XXXII. Et il ne faut pas s'imaginer que le ministre en
(ormeslie " ^^^^^^^ Seulement aux rois. Car son principe n'at-
gouverne- taque pas moins toute autre puissance publique^
ment et tou- souveraiuc ou subordonnée y quelque nom qu'elle
testes assem- i *. » ii i
blces légiti- ^1* c^ ®^ quelque forme qu elle s fpLerce ; puisque rocs égale- ce qui est permis contre les rois, le sera par conquées arT ^équeut coutrc un sénat , contre tout le corps des minisue. magistrats, contre des Etats, contre un parlement, lorsqu'on y fera des lois qui seront, ou qu'on croira être contraires k la religion et à la sûreté des sujets. Si on ne peut réunir tout le peuple contre cette assemblée ou contre ce corps, ce sera assez de soulever une ville ou une province , qui soutiendra non plus que le roi , mais que les juges, les magistrats, les pairs, si Ton veut , et même ses députés , sujpposé qu'elle en ait eu dans cette assemblée , en consentant à des lois iniques, ont excédé le pouvoir que le peuple leur avoit donné ; ou en tout cas qu'ils en sont dccbus , lorsqu'ils ont manqué de rendre à Dieu et au peuple ce qu'ils leur dévoient* Voilà jusqu'où M. Jurieu pousse les choses par ses séditieux raispnnemenSé II renverse toutes les puis'sances , et autant celles qu'il défeud que celles qu'il attaque. Ce principe de rébellion, qui est caché dans le cœur des peuples , ne peut être déraciné, qu'en ôtant jusque dans le fond, du
moins aux particuliers en quelque nombre qu'ils soient y tonte opinion qu il puisse leur rester de la force , ni autre chose que les prières et la patience contre la puissance publique.
Au reste ^ notre ministre se tournlente en vain xxxni. à prouver que le prince n'a pas le droit d'oppri- ^^} .
* * » * » r question im-
mer les peuples ni la religion. Car qui jamais a pertînemimagina qu'un tel droit pût se trouver parmi les ™*°î P°*? * nommes , ni qu il y eût un droit de renverser le j^ Grotius droit même y c'est* à - dire ^ une raison pour agir vainement ^ contre • la raison ;' puisque le droit n'est autre ^ ^^ ^' chose que la t*aison méme^ et la raison là plus certaine , puisque c'est la raison reconnue par le consentement des hommes 7 Ainsi y quand le mi* nistre veut prouver qu'on n'a pas le droit de mal faire y parce que le peuple , d'où vient tout le droit^ n'a pas celui- là , et ne peut donner ce qu'il n'a pad ; il parletoit plus juste et plus à fond , s'il di* soit qu'il ne peut donner ce qui n'est pas. L'état donc de la question est de savoir ^ non pas si le prince à droit de faire mal , ce que personne n'a jamais révë ; mais en cas qu'il le fit et qu'il s'âoi-^ #
gnât de la raison , si la raison permet aux parti* culiers de prendre les armes contre lui ; et s'il n'est pas plus utile au genre humain qu'il ne reste anx particuliers au(5un droit contre la puissance publique. Le ministre , qui soutient le contraire , a beau alléguer pour toute autorité un endroit de Grotius y oii il permet dans un Etat à la paitie affligée de se défendre contre le prince et contre le tout , et n'excepte ,' je ne sais pourquoi , de cette défense , que la cause de la religion. « Je n'ose
4o8 CINQUIÈME AVERTISSEMENT
» presque » , dit cet auteur (0 , ( il parle en trem* lilant et nest pas ferme en cet endroit comme dans les autres) «je n^ose^ dit- il , presque con- » damner les particuliers y ou la plus petite partie » du peuple qui aura usé de cette défense dans une 3> extrême nécessité , sans perdre les égards qu'on » doit avoir pour le public o. M. Jurieu a prisi de lui les exemples de David et des Machabées dont, nous lui avons démontré l'inutilité. Après qu on lui a ôté les preuves. que Grotiusjui avoit fourmes, on lui laisse à examiner à lui-même , si le nom de cet auteur lui suffit pour appuyer son sentiment p pendant que Fautorité et les exemples de TEglise primitive ne lui suffisent pas. Pour, moi je soutiens l^ans hésiter que c'est une contradiction et une illusion manifeste y que d'armer avec Grotius les paiticuliers contre le public , et de leur imposer en même temps la condition d'y avoir égard ; car c'est brouiller toutes les idées et vouloir allier les deux contraires. Le vrai égard pour le public j c'est que tout particulier doit lui sacrifier sa propre vie. Ainsi sans nous arrêter au sentiment ni à. la timidité d'un auteur habile d'ailleurs et bien intentionné, maiscpii n'ose ea cette ocoasion suivre ses propres principes, nous conclurons que le seul principe qui puisse fonder la stabilité des Etats y c'est que tout particulier, au hasard de sa propre vie , doit respecter l'exercice de la puis^ sance légitime et la forme des jugemens publics ; ou., pour parler plus clairement , qu'aucun par^ ticulier ou aucun sujet , ni par conséquent quelc[uxî
(0 De Jure ielli et paçis, £^. l 64 , n. 7. >
partie du peuple que ce soit , ( puisque cette partie du peuple ne peut être , à Fégard du prince et de Fautorité souveraine , qu un amas de particuliers et de sujets) n'a droit de défense contre la' puissance légitime ; et que poser un autre principe , * c'est avec M. Jîirieu ébranler le fondement des ' Etats et se déclarer ennemi de la tranquillité pu-* blique.
Xai achevé ma démonstration , et la Réforme XXXIV.
>•-* it« 1^ •• Ou OD n A
est convaincue d avoir eu des son orifiine un .
o rien eu a re-
esprit contraire à Fesprit du christianisme et à pondre aux celui du martyre ; à quoi on peut ajouter les assas- nouvelles
. . .- , 11 . 1 preuves des
sinats concertes visiblement dan^ le. parti; td assassinats qu a été celui de François^ duc de Guise. M. Ju« autorisés rieu voùdroit faire entendre que ce sont ici des f *m * dioses i*ebattues qu'il ne faudrait plus retoucher : ce qui seroit peut-être véritable ^ si THistoire des Variations ne les a voit pas établies par des preuves incontestables qur n'avoient jamais été assez- relevées (0. Elles n'étpient pourtant pas. fort cachées, puisqu'on les a prises dans Bèze,.dans les autres auteurs du parti , et dans une déclaration signée de Bèze et de FÂmiral , et envoyée à la reine, y oici donc les faits avoués par la Réforme : qu ôiï y pai:loit publiquement dans les prêches mêmes du duc de Guise , comme d'un ennemi dont il étoit à souhaiter que la Réforme fût bientôt défaite ; qu'aussi Poltrot ne se cacha pas du dessein qu'il avoit conçu de l'assassiner à quelque prix que ce fût, et qu'il en parloit hautemeat comme •d'upe chose certainement approuvée \ que cq
4lO CIlfQUlÈUE ÀYSETXSSEMENT
scélérat n'étoit pas le seul dans rarmée qui s'expliquât d'un tel dessein , mais que . d'autres ea parloient de même, au vu et au su des généraux et des ministres , tant il passoit pour constant qu'on approuvoit cet attentat; qu'en efièt, loin de reprendre Poltrot ou les autres dont on connoissoit les mauvais desseins » les ministres les laissoient agir , et continûoient leurs prêches scandaleux contre le diic ; que l'Amiral demeure d'accord qu'il a su tout le complot ; qu'il n'en a point détourné l'auteur; qu'il a même approuvé ce noir dessein dans le temps et les circonstances où il fut exécuté ; qu'il a donné de l'argent à l'assassin pour l'aider dans son entreprise et faci« liter sa fuite; que lui et les autres chefs du parti l'encourageoient par des réponses adroites , qui sous prétexte de refus portoient dans son cœur une secrète et puissante instigation à consommer l'entreprise y comme d'Aubigné, témoin oculaire et in*éprochable d'ailleurs le raconte dans son Histoire (0; qu'on lui parloit en effet de vocations extraordinaires j pour lui laisser croire que l'in-* stinct qui le ppussoit à ce noir assassinat étoit de ce rang ; que Bèzè nous le représente comme un homme poussé de Dieu par un secret mouvement dans le moment qu'il fit le coup ; et que lorsqu'il fut accompli, la joie en éclata jusque dans leâ temples avec des actions de grâces et un ravisse-* ment si universel, qu'on voyoit bien que chacun , loin de détester l'action , à quoi personne ne pensa, s'en fût plutôt fait honneur. Voilà les faits
(") Var. ibiâ, D^Auh, t. ï, Uv, m, c. 17, p, 176.
établis dans THistoire des Variations par des preuves si concluantes , que le ministre n'a pas seulement osé les combattre. Qui ne voit donc quel esprit c'étoit <]ue Tesprit du christianisme réformé ? Et que voit-on de semblable dans toute lliistoire du vrai et ancien christianisme 7 On n y voit pas aussi des prédictions comme celleç d*Ânne du Bourg , ce martyr tant vanté dans la RéformeCOy ni cette nouvelle manière d'accomplir les prophéties par des meurtres bien concei*t&. Tous ces faits soutenus par des preuves invincibles dans l'Histoire des Yariatiobs , sont de* meures y et quoi qu'on en dise , demeureront sans réplique ; ou les répliques , je le dis sans crainte , achèveront la conviction. On en pourroit dire autant de l'assassinat commis hautement par les ministres puritains en la personne du cardinal Béton, sans même trop- se soucier de le déguiser. L'histoire en est trop connue pour être ici répétée. Quelle espèce de réformateurs et de martyrs a produit ce nouvel Evangile ! Mais la haine , le dépit , le désespoir et tout ce qu'il y a de plus outré dans les passions humaines, jusqu'à la rage que les auteurs du parti et M. Jurieu lui-même nous font voir dans le cœur des Réformés , ne pouvoient pas produire d'autres fruits.
Ceux de nos frères errans qui sont de meilleure foi dans le parti ^ et se sentent le cœur éloigné de ces noirceurs, ne doivent pas croire que j'aie dessein de les leur imputer. Â Dieu ne plaise : le poison même ne nuit pas toujours également à
(«) F'ar, Uu. X, n. 5i.
4l2 CINQUIEME AVERTISS^EM ENt
ceux qui l'avalent. Ur ea est de même de Fesprit .d'un parti ; et je connois beaucoup de nos Prétendus Reformés trè&-éloignés des sentîmens qu^ fe viens de l'eprésenter. S'ils veulent conclure de là que ce ne soit pas là l'esprit de la secte } c'est à eux à examiner ce qu'ils auront à répondre aux preuves que je produis. Que s*ils n'ont rien à y répondre y non plus que M. Jurieu , qu'ils rendent grâces à Dieu de les avoir préservés de toutes les suites des maximes du parti ; et poussant encore •plus loin leur reconnoissance^ qu'ils se désabusent enfin d'une religion y où sous le nom de Réforme on à établi de tels principes et nourri de tels monstres.
XXXV. '- On demandera peut-^tre comment il peut -an* Comment ^îver OU OU accorde ces noirs sentimens avecFo-
OQ pe^t ac- ^
cordée CCS pioiou qil'on a d'être réformé et même d'être excès k^ec martyr. Mais il faut montrer une fois à ceux qui iTiMi^d* "r ^^'cnteiident pas ce mystère d'iniquité et ces progioii : exem- /ondeurs de Satan ; il faut, dis-)e , leur montrer, pies des Do- par. un exemple terrible, ce que peut sur des esprits entêtés la réformation prise de travere. Les Donatistes s'étoient imaginé qu'ils venoient ren* dre à l'Eglise sa première pureté ; et cette pré- ' vention aveugle leur inspira tant de haine co<itre l'Eglise, tant de fureur contre ses ministres, qn'on n'en peut lire les efièts sans étonnement. Mais ce que je veux remarquer, c'est l'excès où ils s'emportèrent , lorsque, réprimés par les lois des em^ [)ereurs orthodoxes, ils mirent tout l'avantage de leur religion en ce qu'elle étoit persécutée , et entreprirent de donner aux Catholiques le caractère
SUR LES LETTRES DE M. lURIBV. 4^^
de persécuteurs. Car ils n'oublièrent rien pour forcer les empereurs à ajouter la peine de mort à la privation des assemblées et du culte, et aux châtimens modérés dont on se servoit pour tâcher de les ramener. Leur f ureur, dit saint Augustin ( 0 , long-temps déchargée contre les Catholiques, se tourna ,enfin contre eux-mêmes ; ils se donnaient la mort qu on leur refusoit, tantôt ei^ se précipi^ tant du haut des rochers, tantôt en mettant le feu dans les lieux où ils s*étoient renfermés. C'est ce que fit un évéque nommé Gaûdence ; et;après que la charité des Catholiques Tei^t empêché de périr avec une partie de son peuple dans une entreprise si pleine de fureur , il fit un livre pour la soutenir. Ce que ce livre nous découvre , c'est dans Fesprit de la secte un aveugle désir de se donner de la gloire par- une constance outrée, et à la fois de charger l'Eglise de la haine de tant de. morts désespérés, comme si on y eût été forcépar seç mauvais traitemens. Voilà qui est incroyable, mais certain. .On peut voir, dans cet exemple, les funestes et secrets ressoils que remuent dans le cœur humain une fausse gloire , un faux esprit de réforme , une fausse religion , un entêtement de parti, et les aveugles passions qui l'accompa*-. gnent : et Dieu en lâchant la bride aux fureurs des hommes, permet quelquefois de tels excès, pour faire sentir à ceux qui s'y abandonnent Je triste état où ils sont , et ensemble faire éclater
(0 y^ug, EpisL CI.XZ1II, 7t. 5; clxzzv, /i. iq ; cciv, /?• 8 j tom. n, coU 6i4> 647/7^7* -R^^^ct. lib. n, caju Sq j tom, i, coL 6i» Contra Gaudent, lib. i, n. 3) ctseq, tom. iz, col, 6$i et serf.
4l4 CINQUIÈME ATERTISSEHENT
combien immense est la différence du courage forcené que*la rage inspire y d'avec la constance véritable, ton jours réglée , toujours douce , toujours paisiUe et soumise aux ordres publics, telle qu'a été celle des martyrs.
De la s<^^raineté du peuple : principe de ta politique de M. Jurieu : profanation de t Ecriture pour t établir.
XXXVT. La politique de M. Jurieu, à la traiter par rai^ DesBcmdu bonnement, nous euffaeeroit à de trop lones et de
ministre de ' ®^ *^ . ^
prouver par ^i*op vagœs discours; ainsi sans vouloir entrer FEcriture im dans cette matière , et encore moins dans la dis-
souyeraineté • i ^ i •..•/*•
de tons les ^^^^^^^ de tous Ics gouvememens qui sont innais^
peuples du j*entreprends seulement d'examâner le prodigieux
monde. ^^ ^^ ^ ministre fait d« rEoriture, quand il
s'en sert pour faire dominer partout une espèce
d*état populaire qu*iL règle à sa mode.
U traite cette matière dans ses lettres xvi , xvii et xvni ; et après avoir consumé le temps à plusieurs raisonnemens et distinctions inutiles, il vient enfin à s'en rapporter à THistoire sainte ^ non-seulement comme à la règle la plus certaine, mais encore comme à la.seule qu'on puisse suivre ; « puisqu'il n'y a, dit -il (0 , que les autorités di- » vines qui puissent faire quelque impression sur » les esprits ». C'est aussi par-là qu'il se vante de pouvoir montrer qu'en toutes sortes dé gouvernemens le peuple est le principal souverain , ou plutôt le seul souverain en dernier ressort î
CO LeU, XYU, p. i3i , x33.
SUR LES LETTRES DE M. lURIBTT. AlS
puisque la souveraineté y demeure toujours, nonseulement comme dans sa source, mais encore comme dans le premier et principal sujet oh elle réside. Voici par o& le ministre commence sa preuve.
ce Dieu y dît-il ( > \ s'étoit fait roi comme immédiat xxxvii. » du peuple hébreu : et cette nation durant envi- ^ , '^'*' 9 ipon trois cents ans n a eu aucun souverain sur les premiers » terre, ni roi^nijuge souverain, ni gouverneur». ^™P« <*/* il n'y a rien de tel que de trancher net ^ et cela ^^ ^ donae un air de savant qui â)louît un lecteur. Mais je demande à M. Jurieu : que veulent donc dire ces paroles' de tout le peuple à Josué : Nous vous obéirons en toutes choses comme nous avons obéi à Moïse :, qui ne vous obéira pas mourra (^) ? Ce qui prouve la suprême autorité, non-seule* Qient en la personne de Moïse , mais encore en celle de Josué. Est-ce là ce qu'on appelle n'avoir aucun juge ni magistrat souverain? Les autres juges ^ que Dieu suscitoit de temps en ten^, n'eurent pas une moindre autorité , et il a'y avoit point d'appel de leurs jugemens. Ceux qui ne dé- ^érèrenl pas à Gédéon furent punis d'une moi*t cruelle C^}. Samuel ne jugea pas seulement le peuple avec une autorité que personne ne contredisoit;. mais il donna encore la même autorité' à ses enfans (4) : et la loi même défendoit sous peine de mort de désobéir au juge qui seroit établi (^). C'est donc une erreur grossière de vouloir nous dire que le peuple de Dieu n'eut ni juge
(0 T^tt. XVII, p, i3i. — C») Jos, I. 17, 18. — (') Jud. Tiii. a5. — c4} /. Reg. Vil. i5. VIII. 1. — C^) DcuU xvii. la.
4l6 CIliQUlkME A.yfiRtlSSEMfiKT
souverain^ni gouverneur durant trois cents ans. U est vrai qu'il n y avoit point de succession réglée : Dieu poui*voyoit au gouvernement selon les besoins; et encore qu'il soit écrit quen un certain temps et avant qu'il y eût des rois cJui" cun faisait comme il voulait (0 , il en est bien dit autant du temps de Moïse (^) ; et cela doit être entendu avec les restrictions qu il n'est pas ici question d'examiner.
XXXYITT. Cet état du peuple de Dieu sous les juges est Autjre ci> pJ^3 important qu'on ne pense : et si M. Jurièu y
rcar du mi- '^ . . j i » •. .. i v /
sistre, qui avoit pns garde, u uauroitpas attnbué'au peuple prétend que rétablissement de la royauté au temps de Samuel
LtilKmpre- ®* ^® ^^^^' ^ Quand, dit- il (5), le peuple voulut mier roi, et » avoir un roi, Dieu lui en donna un. U fit ce eioit en droit ^ q^'jj p^j pour l'en détourner ; le peuple perse*
9 véra et Dieu céda. Qu'est-ce que cela signifie , » sinon que l'autorité des rois dépend des peu*- 3» pies, et que les peuples sont naturellement 9 mattres de leur gouvernement pour lui donner » telle forme que bon leur semble »? Je le veux bien lorsqu'on imaginera i|n peuple dans l'anarchie : mais le peuple hébreu en étoit bien loin , puisqu'il avoit en Samuel un magistrat souverain ; et c'est à M. Jurieu une erreur extrême et d'une extrême conséquence, que de vouloir rendre le peuple mattre de son sort en cet état. Aussi, loin d'entreprendre de se faire un roi, ou de changer par eux-mêmes la forme de ce gouvernement , ils s'adressent à Samuel , en lui disant : « Vous êtes >i âgé, et vos enfans ne marchent pas dans vos
(0 Jttd, X711. 6. xvin. I, eu. — (») Dcut. xil 8. — W Leu. hyiu
» voies :
SUH LÉS LETTRES DE M. ^TVRtEU. ^î*]
» voies : établissez -nous un coi qui nous juge » comme en ont les auti-es nations 10 ». Ils en usèrent d'une autre manière envers Jephté. Venez, lui dirent «ils (^), et soyez notre prinee; parce qu'alore la judicature ^ pour parler ainsi ^ étoii vacante , et le peuple pouvoit disposer de sa li^ berté : mais il ne se sentoit pas en cet état' ^ons Samuel ; et c'est aussi à lui qu'ils s'adressent pou^ changer le gouvernement. Le même peuple avoit dit aiitrefbis à Gédéon : Dominez sur nous vous et votre fib (3) : oà ^ s'ils semblent vouloir dispo^ ser du gouvernement sous un prince déjà établi ^ il faut remarquer que c'étoit en sa feveur ; puis^ que y loin de lui ôter son autorité , ils ne voutoient que l'augmenter et la rendre héréditaire dans sa famiUe* Et néanmoins ce n'étoit ici qu'une simple proposition de lapârt dn peuple à Gédéon même ; et pour 'avoir son effet /on peut dire qu'il y falloit iion*sealement l'acceptation y mais encore Pautorisatibn de ce prince : à plus forte raison la fal-^ loit^il pour ôter au prince même son autorité* Cest pourquoi le peuple eut raison de s'adresser à Samuel en lui disant : EtablUsez^nous un roiii) ; et Dieu même recomxut le droit de SamueL^ lors^ qu'il lui dit : Ecoute la voix de ce peuple , et éta-* Nis un roi sur euxi^) ; et un peu après , Samuel parla en cette sorte au peuple qui lui; dem'andoit un roi^) : c'étoit donc toujours à lui qu'on le de^ indoit. Que si Samuel consulte Dieu sur ce
(«)*/. Âeg. viii. 4> ^* — ^*5 •^"^' *»• ^- — ^^) ^*'^- ▼'"• ^^' W L lUg, Yiii. $,-^{S)iUd. aa..- i^Ilnd, lo, aa.
BossvET. Averl. aux Prot, i. U7
4lS CIHQUIÈlCa ▲TBaTISSBMBUT
^u il avoit à faire ^ ille fait coname chargé du gouyernemeat , et à la même manière que les rois Tout fait en cent rencontres. Ce fut lui qui sacra le nouveau roi (0 j ce fut lui qui fit faire au peuple tout ce qu'il falloit , qui fit venir les tribus et les familles les unes après les autres , qui leur appliqua le soi*t que Dieu avoit choisi comme le moyen de déclarer sa volonté sm* celui: qu'il destinoit^ là royauté ; et tout cela , comme il le déclai^e , en 49xécution de la demande qu'ils lui avoient faite : Donnez "nous un roù M. Jurieu brouille encore ici à son ordinaire : « Le sort > dit-il W , est une 9 espèce d'él^dion libre ; car encore que la vo- 9 lonté ne concoure pas libi^ement ail choix du » sujet sur lequel le choix tombe^ elle concourt n librement à laisser faire lé çhoi% au sort ^ et à » confirmer ce que le sort a fait » : fausse subtil )ité y que le texte sacré dément, puisque le sort n'est pas ici choisi par le peuple , mais commandé par Samuel. Aussi » lorsque le sort se fîit déclaré çt que Saiil eut paru , Samuel ne dit pas au peuple ; Voyez celui que vous avet choisi ; mais il leur dit : Pojros oelui que le Seigneur a choisi (?) ; par oik aussi s'en va en fumée Tiosagination du ministre , qui vQudroit nous faire accroii*e que Dieu avoit laissé 9u peuple la liberté ou l'autorité de cou* firmer ee quç le sort oyoii fait : au lieu que , sans demander sa confirmation ni son soffrage^ Samuelleur dii décisivemeot^ comme on vient d'entendre : Foilà k roi çuç le Seigneur vous
(0 /• it(y. X. I , «te. — («) Jur. iUd. — (3) /. B^. s. a4.
8tl. LES LEfïlLES DB M.. JUHIEIT. ^l§
m dohni* Ce fui encore Samuel qm déclara à toiU le peuple là loi de la royauté, et là fit tédi" ger par écrit, et la .mit deyaa^ le Seigneur M*. Le peuple en tout cela ne fait qu'obéir aux oixlres qui lui sont portés en oi^e pcca^ien, coquiie dans toutes les autres^ par sp^ magistrc^t légi-*. time 'y et Tobéissance es); si peu ren^i^e à U 4à^^. çrétion du peuple, qu'au contrak*e il est écrit eft tenues formels, qu'i/ ny eut que les ^nfrns de Bélial qui méprisirenf SaHl {^) ; ç est- à ^ dire, qu'on ne pouvQit résister que par on esprit de. l^volte.
U faut donc di()à rayer ce grand exemple ^ pat ^^Xlx. lequ^ M. Jmieu a voulu montrer indéfiniment ^^ %
« eirears du
que le peuple fait Ifs rôàs, et qu'il est en «on ministre. Se-
pouvoir de changer la forme du souvemement. ^?^^ **^™" L, , . . . , . . . pi«, qui e«t
Tout le contraire parolt : mais le mii^stre, qui , celui de Da-
comme on voit, réussit si mal dansTexemple du ^^^ ^^ ^'^^
premier roi qui étoit Saiil , ne raisonne pas mieux
i|ur le second qui fut David, ce Dieu, dît ^ il (3),
» avoit fait Qikidre David jlonr roi par SamuiA :
» cependant il ne voulut point violer le droit
» du peuple pour Tâèction d'un roi y et nonob^i
n étant ce cIkhx que Dieu avoit fait , David «ut
» besoin d'être choisi par le peuple » . Y çici un
étrange théologien , qui veut toujours qu'tm
homme que Dieu fait roi, ait encore besoin du
peuple pour avoir ce titre; La preuve en estpÎF»
toyable : « C'est pom^quoi , dit - il , David pionta
» en Hébron , et ceux de Juda vini*ent et oi-^
9 gnirent là David pour, roi sur la maisop de
4^20 CINQnifeME ATEKÏISSEMEIfT
^ Juda (0 ». Mais qui lui a dit que ce lieit pas 1% une installation et une reconnoissance d*un roi déjà établi , ou tout au moins déjà désigné de Dieu avec un droit certain à la succession? puisque^ comnye nous Tavons vn/tout le peuple et Saullui-^némè, aussi bien que Jonatbas son Gis -BÏoé Favoient reconnu ; et David se porta tellement pour roi y incontinent après la mort de Saiily que comme roi il ^vengea son prédécessem^ (?)f et récompensa ceux de Jabès Galaad (?). Il paroît même que Jiout Israël Tauroit reconnu sans Âbner, général des armées sous Saiil, çui fit réffèer Isboseih fiis de ce prince sur les duc tribus (4).
Le miïiistre veut qu'on croie tiu'Id>oseth fut roi légitime , paFce que le6 dix tribus lui avoient donné la puissance souveraine^ et que tes peu^ ptes sont' les maîtres de leur souveraineté, et la donnent à qui bon leur semble (^). Quoi ! contra Tordre exprès de Dieu y- qui avoit donné à David tobtle royaume de Saûl? Ceti est trop, et le mkiistre s'oublie' tout-à-fait : mais voyons encore qudte: fiit la suite de ce choix de Dieu. Lorsqu'Âblier voulut établir le règne de David sur les dix trM)us y il. lui fait parler en cette sorte : A qai est la terres si ce n'est à vous? Entendez- '^wms avec moi, et je *vaus ramènerai tout Israël {^) , ebmme.on ramène Te troupeau à son pasteur et des sujets à leur roi. Mais que dit-il encore aux principaux d'Israël qui reconnoissoient ïsboseth ?
(0 //. Àeg.u. a, 4. — (•) Ihid. 1. i5, 16, 18. — 0) Ibid. u. 6, 7. — i/^y-Ibid. 8,^^{^)Jur.iiid.-^ fi)^L ikg^ ni. i%.
SUE LES LETTEBS DE X. JUEIEV. 4^1
Hier et auantr hier vous cherchiez Dwid afif\ ^u*il régnât sur vous (0. II y.;avoit sept ansqu^Isr bosethrégnoit \ et on voit jusqu'aux derniers jour^ dans les dix tribus qui le rec^nnoissent un perpétuel esprit de retour à David cooune à leur roi ^ et à un roi que Dieu leur avoit donné ^ ainsi qu'Âbner venoit de le répéter (^); ce qui faiç voir qu'ils ne demeuroient sous Isboseth que pair force y à cause d'Âbner et des troupes qu il comt mandoit. Aussi dès la première proposition,. tou( Israël et Benjamin même, qui étoit la tribu disbosethy consentirent à se soumettre àDavideomniç à leur roi légitime \ et Abner leur 4ft : J' amener rai tout Israël au roi mpn Seigneur (?)^ On saiç la suiti^ de l'histoire y et comme les d^ux capitaine^ qui commandoient la garde d'Isbosetb^ en appocr tèrent la tête à David ; on sait aussi que Dayid leur rendit le salaire qu'ils méritoient , coipme il a^^oit fait à VAmalécite qui s^étoit yanté d'avoir tué Saiil : car il les fit mourir sana miséricorde^ comme il avoit fait celui-ci (4) : mais le discours qu'il tint à l'un et aux autres ait bien dilTérent ; puisqu'il dit à l'Amalécite qui sjsi vantoit xi'avoif tué Saîîl : « Comment n'as-tu pas craint de mettre » la main sur l'oint du Seigneur pour le tuer 7 » son sang sera sur ta tête , parce que tu as osé » dire : J'ai tué l'oint du Seigneur (5) » . Parla-t-il de la même manière aux deux capitaines qui se vanto.ient d'avoir fait un semblable traitemient à
(0 //. Beg. m. 17. — (•) Ihid. i8. — W Bid. 19, ao, ai. — ^4} ièid. ir. s, a. — (5) Ibid. v i4> i^-
4^2 CINQUIÈME àTERTISSEMENT
Isboseth ? Point du tout. « Vive le Seigneur , » leur ^dit-il (0/j*ai' fait tuer celui qui pensoit 3» m'apporter une agréable nouvelle en me dî- » sant : Saiil est mort de ma main : combien a plutôt punirai'je deux scélérats qui ont tué sur » son lit un liôtnme innocent »? Il n'oublie rien , comme on voit ^ pour exagérer leur crime. Mais 'reproche*t-iI à ces traîtres ^ comme il a fait à l'Amalécite , quUls avoient attenté sur Foint dit Seigneur? leur dit -il du moins qu'ils ont fait mourir leur légitime Seigneur ? Rien moins que cela.' n reproche k TAmalécite d'avoir versé le ^ng d'un roi ; et à ceux-ci d'avoir répandu celui d'un homme innocent à leur égard , qu'ils avoient tué dans son lit sans qu'il fît de mal à personne , et qui même y à le pretidre de plus haut, ne s'étoit Aiis sur le trône qu'à la persuasion d'Abner avec une prétention vraisemblable , et comme nous parlons /avec un titre coloré, puisqu^il étoit fils de Saîil. M. Jurieu ne voit rien de tout cela ; et au lieii qu'il faut tout peser dans un livre aussi précis et aussi profond , pour ne pa^ dire aussi divin que l'Ecriture , il marche toujoui's devant lui , entêté de la puissance du peuple , dont à quelque prix que ce soit il veut trouver des exemples; et croit encore avoir tout gagné quand il nous demande , si l'Ecriture traite le fib de Saiil de roi illégitime , ou les dix tribus de rebelles (^) , pour s'être soumises à son empire 7 Gomme si nous ne pouvions pas lui demander à notre tour
SI l*Ecriture traite de rebelles les mêmes tribus , lorsqtt*ettes se soumiroit & David ? Pouvoient-elles abandonner Isboseth ^ si c*ëtoit un roi^ fils de roi et héritier légitime de son phre, élu selon le droit de toutes les couronnes successives , comme parle M. Jm^ieu ? Mais David est-âl traité d'usui^-^ pateor pour avoir dépossédé un roi si légitimement établi 7 Car assurément un roi légitime ne peut 'être abandonné Sjans fiAonie ; et David n'auroit pu le dépouiller sans être usurpateur. Il le seroit donc selon le miniatre en recevant A.bner et les dix tribus sous son obâssance, pendant qu*Isboseth leur roi légitime vivoit encoi^. Or '
bien certainement ni les dix tribus ne furent infidèles en se soumettant à David , ni David sacré roi par ordre de Dieu n'a été usurpateur ni ty« ran. Qui ne voit donc qu'il faut dire nécessat^ rement que David étoit le roi légitime de tout Israël y et qu'on n'avoit pu reconnolti^ Isbosetb que par attentat ou par erreur?
Je ne sais plus ce qu'on peut penser de ce mi^ XL. nisti*e après de tels égaremens : mais voici un Troisième
• .* 1 «^1 i«* exemple da
-troisième exemple qui met le comble à ses erreurs, ministre .- ce* Le rebelle Absalom étoit défait et tué : mais lui d'Absa- David n'osoit se fier à un peuple inérrat, où la *®'"' ««;«»g-
f *^ o 7 mentatioa
crainte d'étne puni de son infidélité pouvoit en- d'absurdcore entretenir l'esprit de révolte. En efièt lès *^ rebelles efirayés y au lieu de venir demander pardon lau roi ^ et se ranger comme ils dévoient sons ses étendards y s'étoient i^tirés dans leurs Ibaisons avec un air de mécontentement (0. Quelques-uns
(■) IL RcQ. SIS. 9.
4^4 CIIfQUlEME; ÀVEUTlSfiEHENT
parloieixt pour David y mais trop foibiemeiit ea<core; et le mouvement fut ^ si grand y.qu^un peu aprè^, Séba, fils 4^ Sochri, souleva le ||euple, de i^aoière.que , si ou i^e se iiCit dépêché de 1 Acca^ Uer , cette dernière révolte eût été plus dangereuse que celle d^Absalom (0« Avant donc que de retourner à Jéruss^lem, David voulut reconnoitre If di^osition^du.peqple, etiaisoit parler a^x uns et aux autres pour lef riippeler à le^r devoir. Il qen faut pas davantage pour faire dire au mi- |i>stre y que a^ David ue vojulut remonter, sur le y> trôn^, que par la ipéme aiitorité par laquelle j) il y étoit ^r^tnièr^ment monté (?) i> ^ c'est-àdire, par celle. du pquple. Mais quoi ! David nétoit - il pas demeuré rgi malgré la rébellion ^ et Âbsa}om n*ctoât-il. pas un usurpateur? « Oui, V. dit M. Jurieu , c étoit un infâme usurpateur , :».et le peuple étoit rebelle ». Qu^ttendoit donc David • s^on ce ministi^c ? Avoit-il besoin de Vautorité d'un peuple rebelle .pour se remettre sur sfm trône et rentrer d^ns son palais ? Non sans doute : et il est ni&ibla que. s il difFéroit, c*étoit ppiy; mieux assurer les choses. avant quejde ae . repieUre entièrement eaitre les mains des rebelles. [Mais cette taison est trop naturelle pour notre ministre. « Qavid^ dit-il ^l, aimoit mieu^ avouer^ » par cette conduite , que les peuples sont maîtres y de leurs couroones,,et qu'ils le3Ôtent et qu'ils » les donnent à qui ils veulent »• Quoi ! même des peuples rebelles ont tant de pouvoir, et sous un roi légitime ? et dans un attentat aussi étrange
CO //. Hcfr. x:i. 6. -p. (') Jui\ Lctt. xvii, p, iSa. ^ ^) I6id,
SUR LES LCTTKES DE 3f. lURIEU. 4^^
que celui d'un fils contre -un père, il falloit encore adorer le droit du peuple? INTeût-ce pas été flatter la rébellion au lieu de réteindi*ey et' soulever un peuple qu il falloit abattre? Le ministre ne rougit pas d'un tel excès. Il en est averti par ses confrères : mais au lieu de s'en coi^iger il y persiste : cest que le peuple a le droite dit-il (0, et quoi^ttVi en ait abusé ^ en sprte que ce qu'il a fait soit un attentat manifeste , qui par conséquent le rend punissable , et rend du moins ce quil a entrepris de nul effet , il faut respecter cet atten* tat : un prince chassé, mais à la fin victorieux, n'osera user de son droit qu'avec le consentement et l'autorité des rebelles ; et au lieu de les punir , il faudra encore qu'il leur demande pardon de sa victoire. Voilà , mes Frères, les maximes qu'on vous prêche ; voilà comme on traite l'Ecriture sainte. Oi| en spmmes-nous, si on écoute de tels songes ?
Je trouve un quatrième exemple dans la letr SU. tre xvni'. « La couronne , dit ïe ministre (2) , Q««tnéme
' ' exemple, ce-
» appartenoit à Adonias plutôt qu'à Salomon , lui d'Ado- » car il étoit l'atoé : cependant le peuple la tran&- ^^^' » porta d' Adonias à Salomon >}. S'il vouloit bien une seule fois considérer les endroits qu'il cite, il nous sauveroit la peine de le réfuter. Encore lui pardonneroi&-je , s'il y avoit un seul mot du peuple dans tout le récit de cette ajQfaire : mais, quoique l'Histoire sainte la raconte dans tout le détail, on y voit au contraire que Bethsabée dit à David (?) :
(0 Lcu.xxi, p, 167. — W LetL xviu, p, 140. — (^) ///. Heg. 1. ao.
4'i6 CIlTQVlÈMt ÀTERTiSfiEMENIt
ic O mon seigneur et mon roi , toute la maison » dlsraël attend que vous^ déclariez qui doit être » assis après vous dans votre trône ». On voit donc f loin de décider , que le peuple étoit dans Tattente de la volonté du roi. Le roi en même temps donne ses ordres et fait sacrer Salomon (0 : u Qu'on le mette ^ dit -il, dans mon trône , et » qu*on me Tamène ; et je lui commanderai de 91 régner ». A Tinstant tout le parti d'Adonias fut dissipé ; et Abiathar vint lui dire : « Le roi 9 David notre souverain seigneur , a établi Sa* » lomon roi (^) ». Dès qu*on vit qu Adonias vouloit régner, le prophète Nathan vint dire à David : « Le roi mon seigneur a-t-il ordonné » qu* Adonias régnât après lui »? Et 'encore : ft Cet ordre est*il venu du roi mon seigneur ? et » que n'a •« t - il déclaré sa volonté à son servi- » teur (^) » ? On ne songeoit pas seulement que le peuple eût à se mêler dans cette affaire , et Ton n'en fait nulle mention.
XLn. Le cinquième et dernier exemple est celui des
Cinquième Machabées. « Qui , dît-on (4) , a trouvé à redire
et dernier ^
exemple : ce- ^ ^ ^ T^^ firent les Juifs y après avoir secoué le laides Asmo- j, JQug Jes rois de Syrie? Pourquoi, au lieu de chabëes. *" * donner la couronne aux Machabées , ne la ren- » dirent -ils pas à la famille de David »? La réponse n'est pas difficile. Il y avoit quatre cents ans et plus, non-seulement que le sceptre étoit sorti de la famille de David , mais encore que son trône étoit renversé , et le royaume assujetti à un autre
(>) ///. Beg^ I. 34 €l «eç. «-4 M lUd. 44* ^ (S) Ihid. 97. -^
SUR lES LETTRES DE M. JURIEU. 4^7
peuple. Les roîs d'Assyrie , les roîs dé Perse , les rois de Syrie en avoient pi-esciît la possession contre la famille de David, qui avoît cessé de prétendre à la royauté depuis le temps de Sédécias ; et on n'espéroit plus le rétablissement du royaume dans la maison de David qu*au temps du Messie. Ainsi le peuple affi^anchî avec le consentement des rois de Syrie, ses derniers mattres, pouvoit , sans avoir égard au droit prescrit et abandonné de la maison de David , donner FEmpîre à celle des Asmonéens, qui avoit déjà le souverain sacerdoce . Que si on venoit à dire , quoique sans aucune apparence , qu'il n'y a point de près* cription contre les familles royales, ni en parti* Culier contre celle de David à cause des promesses de Dieu , il s'ensuivroit de là que les Romains auroient été des usurpateurs , et que lorsque Jésus-Chiîst a dit. Rendez à César ce qui est h César, il auroit jugé pour l'usurpateur contre sa propre famille et conti*e lui-même, puisqu'il étoit constamment le fils de David. Concluons donc, qu'à ne regarder que l'empire temporel de la famille de David, la prescription avoit lieu contre elle; quêle trône n'en devoit être étemel que d'une manière spirituelle en la personne du Christ ; et qu'en attendant sa venue , le peuple pouvoit se soumettre aux Asmonéens.
Voyons si votre ministre sera plus heureux à XLiil. résoudre les objections, qu'à nous proposer ses Falsifica-
- , lion du texte
maximes et ses exemples. On lui objecte ce fa- sacre: bëvuc meux passage, où, pour détourner le peuple du surleschap. dessein d'avoir un roi. Dieu parle ainsi à Samuel : ^"' «' « «
4^8 CIUQUlkME ÀYERTIS&EKEIÏT
premier des « Raconte-lui le droit du roi qui régnera sur eax t » et Samuel leur dit : Tel aéra le droit du roi ( 0 » . Tout le inonde sait le reste : c est en abrégé, « il » enlèvera vos enfans et vos esclaves ; il établira » des tributs sui' vos terres et sur vos troupeaux, » sur vos moissons et sur vos vendanges , et vous » lui serez sujets ». Voilà ce que Dieu fît dire à son peuple avant que de consentir à sa volonté ; et quand le roi fut établi , « Samuel prononça » au peuple le droit du royaume , et récrivit dans 5) uo livre qu'il posa devant le Seigneur (^) » ; c'est-à-dire, quille posa devant l'arche, xromme une chose sacrée«
M. Jurieu prétend que ces deux endroits n*ont rien de commun l'un avec l'autre. « Ceux qui ou; » trent tojuit, dit-il (3), et qui ne comprennent rien, » veulent que cette description de U tyrannie » des rois (au diapitre vm, vers, g et i.i) soit 3» la même chose que le droit des rois dont il est » dit dans le chapitre x, vers» stS : lors Samuel » prononça au peuple le droit du royaume, et » récrivit dans un livre, qu'il posa devant Iç >i Seigneur ». Voilà donc, selon ce ministre, ce que disent ceux qui outrent tout et ne comprennent rien* Mais lui, qui n'outre rien et qui comprend tout , prend un autre parti ; et voici pourquoi : « C'est, dit- il, qu'il n'y a qu'à voir la différence x> des termes dont Samuel se sert dans ces deux » endroits, pour connoitre la différence des choses. » Dans ce dei^nier passage (chapitre x, vers. a5)
(0 i. jReg.yui. 9, lo. — W làid, x. a5. — '?) Jur, Lça. xTir,
» ce que Samuel proposa au peuple est appela le » droit du royaume y et daûs le huitième diapiti'e )i les menaces qu il énonce sont appelées le trai- )» tement : Déclare-leur comment le roi tfui^ré^ » gnera sur eux les traitera , et non pas corn- » ment il aura droit de les traiter. Et Samuel dit » aussi : C'est ici le traitement que vous fera le » roi qui doit régner sur vous : Il ne dit pas : » G*est ici le traitement qu'il aura droit de vous » faire ».
A éntendre'parler ce ministre avec une distinction et une résolution si pirécise, vous diriez qu'il ait lu dans Foriginal les passages qu'il entreprend d^eipliquer : mais non ; car au lieu qu'il dit déci^ sivement que le Saint-Esprit se sert de mots difl^ rens au huitième et au dixième chapitre pour expliquer ce qu'il a traduit ^ traitement et droit j il ne falloit que des yeux ouverts, et seulement savoir lire ,'pour voir que le Saint -Esprit emploie pairtoitit le même terme : Raconte-leur le droit du roi : (ch. vni. 9. Mischpath. ) Telsera le droitdu roi (Ibidem, 11.) eacore Mischpath. Samuel pro^ nonça au peuple le droit du royaume (chap. x. •2i5.)' pour la troisième fois, Mischpath: et les Septante ont aussi dans les trois endi^oits le même mot, et partout ivMMà^^ qui veut dire, droit, jugement j ou comme on voudra le traduire ; toujctirs en ngnifiant quelque chose qui tient lieu de loi, qui est aussi ce que signifie naturellement le mot hébreu , comme on pourroit le prouver par cent passages»
43o CIITQUIÈME ÀVERTISSElffiHT