XXII. Suite des embarras du ministre Jurieu
Mais VOUS n'avez qu'à entendre ce qu'il dit encore sur ce sujet là dans sa xix" Lettre, pourvoir qu'il ne sait où il en est. L'objection qu'il vouloit détruire de ma Lettre pastorale, étoit qu'on ne pouvoil du moins nier qu'on n'eût cru la réalité et adoré l'Eucharistie depuis Bérenger, c'est-à-dire, depuis six
• Jur. Lett. XIX. p. 110. 2. col.— ^ Lett. vil. de la 3'aun. p. 54. 55.
à sept cents ans. Donc» ai-je dit, tous les chrétiens étoient idolâtres selon voos ; et si on ne peut montrer au temps de Zaingle et de Calvin aucun homme qui leur ait déclaré , en se joignaiità eux, qu'il n'avoit jamais pris de part à la croyance ni au culte de Rome, il sera vrai que tout le monde adoroit donc ce qu'ils appeloient une fable. A cette pressante instance M. Jurieu répond : Qite cela soit , il ne nous importe '. Il ne Doas importe que Dieu ait eu des adorateurs , du moins cachés. £t que deviendront ces sept mille tant vantés? G'étoit i^à trop avouer que dédire qu'ils étoient cachés ; puisque le inû culte doit être public aussi bien que la vraie croyance. Hais j'ai voulu entrer avec vous jusque dans la dernière condescendance , et je vous disois dans ma Lettre pastorale : ^ I Que ces sept mille se soient cachés avant la Réforme, ils se ^ l seront du moins déclarés quand ils Font embrassée^ et ils auront dit du moins alors : Dieu soit loué , nous voyons enfin des ^ / gens qui croient comme nous faisions, et il nous est à présent permis de déclarer notre pensée. Mais on ne trouve auean homme qui ait parlé de cette sorte. M. Claude n'en a rien trouvé dans les registres de la Réforme, ni dans ce nombre infini d'écrits qu'elle a publiés pour sa défense : il n'a rien trouvé sur un fait qui eût vérifié si clairement, au grand désir de la Réforme que Dieu s'étoit réservé des adorateurs du moins cachés ; un fait, par conséquent, qui à cet égard eût fermé la bouche aux catholiques , étant prouvé , et qui les rendoit invincibles ne Tétant pas. M. Jurieu n'en trouve rien non plus que M. Claude, et il est réduit à dire : Que nous importe ? sur un fait dont Timportance est si visible. Le fait est donc avéré , encore un coup, et il n'y a rien de si certain que la vérité étoit éteinte sur la terre , si on dit que la vérité est dans la Réforme.
Mais ce qu'ajoute M. Jurieu n'est pas moins clair. Quenous importe , dit- il donc \ si tous les chrétiens depuis ce temps-là ont été idolâtres : ajoutons « et s'ils Tétoient encore lorsque la Réforme a commencé? Avouez que cela presse M. Jurieu^ et qu'ilseroitàdesirer, pour votre défense, qu'on pût alors trouver
^ Jur. Lett. XIX. p. 150. — ' Jur. ibid.
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quelqu'un qui n'adorât pas Tidole que tout le monde servoit. Mais loin de l'assurer, voici cequ'il dit : « C'est ce que nous n'af- » firmonspas, de peur d'être téméraires, comme M. Bossuet » qui assure que depuis ce temps-là (depuis le temps de » Bérenger) tous les chrétiens ont adoré le Dieu de la messe* » Nous ne le croyons pas ainsi : il est bien plus probable » que Dieu en garantit plusieurs de cette idolâtrie ». Mais si c'est constamment une idolâtrie, il n'est pas seulement plus \ probable, il est certain et indubitable que Dieu en a garanti quelques-uns : autrement il ne seroit pas certain qu'il y auroit eu des élus ou des saints , par conséquent des adorateurs véritables dans tous les temps. Or, c'est une vérité que per- i sonne n'a encore osé nier, et que M. Jurieu confesse comme . constante en cinquante endroits de son Système , pour ne l point parler ici de ses autres ouvrages ; il est, dis-je, très- j constant que Dieu a eu de tout temps un corps d'Eglise uni-^ ^ verselle , où s'est trouvée la communion des saints, la remis-, , sion des péchés et la vie éternelle ; par conséquent, de véri- | tables adorateurs : autrement le Symbole seroit faux. Mais ce \ qui est constant par le principe commun de tous les chrétiens» ^ sans en excepter les Prétendus Réformés, n'est seulement ^ que plus probable quand on presse davantage les ministres ; ^ et ils n'ont rien à répondre , non plus que tous les autres \ hérétiques, quand on leur demande où étoit la vérité quand J ils sont venus. j
Il ne faut donc plus s'étonner si cette seule demande les \ jette dans les contradictions que vous avez vues. Il a fallu trouver des élus avant la Réforme ; car il en faut trouver dans tous les temps. Il en a fallu trouver même dans l'Eglise romaine, aussi bien ou même plutôt que dans les autres, puisque les fondements du salut s'y trouvoient comme chez les autres ou mieux , et qu'ainsi on ne pouvoit lui refuser d'être . du moins une partie de cette Eglise catholique que l'on con- ^ fesse dans le Symbole. Mais dans l'Église romaine il ne pou- ^ voit y avoir que de quatre sortes de gens ; ou ceux qui y étoient ^ de bonne foi, croyant sa doctrine et consentant à son culte, ., ou des impies déclarés qui se moquoient ouvertement de , toute religion, ou des hypocrites et des politiques, qui s'en
aant dans leur cœur faisoient semblant au dehors d'y muniquer avec les autres, ou ces prétendus sept mille irmés avant la Réforme, qui Luthériens ou Calvinistes ; le cœur, trouvoient moyen de ne rien faire et de ne rien qui approuvât ou le culte ou la doctrine de Rome. On t de voir que ce dernier genre est une chimère , et cent >ns le démontrent. Ce ne sont ni les impies déclarés, ni lypocrites qu'on veut sauver; ce sont donc les Catholiques >onne foi, consentant à un culte impie et idolâtre, et ant ce que croyoit Rome. Voilà oh Ton est poussé par ! seule demande : Où étoit la vérité, oh la vraie Eglise, !s vrais saints, quand Luther a commencé son Église? î demande a confondu la Réforme dès son commencet, comme il a été démontré dans THistoire desVaria- .*. Mais peut-être qu'à force d'y penser on se sera rasdepuis? Point du tout : il y a des difficultés auxquelles on pense , plus on se confond ; et c'est pourquoi laude et M. Jurieu, qui y ont pensé les derniers, et qui m profiter des découvertes de tous les autres , ont été, ne on a vu, ceux qui se sont le plus confondus eux-mêmes, arieu fait enfin un dernier effort dans ses lettres pour se de cet embarras : mais vous avez vu que tous ses efforts îrvent qu'à l'embarrasser davantage, et à serrer de plus le nœud où il est pris. Que reste-il-il donc , mes Frères, i que vous donniez gloire à la vérité, qui seule peut vous rer de ces lacets ?
XXXin. Conclusion et abrégé de ce discours.
ilà de très-bonne foi toutes les plaintes de votre ministre B livre XV® des Variations. On a démontré dans ce livre î autres absurdités de la doctrine des Protestants sur é de l'Eglise : je le dis sans exagérer; et vous pouvez în convaincre par une lecture de demi-heure. De toutes jsurdités qu'on démontre à M. Jurieu, il n'a relevé que que vous venez d'entendre, où il succombe manifestecomme vous voyez. Un de ces Messieurs de Hollande, itreliennent le public des ouvrages des gens de lettres,
Iv. XV. 11. 4 et suiv. '\
166 TROISIÈIIR AVERTISSEMENT, ETC.
remarque ici, en parlant de ce xy® livre des Var alions, que sans doute, en récrivant je n'avois pas lu le livre de TUnité, où M. Jurieu répond à M. Nicole. Je n'avois garde de Tavoir vu, puisqu'à peine étoit-il imprimé lorsque mon Histoire a paru. Je Tai vu depuis; et je m'assure que M. Jurieu ne dira pas qu il y ait seulement touché , ou prévu la moindre des observations qui me sont particulières. Chacun a les siennes; ei outre la diversité qui se trouve dans les esprits, on prend diverses vues selon la matière qu'on se propose. Concluons dom que toutes mes remarques sont en leur entier ; mais concluom encore plus certainement, après toutes les raisons qu'oi vient de voir, que j'ai très-bien démontré, que de l'aveu di ministre on peut se sauver dans l'Eglise romaine ; qu'elli n'est donc ni idolâtre ni antichrétienne ; qu'il y faudroit re^ venir pour assurer son salut, comme à celle à qui ses ennemii mêmes rendent témoignage, puisque les ministres , qui VoUth quent avec tant de haine, qui osent même donner la préférene0 sur elle à une Eglise arienne , sont forcés par la vérité à b| reconnoître ; qu'ils sont encore obligés à reconnoitre daiMî certains points l'autorité infaillible de l'Eglise universelle, el les promesses sur lesquelles elle est fondée ; qu'ils n'ont aucune raison de les limiter, et qu'ils n'y apportent que dei restrictions arbitraires; que soumettre son jugement à TEglisi universelle , ce n'est pas se soumettre à l'homme mais à Dieu; que cette soumission est le plus sûr fondement du repos dei savants et des simples ; que faute de se soumettre à une aiH torité si inviolable, on se contredit sans cesse, on renver» tous les principes qu'on a établis , on renverse la Réforme même et toul ce que jusqu'ici on y avoit trouvé de plus cer tain ; et qu'enfin on se jette dans le fanatisme et dans les erreur des Quakers : au reste, qu'après avoir posé des principe par lesquels on est forcé de recevoir les Sociniens dani l'Eglise; jusqu'à mettre des prédestinés parmi eux ; lorsqu'oi songe à les exclure du nombre des communions chrétiennesi on ne peut le faire, que par des moyens par où on s'exclut soimême ; en sorte que d'un côté on rend témoignage à l'Eglise, de l'autre on tend la main aux Sociniens, elde l'autre on n( se laisse à soi-même aucune ressource.
AUX PROTESTANTS