XXVI. Pour' VOUS montrer que saint Cypricn n*en
, M j™^ ** tendoit pas la satisfaction de Jésus - Christ , il a oontre saint produit un passage (0 y où il dit que « la remis* Cjrprien. „ g^^^ j^g péchés se donne dans le Baptême par » le sang de Jésus * Christ ; mais que les péchés » qui suivent le Baptême sont effacés par la pé- » nitence et par les bonnes œuvres (^) ». Il vou* droit vous faire croire que la rémission des péchés^ que saint Cyprien attribue à la pénitence et aux bonnes œuvres , est opposée à celle qu'il attribue au sang du Sauveur ; mais c*est à quoi ce saint martyr ne songeoit pas. Il ne fait que rapporter les passages de l'Ecriture ^ où la rémission des péchés est attribuée à Taumône et aux bonnes œuvres. Si ces expressions emportoient l'exclusion du sang de Jésus-Christ, il faudroit donc faire le même procès , non plus à saint Cyprien , mais à Salomon, qui a dit que le péché a été nettoyé par la foi et par l'auméne (?) ; à l'Ecclésiastique , qui enseigne que comme Veau éteint le feu ardent, . ainsi ï aumône résiste aux péchés (4) ; à Daniel qui a dit : Rachetez vos péchés par *oos aur mones (5); au livre de Tobie, où il est écrit, que Vaumône délivre de la mort', et qu'e/2e laue les péchés (6); à Jésus -Christ même, qui dit : Faites l'aumône et tout est pur pour vous (7). Mais si dans ces passages célèbres , que saint Cyprien produit y et qu'il produit tous sous le nom d'Ecriture sainte y même ceux de l'Ecclésiastique
(»") LeU, vu, />. 5o , c. a. — (•) Cjrpr, Tr. de Oper, et EUentos. 7- (5) Prov, iT. 27. — <4) EecU, m. 33. — W Dan. iv. a4. — (<>) Tob, XII. 9. — (7) Luc. XI. 4i*
et
SUR LBS LBTTEES DE M. JURIEU, 49
et de Tobie ^ ne veulent'. pas dire que raumône sauve indépendamment du sang de Jésus-Christ , pourquoi imputer cette erreur à saint Cyprien , qui ne fait que les répéter ? Si donc il attribue particulièrement k Jésus- Christ la rémission des péchés dans le Baptême , c^est à cause qu il y agit seul, et sans qu'il soit nécessaire dy joindre nos bonnes œuvres, ou, comme parle saint Cyprien (0, nos satisfactions particulières, ainsi qu'il parott ^ans les enfans : mais au surplus quand il dit qu'iï Jaut satisfaire ; qu // faut viArrER la bien\/eillance de notre Juge , le fié* chirparnos bonnes œuures^ et le faire notre dé^ biteur, il n entend pas pour cela que la rémission des péchés, et la grâce que nous acquérons pac ce moyen , ne viennent pas de son sang ; car au contraire , il reconnott que lorsque ce juste Juge donnera à nos bonnes œu\fres et a vos mérites les récompenses quil leur a promises, la vi^ étemelle que nous obtiendrons, nous'sera don-* née par son sang. Il faut, dit-il (3), satisfaire à Dieu pour ses péchés : mais il faut aussi çue la êatisfaciion soit reçue par notre Seigneur. 11 faut croire que tout ce qu on fait n'a rien de parfait ni de suffisant en soi-même ; puîisqu après tout , quoi que nous fassions , nous ne sommes que des serviteurs inutiles, et que nous n avons pas même à nous glorifier du peu que nous faisons ; puisque, comme nous Tavons déjà rapporté, tout
(0 Cjrpr. de op. et eleem, p. 287 et teq, — • {*) EpUu 96.
BossuET. Ayert. aux Prot. u^ 4
"So PILEMIER ÂVEBTISSfiMENT
nous vieût de Dretipar Jésus^Christ , en qui seul nous avons accès auprès du Père («).
Vûilk les paroles de saint Cyptien ; et Vous voye% biôh^ ïnes chers Fl*ères, que sa doctrine est la ndtrè. Nous distinguons avec lui la grâce pleinement donnée dans le Baptême, d^avec celle qu'il faut obtenir par de justes satisfactions , conune parle le même Père W^ et néanmoins qu*il ne faut attendre, dit-il encore dans le même endroit , ^ue de la dMne rniséricorde.
Votre ministre vous a donc fait voir que saint CyprieU ne connoissoit pas, non plus que les autres Pères, la justiflbation protestante. Il a raison, et il vous confirme ce que fai fWit ailleurs (3) y que votre justification , par pure imputation, est un mystère inconnu à toute Fantiquité ; comme nous avons démontré que les Pin>testans, et Melancton même, le plus zélé défenseur de cette doctrine, en demeurent d'accord. Ainsi saint Cyprien n'avoit garde de parler en ce point- Ik comme vous faites ; et tout ce qu'a gagné votr^ ministre en vous citant ce saint martyr , ça été de vous montrer la cdndamnation , non d'une vérité vraiment chrétienne, mais d'un article particulier de. votre Réforme.
XXVII. ^âis enfin , direz-vous encore , il cite un passage Passage de exprèsdesaiutAugustin, OÙ ccsublime théologien pour"* moid- reconnoît qu'en combattant les héi-étiques, « l'E* uer (|ae TE- )) glise apprend tous les jours de nouvelles vérités;
(0 TttUm. m. 4* P^ 3o5. Tenim. ii. 97. p. 99S ei 394* -^ W JEpiML XL. p, 54. — ^^) Var. Uv. f , ». 29, 3o.
SUR I.B8 LETTRES DE X. YUKIEU. Si
3» ce ne soat donc pas, conclut le ministre (0 , de glî>e «p-
» nouvelles «plîcations et de nottvdiles manières ^^^^ ^^
» que leshërétîques donnent moyen à FEglise d*ap- dogmes : que
» prendre, mais de nouvelles vérités». Ce passage ««P^8««»*
est concluant , direz -*vous. Il est vrai: mais par prouve tout
malheur poiir vdtre ministre , ces noui^lles vérir ^« coniraire.
lés sont de son invention. Voici ce que dit saint
Augustin dans le passage qu'il allègue : « 11 y
» a, dit-il W f plusieurs choses qui appartiennent
9 & la foi catholique , lesquelles étant agitées par
» les hérétiques , dans Febligation où Ton est de
» les soutenir contre eux , sont considérées plus
» ioîgnetisemetit , plus ds^irement entendues , plus
n vivement inculqtiées ; en sorte que la question
j» émue par les ennemis de FEglise , est une oc<-
» casioa d'apprendre ». Voilà tout ce que, dit
saint Augustin ^ sans y rien ajouter ni diminuer.
Si f avois eu à choisir dans tous ses ouvrages un
passage exprès contre ce ministre , f aurois pré*-
Sété celuiw^i à tous les autres; puisqu'il est clair ^
selon les paroles de ce saint docteur ^ qu'appren*
dre y dans cet endroit ^ n'est pas découvrir de
nouvetles vériiés, comme le ministre rafoute du
sien ; mais se confirmer dans celles qu'on saif^
B*y rendre plus' attentif , les mettre dans un plus
grand jour^ les défendre avec plus de force : ce ^
qui présuppose manifestement ces vérités déjà re^
connues. Après cela ^ fiez-vous à votre ministre y
quand il vous cite des passages. Non ^ mes Frères ^
il ne les lit pas , ou il ne les lit qu'en courant :
(0 LetL ▼!, p. 43^ c. I. — (•) j4ug. de Civ, Dei. lih. xvi, çap, X R. I. foi», yiiy oo/. 4i^'
52 PABlflER ÀYBRTIS8BMERT
il y cherche des difficultés , et non pas des solu*
tions ; de quoi embrouiller les esprits , et non de
quoi les instruire ;.et il n épargne rien pour vous
surprendre.
XXYin. Comme quand pour vous faire accroire, que
Qu'un pa»- j^ théologie des Pères étoà imparfaite sur le
uu! produit mystère de la Trinité, il fait dire au Père Pétau
par M. Jn- en .propres termes j guils ne nous en ont donné
''*"'toVr y^ ^ premiers linéamens (0. Mais ce savant
coutraire de autcuT dit le Contraire à Tendroit que le ministre
ce <ïuc pré- produit, qui est la préface du tome ii des Dofintnes
tend ce «ni- f, . , . -^ ^ j j*
ni3tre. théologiques : car il entreprend d y prouver que
. la doctrine catholique a toujours été constante sur ce sujet ^ et dès le^ premier chapitre de cette préface, il démontre que le principal et la sub^ stance du myslhre a toujours été bien connu par la tradition; que les. Pères des premiers siècles conviennent avec nous dans le fond, dans la substance, dans la chose même , quoique non tou'jours dans la manière de parler ip) : ce qu^il continue à prouver au second chapitre, par le témoignage de saint Ignace , de saint Polycarpe , et de tous les anciens docteurs : enfin dans le troisième chapitre , qui est c«Jui que le ministre nous objecte en parlant de saint Justin, celui de tous les anciens qu'on veut rendre le plus suspect, ce saVant Jésuite décide' que ce saint martyr a excellemment et clairement proposé ce qu'il y a de principal et de substantiel dans ce mystère : ce qu il prouve aussi d*A.thénagoras ,
(>) Leu. Tiy p, 45* — (*) TheoL dogm, f. ix, Prœf, c. i, fi. 10, la.
sua LES LETTRES DE Ift.^ JURlEU/ 53
de Théophtte d'Antioche, des autres '^ qtd tous
ont eamA^-dit*il (0/fe principal et la substance
du dùgme , sans aucune tache ; d*où Jl conclut
que £î\ se trouve dans ces saints docteurs quelque
passage plus obscur , c^est à cause . qu'a jant à
traiter avec a les Païens et les philosophes y ils
» ne déclaroient pas avec la dernière subtilité
» et précision , Tintime et le secret du mystère
3» dans les livres qu^ils donnoient au public ; et
» pour attirer ces philosophes ^ Us le tournoient
9 d*une manièire plus conforme au platonisme
> qu ils avoient appris , de même qu'on a fait en-
» core long -temps après dans les Catéchismes ,
n qu*on faisoit pour instruire ceux qu'on vouloit
» attirer au christianisme y à qui au commence-
» melit on ne donnoit que les premiers traits ,
» ou, comme le ministre le traduit^ les premiers
» linéamens des mystères » : non qu'ils ne fussent
bien connus, mais parce qu'on ne jugeoit pas que
ces âmes, encore infirmes, en pussent soutenir
tout le poids ; en sorte ^qu'on jugeoit à propos
de les introduire dans un secret si profond, avec
un ménagement convenable à leur foiblesse :
voilà, en propres termes ^ ce que dit ce Père.
Votre- mimstre lui fait dire tout le contraire en
propres termes. TJ lui fait dire que la théologie
était imparfaite , à cause qu'il dit qu'eÛe se lem-
péroit, et qu'elle s'accommodoit à la capacité
de6 ignorans; et il prend pour ignorance dans
les maîtres , le vsage tempérament dont ik se seiv
voient envers leurs disciples.
(*) Tho^ dogm* t, iT^ Prirf. o. 3.
ne.
• ) 54 ytEMlBH AVJSATISSEMBNT
XXTX. Et pour vous découvrir encore plus
•r^^^^T les illusions dont on tAcbe de vous â)louir. y eu
nùtre , qui a-t-U uDc fiiMS gTossièra qtt« oeU« d'^voir voulu
croit qae la |y ^6 accroire que la foi dé l'Ëdise n « été form^ ,
foi de la Tri- , ^^
nité ' et de ^I^^ lofsqu à loccasiou des hérésies survenues» il rincarna. a fallu en veuîr à des décisions expresses ? Mais mëe ouand ^^ contraire , on n a fait tes deosions qu en proon a fait des posant la foi des siècles passés. Par exemple , décuiona : votre ministre a osé vous dire que la foi de l'In-
preuve du . »>>.<• ^ • ^ t
contrairepar cara^t&ou u a été formée qu après qu on eut esle concile de suyé les disputes des Nestoriens et des Eutydiiens^ *^ c^est-à-dire» dans Je concile de Ghalcédoine : mais ce n'est ga« ce qu'en » penaé le coaçUe même. Car par où a-t-on coomencé cette véaérable assemblée , ^t par oh a coomencé sjiint Léon » qu'elle a «U poiir eoiiducteor 7 Par dire peut-être que jusqu'alors on n'avoit pas h\m entendu ce mystère, ni assez pénétré ^ qWen fivoit dit r& criture. A. Dieu ne plaise : ^u oqmnimoe par iaire voir que les saints docteurs Tavoient toujours entendue cpmme on fassoit encore alors , ejt - qu'Eutydiès avait rejeté la doctrine et les expositions des Pères. C^est paivlà que conmiença saint Léon y comme on le voit par ses divines Lettres , que ce concile a admii^es \ c*esl ce que fait ce concile marne ; et il n'approuve la lettre de saint Léon qu 4 cause qu'elle est confoime à saint Athanasc , à saint Hilaire, à saint Basile , à saint Grégoire de NasianiBe^ à saint Ambroise» à saint Chrysost^me , à saint Augustin , à saint Cyrille | et aux autres que saint Léon avoit cités (0.
(0 Cône. Chai. acL 3. Labb, t. ly, coi. 3a5 ei seq..
SUR hZ& LETT&Ca DE X. JVAIEU. 5S
Biais peut -être qu'où crut ajouter H per%-^
Uou qui manquoit aux d^cmpiu 4é^ cof^çiàe^ pré^
ûédens? Point du tçqt : car, 911 qompo^ç^ pfiç
les rapporter au laug et à les pa$^ ppur foi^fl&r
meut ; puis 1^ saint çoocite pai^e, aiusi : « C^ttç
)» sainte assemblée suit et embrasse la règle de 1^
» foi établie à Nicée , iielle qui a 4i4 cûofirmde à
3» Coustautiuaple^ ceUe qui a été posée à Kpb^j
» celle que- suit sai^t héon y bomme apostolique
» et Pape de TEg^ise universelle ^ et ny vei^t ui
» ajouterai diminuer (0 ». La foi étoit donc. par*;
feite ; et si Ton se fût avisé de dire h, ces fïvfs ,
comme fait anjourd'bui votre ipi^i^tre^ qu ayant
leur décinon elle étoit ipfyrme > ils $e s^oien^
récriés contre cette . parole téjqAérairâ > covamf
contre nu blasphème* C'est pourquoi ils commeui*
cent ainsi leur définition 4e loi : « No^ rcr
» nouvelons la foi inlaillible de nos Pèrçs qui se
9 sont assemblés à Nicée^i \ Con^tantinople 1 :|^
9 flpbèseï sous Célestin et Cyrille (^) ^. PonrqutH
donc font-ils eux-mêmes une noMvelle dé&Mtion
de fbi? £st-ce que celle des conciles précédent
n'étoitpas suffisante? Au contraire, « elle sutSsoit^
)i continnent-ilsy pour une pl^Jine déclaration 4^
y la vérité. Car on y montre 1^4 ?^.APi:cTipg; de \^
» Trinité et de rincarn^ion du fils de Dieu.
9 Mais .parce que les emvemis de la vérîtét.^^
9 débitant leurs bérésie^yXmt invité 4e ncqiYjcnçts
» expressions \ les uns ^ niant qi^ la saif^t^ » Vierge ik\ Mère de DieUi et le§ anU**? ePj.intro-
(I) Au. 4, col. 466 et «ey.,-r (>) /l^. Ch^^tin 4cK 5, eo/. 56i.
56 PKEUIEK A.YEEJTISSElfERT
y duisant une prodigieuse confusion dans les deux ^ natures de Jésus-Christ : ce saint et grand con« » cile enseignant que la prédication de la foi est » dès le commencement tovjoues mMUABUs, a » ordonné que la foi des Pères dexeueeroit » FEEMB, et qu'il n'y a rien a t ajouter , comme » s'il y manquoit quelque chose ». Ainsi la définition de ce concile n'a rien de nouveau , qu'une nouvelle déclaration de la foi des Pères et des conciles précédens , appliquée k de nouvelles hérésies.