‹ Histoire des variations des églises protestantes, suivie des avertissemens aux Protestans, sur les lettres du Ministre JurieuChapitre 15 sur 55 · SUR LE REPROCHE DE L IDOLATRIE · texte numérisé non relu

SUR LE REPROCHE DE L IDOLATRIE

face du Phre? Un ange présente nos prières (0, et les fioles qui sont plçines de ce. céleste parfum. Mais les vingt-quatre vieillards , qui nous représentent l'universalité. des saints, assis devant le trône de Jésus-Christ, revêtus de blanc, et couronnés, c'est-à-dire, av.ec la couleur et les ornemens de la gloire (a), n'apportent - ils pas aussi dans leurs mains ces fioles pleines de parfums qui sont les prières des saints ? Si les anges sont appelés à la participation des secrets divins et s'ils en font le sujet des louanges qu'ils donnent à Dieu , ne voit - on pas les âmes des martyrs sous Twtel, où elles sont en Jésus - Christ, dans lequel elles sont cachées, qui connoisseât Té* tat de l'Eglise,, en savent les persécutions dont elles demandent la fin , et apprennent qu'elle est différée pour peu de temps, et pourquoi (3) 1 N'est-ce donc pas blasphémer , que de les ranger parmi les morts qui ne savent rien de ce qui se passe sur la terre; et quand Babylone tourbe, les apôtres et les martyrs ne sont-ils pas invita à louer Dieu de ses jugemens , et n'cniend-pn.p^ en effet, aussitôt après, des cantiques d'admira-* tion, dansJe ciel, sur ce sujet (4) j ne voit -on pas que l'exécution des justes jugemens de Dieu fait une fête dans le ciel , pour tous les .esprits bienheureux , et autant pour les âmes saintes que pour les saints ang«s ? Pourquoi donc ces âmes saintes n'entreroient - elles pas dans les ac-

(0 Apoe. Tiii. 3. — (•) Ihid, !▼. 4. lUd, V. 8. Ihid. ri. 1 , 1 1. — i}) Md. ▼]. 9, lo, 1 1 — ^4j I6id, xviii; ao. xix. i. BossuET. Avert. aux Prot. u i n

a S8 ATEaTISSBMBNT

lions particulières y et dans la fête qu*OD fait dans le etel , pour la conversion d'un pécheur? Qu'on ne nous dise donc plus que c est en faire des dieux y que de leur faire connoUre ce qui se passe ict4>a6 y et en particulier les prières que nous envoyons au ciel 7 Suivons de plus hauts principes , et apprenons à oonnottre en quoi consiste la grandeur de Dieu. Il fait entendre à ses prophètes , aux âmes saintes , à ses anges ^ et à tel autre qu'il lai platt de ses serviteurs , nop-seulement les pensées des hommes , mais encore S0s propres pensées , et ce qu'il a i*éM>lu des peuples et des nations dans son conseil éternel. Il les élève plus haut , lorsqu'il leur monti*e son essence à découvert. Et sans douta y c*est quelque chose de plus de le voir lui-même face à face , que de connottre ses desseins, quelque hauts qu'ils soient ;• è plus forte raison y que de connoitre les desseins et les pensées des hommes mortels; Dieu mène ses serviteurs autant qu'il lui plait , ainsi qu'il lui platt y par tous les degrés de connoissances ; et à quelque perfection qu'il les élève y il se montre toujours leuf Dieu, parce qu'ils ne sont-éclairés que par sa lumière. C'est pourquoi les saints docteurs n'ont point hésité k attribuer la connoissance de nos prières «uz âmes saintes. Nous avons oui saint Grégoire dé Nysse y dire au martyr saint Théodore : O saint martyr y regardes - nous du plus héuit des deux. Nous avons ou| saint Augustin louer la prière d'une mère cdirétienne, qui avoit perdu son fils sans être baptisé : O saint martyr^ vous savet

SUR LE REFEOCHB DE L^SDQLATRIE. bSq

pourquoi je h pleure, disoit cette màr6 (i); et parce qu^elIe avoit dît, «poiff savez ^ « Dtieii^ 9 oontinae le même Pèi^e, vouhit montrer qualle » avoit été sfi pensée. EUe porta Fenfani r^9âU»i M cité ataz prêtres , il fut baptisé^ it fut aamp^fié^ » il fîit pint y on Ivii imposa les maiea ^ tous h$ » sacremcfis étant achevés , A moumU Sa mèi?0 » accompagaa son enterrema&t avee ha yisagfi » qui faisait paroHre qu^elle w ciroyQÎ(^ pas «tant mettre son fils dans le tombeau qti&le » mener dans le propre 9Q\xk du martyr ^^ Qui» d^articles de la in>9yell6 Réfonfie sout ço^anir nés par ce récit ; et qu^on dc^it être fâché y sjX reste quelque s^fititaefit de piété véritable ^ d'être d*ttne religipa qui oblige à rejeter des choses ai saintes^ et à la foi^ ^ h\fa^ attestées pai*. d^ ^ grands komp^^? Mais quelque opHiiQ^ qu^i^ e» ait y fai toujours gagné ce que je voulpisj^ ^^ il est bien as&uré que , ni la femme qui Ii( cettf prière à saint Ëti^ime , m saint Augu^^n qj^i la lone, ne vf^ujoiept pas f^e un Dieu de ce saint martyr* Les autres iPères ne vouloient pas nùm fiuB attribuer aux saints , dor^t ils demandoieul: les prières^ aucune perfectioo ditine; puisque , quelque intelligence qu'ils y reœnnussent d« nos besoins^ oaen général des choses du monde y iis saToÉmt bien qu ils mt voyaient rien que dans une lumière empinintée« a. Vous sovea tout^ disoît • saint Paulin à saint Félix (?) : Vous voyez dans M la Lumière de Jésu3 - Christ les choses les plus

(0. Vide sup. n. 5. — C«) Paul, de Nsi. S. Fei.

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» secrètes et les plus éloignées y et vous coxnpre- » nez tout. en Dieu, où tout est renfermé ». XV. f II faut que le ministre succombe sous des vé- Aveudumi- ^^^^ gj constantes. Il en a senti le poids : il a,

nous n'éga- dis-je, bien senti que m les saints Pères, quil ac- Ions paa les cxise- comme nous d'idolâtrie, ni nous, qui ne iMiMDK)* invo- disons que les suivre, n'attribuons rien de divin cations: il se aux bienheureux esprits; et vous le pouvez en-> réduit a dire ^gjj jj,g pgjp ^es paroles : « Nous Douvons défier

que nous les * ,* *

égalons à Je- ^ l'Eglise romaine de nous montrer aucune- difsus-Christ et ^ f^rence entre le culte qu'elle rend au Fils de 1» Dieu, et celui qu'elle rend aux saints. Us en » peuvent trouver quelqu'une entre le cailte du » père et celui des saints ; mais entre le culte des -» saints et. du fils , je les défie d en montrer au- » cune (0 ». Tout cela se réduit à dire que Jésus- Christ homme , fuit tout le bien qu'il nous fait par voie iT intercession^ comme les saints. Au nom de notre Seigneur, et par le soin que vous devez avoir de votive salut, arrêtez-vous ici, mes très-chers Frères. Vous voyez à quoi votre minîsti^ réduit principalement la difficulté, a. Us » peuvent, dit-il, trouver quelque différence entre j> le culte du Père éternel et celui des saints ». U n'ose découvrir tout ce qu'il sent. Nous pou^ns trouver quelque différence ; c'est-à-dire , naturellement , quelque petite dii^rence ; mais ou nous n'en pouvons trouver aucune, ou ceUê que. nous trouvons est infinie. Car, je vous prie, queUe différence avons -nous trouvée entre le secours de

(0 LetL xr, p* 1 14» 1 iS»

StIR LE KEl^ROCHB DE L^ÏDOLÀTRIE. 26 1

Dieu et celui des saints , entre la manière de prier Dieu et celle de prier les saints ? C'est , avons-nous dit, que Dieu donne, et les saints obtiennent : on prie Dieu, comme la source de tout bien, de donner ses grâces quelles qu'elles soient, tempo-* relies ou spirituelles , et on prie les saints de les demander. Or ce n'est pas là quelque diffërence, c'est une différence immense , infinie ; puisque c'est une différence , qui d'un côté fait Dieu être parfait, et de l'autre la créature être indigent^ tii-é du néant , et le néant même ; une différence en un mot, qui met d'un côté l'indépendance absolue , et de l'autre la dépendance sans bornés. Ce n'est pas là quelque différence; mais c'est toute la difl^rence qu'on peut établir entre Dieu et la créature , et l'on ne peut en imaginer une plus grande ni une plus essetitielle.

Ici votre ministre se tourmente en vain à prou«> ver aux Catholiques , « qu'il n'y a point de biens 9 et de grâces pour le temps et pour l'éternité , 3» qu'ils ne demandent à leurs saints directement, » et sans détour ». Veut -il dire qu'on lés leur demande, comme à ceux qui les donnent? 11 n'y auroit donc aucune différence. Or est-il qu'il ne peut nier que nous n'y en mettions quelqu'^une ; et nous venons de lui prouver , oii que nous n'en mettons aucune , ou que nous en mettons une aussi grande qu'on la puisse mettre, et en un mot une infinie. Qu'il enfle donc son discours de tant d'exagérations qu'il lui plaira, et qu'il raconte toutes les grâces qu'on demande à la sainte

â6a AVERTISSEMEITT

Vierge ; il demeure lui-même d'accord qu*on né les demande que par voie d'iofcer cession; puisque même j selon lui ^ on n'en attend pas davantage de Jésus^Christ. La difficulté n'est donc plus que de l'intiei^cession de Jésus -Christ. Il s'agit de voir si celle dès saihts est de même nature que la sienne ; et il est essentiel à cette cause ^ qUe vous eomprenies que c'est en cela précisément; que votre ministre met le noeud de cette question. C*e0t ce qu'il dédaris par ces paroles : <c Pour y moi ) poursuit-il (0^ plus j'étudie le culte qu'on » rend à Jésus-Christ^ pl^s je le trouve semblable 3> à celui des saints. Nous adi^essons à Jésus-Christ ^ deux sortes de prières y J'ùne indirecte ^ en lui » disant y Priez pour nous ; l'autre directe, en lui 9 demandant directaBent la grâce j la rémission » des péchés, la vie éternelk. Dans l'Eglise ro- » mainé , on fait précisément la même chose à n l'égard défi saints. Gela laisse une différence, je V l'avoue, entre l'adoration qu'on rend à Dieu » le Père, et celle qu'on rend aux saints >». La voilà donc encore une fois établie , de son aveu , cette différence, qui ^ comme on voit, est infinie. If Car, continué-t-il , jamaiis on ne dit au Père , » Seigneur^ priez pour nous, intercédez pour « SI nous auprès de votre Fils. Cela seroit insensé , 3» et peut * être impie ; et je crois que Rome ne » praticpie pas cette impiété ». Il y a donc pour la tt*oisième fois une différence essentieUe entre la prière que l'Eglise romaine fait au Père, et celi^

8Vft LE RBFEOCHE DE l'idOLATRIE. a63

qa*eUe fait aux saints, de Taveu de TOtre ministre. « Mais il n'y a^ continue-t^il , aucune différenoe 9 du culte rendu à Jésus-Qirist, et de celui qu'on » rend aux saints; car, et à celui-là^ et à celui-ci^ » on dit indifféremment ^ Priez pour nous ^ afin » que Dieu nous donne , ou bien, Donne&*nous 9 TOUS -même, fàk voie n'iiiTERCEsâiûii m v^m*' » pÉTEATioH de son Père » , comme il Teupliqu^ lui-même et le répète dix fois. 11 ne reste donc plus qu à fkire toit qu'il y a encore une diiGf"^ rence infinie entre l'intercession de Jésus-Christ ^ et celle des saints ; et <i'est là, comme vous voye^^ que votre ministre fait consister notre question* Maia eDe est si aisée à résoudre ^ que je n'y veut employer que M. Daillé. C'est un ministre que je prends pour juge entre M. Jurieu et moi.

Daillé étant obligé, par une objection du car* dinal du Perron, de parler de cette matière, et d'expliquer comment on peut cit>ire que Jâu»^ Christ prie pour nous , commence en cette sorte > « Ni nous , ni les anciens , ni auctin chrétien vrai«> » ment pieux, n'avons jamais prié Jésus «(3trisl » de prier son Père pour nous (>) v. tl'âbord il apprend bien à M. Jurieu , qu'il ne sait pas sa théologie, quand il dit qu'on prie Jésus -Christ de prier pour nous : <t Ni nous , dit-il, ni les an^ » ciens, ni aucun chrétien vraiment pieux, ne l'a 3» jamais £aiit » . M. Jurieu n'est donc pas de ces pieux chrétiens, selon le ministre Dailté. Il poursuit : ce Dq Perron pense-t-il que Jësu^-Christ ne

(0 DmÏL ùe euh. LaiL L m, c. 19, p. 3S6L

Le ministre rëfbté par

DaiUë. La médiation de Jésus ^Christ expliquée, et les Catholiques justifiés.

S64 ÀTEHTISSBXEKT

» fasse pour nous autre chose que de se proster^ » ner devant Dieu , afin de prier comme feroit » un des saints de ce cardinal ? Assurément il se 3» trompe, s'il a une semblable pensée ». Tout en s^emportant contre nous, Daillé nous accorde ce que nous voulons. Les saints du cardinal du Per* ron, c'est-à-dire, les saints des Catholiques, sont prosternés devant Dieu' comme d'humbles supplians : Jésus^Christ n'agit pas de cette manière, et nous en convenons avec le ministre ; Tintercession de Jésus -Christ n'est donc pas de 'même nature que celle des saints. Prenons encore la chose d'une autre manière. Daillé dit, et il dit vrai , qu'on n'a jamais prié Jésus-Christ de prier pour nous. Il n'y en a aucun exemple, ni aucun précepte, ni aucun conseil, ni dans l'Ecriture, ni dans la tradition. Quand donc on prie les saints , comme fait l'Eglise romaine , on ne leur demande rien de semblable à ce qu'on attend de Jésus-Christ. Voilà qui est clair ; mais la suite le sera beaucoup davantage ; et plus Daillé s'étudie à nous expliquer la dignité de la médiation de Jésus-Christ , plus il justifie les Catholiques. Car écoutons ce qu'il ajoute : « Jésus-Christ , Père de 9 l'éternité, est seigneur et dispensateur de tou- » tes les grâices que son sang nous a méritées. Ce 9 puissant roi de l'univers nous les donne ainsi » qu'il lui platt : ses sujets ne le tiennent pas j» pour un simple intercesseur , mais pour leur » Roi, pour leur Seigneur, pour leur Dieu, et ils » souhaitent que ce qu'ils demandent leur soit

SUR LE RETROCBBDB l'iDOLÀTRIB. a6S

» accordé par sa volonté et par sa puissance ». Noti-e cause se fortifie visiblement ^ par le dis* cours de Daillë. Il ne permet pas qu*on regarde Jésus- Christ comme un simple intercesseur. Il est y dit*il ) dispensateur et distributeur de^ grâ*ces de Dieu ; mais il les donne avec autorité , et comme Seigneur ^ parce qu'il les a méritées par son sang : elles ^ont à lui; il les a acquises ;< il les a achetées y et cela par .un prix infini , qui est celui de son Sting ; et si M. Daillé rapporte c^la à la nature divine de Jésus-Christ ^ c'est que c'est là qu*est la source de la dignité et du mérite infini qui se trouve dans les actions de Jésus-Christ^ et dans toute sa pei^sonne : ce qui est indubitable; mais en même temps il ne Test pas moins que ceux qui, comme nous,. regardent les saints , non comme distributeurs de la grdce^ mais comme dé simples intercesseurs^ ne les égalent en aucune sorte avec Jésus-Christ. Mais le ministre , en continuant de plaider sa cause. Va donner comme un dernier trait à la bonté de la nôtre. « Que si » on dit, poursuit-il , que JésufrChrist prie pour » nous, il faut entendre cela, non d*une manière » basse, mais d'une manière relevée et conve- » nable à la majesté d'un, si grand roi. Ce n'est » point en.se prosternant, en tendant les mains, » ni en disant des parolies de suppliant qu'il in* 3» tercède pour nous; c'est qu'il appaise son Père, » par le prix, et la bonne odeur toujours pré- » sente de la victime qu'il a une fois offerte , et 9 fait qu'il nous donne les grâces que nous de-

nGli AVERTIS6EMEHT

» mandons^ lui -^ même consentant aussi et vou-^ » lant que nous les ayons. Telles sont les prières 9 qae Jésus-Ghrist fait pour nous. Elles sont dw » gnes de sa personne ; et saint Paul nous le fait 9 entendre , loraqù'il dit , que répanchement du 9 sang de Jésus crie plus haut que le sang d'A^ )» bel »* Nous sommes d'accord ave<^ les ministrei de cette manier» d'expliquer la mëdiâtiôn de Jé^ fOs-Christ. On la peut voir ti^^bien expliquée dans saint Thomas y et Ton n en connott point d'aulfé dafts nos écoles. On y enseigne constamment ^ que Jésus -^ Christ intercède par son sbng répandu pour nouS) et par la vertu éternelle de son sacrifice. U n*a besoin ni de paroles ni de postures suppliantes ; il suffit , Comme dit TA^ p6tre y ifu*il paroisse pour nom^ doi^ni Dieu, afin de nous obtenir tout ce qu'il lui platté Ce qu'on appelle prier ^ dans cet état glorieux de Jésus- Christ y c est dans sa sainte ame une perpétuelle volonté de nous sanctifier , confbrmAnent à tétte parole qu'il a prononcée : Je wie Mrteiijîe pou^ etUTi «/ftt qu'ils soient saints e^ mérité (0; et k celle*<t : O mon Pire, je ^eux tfUe e&tsè ^ «tfoctf nim^et donnés soient ia^ee moi (s). U a droit de dire^ Je vèux^ d*uno foçon particulière^ qui ne convient qu'à lui seul : U peut disposer de ' nous ^ M des gl'içes qu il nous distribue , comme de dioses qui sqtit siennes, qu^il à adi^téës, qu'il s'est rendues propres. Noué tue donnons rien ût semblable auic saints. Ce n'est point leut èang

(0 Joan» XVII. 19 — v») lhi4' aj.

StTR LE REPROCHE DE t*1D0LATRIE. ^67

qui nous sauve , ni qui est une source de grâces pour nous : ils n'ont point offert le sacrifice ^ dont reffiràce infinie et toujours pi^sente , sanotifiera les pécheurs, jusqu'à la fin des siècles : ils sont humbles supplians devant la majesté divine^ serviteurs agréables à leur tnâître; mais enfin simples serviteurs , non seigneurs , ni rédempteurs, ni dispensateurs des grâces^ comme Jésus- Christ. Ainsi ni nous ne faisons faire à Jésuâ- Christ ce que font les saints, ni nous ne faisons faire aux saints ce que fait Jésus-Christ Leur in* tercession laisse en son entier tout ce (|ui cdn«> vient, selon les ministres, aussi bien que seloh nous , à ceUe du FUs de Dieu , et nous ne leur en dbnnons aucune partie^

Mais, après avoir fait voir au ministre que xvn. nous établissons parfaitement la médiation de Je* j^" ou n a-

*^ ^ dresse point

sus-Christ, apprenons - lui à la mieux entendre à J. G. cette qu*il ne fait , lui , qui en fait consister la recon- prière, Pn» noiasahce à (fire à Jésus^Ghrist , Priez pour lious» ^^. jurità Mi Daillé a eu raison de lui dire que ni les mo^ corrigé ptr dernes ni les .anciens n'ont jamais prié ainsi* ^ Quand saint Etienne mourant invoqua Jésus-* (3uist poi^r ceux qui le lapidoient, il ne lui dit pas : O Seigneur, pries pour eux ; mais, O Sei-^ -gnenr, ne leur imputez pas leur péché (0 , lere^ gardant comme juge, comme cdui qui opère pat bd^méme la purification du péêhé i^)*, U ne lut dit pas, Priez votre Père de recevoir mon e^rit \ mais il lui dit à lui-^même, O Seigneur^ recelez mon esprit (3). Je ne sache aucun orthodoxe qui

2k68 ÀTERTISSCMENT (

ait osé dire, comme fait M. Jurieu, cpi'il faut dire à Jésus-Christ, même comme homme, Priez pour nous; parce que Thommé, dans Jésus-Christ, étant élevé à être Dieu, ce qui lui a donné le moyen de nous acheter les grâces , et en particulier celle de la rémission des péchés , par un prix proportionné à leur valeur, il en est fait Seigneur , même comme homme , mais comme homme élevé à être Dieu. C'est pourquoi on ne le prie pas de la demander , mais de la donner comme Seigneur; ce qui fait aussi que saint Etienne lui donne le nom de Seigneur , dans cette prière , O Seigneur, n impuiez pas ce péché : et de même , O Seigneur, recevez mon esprit. Car c'est à vous de le recevoir , à la vérité , pour le pi-ésenter à votre Père ; mais néanmoins comme Seigneur , à qui il appartient en propre, parce que vous l'avez acheté par votre sang, xvni. Mais quand il seroit permis de prier Jésus-

Différence Christ de prier, chose que la vraie piété a en rintcrces- horreur, toujours le ministre n'y gagneroit rien; sion de 7. G. parce qu'il y aura toujours une difiërence infinie et e ^Ue ^^jj^ i^ prière du chef et celle des membres; entre la prière dé celui oit réside la plénitude et la source de la grâce, et celle de ceiix qui n'en reçoivent qu'un écoulement imparfait ; enfin entre la prière d'une personne sainte par la propre sainteté substantielle de Dieu, et la prière de ceux qui ne le sont que par quelque participation de sa sainteté infinie ; ce qui fait que la prière de Fun est agréable et reçue par sa propre dignité, et celle des autres, au contraire, en

Sun LE REPROCHE DE LIDOLÀTRIE. u6g

son nom, et par le. mérite de la sienne; et cest aussi ce qui met la différence la plus essentielle qa^on puisse jamais établir, de prière à prière , et même une difTérencè qui va jusqu'à Tinfini, parce «qu'elle est fondée sui* la perfection de la nature divine.

Toute cette doctrine est renfermée dans cette conclusion solennelle des prières ecclésiastiques , qui finissent toutes en ces termes : Per Dominum nostrum Jesum Christum : Par noire Seigneur Jésus ^Christ, par où TEgltse reconnott que toutes ses prières tirent leur valeur et leur efficace de Tinterposition du nom de Jésus-Christ, à quoi elle ajoute en même temps la confession de la divinité du même Sauveur ^ en adressant ces paroles à Dieu le Père : Par Jésus^Christ . ifoirc Fils unique, qui étant Dieu, vit et règne aux siècles des siècles as^ec vous et le "SainU Esprit ; où TEglise met clairement la médiation de Jésus-Christ y en ce.quil est un homme-Dieu , en qui s'unissent toutes choses ; c est-à-dire , tout ensemble y les hautes et les basses, lies célestes et les terrestres , sans que ni nous ni les plus grands saints puissent impétrer aucune grâce , ni pour eux, ni pour leurs frères, en un autre nom.

Au reste , si Ton a vu la médiation de Jésus- xix* Christ si parfaitement expliquée par le ministre Médiaiîon Daillé, il faut se souvenir qu on a vu aussi qu'il j^^^^^ eupUn'y a rien là de nouveau pour nous, puisque quée par s. tous nos docteurs l'expliquent de même sur le 9'^®8o»'« ^e

, j . 1 • Nazianie , et

fondement des Ecritures et sur la doctiûne de samt leaauiresPè- Paul. C'a été aussi la doctrine de tous les anciens ^^ *ï"* ®^*

2^0 ATEftTISSZMEZrr

prié les SS. Pères , et saint Grégoire de Nasianse Ta expli^ commenoiu. ^^q admirablemeiit par ces paroles : « Le Verbe p engendré de Dieu aTant tous les temps, et » par-là étant Fils de Dieu^ est devenu Fils de » rhomme. U est sorti sans impureté et d'une » manière miraculeuse du sein d'une Vierge , » homme parfiiit aussi bien que Dieu parfait , » pour sauver en toutes ses parties l'homme qui )) étoit blessé en eUrs toutes , et détruire la ccin^ » damnation du péché (0 ».

C'est en cels^ que consista sa médiation ,. et c'est aussi sur ce fondement que le même saint l'éta-;' blity en supposant premièrement qu'il ne laut peint croire « que le Fils de Dieu se jette ^ux » pieds de son Père d'une manière servile^ Loin » de nous , dit-il W , cette pensée basse et in-*> » 'digne de l'esprit de Dieu. Il ne convient ni au » Père d'exiger une telle chose , ni au Fils de la » souffrir ». n enseigne « qu'intercéder n'est au- » ire (^ose au Fils de Dieu que dVgir pour nous » auprès de son Père, en qualité de médiateur de » Dieu et des hommes , Jésu&-Ghrist hpmme; et^ » ajoute ee grand personnage, comme bonune , » il intercède pour mon salut , parce qu'il est » toujours avec le corps qu'il a pris , et qu'U. me » fait devenir un Dieu par la force de l'humanité » qu il s'est unie »•

Voilà une manière d'intercéder digne de Jésus- Christ. Un Dieu en se faisant homme , nous a £adt des dieux par ressemblance : son humanité est le moyen par lequel ta divinité nous est communir

C») Orat. XL. — rt Ihid. zuti.

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