‹ Histoire des variations des églises protestantes, suivie des avertissemens aux Protestans, sur les lettres du Ministre JurieuChapitre 28 sur 55 · M. ment. Preuve · texte numérisé non relu

M. ment. Preuve

les armes contre leurs pnnces ; mais cest encore ^,100^^,^^

mieux fait de ne pas les prendre. M;. Jurieu ose-

roit-il bien attribuer cette doctrine aux apôtres?

Mais en quel endroit de leurs écrits en trouvera-

t-il le moindre vestige 7 Quand les premiers chré*

tiens nous ont fait voir qu'ils étoient fidèles à leur

patrie quoiqu ingrate, et aux empereurs quoi-

qu'impies et persécuteurs, ont-ils laissé échapper

la moindre parole pour faire entendre qu'il leur

eût été permis d'agir autrement , et que la chose

étoit libre 7 Au contraire ', lorsqu'ils entreprennent

de prouver qu'ils sont fidèles à tous leurs devoirs^

ils commencent par déclarer qu'ils ne manquent

à rien « ni envei*s Dieu ni envers l'Empereur et

» sa famiUe ; qu'ils paient fidèlement les charges

» publiques selon le conimandelnent de Jésus-

» Christ : Rendez à César ce qui est à César (^) » ;

(0 /. Cor, Tii. 38. » (•) Athenag» Légat, pro Christ. Jutt. ApoL tf hum. I, p. 54*

BossirtT. Jv^ert, aux Prot. i. 2%

338 CJtlTQUIÈMB AVERTISSBMEIIT

qu'ils font des vœux continuels pour la prospérité de TEmpire, des empereurs , de leurs officiers, du sénat dont ils étoient les chefs, de leui^ armées : et enfin y leur disoient ces bons citoyens fidèles à Dieu et aux hommes , « à la réserve de la reli» » gion y dans laquelle notre conscience ne nous » permet pas de nous unir avec vous y nous vous ]> servons avec joie dans tout le reste ; priant Dieu » de vous donner avec la souveraine puissance 3t> de saintes intentions (0 ». G^est ainsi qu'ils n'oo-' blient rien pour signaler leur fidélité envers leurs princes ; et afin qu'on ne doutât pas qu'ils ne la crussent d'obligation indispensable, ils en parlent comme d'un devoir de religion. Ils l'appellent « la 3» piété, la foi, la religion envers la seconde ma- » jesté, envers FEmpereur que Dieu a établi, et » qui en exerce la puissance sur la terre W ». C'est pourquoi lorsqu'on les accuse de manquer de fidélité envers le prince , ils s'en défendent non*seulement comme d'un crime, mais encore comiûe d'un sacrilège, où la majesté de Dieu est violée en la personne de son lieutenant ; et ils allèguent non-seulement les apôtres, mais encore Jésus- Christ même qui leur dit : Rendez à César ce ijui est à César j et à Dieu ce qui est à Dieu (3) : par où il met, pour ainsi parler, dans la même ligne ce qu'on doit au prince avec ce qu'on doit à Dieu même; afin qu'on reconnoisse dans l'un et dans l'autre une obligation également inviolable : ce qui aussi étoit suivi par le prince des

(0 Just. ihid. TertuL jipoL cap. 5, $9. » (») Tûrtul ApoL tap. 33, 34, 35, 36. — \}) Mqu. zxii. ai.

apôtres y lorsquil avoit dit : Craignez Dieu^ ho* norez le Roi (0 : où Ton ^oit qu'à Fexemple de son maître , il fait marcher ces deux choses d'un pas égal comme unies et inséparables. Que s'ils poussoient cette obligation jusqu'à être toujours soumis malgré les persécutions les plus violentes, fieA que Jésus-Christ*, qui assurément n'ignoroit pas que ses disciples ne dussent être persécutés par les princes , puisque même il l'avoit prédit si souvent , n'en rabattoit rien pour cela de l'étroite obéissance qu'il leur prescnvoit : au contraire ^ en leur prédisant qu'ils seroient traînés de^anê les présîdens et devant les rois , et haïs de tout Je monde pour son nom (^} , il leur déclare en même temps, çuUl les enuoie comme des brebis au milieu des loups (^), sans armes et sans résistance , ne leur permettant que lafuile d*une ville à l'autre, et ne leur donnant autre moyen de posséder leurs ornes, c'est-à-dire, d'assurer leur vie et leur liberté, en un mot, de jouir d'eux-mêmes, que la patience : Ce sera , dit-il (4) , par votre patience que vous posséderez vos âmes. Telles sont les instructions, tels sont les ordres que Jésus-Christ donne à ses soldats. Uefièt suivit les paroles. Les apôtres ne prévoyoient pas seulement les persécutions ; mais ils les voyoient commencer, puisque saint Paul disoit déjà : Tous les jours on nous fait mtourir pour l'amour de vous, et on nous regarde comme des brebis destinées à la bouche*

(0 7. Pet, II. 17. — i») 3fau, x. 16, !i3. — (') Luc. xxf. la , 19- - W /M, 19.

34o CIRQUlfeME ÀVEBTISSBlCSHt

rie (0. Mais les chrëtiens ne sortirent pas pouf cela du caractère de brebis que Jësus-Christ leur avoit donné ; et déchirés selon sa parole par les loups , ' ils ne leur opposèrent que la patience qu il leur avoit laissée en partage. C'est aussi ce que les apôtres leur avoient enseigné : lorsqu'ils virent que les empereurs et tout l'Empire romain entroient en furieux dans le dessein de ruiner le christianisme ; bien instiiiits par le Saint- Esprit de ce qui alloit arriver ^ de peur que la soumission des chrétiens ne fût ébranlée par une oppression si longue, et si violente ^ ils leur recommandèrent avec plus de soin et de force que jamais y l'obéissance envers les rois et les magistrats, ce II est temps, disoit saint Pierre C^), que » le jugement commence par la maison de Dieu. » Que nul de vous ne souffre comme homicide j » ou comme voLeur ; mais si c'est comme chrétien, » qu'il n'en rougisse pas, et qu'il glorifie Dieu » en ce nom ». Ce qu'il répète trois ou quatre fois en mêmes paroles (3) ; de peur que l'oppiression où l'Eglise étoit déjà , où elle alloit être jetée de plus en plus , ne le surprît. Mais il ne répète pas avec moins de soin çu*on soit soumis aux rois et aux magistrats , et afin dé ne rien omettre ^ a ses maîtres mêmes fâcheux et inexorables ; tant il craignoit qu'on ne manquât à aucun devoir, dans un temps où la patience et avec elle la fidélité alloit être poussée à bout de toutes parts. On «ne

(>) Rom. Tiii. 36. — W LPcU ir. i5, i6, 17. . p) Mbid. 11. 191 ao. lu, i4i 17* V* 9r ^^'

SITU LES LETTHES DC V. ItrUIEV. 34t

p«ut donc plus douter que ces préceptes de soumission et de patience ne regardent précisément fétat de persécution. C'étoit en cette conjoncture et en cet état que saint Paul, déjà dans les liens, et presque sous le coup des persécuteurs, ordonnoit qu'on leur fût fidèle et obéissant , et qu'on priât pour eux avec instance (0.

Buchanan a bien osé éluder la force de ce commandement apostolique, en disant qu'on prioit bien pour les voleurs afin que Dieu le& convertit. Impie et blasphémateur contre les puissances ordonnées de Dieu , qui n a point voulu ouvrir les yeux , ni entendre qu'on ne prié pas Dieu pour Tétat et la condition des voleurs , et^'on ne s'y soumet pas ^ mais qu on prie Dieu poui^ l'état et ia condition des princes quoiqu'impies et persécuteurs , comme pour un état ordonné de Dieu auquel on se soumet pour son amour. On demande à Dieu dans cet esprit , qu'il donne à tous les empereurs ^ à tous, remarquez, bons ou mauvais, amis ou persécuteurs ^ « une longue vie, » un empire heureux , une famille tranquille , de » courageuses armées, un sénat fidèle, un peuple -» juste et obéissant, et que le monde soit en re- » pos sous leur autorité W ». Mais peut - on demander cette sûreté du monde et des empereurs, même dans les règnes. fâcheux, si on se croit en 4roit de la troubler?

Enfin , saint Jean avoit vu et souifeil lui-même la persécution , et il en voyoit les suites sanglantes dans sa Révélation : mais il n'y voit de couronne

(«) TiU m. I. /. Tim. ii. i , a. — C») TerL Apol cap. 3a.

34^ CIITQCIÈME ÀTEATISSEMENT

Bi de gloire que pour ceux qui ont vécu dans la patience. C'est ici, dit-il (0 , la foi et la patience * des saints : marque indubitable que les tëmoins et les martyrs qu il voyoit W n'ëtoient pas ces témoins guerriers de la Réforme , toujours prêts à prendre les armes quand ils se croiroient assez forts ; mais des témoins qui n avoient pour armes que la croix de Jésus- Christ ^ et pour règle que ses préceptes et ses exemples : martyrs , comme dit saint Paul (3) y qui résistent jusquau sang ; jusqu'à prodiguer le leur, et non pas jusqu'à verser celiû des autres , et à armer des sujets contre la puissance publique , contre laquelle nul particulier n'a de force ni d action. Car c'est làle grand fondement de Fobéissance , que comme la persécution n'ôte pas aux saints persécutés la qualité de sujets , elle ne leur laisse aussi y se* Ion la doctrine de Jésus - Christ et des apôtres , que lobéissance en partage. C'est ce que les premiers chrétiens avoient dans le cœur ; c'est l'exemple que Jésus - Christ leur avoit donné ^ lorsque , soumis àC&ar et à ses ministres y comme il Tavoit enseigaé , fl reconnolt dans Pilate y ministre de l'Empereur y ane puissance que le ciel lui aidait donnée sur lui-même (4). C'est pourquoi il lui répond y lorsqu'il l'interroge juridiquement, comme il avoit fait au pontife , se souvenant du personnage humble et soumis qu'il étoit venu faire sur la terre ; et ne daigna dire un seul mot à Hé-> rode y qui n'avcÂt point de pouvoir dans le lieu

<«) j^poc. xiii. 10. xiY. la. — (•) ïàid, xi. — W ffeb, xu, 4. —

SUE LES LETTRES DE M. ItTRIEU. 343

OÙ il étoit. Cest donc ainsi qu'il accomplit toute justice y comme il avoit toujours fait ; et il apprit à ses apôtres ce qu'ils dévoient à la puissance publique f lors même qu elle abusoit de - son autorite et qu'elle les opprimoit. Aussi est - il bien visible que les apôtres ne nous donnent pas la soumission aux puissances conmie une chose de simple conseil ou de perfection seulement , et en un mot comme un mieux ^ ainsi que M. Jurieu se Test imagine , mais comme le bien nécessaire , qui obligeoit, dit saint Paul, en conscience (0 ; ou f comme disoit saint Pierre lorsqu'après avoir ëcrit ces mots : Soyez soumis au roi et au nut^ gistrai pour Vamour de Dieu , il ajoute y parce que c*e^t la volonté de Dieu W^ qui veut que par ce moyen vous fermiez la bouche à cei^ qui vous calomnient comme ennemis de FEmpire. Les dirétiens avoient reçu ces instructions comme des commandemens exprès de Jésus -Christ et des apôtres ; et c'est pourquoi ils disoient aux persécuteurs par la bouche de Teilullien y dans la plus sainte et la plus docte apologie qu'ils leur aient jamais '^présentée ^ non pas , On ne nous a pas conseillé de nous soulever, mais, Cela nous est défendu , vetamur & : ni-, C'est une chose de perfection , mais , C'est une chose de précepte , Preceptum est nobis (4) : ni , que c'est bien fait de servir l'Empereur , mais que c'est une chose due , débita Imperatoribus ^ et due encore, comme

(») Rom. XIII. 5. — W /. PeL u. i3, i4, i^.— P) Tert.j4p»l, eap. 36. — {^) Ibid. cap. 3i.

344 CIUQUIÈME AVERTISSEMENT

on a vu , à tiiire de religion et de piété , Pietas et religio Impefatoribus débitai^) : ni, qu'il est bon d'aimer le prince ^ mais que c^est une obligation et qu on ne peut s'en empêcher , à moins de cesser «n même temps d'aimer Dieu qui Fa établi , Necesse est ut et ipsum diligat C^). C'est poun uoi on n'a rien fait et on n'a rien dit , duraïit trois ceirts ans ^ qui fit craindre la moindre chose ou à l'empire et à la personne des empereurs, ou à leur famille ; et Tertullien disoit , comme on a vu, non-seulement que FEtat n'avoit rien à craindre des chrétiens ; niais que , par la constitution du christianisme , il ne pouvoit arriver de ce côtélà aucun sujet de crainte : jà çuiius nihil timere positis (^) ; parce qu'ils sont d'une religion qui ne leur peAnet pas de se venger des particulier^ , et à plus forte raisoi^ de se soulever contre la puis- . sauce publique.

Voilà ce qu'on enseignoit au dedans , ce qu'on déclaroit aîu dehors, ce qu'on pratiquoit dans l'Eglise comme une chose ordonnée de Dieu aux <:hrétiens. On le préchoit , on le pratiquoit de cette sorte par rapport à Fétat où Fon étoit , c'est-à-dire, dans Fétat de la persécution la plus violente et la plus injuste. C'étoit donc par rapport à cet état qu'on établissoit Fobligation de demeurer parfaitement soumis, sans jamais rien remuer contre Fempire. El on ne peut pas ici nous alléguer, comme M. Jurieu fera bientôt, le carac-

t) Tert. ApoL oap. 36. — (») TerL kdScap, cap. 2. ^ WApoL 9ap, 36, 43«

Strt LB8 LETTRES DE Iff. JVHIZV. 34S

tère excessif de Tertullien ^ ni ces maximes outrées qai défeiidoient de prendre les armes pour quelque cause que ce fût ; car l'Eglise ne se fondoit pas sur ces maximes qu on a vu qu'elle rëprouvoit; et n'auroit jamais -souffert qu'on eût avancé une doctrine ëti^ngère ou particulière dans les apologies qu'on présentoit en son nom.' D'où il faut conclure nécessairement ^ que les chrétiens étoient retenus dans l'obéissance , non par des opinions particulières que l'Eglise n'approuvoit pas y mais par les principes communs du diristianisme.

Il n'y a donc plus moyen de dire que tout cela ^^^' n'étoit qu'un conseil et un mieux : et non-seule- ^^ ^ j^en ment les propres paroles de Jésus -Christ et des etdeBacba-

apôtres, mais encore leur pratique même et celle J*f >T»«Io- • *^ . *' ■■ , , DéiBsaiiceaes

des premiers siècles résistent h cette glose. Ainsi chrëtiena il ne reste plus à M. Jurieu que celle qu'il a aussi ^**>>* fondée proposée d'abord; que la patience des chrétiens p„ijBance,ct étoient fondée sur leur impuissance , parce que le précepte dans leur petit nombre ils ne pouvoient rien ^ «*>«*' •«-

r r commode au

contre la puissance romaine. temps.

C'est aussi la glose de Bucbanan , qui soutient que les préceptes de Jésus-* Christ et des apôtres , qui ordonnoient aux chrétiens de tout souffrir , étoient préceptes accommodés au temps d'alors y où l'EgUse encore foible et- impuissante ne pouvoit rien contre les princes ses persécuteurs; en sorte que la patience tant vantée des martyrs est un effet de leur crainte plutôt que de leur vertu. Mais cette glose n'est pas moins impie ni moins absurde que l'autre ; et pour en entendre l'absur*

34(r CIUQUIÈME AVEItTISSEMBirt

dite y il ne faut qu ajouter à Tapologie des chrétiens, qui se glorifioient de leur inviolable fidélité, ce que Buchanan et M. Jurieu veulent qu'ils aient eu dans le cœur. U est vrai ^ sacrés empereurs , vous n avez rien à craindre de nous tant que nous serons dans l'impuissance : mais si nos forces aug« mentent assez pour vous résister par les armes , ne croyez pas que nous nous laissions ainsi égor* ger. Nous voulons bien ressembler à des brebis , nous contenter de bêler comme elles , et nous couvrir de leur peau pendant que nous serons foibles : mais quand les dents et les ongles nous seront venus comme à de jeunes lions, et que nous aurons appris à faire des veuves et à désoler les campagnes , nous saurons bien nous faire sentir, et on ne nous attaquera pas impunément Avoir de tels sentimens , n est-ce pas sous un beau semblant d'obéissance et de modestie couver la rébellion et la violence dans le sein? Mais que seroit-ce, s'ilfalloit trouver cette hypocrisie, non plus dans les discours des chrétiens , mais dans les préceptes des apôtres et dans ceux de Jésus- Christ même? Oui, mes Frères, dira un saint Pierre ou un saint Paul, dites bien qu'il faut obéir aux puissances établies de Dieu, et que leur autorité est inviolable ; mais c'est tant qu'on sera en petit nombre : à cette condition et en cet état vantez votre obéissance à toute épreuve : croissez cependant ; et quaiid vous serez plus forts , alors vous commencerez à interpréter nos préceptes en disant que nous les avons accommodés au temps : comme si obéir et se souiùettre

c'étoit seulement attendre de nouvelles forces et une conjoncture plus favorable , ou que la soumission ne fût qu une politique.

Enfin y il faudra encore faire dire à Jésus-Christ selon ces principes : Vous , Juifs ^ qui souffrez avec tant de peine le joug des Romains , rendez à César ce qui lui est dû; cest-à-dire, gardez -vous bien de le fâcher jusqu'à ce que vous vous sen* liez en état de vous bien défendre. Que si cette glose fait horreur dans les préceptes de Jésus- Christ et des apôtres , avouons donc que les chrétiens qui les alléguoienC pour prouver qu'il n'y avoit rien à craipdre d*eul, en quelque nombre qu'ils fussent et quelle que fût leur puissance , ne vouloient pas qu'on les crût soumis par l'effet d'une prudence charnelle, qui, comme dit M. Jurieu y préfère un moindre mal à un plus grand; mais par un principe de fidélité et de religion «nvers les puissances ordonnées de Dieu, que les tourmenSy quelque grands qu'ils fussent , né-> toient pas capables d'ébranler. I

Laissons donc ces gloses impies de. M. Jurieu xv. et de Buchanan^ qui aussi bien ne peuvent ca- l^àevx drer avec TËcriture j car saint Paul nous fait j^^iea à^ bien entendre que ce n'est pas seulement par la truites par prudence de la chair et pour éviter un plus grand ^ g*p ^^ mal, qu'il faut être soumis aux puissances lorsqu'il dit : Soyez soumis par nécessité, non-seulement à cause de la colère, mais encore à cause de la conscience (0 : oi!i il semble qu'il ait eu en vue *ces deux gloses des Protestans pour les condamner

(■} Jtom* xiix. 5.

34B CINQUIÈME ÀTEKTISSEMERT

en deux mots. Si Ton entreprend de nous faire accroire que les chrétiens demeuroient soumis , mais seulement par conseil , s^int Paul détruit cette glose en disant : Soyez soumis par néces^ site. Que si Ton revient à nous dire , qu'on doit à la vérité être soumis par la nécessité ; mais par celle de la crainte , de peur de se voir bientôt accabler par une plus grande puissance : saint Paul tombe sur cette glose encore avec plus de force ^ en enseignant clairement que cette nécessité n*est pas celle de la cAinte , pour laquelle on na pas besoin des instructions d'un apôti^e^ mais celle de la conscience.

En effet y ce ne pouvoit être une autre néces* site que saint Paul voulût établir dans ce passage. Celle d'être mis à mort n'est pas la nécessité que les apôtres veulent faire craindre aux chrétiens ; an contraire y ils vouloient munir les ch|*étiens contre une telle nécessité^ à l'exemple de Jésus- Christ qui leur avoit dit : Ne craignez pas ceux çui ne peuventfaire mourir que le corps, et rCont point de pouvoir sur l'ame (0. Ainsi la nécessité dont parle saint Paul visiblement ne peut être que celle de la conscience : nécessité supérieure à tout y et qui nous tient soumis aux puissances, non -seulement lorsqu'elles peuvent nous acca* bler, mais encore lorsque nous sommes le plus en état de n'en rien Craindre.

XYI. Car enfin s'il étoit vrai que les chrétiens eus-

Cetteyéritë gent cu d'autres sentimens; si, comme dit M/Juparlesmazi- ^^^^9 ^^ foiblesse OU la prudence les eût retenus^

(0 MaU, X. i8.

plutôt que la religion et la conscience^ on auroit mesethpr^ vu leur audace croître avec leur nombre ; -mais ?^

guac

on a vu le contraire. M. Jurieu traite TertuUien cutéc. de déclamateur et d'esprit outré (>) ^ lorsqu'il dit que les chrétiens remplissoient les villes^ les ci-^ tadelles j les armées , les palais ^ les places pu* bliques, -et enfin tout excepté les temples (^) où Ton servoit les idoles. Mais pourquoi ne vouloir pas ci*oire la prompte et prodigieuse multiplication du christianisme y qui étoit l'accomplissement des anciennes prophéties et de celles de Jésus^ Christ même? A peine l'Ëvangile avoit^il paru; et les Juifs, quoique ce fût le peuple réprouvé , entroient dans l'Eglise par milliers. Voyez ^ mon frère, disoit saint Jacques à saint Paul (3), corn- Bien de milliers de Juifs ont cru. Combien plus se multiplioient les fidèles parmi les Gentils qui étoient le peuple appelé , et dans l'Empire romain qui dans l'ordre des desseins de Dieu en de^ voit être le siège principal ? Saint Paul n outroit point les choses et n'étoit pas un dédamateur,lorsqu'il disoit aux Romains : Votre foi est an» ' noTicée par tout l'unii^ers (4) ; et aux Colossiens , que VE%^angile qu ils ont reçu est et fructifie, et s'accrott par tout le monde comme au milieu d'eux (^). Que si l'Eglise , si étendue du temps des apôtres , ne cessoit de s'augmenter tous les |ours sous le fer et dans le feu, comme il avôit ' été prédit ; ce n'étoit donc pas un excès à Tertul-

(«) LeU, IX , f>. 68. — (») TertuL Apol cap, 87, p. 3o. •* P) AqU XXI. ap. — C*) Rom. u 8. — K^) Cal i. 6.

3dO cinquième ÂTCETI88EMENT

lien de dire deux cents ans après la prédication apostolique y que tout étoit plein de chrétiens : c'étoit un fait qu'on posoit à la face de tout lunivers. Ce qu on disoit aux Gentils dans Tapologie qu'on leur présentoit pour les fidèles ^ afin de les obliger à épargner un si grand nombre d^hommes, on le disoit aux Juifs pour leur faire voir Tac* complissement des anciennes prophéties. Teitullien y après saint Justin , mettoit en fait que les chrétiens remplissoiént tout Funivers , et même les peuples les plus barbares , que l'Empire romain j qui mattrisoit tout ^ n'avoit pu dompter (0. G'étoit donc ici un fait connu qu'on all^uoit également aux* Gentils et aux Juifs. Lés Gentils €ux-mémes en convenoient. G'étoient eux^ dit TertuUien , qui se plaignoient qu'on trouvoit partout des chrétiens ; que la campagne , tes îles , les châteaux , la ville même en était obsédée (^), Quelque outré qu'on s'imagine Tertûllien , l'Eglise pour qui il parloit lui auroit-elle permis ces prodigieuses exagérations , afin qu'on pût la convaincre de faux et qu'on se moquât de ses vanteries 7 Quand donc Tertûllien dit aux Gentils ^ que les chrétiens pouvoient se faire craindi^ à l'Elmpire^ autant du moins que les Parthes et les Marcomans y si leur religion leur permettoit de se faire craindre à leurs souverains et à leur patrie (3) ; si c'étoit une expression forte et vigou* reuse , ce n'étoit pas une vaine ostentation; Car

(>) TerL adJud. JutL adif. Ttfph. -* («) ApoL «. i . — . ()) lUd. çap. 37.

BVK LBS LETTRES DE X. JURIEU. 35l

qui eût empêché les .chrétiens d'obtenir la liberté de conscience par les armes ? Etoit-ce le petit nombre ? On vient de voir que tout Funivers en étoit plein. Nous faisons^ disoit Tertullien (0, presque la plus grande partie de toutes les villes* Nos Protestans approchoient - ils de ce nombre , quand ils ont arraché par force tant d'édits à nos rois ? Est-ce qu'ils n étoient pas unis , eux qui dès Torigine du christianisme nétoient qu'un cœur et qu'une ame ? Est-ce qu'ils manquoient de cou'rage, eux à qui la mort et les plus afireux supplices n'étoient qu un jeu , et Tétoient non-seule* ment aux hommes , mais encore aux femmes et aux enfanSy en sorte qu'on les appeloit des hommes d'airain , qui ne sentoient pas les tourmens ? Peutêtre n'étoient-ils pas assez poussés à bout^ eux qui ne trouvoient de repos , ni nuit ni jour , ni dans leurs maisons , ni dans les déserts y ni même dans les tombeaux et dans l'asile de la sépulture; Que n'y auroit-il pas à craindre , dit Tertullien (^} f de gens si unis^ si courageux , ou plutôt si intrépides y et en même temps si maltraités? Mais peut-être ne savoient - ils pas manier les armes ) eux qui remplissoient les armées et y composoient des légions entières 7 ou qu'ils manquoient de chefs ; comme si la nécessité et même le désespoir n'en faisoit pas lorsqu'on est capable de s'y abandonner. N'auroient-ils pas pu du moins se prévaloir de . tai^t de guerres civiles et étrangères dont l'Empire romain étoît agité , pour ob-

(0 AdScap. c. a. — C«) Ap^U c. 3;.

3Sa CINQUIEME AVERTISSEMENT

tenir un traitement plus favorable ? Mais non : on les a vus durant trois cents ans également tranquilles y en quelque état que Tempire se soit trouvé : non -seulement ils n'y ont formé aucun parti f mais on ne les a jamais trouvés dans aucun de ceux qui se formoient tous les jours. Non*seu«^ lement ^ dit Tertullien (0 , il ne s'est point trouvé parmi nous de Niger , ni d'Albin y ni de Gassius , mais il ne s'y est point trouifé de JVigriens , ni de Cassiens, nid'Albiniens. Les usurpateurs de FEm-^ pire ne trouvoient point de partisans parmi les chrétiens ; et ils servoient toujours fidèlement ceux que Rome et le sénat avoient reconnus. C'est ce qu'ils mettent en fait avec tout le reste à la face de tout l'univers ^ sans craindre d'être démeur tis. Us ont donc raison de ne pas vouloir qu'on leur impute leur soumission à foiblesse. Si Tertullien est outré lorsqu'il raconte la multitude des fidèles, saint Gyprien ne l'est pas moins, puisqu'il écrit à Démétrien, un des plus grands ennemis des chrétiens : Admirez notre patience , de ce quun peuple si prodigieux ne songe pas seun lement à se venger de votre injuste violence W^ S'ils parloient avec cette force du temps de Sévère et de Dèce, qu eussent-ils dit cinquante ans après sous Dioclétien , lorsque le nombre . des chrétiens étoit tellement accru , que les tyrans étoient obligés par une feinte pitié à modérer, lœ persécution j pour flatter le peuple rommn(?)y

(«) j^pol C..35 : ^d Seap. c. a. — (•) Çypr. ad Démet, p. a i6. m^^)Euseb,Lyn\,ç,i^.

dont

SVti LES LETTRES DE X. ITTRIETr. 3S3

dont les chrétiens faisoient dès-lors une partie isi considérable? Les conversions étoient si fréquentes et si nombreuses^ qu'il -^sembloit que tout allait devenir chrétien. On entendoit en plein tfaéati)^ ces cris du peuple étonné ou de la constance ou des miracles des martyrs : Le Dieu des c{irétie<ts est grand. On marque des villes entières dont lout le peuple et les magisti*ats étoient dévoués à Je* »is-CShrist y et lui furent tous consacrés en un seul jour et par un seul sacrifice^ péte-»méle , riches et pauvres y feiùmcs et enfans (0. On sait aussi le martyre de cette sainte légion thébaine , oii tant de braves soldats , que rennemi avoit vus toujours intrépides dans les combats , à Texemple de saint Maurice qui les commaiidoit y tendirent le coa comme des moutons à Fépée du persécuteur. « Q 9 Empereur y disoient -ils (?), nous sommes vos 9 soldats ; mais nous sommes serviteurs de Dieu : » nous vous devons le service militaire ; mais nous » lui devons Tinnocence : nous sommes prêts à » vous obéir y comme nous avons toujours fait^ 9 lorsque vous ne nous contraindrez p^s de Tof- » fensen Pouvez -vous croire que bous puissions » vous garder la foi , si nous en manquons à Dieu? » Notre premier serment a été prêté à Jésus- 9 Christ, et le second à vous ; croirez -vous au 3» second y si nous violons le premier » ? Tels furent les. derniers ordres qu'ils donnèrent aux députés de leur corps pour porter leurs sentimens à Maximien. On y voit les saintes maximes des chrétiens

- (0 EtueL Vf va. , cap, ii. Lact, Div, InitiL lib. y, eap, 1 1. ^ (*) Serm. S. £tscfu pass. Agaitn, Mort. jiCL MwrU p* 990.

* BoMUET. A^ert. aux Prot. i. / a3

3{i4 CINQUiàMK ATE&TISSEMENT

fidèl6S à Dieu et au prince , non par foiblesse mais pkr devoir. Si Genève y qui les avoit vu mourir dans son voisinage et à la tête de son lac ^ s*étoit Mùvehue de leurs leçons, elle n'auroit pas in- ^iré y comme elle a fait par la bouche de Calvin , de'Bèze et de ses autres ministres, la rébellion à toute la France sous prétexte de persécution. Qu on ne dise point qu'une légion ne pouvoit pas Insister à toute Tarmée : car les maximes qu'ils posent y de fidélité et d'obéissance envers l'Empe^ reur, font voir que leur i^ligion ne leur eût non plus permis de lui résister, quand ils auroient été les plus forts ; et enfin si les chrétiens avoient pu se mettre dans l'esprit que la défense contre le prince fût légitime , sans conjurer de dessein for-' iné la ruine de l'Empire , ils auroient pu songer à ménager à l'Eglise quelque traitement plus doux , en montrant que les chrétiens savoiént vendre cher leur vie, et ne dévoient pas être poussés à l'extrémité. Mais c'est à quoi on ne songèoit pas; et si on obtenoit, comme il arrivoit souvent , des édits plus avantageux , ce n'étoit pas en se faisant craindre, mais en lassant les tjrrans par sa patience. A la fin on eut la paix^ mais sans force , et seulement , dit saint Augustin , à cause qu^ les chrétiens firent honte , pour ainsi dire ^ aux lois qui les condamnoient, et contraignirent les persécuteurs à les changer. Imputer à de telles gens qu'ils sont soumis par foiblesse, ou modestes par crainte, ce n'est pas vouloir seulement désh<H norer le christianisme , mais encore vouloir ob-

SUR LES LETTRES filB H. ItJRI&U. 355

scarcir la vérité même plus claire que le soleil. Car, au contraire , on voit manifestement que plus TEglise se fortifioit ^ plus elle fàisoit éclater sa soumission et sa modestie.

Cest ce qui parut plus que jamais sons Julien ^VII. TApostat , où le nombre des chrétietis étoit sî ,,„ ,/*' ® accru, et TEglise si puissante , que toute la mul- julien lAtitude qu'on a vue si grande dans les règnes pré- P*»^'* cédens, en comparaison de celle qu'on vit sous cet empereur , parut petite. Ce qui fait dire à saint Grégoire de Nazianze (0 : « Julien ne sons> gea pas que les persécutions précédentes ne y* pouvoient pas exciter de grands troubles, parce » que notre doctrine n*avoit pas encore toute son » étendue, et que peu de gens connoissoient la » vérité D ; ce qu'il faut faire toujours entendre en comparaison du prodigieux accroisseincnt arrivé durant la paix sous Constantin et sous ' Constance : ce mais maintenant , poursuit cë saint 9. docteur, que la doctrine salutaire s'étoit éten- » due de tous côtés , et qu'elle dominoit principa-^ ji lement parmi nous, vouloir changer la religion » chrétienne , ce n'étoit rien moins entreprendre 9 que d'ébranler l'Éitipire romain et mettï'e tout » en hatsard ».

L'Eglise n étoit pas foible, puisqu'elle étoit idominante et en état de faire trembler l'Empereur -, VËg^ise étoit attaquée d'une* manière si formidable, que tout le monde den^eure d'accord que jamais elle n'avoit été en plus grand périt: l'Eglise

(0 Oral, m, in JuL com.-i, p. 8o.

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cependant fut aussi soumise en cet état de puissance ^ qu elleavoit été sous Néron et sous Domi* tien y lorsqu'elle ne faisoit que de nattre. Concluons donc que la soumission des chrétiens étoit un effet des maximes de leur religion ; sans quoi ils auroient pu obliger les Sévères , lesValériens, * les Diodétiensà les ménager, et Julien jusqu'à les craindre comme des ennemis plus redoutables que les Perses : de sorte que toutes les bouches qui attribuent la soumission de FEglise à la foiblesse ou à la prudence de la diair , plutôt qu'à la religion , sont fermées par cet exemple.

Et il ne faut pas s'imaginer que la religion ne fût dominante que parmi le peuple , et qu'elle fût plus foible dans l'armée; car il parott au contraire qu'après la mort de Julien les soldats ayant dé* féré l'Empire à Jovien qui le refusoit^ parce qu'il ne vouloit commander qu'à des chrétiens , toute l'armée s'écria : Nous sommes tous chrétiens ei éleifés dans la foi sous Constantin et Constance (0 : et encore six mois après , cet empereur étant mort f l'armée élut en sa place Y alentinien , nonseulement chrétien , mais*encore confesseur de la fi>i, pour laquelle il avoit quitté généreusement les marques du commandement militaire sous Julien. »

On voit aus$i combien les soldats étoient aSeo tionnés à Jésu^-Christ, par le repentir qu'ils témoignèrent d'avoir brûlé de l'encens devant la statué de Julien et aux idoles, plutôt par surprisé qut

(<) Soc, 111. 92. 5os. Ti. 3. ThÊodçr, m. i.

StTK tE8 tETTKES I>1! M. JUltlEV. 887

de dessein. Car alors, comme le raconte saint Grégoire deNazianze (0, ils rapportèrent à cet apostat le don quUls venoient d'en recevoir pour prix de ce culte ambigu^ en s'émant : « Nous » sommes j nous sommes chrétiens ; et le don que }è nous avons reçu de vous n'est pas un don , mais 3B la mort». Des soldats si fidèles à Jésus-Christ , furent en même temps très-obéissans à leur Empereur, cr Quand Julien leur disoit : Offrez de » Fencens aux idoles , ils le refusoient : quand il » leur disoit : Marchez ^ combattez , ils obéissoient » sans hésiter y comme dit saint Augustin (^} : ils » distinguoient le Roi éternel du roi temporel ^ » et demeuroient assujettis au roi temporel pour » Tamour du Roi étemel : parce que , dit le même » Père, lorsque les impies deviennent rois, c'est » Dieu qui le fait ainsi pour exercer son peuple ; de » sorte qu'on ne peut pas ne pas rendre à cette puis* » sance Thonneur qui lui est dû » : ce qui détruit en un mot toutes les gloses de M. Jurieu ; puisque dire qu'on ne peut pas faire autrement , ce n'est pas seulement exclure la notion d'un simple con* seil, mais c'est encore introduire un précepte dont l'obligation est constante ef perpétuelle.

U ne faut non plus répondre ici, que Julien n'étoit pas persécuteur ; puisqu'outre qu'il autorisoit et animoit secrètement la fureur des villes cpii dédiiroient les clirétiens, et que lui-même, pour ne point parler de ses artifices plus dan-

(^) Orat. ni, p. 85. — • W S, Aug, m Pt. n4> »• 7 î ^o^- ^^t coi' \^iS,

3?8 CINQUIÈME AVERTIdSEMEHT

gereux que ses violences y il eût répandu beaucoup de sang chrétien sous de faux prétextes; on savoit qu il avoit voué à ses dieux le sang des fidèles après quUl auroit vaincu les Perses : et cependant ces fidèles j destinés à être la victime de ses dieux , ne laissoient pas de combattre sous ses étendards , et de promouvoir de. toute leur force la victoire dortt leur mort devoit être le fruit. Lui-même n* entra jamais dans aucune défiance de ses soldats qu^il persécutoity parce que, bien instiniit qu*il étoit des commandemens de Jésus-Christ et de Tesprit de TEglise, il savoit que la fidélité dès chrétiens pour les puissances suprêmes étoit à toute épreuve ; et comme nous disoit saint Augustin (0 , qu'i7 nesepouifoitpas faire qu'on ne rendit à cette puissance Vhonneur gui lui étoit dû. C'est aussi ce que ce tyran expérimenta^ lorsque faisant tourmenter jusqu'à la mort deux hommes de guerre d'une grande distinction parmi les troupes, nommés Juventin etMaximin, ils moururent en lui reprochant ses idolâtries , et lui disant en même temps , guil n'y avoit que cela qui leur déplût dans son Empire (^) : montrant bien qu^ils distinguoient ce que Dieu avoit mis dans TEmpereur y de ce que l'Empereur faisoit contre Dieu, et toujours prêts à lui obéir en toute autre chose.

Ainsi y soit que Ton considère les préceptes de TEcriture , ou la manièi^e dont on les a entendus

(0 s. Aug, in Pi. ia4, n 7 j tom, iv, co^ i4i6. — (»} Tkoodor, III. i5.

tance.

SUR LES LETTRES DE H. UTRIEU. SSq

et pratiqués dans TEgUse, la maxime qui prescrit une obéissance à. toute épreuve envers Içs. rois , ni ne peu^ être un simple conseil , ni un précepte accommodé aux temps de foiblesse; puÎ3^uou la voit établie sur des principes qui sont égaioment de tous les temps ; . tel^ que sont Tordre 4^ Dieu et W respect qui est dû pour Tamour. delui et pour le repos du genre humain aux puissances souveraines : principes qui^ étant tiréS" des pcé-» eept^ de Jésus-Christ^ dévoient durer autant que son règne; c'est-à'-dire, seloli Texprésaion duPsal^ miste f autant que le soleil et que la lune , et au-^ tant que l'univers.

Ce qui a paru dans FEgUse sous les princes xvni. infidèles , ne s'e>t pas moins soutenu sous les ^^^ ^■^' princes hérétiques. Il est aisé de monti'er,, et nous-mêmes nous Tavons fait dans le premier Avertissement y que le nombre des Catholique a toujours été sans comparaison plus grand que ce* lui des Ariens. L'emjSerenr Constance se mit àrla tête de ce malheureux parti, et persécut«Bsi cruellement les Catholiques par confiscations' ide biens y par bannissemens ^ par emprisonnemens, par de sanglantes exécutions , et même par des meurtres ; tels que furent ceux qu'un Syrien • et ses autres officiers firent sous ses ordres et de son aten ; que cette persécution étoit regardée comme plus cruelle que celle des Dèces et des Maximiens , et en un mot comme un prélude de celle de T Antéchrist (0. Et toutefois dans le même

(0 HiL Uh. eonL Contt. coL ia4o. Athan, ApoL Ed. Ben.hitt, Aiian. n. 74 , tom. i, p. 388. Ibid, ApoL ad imp» Con^t. n. 3, p* 39O1

36o CIRQUIÈMB AVERTISSEMENT

temps qu*on lui reprochoit à lui-même ses perse» eutionSy sans aucun ménagement; il n'en passoit pas moins pour constant qu il n étoit pas pennis de rien enti^eprendre contre lui, « parce que le » règne et Fautorité de régner vient de Dieu , et » qu il faut rendre à Cësar ce qui appartient à » (jésstt ». Cest ce qu'enseignoit saint Hilaire (0; c'est ce qu'enseignoit Osius, non pas dans le temps de sa foiblesse , mais dans la force de sa glorieuse confession, lorsqu'il écrivoit à FEmpe^ reur au nom de tous les évéques W : « Dieu vous 3» a commis l'Empire et à nous l'Eglise; et comme 9 celui qui afibiblit votre Empire par des discours » pleins de haine et de malignité s'oppose à l'or- 1» dre de Dieu; ainsi vous devez prendre garde , SI que tâchant de vous attirer ce qui appartient » à l'Eglise y vous ne vous rendiez coupable d'un a» grand crime. Rendez à César ce qui esta César, >» et à Dieu ce qui est à Dieu : ainsi ni l'Empire » ne nous appartient, ni l'encensoir et les choses » sacrées ne sont à vous »• Peut-on établir plus clairement, comme un principe certain, par l'Evangile , la nécessité d'obéir à un prince, même hérétique et persécuteur. Saint Athanase n'avoit point d'autre sentiment, lorsqu'il protestoit au même Empereur de lui être toujours obéissant , et lui déclaroit que lui et les Catholiques dans toutes leurs assemblées lui souhaitoient une longue vie et un règne heureux (3).

(0 HiLfragm, i , n, 5, eoL 138a. — (*) jtpud Athan. hist, jirûm. A. 44» <• '1 P' 371- ApoL ad Const, — {?) ApoL ad .ConsL €Cc. êup. cet.

SV% LES LETTRES DE ».. 7VIIIEU. 36l

Tous les évé(]ues lui faisoient de pareilles déclarations et même dans les conciles. Ce courageux confesseur de Jésus -Christ saint Lucifer de Cagliari, adressa à cet empereur un livre , dont le titre étoit, Qu'il ne faut point épargner ceux, qui offensent Dieu en reniant son Fils (0 j et toutefois y établit comme un principe constant, « qu'on demeure toujours dâ>iteur envers ies » puissances souveraines selon le précepte de » Tapôtre » ; de sorte qu'il n'y a rien à faire contre l'Empereur, que « de mépriser les ordres im-r » pies qu'il donne contre Jésus-Christ, et tout au » plus lui dénoncer librement qu'il est anathéine » . On peut ajouter ici avec les anciens historiens ecclésiastiques (^), qu'au commencement de la persécution de Constance , pendant qu'il perse* cutoit saint Athanase et les autres évêques orthodoxes jusqu'à les bannir et leur faire craindre la mort, le parti catholique étoit si fort, qu'il a voit pour lui deux empereurs, qui étoient Constantin et Constant, les deux frères de Constance, dont le premier le menaça de lui faire la guerre s'il ne rétablissoit saint Athanase : et cependant les ■ Catholiques qui vi voient sous l'empire de Constance ne songèrent pas seulement à re* muer; et saint Atbanas6, accusé d'avoir aigri contre Constance l'esprit de ses frères, s'en défend comme d'un crime ^ en faisant voir à Constance dont il étoit sujet , qu'il ne lui avoit jamais manqué de fidélité (3).

(0 Aihan. Ep* de Syn, U i , parL II, p, 7 16 tl seç* — (*) Socr, VI. 22,Soz. nu a. Tkeodor. u« i, 2. -• {})jépoL ad ConsL sup. du

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