‹ Histoire des variations des églises protestantes, suivie des avertissemens aux Protestans, sur les lettres du Ministre JurieuChapitre 22 sur 55 · UB LB8 LETTKES DE H* JU&IEU. ^QQ · texte numérisé non relu

UB LB8 LETTKES DE H* JU&IEU. ^QQ

de nous détourner sûr la question de Tadoltère et de la dissolution du mariage en ce cas : mais si c'est là une dispense y qu'il reconnoisse du moins que Fautorité du Législateur y intervient^ puis* qu'il Fattribue lui-mé|ne à notre Seigneur.

Passons outre. « L'apôtre saint Paul^ poursuit » M. Jurieu (0, nous donne un autre cas de né*- » cessité qui dispense des lois du mariage : c^est » le refus de la cohabitation ». Voici une npu* velle doctrine ^ et de quoi ^ossir les Variations^ si on enseigne que le mariage contracté entre les fidèles après le Baptême peut se rompre^ même quant au lien, par le refus de Fune des deux parties. Luther Fa dit ; je le sais , et je m'en suis étonné (^) : pais je v^e croyois pas que ces excès fussent approuvas dans la Réforme. Les lumières y croissent tous les jours , et le ministre ne fait « aucune difficulté qu'un mari dont la febime se- 9 roit entre les mains des Barbares , sans aucune » espérance de pouvoir être t'etirée, après y avoir » fait tout ce qui est possible ^ pourroit légitime- » ment passer à un autre mariage ; de même que » les lois civiles permettent à une femme dont » le mari est absent durant plusieurs années , de » présumer son mari mort et de se remarier (3) ». Nous aUons loin par ces principes : la perpétuelle indispoJBÎtion survenue à un mari ou à une femme> n'est pas un empêchement moins invincible ^ que l'absence ou la captivité même : il faut donc que

(») Lett. riii, /?. 59. — (») ^«r. &V. tï, /i. ii. — W Jur. Xett. TUi, Ibid.

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les mariés se quittent impitoyablement dans ces tristes états. Mais Tincompatibilitë des humeurs , maladie des plus incurables y ne sera pas un empêchement moins nécessaire. M. Jurieu n'a qu'à suivre son raisonnement : par ses soins le mariage deviendra si libre, qu'il n'y aura plus à se plaindre de ses contraintes ou de ses incommodités ; et les apôtres auront eu tort de dire à leur maître, lorsqu'il défendoit si sévèrement le divorce , MaU tre, si telle est la condition du mari et de la femme, il vaut mieux ne se, pas marier (0. Quand ils parloient de cette sorte, ils ne songeaient pas aux commodités que le christianisme réformé devoit apporter aux mariages. Voilà des facilités et des complaisan^ces que notre discipline ne con^ nott pas. La Réforme devoit du moins les étker^ cher dans l'Ecriture , oà elle se vante de trouver toute sa doctrine; et nous ne croyons pas qu'elle dût régler les consciences sur les tolérances de la loi civile pour la plupai^t abolies.^

Pour nous , il y a long -temps que nous en avons purgé le christianisme. C'est une règle inviolable parmi nous de ne permettre les secondes noces à l'une des parties, qu'après que les preuve de la mort de l'auti^e sont constantes. On n'a point d'égard aux captivités ni aux absences les plus longues. Les papes, que la Réforme veut regarder comme les auteurs du relâchemf|;ttt ,. n'ont jatmaâs laissé affoiblir cette sainte discipline(^). L'E-

(>) MaUk. ziz. 10. •* f*) ExL cep, la prâtentia, <2e Spontal. fib, ]▼ DeeretmL tk, i j cap. 19.

SUR LES LETTRES DE M. JX7RIEU. 3ot

glise parle pour Tabsent y et ne permet pas qu'on Foublie ^ni qu'on mette au rang des morts celui pour qui le soleil se lève encore. M* Jurieu nous apprend que « le droit commun de l'Etat des » Provinces-Unies et de tous les Etats protestans, » est que l'absence invincible et la perte irrépa* » rable du mari ou de la femme après quelques » années, est réputée une mortCO ». Mais corn* ment est-ce qu'on peut croire l'absence d'une personne invincible , et sa perte irréparable tant qu'elle est vivante 7 Cependant c'est le droit corn'nmn devions les Etats protestons^ et les exemples par conséquent en sont ordinaires : une absence de quelques années a cet effet. Apparemment ; ces quelques années s'écoulent bien vîte : car un chrétien réformé ne peut pas attendre long^temps la liberté de sa femme , quoiqu'il la sache vivante : il suffit qu'il en croie la perte irréparable pour lui., selon l'état de ses affaires. Si elles l'appellent à Batavia ou plus loin , et que sa femme ne puisse supporter la mer, après quelques années, M. Jurieu, et si nous l'en croyons, le droit commun de la Réforme , lui permettra d'en prendre une autre. Qui peut douter après cela de Fempêchement.d'une .maladie incurable? Nulle absence ne sera jamais plus irréparable ; et il est plus aisé de s'échapper d'une captivité, quelque dure qu'on se l'imagine , que de guérir de telle maladie. Un confrère de M. Jurieu lui reproche ses facilités (^) : mais il le traite d'ignorant , et méprise sa cri-

(■) Leti, xxi, p, i68. — ^) B.ép. dun Ministre sur h sujet des p, Proph, du Dauph. etc.

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tique. Cet auteur, dit-il (j)^ ne sait rien, et cri*

tique tout. Pour les papes , dans ces occasions ils

conseillent la prière ^ le jeûne ^ la patience; et

Jésus-Christ ayant prononcé si absolument y que

J homme ne sépare pas ce que Dieu a uni W ^

nous ne trouvons point de nécessité qui dispense

de cette loi. Si la Réforme Fa corrigée y nous ne

voulons pas être réformés à ce prix. Mais enfin ,

passons tout ceci à M. Jurieu y et tâchons de voir

à la fin s*il conclura quelque chose en faveur de

la permission donnée au landgrave.

vn. « Il faut , dit-il (3) , observer après cela que le

idé ''dn^di- * ^ivorce cst unc espèce de polygamie». Voici

Torceetsaite une étrange idée : le divorce, qui est la rupture

d*extrava- j^ jj^^ j^ marîaffe, est un moyen de Tétendre

cances. . .

et d'établir la polygamie. Mais voyons la preuve du ministre : « Car celui y dit -il, qui se marie à » une autre femme y la première étant vivante, x> a plusieurs femmes actuellement, encore qu'il » n'habite pas avec les deux ensemble ». A la bonne heure : qu'on permette donc au landgrave de faire divorce avec sa femme, puisqu'on lui en veut donner une autre. Ce sera sans doute un attentat contre l'Evangile ; mais bien moindre que d'autoriser hautement la polygamie à l'exemple des Mahométans , et de vouloir mettre deux femmes également légitimes dans un même lit nuptial.

^^' Au reste , je laisse passer pour un peu de temps

liondesprin- ^^*^^ étrange proposition , qu'une épouse qu'on cipca de M. abandonne , et sur laquelle on n'a plus aucun

(0 Jur. Lett. XXI. — (•) JUatik, xix. 6. — '}) Jur. Lett. Tiii.

SVR LES LETTRES BS H. JU&IEU. 3o3

droit., non plus (}u*elle sur nous, le contrat étant Jurien à Tafrésolu départ et d autre, soit encore une épouse : ^**''«^'*^'^dîe laisse, dis- je t passer cela par le désir qui ine presse, |e Tavoue^ de voir enfin les conclusiona que le ministne prétend tirer de ces beaux prinopes : les voici ; jk Toutes ces consistions font » voir que les théologiens luthériens, qui eurent » la complaisance de permettre au landgrave de j» prendre une «econde femme du vivant de la »^ première , se sont trompés beaucoup plus dans » le fiiît que dans le droit (0 ». Cest directement le contraire. Le £ait étoit que le landgrave leur déclarait ibrt grossièrement et sans équivoque, ce que j'ai J»onte de répéter , çuil ne voulait ni ne poupoit se contenter de sa femme (s) ; et le droit étoit de juger que c*étoit là un moyen légitime d'en avoir une autre. Ils se trompent donc beaucoup moins dans le fait , qui pouvoit dépendre en qihslqtte façon de la bonne foi du prince , que dans Je droit qui étoit constant par l'Evangile , où il est clair qu'on ne peut avoir qu'une seule femme , sans que jamais on ait douté de cette règle. Mais passons, ic Le principe sur lequel ils j> se ^ont fondés, (Luther et ses consul tans) c'est » que les lois du mariage étant des lois positives, » la néces^té en certains cas en dispensoit ». Il falloit avoir ajouté , quoiqu'elles fussent divines: et Terreur seroit en ce cas de reconnoitre des nécessités contre ces lois ; puisque c'est donner le moyen de les éluder et de s'élever au-dessus de Dieu. Poursuivons, «c Us ont fondé cette maxime

(0 Jur, Iau. VIII, p. 54* — (*) imu du Lanâ. Var, Uv, n.

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a> sur la permission que donnent Jésus - Christ et » saint Paul de rompre les liens du mariage en a> certains cas». Mais au contraire , bien ëloignéa d'avoir fondé leur résolution sur la permission de rompre ce mariage ^ ils ont si bien supposé qu'il n'y avoit pas lieu de le rompre ^ qu ils ont donné au landgrave une autre femme sans le séparer d*avec la sienne : en sorte que ce n'étoit plus deux personnes dans une même chair ^ comme Jésus* Christ Tavoit commandé (0; mais trois, contre son précepte , et contre le sacré mystère du mariage chrétien y qui ne donne à un mari qu'une seule épouse y comme il ne donne à Jésus -Christ qu'une seule Eglise* Mais voici la conclusion plus ridicule et plus indigne, s'il se peut, que tout le reste : « Ils peuvent, dit -il i?) , avoir poussé ce » principe trop loin , en l'étendant à la polyga- » mie formelle : s'ils se sont trompés en cela , leur ^ » erreur vient de ce que j'ai dit , que le divorce

» est une espèce de polygamie ; et ils ont confondu » la polygamie directe avec la polygamie indi^» » recte : ce qui n'est qu'une erreur humaine ». Si, pour éluder une loi expresse de Jésus-Christ, il ne faut qu'embarrasser un discours, et en pousser l'ambiguité jusqu'à la dernière extrémité où l'on peut aller ; le ministre a gagné sa cause : mais tâchons de développer , s'il est possible , l'obscurité affectée de son discours.

TX. La polygamie directe et formeUe doit être

Qaeleiter- J'avoir deux femmes ensemble, avec lesquelles uisue sont ^^ ^^ conjugalement : la polygamie indirecte doit

0) Mao. XIX, 5.^i*)Ihid.

être

SJTR LB6 LETTRBSBB If. IVRIBU. 3o5

être y après le divorce, d^avoir une feminte^ vraie incompaii* femme, sur laquelle cm ait le droit conjugal, et ^^1^ une autre qu'on ait quittée, et sur laquelle il ne sedétmitpar reste plus aucun droit. Je demande si on s'est eUennéme. îamaîs avisé d'appeler cela.pdyi^aiie? Mais tout est pernûs pour excuser les Réformateui*s : il faut bien embrouiller les choses quand on n'eu peut . plii8> et que le foible de la cause va se faire sentir '

aux plus ignorans. Qoe si on réduit "en termes Communs le raisonnement du miùistre, il veut dire «que Luther et ses consultans, persuadés qu'en certains cas, comme dans celui de i'abs^aoe ou de l'adul^re , on pottV<Mt rompre le ma-^ riage en dtant' toiit droit au mari sur la femme qu'il avoit , sont excwables d'avoir cru sur ce foadement qu'on pouvoit donner en même temps à qn seul n^ari un droit légitime sur deux femmes. Bfaisc'est tout.le contraire qu'il faudroitconduré; puisque par les exemples du divorce que le ministre nous allègue, quand ils seroient approuvé^ il parott qu'on ne peut donner une nouvdle femme à un mari, qu'en lui ôtant tout droit sur celle qu'il avoit auparavant : de sorte qu'il n'y a rien de plus ridicule, que de s'imaginer des nécessités, telles qu'étoieut ceJlesdu landgrave, oil il n'y ait point de remède qu'en tenant deux femmes ensemble; puisque c'est manifestement lâcher la bride à la licence, et renv^^r l'Evangile. , .

li^evenons un peu maintenant aux propositions x. que nous avojns laissé passer. Je dis que les lois ^^ raûonpositives divines, tant qu'elles subsistent, ne sont °™^^ ^ BossvET. Averim aux If rot, i. uo

3o6 QUATKIIeXC ilVEkTISSBlliENT

Icf I6û dî?i- pas moins indispensables ^e les naturelles, le ntB^Èuret^ dis qtt'on ne peut non jdus admettre de nécessite ^e coiiy««i- cori^re les unes cpie contre les autres , et que tant cas de itn»- qn*une loi divine subsiste^ alléglier une nécessite '^^' pour s'en dispenser ^ «/est È^éter^r «lî -dessus de

Dieu même. Je dis que M. Jurieu , qui enseigne lé contraire, quoi que Grotius, dont il s^auto* rise, ait pu dire sur ce sujet , n'a compris ni la notion ni la force de la loi naturelle ^ qui après tout n'est inviolable qu'à cause qu'elle est divine. Je dis que ^ sans disputer si Jésus-Christ ou siàint Paul ont permis le divorce en certains cas ^ c'est un attentat impie d'en pousser la pemiissioii audelà. Je dis enfin, que le divorce n'a rieb de commun avec la polygamie ^ et que ce serait se moquer de Dieu , quand il aùn^t permis d'ôter une femme , d'en conclure que «ans sa penni9Bif>nx>n pût en même temps eii avoir deux.

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