un homme étudie la question des livres apocryphes et canoniques ; et il avoue lui-même en termes formels que « la question des livres apocryphes et canoniques fait » partie de cette science qu'on appelle théologie ; mais » qu'elle ne fait pointpartie de l'objet de la foi * ». Quoi donc! il n'appartient point à la foi , si l'Apocalypse , si l'Ëpître aux Hébipeux, si d'autres livres sontdivins ou non?On peut errer sur ce point sans blesser la foi ? Que deviendra donc la doctrine, que l'Eglise romaine estBabylone ', doctrine si im- ' portante, qu'elle est à présent le principal fondement de ^ la séparation , et un article sans lequel on ne peut pas être chrétien ? Que deviendra cet article selon la Réforme , et quel fondement aura-t-il , si l'on peut révoquer en doute la ■ divinité de l'Apocalypse ? D'ailleurs , s'il est permis une fois '^ aux simples de croire, par exemple, sur la foi de saint Inno- ^ cent et du concile de Carlhage, pour ne point parler ici des ^ autres auteurs , que les livres des Machabées sont divins ; il ^ faudra donc passer nécessairement et le sacrifice pour les ■ morts, et la rémission des péchés après cette vie\ comme choses révélées de Dieu. Je crois alors que la question des livres canoniques ou apocryphes deviendra appartenante à la foi, autant pour les simples que pour les doctes Prolestants ; autrement ce qu'on leur donne pour assuré par la foi ne le

* Syst. liv. m. ch. 2. p. 451. 453.— 'Jur. Préf. de l'ace. desProph, Lett. XI. etc. — ' lI.Mach. xii. 43 et seq.

SUR LKS LETTRES DE 31. JUKIEU. 155

sera plus. Que dira ici la Réforme, si vivement pressée parles propres réponses de ses ministres ! Avouez que la confusion «e met parmi vous d'une manière terrible, et, comme disoitle î^salmiî^te, que Viniquitése dément (rop visiblement elle-même ' .

XXY. Raisons inévitables qui les oui poussés à cette doctrine si contraire

à leurs maximes.

Mais encore, qui pouvoit obliger deux ministres si précautionnés et si subtils à un aveu si considérable ? Je le dirai en peu de mots : c'est qu'enfin ils ont reconnu qu'on ne peut plus soutenir cet article de la Réforme : « Qu'on connoissoit » les livres divins pour canoniques, non tant par le consen- » lement de l'Église universelle , que par le témoignage et la » persuasion intérieure du Saint-Esprit '^ ». Les ministres ont bien senti que de faire croire à tous les fidèles qu'ils vont connoître d'abord par un goût sensible la divinité du Cantique des Cantiques, ou du commencement de la Genèse, ou d*autres livres semblables, sans le secours de la tradition ; ce seroit une illusion trop manifeste, ou, pour enfin trancher le mot, un franc fanatisme. De renvover les fidèles au consentement de l'Eglise , que , pour ne point donner tout à rinspiration fanatique , on étoit forcé en celte occasion de reconnoître du moins comme un moyen subsidiaire ; cela seroit dangereux : car à quelque prix que ce soit, on veut que ce consentement de l'Église, moyen que l'antiquité a toujours donné pour si facile, soit d'une recherche si abstruse et si embarrassante, que les simples n'y connoissent rien. Que faire donc ? Le plus court a été de dire que la question des livres canoniques et apocryphes, où il s'agit d'établir le fondement de la loi et la parole qui en règle tous les articles, n'appartient pas à la foi et n'est pas nécessaire aux simples.

Mais comme enfin il a«bien fallu donner aux simples un moyen facile de discerner les livres divins d'avec les autres, à moins de les exposer à autant de chutes que de pas, on a trouvé ce moyen dans nos jours , de dire que la foi commence [>ar sentir les choses en elles-mêmes , et que par le goût qu'on a pour les choses, on apprend aussi à goûfcr les livres où

Couf.'de foi art. 4. - ' Ps. xxvi. 12. ^

elles sont contenues. C'est ce que le ministre Claude a dit le premier , cet homme que les Protestants nomment maintenant leur invincible Achille : c'est ce que le ministre Jurieu a suivi depuis : et voici ses propres paroles * : « C'est la doctrine de » TEvangile et de la véritable religion qui fait sentir sa divi- » nité aux simples, indépendamment du livre oi!i elle estcon- A tenue » ; et pour conclusion : « En un mot, continue-t-il, » nous ne croyons pas divin ce qui est contenu dans un livre , D parce que ce livre est canonique ; mais nous croyons qu'un ïi tel livre est canonique , parce que nous avons senti que ce » qu'il contient est divin : et nous l'avons senti comme on » sent la lumière quand on la voit, la chaleur quand on est » auprès du feu , le doux et l'amer quand on mange » .

Ainsi, contre les maximes qu'on avoit crues jusqu'ici les plus constantes dans la Réforme , le fidèle ne forme plus sa foi sur l'Ecriture ; mais après avoir formé sa foi en lui-même indépendamment des livres divins , il commence la lecture de ces livres. Ce n'est donc point pour apprendre ce que Dieu a révélé qu'il les lie : il le sait déjà ou plutôt il le sent ; et je vous laisse à penser avec cette prévention s'il trouvera autre chose dans ces divins livres que ce qu'il aura déjà cru voir comme on voit le soleil , et sentir comme on sent le froid et le chaud.

XXYI. Fanatisme manifeste de cette doctrine , et sa parfaite conformité

a^ec les thèses des Quakers.

Or, cela, c'est formellement ce qu'enseignent les fanatiques , comme il paroît parleurs thèses : car voici celles que les Quakers ou les Trembleurs , c'est-à-dire, les fanatiques les plus avérés , ont publiées, et qu'ils ont ensuite traduites en français par ces paroles ' : « Les révélations divines , et » intérieuses, lesquelles nous croyens absolument nécessaires » pour POUR FORMER LÀ VRAIE FOI ; commc elles ne contredisent » point au témoignage extérieur des Ecritures, non plus » qu'à la saine raison ; aussi n'y peuvent-elles jamais con-

' Déf. de la Réf. H. part. cb. 9. p. 190 et suiv. Jur. Syst. liv. m. ch. 2. p. Aù'A. — - Les Princ. de la Vér. etc. avec les thèses tbeéolug. imp. à Roterd. eu iG7â. Th. 2. p. 21. 22.

» tredire. Il ne s'ensuit pas toutefois de laque ces révélations » divines doivent Etre soumises à Texamen du témoignage » extérieur des Ecritures , non plus qu'à celui de la raison n naturelle et humaine , comme à la plus noble et à la plus » certaine règle et mesure : car la révélation divine et n illumination intérieure , est une chose qui de soi est évi- » dente et claire, et qui contraint , par sa propre évidence et » clarté, un entendement bien disposé à consentir, et qui V le meut et le fléchit sans aucune résistance ; ne plus ne » moins que les principes naturels meuvent et fléchissent » Tesprit au consentement des vérités naturelles, comme » sont : Le tout est plus grand que sa partie : Deux contra- » dictoires ne peuvent être ensemble vrais ou faux ». D'où s'ensuit la troisième thèse , que de ces saintes révélations de l'Esprit de Dieu sont émanées les Ecritures , dont la thèse fait une espèce de dénombrement ; et puis elle poursuit en cette sorte: « Cependant ces Ecritures n'étant seulement que » la déclaration de la source d'où elles procèdent , et non pas » cette même source , elles ne doivent pas être considérées » comme le principal fondement de toute vérité et connoisw sance , ni comme la règle première et très-parfaite de lafoi » et des mœurs; quoique rendant un fidèle témoignage de la » première vérité , elles en soient et puissent être estimées » la seconde règle , subordonnée à l'esprit , duquel elles li- » rent toute l'excellence et toute la certitude qu'elles ont » . Quand ils disent que l'Ecriture n'est que la seconde règle , conforme néanmoinsà la première, qui est la foi déjà formée tians l'intérieur avec toute sa certitude par la révélation avant l'Ecriture; ils ne font que dire en autres termes ce qu'on \ient d'entendre de la bouche de vos ministres; qu'avant toute lecture des livres divins , on a déjà senti au dedans toute vérité, comme on sent le froid et le chaud, c'est-à-dire , d'une manière dont on ne peut jamais douter; ce qui opère nécessairement, non qu'on juge de ces sentiments par l'Ecriture et qu'on les rapporte à cette règle comme à la première, ainsi qu'on i'avoit toujours cru dans la Réforme ; mais qu'on accommode l'Ecriture à sa prévention , cl qu'on appelle cette prévention de son jugement une révélation de l'esprit de Dieu.

156 TROISIÈHE AYERTISSEHEIfT

Qu*on me cherche un moyen plus sûr de faire des fanatiques. La Réforme tombe à la il n dans ce malheur ; et c'étoit FelTet nécessaire de ces enseignements.

Je ne m'étonne donc pas si M. Jurieu a tant déguisé Taccusation que je lui faisois, aussi bien qu'à M. Claude; et s'il en a dissimulé la moitié, c'est-à-dire cette formation, pour ainsi parler, de la foi indépendamment de l'Ecriture. Pressé par la vérité, on hasarde de telles choses dans un long discours , où les simples ne les sentent pas au milieu d'un embarras infini de questions et de distinctions dont on les amuse ; mais s'il eût fallu dirç la chose en trois mots précis dans un article d'une lettre , on eût fait trop tôt sentira laRéforme l'étrange variation qu'où introduit dans ses maximes les plus essentielles ; et tout le monde auroit firémi à un établissement si manifeste di^ fanatisme , où l'on veut que chacun juge de sa foi par son goût , c'est-à-dire , qu'il prenne pour inspiration toutes les pensées qui lui montent dans le cœur ; en un mot , qu'il appelle Dieu tout ce qu'il songe.

XXVII. Que le ministre Jarieu n'a pu exclure les Sociniens du titre d'Église sans en exclure toute la Réforme : aveu mémorable de ce ministre sur la succession et rétenduedeTÉglise.

Ainsi cette accusation de l'Évêque de Meaux, qui devoit faire sentir toute la mauvaise foi de ce convertisseur, (plut à Dieu encore une fois, que j'eusse pu mériter ce titre !i) se trouve à la fin très-véritable : mais le ministre sera encore plutôt confondu dans sa dernière plainte. Elle est fondée sur ce qu'il exclut les Sociniens et les autres sectes semblables d'être des communions et des communions chrétiennes , à cause qu'elles ne sont ni anciennes ni étendues ; d'où j'ai conclu qu'il reconnoît donc que toute communion chrétienne doit avoir l'antiquité , c'est-à-dire , la succession , qui manque visiblement aux Calvinistes'. Cette conséquence est claire ; ce raisonnement est court et démonstratif. Toute communion chrétienne , selon M. Jurieu , doit avoir l'antiquité ou la succession, et en même temps l'étendue : elle ne doit pas ve-

' Syst. liv. IN. cil. I. p. 232. Var. Hv. xv..n. 92. 93, 94.

SUR LES LETTRES DE H. iURlEU. 157

nir d'elle-même ; mais elle doit montrer ses prédécesseurs dans tous les temps précédents: elle ne doit pas s'élever comme une parcelle détachée du tout, ni comme le petit nombre qui se soulève contre le grand et contre Tuniversalité ; c'est-à-dire, en autres termes, que toute société chrétienne doit être universelle , et pour les temps et pour les lieux : et voilà ce beau caractère de catholicité , tant loué par les chrétiens de tous les âges ; caractère inséparable de la vraie Église, et en même temps inimitable à toutes les hérésies, dont aussi M. Jurieu se sert lui-même pour confondre les Sociniens. -Mais il ne veut pas entendre qu'il confond en même temps toute la Réforme : car ayant trouvé dans le livre des Variations cette objection tirée de luimême : « Gela est faux , répond-il ' : si le ministre a dit que , B par les communions qu'il renferme dans l'Eglise univer- 0 selle , il n'entend que les grandes communions qui ont de » rétendue et de la durée , q'est à la vérité pour en exclure » les Sociniens, qui n'ont ni étendue ni durée; mais il n'a B pas voulu dire que quand cette secte auroit étendue et durée, » il voulût la renfermer dans le vrai christianisme » . Je l'entends. La succession et l'étendue ne font pas qu'on soit compris dans l'Eglise : à la vérité on en est exclu par le défaut de ces deux choses : il faut plus que cela pour l'inclusion ; mais pour l'exclusion cela suffit : je n'en veux pas davantage. On est exclu du titre d'Eglise et de communion chrétienne , lorsqu'on manque de succession et d'étendue : ( c'est la proposition de M. Jurieu contre les Sociniens.) Or est-il que les Calvinistes et les Luthériens comme toutes les autres sectes , n'avoient au commencement ni antiquité ou succession , ni étendue , non plus que les Sociniens : comme eux donc ils étoient alors exclus de l'Eglise universelle; qui est tout ce que je voulois dans l'Histoire des Variations , et à quoi M. Jurieu n'a pas seulement songé à répondre, quoiqu'il traite expressément cet endroit là.

* Jur. Lett. XI. p. 84.

XXVIII. Réflexion sur cette doctrine. Victoire inévitable de la vérité,

et sa force pour se faire reconuoitre.

11 est donc vrai , mes chers Frères, que la vérité l'accable. 11 a conçu une injuste horreur contre TEglise romaine ; sa haine le porte jusqu'à dire qu'on se sauve plus aisément avec ^ les Ariens qu'avec elle : mais à la lin il faut avouer qu'on ^ fait son salut dans sa communion. Il fait semblant d'être impitoyable aux Sociniens , jusqu'à les mettre sans miséricorde à au rang des Mahométans : cependant les principes qu'il pose , ; le forcent à reconnoître que leur erreur n'empêcheroit pas 1 que leur prédication ne produisît de vrais saints dans leur ^ communion , s'ils pouvoient venir à bout d'être une communion ou une société chrétienne. Il entreprend de leur montrer qu'ils n'en sont pas une , et qu'ils ne méritent pas . le nom d'Eglise , à cause de leur état malheureux où man- ^ quent ces deux caractères , l'antiquité ou la succession et l'étendue. Mais quoi ! un Calviniste reprocher aux autres le défaut de succession ou d'étendue! ne songe-t-il pas à lui-même et à la société dont il est ministre ? Cette société se mé- . connoît-elle ? Un siècle ou deux de durée lui ont-ils fait ou- | blier ses commencements, et ne sentira-t-elle jamais qu'elle * les condamne ? Non , mes Frères , la vérité est plus forte que toutes ces considérations. Parle , parle, dit- elle au ministre, condamne les Sociniens par une preuve qui retombera contre toi-même : ainsi deux mauvaises sectes percées d'un même coup, et à travers du Socinien le Calviniste portera le couteau jusque dans son propre sein. Je vousavois dit, mes Frères, dès mon premier Avertissement, que cela devoit arriver; mais maintenant le fait est constantpar l'expérience.

XXIX. Que cet aveu du ministre est forcé en cet endroit aussi bien que

dans toutes les autres.

Que si VOUS dites peut-être qu'aussi votre ministre s'est trop avancé, et qu'il a eu tort de se servir de ces preuves dont les papistes tirent de si grands avantages; désabusez-vous , mes ,^ chers Frères : car il n'avoit point d'autre moyen d'exclure les . Sociniensde l'unité de l'Eglise, et du nombre des sociétés vrai- -

es

ment chrétieunes. Vous avez vu ses variations sur leur sujet; mais dans les temps où il a voulu les exclure du titre TEglise et de commimioD chrétienne , il n'avoit point de meilleur noyendelefaire , qu'en leur montrant, par le défautde la succession et de rétendue, qu'ils ne méritoientmème pas le nom de comoiunion , qu'il ne pouvoit refuser aux sociétés à qui il attribuoit la succession et l'étendue.

Voilà donc une première raison qui l'obligeoit à condamner

ksSociniens parle défaut d'étendue et d'antiquité. Mais une

i&tre raison plus pressante l'y forçoit encore; c'est qu'il sen-

loit en sa conscience que cette preuve , quoique fatale à votre

Riforme , en effet et par elle-même éloit invincible : car ,

oes Frères , ce sera toujours, quoi qu'on en dise, un coup

mortel aux Sociniens, et à tous ceux qui nient ou quiont nié

b divinité du Fils de Dieu , toutes les fois que vous leur di-

tel : Qoand vous êtes venus au monde il n'y avoit dans le

■onde personne de votre croyance : si donc votre doctrine

|Bit la Yérité , il s'ensuit que la vérité étoit éteinte surla terre.

Cette objection suffit pour fermer la bouche à ces héréti-

faes: ils n'ont rien eu, ils n'ont rien encore, ils n'auront

îtmais rien à y répondre toutes les fois que vous la ferez: car

■allé oreille chrétienne ne souffrira qu'on assure que sous un

Dieu si puissant, si sage, si bon , la vérité soit éteinte sur la

terre. Mais en même temps que vous aurez lâché le mot, et que

tarez fait cette objection aux hérétiques qui venoient nier la

dinnité du Fils de Dieu ; en même temps nous retombons

car TOUS, et nous vous forçons d'avouer que la vérité, qu'on

sevantoit de rétablir dans la Réforme, étoit donc éteinte

mot que la Réforme parût aussi bien que celle que les Soci-

liens et avant eux les Ariens , les Paulianistes et les autres se

vaotoient de rétablir.

I IXX. Vaine défaite des sept mille qui n*ont pas fléchi le genou devant Baa! • Fait évident qui démontre que ces sept mille n*out jamais été.

Il n'est pas vrai, direz-vous ; il y avoit les sept mille quinatoient point fléchi le genou devant Baal, Mais qui empêche les Ariens et les Sociniens, et en un mot tous les hérétiques d'en dire autant ? Ou les confond, en leur montrant que la vérité

160 TROISIÈME ATERTISSEMENT

ne vouloil pas seulement être crue , mais encore annoncée et que TEglise ne devoit pas être seulement, mais encoi être visible, ainsi que nous Tavons vu très-clairement n connu par vos ministres. Mais sans avoir recours à cet argi ment , quoique invincible , on les confond encore par ui voie plus courte , en leur disant : Si lorsqu'un Artemon , u Paul de Samosate , un Berylle, Arius ,et les autres qui s'o| posoient à la divinité de Jésus-Christ, ont commencé à pr^ cher , leur doctrine eût déjà été dans TEglise , en quelqi sorte que ce fût, cachée ou publique, on ne se seroit p étonné de leur nouveauté ; ils n'auroient pas été réduits n'être d'abord que quatre ou cinq , ni contraints d'avou qu'ils avoient eux-mêmes été élevés dans une croyance ca traire à celle qu'ils vouloient introduire dans le monde ,sa] pouvoir nommer personne , je ne dis pas qui la professa mais qui la reçût auparavant. Osez faire le même argument ces hérétiques; vous les réduirez à la honte de ne pouvc trouver dans tout Tunivers un seul homme qui crût comn eux quand ils sont venus. Mais en même temps vous voi perdus, puisque vous ne sauriez vous sauver du mên reproche.

La preuve en est bien facile , en vous faisant seulemei cette demande. Mes Frères, donnez gloire à Dieu. Quand on commencé votre Réforme , y avoîl-il, je ne dis pas quelqi Eglise, (car il est déjà bien certain qu'il n'y en avoit aucum mais du moins y avoit-il un seul homme , qui en se joignai à Luther, àZuingle, à Calvin , à qui vous voudrez, lui ail d en s'y joignant : J'ai toujours cru comme vous , je n'ai jam^ cru ni à la messe, ni au Pape, ni aux dogmes que vous repn nez dans l'Eglise romaine? Mes chers Frères , pensez-y biei vous a-t-on jamais nommé un seul homme qui se soit jointe cette sorte à votre Réforme ? En trouverez- vous quelqu'i dans vos annales, où l'on a ramassé autant qu'on a pu to ce qui pouvoit vous justifier contre les reproches des Catho ques, et surtout contre le reproche de la nouveauté, q étoit le plus pressant et le plus sensible? Donnez gloireàDi< encore un coup ; et en avouant que jamais vous n'avez rien o dire de semblable, confessez que vous êtes dans la mêrr

SUR LES LETTRES DE H. JURIEU. 16i

cause que les Sociniens , et que tout ce qu'il y a jamais eu d'hérétiques.

XXXI. Ce fait articalé nettement, et embarras des ministres Claude et Jurieu .

Vous pouvez dire , mes Frères , car je cherche tous les moyens dont vous pouvez fortifier vos prétentions ; vous pouvez donc dire : Il est vrai; on ne nous a jamais nommé personne qui se soit rangé dans la Réforme, en disant qu'il avoit toujours cru comme elle ; mais c'est aussi que peut-être on n*a jamais fait cette question à nos ministres. Mes chers Frères , ne vous flattez pas de cette pensée : on la leur a faite cent fois ; on leur a demandé cent fois qu'ils montrassent qaelqu^un qui crût comme eux quand ils sont venus : moimême le dernier des évêques , et le moindre des serviteurs de Dieu , j'ai demandé à M. Claude * , le plus subtil de vos défienseurs , s'il pouvoit nommer un seul homme qui se soit uni à la Réforme en disant : J'ai toujours cru comme cela , je n^ai jamais adhéré à la foi romaine. Qu'a répondu ce ministre si fécond en évasions, si adroità éluder les difficultés? M. de Meaux s'imagine-t-il qu'on ait tout écrit ' ? Vous le voyez , mes chers Frères , il n'a eu personne à vous nommer. J'ai relevé cette réponse dans ma Lettre pastorale ; et de ce que M. Claude n'a rien eu à dire sur un fait si bien articulé , sur une demande si précise , j'ai conclu , comme on fait dans un légitime interrogatoire , que le fait étoit avéré , et ma demande sans réplique \ Qu'a répondu M. Jurieu , qui se vante d'anéantir cette Lettre pastorale? Voici tout ce qu'il a répondu quand il est venu à cet endroit: « Ensuite de cela » notre auteur entre en grosse dispute avec M. Claude, pour » lui prouver que la supposition des fidèles cachés est ridi- » cule* ». Vous vous trompez, lui disons-nous ; ce n'est point ici une grosse dispute, comme vous voudriez le faire accroire à vos lecteurs, afin de les rebuter par la difficulté de la matière; encore un coup ce n'est point ici un long procès : il ne

* Confér. Réf. Xlll. — ^ M. Claude , Réponse an dise, de M- deCond. p. 362. — ^ Lett. past. de M. de Meaux. n. 8 — * Jur. Lett. xix. p. ItO. 2. col.

s'agit que d'un simple fait; savoir si parmi vous on sait quelqu'un qui, en se joignant aux Réformateurs, leur ait déclaré que toujours il avoit cru comme eux. Voilà cette grosse dis^ pute où vous voudriez qu'on n'entrât jamais, parce que vous y trouvez votre honte. Ce fait dont il s'y agitdevoit être constant parmi vous, s'il n'étoit pas absolument faux. Répondez>y du moins, M. Jurieu vous qui avez entrepris d'y répondre : si vous savez sur ce fait quelque chose de meilleur que M. Claude, il est temps de nous le dire. Mais, mes Frères, vous vous y attendez eu vain , et voici tout ce que vous en aurez : « en )) répondant à M. Nicole et à M. Bossuet on a répondu cent » fois à ce sophisme : nous y avons répondu dans nos Lettres » pastorales, et encore tout nouvellement en réfutant le trot- » sième livre des Variations* ». Je reconnoisle style ordinaire de vos ministres ; ils ont toujours répondu à tout : mais ne les en croyez pas : M. Jurieu n'a pas dit un seul mot surce fait articulé à M. Claude ; il n'a même rien dit qui approche de cette matière. Mais il sait bien que vous n'irez pas lire tous ses ouvrages , où il vous renvoie en général , sans vous en marquer aucun endroit , pour chercher la réponse qu'il se vante d'avoir faite. 11 est vrai qu'il vous a marqué laréfutation du troisième livre des Variations '. C'est dans sa septième lettre de cette année que se trouve cette prétendue réfutation : elle consiste en deux ou trois pages, qui ne font rien à la question comme vous verrez en son lieu: mais où constamment vous ne trouverez pas un seul mot du fait proposé à M. Claude , ni qui y tende. Vous en pouvez juger autant des autres endroits où il vous renvoie , et par le silence obstiné de vos ministres , sur un fait de cette importance , le tenir pour avoué.

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