‹ Histoire des variations des églises protestantes, suivie des avertissemens aux Protestans, sur les lettres du Ministre JurieuChapitre 34 sur 55 · XXII. ^- 'u^i^^ donne pour raison de la justice de · texte numérisé non relu

XXII. ^- 'u^i^^ donne pour raison de la justice de

Vain pré- leui's armes le massacre de Yassi ^ sans répondre

teite es ^^ ^^^ seulement aux témpi&^najEes incontestables

gaerrçs ciyi- ' o o^

les apporté même des auteurs protestans^ par lesquels nous par M. Jtt- avons montré que ce prétendu massacre ne fut ▼raie cause. V^ ^^^ rencontre fortmte , et un prétexte que la rébellion déjà résolue se vouloit donner (')• Mais y sans répéter les preuves que nous en avons rapportées contre ce ministre , nous avons de quoi le confondre par lui - même. « Le massacre de » Yassi M y dit-il , avoit donné le signal par toute >i la France; parce que, continue -«t -il ^ au lieu » qu'il ne s'agissoit que de la mort de quelques » particuliers âous les règnes de François P' et de » Henri II , ici et dans ce massaci^ la vie de tout 3» un peuple étoit en péril ». Mais si Ton atteudoit ce signal^ pourquoi donc avoit*on -déjà ma* chiné la. conspiration d'Amboise par expresse délibération de la RéfoiTne , comme nous l'avons démontré par cent preuves ^ et par l'aveu 'de B^se même? Et pourquoi donc avoit-on résolu de s'em-*

pare

.parer du château où le roi étoit, arracher see ministres d'entré ses Jbras p se rendre maitre de sa .personne y lui contester sa majorité , lui donner un conseil forcé , et allumer la guerre civile dans toute la France ^ jusqu'à ce que ce hoir dessein fût accompli? car tout cela* est prouvé plus daîp que le jour dans l'Histoire des Variations (0 , sans .que M. Jurieu y ait répondu , ni pu répondre un .seul mot. Et quant à ce que dit ce ministre , qu'on songea à prendre les armes , lorsqu'on vit que tout un peuple étoit en péril , au lieu qu'il ne s'agissoit auparavant , c'est-à-dire ^ sous François I*' et Henri II , que de quelques particuliers : Bèze a été bien plus sincère , puisqu'il est demeuré d'ac^ cord que ce qui causa les grands troubles de ce royaume ^ fut que les seigneurs considérèrent que les rois François et Henri nauoient jamais voulu attenter h la personne des gens d'Etat^ c'est-à« dire , des gens de qualité , se contentant de battre le chien devant le loup , et les gens de plus basse condition devant les gi^ands ; et qu'on faisoit alors le contraire (^). Ce fut donc, de l'aveu de Bèze y ce qui les fit réveiller comme d'un profond as* soupissement ; et ils émurent le peuple , dont ils avoîent mépris^ les maux ^ tant qu'on ne s'étoit jattaqi^é qu'à lui. Mais ni Bèze y ni Juneu n'ont dit le fond. Les supplices des Protestans condam* nés à titre d'hérésie par édits et par arrêts sous François I*' et Henri II , mettoient en bien plus grand péril tout le parti réformé, et dévoient

(") ZiV. X, B. a6 et suLv, — (») Viu^* ibid. n. a.7.

BossuET. Averl. aux Prot. u a4

370 CINQUIEMB ÂTERTlSSCXËlfï

lui donner bien plus de a:ainte que la rencontre fortuite de Y assi , oà il ëtoit bien constant que ni on n aToit en de mauvais dessein ^ ni on n*a*vodt rien oublié pour empêcher qu'on ne s'ëcbaufiât. L'intérêt des gens de qualité ne fut pas aussi la seule cause qui obligea la Réforme à se remuer sous François II ou Charles IX ; car ils se seroient remués dès le temps de François I" et de Henri U, puisqu'ils sentoient que ces princes ne les épox^ gneroient pas^ s'ils se dédaroient^ et qu'ils ne se sauvoient de leur temps qu'en dissimulant. Il ne s'agissoit non plus dans nos guerres civiles de la vie des Protestans ; puisque nous s|vons &it vo^r et qu'il est constant qu'ils ont pris les armes taAt de fois^ non point pour leur vie , à laquelle il y avoit long-temps qu'on n'en vouloit plus , mais pour avoir part aux honneurs et un peu plus de commodité dans leur exercice.^ Il n'y a qu'à voir leurs traités et leurs délibérations pour en être convaincu ; et Bèîe demeure d'accord (0^ qu'il ne tint pas aux ministres qu'on ne rompit tout pour quelques articles si légers qu'on en a honte en les lisant, ainsi la vraie cause des révoltes arrivées sous François II y sous Charles IX et sous les règnes suivans , c'est que la palîence , qui n'est conçue et soutenue que par des sentiment hu* mains , ne dure pas ; et que le dépit ^ retenu dans des règnes forts ^ se déclare quand il en trouva dé plus foibles. C'est ensuite que la Réforme dé* Jicate a pris pour persécution ce que les ancien^

(«) Hitt U¥. VI.

SUE I«E8 LETTREE DE H. lUKtéu. 3^ t

dirétiens n auroient pas seulement compté parmi les maux; e'est-à-<lire, la privation de quelques honnears public» et de quelques facilités , comme on a dit : encore le plus souvent leurs plaintes n'étoient que des prétextes. Les rois qui leur ont été le plus contraires n'eussent paà songé à les^ troubler y si des esprits si remuans avoient pu se résoudre à demeurer en repos. Certainement sous Louis XIII ils tutoient devenus si délicats et isi plaidtifk dans leurs assemblées politiques , et encore plus dans leurs synodes , qu on les voyoit prêts à échapper à tous momens ; en sorte qu^on n'osoit rien entreprendre contre l'étranger quoi qu^il fit , tant qu'on avoit au dedans un parti si inquiet et si menaçant. Voilà dans la vérité^ et tous tes Françaisle savent , ce qui a fait nos guerres tiviles ; et voilà en même temps ce qui mettra une étemelle différence entre les premiers chrétiens et les chrétiens réformés. M. Jurieu ne sortira ja-* tuais de cette difficulté : qull btouUle tout; quil mêle le dei à la terre; qu il change les préceptes en conseils /et les règles perpétuelles fondées sur Tordre de Dieu et le repos des Etats , en préceptes accommodés au temps ; qu il change encore la patience des premiers chrétiens en foibleèsé ; qu il fasse leur obéissance forcée ; qu'il cherche de tous côtés des prétextes à la rébellion de ses pères : il est accablé de tontes parts par f Ecriture j* jpar la tradition y par les exemples de l'ancienne Eglise , par ses propres historiens ^ et il n y eut jamais une cause plus déplorée.

3^2 CIITQVIBXB ATEaTISSEMBUT

Exemples de M. Jurieu en faveur des guerres ùiviles de religion. Premier exemple j tiré de Jésus^Christ même*

xxin. Î^RèTBz maintenant l'oreille, mes Frères, aux

Prctcntion exemples dont on se sert parmi vous , pour per*

que Jéiros- °^^^^® ^^^ chrétiens opprimés de défendre leur

Christ a au- religion à main armée contre les puissances sou-

torisé les yeraines. Etrange illusion ! M. Jurieu a osé pro-

apotres • m i i i . a

servir de Fé- duire 1 exemple de Jésu^Christ même , et encore pëe contre Jans Je temps de sa passiota , lorsqu'il ne fit autre de la îustice ^hose, Comme dit saint Pierre (0, que de se livrer (fui 'se saisis- à u^ juge inique comme un agneau foible et muet , soient de sa ^^^ ouvrir seulement la bouche pour se défen-

personne. , . .

dre W. Mais voyons comme le ministre argumente. c( L'Evangile , dit-il (3), n'a ôté à personne » le droit de se défendre contre de violens aggres- »' seurs ; et c'est sans doute ce que le Seigneur a » voulu signifier, quand allant au jardin oii il 3* savoit que les Juifs dévoient venir l'enlever avec 3» violence ; et comme on lui eut dit : Voici deux » épées , il répondit : C'est assez » : Sur quoi le ministre fonde ce raisonnement : <( Ce n'est pas » assez pour repousser la violence : car deux » honunes armés ne pouvoient pas résister à la » troupe qui accompagnoit Judas : mais c'étoit » assez pour son. but , qui étoit de faire voir que » ses disciples dans une telle occasion ont le drpit » de se servir des armes : car autrement, quel » sens cela auroit - il : Prenez vos épées »? 11 ne

(0 L Ptt, II. a3. — W /*. Liir. 7. -^ ^3) LeU, ix , p, 6^

SDR LES LETTUES DE M. XURIEU. 3n3

falloit rien changer aux paroles du Fils de Difeu qui n'a point parle en ces termes. Mais, pour en venir au sens et à l'esprit, le ministre songe-t-il bien à ce qu'il dit, lorsqu'il tient un tel discoufe? SouLge-t-il bien, dis-je, que ceux qui venoient prendre Jésus - Christ étoient le& ministres dç la justice, et que le conseil ou le sénat de Jéi\isaleipy qui les envoyoit (O^.avoit en main une partie de la puissance publique? Car il pouvoit faire arrêter qui il vouloit , et il avoit la garde du temple , et d'autres gens armés en sa puissance pour exécuter ses décrets. C'est pourquoi on voit si souvent dans les actes , que les- apôtres ont été arrêtés par les pontifes et les magistrats du tern^ pie-, et mis dans la prison publique pour comparoitre de\fant le conseil (^), où en effet ils répon* (ient juridiquement sans en contester le pouvoir. Ausisi lorsqu'ils prirent lé Sauveur, sans les accuser d'usurper un droit qui ne leur appartenoit pas, il se contente de leur dire: f^ous venez me prendre.à main armée comme un voleur : fétois tous les jours au milieu de vous enseignant dans le temple ^ et vous ne m'auez pas arrêté (3) ; reconnoissant clairement qu'ils en avoient le pouvoir, et daûs la suite reprenant saint Pierre qui avoit frappé un des soldats , dont aussi il guérit la plaie par un miracle (4).. Au liea doac qu'il faudroit conclure de ce lieu, comme fait aussi ^aint Chrysostôme, qailjaut souffrir les perse*-

(0 IkTaU. ZXT1. 47* * (*) 4ct. it. 4* ▼• i9..— C') MaiL veti* S5. «i^ W Joan. xyiii. 36.

374 CINQUIÈME ÀTERTIS8EVENT

cutions a\^c patience ef avec douceur , et que , c'est là ce que le Sauveur a "voulu montrer par cette action (0 : M. Jurien conclut au contraire qu'il a voulu montrer qu'en cette occasion on a droit de se servir des armes. Mais qui lui donne la liberté de tourner ainsi rEcriture à conti^e* sens y et de porter son venin jusque sur les actions de Jésus-* Christ même? « Quel sens, dit* il (^)y 3> auroit cela : Prenez vos épées 7 et de quel usage » seroient-elles , si on ne pouvoit s^en servir » 7 Et il ne veut pas seulement entendre cette pai^ole de Jésus -" Christ ^ lorsqu'il ordonne à ses apAtres d'avoir une épée : car je vous dis qu'iljaui encore que ce qui est écrit de moi soit accompli : Il a été compté au nombre des scélérats (3). Tel étoit dosib le but de Jésus -^ Christ, non, comme dit M. Jurieu y d'instruire les chrétiens à prendre les armes coQ^tre la puissance publique , lorsqu'ils en seroient maltraités ; mais d'accomplir la prophétie où il étoit dit f quon le mettroii au rang des scélérats* En quoi? si ce n'est que, comme un voleur, il s^ faisoit accompagner de gens violens pour s*em* pécher d'être pris, et qu'il employoit les armes contre les ministresr de la justice pour ne point tomber entre ses mains? Jésus- Christ regardoit » donc cette résistance qu'il prévoyoit qu'on fèroit en sa faveur, non pas , à la manière de M. Jurieu , comme une défense légitime, mais comme une violence et un attentat manifeste , qui aussi le

(i^ Hom. S3, in Joan, t. vu , p, ^^. •— W Jur. i5/rf.— (') Luc,

feroU mettre par le peuple uu nombre des scélé* rais. C'ert pourquoi il reprend flaint Pierre de s'être aervi de 900 ^pée/et dit à lui et aux autres f^ se mettoient en état de l'îauler : Demeurez* en là; qui prend tépée ^ péril de répée(^) : ndu pour défendre de s'en servir légitimement , mais pour défendre de ^en servir daos de semblables occasions y et surtout contré la puissimee publique. M. Jttrieu ose dire que Jésus-Christ iae repiit saint Pierre de s'être servi de l'épée, qu'à causé du temps où il le £t (») y qui étoit celui oii , selan Tordre de son Père, il falloit qu'il mourût : oomma si dans une autre occasion Jésu5-C3uist eût.'vouki peniiettre à ses disciples d'opposer la force aux {HÙsianoès légitimes* Voilà ce que M. Juritu ose attribuer à Jésus-Christ. Socrate un paieu , aura bien connu qu'on est obligé d'obéir aux lois et «ux magistrats de son pays^ quand même ils vous condamnent injustement (3) ; autrement, dit -il , il n'y auroit plus^ ni peuple, ni jugement, ni loi, ni Eltat : par ces solides maximes ce philbàophe aura consenti k périr, plutôt que d'anéantir Im jugeinens publics par sa résistance, et n'aura pas voulu s'échapper de la prison contre l'autocité de ces lois, de peur de tomber après cette vie entre les mains des lots étemelles , lorsqu'elles pren*' dront ]a défense des lois civiles leurs sœurs (car c'est ainsi qu'il parloît); et Jésus -Christ, qui

rejette ceux dont la justice n'est pas au^lessus de

^*) Luc» XX11. 49 , 5o. ilfaft. xiTi. 5i. Joan. xrtu. x i. «— C*J Jur, iiid. — (3) Plat. Crito,

376 CIlTQUlèMR ÀVKllTISSEVBNT '

celle des Païens ( ^ ) y aur^i été moins juste et moins patient qu un philosophe ^ et aura voulu montrek* i ses disciples que la d^ense contre le public est légitime? Qui vit jamais an semblable attentat? et n est-ce pas faire pi^écher la révolte à-Jésus^ Christ même ? mais qui ne voit manifestement que ce qu'il blâme en cette occasion n'est pas seulcr ment une résistance dans le temps où son Père vouloit qu'il mourût y ce qui n'eût regardé que ses disciples à qui il avoit appris ce secret de Dieu ; mais en général une-résistance qui le faisbit mettre tau rang des méckanf et des scélérats ? en un mot ahe résistance contre la puissance publique , contre laquelle un particulier , un sujet ^ qui étoit ie personnage que Jésus-Christ vouloit; faire alors BÛT la terre y n'a poiatide défense. C'est pourquoi il répond juridiquement au conseil de.Iérusalem, oomme nous Tavonfs déjà dit , et il demeure xl'ac- .cbrd que la puissance de vie et de mort, dont PUate le menaçoit C^), lui venoit d'en haut comme 4C£^nt légitime et ordonnée de Dieu^ ainsi que son apôtre: le dit après, lui (3) r et il ajoute, que son troyanme n*est pas de ce monde (4) y non plii;s que iès ministres dont la force le pourroit /défendre contre rin justice des kommes : afin que ses dis* •ciples entendent qu il veut bien en tout et partout se laisser traiter comme un sujet , et leur ensei-* gner. en même temps ce qu'ils doivent aux magis^ tk*ats même injustes et persécuteurs.

(0 Mau. y. 30. — (*)/oaA. xiz. 10^ 11. — (?)^Qnu xiii, — iS) Joan. xTiii. 36.

SU.a LES LETT&ES DE II. ;U&IEU. 3'J'J

M. Juiieu ne rougit pas de nous alléguer cet exemple, et de mettre la défense de sa religion dans up attentat manifeste, dans un attentat dé^ daré tel par les prophètes qui Font prédit ; que Jésus -.Christ qui Ta va a réprouvé , et quil a même réparé par un miracle de peur qu'on ne pût jamAis le. lui imputer^ Un tel exemple /qu'estce autre chose .qu une parfaite démonstration de Jla doctrine opposée à celle que le ministre vou* loil soutenir? et le tour qu'y donne M. Jurieu, une maioûfeste profanation des paroles de Jésus^ Christ?

Second exemple. Les Machabées.

Mais ce mltiîstre se promet une victoire plus XXIV. assurée de l'exemple des Machabées ou des Asmo^ ®" cîrcon-

^ stances do

néens ; puisqu'il est certain qu'ils secouèrent le rnistoiredes joug des rois de Syrie, qui les persécutoient pour Machabée», leur religion. Il n'en faut pas davantage à notre ^^^ leura ministre pour égaler la Réforme , et la nouvelle gacrrea république des Pays-Bas, au nouveau royaume ^^*^' fi^* 'de Judée érigé par les Asmonéens (0. Mais pour treprUespav èe désabuser de cette comparaison , il ne faut que '»"« inspiralire l'Histoire C^) , et bien comprendre l'état du \^^^^ ^' peuple de Dieu.

Premièrement , il est constant qu' Antiochus et les autres rois de Syrie ne se proposoient rien de moins que d'exterminer les Juifs , en faire passer toute la jeunesse au fil de l'épée , vendre tout le reste aux étrangers, en même temps donner à ces

(») LeU. IX, ;^. 67. — C») U. Mach, 11, iir.

i']8 ClHQUlilCE ÂTSETISSBMElïrr

étrangers la terre que Dieu avoit promise aux patriarches pour toute leur postérité, détruire la nation avec la religion qu'elle professait , et en éteindre la mémoire , profaâer le temple, y effacer Iç nom de Dieu, et y établir Tidole de Jupiter Olympien (0. Voilà ce qu'on avoit entrons, et ce qu on exécutoit contre les Juifs avec une violence qui n*avoit point de bornes.

Secondement, il n'est pas moins assuré que la religion et toute Fancienne alliance étoit attachée . au sang d'Abraham, à ses enfans selon la chair , à la terre de Chanaan , que Dieu leur avoit donnée pour y habiter , au lieu choisi de Dieu pour y établir son temple , au ministère lévitique et au sacerdoce attaché au sang de Lévi' et d'Aaron , comme toute l'alliance en général l'étoit à celui d'x4Lbraham : en sorte que sans tout cela , il n'y avoit ni sacrifice, ni fête, ni aucun exercice de la religion. C'est pourquoi le peuple hébreu, selon les anciennes prophéties , ne devoit éti^ tiré de cette ten^ que deux fois ; l'une sous Nabuchodonosor et dans la captivité de Babylone par un ordre exprès de Dieu , que le prophète Jérémie leur porta , et avec promesse d'y être rappelés bientôt après pour n'en être jamais chassés , selon que le même Jérémie et les autres prophètes le leur promettoient (?). Telle est la première transportation du peuple de Dieu liors de sa terre. La seconde et la dernière est celle qui devoit leur ai^river selon Toracle de Daniel après avoir mis à

(0 //. 3fach. T, Ti. — (•) Jer, xzt, xxy, xztiii, xx«, xxx, XXXI, etc.

SUR LES LETTRES DE Hf. JtJRIEtJ. 879

mort roiût die Dieu et le Saint des saints (0 ; qui devoit être pèrpëtuelle^ et emportoit aussi avec elle rentière réprobation de lalliance et de la religion judaïque.

Troisièmement ^ il ëtoit constant par-là , que tant que Fancienne alliance subsîstoit ^ il n'ëtoit non plus permis aux Juifs de se laisser transporter hors de leur terre , que de renoncer à tout le culte extérieur de leur rdigion ; et que consentir k la perte totale de la famille d'Abraham où celle d'Aaron étoit comprise ^cVtoit consentir en même temps à Textinction de la religion , de Falliance et du sacerdoce. D'où il s'ensuit manifestement,

En quatrième lieu y que lorsque Dieu ne leur doûnoit aucun ordre d'abandonner la terre pro*^ mise y où il avoit établi le siège de la religion et de Tàllianoe , ni ne leur montroit aucun moyen de conserver la race d'Abraham^ que celui d'une résistance ouverte , comme il leur arriva manilestement dans cette cruelle persécution des rois de Syrie y c'étoit une nécessité absolue , et une suite indispensable de leur religion , de se défendre.

Et néanmoins ) en cinquième lieu^ ils n'en sont venus à ce dernier et fatal remède qu'une seule fois^ et aprèftune déclaration manifSeste de la volonté de Dieu. Car auparavant , en quelque oppression qu'on les ttnt dans le superbe et cruel empire de Bahylône , ils y demeurèrent paisibles eî soumis, offrant à Dieu des 'vœux continuels pour cet Empire et pour ses rois, selon l'ordre

(0 Dan. m.

380 CIITQUIEUE A.TEKTISSEWBHT

qu'ils eh avoient reçu de Dieu par la bouche de Jérémie et de Baruch. (0. Quand ils virent paroître Cyrus, qui d\evoit être leur libérateur, encore qu'il leur eût été non -seulement prédit, mais encore expressément nonmié par leurs prophètes, ils ne se remuerait pas en sa faveur, et attendirent en patience sa victoire d'oà dépendoit leur dâiVrance : et quand Assuérus, un de ses successetti^, séduit par les artifices d^Aman, entreprit de détruire toute la nation^ et de fer-mer par toute la terre la bouclie de ceux qui louaient Dieu (^), ils ne firent aucun effort pour lui résister; parce que Mardochée , un prophète et un homme manifestement inspiré' de Dieu , leur faisoit voir une espérance assurée de protection en la personne de la reine Esther ; en sorte qu'il ne leur restoit qu'à prier Dieu dans le sac et dans La cendre , qu'il conduisit les. desseins de cette reine. Que si dans la suite- ils piirent les armes pour punir l'injustice de leiirs ennemis, ce fut par un édit exprès du RoL (3) ; et Dieu le permit ainsi pour montrer que les fidèles naturelle» ment ne troubloient point les Etats , et n'y entveprenoient rien qu'avec l'ordre de la puissance souveraine. Us seroient donc demeurés aussi humbles et aussi spumis à Antiocbus , si Dieu leur avoit donné une semblable espérance , et i|n moyen aussi naturel de fléchir le Roi. Mais le temps étoit arrivé où il avoit résolu de les sau-

' (0 Jerem. xxix. 7. Bar, i. 1 1, la. •«- W Est* m, ir, xin, e«c. -• Q)Ibid,yf VH, vin.

8U& L«9 LBTTEBS DE M. JU&IEU. 38l

Yer par d'autres Voies , ainsi qu'il étoit marqué dans Daniel etZacharie (<). Alors donc il inspira Mathathias y qui , poussé du même esprit q^e son ancêtre Phinées, c'est-à-dire , manifestement de l'esprit dé Dieu W -y du même esprit dont Moïse avoit été poussé à tuer l'égyptien qui maltraitoit les enfans d'Israël (3) ^ selon qu'il est expliqué «dans les actes (4) ; du même esprit qui avoit incité Âod -à enfoncer un couteau dans le sein d'E-^ glon y roi de Moab C5) ^ et Jahel , femme d'Héber ^ à attirer Sisara dans sa maison pour lui percer les tempes avec un clou (6) ; du même esprit doût Judith étoit animée lorsqu'elle coupa la tête d'Holoferne (?) : Mathathias donc , poussé de cet es^ prit y perça d'un coup de poignard un Juif qui se prâentoit pour sacrifier aux idoles , et l'immola sur l'autel où il alloit sacrifier au Dieu étranger W. U enfonça le même poignard au sein de celui qui par l'ordre d'Antiochus contraignoit le peuple à ces sacrifices impies , et il leva l'éten^ dard de la liberté en disant : Quiconque a le zèle de la loi, qu'il me suive (9)» C'est donc ici manifestement une inspiration extraordinaire y telle que celles qu'on voit parottre si souvent dans l'Ecriture et ailleurs. Il n'y a que des impies qui puissent nier de semblables inspirations extraordinaires ; et si les hypocrites ou les fanatiques

(0 Dan'.^ïiy Tiir » z» XI, xii. Zack, xi. 7 etseq. — * (*) I.Mach, II. a4> ^C' — ^^^ Exod, II. ï 2. — (4) AcL ni. 'j4 9 a5. — (^) Judic. jii. — C^) Judic, XY, 1 7 et Étq, T, a4 ^ '^* "* (7) JudH^ Tiu , ût». ^ (S) /. Ma^h. II. a3 , a4. — (p) Ihid. a; €i scç.

38à CINQUIEME ATEIITIS8EKEIÎT

s'en vantent à tort, il ne s ensuit pas que les vrais prophètes et les hommes vraiment poussés par Fespritde Dieu, se les attribuent vainement. Mathathias fut du nombre de ces hommes vraiment inspirés : il en soutint le caractère jusqu'à la mort y e.t il distribua entre ses enfans les foactions auxquelles Dieu les destinoit , avec une prédio^ tion manifeste des grands succès qui leur étoient» préparés (0. La suite des événemens justifia clairement que Mathathias étoit inspiré : car^ outre qu'il parut des signes et des illuminations sur-; prenantes et miraculeuses dans le ciel^ on vil parottre dans les combats ^ des anges qui soute-* noient le peuple de Dieu, et en foudroyant lea ennemis jetoient le désordre et la confusion dans leur armée (?). Le prophète Jérémie apparut à Judas Machabée dans un songe digne de toute croyance^ et lui mit en main Tépée par laquelle il devoit défaire les ennemis de son peuple ^ en lui disant : Recevez cette sainte épée et ce présent de Dieu, par lequel vous renverserez les ennemis de mon peuple d'Israël (3). Tant de victoires mi-, raculeuses , qui suivirent cette céleste vision , firent bien voir qu'elle n*étoit pas vaine ; et la vengeance divine fut si éclatante sur Antiodbus ^ que lui-même la reconnut, et fut contraint d'adorer, mais trop tard , la main de Dieu dans soo supplice (4). Que si nos Réformés ne veulent pas reconnottre ces signes divins , à cause qu ils sont

(■) /. Machab, ti. 49) ^4 ^' ^^^' " ^*^ ^^* ^^ch. x. 39, 3o. — • 0) ILâfach, ZT. II, i5>ecc.— s4ji. dfaok. ti. //. Mach. ix. r?.

SUR LES LETT&Bft DE X. 7UEIEU, 383

fîrés des livres des Machabées qu'ils ne reçoivent pas pour canomques ; sans leur opposer ici Tau^ torité de TEglise , qui les a mis dans son canon il y a tant de siècles ^ je n^e contente dé laven de leurs auteur» qui respectent ces livres , comme contenant une histoire v^table et digne de tout respect , où Dieu a étalé magnifiquement la puis-^ tance de son bras et les conseils de sa providence pour la conservation de son peuple élu. Que si M, Jurieu ou quelque autre aussi eikiporté que lui refusoient à des livres si anciens la vénération qui leur est due, il n'y auroit qu'à leur demander d'oîi ils ont donc pris l'Histoire des Màchabées qu'ils nous opposent? Que s'ils sont contraints d^avouer que les livres que nous leur citons sont les véritables originaux d'où Josephe et tous les Jnift ont tiré cette admirable histoire y il faut ou la rejeter comme fabuleuse , ou la recevoir avec toutes les merveilleuses circonstances dont elle est revêtue. Et il ne faut point s'étonner que Jo^ sej^e en ait supprimé une partie , puisqu'on sait qn'il dissimnloit ou qu'il déguisoit les miracles les plus certains , de peur d'épouvanter les Gentils pour qui il écrivoit. Si les Pt*otestans veulent se ranger parmi les Infidèles, et refuser leur croyance aux miracles dont Dieu se servoit pour déclarer sa volonté à son peuple , nous ne voulons pas les imiter ; et nous soutenons avec Thistoire originale de la guerre des Machabées , qu'elle ne fut entreprise qu'avec une manifeste inspiration de Dieu.

Enfin y en sixième lieu. Dieu, qui avoit résolu

384 CIZrQVIBSrB AVERTISSe^MBirT

d'accumuler tous les droits pour établir le nouveau royaume qu il érigea en Judée sous les Machabées, fit concourir à ce dessein les rois de Syrie , qui accordèrent à Jonathas et à Simon , avec rentier affrandbissement de leur peuple , non -seulement toutes les marques ^ mais encore tous les effets de la souveraineté : ce qui fut aussi accepté et confirmé par le commun consentement de tous les Juifs (0.

XXtr. Je veux bien accorder à M. Jurieu et aux PrcK

^^*"T* vinces - Unies , si elles veulent , qu'elles ont eu Machabées en quelque chose un succès pareil à ce nouveau •^^®*^'^**^ royaume de Judée, puisqu'à la fin les rois d'Estat de la reli- p^gi^^ leurs souverains ont consenti à leur affrangion «t dans chissement. Bien plus , afin que les choses soient TOimes**^*'' plus semblables , puisqu en regardant ces pro* vinces comme imitatrices du nouveau royaume de Judée , il faut aussi regarder les princes d'Orange comme les nouveaux Macfaabées qui ont érigé cet Etat, je n empêche pas quon ne dise qu'à l'exemple des Âsmonéens , ces princes se sont fait les souverains du peuple .qu'ils ont affranchi, et qu'ils peuvent s'en dire les vraia rois , comme ils y ont déjà de gré ou de force l'autorité absolue. Si les Provinces -Unies donxient enfin leur consentement à cette souveraineté, il sera vrai que la fin des princes d'Orange sera à peu près semblable de ce côté là à celle des Machabées : mais il y aura toujours -une différence infinie dans les commencemens des .uns et des autres. Car, quelque dévoué qu'on soit

(0 /. 3fach, e* xi, xii et itq*

à la maison d'Orange, on nfcf dirai jamais sé^ rieusement ni que le prinde , d*Orange rGu^t-laume I*', ait été un homme manifestement inspiré, un Phinées, un Mathathiâs, un Judas le Madiabée, qui ne re^>iroit que l'a piété; ni que la Hollande y dont il conduisoit les troupes , fût le seul peuple y où par une alliance particulière XKeu. eût établi la religion et ses sacremens; ni que la rdigion qu*il soutenoitiÙt la seule cause qui lui fit pi^eudre les armes , puisque , sans parler de ses desseins ambitieux si bien marqués dans toutes les histoires y il cacha si long-temps lui-même sa reli^bUy et donna tout autre prétexte à ses entreprises; i^i que lui et ses successeurs n'aient jamais rien attenté pour subjuguer ceux qui leur avoient confié la défense de leur liberté. Il faudroit donc laisser là Fexemple des Machabées ;' et pour ne plus parler ici de la vaine flatterie que le ministre Jurieu fait aux Provinces^Unies, je soutiens que Faction des Machabées et des. Jui6 qui les ont suivis , étant extraordinaire et venant d'un ordre spécial de Dieu dans un cas et un état particulier, ne peut être tirée à conséquence poui: d'autres cas et d'autres états. En un mot , il n y a rien de semblable entre les Juif^ d'alors et nos Réformés, ni dans Fétat dé la religion , ni dans l'état des personnes. Car, dans la religion chrétienne , il n'y a aucun lieu ni aucune race qu'on soit oblige de conserver à peine de laisser périr la religion et l'alliance. Au lieu de dire., comme pouvoient iaire les Juifs, Il faut sauver notre vie pour sau- BossuET. jivcrt. aux Prot. i. a5 .

06 ClUf^iJilkun AfSftTUfifeXBRT

rer la rdigîoa; il faudroit dire au contraire, selon les maximes 4è Jésus-Christ , U faut mourir pour l'étendre : c'est par la mort et la corruption que oe grain se multiplie; et ce n'est pas le sang transmis à une longue foMïité qui Fait fructifier l'iEvangile ; mais d'est plutât le sang répandu pour le confesser : ainsi la religion ne peixt jamais être parmi nous en l'état et dans la nécessité oti elle étoit sous les Madiabées. L'état des personnes est encore pilus dissemblable que celui de la religion.^ Les Macbabées voyoient toate leur naition attaquée ensemble y et prête à p<&ir to^te enti^« comme par un seul coup i mais nos Rëfori^â , loin de combattre pour toute la nation dont ils étoient., n*en feisoîent que la plus petite partie^ qui avoit entrepris d'accabler l'autre et de l«ûfair« la loi. Les Mad^abées et les J«iifs qui les suivoient, loin de vouloir forcer leurs compatriotes à corriger la religion 4an8 laqueMe ils Soient nés , ne éemandoient que de yivre dans le même culte où lenrs pères les ayoient élevés : mais nos rebelles tondàmnoient les sièdes passés , et ne cherchoient qali détruire la religion où leurs pères Soient morts, quoiqu'eux-mtémes ils Feussent sucée avec le lait: Les Machabées combattoient , afin qu'on leur laissât la possession du saint temple oh leurs pères servoient Dieu : nos rebelles renonçoient aux temples et aux autels de leurs pères , quoique te ftkt le vrai I3teu qu'ils y adorassent ; ou s'ils les vôuloient avoir , c'étoit en les enlevant à leurs 'anciens et légitfimes possesseurs /et encore

SUA LES LSTTmCS Dj^ H. ICft^fU. ^9'J

en y diaa^ant tout le eulie po$ir lequel la structure même de ces édifices $acrés faisoît voir qu'ils étoîent bâtis*: en quoi ils étoient semblables, non point aux Afadiab^es défeo^ura du tf^m^i mai| aux Gentils qui en étoieut U$ profanateur s ; puis^ que si oeux-ci profanoîent le temple en y mettant lei^^ idoles , nos Réformés pour avoir occasion de p(x>faner aussi les temples de leurs pères , fai>soient semblant d'oublier qu'ils étoient dédiés au Dieu vivant ; et autant qu'il étoit en eux , ils en faisoient des temples d'idoles , en appelant de ce nom les in^es érigées par nos pères pour hono^ rer là mémoire des mystères de Jésus « Christ et celle de ses saints* Bien loin qu'on puisse dire que le ministère de la religion fût corrompu et interrompu par les Madiabées , ils étoient eux-mêmes revêtus de Fancien sacerdoce de la nation , où ils étoient élevés par la succession naturelle et selon les lois établies : nos réelles disoient au contraire que sans égard à la succession , ni à ceux qu'elle mettoit ^1 possession du ministère sacré , il en falloit dresser un autre : ce qui étoit renoncer h la ligne du sacerdoce et à la suite de la religion, ou plutôt à la religion dans sou fond , puisque la religion ne peut subsister sans cette suite. On voit bien , selon ces principes , qu'il y a pu avoir dans les M acfaabées , qui venoieni dans la succession légitime et dans l'ordre établi de Dieu, un instinct particulier de son Saint-Esprit pour entreprendre quelque cbose d'extraordinaire; mais au contraire l'esprit dont étoient agités ceux qui menoient nos Réformés au combat et en comman-

388 CIITQUIÈME ATE&TXSSEMEfirT

doient les armées , étant entièrement dé^chë de Tordre établi' de Dieu et de la succession du sacerdoce f ne pouvoit être qu un esprit de rébellion et de schisme. Aussi FEsprit de Dieu paroU-il si peu dans les capitaines de la Réforme , que loin d'oser dire qu'ils fussent des hommes pleins de' Dieu, comme étoient un Mathathias et ses enfans ; M. Jurieu n a oçé dire que ce fussent de vrais gens de bien selon les règles de TEvangile, ni autre chose tout au plus selon lui-même , que des héros à la manière du moùde : de sorte que ce seroit se jouer manifestement de la foi publique, de reconnoitre ici la moindre apparence d'un instinct divin et prophétique. Aussi n'y en avoit-il ni marque ni nécessité; ni^ en un mot, rien de semblable entre les Machabées et les Protestans^ que le simple extérieur d'avoir pris les armes. XXVI. C'est pourquoi nous ne voyons pas que l'E-

Eiempics gjjg^ ^ persécutée par les princes infidèles ou hé* rancienpeu- rétiques,' se soit jamais avisée de l'exemple des pie cuvera Ica Machabées pour s'animer à la résistance. Il étoit

roÎ3 impies .

et pcraécu- tt"op dair que cet exemple étoit extraordinaii^ , leurs j et que daus un cas et daus un état tout particulier, ma- ™i?° -.-!.-!* nifestement divin dans ses eflèts et dans ses causes ;

seuls exem- '

pies que TE- en soHe que, pour s'en servir, il falloit pouvoir glise 8*c8t jjj^ gj. justifier qu'on étoit manifestement et parcomme ceux ticulièrement inspiré de Dieu. Mais pour con« qui établis- nottre la vraie tradition de l'ancien peuple, qui duTic ordi- ^^^^^'^ servir de fondement à celle du nouveau , naire. il ne falloit que considéi^r sa pratique conti-

nuelle dès son origine : car, à commencer par le ternp^ de sa servitude en Egypte , il est cer*-

Sun. LBS LETTRES DE M. JURIBU. 389

tain 'qûll n'einploya pour s'en délivrer que ses gémissemens et ses prières KO. Que si Dieu employa des voies plus foiles , ce furent tout autant de coups de sa main toùte-puissante et de son bras étendu y comme parle l'Ecriture, sans que ni le peuple^ ni Moïse qui le conduisoit; songeassent jamais ni à se défendre par la force , ni à s!édiapper dé l*Egjpte d*eûx -mêmes ou à main armée ; en sorte que Dieu lies laissa d^ns Fobéissance des rois qui les avoient reçus dans leur royaume-, se réservant de les délivrer par un* coup' de sa sou^ ver aine puissance. Nous aurons lieu d^ns ]a suite d'examiner leur conduite sous leurs rois, et les droits dé la monarcbie qîie Dieu avoit établie parmi eux. Mais on peut voir y ' en attendant , quelle obéissance eux et lem^s prophètes crurent toujours devoir à ces rois ; pluisque sou^ des rois impies, tels quétoient un Achab, un Achaz, un Manassés, quoiqu'ils fissent mourir les prophètes^ et qu'ils contraignissent le peuple à un culte im- . pie y en sorte que les fidèles étoient contraints de se cacher; pendant que toutes les villes et Jéru- '«alem elle-même regorgeoient de sang innocent, comme il arriva sous Manassés : un Elie , un Elisée, un Isaïe, un Osée, et les autres saints prophètes, qui crioient si haut contre les égaremens de ces princes, ne songeoient pas seulement à leur contester l'obéissance qui leur étoitdue. Le peuple saint fut aussi paisible sous le joug de fer de Babylone , comme nous avons déjà vu ; et pour ne point répéter ce que j'ai dit ^ ni prévenir ce que

(0 Exod, T, et #ey.

390 ' cihqxjième àtertissement fat à dire datis la suite sanr ce su|et ^ on voit régner dans ce peiiplef les mêmes maximes que le peuple chrëtien en a aussi retenues y de rendre à se» rois , <|nels qu'ils lussent, nh fidèle et inviolable service. Cest par toute cette conduite du peuple de Dieu qu'il falloif )uger du d^oit que Dieu même avoit établi parmi eux. S*il a voulu une seule fois s*en dbpenser sous les Machabées avec les restrictions et dans les confonctures particubères qu'on vient de voir ; il a marqua dairetnent que ce n'ëtoit pas le droit établi , mais Texception de ce droit faite par sa main souveraine ; et c'est pourquoi y sans se fonder sur ce cas eittraordinaire, FEglise chrétienne s'est fait une régie de la pratique constante de tout le reste des temps : de sorte qu'on peut assurer comme une vérité incontestable, que la doctrine qui no«is oblige à pousser la fidélité envers le& rois jusqu'aux dernières épreuves, est également établie dans Tancien et dans le nouveau peuple.

Troisième exemple. Celui de Daind.

XXYIT. If' reste à examiner le troisième exemple de Quc,scloii ^ Jurleu, cfuiest celui de David, que ce ministre

Jes principes * , 1 ^/. 1

clmniniitre, propose pour prouver quoA peut défendre sa Texemple de vie à maiu d-rmée contre son prince ; et il répète

David ncst ^ . ^11

pas à auiTre. s*^"^®'** y T** ** ^^ P^^^ prendre ks armes contre son roi pour là vie , on le peut à plus forte raison pour la religion et, pour la vie tout ensemble. D'abord et sans hésiter j'accorde la conséquence : mais voyons comme il établit le fait d'où il la tire

SUR ftBS tJQTTIli;8 »E Ift. JURIEU. ^^gx

én Poïirquûi, dit-il (')^ David avoit-it assea^»!^ auy tour de h»i quatre cmï €in<} ceiirt$ hoi^aifiies tous » gens braV€8^ et bien m^més 7JN*éto jit<e pas goiur^se )» défendre yipour résister î^ la vi^kno^ parla fprce, 9 et pour réûster à son roi qui v^^loit k ti^? £)^ sf Saîî] fïit veiata Tattâqu^r avec pareil iK>iiibre d^ » geas^^s'en aeroiit«il foi 7 N'atti^oii-tl pas c^Ho^^ttu » pour sa vie ^ quand méM ç auroit été avec »' quelque péril de la vie de 3aâl lui^néme; parce « que dans le coiob^i on ne sait, pas où les eouf^ » portent 7 Davki sa^oit son devoir; M avç^t,^ » conscience délicate ;; il. respecte ronctio&de 3» Dieu dans les rois : mais ii ne croix. pas 4^'il » soit toujours illégitime de leur résister ; .et » mime David étoit dans un cas 0ù noua aie vou^ » drions paa permettre de réâsler par les armes n à un souverain ; dans- le fond il étoit seul , et » n'étoit qu'mi particulier. Nous n étendons pas n le pouvoir de résister à un souverain jusque- » là : mais cdui qui a cru qu'un particu^erpou- » voit repousser la violence par la force, a cr^ 9 à plus forte raison que tout un peuple le pou- » voit ». fat rapporté exfH*ès tout au long le discoun de M. Jurieu , afin qu'on voie que ce mimstre détruit lui-même son propre raispunement; car en efiet^il sent bien qu'il prouve plus qu'il ne veut. Il veut prouver que tout un peuple^^ c'est4Hlire, non-seulement tout un royaume^mais encore une partie considérable d'un royaume^ tel qu!étoit tout le peuple chrétien dajis l'Empire romain, ou en France tous les Protestans , ont

(0 Let$, zviiy p* i34- Lctt. ix.

Spd - CINQUIÈME ÀVERTISSEMBITT

pu prendre les armes côi^tre leur prince* Voilà ce qu'il voulait ' prouver •: mais sa preuve porte plus Ipin qu'il ne veut/ puisqu'elle démontreroit y ^ elle étoit bonne ^ non-seulement que tout un- grand peuple y mais encore tout particulier peut s'atmer contre son prince , lorsqu'il lui fait violence; ce que le ministre recette non -seule* ment ici, comme il parott par 1^ paroles qu'on vient de produire , mais encore en d*autres en-. (b*6its(^}. C'est néanmoins ce qu'il prouve; et par conséquent selon lui-même sa preuve est mauvaises^ n'y ayant rien de plus assuré :que cette î*ègje*dé dialectique; qui prouve trop ne prouve rien.'^îela parott encore plus évidemment , en ce qu'il attribue à David , d'avoir cru çuun parii^ ûutier pou^HÙt repousser à main armée la wo^ lèneeymêuke celle de son roi; car c^est jàp quoi il s'agit: ce qni est lui attribuer une erreur , grossière et insupportable , et par .conséquent

condamner toute l'action qu'on fonde sur. une maxiine si visiblement erronée : en quoi non^ seulement M. Jurieu blâme i^ Dslvid ce que l'Ecriture n'y blâme pas ; mais encore il se confond lui-même y en nous alléguant un auteur^ qui selon lui est dans l'erreur y et nous donnant pour modèle un exemple qui est mauvais selon ses principes.

XXym. jç n'aurois donc qu'à lui dire, si je voulois lui

Fondement ,11

dclacondui- fermer la bouche par son propre aveu , que Date de David: vid, qui agissoit sur de faux principes, ne. doit

tisue quUn P^^ ^^^^ ^^^^^ ^^^ ^^^^ actiou ; mais la vérité

ne me permet pas de profiter oii de Tignorauce fait nu partie ou de rinconsidération démon adversaire. Toute ^'*"*'- TEcriture me feit voir ^uè^ dâm cette «Oiopi|ôfeuv ture David agit toujours par 1-Espit de Sii^u } que dans toutes* ses entreprisés il atteifidSoit la dë^ claration de^sa volonté) qu'itconsultoit ses t>raf-^ des; qu'il étoit averti par ses 'pï^opHètes,^ qu'il étoit prdphète lui-même /et que red{5rk proptîétique qui étoit en lui liè Tabàndoniia jamais (*);' Témoins les Psaumes qùHI fit dàné'fcètëtàtV' et même' chez le roi AcUs; et au miKenidu'pays étranger oh il s*ét6it réfugié : Psaùmtes qùê nous chantons tous lés jours tommë des cantique:^ in-» spires de Dieu. J'avoue dond quSl'îl'y a rieh *$ blâmer dans la conduite de David ; et ce qui a trompé M. Jurieu y qui abuse de sdn exemple , c'est qu'il n'a pas voulu considérer ce' qiie David ^toit alors. Car s'il avoit seulement sohgé-qtae ce .^..^

David y qui n'est selon lui çu un particulier , en '/ effet étoit un roi sacré par Tordre de Dieu (*); il ^^ . auroit vu 'le dénouement manifeste de toUte'la • *^ < *difiiculté : mais en même temps il auroit fallu 're« \ ^ noncer à toute sa pi^euve; car on n'auroit pu nier <pie ce «ne fût un cas tout particulier ; puisque celui qu'on verroit armé pour se défendre du roi Saiily est roi lui-même. Et sans vouloir examiner si on ne pourroit pas soutenir qu'en effet il étoit roi de droit , et que Saiil ne régnoit que par tolérance, ou en tout cas par précaire et comme simple usufiniitier, pour honorer en sa personne le titre de roi qu il avoit eu ; quand il ne faudroit

W /. iZe^. zxii. 3, 5. xxiii. 3, 4* — W /. Hfg' xtt. h, i3.

394 CIHI^UIÈHB AVBATISSEIIENT

rapvpà^r dasb le awre d« David qp'uoe simple destittatioii èr là cour^nfae : toii|i!Hiup$ famdroit-il dire ^ puisque cette desliBàtîon venoît de Dieu ^ que Dieu,, ^i lui avoit donsé ce àtok^ éU>it œ&sé lui avoir dofulé eo n^éflie temps tout le ppuvMr néceBçaire! pour le conserver. Car^ au teste, le droit de D«vid tftoit si certdD, qu'il ëtodt eonnu de Jouathas, fils de SaiU , et de SaiU méiQe (0 : de là vieat que lojaiathas demazidoit poun topte grâce, àj .Davi4 d*étre le second après lui. Le pjfuple aussi etoit bien instruit du droit de David ^ comme il paroit par le discours d'Abigaï W, Ainsi personne ne pouvoit douter qae ^, défense ne' .fôt Ijigitime^ et Ça.iil lai*n|ême le Veconnoissoit } puif qu'au lieu de le traiter d^ re* • belle et de trattre, il lui disoit ; Fous éies plus j iusie çue moi y et il traitoit avec lui connue d*égal 1 à égal ^ en. le pliant de conserver sa po^éritë (?). Xmx. U oe faut pourtant pas s'imaginer q^e Pieu ait

Que uvi y^^j^ ^ servir de David pour diviser les forces de

na rien en- . •

uepris cou- son peuple,. ni que ^s armes, teu)Ours fatales tre son Pria- ^^j philistius, dussent jamais se tourner contre sa pays. patrie et contre son prince. Cai> premièrement ,

lorsqu'il assembla ces quatre cents honunes, son intention n'ëtodt pas de demeuret* dans le royaume dlsrael,^ mais avec le roi de Moab avec qui il étoit d*acco(rd pom: sa sûreté. S*il campmt et se tenoit sur ses gardes, .cette précaution étoit nécessaire contre des gens sans aveu qui auroient pu l'attaquer ; et au surplus il tenoit son père et sa mère

(*) /. itey. XXIII. 17. xxTT. 91. — (•) Ihiét. xxt. 3o, îi.-» (3) ibidem. xz|v. i8, ai. xxyi. a5.

SlDl LCS LCfTSKlt ans Itf. XtTKlBV. 3^5

entre les mains du roi de Moab, jus4fm*à ee çue la colonie 4u Seigneur se fût déûlaré& (0. Loin doBC de vouloir combattre coDtre igon pays^ il aDoit ciiericher la sûreté d« sa personne sacrée dans une terre étrangère. Que s^il en sortit enfin pour se retirer dans les terres de la tribu de Juda^ qui loi étoit plus favorable à cattse cpie o'étoit la sienne ; ce fut un ordre exprès de Dîen, porté par le prophète Gad qui Vj ebfigea i^). Ldrs^ qu'il fut dans le royaume de Saiii ^ il y fit nr pe« de mal à ses citoyens^ qu^am eoiitraii;e snr le mont Garmel y Tendroit le plus riche de tout le royaume^ et au milieu des biens de Nabal le plus puissant liomme dupays^ il ne tondia ni à sesbiens^ ni àses troitpedux : on ne trompa jêmtais k dire- un^muU de ses hrébù; et au eontraàre , les gens de Nabol rendoient témoignage aux troupes de David ^ i^m» loin de les i^xer , elles leur étaient n» remqmrt et une défense assurée (^)« Pendant qii'on le poursuivoit à toute outrance, il fnybif^de dé^rt en ^désert y pour' éviter la rencontre des gens dé Saiil y et pour assurer sa personne dont il devMt la conservation à fEtat , sans jasnaîs avoir ré* pandn le sang d'aucun* de ses citoyens, ni profité ccHitre eux ni contre Saiil d'aucun aivantage : mais au contraire il étoit toujours attentif au bien de son pays; et contre Tsh^is de tous lesâirats, il sauva la viHe de Geilan des^ Piàlistins qui al* . loient la surprendre ^ et qui dé)à en «voient piBé tous les environs (4) : ainsi y dans une si grande

(«) /. Reg. xxiK 3. —V) IM, 5. — (3) Ihid, zxi,S, i%.^ (4) Ihid. xxiiT. X €t teq.

ig$ CIUQUIÈHE ▲▼BRTISêEMEHT

oppFessîûa> il ne soûfeoit qu à servir son prince et son pays. Loi^qu*enfin il fut obligé de traiter avec les ennemis, ce fut seulement poui; la sûreté de sa personne. U ne fit jamais de pillage que SUT les Amalécites et lès autres ennemie -d^. sa patrie (0. De ceUte soKe la nécessité où il se voyoît réduit ne l«i fit jamais rien eatreprendre qui fikt indigna d'un Israélite ni d'un. fidèle sujet : le tiTaité qu'il fit avec Tëtrai^ger servit à la fin k sa psirie i et il incorpora au peuple de Dieu la ville deSicelegy que les PhiUstimlui avaient donnée pour. retraite. ' XXX. ViiSt'M} Jûrien salvoit ce que cest qiief d'expli- Quclemi- quer FEcriture , ilauroit pesé toutes- ces circon-

aistre donne

à David des stancofr*, et il se seroit bien gardé de. dire ni que Bentîmens Bavid fût un simple particulier , ni qu*il ait ja-

impies (K>n* •• ^ .1 >. '^f

ueSaùl que ^Hus neu entrepris cootreJa puissance publique. David a ton- A.tt lieu de peser en théologien et en interprète }ours abhor- ^^^^^ ces circonstances importantes , il se met à ratsbnner en l'air ; et il nous demande pourquoi David étoit armé.jc ce nétoit pour, se d^^ndre contre son roi ; comme s*il n'eût pas eu à craindre eent particuliers y qui pour faire plaisir à Saiil ^ pouvoient Tattaquer , ou que , sans aucun dessein d'en venir avec6aiil aux extrémités, il n^eût pas pu avoir en vue de faire envisager à ce prince ce que la nécessité et le désespoir pouvoient inspirer contre le devoir à de braves gens poussés à bout» Mais M. Jurieu passe plus avant, et il ne vent pas qu on croie que David avec des forces égales s'en seroit fui devant Saiil. Pourquoi non ^ plu-

(0 /. iZ^. xiYiL 8, 9, ro.

&UK LEA LSTTKES DC M, aVUlEU. Sg^

tôt que d*étre foroé.à combattre contre son roi 2 Mais le vaiUant Jurieu ne peut comprendre qu'on fiiie. Qu'il permette du moins à Dav^d de faire devant l'ennemi une belle, et glorieuse retraite. Non y dit-ily il faut donner ; et David auroit corner battu au hasard , dit notre ministre (<), de mettre en péril la vie du roi son beau-^re ; car ces titres de Toi et de baau-pèro ne lui sont rien. Coinment n Vt-il pas frémi en ëcrivant ces paroles 7 David rencontrant Saûl à' son avants^e / après lui avoir sauvé la vie malgré les instances de tous les siens y se sentit saisi de frayeur pour lui avoir seulement coupé le bord de sa robe , et avoir mis la main ^ <{uoique d'une manière si innocente , sur sa personne sacrée i^) : et celqi' qu^on voit si frappé d'une ombre d'irrévérence envers son. roi, ne fttifoit pas un combat oà -on auroit pu : attenter sur sa vie ? Voilà comme les ministi^es enseignent à ménager le sang des rots* Cependant M. Jurieu^ comme nous verrons, fait semblant d'avoir en horreur tes attentats sur les souverains ; et ici , contraire à lui-même , il veut qu'un pailiculier ait droit de donner combat à son roipréisent, au hasard de le tuer dans la mêlée. Mais David étoit bien éloigné de ce sentiments impie , lorsqu U disoit : « Dieu me garde de mettre la main sur mon » mattre l'oint du Seigneur (3) » ! Et il crioit à Saiil : « Ne croyez pas les calomniateurs qui vous ' » disent que David veut attenter sur vous. Vous 3) le voyez de vos yeux , que Dieu vous a mis

(») Jur, L€iL XVII.— » /. Reç. xxiu. 6 et seq, — W IhiO. 7.

39^ Cl'HQUlàlfB ATERTISSEUSirT '

» eotre mes nudiis dans la caverne 1 Mais f ai dit 9 en mon cûeor : «A Dieu ne (liaise que j^âeodft » la main sur Foint du Seigneur ! Que le Seigneur » luge entre ^ous et mQÎ , et qu il ous venge de » vous coBUUié il lui {daûra ; mais que md main » ne soit pas sur vous (0 3» ! U xus recounoissoit donc autre puissance que celle de Dieu 9 qui pftt lui faire justice de Saul« Ce qu'il explique encore plus clairement , lorsque , devfîqu une se* ccmde fois maître de la vie de ce prince , il dit à Al>i5aï qui Taccompagnoit W : « Garde&voûs bien 9 de mettre la main sur Saiil ; car qui pourra » étendre sa main sur Teint du Seigneur 9 et de-- -n meurer innocent? Vive le Seigneur, si le Sei- 0» neur ne Le frappe, ou que le jour de sa mort » n'arrive y ou que venant à une bataille il n*y 9 meure », {coaane Saiil mourut en effet danf une bataille contre les Philistins ) il n'a rien à .craindre , « et ma main ne sera jamais sur lui, 9 Dieu m'en garde , et ainsi me soit-il propice » l Cest en cette sorte que. David a recours à Dieu comme à son unique vengeur* Encore lorsqu'il parloit de cette veng^nce , c ëtoit pour monti^er à Saiîl ce que ce prince avoit à craindre , et non pas pour lui déclarer ce que David lui souhai* tbit ; puisque, loin de souhaiter la mort k Saiil , il la pleura si amèrement, et en fit un châtiment ai prompt lorsqu'elle lui éiit annoncée (^). Un homme qui parle et agii ainsi , est bien éloigné de^

(*) /. Iteg. xxui. 10. — W Ibià. «ri. 9, — P) //. Meg, u 14, »»w

vmiliHr lui-Diéaie coiiibattre contre son roi y ni at-^

tenter sur sa vie en queiqne manière que œ soit.

Et «i eSetf s'il eût cru Tattaque lé^tiine , ou qu'il

pûi avoir d antre dn)it que celui 6e s'empêcher

d'être pris y comme il faisoit en se cachant, il

auroit pu aussi bien attenter contre son roi dans

une sur|Mnse que dans un combat. Le même droit

de la guerre permet également Tun et l'autre : et

s'il vouloit épargner le sang de Saiîl, il pouvoit.

du moins s'assurer de sa personne. Mai^ il savoit

trop qu'un sujet n'a ni droit ^ ni force contre

la personne de son prince ; et le ministre le met

en droit de le faire périr dans un combat ! Il a

oublié toute l'Ecriture ; mais il a oublié tous le$

devoirs d'un snid. Il ne songe plus à ce qui est

dû à la majesté , ni à la personne sacrée des-rois ^

ni à la sainte onction qui est sur eux. le ne m'en

étonne pais : il ne se souvient même plus qu'il est

Français ; et il nous parle avec dédain de la loi Sa-

li€fae y vériuMe, dit-il (0 ^ ou prétendite ; comme

feroit unlumime venu des Indes ou du Malabar ;

tant est sorti de son cœur ce qui est le plus avant

imprimé de tout temps , et dès l'origine de la na-^'

tion , dans le cœur de tous les Français.

Mais^y pour revenir ii o^otre sujet ^ conduons qu'il n'y a rien de plus mal allégué que l'exemple 4le David ; puisque , bien loin qu'il fÙt permis de le regarder comme un simple particulier , Dieu iqui i'avoit sacré roi, vodipit qu'on le regardât comme un personnage public ; dont la conserva-

4oO CINQlJlèvX ATERTiaSEKENT

lion ëtoit nécessaire à TEtat j et qu'apcès tout Un'afait que pourvoie àsa sûreté^ comme il y étoit obligé , non-seulemcat.'sans rien attenter contre son roi ni contre son pays^ mais encore sans jamais cesser de les servir au milieu d'une si cruelle oppression. Voilà ce qui est constant dans le fait* Aussi M. JurieUy qui n'a pu trouver aucun attentat dans les actions de David ^ n a de refuge qu'à des questions en l'air ; et il est réduit à rechercher ^ non ce qu'il a fait^ car il est d^à bien constant qu*il n a rien fiadt de mal contre son prince; mais ce qu'il auroit fait en tels et tels cas qui ne sont point arrivés. Que s'il faut tinfin lui répondre sur ses imaginations ^ nous lui dirons, en un mot, que ces grands hommes- abandonna aux mouvemens de leur foi et à la divine Providence y apprenoient d'elle à chaque moment ce qu'ils avoient à faire , et y trouvoient des ressources potir se dégager des inconvéniens où ils paroissoient inévitablement enveloppés ; comme on le voit en particulier dans toute l'histoire de David : de sorte que s'inquiéter de ce qu'auroient ^ fait ces grands personnages dans les cas que Dîea détournoit par sa providence y c'est oser demander à Dieu ce qu'il auroit inspiré^ et craindre que sa sagesse ne fût épuisée.

Enfin donc nous avons ôté toute espérance au

ministre^ et il ne lui reste pour soutenir la prise

^d'aimes de ses pères , ni autorité ni exemple. Au

contraire tous les exemples le condamnent, et

tous les martyrs combattent contre lui.

Raisonnemehs

SUR CES LET^TRES DE M. JURIEU. é^^Ot-

Raisonnemens de 3f. Jurieu en faiseur de$ guerres cwiles de religion.

Nous n*aurions pas un moindre avantage^ si xxxi. nous voulions attaquer les vaines, maximes que le Eu:anges

* CZC6S utt Tni"

ministre appelle à son seeours y et les frivoles rai- niatre contre sonnemens dont il les appuie. Le droit, dit-il (0 , 1« puissance de la-propre conservation est un droit inaliénable, ^ ^^^' S'il est ainsi , tout particulier injustement attaquié dans sa vie par la puissance publique , a droit de prendre les armes y et personne ne peut lui ravir ce droit. Il ne sert de. rien de repondre quil parle d'un peuple : car sans raisonner ici sur cette chimère quil propose , savoir ce.quon pourroit faire contre un tyran qui voudroit tuer tout son peuple, et demeurer roi des arbres et des mai-* sons sans habitans, il met expressément dans le même droit une graruie partie du peuple qui verroit sa vie injustement attaquée : et c'est pourquoi il soutient que les chrétiens eussent pu armer contre leurs princes, s'ils en eussent eu les mpyens; et par la même raison , que les protestans ont pu le faire , quoique les uns et les autres , loin d'être tout le peuple , n'en fussent que la plus petite % partie. Que deviendront les Etats si on établit de telles maximes 7 Que deviendront - ils encore un coup si ce n'est une boucherie et un théâtre perpétuel et toujours sanglant de guerres civiles 7 Car comme l'opinion fait le même eifet dans l'esprit des hommes que la vérité, toutes les fois

0)£<ft.a,p. 167.

BossuET. Averti aux trot. i. îà6

4oa CIHQUIEM^B ATERTISSEMElfT

qu'une partie du peuple s'imagineca qu'elle a rai* sou contre la puissance publique, et que la punir de sa rébellion c'est s'attaquer injustement à sa vie j elle se croira en droit de prendre les armes, et soutiendra que le droit de se conserver ne peut lui être ravi. Qu'on nous montre que les chrétiens persécutés aient jamais songé à ce prétendu droit. Et pour ne pas seulement parler du temps des persécutions et de la cause de la religion , Antioche y la troisième ville du monde , qu'on appeloit l'œil de l'Orient , et par excellence Ântioche la peuplée , se vit en péril d'être ruinée par Théodose le Grand dont on avoit renversé les statues. On pouvoit dire qu'il n'étoit pas juste de punir toute une ville de l'attentat de quelques particu* liers qui même étoient étrangers, ni de mêler l'innocent avec le coupable; et en effet saint Cbrysostôme (^} met cette raison dans la bouche de Flavien, patriarche d* Antioche, qui alloit demander pardon à l'Empereur pour tout le peuple. Maïs cependant on ne disoit point; que dis-je, on ne disoit point 7 il ne venoit pas seulement dans la pensée qu'il fât permis de défendre sa vie contre le prince : au contraire, on ne parloit à ce peuple que de l'obligation de révérer le magistrat W : on lui disoit qu'il avoit à craindre la plus grande puissance qui fût sur la terre, et qu'il n'a voit à invoquer que cdle de Dieu qui seule étoit audessus (^). C'est ce que saint Ghrysostôme inculquoit sans cesse ; et ce Démosthène chrétien fit

(<) Hom. m ad pop. jtnu n. i : tom. ii, p, 35. «— (*) Hom, ti,. p, ^5. .• (3) Uom, u, n.li, p, 94«

Sun LÈS LETTRES DE M. JUHIÈU. 4^3

sut Ce sujet des homâies dignes , par leur éloquence , de Tancienne Grèce , et dignes , par leur piété y des temps apostoliques. Mais pourquoi alléguer les chrétiens instruits par là révélation ce* leste î Les Païens ^ par leur simple raison naturelle , ont bien vu qu'il fklloit souffrir les violences àes mauvais princes y en souhaiter de tneil^eurs y les supporter quels qu ils fussent, espérer un temps pins sei^n pendant- l'orage , et comprendre que la Providence , qui ne veut pas ta mine du genre humain ni de la nature , ne tient pas éternelle-^ ment le peuple opprimépar un mauvais gouvernement , comme elle ne bat pas Funivers d'une continuelle tempête. Les beaux jours pourront donc refaire ce que les mauvais atiront gâté ; et c'est vouloir trop de mal au2E choses humaines , que de joindre aux maux d'un mauvais gouvernement un remède plus mortel que le mal m^me, qui est la «^vision intestine. Par ces raisti^ns, les Païens ne permcttoient pas à tout le peuple ce que M. Jurîeu ose permettre à la plus petite partie contre la plus grande; que dis-je? ce qtt'il ose permettre à chaque particulier. Un fel homme , celai qui diroit qu'un souverain « a droi4: de faire violence à » la vie d'une partie de son peuple y et que des » sujets n'ont pas celui de se défendre et d'op- » poser la foixe.à la violence, sera réftité par M tous les hommes : <ear il n'y en a point qui ne » croie être en droit de se conserver par toute » VOIE, quand il est attaqué par une injuste vio- » lence (0 ». Yôilà donc non<-seulement t<}ut le

4o4 CINQUIEME ÀTERTISSEMENT

peuple ou une partie du peuple, mais encore tout particulier légitimement armé contre la puissance publique , et en droit de se défendre contre elle par toute voie^ sans rien excepter ni même ce qui fait le plus d'horreur à penser. M. Jurieu nous parle ici des flatteurs des;princes , et il ne songe pas aux flatteurs des peuples. Tout flatteur, quel qu il soit, est toujours un animal traître et odieux : mais s'il falloit comparer les flatteurs des rois avec ceux qui vont flatter dans le cœur des peuples ce secret principe d'indocilité et cette, liberté farouche qui est la cause des révoltes, je ne sais lequel seroit le plus honteux* M. Jurieu a pris le dernier parti, et on ne peut pas plus bassement ni plus indignement flatter la populace ^ que de prodiguer , je ne dis pas à tout le peuple, mais encore à ime partie et jusqu'aux particuliers, "le droit d'armer contre le prince. Mais cela suit nécessairement du principe qu'il pose. « C'est en >> vain^ dit -il (0, qu'on raisonne sur les droits » des souverains : c'est une question où nous ne ^> voulons point entrer ; mais il faut savoir seule- }) ment que les droits de Dieu, les droits du peu- » pie et les droits du roi sont, inséparables. Le » bon sens le démontré : et par conséquent un » prince qui anéantit le droit de Dieu ou celui » des peuples ; par cela m^me anéantit ses propres j) droits » . De cette sorte il n'est donc plus roi : on ne lui doit plus de sujétion ; car poui^uit le séditieux ministre C^), « on ne doit rien à celui qui ne rend » rien à personne, ni à Dieu, ni aux hommes »^

Sun LES LETTRES DE M. JURIÊU. 4^)5

On ne peut pas ppusserplus loin la témérité; et c'est'à la face de tout l'univers renouveler la doctrine tant détestée de ^ean Viclef et de Jean Hus, •qui disent qu'on n'a plus de sujets , dès qu'on cesse soi-même d'être sujet à Dieu. Voilà comme le ministre ne veut pas entrer dans cette question du droit des rois , pendant qu'il décide si hardiment contre ces droits sacrés. Un resté de conscience le retenoity et iln'osoit entrer dans une matière où il se sentoit det opinions si outrées ; mais à la fin il est entraîné par l'esprit qqi le possède , et il décide contre les rois tout ce qu'on peut avancer de plus outrageant : car il conclut hardiment de son principe , que les chrétiens sujets de l'Empiré romain pouvoient résister par les armes à Dioclétien; « puisque, dit-il, si leurs empereurs, » POUR TOUTE AUTRE CAUSE quc poùr ccUc de re- » ligion , les eussent opprimés de la même ma- » nière , ils eussent été en droit de se défendre » ^ Pesez ces mots , pour toute autre cause : ce n'est pas seulenient la cause delà religion et de la Conscience qui arme les sujets contre les princes, c'est encore toute autre cause : et qu'est-ce qui n'est pas compris dans des expressions aussi g^ nérales? Voilà l'esprit du ministre; et bien que, rougissant de ses excès , il ait tâché d'apportei-ailleùrs de foibles tempéramens à ses séditieuses maximes, son principe subsiste toujours : mais, par malheur pour sa cause, ces chrétiens si opprimés sous Dioclétien , loin de songer à cette défense, qu'on veut leur rendre légitime, ont démenti toutes les raisons dont on l'autorise J

4o6 CINQUIÈME ÀTERTISSEMBITT

non-seulement par leurs discours ^ mais encore

par leur patience ; et dn peut dire qu ils n*ont

pas moins sœllé de leur sang les droits sacrés de

Fautorité légitime sur lesquels Pieu a établi le

repos du genre humain y que la foi et TEvangile*

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