‹ Histoire des variations des églises protestantes, suivie des avertissemens aux Protestans, sur les lettres du Ministre JurieuChapitre 21 sur 55 · VIOLÉES · texte numérisé non relu

VIOLÉES

Vf,'

iUR

La sainteté et la concorde du mariage chrétien

violées*

Mes CHJBRS I^aèREdy

Il n'y a rien de si sacré dans les mystères de \ la religion , que M; Jurieu n'ait cru devoir atta^ dtmavert^ qner pour défendre votre cause : vous Tavez vu semeiu nûdans- les Âvértissemens précédens. Les deux sui- ^"^' vans vous feront voir qu'il attaque encore les fondémens que Jésus-Christ a donnés à l'union des familles et au repos des empires , et c6 ministre n'a rien épargné.

G'étoit pour lui et pour toute la Réforme un ^\ endroit fâcheux que le vi' livre des Variations , j^nn^e pg^ où l'on voit la permission donnée à Philippe^ land- les chefs de grave deHesse, le héros et le soutien de la Ré- ^ p^.^ formé, d'avoir deux femmes ensemble , contre la landgrave de disposition de l'Evancrile et la doctrine constante He8se,deie-

* ^ lurdeuxiem-

des dirétiens de tous les siècles. U n'y avoit rien iq^, «nsem- BossTJET. Averî. aux Prot, u 19

290 QUATRIÈME ATEaTISSEMENT

ble: nëcessi- de moins convenable à une Réforme et au titre té de défen- j^ Rëftwrmateurs , que d anéantir «un si bel article

are cette 11.

acandaleuM de la morale chrétienne , et la Réforme que Jepermistloii. gus..Ghrist même avoit faite dans le mariage, lorsque s'^vant au-dessus de Moïse et des patnardies, il régla la sainte union du mari et de la femme y selon la foime que Dieu lui avoit don* née dans son origine. Car alors en bénissant Famour conjugal comme la source du genre humain f il ne lui permit pas de s*épancher sur plusieurs objets , comme il arriva dans la suite lorsqu^un même homme eut plusieurs femmes : mais réduit à Funité de part et d'autre, il en fit le lien sacré de deux cœurs unis ; et pour lui donner sa perfection , et à la fois le rendre une digne image de la future. unicm de Jésus* Christ avec son Eglise, il voulut que le lien en fût éternel comme celui de TEgUse avec Jésus -Christ. •G'eit sur cette idée primitive que Jéaus - ChrisI réforma le mariage , et comme disent les Pères , il se montra le digne Fik du Créateur, en ra|>pelant les choses au point où eUes étoient à la création. C*est sor cet immuable fondement qall a établi la sainteté du mariage chrétien , et le repos des familles. La pluralité des fenunes aur Irefbis permise ou tolérée , mais pour un temps et pour des raisons particulières , fut ôtée à ja* mais , et tout ensemble les divisions et les jalou^ sies qu'elle introduîsoit dans les mariages les fins saintsi. Une lemme qui donne son oœur tout entier et à jamais , reçoit d*un époux fidèle un pareil présent , et ne craint point d*étre mépris

«U« LES LETTRES DE M. lOElBXT. !>gî

sée ni délaissée pour une auti-e. Toute la famille est unie par ce moyen ; les enfans sont élevés par des soins conununs; et un père qui les voit tous nattre dune même source, leur partage égale-^ ment son amour. C'est Tordre de Jésus-Christ, et la règle que les chrétiens n*ont jamais violée pai* aucun attentat.

Mais Luther, Bucer et Melanctm^ trois chef^ principaux de la Réforme, <mt osé y donner at^teinte : ce sont les premiers des chrétiens qui ont permis d avoir deux femmes à un prince qui confessoit son intempérance. On ne pouvoit pousser plus loin la corruption ; et comme cette permis^ sion est inexcusable, il en falloit abandonner les auteurs à la détestation de tous les iidèles. Mais Tendroit est trop délicat. Quel abus oseroit-an dorénavant reprocher à l'Eglise catholique , si on en avouoit un si criant dès le commencement de la Béforme , sous ses chefs et dans sa pltu grande vigueur ? C'est pourquoi M. Jurieu, rap-' pelle ici tout son esprit pour excuser les Réformateurs le nûeux qu'il peut ; et lui qi^i ne fait que courir ou pour mieux dire , voltiger sur les autres variations des Pxatestans, prend un scia particulier de défendre celle-ci.

D'abord il voudroit pouvoir douter du lait/ Iff. « Je dirai, dit-il (0, quelque chos^ sur un fjgiH ï'<?'*nnwtre j» dont M. Bossuet fait grand bruit : c'est, u&e y^nZt^e » consultation véritable ou prétendue du fend- rendre le^Enît » grave » : il n'ose dire qu'elle sqit fa^sse^.J'^i °'***"*' fait voir qu'elle étoit publique il y a douze ans ,

ag^ QUATKliËME ATEETISSEMERT

sans avoir été contredite (0 : les actes en sont produits tout entiers en forme authentique dans une histoire (^) attaquée en mille endroits^ même par des auteurs protestans , sans qu'ils aient osé toucher à celui-ci. Tai ajouté, pour confirmer ce fait important y Finstruction donnée à Bucer par le landgrave lui-même , pour obtenir de Lu* ther et de Melancton cette honteuse dispense. Tout cela a été rendu public , comme on a vu dans FHistoire des Variations , par un électeur palatin y et par un prince de la maison de Hesse, un des descendans du landgrave. Nous avons encore produit en confirmation des lettres de Luther et du landgrave (^) : et un fait si honteux à la Réforme est devenu plus clair que le soleil. Il ne faut donc pas s'étonner si le ministre n'a osé le nier. Vous voyez en même temps qu'il voudroit bien ne pas avouer qu'il soit constant : mais c'est un foible artifice ; et s'il y avoit quelque chose à dire contre des actes si authentiques que j'ai soutenus de tant de preuves , on l'àuroit dit il y a long-temps dans le parti , ou enfin M. Jurieu le diroit maintenant.

IV* Passez donc condamnation sur le fait. Il faut

Vaines cU- y^^j,. comment on pourra le pallier, et connoître nistre, etaes '^ Cette tois pour toujours les vains raisonnemens, koifteoMs la vaine science , et en un mot les vains artifices r crimina- j^- vôtre grand défenseur.

It prend d'abord son aii* de dédain , comme *il fait quand il n'en peut plus : et voilà, dit-

• (0 For. ^cV. yi, n. 9. — (») FarOlas, Bût. de VH&, L la. — P) Var. U9, Ti, ». 10.

sua LSS LETTRES DE X. ItlAIEU. âpS

il (0, qui retient bien au titre et au bui des Va^ rùaions. Quoi ! ce n'est pas innover et varier dans la doctrine , que d'en changer un article auquel aucun chrétien , et pas même les Réformateurs n'avoient encore osé. donner d'atteinte 7 et le mariage chrétien deviendra semblable à celui des infidèles ^ sans qu'on puisse imputer de variations aux auteurs d'une si étrange nouveauté ? « Mais ^ ^ dit -il Wf cela ne fait rien pour prouver que 9 les vérités venues de Dieu obtiennent d'abord 9 toute leur perfection »...Je l'avoue. Je ne pré* tends pas prouver ici cette vérité : je la suppose connue et même prouvée ailleurs , si elle avoit besoin de preuves (3) : je fais voir seulement ici que l'Eglise protestante est entraînée par un esprit d'innovation , et ne laisse rien d'inviolable pamû les fidèles , pas même la sainte alliance du mariage. Voyons comme on se défend de ce reprodte.

Après les airs de dédain , on vient aux injures ; autre marque de foiblesse : et on écrit ce que j'ai honte de répéter , mais ce que néanmoins je ne piiis taire, que n FEglise romaine donne des dispenses » des crimes les plus afireux , accorde des indul- » genoes à ceux qui out couché avec leur mère et » avec leur sœur, permet d'exercer la sodomie les » trois plus chauds mois de l'année, et en a signé » la permission pai* son Pape (4) » . On ne peut assez s'étonner ni de l'impudence d'un si infâme langage , ni de celle d'avancer sans la moindre preuve

(0 LetL Ym,p. Sj. — W lUd. — i}) Kar. Préf, n. i et tuii^ — > (4) Jur» LetL yuî, p. Sj»

^94 QUÀTRIÈMIS AVERTISSEMElfT

des faite si atroces : car il s'agit de dispenses et de permissions ; il s'agit non des indulgences qu'on pourroit donner , après les crimes commis , aux pécheurs vraiment repentans , de peur qil abîmés dans un excès de tristesse, ils ne tombent dans le ddsespoir ; car de telles indulgences n'ont point de difficulté , et on sait que l'apôtre même en a donné de semblables (0 : les indulgences qu'on veut ici que nos papes aient signées , ne sont pas celles qu'on accorde à un pécheur accablé par la douleur de son crime , mais de celles où on lui permet de le commettre* Votre ministre ose nous imputer de cette sorte d'indulgence qui nous fait honneur : mats on connoU son artifice. Il ne croit pas que vous puissiez vous imaginer qu'il écrive des faits si étranges isans quelques preuves : et il est vrai que cela n est pas croyable : mais néanmoins il est vrai en même temps, qu'il ne <:ite rien pour prouver ce qu'il avance. Il ne produit peint ces décrets honteux signés par les papes : on ne peut pas deviner où il les a pris y non plus que ses autres calonmies. U n'y a que le p^re de men« songe, dont le nom propre est celui de calom*niateur , qui puisse les avoi^ inventées. Mais quoi ! plus la raison manque y plus un homme violent répand d'in|ures ; et il n'y a plus à s'étonner que de ce qu'on l'écoute parmi vous.

y. Mais venons au fond. Il est question de savoir

Ignorance gî Luther, Mclauctou > Bucer, ces trois piliers tre 8UP la loi ^ ^^ Réforme, ont eu droit de dispenser le landdcsmariages. grave de la loi de TEvangilç qui réduit le ma^

W//. Cor, 11.6,7.

SUR LES LETTRÉS DB M. ]P0RIElT. 2g^

riage à Vvmié ; ^t pav -là d'ëtablîr une dbatriius directement coDirtiire à œUe de tout ce qu il y: a jamais eu de chrétiens dans- f univers, he nû^ HÎstre s'embarrasse icv d'une si terrible manière^ qu'on* ne eoo^endrmt rien dans tout son dis* cours y si- pour le rendre plus intelligible on ne.. lAdioit de te* réduire à queli|ùes principe. Voici^' donc comme il raisonne : « Les- lois naturelles,

» dit -il (0-, sont entièrement indi^ensabtes : » mais quant aux lois positives , tellies que soûl: » celles du mariage , on en peut être dispensé.^ » non-seulement par le législateur , maïs encore » par la souveraine nécessité. Ainsi ^ continue* » t-il^ les enfbns d'Adam et deMoé se marièrent 9 au premier degré de consanguinité , frères- et 3» sœurs y quoiqu'ils n'en reçurent dispense , ni » du souverain Législateur y ni de ses ministres : 9 la nécessité en dispensa ». Dissimulions pour un temps la prodigieuse ignorance de ce'ministre> qui premièrement ose avancer que ks enfans do^ Noé se marièrent frères et sœurs comme ^ma d'Adam. Où a-t-U révtf cela? l'Ecriture ditexpres* sèment et répète cinq ou six fois y que les troi{; enlans de Noé avoient leurs femmes dirnsfaiiche^ dont ib euirent des enfans après le déluge W : mais qu'elles Missent leurs sœurs^ c'est ce qu'on ne voit. nulle* part. Qui les auroit obligés- à épou?^ ser leurs sœurs avant que d'entrer dians^ Karche , (car ïk y entrèrent marié») pendcmt que toute la. terre étoit pleine d'honuncs? et où M. Jurieu pomroit-il trouver alors cette souveraine néce&»

(■) Lett. nii, p» 57. — (») Gen, vi, vu, viii, i«, x*

AqS QUAT&IBMB AVERTISSEXBlfT

site qu il nous allègue ? U n'en parott non plua dans la suite : les enfans de Fun des trois frères pouvoient choisir une fenune dans la famille des autres : de cette sortç , sans se marier frères et sœurs au premier degré de consanguinité j, comme l'assure M. Jurieu , les mariages pouyoient se faire entre les germains ; et on ne sait où, le ministre a pris le contraire. Mais cette erreur n'est rien eu comparaison de celle où il tombe, lorsqu'il con<* dut par ses raisons, que le mariage d'entre frères et sœurs n'est pas contre la loi nat|irelle, sous prétexte qu'il s'en est fait de semblables dans Torigine des choses ; par où il montre qu'il ne sait pas même qu'il y a un ordre entre les lois naturelles , les moindres cédant aux plus grandes. Ainsi, lorsque les enfans d'Adam se marièrent ensemble au premier degré de consanguinité, ce ne fut pas une dispense de la loi naturelle^ qui 4éfend le mariage de frère à sœur ^ mais l'effet de la subordination de cette loi à une autre loi plus essentielle , et si pn peut parler ainsi , plus fondamentale, qui étoit celle de continuer le genre humain.

. Il n'y a donc rien de plus mauvais sens à votre ministre, que de parler ici de dispense. Mais après tout s'il, en falloit une ou pour les enfans d'Adam , ou enfin , s'il platt au ministre , pour ceux de. Noé , elle étoit suffisamment renfermée • dans ce commandement exprès de Dieu : Croissez, et multipliez, et remplissez la terre (0. Commandement donné aux premiers hommes dès Tq^

SVa LBê LETTABS DB X. JUBIBIT. ^97

rigine du monde , et qui obligeroit sans difficulté en pareil cas ; mais commandement que Dieu daigna bien encore réitérer à Noé et à ses en^ fans (0 : de sorte qu*avoir i*ecours à la seule né^ cessité dans cette prétendue dispense , sans y reconnottre l'expresse autorité du Législateur^ c'est assurément une ignorance du premier ordre. Mais c*en est une de la même force de ne pas entendre dans ce précepte divin la voix même de la nature , qui veut être multipliée et qui ne veut pas périr , parce que son auteur Ta faite pour durer. Cest aussi pour cette raison qu'il a créé les deux sexes y qu'il les a bénis y qu'il y a répandu sa fécondité ^ et quelque image de l'étemelle génération de son Fils : ce qui fait que leur union est autant de droit naturel ^ que leur distinction ; de sorte que c'est sans raison qa'on a ici recours aux lois positives.

n ne falloit donc pas dire si absolument que les lois du mariage sont des lois positives^ et que le mariage est de pure institution : comme s'il n'étoit pas fondé sur la nature même , ou que la sainte société de l'homme et de la femme, avec la production et l'éducation des enfans , ne fût pas au fond de droit naturel y sous prétexte que les conditions en sont réglées dans la suite par les lois positives.

Mais il y a encore ici une autre erreur : c'est qu'en parlant des lois positives qui ont réglé le ma^age , le ministre oublie de dire ce qui étoit en ce cas le principal , qui est qu elles sont divi-

(0 <ir#n. IX. U

nes^ par conséquent indispensables d^ leur nature

tant qu*eHes subsistent ; et si M. Jumu y avoit

pensé y il n^auroit pas dit eemrae i) feit^ que la

souveraine nécessité piii^e di^enseF de ces lois;

puisque c est dire que Dieu commande àes choses

dont il est souvent nécessaire de se dispenser;

doctrine aussi ridicide qu*eU« est inouie. Mais

laissons ignorer ces clMises à notre ministre , et

efibrçon&4ious de- comprendre o& il en veut venir

par tons ces- détour».

^ i- Ce fondement des dispenses des lois positives ,

arUclTd^ même divines, p»r la souveraine nécessité étant

Réformepro- sopposé, M. Jurveu passe au divorce dont il ne

poses par M. ^'^i nullement dans cette a&ire ; puisque le

Jurieu sur le " ' r ^

mariage et landgrave , sans faire divorce avec sa femme, en* «irledivor- pi4| un^ autre, et demeura également avec les deux. Mais puisque M. forieu pour embarrasser la matière veut nous parier dur divorce, ayons la patience de l'entendre. « Les lois, dit-it (0, qui » regardent le divorce, ne sont poin^d^une autre » nécessité que celles qui regardent les degrés » dans lesquels les mariages sont incestueux : ni » Dieu ni les hommes n'en dispensent plus : mais » au moins ta nécessité en peut dispenser. Le » Seigneur Jésus -Christ déclare que Fadultère » dissout le mariage, et cjaiva homme qui y sur- » prend sa femme la peut abandonner et en pren* » dre une autre : c'est la raison de la nécessité » qui faât cela ^ et non pas la nature et Fadul- )> lèi'e ».

Ne donnons pas ici le plaisir à notre ministre

c») Leit. VIII, /?. 5Sf c. a.

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