XX. Après cela, en revîendra-t-on à cette objection
Que la ma- cent fois résolue, mais que M. Jurieu répète ei^core, interpréie comme si l'on n'y avoit jamais répondu ? Vous ofdans rEgliae f^gj à Dieu, dit-il (0, les mérites des saints, comme dessainuen- ^^"^ ^^ offrez ceux de Jésus-Christ ; vous priez vers Dieu , Dieu par les mérites des saints, comme vous priez de 1 aveu des pj^^ ^ j^^ mérites de Jésus-Christ : c'est donc
ministres *^
mêmes , est en tout et partout la même chose. Mais sans nous infiniment donner la peine de répondre , Bùcer, un des chefs
difi'érentede , , ^ ,^ ^ , , '
la manière de la Réforme , répondra pour nous. Le passage dont on in- en est connu, et M. Jurieu l'a lu dans l'Histoire de'^C.^'** des Variations W. « Pour ce qui regarde ces » prières publiques qu'on appelle collectes, où » l'on fait mention des prières et des mérites des » saints; puisque dans ces mêmes prières, tout » ce qu'on demande en cette sorte est demandé >i à Dieu, et non pas aux saints, et encore qu'il
(0 Jur. LcU, XY, j9. ii4> A i5, etc. — (>) JUy, m, n. 43.
» est
Sun LE EEPROCHE I>E L^DOLi^TRIE. ^^3
» est demande par Jëisus^Christ ^ dèis-là tous ceux » qai font cette prière, reconnoissent que tous 31 les mérites des saints sont des dons gratuitement « accordés ». Et un .peu après : « Car d'ailleurs » BOUS -confessons et nous prêchons avec joie que « Dieu récompense les bonnes ceuvres de ses ser- 3» viteurs; non -seulement en eux-mêmes, mais » encore en ceux pour qui ils prient; jpuisquil a » promis qu'il feroit >du bien à ceux qui Taiment » jusqu'à mille générations ». Voilà ce qu'un reste de bonne foi fit avouer à Bucer, en i546> danft la conférence de Ratisbonne. Je ne demande pas au ministre -dédaigneux qu'il cède à l'autorité de Bacer ; mais qu'il imite sa bonne foi , en recon-* noissant que le mérite que nous attribuons à Jesus^hrist est bien d'une autre nature que celui que nous attribuons aux saints; puisque le mérite de Jésus-Christ est infini , .à cause <{u'il est Dieu et homme ; et celui des saints fini, à cause qu^ils sont des hommes purs ; d'où suit une autre différence qui n'est pas moins essentielle, savoir que le mérite de Jésus-Christ a^a valeur par lui-même auprès de Dieu, au lieu que les mérites des saints n^en ont que par celui de Jésus -CSirist; ce qui fait qu'en priant Dieu d'avoir agréables les mérites de ces saints, FElglise finit toujours en demandant que ce soit par Jésus-Christ. Per DonU" num nostrum J^sum Christum, et que lé concile de Trente en définissant qu'il est uUle de prier Mes saints de nous obtenir les grâces de Dieu, ajoute, par Jésus-Christ , et décide que c'est par-là qu'ils nous les obtiennent.
Bo8sv£T. Ai^ert. aux FroU i. tS
2*]/^ AYEaTISSEMEirT
XXI. Ainsi il ne reste plus de difficulté dans la ques*- Sr Vffi- ^^^^ ^^ ^^^^ traitons. Il s'agit de savoir si nous
culié dans sommes idolâtres en priant les saints , c^estjt-dir^e^ les objec- ç^ d'autres mots^ si nous égalons les saints* ou à nistrc Ju- Dieuou à Jésus- Christ : et le ministre est d^jà derien, ^leuré d'accor4 que nous mettons une difl^rence très^essentielle du côté de la prière qu on adresse à Dieu. Re$toit celle qu on adressoit à Jésus-Christ ; et la différence n'est pas moins essentielle , de Faveu même^ et par les principes de Daillé et de Bucer ; par conséquent ta question est vidée. C'est çn vain que le ministre triomphe, et qu'il provoque l'Evéque deMeaux à lui répondre. Cet évéque lui a répondu; mais s'il restoit quelque bonne foi à votre ministre y il n'y avoit rien de plus aisé pour lui que de prévenir cette réponse, puisqu'il Fau* roit pu trouver dans ses propres théologiens , aussi claire et aussi distincte que Fauroit pu faire ud des nôtre$.
XXII. En eifet , quoi qu'il puisse dire , il sait bien que le mfi]iie^° la ^^^^ ^i^^ que uoûs adorons n'est pas le Jupiter des docuine et Païens. Les anges et les âmes bienheureuses dont du culte des ^^^ demandons lasociété dans nos prières ne sont
Païens da- ^ ^*^
Tec U nôtre. QÎ ^68 dieUx , ni des demi-dieux , ni des génies , ni des héros, ni rien enfin de semblable à ce que les Gentils imaginoient. Notre Dieu est le Dieu qui seul a fait toutes choses par sa parole , qui n'a pas
commis à ses subalternes une partie dé Fouvrage , comme on disoit dans le paganisme. Le monde li'est pas un arrangement d'une matière que Dieu ait trouvée toute faite ; les âmes et les esprits ne sont pas une portion de son être et de sa sub--
StTU LÉ HEPHOCHfi DE L IDOLATRIE. S^S
stance« H a tout également tiré du néant y et tout également par luinnéme. Vos ministres n'oseroient nier que ce soit là constamment notre doctrine. Qu'ils entreprennent de nous montrer ce caractère dans le paganisme. Ne $ait-on pas que Jupi-^ ter y étoit le père des dieux ^ à peu près dans le même sens qu'un père de famille Test de ses enfans, et qu'il en étoit le maître , à peu près comme un roi Test de ses ministres, sans leur avoir donné le fond de Fétre? Mais Dieu qui Ta donné à tous les esprits bienheureux , ou plutôt qui le leur donne sans cesse par une influence toujours nér cessaire y leur donne en même temps toute leur puissance, inspire tous leurs désirs, ordonne toutes leurs actions, et il est lui seul toute leur félicité; choses que les Païens, je dis même les philosophes, ne songeoient pas seulement à attribuer à leur Jupiter. Cette difi^rence infinie de leur théologie et de la nôtre en produit une qui n'est pas moins grande dans le culte. C'est qu'au fond, tout notre culte se renferme en Dieu. "Nous n'honorons dans les saints que ce qu'il j met : en demandant la société de leurs prières, nous ne faisons qu'aller à Dieu dans une compagnie plus agréable ; mais enfin c'est à lui que nous allons, et lui seul anime tout notre culte.
Votre ministre nous fait ici une horrible ca-» XXITI. lomnie, mais qui seule devroit servir à. vous désa- ^°"'* . ^f'
' A 7^ ^ ^ lomnie du
huser de toutes les autres. « Les dieux supérieurs miiu«tre,qiii » des Païens, dit-il (0, étoient si célestes, si su- compare no-
Ire doctrine
» blimes et si purs, qu'ils ne pouvoient pas eux*
(0 Ace. des Lutfu I. part* p» x85.
1à']6 AATlRTISSEMEirr
avec celle des j» mémes avoir aucun commerce avec les hommes , Païens. ^ ^^ s'abaisser jusqu'aux soins des affaires , pour
» les gouverner immédiatement et par euxrmêmes. » C'est pourquoi ils établirent les démons comme » tles médiateurs et des agens entre les dieux » souverains et les hommes mortels, disoit Pla* » ton u. Il est vrai, c'est la doctrine de Platon ; / et c'est aussi ce qui met une différence infinie entre lui et nous. Car qui jamais a ouï dire dans TEglise qu'il fût indigne de Dieu de se mêler par iui-méme des choses humaines , ou qu'il fallût mettre entre lui et nous cette nature mitoyenne ou médiatrice des démons? Cest pourtant ce qu'on nous impute. Car écoutons le ministre. « Or, dit* » il (0, une goutte d'eau n'est pas pluft semblable » à une goutte d*eau que cette théologie païenne « à la théologie du papisme. Dieu et Jésus-Christ, )» disent-ils, qui sont nos grands dieux, sont trop a» sublimes pour nous adresser droit à eux ». Je ne sais comment on ne rougit pas d'une si grossière calomnie. Car ce ministre sait bien en sa conscience, qu'outre que Dieu et Jésus-Christ ne sont pas nos grands dieux j puisqu'ils ne sont pour nous qu'un seul et même Dieu, avec le. Saint* Esprit, et que c'est une trop hardie imposture de nous faire parler ainsi , contre toute notre doctrine , ce n'en est pas une moindre de nous faire dire, i/u'on ne peut aller droit à eux; puisque constamment toutes les collectes, toutes les secrètes, toutes les post-communions,, toutçs les prières du sacrifice, le Gloria in excehis, le Te
(>) Ace. des LuUu L part» p. 184.
SUR LE mBPROCHB DB I*'ID0LA.TR1E. S77
Deum, toutes les autres prières du service ou du bréviaire sadressent ou à Dieu par Jésus-*Christ , ou à Jésus -Christ lui-même, et que dans celles qu'on adresse aux saints , dans les litanies et dans quelques autres endroits , dès -là qu'on les prie de prier pour nous, on ne fait que s*unir à eux par la charité, pour aller à Dieu. On ne les regarde donc pas comme des natures mitoyennes et médiatrices; mais on entre en société avec eux, pour aller également à Dieu; puisque si Dieu nous a donné un médiateur nécessaire en Jésus- Christ, il est pour eux comme pour nous, et qu ils n ont d'accès qu'en ce seul nom et comme membres de ce même Chef. Qu'on nous montre ce ca^ ractère dans le paganisme? Mais on vient de nous montrer un caractère tout contraire, en nous di«^ saut que les grands dieux du paganisme sont trop sublimes pour se mêler* par eux - mêmes de nos affaires, ou avoir aucun commerce avec nous* Votre ministre sait bien que nous ne disons , ni ne croyons rien de semblable. Quand donc il ose avancer quune gouite d'eau n'est pas plus sem." Uable à une autre goutte d'eau j que notre doc-^ trine à celle des Païens \, il parle contre sa con^ science et contre ses propres paroles, et l'iniquité se dément visiblement elle-même*
Achevons : le culte est intérieur ou extérieur, xxiv. l'intérieur est le sentiment qu'on vient de voir^ Q«e noue
* . - culte inic-
Pour donc montrer notre culte intérieur dans les Heur est infi- Païens, il y faut montrer nos sentimens, qu'on nimentdifië-
- j , rcntde celui
les y montre tels que nous venons de les exposer. ^^ paicn». Que si Ton prétend que ce n'est pas là notre doc-
2']6 ÀTEKTIfiSEXElIT
tnne , et qu'on répète les calonmies cent fois réfutées ; qu on nous attaque du moins une fois dans ce fort , et qu*on y découvre le moindre trait d'idolâtrie.
XXV. Mais si le cidte intérieur des Païens est si esemonstra- sentiellemeut différent du nôtre, donc le culte
tiondeiamé- ^^ ,. ^ .
me diSV^ren- extérieur n'étant que le signe de Tintérieur, il ce dans le s'eusuit qu'il y a la même différence. En effet les rieur. Païens, qui regardoient tous leurs dieux, et les
plus grands , et les médiocres , et les plus petits comme des natures à peu près semblables , leur offroient aussi à tous également le même culte du sacrifice , que nous réservons à Dieu seul , quoi qu'en dise le ministre. À lui seul appartient la souveraine louange , à lui seul la reconnoissance d'un empire absolu et tout-puissant, et l'hommage de l'être reçu , tant de celui qui nous fait hommes f que de celui qui nous fait saints et agréa*^ blés à Dieu. Si l'on croit trouver tout cela dans ^ le paganisme, on croit trouver la lumière dans les ténèbres ; et si l'on croit seulement y en voir quelque ombre, c'est qu'ail faut bien trouver dansi l'erreur le fond de la vérité qu'elle gâte , et dans le culte des démons, ce qu'ils imitent, et ce qu'ils dérobent du culte de Dieu.