XLIV. Il faut donc, par les principes du ministre
Quel éioit ppçjj jj.g le contre-pied de ses sentimens. Le rap-
rëgner par- port du chapitre TOI et du chapitre x est manimi les Hér feste. Le di^oit du chapitre x n'est pas la conduite rindépen- particulière des rois : ce n est pas le traitement dance de qu'ils feront au peuple à tort ou à droit, que Dieu ^P^ r°^ fait enregistrer dans un livre public et consacrer premiëremo- devant ses autels -y c'est un droit royal ; donc le narchie. droit dbnt il est parlé au chapitre viu est un droit royal aussi. Et il ne faut pas objecter qu'il s*ensuivroit que le droit royal seroit une tyrannie. Car il ne faut pas entendre que Dieu permette aux rois ce qui est porté au chapitre vui^ si ce n'est dans le cas de certaines nécessités extré^ mes , où le bien particulier doit être sacrifié aa bien de l'Etat et à la conservation de oea:i: qui le servent. Dieu veut donc que le peuple entende que c est au roi à juger ces cas , et que s'il excède son pouvoir , il n'en doit compte qu'à lui : de sorte que le droit qu'il a tx*est pas le droit de faire licitement ce qui est mauvais ; inais le droit de le faire impunément à l'égard de la justice humaine i à condition d'en répondre ^ la |ustice de Dieu , à laquelle il demeura d'autant plus sujet , qu'il est plus indépendant de celle des hommes. Voilà ce qui s'appelle avec raison le droit royal » égalemeat reconnu par les Protasians et pw les Ca« tholiques ; et c'est ainsi du moins qu'on régaoit parmi les Hébreux. Mais quand il faudrait pi^ndre ce droit , comme fait M. Jurieu, pour le traitement que les rois feroient aux peuples, le minis-*
tre n^en seroit pas plus avance ; puisque toujours il demeui'eroit pour assuré que Dieu ne donne aucun remède au peuple contre ce traitement de ses rois. Car loin de leur dire^ Vous y pourvoirez ^ ou y Vous aurez droit d'y pourvoir ; au contraire il ne leur dit autre chose sinon : F^ous crierez à moi à cause de votre roi que vous aurez voulu avoir, et je ne vous écoulerai pas (0; lei^r mon^ frant qu il ne leur laissoit aucune ressource contre Tabus de la puissance royale , que celle de réclamer son secours ^ qu ils ne méritoient pas après avoir méprisé ses avis.
D'autres veulent que cette loi du royaume ^ 4ont il est parlé au I«r des Rois> x* aS , soit celle du Deutéronome W , où Dieu modèle Tambition des rois et règle leurs devoirs. Mais pourquoi écrire de nouveau cette loi , qui étoit déjà si bien écrite dans ce divin livre, et déjà entre les mains de tout le peuple 7 et d'ailleurs les objets de ce»^ deux lois sont bien différens. Celle du Deutéronome marquoit au roi ce qu'il devoit faii*ey et celle du livre des Roia marquoit au peuple à quoi il s*étoit soumis en demandant un roi. Mais qu'on le prenne comme on voudra , on n y gagne pa« davantage ; puisqu enfin cette loi des rois dans le livre du Deutéronome , ne prescrit aucune peine qu'on puisse leur imposer «*iU manquent à leur devoir; tout au contraire de ce qu'où voit partout aillem^y oîi la peine dç la transgression suit toujours rétablissement du précepte. Mais lorsquet
(0 /. itcf . Tiii. i8. — (•) Dcut. xVu. i6.
432 CINQUIÈMB AVERTISSEMENT
Dieu commande aux rois^ il n'ordonne aucune peine contre eux ; et encore qu'il n'ait rien omis dans la loi pour bien«insti*uire son peuple, on n*y jti^ouve aucun vestige de ce pouvoir sur les rois , que notre ministre lui donne comme le seul fondement de sa liberté : au contraire tout y tend visiblement à l'indépendance des rois ; et la preuve démonstrative que tel est l'esprit de la loi et la condition de régner parmi les Hébreux , c'est la pratique constante et perpétuelle de ce peuple , qui jamais ne se permet rien contre ses rois. H y avoit une loi expresse qui condamnoit les adul* telles à mort (0 : mais nul autre que Dieu n'entreprit de punir David qui étoit tombé dans ce crime. La loi condamnoit encore à mort celui qui portoit le peuple à Fidolâtrie ; et si une ville entière en étoit coupable, elle étoit sujette à la même peine (^). Mais nul n'attenta rien sur Jéro» .boam, qui pécha et fit pécher Israël ^ (comme le répète vingt et trente fois le texte sacré (3) ) qui érigea les veaux d'or , le scandale de Samarie et Terreur des dix tribus. Dieu le punit; mais il demeura à regard des hommes paisible et inviolable possesseur du royaume queDieului avoit donné (4). Ainsi en fut-il d*Achab et de Jézabel; ainsi en futil d'Achaz et de Manassès, et de tant d'autres rois qui idolâtroient et invitoient ou forçoient le peuple à Fidolâtrie : ils étoient tous condamnés à mort selon les termes précis de la loi ; et ceux
' (0 Dtuu XXII. la. — (*) Ihid. xîii. 9, 13. — (') ///. Reg. xiu a6. xni. 34- xiy. i6, fCc.p* (4) lhi4, u. 35 «i $9q.
qui
qui joignoient le meurtre à Tidolâtrie, comme un Âcbab et un Manassès, dévoient encore être punis de mort par un autre titre^ et parla loi spéciale qui condamnoit Thomicide (0. Et néanmo^s ni les grands ni les petits ^ ni tout le peuple , ni les prophètes, qui envoyés de la paît de Dieu dévoient parler ^lus haut que tous les autres , et qui par* loient en effet si puissamment aux rois, les plus redoutable», ne leur reprochoient jamais la peine de mort qu'ils avoient encourue selon la loi. Pourquoi? Si ce n'est qu'on entendoit qu'il y avoit dans toutes lés lois, selon ce qu'elles avoient de pénal , nue tacite exception en faveur des rois; en sorte qu'il demeuroit.pour constant qu'ils ne répondoient qu'à Dieu seiul : c'est pourquoi, lorsqiCil Touloit les punir par les voies communes, il créoit un roi à leur place, ainsi qu'il créa Jéhu poui* punir Joram, roi de Samarie, l'impie Jézabel sa mère, et toute leur postérité (2}.. Mais de ce^ouvoir prétendu du peuple, et de cette souveraineté qu'on veut. lui attribuer naturellement, il n'y en a aucun acte ni aucun vestige, et pas même .le moindre soupçon dans toute l'Histoire sainte, dans tous les écrits des prophètes, ni. dans tous les livres sacrés. On a donc très - bien entendu dans le peuple hébi^u ce droit royal , qui ré^i^voit le roi au jugement de Dieu seul : et non-^ seulement dans les cas marqués au premier livre des Rois, qui étoient les ca« les plus ordinaires ; mais encore dans les plus extraordinaires
. (>) SxodiJLXJ* la. DeuL xix, 11.— (*) /f^. Meg, ix, 20. BossvzT. Avert» tmx ProU i. a8
434 CIirQUlèKB ÀYBRTIBSEMElfT
et à la fois les plus impOrtans ^ comme l'adultère , le meurtre et ridolâtrie. Ainsi on ne peut douter qu on ne régnât ayec ce droit, puisque l'interprète le plus assuré du droit public , et en général de toutes les lois, c'est la pratique.
Mais yoici un autre interprète du droit i<oyal. Cest le plus sage de tous les rois qui met ces paroles dans la bouche de tout le peuple : « Tob- » serve la bouche du roi : il fait tout ce qui lui » platt) et sa parole est puissante; et personne ne » peut lui dire : Pourquoi faiies-TOUs ainsi (0 »? Façon de pailer si propre à signifier l'indépendance, qu'on n'en a point de meilleure pour eX"^ primer celle de Dieu. Personne^ dit Daniel W, ne résiste à son poui^ir, ni ne lui dit : Pourquoi iefaiies^vous? Dieu donc est indépendant par lui-même et par sa nature ; et le roi est indépendant à l'égard des hommes , et sous les ordres de Dieu y qui seul aussi peut lui demander compte de ce qu'il fait : et c'est pourquoi il est appelé le Roi des rois, et le Seigneur des seigneurs. M. Jurieu se mêlé ici de nous expliquer Salomon (3) y en lui faisant dire seulement , « qu'il » n'est pas permis de conti^ler les rois dans ce n qu'ils font y qu)md leurs ordres ne vont pas à la » raine de la société y encore que souvent ils in-* » commodent ». Ce ministre prête ses pensées à Salomon : mais de quelle autorité, de quel exem« pie, de quel texte de l'Ecriture à-t-il soutenu la glose qu'il lui donne 7 Auquel de ces rois cruela
SUR LBft LETT&B8 DB M. lUBIEU. 4^5
et impies , dont le nombre a été si grand , a-t*oa demandé raison de sa conduite ^ quoiqu'elle allât visiblement à la subversion de la religion et de FEtat? On n'en trouve aucune apparence dans un royaume qui a duré cinq cents ans : cependant l'Etat suhsistoit^ la religion s'est soutenue^ sans qu'on parlât seulement de ce prétendu recom^s au peuple , où Ton veut mettre la ressomxe des Etats.
Il ne faut pas s'imaginer que les autres royau- XLV. mes d'Onent eussent une autre constitution que }^^^^^^^
^ régner par- •
celuides Israélites. Lorsque ceux-ci demandèrent mi les Héun roi , ils ne vouloient pas étaUir une monarchie ÏJ^^n'^to»*
d'une forme particulière. Donnez-nous ùnroi'^y^^f^,^ disoieni-ils W^- comme en ont le$ anores nations} pie, ni moins el nous serons , aioutent^ils («) , comme tous les "^^^^^"^^
' ' parmi les an*
4MUtres peuples : et dès le temps de Moïse : Fous très nations. voudrez avoir un roi comme en ont tous les au* ires peuples aux eninrons &)» ^insi les royaumes d'Orient y où fleurissoîent les plus anciennes et les ploscélèbi^es monarchies de l'univers , avoient la même constitution. On n'y connoissoit non plus qu'en Isi*aèl cette supi^me autorité du peuple : et quand Salomon disoit : Le roi parle ai^ec empire, et nul ne peut lui dire ^ Pourquoi le faites» ^ous ? il n'^xprimoit pas seulement la fonne du gouvernement parmi les Hébi*eux ; mais encore la constitution des royaumes connus alors , et , pour parler ainsi, le droit commun des mo-« naixhies.
Au reste, cette indépendance étoit tellement XLYT. de l'esprit de la monarchie des Hébreax, qu'elle Q»«l'«d*-
- pendanot < 0) /. JReg. Tiii. 5. — W lUd. ao. — W DtuL xru. 14.
436 ClUQUlfelfE ÀVSRÏISSlSMSlfT
des souye- se remit dans la même foime , lorsqu'elle fut re« rainsestéga- uQ^Yelée SOUS Ics Machabées. Car encore qu'on
lement et»- i . • .
blie dans U ne donnât pas à Simon le titre de roi , que ses monarchie eufaus prirent dans la suite , il en avoit toute la des Hébreux puissance SOUS le titre de souverain pontife et de sons les Bia> capitaine; puisqu'il est poilé^ dans l'acte où les chabëesiAc- g^crificateurs et tout le peuple lui transpoiient
Uda peuple r -u i • ^
en faveur de pour lui et pom' sa famille le pouvoir suprême Simon Ma- g^ug q^^ titres, qu'on lui remet entre les mains les armes , les garnisons , les forteresses , les impôts, les gouverneurs et les magistrats (0, les ' assemblées même, sans qu'on en pût tenir aucune que par son ordre W , et en un mot la puissance de pourvoir au besoin du peuple saint (?) : ce qui compi^end généralement tous les besoins d'un Etat, tant dans la paix, que dans la guen-e, sans pouvoir être contredit par qui çue ce soit, sacri^ Jicateur, ou autre, à peine d'être déclaré crimineL Enfin y on n'oublie rien dans cet acte ; et loin de se réserver la puissance souveraine , le peuple ne se laisse rien par où il puisse jamais s'opposer au prince y ni armes ^ ni assemblées , ni autorité quelconque , ni enfin autre chose que Fobéissance . . XLVII. Je voudrois bien demander à M. Jurieu, qui Réflexions ^^^ ^j j^^j^jj^ ^ trouver ce qui lui platt dans l'Ecri-
sor cetacte, .^ ,
et parfiiite ture y ce que le peuple juif s est réservé par cet indëpendan- acte ? Quoi ! peut - être la législation , à cause ^qu'il n'y en est point parlé? Mais il sait bien que
rainssncces-
mon.
senrs de Si- dans le peuple de Dieu la législation étoit épuisée par la seule loi de Moïse , à quoi nous ajou-
C«) /. Màdu XIV, 4i e< w^. 49. — W Ibid. 44. — (î) lUih 43, 43.
8UR LES LBTTHE8 DE X« 7UEIEU. 4^7
terons^ s'il lui platt^ les traditions constantes et immémoriales qui venoient de la même source. Que s'il falloit des interprétations juridiques dans l'application j la loi même y a^oit pourvu par le ministère sacerdotal ^ comme Malachie Favoit si bien expliqué (0 sur le fondement de la doctrine de Moïse : et on n'avoit garde d'en parler dans l'acte qu'on fit en faveur de Simon y puisque ce droit étoit renfermé dans sa qualité de pontife* Tout le reste est spécifié ; et si le peuple s'étoit réservé quelque partie du gouvernement pour petite qu'die fdt , il n'auroit pas renoncé à toute assemblée ; puisque s'assembler , pour un peuple, est le seul moyen d'exercer une autorité légitime : de sorte que qui y renonce , comme fait ici le peuple juif, renonce en même temps à tout légi* time pouvoir. ^
La seule i^estriction que je trouve dans l'acte dont nous parlons> c^est que la puissance n'étoit donnée à Simon et à ses enfans, que jusqu'à ce qu'il s'élevât unjidhle prophète W ; soit qu'il faille entendre le Christ , ou quelque autre fidèle inter^ prête de la volonté de Dieu. Mais cette restriction si bien exprimée ne marque pas seulement qu'il n'y en avoit aucune autre, puisque cette autre seroit marquée comme celle-là ; mais exclut encore positivement celle que M. Jurieu voudroit établir. Car ce qu'il voudroit établir, c'est dans toutes les monarchies et même dans les plus absolues, la réserve du pouvoir du peuple pour changer le gouvernement dans le besoin : or bien
• C») Malach, u.— W /. Mac, mt. 4«-
438 CIRQtXIKMB ÀTERTISSEHEllT
loin (l*avoir réserve ce pouvoir au peuple ^ on le lui ôte en ternies formels ; puisque tout diange* ment de gouvernement est r&ervë à Dieu et k un prophète venu de sa part : et voilà , dans la nouvelle souveraineté de Simon et de sa famille , Tindépendance la mieux exprimée , et tout en- ' semble la plus absolue qu^on puisse voir. XLVin. Ce que les nouveaux rabbins ont imaginé de Béflexions i^ puissance du grand Sanhédrin ^ on du conseil toate^U doc- pcrp^tuel de la nation , oik ils prétendent qu*on trîne précé- jugeoit les crimes des rois, ni ne parott dans cet dente, et n^^ qî q^ se trouve daus la loi, ni n*est fondé tnent mani- sur aucuu exemple ni dans Tandenne ni dans la Cette du nouvelle monarchie , ni on n en voit rien dans cipe dami- fHistoire sainte, OU dans Josephe, OU dans PliiloD, nistre. * ou dans aucun ancien auteur : au contraire tout y répugne; et on n'a jamais vu en Israël de jugement humain contre les rois, si ce n'est peutrétre après leur mort, pour leur décerner Thonneui* de la sépulture royale , ou les en priver : coutume !qui venoit des Egyptiens , et dont on voit quelque vestige dans le peuple saint , lorsque les rois im-* pies étoient inhumés dans les lieux particuliers , et non pas dans les tombeaux des rois. Voilà tout le jugement qu'on exerçoit sur les rois , maiâ après leur mort y et sous l'autorité de leur successeur ; et cela même étoit une marque que leur ma|esté étoit jugée inviolaUe pendant leur vie. Voilà donc comme on a régné parmi les Juifs, toujoui-s dans le même esprit d'indépendance absolue , tant sous les rois de la première institution, que dans la monarchie renaissante sous les Machabées.
sua LES LCTTEBS Dï X. 7UftIBt7. 4^g
Qa*ai - je besoin d'écouter ici les frivoles raisonnemens de votre ministre? Voilà un fait constant qui les détruit tous. Car que sert d'alléguer en Tair qu'il n'y a ni possibilité ni vraisemblance qu'un peuple ait pu donner un pouvoir qui lui seroKt si nuisible (0«? Voilà un peuple qui l'a donné y et ce peuple étoit le peuple de Dieu , le seul qui le connût et le servit ; le seul par conséquent qui eût la véritable sagesse ; mais le seul que Dieu gouvernât y et à qui il. eût donné des lois : c'est ce peuple qui ne se réserve aucun pouvoir contre ses souverains. lorsqu'on allègue cette loi fameuse : que la loi suprême est le salut du peuple W ; je l'avoue : mais ce peuple a mis son salut à réunir toute sa puissance dans un seul ; par conséquent à ne rien pouvoir contre ce seul à qui il trânsportoit tout. Ce n'étoit p^s qu'on n'^ût vu les inconvéniens de l'indépendance du prince, puisqu^on avoit vu tant de mauvais rois, tant d^nsuppprtables tyrans ; mais c'est qu'on voyoit encore moins d'inconvénient à les souffrir quels qu'ils fussent, qu'à laisser à la multitude le moindre pouvoir. Que si l'Etat à la fin étoit péri sous ces rois qui avoient abandonné Dieu , on n'alloit pas imaginer que ce fût faute d'avoir laissé quelque pouvoir au peuple ; puisque toute l'Ecriture atteste que le peuple n'étoit pas moins insensé que ses rois. « Nous avons péché, » tlisoit Daniel (3), nous et nos pères, et nos rois, » et nos princes, et nos sacrificateurs, et tout le
(>) Jor. LetL zvi et xtii. — (*) /or. ibid. — W Dath ix. S, 6.
44d cinQtritxs àtirtissbiibnt ' » peuple de la terre » : Esdras et Nébëmias en disetit autant. Ce nVtoit jdonc pas dans le peuple qu'on imaginoit le remède aux -derëglemensy oa la ressource aux calamités publiques ; aucon^ traire ) c étoit au peuple même qu'il faUoît opposer une puissance indépendante de lui pour Farréter; et si ce remède ne réussissoit, il n*y avoit rien à attendre que de la puissance divine. Cdst 4onc pour cette raison, que, malgré les expériences de Fancienne monardiie^ on ne laissa pas de fonder sur les mêmes principes la monarchie renaissante. Elle périt par les dissensions qui arrivèrent dans la maison royale. Le peuple qui yoyoit le mal ne songea pas seulement qu'il pût ' y remédier. Les Romains se rendirent les maîtres y et donnèrent le royaume à Hérode, sous qui sans doute on ne songeoit pas que la souveraine puissance résidât dans le peuple. Quand les Romains la reprirent sous les Césars , le peuple ne songeoit non plus qu'il lui restât le moindre pouvoir pour se gouverner, loin de l'avoir sur ses maîtres, et c*ést cet état de souveraineté si indépendante sôus les Césars, que Jésus-Christ autorise, l(»*squ'il dit : Rendez à César ce qui est à César. Il n'y a donc rien de plus constant que ces monarcliies où Fon ne peut imaginer que le peuple ait ^ aucun pouvoir, loin d'avoir le pouvoir suprême sur ses rois. Je ne prétends pas disputer qu'il n'y en puisse avoir d'une autre Ibime, ni exaoniner si celle^i est la meilleure en elle-^méme ; au contraii*e san$ me perdre ici dans de vaines
SX7E LSS LETTRES DE X. lURIBIT. 44^
spéculations y |e respecte dans chaque peuple le gouvernement que Fusage y a consacré , et que Texpérience a fait trouver le meilleur. Ainsi je n*empéche pas que plusieurs peuples niaient excepté, ou pu excepter contre le dix>it commun de la royauté y ou si Ton veut imaginer la royauté d'une autre sorte , et la t^npérer plus ou moins , suivant le génie des^ nations et les diverses con-^ stitutions des Etats. Quoi qu'il en soit , il est dé- ^
montré que ces exceptions ou limitations du pouvoir des rois , loin d*étre le droit commun «tes monarcliies / ne sont pas seulement connues dans ceHe du peuple de Dieu. Mais celle - ci n'ayant rien eu de particulier, puisqu'au contraire on la voit établie sur la forme de toutes les autres ou de^la plupail, la démonstration passe plus loin , et remonte jusqu'aux monarchies les plus anciennes- et les plus célèbres de l'univers : de sorte qu'on peut conclure que toutes ces monarchies n'ont pas seulement connu ce prétendu pouvoir du peuple , et qu'on ne le connoissoit pas dans les empires que Dieu même et Jésus^Ghrist ont autorisés. -
Principes de la polilii/ue de M. Jurieu, et
leur absurdité.
J'ai vengé le droit des roi^et de toutes les puis- XIJX. sauces souveraines -, car elles sont toutes égale- ^^ pemU^ ment attaquées , s'il est vrai , comme on le pré- que le ministend, que le peuple domine partout, et que l'état ^'«.f"' '^' populaire/ qui est le pire de tous, soit le fond metlaswe-
44^ CINQUIÀMB ATBftTISSEMXlVT
raineié dans de tous les Etats. J'ai répondu aux autorités cle Fanarchie. }»Ecriture qu'^n leur oppose. Celles-là sont con-
sidérables ; et toutes les fois que Dieu parle , ou qu'on objecte ses décrets , il faut i*épondre. Pour i les frivoles raisonnemens dont se servent les spé^
culatifs pour régler le droit des puissances qui gouvernent l'univers, leur propre majesté les en défend ; et il n'y auroit qu'à mépriser ces vains t politiques y qui, sans connoissance du monde ou
des affaires publiques , pensent pouvoir assujettir le$-trônes des rois aux lois qu ils dressent parmi leurs livres, ou qu'ils dictent dans leurs écoles. Je laisserois donc volontiers discourir M. Jurieu £;ur les droits du peuple ;*et je n'empécherois pas qu'il ne se rendit l'arbitre des rois, à même titre qu'il est prophète : mais afin que le monde, qui est étonné de son audace, soit convaincu de son ignorance , je veux bien, en finissant cet Avertis* sèment , parmi les absurdités infinies de ses vains discours, en relever quatre ou cinq des plus gros* sières.
Dans le dessein qu*avoit M. Juriez de faire Fa* pologie de ce qui se passe en Angleterre, il paroissoit naturel d'examiner la constitution pai^ticulière de ce royaume ; et s'il s'étoit tourné de ce côté là , j'aurois laissé à d'autres le soin de Iç i^^futer. Car je déclare encore une fois que les lois particulières des Etats, non plus que les faits personnels, ne sont pas l'objet que je me propose. Mais ce ministre a pris un autre tour; et soit que l'Angleterre seide lui ait paru un sujet digne de ses soins, ou qu'il ait trouvé pW aisé de parler
SUR LBS LETTBCS DS M. JURIEU. 44^
en Tairdu droit des peuples, que de rechercher les histoires qui feroient connottre la constitution de celui dont il entreprend la défense , il a bâti une politique également propi^ à soulever tous les Etats (0. En voici Tabrégé : a Le peuple fait les D souverains et donne la souveraineté : donc le » peuple possède la souveraineté, et la possède » dans un degré plus éminent; car celui qui » communique , doit posséder ce qu*il commu- » nique d une manière plus parfaite : et quoiqu'un » peuple qui a fait un souverain ne puisse plus » exercer la souveraineté par lui-même, c'est B pourtant la souveraineté dupeuple qui est exer- 1» cée par le souverain ; et Texercice de la souve- » raineté qui se fait par un seul , n'empêche pas » que la souveraineté ne soit dans le peuple comme 9 dans sa source, et même comme dans son pre- 9» mier sujet ». Voilà les principes qu'il pose dans la xvi' lettre; et il en conclut, dans les deux suivantes, que le peuple peut exercer sa souve* raineté en certains cas, même sur les souverains, les juger, leur faire la guerre, les priver de leurs couronnes, changer l'ordre de la succession, et même la forme du gouvernement.
Ce qui d'abord se fait sentir dans ce discours, ce sont les contradictions dont il est plein. Le peuple^ dit-on j donne la souveraineté; donc il la possède^ Ce seroit plutôt le contraire qu'il faudroit conclure ; puisque si le peuple l'a cédée , il ne l'a plus ; ou en tout cas , pour parler avec
(0 /mu sti , n. 4 j r* >^^*
444 CINQUIÈME ÀVE&TISSEIIENT
M. JurieUy il ne Ta que dans le souTeraia qu*il a créé. G*est ce que le ministre vient d^avouer en disant y quun peuple qui a fait un souyerain ne peut plus exercer la souyercUneté par lui-même, et que sa souveraineté est exercée par le souverain qu il a fait.
Il n'en faut pas davantage pour renverser tout le système du ministre. Car tout ce oh il veut venir par ses principes , c'est que le peuple peut faire la loi à son souverain en cei^ains cas, jusqu'à lui déclarer la guerre , le priver , comme on l'a dit y de sa couronne , changer la succession et même le gouvernement. Or tout cela est contre la supposition que le ministre vient de faire. Car sans doute ce ne sera pas par le souverain que le peuple fera la guerre au souverain même et lui ôtera sa couronne ; ce sera donc par lui - même que le peuple exercera ces actes de souveraineté , encore qu'on ait supposé qu'il n'en peut exercer aucun.
Mais y sans encore examiner les conséquences du système y allons à la source , et prenons la po* litique du ministre par l'endroit le plus spécieux. Il s'est imaginé que le peuple est naturellemei>t souverain ; ou \ pour parler comme lui ^ qu'il possède naturellement la souveraineté , puisqu'il la donne à qui il lui plait : or cela c'est eri*er dans le principe ^ et ne pas entendre les termes. Car à i*egarder les hommes comme ils $ont naturellement, et avant tout gouvernement établi , on ne trouve que l'anarchie, c'est-à-dire, dans tous les
hommes une liberté farouche et sauvage , où chacun peut tout prétendre ^ et en même temps tout contester ; où tous sont en garde ^ et par conséquent en guerre ëontinuelle contre tous ; où la raison ne peut rien^ parce que chacun appelle raison la passion qui le transporte ; où le droit même de la nature demeure sans force , puisque la raison n'en a point ; où par conséquent il n y a ni propriété , ni domaine , ni bien , ni repos assuré , ni à dire vrai , aucun droit , si ce n est celui du plus fort : encore ne sait -oh jamais qui Test y puisque chacun tour à tour peut le devenir, selon que les passions feront conjurer ensemble plus ou moins . de gens. Savoir si le genre humain a jamais été tout entier dans cet état , ou quels peuples y ont été - et en quels endroits , ou comment et par quels degrés on en est sorti ; il faudroit pour le décider compter Tinfini, et compi*endi*e toutes les pensées qui peuvent monter dans le cœur de l'homme. Quoi qu'il en soit , voilà l'état où Ton imagine les hommes avant tout gouvernement. S'imaginer maintenant y avec M. Jurieu , dans le peuple considéré en cet état, une souveraineté , qui est déjà une espèce de gouvernement , c'est mettre un gouvernement avant tout gouvernement, et se contredh*e soi-même. Loin que le peuple en cet état soit souverain , il n*y a pas même de peuple en cet état. Il peut bien y avoir des familles , et encore mal gouvei*nées et mal assurées ; il peut bien y avoii* une troupe, un amas de monde, une mul-
^\6 CINQUIÈME AV^BTISSEMENT
titude confuse : mais il ne peut y avoir de peuple ; parce qu un peuple suppose déjà quelque chose qui réunisse quelque conduite réglée et quelque droit établi ; ce qui n'arrive qu à ceux qui ont déjà commencé à sortir de cet état malheureux , c'est-à-dire , de Tanarchie.
C'est néanmoins du fond de cette anarchie qtt« sont sorties toutes les formes de gouvernemens ; la monarchie y l'aristocratie , l'état populaire et les aiiti^es ; et c'est ce qu'ont voulu dire ceux qui ont dit que toutes soiles de magistratures ou de puissances légitimes venoient originairement de la multitude ou du peuple. Mais il ne faut pas conclure de là , avec M. Jurieu , que le peuple comme un souverain ait distribué les pouvoirs à un chacun ; car pour cela il faudroit déjà qu'il j e&t ou un souverain , ou un peuple r^lé ; œ que nous voyons qui n'étoit pas. U ne faut non plus s'imaginer que la souveraineté ou la puissance publique soit une chose comme subsistante , qu'il faille avoir pour la donner; elle, se forme et résulte de la cession des pai^ticuliers ^ lorsque , fati« gués de l'état où tout le monde est le maître et oft personne ne l'est , ils se sont laissés persuader de renoncer à ce di^oit qui met tout en confusion , et à cette liberté qui fait tout craindre à tout le monde y en faveur d'un gouvernement dont on convient.
S'il platt à M. Jurieu d'appeler*souvei*aineté cette liberté indocile qu'on fait céder à la loi et au magistrat , il le peut ; mais c'est tout confondre ;
SUR LfiS I^ETTEBS DB II. 717R1BU. 44?
cW'confondrerindëpendanGe de chaque homme dans^rauarchie ^ avec la souveraineté. Mais c'est là tout au contraire ce qui la détruit. Où tout est indépendant , il n*y a rien de souverain : car le souverain domine de droit; et ici le droit de do* miner nest pas encore: on ne domine que suv celui qui est dépendant ; or nul homme n'est supposé tel en cet état^ et chacun y est indépendant ^ ' non -seulement de tout autre , mais encore delà multitude ; puisque la multitude ellep-méme ^ \û$t qu*à ce qu'elle se réduise à faire un peuple réglé ^ n'a d'autre droit que celui de la force.
Voilà donc le souverain de M. Jurieu : c'est dans l'anarchie le plus fort ; c'estr^-dire., la mul* titnde et le grand nombre centime le petit : voilà le peuple qu'il fait le maître et le souverain au-« dessus de tous les rois et de tonte puissance légitime; voilà celui qu'il appelle le UUeur ^) et le défenseur naturel de la véritable religion ; voilà celui en un mot qui selon lui na pas besoin d*a^ uoir raison pour valider ses actes : car , dit M. Jurieu W^ ceiie {tuiorité n'est que dans le. peuple ; et on voit ce qu'il appelle le peuple. Que le lec^ teur se souvienne de cette rare politique : la suite en découvrira les a))surdités; mais maintenant )e n*en veux montrer que le bel endroit.
C'est la doctrine des pactes y que le ministre L. explique en ces termes : « Qu'il est contre la rai- *^o«ruie » son qu'un peuple se livre à un souverain sans des relations » quelque pacte ^ et qu'un tel traité seroit nul «l^ M. Jurieu,
\ ^ 1 X Ti » •.. combien
y et contre la nature ». il ne s agit pas, comme pieino d'ab«>
44^ GIHQUièSfl AVlRTISSEKBarr
nirdité , et on voit , de la constitution pailiculièrede qnelque première- jËtBt: il s'agit du droit naturel et universel; que
ment sur la ' ° ' »
serviiude. le ministi^e veut trouver dans tous lés Etats. // est, dit- ilMf contre la nature de se Iwrer sans. quelque pactes c^est4L-<lire, de se livrer sans se réserver le di*oit souverain ; car c'est le pacte qu'il veut établir : comme s'il disoit, Il est. contre la nature de hasarder quelque chose pour se tirer du pliia affreux de tous les états qui est Fanarchie : il est contre la nature de faire ce que tant de peuples ont fait y comme on a vu. Mais laissons toutes.ces raisons. Comme ces pactes de M. Jurieu ne..se trouvent plus , et qu'il y a long-temps que l'origi* nal en est perdu , le moins qu'on puisse demander à ce ministre y c'est qu'il prouve ce qu'il avance. Et il le fait en cette sorte (^) : « Il n'y a point de a» relation au monde qui ne soit fondée sur un » pacte mutuel ou exprès ou tacite y excepté l'es^ » clavage, tel qu'il étoit enti*e les Païens, qui. » donnoit à un maître pouvoir de vie et de mort » sur son esclave . sans aucune connoissance de n cause. Ce droit étoit faux y tyrannique y pur^ » ment usurpé^ et.cônti^aire à tous les di^oits de » la natm'e ». Et un peu après: « Il est donc cer- 3» tain qu'il n'y a aucune relation de maître , de 3> serviteur , de père y d'enfant y de mari y de femme , . -:» qui ne soit établie sm* un pacte mutuel et sur ^ des obligations mutuelles : en sorte que, quand . » une pai*tie anéantit ces obligations, elles sont ». anéanties de Tautre ». Quelque spécieux; que soit ce discours en général , si on y prend garde
0) Lett. XVI, />. ia4* — ^»/ Vùd, a. col.
de
de près 7 on y troute autant d*ignorance&que de mots. Commençons par la relation de maître «t de sei^viteur. Si le ministre y avoit fait quelle, réflexion , il auroit âongë que Forigine de la ser^ Titude vient des lois d'une juste guerre^* où le vainqueur ayant tout^lroit sur le vaincu ^ jusqu'à pouvoir lui 6ter la vie , il la lui conserve : ce qui même, comme on sait y a donne naissance au mot de serifiy qui devenu odieux dânsr la suite > a été dans son origine un terme de bienfait et de clémence y descendu du mpt sevyare, conseirver. Vouloir que Fesdave en cet état fasse un pacte avec son vainqueur, qui est son matti*e , c'est allet directement contre la notion de la servitude. Car Tun y qui e^t le maître , fait la loi telle qu'il veut ; et l'autre y qui est l'esclave y la reçoit telle qu'on veut la lui donner : ce- qui est la chose d^ monde la plus opposée à la nature d'un pacte, tiù l'on est libre de pai^t et d'autr? , et oii Ton se fait la loi mutueUement»
Toutes ks; autres servitudes ou par vente ou
par naissance ou autrement , sont; formées et dé^
finies sui* celle-là. En général , et à prendre la
servitude d^ns son origine , l'esclave ne pevt rien
contre personne qu'autant qu'il platt^ soii mattre :
les lois disent qu'il n'a point d'état , point de tête,
capul non habei; c'est-à-dire, que ce n'est paâ
une personne dans l'Etat* Aucun bien^ aucun
droit ne peut s'attacher à lui» Il n'a ni voi$ en
|ugement , ni action , ni force , qu'autant que son
maître le permet; à plus forte raison n'en.a-t-il
point contre son maître. De condamner cet état^
Bo8si7£T. Avert. aux ProU u ap
45o CIHQVIÈMB ▲▼B11TI6SE1IBMT
ce seroit entrer dans les sentimens que AL Jurieii lui-même appelle outrés , c est *à- dire, dans les sentimens de ceux qui trouvent tonte guerre in« )uste t ce seroit non-seulement condamner lé droit des gens, oik la servitude est admise , comme il parott par toutes les lois ; mais ce seroit condamner le Saint-Esprit , qui ordonne aux esclaves , par la bouche desaint Paul ( 0 , de demeurer en leur état ^ et n'oblige point leurs maîtres à les affranchir. ^^- Cela va plus loin que ne pense M. Jurieu* Car
ninre seo^U' *^ ^^P***^ ^ droit de conquête y jusqu'à dire que iredît lui- la conçuéte est une pure 'Violence W : ce qui est même, low- jj^ manifestement que toute guerre en est une :
quilparleda i
droit de con- et par Conséquent , conti^ les propres principes quête corn- ju ministre , qu'il ne peut jamais y avoir de jus*
med^uiieptt« .• « « • **i « • • «
re nolcncc. **^® "*^* *^ guerre , puisqu il n y a rien qui s accorde moins que la justice et la violence. Mais si le droit de servitude est véritable y parce que c'est le droit du vainqueur sur le vaincu ; comme tout un peuple peut être vaincu , jusqu'à être obligé de se rendre à discrétion ^ tout un peuple peut être serf; en sorte que son seigneur en puisse disposer comme de son bien , jusqu'à le donner à un auti*e , sans demander son consentement ; ainsi que Salomon donna à Hiram, roi de Tyr , vingt villes de Galilée (3). Je ne disputerai pas davantage ici sur ce droit de conquête , parce que je sais que M. Jurieu dans le fond ne peut le nier. Il faudroit condamner Jephté, qui le soutient avec; tant de force contre le roi de Moab (4). U
(0 /. Cor» VII. aj. Eph, vî. 7, ete, — (•) Lett, xTi, p, a5, a. ç — W ///. Jleg, IX. 1 1 . — (4) Jud. XI.
aUH LB3 LBTTEE8 DB M. IVBIBU. 4Sji
finidroit condainner Jacob ^ qui donne à Joseph ce qU'il a conquis avec son arc et son épée (0. Je ms que -M. Jurieu ne soutiendra pas ces extravaganr ces ; et je ne relève ces choses qu'afin qu on retmai^que , qu'ébloui par de vaines apparences , il \eXie en Fair de grands mots dont il ne pèse pas le sens, comme il lui est arrivé , lorsqu'il a cour fondu les conquêtes avec les pures violences. > *
La seconde relation que notre ministre établit LIT. sur un pacte exprès ou tacite, est celle de père à ^ •■^^••«-' en&nt (a); ce qui est la chose, du monde la»plus la relation de insensée. Carquiest-^cequi a stipulé p(»ur toui lei p^k^ enfant enfans atec tous les pères? Les enfans qui sont au femme : erberceau ont-ils fait aussi un pacte avec leurs pai- r^v grossiei-ens pom* les obliger k les nourrir et à les atmet '^ ?^'''
* , . , tre,<jaicon-
plus que leur vie? Mais les parens ont-ils eu be- fond les desoin de faire un pacte avec lem*s enfans, afin de voira avec les les obliger à leur obéir ? Cest bien écrire sans réflexion, que d'alléguer ces prétendus pactes.*
Il y a plus de vraisemblance à établir sur um pacte la relation de mari à femme, parce qu'en *
efièt il y a une convention. Mais si Fon vouloit coifesidérer que le fond du droit et de la- société couîugale, et celui de Tobéissance que la femme doU à son mari , est établi sur la nature et sur un oon»mandement exprès de Dieu, on n*auroit pas vair aement tâché à rétablir sur un pacte^ Qui ne voit^ en tout ce discours, un hojnme emporté par une apparence ti*om|>euse, quia conlbadu le terme de pacte avec celui d'obligation et de devoir ?E(^ fin effet, il confond trop grossièrement ces dçux
4Sa «IHQITIBltB ▲▼SaTISSBXBKV
«lots y lorsqu'il dit que les relations dont nom Venons de parler de serviteur à maître^ d'enfant à père y et de fiemme à mari, sont établies sur des pactes mutuels et sur des oMigaiions mutuelles (0 ; sans vouloii* seulement considérer qu'il^y a des obligations mutuelles , qui viennent à la véritéi d'une convention entre les parties; et c'est ce qu'on appelle pacte : mais aussi qu'il y en a qui sont établies par la volonté du supérieur, c*est« à-dii'ç y de Dieu, qui ne sont point dès pactes ni des. conventions, mais des lois suprêmes et inviolables qui ont précédé toutes les conventions et tous les pactes. Car qui jamais a ouï dire qu*il «oit besoin d'une convention, ou même qu'on en fasse aucune , pom* se soumettre à la loi, et en« core à la loi de Dieu? Coinme si la loi de Dieu «mpruntoit sa force du consentement des parties à qui' elle pi*escritlem*s devoirà. C'est faute d'avoir entendu une chose si manifeste, que le ministre fiiit ce pitoyable raisonnement : « Il n'y a rien » de plus inviolable et de plus sacré que les droits a» des pères sur' les enfans : néanmoins les pères 01 peuvent aller si loin dans l'abus de ces droits, ji qu'ils les perdent ». Qui jamais a ouï parler •d'un tel prodige, que par l'abus du droît paternel iin père le perde? Cela^ seroit viti, si le père n'avoit de di*oit sur son enfant que par un pacte mutuel ,- comme le ministre a voulu se l'imaginer. JMbis comme le devoii* d'un fils est fondé ^ur quelque chose de plus liant , sur la loi du supérieur .qui est Dieu ^ loi qu'il a mise dans les cœurs avant
iVlÊL LS8 LKTTRKS DE X. YURIKtr. 4^3.
^e de* l^rire sur la pierre ou sur le papier : si un père peut perdre, jon droit, comme dit M. Ju« rien , c^est Dieu même qui perd le sien« H n^est pas moins ridicule de dire avec ce ministre , *« cpi^ùiv » mari qui abuse de son pouvoir sur sa femme ^ par. j> cela même la met en droit de demander là pro-> » teclion dçs lois^ de rompre tout lien et tonte » communion • de résister en un mot à toutes sesi » volontés y(. Ne (]i<*oit-on pas que le mariage est rompu, et que ce n*est plus seulement Tadultère qui Tanéantit, selon la Réforme , mais encoi^e* toute violence d'un mari 7 Qlie si , malgré tout* cela y le mariage subsiste , qui peut dire sans être insensé çue tout lien et toute communion soit rom« pue y et qu une femme acqui/ertle beau droit der résister à toutes les volantes d'un mari? Slaiâ n est-il pas vrai y dit-il , que les enfans et les femmes sont autorisés par leslois divipes et humai^ç»^ à résister auiç injustes volontés d'un mari, et d*uni père ? N'est-il pas vi^ai que le pouvoir des mattres sur les esclaves les plus vils a des bornes? Qui.tie> le sait ? Mais qui ne sait en mêiùe tei^ps. que c^ n est point en vertu d'une convention volontaire^ qui ne fut jamais ni n'a pu être, mais d^un. ordre supérieur? c'est que Dieu , qui a prescrit certain^* dévoila aux femmes y aux enfans, aux esclaves,, en. a prescrit d'auti*es aux maîtres , aux pères, ans; maris : c'est que la puissance publique, quirenferme toute auti*e puissance sous la sienne, a réglée les actions et les droits des uns et des autres : c'est, qu oà il n'y a point de loi, la raison, qui est la< source des lois, en est une que Di^u impose à tous
454 CIHQXJIÈXE ÀTBRTIêSEMEnT
les hommes : c'est que les devoirs les plus lëgi-^ timesy comme ^ par exemple, ceux d'une femme ou d*nn fils , peuvent bien être suspendus envers un mari et envers un père que son injustice et sa violence empêche de les recevoir ; mais que le fond d'obligation puisse être altëré, ou que la disposition du cœur puisse être changée, on ne peut le dire sans extravagance.
Uil. Tavoue donc y selon ces principes , à M. Jurieu^
App cation .jj ^ ^^ obligations mutuelles entre le prince
aux droits ^ ^ o r ^
desrois ctdas et le Sujet; de sorte qu*à cet égard il n'y a point peuples : té- j^ pouvoir sans bornes , puisque tout pouvoir est position de ^omé par la loi de Dieu et par l'équitë naturelle : M. Juriea. mais que de telles obligations soient fondées sur un pacte mutuel ^ loin que M. Jurieu nous Tait prouvé y il n'allègue pour le prouver que de fauxprincipes , que lui - même ne peut soutenir de bonne foi dans son cœur , et que par conséquent il n'entend point quand il les avance.
' Depuis qu'on se mêle d'écrire, je ne crois pas ^'on ait rien écrit de plus téméraire que ce qu'a écî'it M. Jurieu (0 : « Qu'on ne voit point Jéreo- » tions de monarchies, qui ne se soient faites pai* » des traités, où les devoirs des Souverains soient » exprimés aussi bien que ceux des sujets ». Qui ne croiroit à l'entendre qu'il lui a passé sous le^ yeux beaucoup de semblables traités? Il en devroif donc rapporter quelqu'un; et surtout s'il avoit trouvé ce contrat primordial du roi et du peuple qu on prétend que le roi d'Angleterre a violé, il n'auroit pas dû le dissimuler ; car il auroit relevé
(0 LctL XYT, p, xa5.
SUR LBS LETTRES DE M. JURlEU. 4^^
la convention dojit il entreprend la défense , d*ua grand embarras ; surtout si Ton trouvoit dans ce traité qu'il seroit nul en cas de contravention de part ou d*autre, et que le peuple reviendroit en même état , que s'il n'avoit jamais eu de roi. Mais par malheur M. Jurieu^ qui avance qu'on ne voit point d'érection de monarchie où Ton ne trouve de tels traités ^ non - seulement n'a pas trouvé celui - ci y mais encore n'en a trouvé aucun , et n'entreprend même pas de prouver par aucun fait positif qu'il y en ait jamais eu. Il raille quel* que part le docte Grotius, de ce qu'avec de beau grec et de beau latin, il croit nous persuader tout ce qu'il veut , et il a peut-être raison de reprendre ce savant auteur de l'excès de ses citations. Mais qu'aussi y je ne dirai pas sans latin ni gi*ec, mais sans exemple y sans autorité , sans témoignage ni de poète y ni d'orateur ^.ni d'historien , ni d'aucun auteur quel qu'il soit , notre ministre ait osé poser en fait qu'on ne voit aucune érection de monarchie qui ne soit faite sous des traités tels que ceux qu'il imagine , et que tous les peuples du monde anciens et modernes, même ceux qui regardent leurs rois comme des dieux , on plutôt qui n'osent les regarder et ne connoissent d'autres lois que leurs volontés, se soient réservé sur eut un droit souverain , et encore sans le connottrf et sans en avoir le moindre soupçon : en vérité c'est un autre excès qui n'a point de nom , et oA ne peut pas abuser davantage de la foi publique.
Pour moi, sans vouloir me perdre dans des pro- tiV. positions générales, je vois dans l'Histoire sainte j j *^^
Erections mo-
4^^ CINQtJlillE ATBATISSEVENT
mirchies da TérectiOQ de delix monarchies du peuple de Dieu^ peup ^ ^ ^ [qîh jg remarquer ce& prétendue traités mu--
Dieu , con- * *
uaires aux tùels entre lés rois et les peuples, avec la clause préientiona j^ nullité en cas de contravention de la part des nouvelles ré- ^^^^> j® VOIS, manifestement la dause contraire; flexions surle et M. Juiîeu ne le peut nier. Car , sctlon la docchap. viu du ^j^^j^^ jjg ^g ministre , le traitement quQ Samuel
premier livre ' ...
des Rois : déclara au peuple qu'il recevroit dé son roi, étoit érection de tyranniqué et un abus manifeste delà puissance.
lamonarchie r>9 ^ t • • 1 -«■• x • ^ m.
dcsMèdea. ^ ^^^ ^^ pimcipe de M. Jurieu; par conséquent il doit ajouter que la royauté fut d*abord proposée au peuple hébreu avec son abus : néanmoins le peuple passa outre ; et , loin de se réserver la moindre espèce de droit contre le roi quHl vou* lôit avoû' y nous avons vu clairement qu'il* |i*y a pas seulement songé (Ov €é peuple encore un coup n'a jamais songé qu'il se fût réservé un droit sur son souverain ; je ne dis pas dans les abus médiocres dé la puissance royale que Samuel lui propùsoity. mais au milieu des plus grands excès delà tyrannie y tels que sont ceux que nous ayonç vus dans FHistoii^e sainte sous les ix)is les plus impies et les plus cruels , sans que le peuple ait songé à se relever de ces maux par la force. Bieç plus y après lès avoir éprouvés et toutes les suites les plus funestes qu ils pouvoient avoir, le même peuple revient encore sous les Machabées daps la liberté de: former son gouv^mf^içent ; et il ne le forme pas sous d'autres. lois , ni avec çioins (i'in* dépendance du côté des princes^ qu il avoit fait
(0 Ci-dessus > a, 43 et suty^
la première fois. Nous en avons rapj^orté Facte (O^ Voilà des faits positifs y et non. pas des discours en Tair ou de vaines spéculations.
Je trouve y dans Hérodote ^ rétablissement de la monarchie des Mèdes sous Déjocès : et )e n'y vois auèun traité de part ni d*autrej encore moins la résolution du traité en cas de contra* vention : mais ^ ce qui .est bien constant par toute la suite y c'est que l'Empire des rois mèdçs a d& être par son origine le plus indépendant de tout rOrient ; puisqu'on y voit d'abord cette indépendance d'une manière si éclatante , qu'elle n'a é\é ignorée de personne. Ainsi ces litres primordiaux Xke sont pas tous favorables â^ la prétention du ministre ; et il tombe dans l'inconvénient de donner aux peuples mï droit- souverain sur eux-^ mêmes et sur leurs rois y sans que les peuples à ^i il le donne en aient jamais eu le moindre 30upçon.
M. Jurieu nous demande quelle raison pour- ly. roit avoir eu un peuple de se donner un maître BëpoMc k si puissant à lui faire du mal. Il m'est aisé de lui ^^ ^^^ ;f^. répondre. C'est la raison qui a obligé les peuples rieu : pourles plus libres , lorsqu'il faut les mener à la guerre , ^"°^ *" ^' de renoncer à leur liberté pour, donner à leurs fait les rois si généraux un pouvoir absolu sur eux : on aime poûM»'* mieux hasarder de périr même injustement par les ordres de son général , que de s'exposer par la division à une perte assurée de la main des en- Bemis plus unis. C'est parle même principe qu'oQ
(0 G-des^iis, n. 4^»
45& CIHQUIÈHB ÀVBKTISSEMKRT '
a VU un peuple très-libre , tel qu'étoit le peuple romain, se créer même dans la paix un magistrat absolu , potu* se procurer certains biens et éviter certains maux , qu'on ne peut ni éviter ni se procurer qu*à ce prix. Cest encore ce qui obligeoit le même peuple à se lier par des lois que lui-même ne pût abroger : car un peuple libre a souvent besoin d'un tel frein contre luimême f et il peut arriver des cas où le rempart dont il se couvre ne sera pas assez puissant pour le défendre, si lui-même peut le forcer. Cest ce ^ui fait admirer à Tite-Live la sagesse du peuple romaih , si capable de porter le joug d^un corn- ' mandement légitime, qu'il opposoit volontairement à sa liberté quelque chose d'invincible à elle-même , de peur qu'elle ne devint trop licencieuse : jàdeo sibi inricta çuœdam patieniissima justi imperii cMias ficerai» C'est par de semblables raisons qu'un peuple qui a éprouvé les maux^ les confusions , les horreurs de l'anarchie , donne tout pour les éviter ^ et comme il ne peut donner de pouvoir sur lui qui ne puisse tourner contre lui-même, il aime mieux hasarder d'être maltraité quelquefois par un souverain , que dé se mettre en état d'avoir à souffrir ses propres fureurs, s'il se réservoit quelque pouvoir. U ne croit pas pour cela donner à ses souverains un pouvoir sans bornes. Car, sans parler des bornes de la raison et de l'équité , si les hommes n'y sont pas assez sensibles, il y a les bornes du propre intérêt, qu'on ne manque guère de voir , et qu'on ne méprise jamais quand on les voit. C'est ce qui a fait tous
BVH LES LBTT&ES DE U» JUKIEU. 4^i)
les droits des souverains , qui ne sont pas moins les droits de leurs peuples que les leurs.
Le peuple, forcé par son besoin propre à sq ^y^* donner un maître, ne peut rien faire de mieux , mataer des que d'intéresser à sa conservation celui qu^il éta» «ouveraiiis et blitsnr sa tête. Lui mettre l'Etat entre les mains, f? P««P*«
^ fait la borne
afin qu'il le conserve comme son bien propre, laplusnauie*cst un moyen trèâ-pressant de l'intéresser. Mais '*^« **• ^ c est encore 1 engager au bien public par des liens ^^^ plus étroits, que de donner l'Empire à sa famille , afin qu'il aime FEtat comme son propre héritage et autant qu'il aime ses enfans. C'est même un bien pour le peuple que le gouvernement devienne aisé; qu'il se pei*pétue pai' les mêmes lois qui per^ pétnent le genre humain, et qu'il aille, pour ainsi dire , avec la nature. Ainsi les peuples où la royauté est héréditaire , en apparence se sont privée d'une faculté, qui est celle d'élire leurs princes ; mais dans le fond c'est un bien de plus qu'ils se procurent t le peuple doit regarder comme-un avantage de ti*ouver son souverain tout £ût, et de n'avoir pas, pour ainsi parler, à remonter un si grand ressort* De cette sorte, ce n^est pas toujours abandonnement ou foiblesse, 4e se donner des maîtres puissans ; c'est souvent , selon le génie des peuples et la constitution des Etats, plus de sagesse et plus de profondeur dan^ ses vues.
C'est donc une grande erreur de croire avec M. Jurieu., qu op ne puisse donner des bornes à la puissance souvei^ine, qu'en se réservant sur elle un diioit souverain. Ce que vous voulez faire
4()0 ClNQuîiSME ÂTEKTISSEMENT
foibl/e à vous faire du mal , par la condition dei choses humaines le devient autant à proportion à vous faire du bien : et , sans borner la puissance par la force que Vous vous pouviez réserver contre elle y le moyen le plus naturel pour Tempécher de vous opprimer y c'est de Tintéresser à votre salut.
Je ne sais s'il j eut jamais dans un grand Em-* pire un gouvernement plus sage et plus modéré qu*a été celui des Romains dans les provinces. Le peuple romain n'a voit garde d'imaginer aucun reste de souveraineté dans les peuples soumis ; puisqu'il les avoit réduits par la force y et qu'une de ses maximes pour établir son autorité , étoit de pousser la victoire jusqu'à convaincre les peu^ pies vaincus de leur impuissance absolue à rësis* ter au vainqueur. Mais encore qu'ils eussent poussé la puissance jusque-là, sans s'imaginer dans ces peuples aucun pouvoir légitime qu'ils pussent opposer au leur , l'intérêt de l'Etat les retenoit dans de justes bornes. On sentoit bien qu'il ne falloit point tarir les sources publiques, ni accablée ceux dont on tiroit du secours. Si quelicjuefois on ou-* blibit ces belles maximes , si le sénat , si le peuple, si les princes, lorsqu'il y en eut, quittoient les règles du bon gouvernement, leurs succès* seui*s revenoient à l'intérêt de TEtat , qui dans le fond étoit le leur : les peuples se rétablissoient ; et, sans en faire des souverains , Marc Aurèle se proposoit d'établir dans la monarchie la plus absolue , la plus parfaite liberté du peuple soumis : ce qui est d'autant plus aisé que les monarchies
SUE LES LETTEES DE M« IIÏEIEU. 4^1
les pim absolues ne laissent pas d'avoir des bornes inébranlables dans certaines lois fondamentales^ contre lesquelles on ne paît rien faire qui ne soit nul de soi. Ravir le bien d un sujet pour le donner à un autre ^ c'est un^ acte de cette nature : on n'a pas besoin d'armer l'oppressé contré l'oppresseur : le temps combat pour lui ; la violence rédama contre elle - même ; et il n'y a point d'homme asseï insensé pour croire assurer la for^ tune de sa famille par de tels actes. Le prince même a intérêt de les empêcher ; il sent qu'il faut iaire.aimet le gouveroemèiU ^ pour le rendre stable .et perpétuek Gomme on a vu que le vrai intérêt du peuple; est d'intéresser à son salut ceux qui gouvernent ; le vrai intérêt de ceux qui gOuver- ^ nent e^t d'intéresser aussi à leur conservation les peuples soumis* Ainsi l'étranger est repoussé avec ^e y le mutin et le séditieux n'est pas écouté ; le gouvernement va tout* seul et se soutient, pour ainsi dii'e, de* son propre poids. Sans craindre qu'on les contraigne , lés rois habiles se donnent eux-mêmes des bornes pour s'empêcher d'être sur* pris ou prévenus; ils s'astreignent à certaines lois y parce que la puissance outrée se détruit enfin elle-même. Pousser plus loin la précaution , c^est^pour ne rien dire déplus, autant inquiétude que liberté, autant indocilité que prévoyance et sagesse, autant esprit de révolte et d'indépendance que zèle du bien public ; et , enfin ^ car je ne veux pas étendre plus loin ces réflexions , on voit assez clairement que les maximes outrées de i/L. Jurieu répugnent à la raison , et même à l'ex-*
4fia CINQUliMS ÀYERTISSBHIEnT
périence de la plus grÀnde partie des pexiples de Funivers»
LYli. Il faut néanmoins encore exposer ce que ce
Le ministre „|j[nis^|.e croit avoir de plus convaincant. Il croit
met le fon- *^ j ' j *.
dément de uous fermer la bouche , en nous ctemanaant « ce sa politiqae „ q^'il fandrott faire à un prince qui comman* î^ui^X » deroit à la moUié d'une ville de massacrer Ta»mérxqucf. » tre, SOUS prétexte de refus d'obéissance sur un » commandement injuste (0 ». Qu'un lumune se mette dans l'esprit de fonder des règles de droit ^ et des maximes de gouvernement sur des cas bi*
zarres et inouïs parmi les hommes ! Mais écoutons néanmoins y et voyons où l'on veut aller* « Cette moitié de la ville , poursuit-*il , n est pas 1» obligée de massacrer l'autre : on en demeure » d'accord ; car on donne des bornes à l'obéis- » sance active* Mais si ce souverain après cela a » le droit de massacrer toute cette ville , sans )» qu'elle ait le droit de se défendre , il est clair » que le prince aura le droit de ruiner la société n entière ». Puisqu'il vouloit conclure à la ruine de toute la société en ce cas^ que n'ajoutoit • il encore que cette ville ftlt la seule où ce prince fût souverain , on qu'il en voulût faii*e autant à toutes les autres qui composeroient son Etat; en sorte qu'il y restât seul pour n'avoir plus de contradicteui^ , et pour pouvoir tout sur des corps morts qui feroient dorénavant tous ses su- ^ |çts? Le ministre n'a osé construire ainsi son hy«
pothèse^ parce qu'il a' bien senti qu'on lui diroit
sua LES LETTESS DE X. JVKTZV. 4^3
qu^dle est insensée ; et que c est encore qixdque chose de plus insensé de fonder des lois, on de donner un empire au peuple y sous prétexte de remédier à des maux qui ne sont que dans la tête d*un spéculatif, et que le genre humain ne vit jamais.
Comme donc y à parler de bonne foi , ce prince de M. Jurieu , qui voudrait tuer tout Vûniverâ y ne fut jamais y et que la fureur et la frénésie n^ont pas même encore été jusque-là : demander ce qu'il faudroit faille à un prince qui auroil conçu un semblable dessein , c^est en auti'es ter-* mes demander ce qu'il faudroit faii^ à un prince qui deviendroit furieux , ou frénétique au-delà de tous les exemples que le genre humain con<^ nott : en ce cas la réponse sei*oit trop aisée. Tout le monde diroit au ministi*e * qu'on a donné des tuteurs à des princes moins insensés que celui qu'il nous propose. Son prétendu empire ^iu peuple n'est ici d'aucun usage : le successeur na* turel d'tin prince dont le cei^eau seroit si ma*lade, ou les transports si yiolens, feroit naturel'^ lement la chai'ge de régent. Lorsqu'Oxias^ frappé de la lèpre par un coup manifeste de la main de Dieu y prit la fuite tout hoi^ de lui-même; on entendit bien que la volonté de Dieu étoit qu'on le séquestrât selon la loi de la société du peuj^ ; et Joatham son fils atné, qui étoit en état de lui succéder s'il fût mort , prit en main le gouvernement du royaume. On conserva le nom de roi au père : le fils gouverna sous son autorité; et on' n'eut pas besoin d'avoir reooui*3 à cette chi-
464 CIVQriiBMB ÀVE&ÏI8SEVBNT
mëiîque souveraineté dont on veut flatter tous
les. peuples.
LVni. Mais après tout oh veut^on aller par cet em-
Sdon M. PÎJ.Ç j^ peuple? Ce peuple, à qui on donne un
Juricu,onnc ^ *: ^, • . i
sait ce qae <u*oit souverttin sur ses rois^ en a- 1- il moins sur c'est qae le toutes les auti*es puissances ? Si , parce qu*il a fi^on dTsâ ^^^ ^^^^ les formes de gouvernement^ il en poliUque , est le maître ; il est le maître de toutes^ puisqui retombe ^.^»^ jgg g^ toutes faites également. M. Jurieu pi*é^
danscecniel" i i
learouluévi- ^^^ P^ exemple que la puissance souveraine 1er. est partagée m Angleterre entre les rois et les
pariemens, à cause que le peuple Ta voulu ainsi. Mais si le peuple croit être mieux gouverné dans une auU^e forme de gouyeniement, il ne tiendra qu'à lui de rétablir; et iln aura pas moins de pouvoir sur le parlement^ qu'on veut lui en at* tribuer sur le roi. U ne sert de lien de répondre qiie le parlement c'est le peuple lui-même. Car les évéques ne. sont pas le peuple, les pairs ne sont pas le peuple ^ une chambi^-iiàute n est pas le peuple.: si le peuple est persuadé que tout cela n'est qu'un soutien de la tyrannie , et que les pairs : en ^nt les fauteurs ^ on abolira tout oela« Cromwel aura eu raison de réduire tout aux • communes y : et de réduire les communes mêmes à une nouvelle forme. On établira si Ton veut une république , si l'on veut l!état populaire y comme on en a eu le dessein ^ et que tant de gens l'ont peut-être encore. Si les provinces ne conviennent pas de la forme du gouvernement, .diaque province s'en £nra un comme elle voudra. U n'est pas de droit naturel que toute l'Angleterre
sua LKS LETTHB8 OB H. JVl(IEtr. 4^5
([leteiTe fasse un même corps. L'Ecosse , dans la même île, fait. bien encoi'e.un royaume à part^ L* Angleterre a été autrefois partagée entce doq ou six rois : si on en a pu £ûre plusieurs. monar*» chies, on en pourroit faire aussi bien plusieurs républiques , si le parti qui Tentreprendroit étoit le plus fort : le peuple , qui est le vrai souverain ^ Fauroit voulu. Mais le sage Jurieu , qui a établi Fempire du peuple , a prévu cet inconvénient ^ et a bien voulu remarquer que le peuple peut abuser de son pouvoir. Je Tavoue : il Ta dit ainsi. II semble même donner des bornes à la puissance du peuple, « qui^ dit-il (0, ne doit jamais résis- » ter à la volonté du souverain , que quand elle M va directement et pleinement à la ruine de la » société ». Mais qui ne voit que de tout cela cest encore le peuple qui en est le juge ^ c'est, dis-je, au peuple à juger quand le peuple abuse de son pouvoir. Le peuple , dit ce nouveau politique, est; cette puissance çui seule n'a pas besoin d'avoir raison pour valider ses actes C^). Qui donc dira au peuple qu'il n'a pas raison 7 Personne n'a rien à lui dire ^ ou bien il en faut venir, pour le bien du peuple , à 'établir des puissances contre lesquelles le peuple lui-même ne puisse rien : et voilà en un moment toute la souveraineté du peuple à bas avec le système du ministre.
Quelle erreur de se tourmenter à former une jj^ politique opposée aux règles vulgaires, pour être ^ Suite de enfin obligé d y revenir ? Cest comme dans une
(') LetL XYty p, laS. <-* (*) Ci-dessus, n. 49*
BossuET. Ai^ert. aux ProU i* 3o
confusions maxime dn