‹ Histoire des variations des églises protestantesChapitre 8 sur 59 · SUR LE REPROCHE DE L'IDOLATRIE · texte numérisé non relu

SUR LE REPROCHE DE L'IDOLATRIE

ET SUR l'erreur DES PAÏENS >

Où la calomnie des ministres est réfutée par eux-mêmes.

1. La calomnie des ministres qui nous accuse d^idolàlric, détruite par elle-mêroe , est détruite dans ce discours par les principes des ministres mêmes»

Le reproche d'idolâtrie est celui qu'on a toujours le plus employé pour allumer votre haine et donner quelque prétexte au schisme de vos Églises prétendues. « Si TÉglise ro- • maine est idolâtre, notre séparation ne peut être un I schisme )>. C'est ce que dit M. Jurieu , dans le livre de rUnité ' ; mais il ne le dit pas plus dans ce livre que dans tous les autres ; surtout dans toutes les lettres de la dernière anlée ' ; et sans cette accusation d'idolâtrie, ce ministre seroit met. Il la pousse à un tel excès, que dans des esprits moins avenus elle se détruiroit par elle-même; puisqu'il veut, et {a'il le répète cent fois , que nous sommes des idolâtres aussi grossiers et aussi charnels que les païens, qui ne soupçonnoient seulement pas qu'il y eût une création; et qu'il prétend que nous égalonsavecDieu connu comme créateur, sa créature qu'il a tirée et qu'il tire continuellement du néant, à laquelle il ne cesse de donner tout ce qu'elle a, etdans l'ordre de la nature, et dans l'ordre de lagrâce, etdansceluidelagloire.il n'en faudroit pu davantage pour vous convaincre qu'il n'y eut jamais de ca-

« Traité de l'Unité de TÉglise contre M. Nicole , en 1681. - ' 1688.

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lomnie plus grossière. Car qui jamais s'avisa d'égaler par son ^ culte, des choses oii il reconnoît une différence infinie par ^^ leur nature ; ou de rendre les honneurs divins à ce qu'il ne v croit pas Dieu? Nous serions les seuls dans l'univers et dans JB toute l'étendue des siècles , capables d'une semblable extra* ; vagance, de ne croire qu'un seul Dieu , et d'en adorer plu- L sieurs, comme Dieu même, et du même honneur que lui. Et .\ néanmoins, sans cela, il n'y auroit rien ou presque rien à noos i^ dire. Sans cela, premièrement il n'y auroit plus pour M. Jurien,"^ d'Église antichrétienne, comme on avudanslesprécédents discours : on auroit ôté le plus grand , ou pour mieux dire , le seul obstacle que ce ministre tâche de mettre à notre salut ^^ C'est l'endroit où il triomphe le plus. Car ayant bientôt laiss&j* là les Variations , trop ennuyantes pour lui, après les avoû talées par cinq ou six lettres, de peur qu'on ne croie qu'il n*a plus rien à me reprocher , il s'avise après trois ans d'inter* }■ ruption, de retomber tout de nouveau sur ma Lettre pasto-:àc: raie ', et s'attache presque uniquement à cette accusation d'i-aj^ dolâtrie. Je veux donc bien aussi interrompre unpeula matière tv des Variations pour entrer dans celle-ci ; et quoique j'aie fait i^ voir dans le dernier Avertissement ' , qu'assurément il n'y eut jamais d'idolâtrie plus innocente et plus pieuse que la nôtre, puisque de l'aveu de M. Jurieu, loin de damner ceux qui la pratiquent, elle leur est commune avec les saints ; de peur qu'on ne s'imagine que nous ne pouvons nous sauvert*" que par des exemples, je démontrerai, par des principes avoués des ministres mêmes, que l'accusation d'idolâtrie for- ^ mée contre nous ne peut subsister. ^ ^

II. Définition de Tidolâtrie ; définition de l'invocation des saints. Démons-: ?^ tration, par ces définitions, qu'elle ne peut pas être un honneur tiivin, ni )e un acte d'idolâtrie. ^^

Je pose pour fondement la définition de l'idolâtrie: Idoli- i^" trer, c'est rendre les honneurs divins à la créature : c'est,: dis-je, transporter à la créature le culte qu'on doit à Dieo. (~ Or, est-il qu'il est manifeste que nous ne le faisons pas, etne-^

' Aux nouveaux Catholiques, imprimée dès 168C. — ' IIP Avert.

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e pouvons pas faire selon nos principes ; ce que je prouve )remièrement dans Finvocation des saints, pour de là suc- ^essivement passer aux autres matières. La chose est aisée à faire, puisqu^il n'y a qu'à définir cette invocation pour la justifier.

Qu^on ne chicane point sur le mot. L'invocation dont il 8'agit, aux termes du concile de Trente , est inviter les saints k prier pour nous , afin d* obtenir la grâce par notre Seigneur JésuS'Christ ', Or est-il que c'est là si peu un honneur divin, qu'au contraire il n'est pas possible de l'attribuer à autre qu'à la créature , n'y ayant visiblement que la créature qui paisse prier, demander, obtenir les grâces, et encore par un antre, c'est-à-dire, par Jésus-Christ, comme on vient de voir que font les saints. C'est donc si peu un honneur divin , que c'est chose, dans les propres termes , absolument répugnante à la nature divine , d'où se forme ce raisonnement : Tout honneur qui renferme dans sa notion la condition essentielle à la créature, ne peut par sa nature être un honneur divin ; or la prière, par laquelle on demande aux saints qu'ils nous aident auprès de Dieu, par leurs prières, pour nous obtenir ses grâces , enferme dans sa notion la condition de la créature, c'est-à-dire , sa dépendance : ce ne peut donc pas être un honneur divin.

in. Pourquoi on dit que les saints font, et que les saints donnent. Que ces

façons de parler sont de TÉcriture.

Cette preuve est si convaincante, que pour la détruire, il £int nier que nous nous bornions à demander aux saints le secours de leurs prières. Car, dit-on, l'Église les prie nonsealement de prier, mais de donner, mais de faire, mais de protéger, ■ mais de défendre : donc on les regarde non seulement comme intercesseurs, mais comme auteurs de la grâce Mais cela visiblement est moins que rien.

Car celui qui prie et qui obtient, protège, défend, assiste, donne et fait à sa manière. Lorsqu'on attribue aux saints des effets qu'on sait très-bien dans le fond qu'il faut attribuer à

* Decr. de inroc. Sanctorum , etc. Sess. xxv.

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Dieu, on ne fait qu'exprimer par là Tefficace de la prière : qu'elle peut tout, qu'elle pénètre le ciel, qu'elle y va forcer Dieu jusque dans son trône ; il ne lui peut résister; elle em* porte tout sur sa bonté ; il fait la volonté de ceux qui le crcU" gnent ' ; il obéit à la voix de V homme '. Pressé et comme forcé par Moîle, il lui dit : Laissez-moi que je punisse ce peuple; mais Mo!se L'emporte contre lui, et lui arrache pour ainsi dire, des mains la grâce qu'il lui demande ^ : en un mot, la foi peut tout^ jusqu'à transporter les montagnes *; et si cela est ' vrai de la prière qui se fait parmi les ténèbres de la foi, combien plus le sera-t-il de celle qui est formée au milieu des j lumières des saints, et qui partant de la sainte ardeur de b^ charité consommée, porte en elle-même le caractère de Dieo f dont elle jouit. Ainsi les saints peuvent tout : assis sur k!^ trône de Jésus-Christ ^ , selon sa promesse, revêtus de sa pni»- f" sance par l'union où ils sont avec lui : comme lui, ils gouver^ ^ nent les Gentils, et les brisent avec un sceptre de fer *. En oft.^ mot, il n'y a rien qu'ils ne puissent ; et l'Ecriture n'hésitt^. point à leur attribuer en ce sens, ce qu'ailleurs elle attribuée ^^ Jésus-Christ même. *■

lY . Que rÉcriture parle comme nous de Tefficace de la prière , et que , selon notre croyance , toute la force des saints est dans leurs prières.

Quand on attribue à la prière les effets de la toute-puissance § de Dieu , ce n'est pas là seulement un langage humain ; c'est^ le langage du Saint-Esprit et de l'Écriture. Racontez-^moi Uê miracles qu'a faits Elisée, disoit un roi d'Israël à Giezi'. Un Protestant lui diroit ici : Vous parlez mal. Ce n'est pas lui qui les a faits ; c'est Dieu par lui et à sa prière.

Mais le texte sacré poursuit : et Giezi lui raconta comment il avoit ressuscité un mort. Dites toujours : ce n'étoit pas lui, i c'étoit Dieu ; mais le Saint-Esprit continue : e et comme Gien l » racontoit ces choses , la femme dont il avoit ressuscité k U » fils , vint tout à coup devant le roi , et Giezi s'écria : Sei- jb » gneur, voilà la femme , et voilà le fils qu'Elisée a ressus- •

' Ps. CXLiv. 19. — ' Jos. X. 14.— ' Exod. XXXII. 7 et seq. — * I. Cor. xiil. 2. — * Apoc. II. 26. m. 21. — • Ibid. xix. 15. — " Joram. IV. ■ Reg. VIII. 4 et seq. '

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» cité o. Tontle peuple de Dieu parloit ainsi , et ron appeloit cette femme, la femme dont Elisée avoit fait vivre le fils\ Il ne TaToit pourtant fait que par ses prières, et je ne crois pas qa'il fût plus paissant que le Fils de Dieu , qui voulant ressusciter Lazare : Mon Père, dit-il% je vous rends grâces de ce fue vous m'avez exaucé.

Il y a donc toujours une prière secrète dans tous les miracles, et quoiqu'elle ne soit pas toujours exprimée , il la faut wns^ntendre, même dans tous ceux qui se font par un espèce le commandement , puisque c'est toujours la foi et Tinvocation du nom de Dieu qui fait tout. C'est pourquoi le roi de J Syrie écrivoit au roi d'Israël : Je vous ai envoyé Naaman, afin que vous le guérissiez de sa l^re ^ ; il vouloit dire qu'il le fit guérir par Elisée. Ils entendoient pourtant bien qu'il ne le feroit que par sa prière ; puisque Naaman dit ces paroles : f Je peusois qu'il yiendroit à moi, et que s'approchant, il in-

> Toqueroit le nom de son Dieu, et me toucheroit de sa main,

> et me guériroit * ». Ainsi l'effet est attribué à celui qui prie et qui obtient ; et si l'on n'exprime pas toujours la prière, c*est que la chose est si claire , qu'on la regarde comme toujours sous-entendue. L'Église dit tant de fois , dans ses oraisons , que ce qu'elle espère des saints , elle l'espère par leur intercession et par leurs prières , qu'elle sait qu'il n'est pas

e| possible qu'on l'entende jamais autrement , ni qu'on attende si| lotre chose du secours des saints, qu'une puissante intercgsti lion auprès de Dieu , par Jésus-Christ. Il n'est pas toujours '3 nécessaire d'exprimer dans les prières ce qu'on sait déjà. Je iQ 90US prie , disoit Elisée au prophète Élie ^ , quA votre double esprit soit en moi , ou que votre esprit soit en moi avec abon- *r: dance ; et Élie lui répondit : Vous demandez une chose difficile: . ii toutefois si vous me voyez lorsque je serai élevé, cela sera ; et 'r il avoit dit auparavant à Elisée : Que voulez- vous que je vous q fasse? comme tout étant dans sa main, parce qu'il est en celle de Dieu, qui ne refuse rien à ses amis. Us ne parlent de Dieu ni l'un ni l'autre. En savoient-ils moins que c'étoit Dieu seul

' Joram. IV. Reg. - viii. 14.- = Joan. xi. 4I.~ 'IV. Reg. v. 6. - * ibid. 11.-' Ibid. il. 9.

qui pouvoit donner son esprit? A Dieu ne plaise ! Il ne faut point abuser de ces façons de parler ; mais aussi ne faut-il pas tomber dans la petitesse de croire qu'on déplaise à Dieu en sous-entendant une chose claire, comme s'il ne voyoit pas les intentions, ou qu'à l'exemple des ministres, il fût toujours . attentif à épiloguer sur les paroles. L'Église ne manque point de bien instruire le peuple que la puissance des saints 'est dans leurs prières. Ecoutez le concile ' : « Il faut enseigner » avec soin que les saints prient; qu'il est bon de les appe- » 1er à son secours, pour nous obtenir les grâces de Dieu par » Jésus-Christ; qu'il est bon d'avoir recours à leurs prières; » qu'il ne faut point assurer qu'ils ne prient pas pour nous, » ni que ce soit une idolâtrie de leur demander qu'ils prient . » en particulier pour chacun de nous ». Voilà leur prière ^ répétée cinq ou six fois en dix lignes , afin que nous enten- ~ dions que les saints, encore un coup, ne sont puissants qu'en ^ priant pour nous. -^

Il n'y a aucun de nos catéchismes où il ne soit exprimé p soigneusement que Dieu donne, et que les saints demandent. ^ Si nous leur attribuons du pouvoir auprès de Dieu, c'est que ^ Dieu , qui leur inspire tout ce qu'ils demandent, ne leur peut i rien refuser. Nous imputer une aulre pensée et nous chica- L ner sur les mots, c'est faire le procès à l'Ecriture , où il est écrit tant de fois : Que V aumône éteint le péché ^; que la prière d^ la foi sauve le malade^ ^ et cent autres choses semblables ; et reprocher à Jésus-Christ même qu'il n'a pas parlé correctement quand il a dit : « Cuérissez les malades , purifiez les » lépreux , ressuscitez les morts , chassez les démons ; vous » avez reçu gratuitement, donnez de même S).

V. Prières de saint Augustin , de saint Basile et des autres saints aux

saints martyrs.

C'est en cette confiance que saint Augustin, un si sublime docteur, un théologien si exact, loue la prière d'une mère qui i disoit à saint Etienne : et Saint martyr, rendez-moi mou fils, ,

' JDecr. de invoc. SS. sess. xxv.— ' Tob. xil. 9. et in S. Script, passim. - — ' Jac. V. i5' — * Matth. x. etc. '

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