‹ Histoire des variations des églises protestantes, suivie des avertissemens aux Protestans, sur les lettres du Ministre JurieuChapitre 5 sur 55 · XXX. Ce qu'on fit alors à Ghalcédoine, on Tavoît · texte numérisé non relu

XXX. Ce qu'on fit alors à Ghalcédoine, on Tavoît

t>reave,enre- ^^^ ^ Ephèsc. On commença par y faire voir consaontant du tre Nestorius, que Saint Pierre d'Alexandrie, sàint Chdfë/^ Athanase , le pape saint Jules , le pape saint Féliic «ux conciles ^^ ^^ autres Pères avoient reconnu Jésus-Christ précédens , cOmme Dieu et homme tout ensemble , et pai* rorî^ da conséquent sa sainte Mère comme étant vraiment chriaiianis^ Mère de Dieu (0 ; en sorte que saint Grégoire '"t* , dé Nazianze n'hésitoit pas à anathématiser ceux

ir&ssage de ,

aaint Atha- ^^ ^^ uioient C^) : OU renouvela la foi de Nicée ^ nasfi. comme pleinement suffisante pour expliquer le

mystère, et on montra que les saints Pères l'avoient entendu comme on faisoit à Ephèse ; on décida sur ce fondement que saint Cyrille « ^toit » défenseur de l'ancienne foi, et que Nestorius »' étoit un novateur qui devoit être chassé de l'E- » glise. iNous détestons, disoit-on, son impiété: » tout Tuni vers l'anathématise : que celui qui ne ^ l'anathématise pas , soit anathéme (3) ».

0) Conc. Eph* acL i, LtM, u m, coL 5i3. — (*) Grt^, Nom^ ^pisu ad Ckdon. i*p. 7S8. — {?) Cône, £ph. att i. cqL 5qx«

SUR LES LETTRES DE X. JURIEIT. Si

On VOUS dira qu'on n'entend parler que des Pères et des conciles , et que c'est trop négliger l'Ecriture sainte. Détrompez-vous de cette erreur: loin de négliger par-là l'Ecriture ; c'est le moyen qu'on prenoit pour en fixer l'interprétation, et ne varier jamais : on ne trouvoit point de plus sûre interprétation y que celle qui aybit toujours été publique et solennelle dans l'Eglise. Ainsi on feisoit gloire à Chalcédoine d'entendre l'Ecriture sainte, comme on avoit fait à Ephèse, et à Ephèse comme on avoit fait à Gonstantinople et à Nicée. Mais est-il vrai qu'à Nicée la foi de la Trinité fût encore informe ^ et qu'elle ne fut formée qu'à Gonstantinople, où l'on définit la divinité du Saint-Esprit? Il est vrai qu'on ne définit exprès-» sèment à Nicée que ce qui étoit expressément révoqué en doute , qui étoit la divinité du Fils de Dieu : car l'Eglise , tojijours ferme dans sa foi , ne se presse pas dans ses décisions; et sans vou<* loir émouvoir de nouvelles difficultés, elle ne les résout par décrets exprès, qu'à mesure qu'on les lui fiiit : de sorte qu'on ne prononça aucun décret particulier sur la divinité du Saint-Esprit, dont on ne disputoit- pas encore alors. Cependant , comme dit très-bien le concile de Chalcédoine (0, ce LA FOI de la Trinité étoit parfaite i 9 puisqu'après avoir déclaré qu'on croyoit au » Père et au Fils, comme son égal; lorsqu'on di- » soit avec la même force et la même simplicité :

(0 jiUoo. a4 Marc, Imp, Cône. Chak, p. 3. Lahh. f. iYj

58' PHBXm, ÀVKATISSEXEZfT

» Je croîs au Saint-Esprit; on npus apprenoit snf* 3» fisamment à y mettra notre confiance , comme « on la met en Dieu : mais parce que dans la v suite on fit à l'Eglise une nouvelle querelle « fiur lé SaiHt-Egprity il en fallut déclarer plua 9 expressément la divinité dans le concile de 3» Constantinople » ; non que la foi de Nicée fût informe et insaflisante : à Dieu ne plaise \ mais afin de fermer la bouche plus expressément aux esprits contentieux*

En efiêt, il est bien certain que saint Athanase, qui étoit Torade de TEglise , avoît parlé aussi pleinement de la divinité du Saint-Esprit, qu'on fit depuis à Constantinople ; et il fait voir claire» ment dans sa fettre , où il ezpo3e la foi à TEm* pereur Jovien , que les Pères de Nicée en avoient parlé de même (0. Aussi les Pères de Copstantinople firent profession de n'exposer que la foi ancienne , dans laquelle tous les fidèles avqient été baptisés W. Par ce moyen ^ on n'innovoit rien à Constantinople : n^ais on n'avoit pas plus innové à Nicée. Saint Âthanase a fait voir aux Ariens que la foi de ce saint concile étoit celle dans la-* quelle les martyrs at^oient versé leur sang (3). Ce grand homme avoit vu la persécution : il en res-r toit dans ffiglise un grand nombre de saints eon«-

0) Aih. ^xfM'fid^ tpi». I, p. 100. EpitL Cath. Orat i tt se4f. oQiil* Arian, passim* £p* i. ad Serap, de Splr, 5. (. i» part, II • pag. 548 ^ seg. IHéL p.^'j^, Ep, ad Antioch. Ep. aâ Serap, 3 , 4. ilfid, p, 6g I etMeq. — • (^) Cono* Constant* ^abb, r. iv et V. — 0) Ep, ad. Jov, imp. c. i, part, II , p, 780.

SVn LES LETTRES DE H. JU&IElT. 5g

fesfieurs 9vec qui il conversoit tous les jours j et petiSOnuf |i*ig|ioroit la foi des martyrs. U démontre 9 ddDS un autre endroit , que la foi de la divinité de Jésus * Christ a^oil passé de phre en pèrejnstfuànaus (0. U prouve qu*Origène memey que les Ariens vantaient le plus comme un des leurs , avoit très - bien expliqué la saine doctrine sur rétemîté et la consubstantialité du Fils de Bien (s). C'est oei$efoi, ditril (3) ^^fuiaétéde toiU Éemps; et e*est pourquoi , continue-t-41 y « toutes » les Eglises la suivent, ( en commençant par les » plus éloignées ) celles d'Espagne ^ de la Grande- » Bi^tagne, de la Gaule , de ritalie, <fe la Dal^ » matie , Dacîe ^ M ysie , Macédoine , celles de n toute la Grèce , de toute TAfKque , jes Iles de » Sardaigne, de Chypre , de Crète y la Pamphylie, 9 la Lycie, Tlsaurie, TEgyptei la Lyhie, le Pont, » la Gappadoce : les E^es voisines o^t la même » foi , et toutes celles d'Orient ^ à la réserve d'un j» Uè»-petii nombre : les peuples les plus éloignés » pensent de même 9 ; et cda , c'étoit k dii'e , non - seulement tout TEmpire romain y mais en^ core tout Funitf rs. Voilà l'état où étoit l'Eglise sous FEmpereur Jovien , un peu après la mort dç Constance ; afin qu'on ne s imagina pas que ce dernier prince, pour avoir été défenseur des Ariens, ait pu réduire l'Eglise à un petit nombre par ses persécutions ; au contraire » poursuit saint Âthanase , « tout l'univers embrassç la foi catho-

(«) DeDccfii. Nie 1. 1 , ^. aoS. - (») Ihid. n. 27. — (^ EpUt. ad Jov. sup.

6Ô PKEMIER ÂVERTISSEMEITT

» lique, et il n*y a cpi*an très-petit nombre qiki la » €(Mnbattent »• Cest ainsi que l'ancienne fei et la foi des Pères s'étoît non-seulement conservée , mais encore répandue partout. Pour vous^ di-* soit-il y 6 Ariens , « quels Pères nous nommerez*^ » vous »? 11 met en fait « qu'ils n en peuvent » produire aucun ^ ni nommer pour leur doctrine

'^ aucun homme sage, ni d'autres prédécesseurs » que les Juifs et Gaïpbe(0 ». Voilà comme par* loit saint Âthanase au conunencement du qua* trième siècle , dans le temps que la mémoire des

^ trois premiers siècles étoit récente , et quon en avoit tant d'écrits que nous n'avons plus. Après que les Ariens ont été condamnés par toute la terre , et que le fait de leur nouveauté , ob^cté en faoe à ces hérétiques par saint Athanase , a passé pour constant ; nous serions trop incrédules et trop malheureux , si nous avions encore besoin qu'on nous le prouvât ^ ou qu'il fallût renouveler le procès avec M. Jurieu y et mettre en compromis la foi des premiers siècles sur Tétemité du Fils de Dieu.

Mais ce fait de la nouveauté des Ariens étant avéré y le ménie saint Athanase en conclut , dans un autre endroit (^) y « que leur doctrine n'étant » point venue des Pères, et au contraire, qu'ayant » été inventée bbvvu peu, on ne les pouvoit ran* » ger qu'au nombre de ceux dont saint Paul avoit » prédit qû'i7 viendrait dans les derniers temps

(0 De Dec Nie. fia. Ihid. n. 97» p, d33.'— l«> OroT. 3, in jfrian, nunc Qrat» i, n. 8, tons. ifp,l^i%.

SU& LBS LETTRES DE M» JUEIEU. 6l

9 ^uclçues gens qui abandonneroient la Jbi^ en m s'aiiachant à des esprits d'erreur (0 » : remarques ces mots y quelques gens^ et ces mots^ abonr donneroient Uifoi, et ces moX&y dans les derniers temps. Les hérétiques sont toujours des gens qui abandonnent la foi; je dis même leur propre foi, comme remarque ici saint Athanase^ depuis qu ils se séparent de leurs maîtres et de la foi qu ils en aToient eux * mêmes reçue ; des gens qui par conséquent trouvent. établi ce quils quittent et oe qu ils attaquent \ qui sont donc , non pas le tout qui demeure, mais quelques-uns j^px innovent et qui se détachent, qui viennent aussi dans les derniers teiJmps, après tous les. autres, dans le;s temps posténeui*s, «vroîcj69Ti/)ocçxâu/)OKy et qui n'ont pas été dès le commencement. Il n en faut. pa$ davantage pour les convaincre. Pour convaincre les Ariens avec toutes les autres sectes, qui vouloient gagner Théodose le Grand, un saint évêque coiiseilla à; cet Empereur de leur demander &'ils s*en vouloient rapporter aux anciens Pères W : ce ^qu'ils remisèrent tous , tant ils étoient assurés dTy . trouver leur condamnation ; et dès qu'Arius parut, Alexandre d'Alexandrie, son évéque, lui reprocha la nouveauté de sa doctrine, et le chassa de l'Eglise comme tm inventeur defobles imperr tinenies; reconnoissant hautement « qu'il n'yavoit 3» qu'une seule Eglise catholique et apostolique , 9 que tout le monde ensemble n'étoit pas capable

. (0 /. Jim. nr. l. — (»). Soc^ Ub, r, cap, lo. tdit .t^aUsn

62 PREMIER AYEHTISSEMBHT

31 de vaincre, quand il se i*éuniroit pour la corn* >> battre (0 ». XXXI. Cétoit donc, sans aller plus loin , et sans qu'il liauére ^^ nécessaire de remuer tant de livres , une

abregéeetde '

fait , praâ- j^reuve y courte et convaincante de la nouveauté qu^e dans les j^g hérétiques; c'en étoit, dis* je, une preuve, ^IrouTCT^ que lorsqu'ib venoient, tout le monde se récrioit nouveauté contre leur doctrine , comme on fait des choses des héréii- jjjQiiîeg^ PouTOuoi veueï - vous nous inquiéter î leur disoit-on , avant vous on ne parloit point de votre doctrine , et vous - mêmes vous avet cru comme nous. On dîsoit aux Eutychîens : « Vous i> avez rompu avec tous lés évéques du monde , » avec ttos Pères et avec tout 1 univeis (^) » : que ne gaitiiez-vous là foi que vous aviez vous-mêmes reçue avec nous? Pour nous, nous né changeons pas : « nous cohservons la f(^, dans la|[{UeUe nous ^ avons été baptisés y et nous y voulolM mourir » comme nous y sommes nés : nous baptisons en » cette foi, disoient les évêques^ comme nous y » avons été baptisés : c'est ce que nous avons cru » et ee que nous cirojrons encore. Le pape Léon 3» c»t>it aîttsi : GyriUè croyoit de même : c'est la )> foi qui ms eUAiioa pas , cr qti uexburb tou- Il jovRS (3) ». li n'y a donc point de variations : « tout le monde est orthodoxe : qui sent ceux qui Il contredisent (4) » 7 A. peine paroissent - ils dans le grand nombre des Catholiques.

(0 Atex, Episc, AUxand. EpUt. ApudTheoâortt. Hist eecles. /. I , c. 3, /»• 533. — - C«} Conc. Choie, part. III, n. ao, a6y $7. LM. t. IV, eoL S^oeiseq.»^{^)IM. n. â)3. Co/ic. CAo/c. Ad, a ,4i-< W Ibid. Aot. 4.

SUR LES. LETTRES DE M. JtJRlEU. 63

On en disoit autant à Ephèse aux N^storîens. Tout Funivers anathématise Yioïpiéié dés Nes^ toiiens. « Quoi I prâifrera«-t-on un seul éyéque à » six mille évéques »? Et ailleurs , « ils iie sont » que trente qui s^opposent à tout Tunivers (0 »• On en dit autant à Nicée contre hxitï% et les siens : à peine avoient-ils cinq t>u six évêques; encore ce peu dVvéques avoiént-ils cru autresfois comme les autres : aussi ne prenaient -ils point d'autre parti « que dé mépriser la simpli*- » cité de tous leurs collègues , et de se vantet » d*étre les seuls sages ^ les seuls capables d'in-^ » venter de nouveaux dogmes W » : louanges que les orthodoxes ne leur envioient pas.

Sur œ fondement inébranlable de l'antiquité xxxn. de la fol et de Tinnovation des faétiéiiques , \vLSh ^^^ « bétifiée si évidemment par leur petit nombre , les cOTcUeT et conciles prenoient aliment la résolution qu'ils rien à cherdévoient prendre , qui éloit de confirmer Tan- ^^^^ ^^^' cienne foi , qn'ik avoient trouvée établie partout, lorsque les hérésies s'étoient élevées. On estimoit autant les derniers conciles que les premiers; parce qu^on savoit qu'ils alloient tous sur les mêmes vestiges. Dans cet esprit on disoit aux Entycfaiens : « C'est en vain que vous réclames » les anciens conciles : le concile de Chalcédoine * vous norr suffire ; puisque par la vertu du a» Saint-Esprit y tous les condhss orthodoxes j

(*) Conc, Ephes. p, 3. ^cL i . Ap9L Dabn. Con, Ephe9,parL 11^ eâU. Rom. p. 477. Labb. L ni , MelaL ad Jmp. ^ct. 5. — (*) Epist, AUx. Alexandrin* ad omn. Ep. ^n$d% Ep* ap, Thtod, Uh. i. hist, c. 3«

64; P&BICISE ÀTERTISSfiMBNf

a» sont renfermés (<} », et si après cela on voulpit

douter y ou £adre de nouvelles questions , ce c en

» est assez, disoit-on : après que les choses ont

» été si bien discutées , ceux qui veulent encore

» che|*cher trouvent le mensonge C^) ».

XXXm. Cette courte histoire des quatre premiers con*

Ceqttecest ^^ ^^ contient que des faits constans et in-

licite. Que contestables, qui suffisent pour faire voir que

rbérésie a loin que la foi de la Trinité et celle de Tlncar^

toiqoars nation fût informe, comme on vous le dit, avant

une opuuon «/ ' • '

particulière, leuTS décisions ; au contraire , ces décisions la et celle du supposent déjà formée et parfaite de tout temps.

hrecôâtatU ^^ ^^^^ ^^^*^^ très-diairement, par les mêmes faits, grand. que les hérésies n ont jamais été que des opinions

particulières, puisqu elles ont commencé par cinq ou six hommes ^ par quelques - 14^5 , nou^ disoit saint Paul (^}, quiabandonnoient la foi qu ils trouvoieÂt reçue , enseignée , établie par toute la terre , et de tout temps ; puisque les hérétiques mêmes, quelque effort qu ils fissent, n ont jamais pu marquer la date de son commencement , comme TEglise la montroit à chacun d*eux. De cette sorte, lorsque les hérésies se sont élevées, il n a jamais pu être douteux quel paiti FEglise avoit à prendre; personne ne pouvant douter raisonnablement, comme dit Vincent de Lerins (4), qu on ne dût préférer l'antiquité à ta nous^taoé, et ïunwersaUté aux opinions particulières. XXXiy. Mois ce qui paroît dans ces hérésies, qui ont chose est attaqué la foi de la Trinité et celle de Flncarna-

(0 Conc. Choie, p, 3, n. 3o. — (>) £dtct. Val. et àfarc. ih. »• 3. — (') /. 2mm. ly. I. — W Corn. 1. p, 36o, etc.

tion.

8UH KiBS LBTTKfiS DE..|f. JUIIEV» '' 65

tîoD, BQ parottroit. pas moins dairemeilt 4ai^ prom-éedans les autres^ s'il ëtoit qodsjti^m d^'ea faire Thisltoire. iJ|"!îîJ^tt Votre HÛiii^Fe apporte Goumvç.uii.iexeiaple de contre les variations y la doctrine du péché .ofigiael/et de ^^P*^la grâoe : mais c est précâsém^eiiLt siir c^t ^ article «pie saint Augustin y quiLa dté comme favorable à sa prétention , Ud dira que i(i^/oi chrétienne ^ VEgiise catholique noni (api^ts ^arié W* En, etfety on ne petit nier que.lorgq^0 Piflage e| C41es^ tins sont venus troubler TEgUsesur cette matière hun profanes nouf»eauiês n'éfie^tjait horreur par toute la terre, côtnqie [parle saint Augustin Wy à teuies hfs oreilles caiholùpies ; «t cela ^ aufan^ en Orient ipien Occident, comnie dit le .même Père (^); puisque même ces h^*ésiarques|i ne se sauvèrent dan$ le concile deBio^olis en Orient ^ .quen désavouant leurs er^eiil^ : encore trouvat-on mauvab que ces.évéques 4'Orietit se fo99«At laissa sur|Nrendre aux équivoques de c^ b^siais ques , et ne les eussent pas frappés d*àn«ithâme. Voila le sort quleut Hiérésiie ^e Pâage .d'abord queUe eomm^ça de parottre;) à peine put -f elle gagner cinq ou six évêqùes , qui forent bientôt 'Cfaasséspar Tunanime coA^ntenient de tous leurs coUègùes f livec rapplaudîssement de .tous, les peuples et de tonte l'Eglise catholique ^' jusque* là que ces hérétiques. étoîent .contraints. d'avouer^ comme le rapporte saint Augustin > pronière* '

ment, qu'un dogme insensé et impie auoit été

i^^Auff.Li.gorU.JuL c. 6, ff. iXumux^ ooLSti.-^ (*)Zih,iT» màhon^.e. 13,11. Sa, «p/>49a; Un. ao, 00^ 4g6, ~ (') XâA^. db fp9U PtUg, n. aa y aSy. tom. x, aoL ao3 el ng* et uiiàL

BossusT* Averi. aux Prot. u S

66 PR/EMIÉR ArSftTIéSBMBHT

reçujl€m$ tùut V&ecUent (0 : et quand ils virent que rOneni' n'éleit pM moins d^daré contre eox, ils dii^nl en ^néral ^ii'un dàgme populaire pré^ iHilod^ ^ue rÉ^tùfe apoiipenlu là raiion, et que iafôUey a^okprù le €hssus : ee qui étùil, ajou<* toient-^îlft ^ la marque de la fin du mùnde (^) : tant 'eux^tiiémes ib' eraignoient de dire que ce malbeur y^ùt duré, ou y pût durer long* temps. Telle est la pliaint^ ttommune de toute hérésie ^ét Julien le Pélagien la faisolt en ces propres termes, pour lui et ses compagnons : en sorte qu*il ne teur liâstoit que la malheurefusé consolation de se dire euk*- mêmes ce petit nombre de Sages ' qu'il faMoit Qtom plutdt que la mùlUtude, qui était pQUr Vérdiriaùre ignorante et insensée (3) . céqui étmt^ même en se vantant^ un aven for^ mel de la singularité ^ et par conséquent de la nouveauté de leur doctrine. Aussi n'-êut-on point de peine à les ^convainiere de s'être opposés à là doctrine des Pères. S^nt Augustin leur en a pro« duit des pMsages, o& la foi de FEglise se trouve aussi dairSi avaM la dispute des Pélagiens^ qu^elle Ta él^ depuis (4) : d*oè ce grand homme eonblttoit très ^ bien qu'il n'y avait jamais eu de variation sur ces artides^ puisqu'il étoit bien constant que ces saines docteurs n'avoient fait rienautre dmee « que de conserver dans TEgiisé » ve quHlp y avaient trouvé; d'ensoigneÉ ce qu'ils

(0 jtug» L IT odBonif. c 8, n. ao, coL 480. «- (*) Op* imperf. œnL JuL L t ^ e. it. Oid. L 11, o. 9.— (>) Aug* thiâ.^K^) LU», 1 «C u C0IIC. JmL Cfà, IV ma B&mfi 8 et tttf. 0# /M^d»SS- c. i^s n^ 76. D9^lom,Per9. i^i,tg,n,j àtt^

SUR LES LETTRES DE M« lÛAISV. Ô'J •

V y aboient appris , et de laisser à leu^ enfans » ce qa*ils avoient reçu de leurs pères (0 ». Qu*on lions allègue après cela de^ variatiens sur ces matières. Mai9 ipiaod on ne voudroit pas en eroire saint Augustin , témoin si inéprodiable en cette oçcasioii , sans avoir besoin de discuter les passages particuliers 4}u*il a produits , personne ne niera ce fiiit public , que les Pâagiens trouvèrent toute TEglise en possession de baptiser les petite encans «i la rëmistton dea . féckéSf et de demander dans toutes ses prières la grâce 4^ Qieu^ comme un secours nécessaire^ non-^uiement à bien faire , mais encore à bien croire et à bien prier : ce qiu étant supposé comme constant et inconte^taMe , il n*jr avrpit rien de plus insensé que de soutenir après cela, que la toi de TE^ise ne ffkt point parfette sur le péché originel et sur la grâce.

Si maintenant on demande , avec le ministre , XXXY. comtiient donc il «era vrai de dire que TEglise a ,^S^°™*^^

t A « reglise pro-

profité par les héréées? Saint Augustin rendra fite deshéré-

pour nous, « que chaque hérésie introduit dans Bcs,ct»ic'e«t » rEglise de nouveaux doutes , contre lesquels on j*^* docirU 3» défend l'Ecriture samte avec plus de soin et ce. 9» d'exactitude , que n on n'y étoit pas forcé par » «ne tdle nécessité W t$. Ecoutes : on la défend avec plus de swtj et non pas, on Tentend mieux dans le fond. Le eél^nre Vincent de Lerins prendra ausn en main notre cause , en disant (?), que « le profit de la religion consiste à profiter dans

(«) LA. 11 coHL /u/.c. 10, n. ^, coi. 549. — - (0 Le», vi er.vii. De Don. Per$. c. do , n. 53» col. 85 1. — C') Com. x.

68 P&3H1ER AVEUTISSBMEZIT

» la foi y et non pas à la changer ; qu'on y peut » ajouter Fintelligence , la science , la sagesse : » mais toujours dans son propre genre ^ c*est-à- » dire, dans le même dogme , dans le même sens, » dans le même sentiment » ; et ce qui tranche en un mot toute cette question, que « les dogmes 3> peuvent recevoir avec le temps la lumière, Tévi- » dence ^ la distinction ; mais qu'ils conservent » TOUJOURS la plénitude , Tintégrité, la propriété »; c'est-à-dire , comme il l'explique , « que l'Eglise » ne change rien, ne diminue rien, n'ajoute rien, » ne perd rien de ce qui lui étoit propre , et ne » reçoit rien de ce qui étoit étranger ». Qu'on nous dise après cela qu'elle varie.

Que si l'on nous presse encore , et qu'on nous demande, en quoi donc ont profité à l'Eglise les taouvelles décisions, le même docteur répondra (0, que « les décisions des conciles n'ont fait autre » chose que de donner par écrit à la postérité; ce » que les anciens avoient cru par la seule tradi- ^ tion ; que de renfermer en peu de mots le prin- » cipe et la substance de la foi, et souvent, pour » faciliter l'intelligence, d'exprimer par quelque » terme nouveau, mais propre et précis, la doc- » trine qui n'ayoit jamais été nouvelle » : en sorte ^ comme il venoiît dç l'expliquer encore plus précisément en deux mots, « qu'ea disant quelque- M fois les choses d'une manière nouvelle , on ne » dit néanmoins jamais de nouvelles choses : Ui H cîim dicas noyé, non dicas noua ».

(«> Com, I.

Et c'est encore en ced que se fait parottre la XXXVI.. profonde ignorance de votre savant. « L'évêque T^^^raire

■ ■ o ^ ^ -1 rauonne-

3* de MeauXy nous dit-il (0, osera -t -il bien me meatetgro»- » nier que la plus sûre marque dont les savans de ^^^t ,*"'.*"'

. deM.J«ncu.

s Ton et de Tautre parti se servent pour distin-

» gaer les écrits supposés et faussement attribués

» à quelques Pères , est le caractère et la ma-*

» nière de la théologie qu'on y trouve? La théo-

B logie du^tienne, poursuit-il ^ se perfectionnoit

» tous les jours ; et' ceux qui sont un peu versés

» dans la lecture des anciens , reconnoissent ans*

» sitôt de quel siècle est un ouvrage, parce qu'ils

» savent en quel état étoit la théologie et les

» dogmes en chaque siècle )>. Il ne sait assurément

ce qu'il veut dire ^ et confond ignoramment le

vrai et le faux. Car, s'il veut dire qu'on discerne

ces ouvrages, parce qu'il paroît dans les derniers

de nouveaux dogmes qui ne fussent point dans les

anciens, il compose le christianisme de pièces mal

assorties, et il dément tous les Pères. Que s'il

veut dire qu'après la naissance des erreurs, on

trouve l'Eglise plus attentive^ et, pour ainsi dire^

mieux armée contre elles ; qu'on emploie des

termes nouveaux, pour en confondre les auteurs,

et qu'on répond à leurs subtilités par des preuves

accommodées à leurs objections, il dit vrai ; mais

fl s'explique mal , et ne fait rien pour lui , ni contre

nous.

. Que ce docteur , enflé de sa vaine science, ap- xxxvii.

prenne donc des anciens maîtres du chiîstianisme , 5v^ i ^^\^

* méthode de

que l'Eglise n'enseigne jamais des choses nou- convaincre

70 vaSMlBR ÂVBATI8SEM8NT

les hMd- velles ; et qu*au contraire , cUe confond tous les

que* parleur ■ ^ ^ , » ••! %

iMiiveavté et ■hérétiques , en ce que , lorsqu us commencent à parlMrpetk pârôttre , la surprise et IVtonnement où tous les ancienm ^ P^^pl^ ^^ut jétés , fftit voir que leur doctrine est apostolique. nouTelle, qu'ils dégénèrent de Fantiquité et de la croyance reçue. Cest la méthode de tous les Pères ; et Vihcent de Lérins, qui Ta si bien expliquée, n*a ' fait au fond que répéter ce que TertuUien , saint Athanase , saint Aiiguâtin , et les autres avoient dit aux hérétiques de leur temps, et par des yo* lûmes entiers. Je ne veux ici rapporter que ce peu de motl de saint Athanase : « La foi de FEglise » catholique est celle que Jésus'-Ghrist a donnée^ » que les apôtres ont publiée , que les Pères ont » conservée : FEglise est fondée sur œite foi ; et ^ celui qui s*en éloigne n'est pas chrétien (0 ». Tout est compris en ces quatre mots : Jésus^Ghrist, les apôtres, les Pères, nous et l^Eglise catholique : c'est la chaîne qui unit tout ; c'est le fil qui ne se rompt jamais; c'est là enfin notre descendance, notre race , notre noblesse , si on peut parler de la soite , et le titre inaltérable où le Catholique trouve son extraction : titre qui ne manque jamais aux vrais enfans , et que Fétranger ne peut contre^faire.

Quand nous parlons des saints Pères, nous parlons de leur consentement et de leur unanimité : si quelques - uns d'eux ont eu quelque chose de particulier dahs leui's sentimens , ou dans leurs expressions, tout cela s'est évanoui, et n'a pas fait tige dans FEglise : ce n'étoit pas là ce qu'ils

(>) JSpist 1 ad Strap, de Sp, S.n»%%^^t, i, paru //, p, 676.

SUR' LES LETXAB« OE Ji. JVlfBU. * 7I

y aToient appris , ni ce qa'Us avoient tiré de la racme» Ce qui denteure» oe qu'on voit passer e^ décision aussitôt qu*on trodbk FEglise en le con* testant ; ce qu'on marque du sceau de VBgliae « comme yérilé reçue de la source , et q^'on trans-* met aux âges suivans avec cette marque : o est ce qui a £ût et fera toujours la règle certaine de^afoL Sdon cette méthode si simple et si sûre^ toutes les fcMS qu'il parott quelqu'un qui tieut daus l'Eglise ce hardi langage : « Yenes à nous, 6 vous » tons ignorans et malheureux p qu'on appelle s vulgairement Catholiques ; venez aj^rendre de » nous la foi véritable , que personne n^^ntend 9 que nous ; qui a été cachée pendant plusieurs 9 sièdes, mais qui vient de i^ous être décou^ » verte (0 ». (Prêtes l'oreill^^ mes Frères, necoacit noissex qui sont ceux qui diaoient.au eiè^e.pa$sé> qu'ils venoient de découvrif^ la vérité qui avpit été inconnue durant plutiewrs siècle^. ) Toutiss les^fois que vous entendres de pareils discours, toutes les fois que vous entendrei^de ces docteurs qui ie van^ tent de ràbrmer la foi qu'ils trouvent reçue ^pr^ diée et établie dans l'Ej^ise quand ils par^i^ut; revenez k ce dépôt de la foi dont TEglise eathop lique a toujours été uae.fidèle .gàrdieUMie ; et dites à ces Novateurs, dont le nombre est si petit quand jk commencent^ qu'on lès ipeut compter pac trqis ^Hi quatre : dttes«leur^ avec tous lesPèr^s, que œ petit nombre est la conviction manifeste de leur nouveauté, et la preuve aussi sensU>le que dé-

{t) VUe. iÀr. Uid. .

>]% PHEUISa AVSRTISSEMEITT

moQstt^tive y que la doctnae qu ils Tiennent com* battre étoit Tancienne doctrine de l'Eglise. Car si à Ghalcédoiney si à Ephèse, si à Constantino* pie y si à Nicée on a confondu les auteurs des hé^ résies qu'on y oondamnoit par leur petit ncHnbre, comme par une marque sensible de leur nou* veauté : si on les a convaincus , conune on vient de le faire' voir par les actes lés plus authentiques dé l'Eglise , que tons les peuples se sont d'abord soulevés contre eux ^ ce qui montrait invincible-» ment que la doctrine qu'ils vénoient combattre , non -seulement étoit déjà établie, mais encore avoit jeté de profondes racines dana tous les es«^ pl^its : si enfin on leur fermoit ta bouche , en leur disant qu'ils avoieht eux-mêmes été élevés dans la foi qu'ils attaquoient ; ce qu'ils ne pouvoient nier^ et ce qui étoit pour eux, et pour tous les autres^ une preuve d'expérience de leur nouveauté : si non -seulement les Eutyc^iens, et plus haut les Nêstonens, et plus haut les Macédoniens, et plus haut' les Ariens , mais encore les Pélagiens, oint ^té si clairement confondus par cette marque sensible, par ce moyen positif , par cette preuve expërimentele : concluez que c'étoit là la preuve commune donnée àfEglise contre toutes les npuve^tés. Car si on s'est récrié à la nouveauté, lorsque ces nouvdUes doctrines ont commencé à paroHre , on se seroit récrié de même à toute autre innovation. La doctrine, qui est donc venue sans Jamais avoir excité ce cri de surprise et d'aversion , porte la marque certaine d*une doctrine qui

8VB. LES LBTTaES DE M. JUEIEU. J^

a toujours été. Jamais il ne viendra de secte hùu^ veUe, qu'on né convainque de sa nouveauté , par son petit nombre : on lui fera toujours^ avec Vincent dé Lerins (0, ce reproche de saint Paul :' Est-ce de i$ous éfu'est venue la parole de Dieu? ou* iien n'est^lle venue qu'à vous seuls (^)7 Comme s'il dîsoit, le reste de TEglise ne rentend41 pas? Comment osez -vous vous opposer au consentement universel? Reconnoissez donc, mes Frères , que si on 8*est servi dans tous les temps de cet ârgu** ment , tiré dû consentement de TEglbe , et si on s'en sert encore , c'est à l'exemple des apôtres : et ii encore on l'a tiré de l'exemple des apôtres, c'est à Texemple des Pères. Que sLon nous dit, après oela , qu'il n'y a point de sûreté dans l'opinion de la multitude qui poUr l'ordinaire est ignorante, nos Pères , ou plutôt l'Ëcriture même , ne nous ont pas laissés sans répartie : car ils nous ont* appris à fermer la bouché à ceux qui ne cédoient pais i la multitude du peuple de Dieu , en leur disant : «Pourquoiméprisez-vous la multitude que Dieu » a promise à Abraham? Je te ferai, dit- il, le 9 'père, non d^ plusieurs hommes, mais de phi- 3» ^ieurs nations ; et en toi seront bénis tous les » peuplesdela tèrrei^) ». Distinguez donc la multitude abandonnée à elle-même, et livrée à son ignorance par un juste jugement de IMeu , de la multitude choisie, de la multitude séparée , de la multitude promise et bénie, conduite par conséquent avec- un soin spécial de Dieu et de son es-

(0 ritui. Lir. Ibid. — W /. Cor. wr: 36. — W rincent. Hr. JUd.

^4 PHEMIER ATERTISftEXERT

prit : ou^ pour paifler avec saint. AUuiDa^ (0, Distinguez la multitude çui défend Vhéritage de ses Pères ^ telle qa*étoit la multitude que ce grand homme yient de nous montrer dans FE^lise W , d'avec la itmhitude ifui est éprise de Vamour de la nouveauté f et qui porte par ce moyen sa condamnation sur son front.

Xxxyni. C^i par cette sûre méthode que tous nos tàt^ Jnrieu pi^i'^^ ^^^^ exception y ont ferme la bouche aux a refusé de hérétiques. Si votne ministre avoit considéré ^ je r*°Soci ' ^^ ^ P^* seulement leur autorité^ mais leurs par cette më- raisons, il ne se seroit pas laissé séduire aux il-^

tbode, parce j^uiQ^g ^^ Socîniens. et il ne leur auroît pas

quilaefieroit « . .

confon- abandonné jusquaux premiers sièdLes de TEglise

aussi I

du lui-même, gur Tétemité de la personne du Fils de Dieu et rimmutabilité de son éternelle génération. II n auroit n<m plus accordé aux Pélagiens et aux autres ennemis de la grâce chrétienne , qqe la foi en fût ùnparfaita, floUante et informe devant eux. Mais , en prenant tous ces hérétiques dans le point de leur commencement et de leur innovation, où étant en si petit nombre, ils osoient rompre avec le tout , dans lequel euxmêmes ils étoient nés, ils les auroient convaincus que leur doctrine étoit une opinion particulière ; et la contraire , la foi catholique et universelle. Mais s'il avoit suivi cette sûre et infaillible méthode, dont nul autre , qu'un Catholique ne se peut jamais servir, il auroit à la vérité confondu lesSodniens; mais il se seroit aussi confondu lui-

(*) Ad%f, eoêqui ex sola muU. vorit dijudio. t ii| /». 56i el 562. — '". Ci-de8wis,.ii. 3o.

SUR LES LETTRC8 DE' M. JUKXBIU 7S

même, puisqu'aussitôt nous lui aurions objecté oe qn'il anroit objecte aux autres: c^est pourquoi fl a mieux aimé ^ avec les Socinîens^ imputer des va^ nations k l'Eglise catholique, que de les cofnfoodre en disant avec tous les saints, selon la proihesse de J&us-Christ, que la foi catholique est invariable.

EveiUez-vous donc id, mes très^en Frères, xxxix. et voyez où l'on vous mène nas à pas. Dès crue vos Q»/>»™^

J ri ^ ne inaensi-

auteurs ont paru, on leur a prédit, qu'en ébran- blemant 1m knt la foi des articles dé\it reçus, et l'autorité de ^«««f^ l'Ef^ise et de ses décrets , tout jusqu'aux articles les ^i^o», et*]wr plus importans , jusqu'à celui de la Trinité , vien- v»"^ depéê. droient l'un après l'autre en questiozf(0-, et la chose étoit évidente, pour deux raisons. La première , que la méthode dont on se serroxt contre quelques points , comme f par exemple , contre eelui de la présence réelle, de recevoir la raison let le sens humain à expliquer l'Ecriture^ portoit plus loin que cet M^ticle , et alloit générâlanient à tous les mystères. La seconde , qu'en méprisant les siècles postérieurs et leurs décisions , les premiers ne seraient pas plus en sûreté \ de sorte qu'il en fiiudroit enfin venir à renouveler tontes les ques» tioDS déjà jugées, et à refondre, pour ainsi dire, le christianisme, comme si l'on n'y eût jamais rien décidé. Cest ainsi qu'on l'avoit prédit , et c*est ainsi qu'il est arrivé. Les Sociniens se sont élevés sur le fondement du luthéranisme et du - calvinisme , et sont sortis de ces deux sectes : le fait jest incontestable, et nous en avons fait l'his^

(i) f^or. &V. T, it. 3i j /iV. XY, n, laa, ta3.

^6 PREMICR^AVBRTISSEMEIfT

toire ailleurs (0. Mais il y a des opiniâti^s et des entêtés qui ne veulent pas se rendre à ces preuves. iia conduite que tient encore aujourd'hui votre ministre y ne leur laissera aucune réplique ; puisque déjà il abandonne auxSociniens, dans les articles les plus pernicieux de leur doctrine , les siècles les plus pui*s de TEglise ^ et que par-là il se voit contraint contre ses iM*incipes à tolérer leur erreur, ^i* Quand je lui ai reproché , dans THistoire des

îv* 1* ^ Variations, son relâchement manifeste envers les

maire J unen ^ '

a rangé les Sociniehs, jusquà leur avoir dbnné place dans Sociniena TEglise uhiverselle, et à faire vivre des saints et dcTEgUse ^^^ ^^^ paimî eux ; il s*est élevé contre ce reuniverselle. proche d'une manière terrible , et m*a donné un démenti outrageux. « Tavoue^ dit- il (^)y que » }*ai besoin de toute ma patience pour m*empé- » cher de dire à M. Bossuet ses vérités tout ron- > dément. Il ne fut jamais de fausseté plus indigne, » ni de calomnie plus hardie ». Voilà comme il . parle y quand il se modère, quand il craint que la patience ne lui échappe : mais il en* faut veniiau fond. N'estril pas vrai qu'il a mis les Sociniens dans le corps de FEglise universelle ? La démonstration en est claire à Tendroit oh il divise FEglise en deux parties, dont Tune s'appelle le corps, et l'autre Famé (3) : « la première est visible , et « tt comprend tout ce grand amas de sectes qui » font profession du christianisme dans toutes les n provinces du monde ». U poursuit : a Toutes

C«) yar, itV. »▼, II. ia«, ia3.— W Lett. x, p. 79. — (3, PréJ. légjU» I.parL ch. i, r* 3, 9.

SUR LES LETTRES DE II, JT/RiBU. ^.^

y les sectes du christianisme, hérétiques , ortho-

» doxeSy schismatiqueSy pures , corrompues^ sai«

3» nés y malades, vivantes et mortes , sont toutes

» parties de FEglise chrétienne, et même en ^

9 quelque sorte véritables parties ; c'est-jb-dire

» qu^elles sont parties de ce que j'appelle le corps

3» de TEglise » : et enfin, « ces sectes qui ont re-

» jeté, ou la foi, ou la charité, ou toutes les

» deux ensemble, sont des membres de l'Eglise,

1* c'est-à-dire véritablement attachés à son corps,

» par la profession d'une même '^o^trine , qui est

» Jésus crucifié , Fils de Dieu , Rédempteur du

9 monde : car il n'y a point de secte entre les

9 chrétiens, qui ne confesse la doctrine chré*

» tienne, au moins jusque-là ». Remarquez : il

n y a , dit-il , aucune secte qui ne le confesse : par

conséquent les Sociniens le confessent au moinis

jusque-là, comme les autres, et sont compris

par le ministre, parmi les membres véritables de

VEglise chrétienne.

Mais peut-être distinguera -t -il le corps de XU. l'Eglise chrétienne d'avec le corps de l'Eglise jj^jg^ catholique ou universelle,' dont il est p^rlé dans ' chrétienne le Symbole? Point du tout ; car, après avoir re- «||«<»"T»de jeté, non-seulement la définition que nous don- Oiolique' nous à cette Eglise catholique, mais encore celle <^'^^ 1« m4* que lui voudroient donner les Protestans , la ^^^^^^ ^1 sienne est que « l'Eglise universelle ou catho- quelesSocin lique , cest le corps de ceux qui font profes- ****"* T ^°"*' ai sion de croire Jésus-Christ le véritable Messie u et le Rédempteur (0 : corps, ajoute-t-il, divisé

(0 Pn^'. légiU /. part. ch. i, p. 19.

» en un grand nombre de sectes, mais qui cohn setve une conddérable partie , au milieu de lan quelle se trouve toujours un nombi^ d^ëlus. Il qui croient véritablement , sincèrement et pure* a» ment, tout ce que le corps en général fait pro« » Cession âè croire ». On voit ici, selon son idée^ le covps et Famé de l'Eglise catholique : ce corps est ce grand nombre de sectes divisées, et néan*moins unies en ce point de croire Jésus- Christ le véfitaile Messie et le Rédempteur : ce qu'aussi il venoit de dire qu'on crojoit dans toutes les sectes, sansen excepter aucune : de sorte qu'ayant défini le corps de l'Église catholique confessée dansleSyii^K>le parce qui est comptun à toutes les sectes, on voit qu'il les y met toutes, et par conséquent celle des Sociniens comme les autres: Voilà donc les Sociniens, non-seulement chrétiens, mais encore catholiques ; et ce nom, autrefois si précieux et si dier aux orthodoxes, est prodigué jusqu'aux ennemis de la divinité du Pik de Dieu* ^U3f. ^ Le ministre nous répond ici, qu'il a mis les H^esê tto^ Sociniens parmi les chrétiens , « comme il y a que, guand n mis aussi les Mahométans, qui croient que Jésusil au quM ^^ f^^ pjig j^ jiarie , a été conçu du Saint-Es-

nieiis dans ^ P^ ^^ y ^ <}u^l estie Blessie promis aux Juifs ( 0 » . rEgKse ca- jjj^g i| n^qig JQue trop ouvertement, quand il îwalfle^ parie aiaisi. Car veut-il mettre les Mahométans au même ' dans l'Eglise <âii>étieniie ? En sont-ils une véri- •*"• /ï"'^ f table pailieî Sont-ils compris dans cet àrtide du bomctaïu. Symbole : Je crois tJEgiise catfuyliçue, comme lé

8IT& LSS LBTTKBS DE M. JURIEU. ^Q

ministre y vient de comprendre les iSociniens? Et les comptera -t- il encore parmi les meknbres du corps de TEgliae caéhidique ? Je ne crois pas qu il en vienne à cet excès : il faut pourtant y venir ^ ou oesstr de nous faire accroire qu'il ne reçoit les fiociniehs dans* ie. christianisme y iqu^au même tili*e qu'il y reconxiirft les Mahométans«

Le ministre triomphe néanmoins, comme sll xun. m*avoit fermé la- bouche , après -ce bei exemple 9"* ^ ™!" des Mahometans; et.foignant le dédain avec la gne positivecolère ; « Le sieur Bossnet y^ dit-il (0 , a lu cela ; ™®^' q^'one » et ayirès il dit, qu'à pleine bonohe je mets les nieane peut » Socbiîens entre les .communions véritablement oontenir » chrétiennes , danskeqnelles on peut se sauver : f^^^^^^^ o il ne faut que ce. seul artide et ce seul exemple ynia enfans » pour «tainec la réputation <le la bomie- foi de ^^ ^^^"> ^ » cet auteur 'ffi Mais e est vainemeiit qud sea>- fainson Baporte ; et . ou .va voir, dainement y pourvu qu'on 1»^ veuille se donner la peine de considérer sa doctrine f /qu'il reoonnott dep élus dakis la communion des Sociniens.

U pose donc pour certain , que la pai^ole de DieUy^partout oikeUe est y et partout oài elle est prêdiée y a son efficitcepour là sanctification de quelques âmes. « U est impossible , dit-il W y que 9 la parole de Dieu. demeure absolument ineffi*- » cace, » : d'où il (ionclut : « que la prédication j» de 1^ parole de Dieu. ne peut demeurer sans m produire quelque véritable sanctification^ et le » salut de quelques-uns )»^ :

(«) LetL X, p.^^ — W Sf$t. dû P£g, iiy, i, c. i», p. 9S, 99, 100.

8o PREMIER A.TSRT1S8EXI9T '

Mais peut-étce qu'on croira i}ae^ pour avoir cet effet , il faudi*a , selon le ministre , que cette parole soit préchée dans sa pui^eté? Point du tcHit ; puisqu'il met au nombre des sociétés tih • la prédication a son effet , des Eglises séparées entre elles de communion et deidoctrine, telles que sont l'Ethiopienne , Jacobite , Nestorienne , GrecifW , et généralement toutes les communions 4e l'Orient, quoiqu'elles soient dans une grandt décadence i^) : d'où il conclut^ ^ue I^ieu peut se conserver des élus dans des communions et dans des sectes ti^s^orrompues ; j[uique4à qu'il s'en est conservé dans l'JElglise la plus corrompue et la plus perveirse de toutes y qui est l'antichré^ tienme, d'où il fait sortir les cent quaranteM]uatre itiille. marqués dans l'Apocalypse , c'est-JHiîre un 4rès-gt*and nombre d'élus; et tout cela par ce principe général , que la parole de Dieu'n*est jamais préchée en un pays , que Dieu ne lui donne efficace à l'égard de.quelgues^uns : encore , comme on voit y qu'elle soit si loin .d'y être préchée pure» ibent.

Le principe fondamental sur lequel il appuie dette doctrine, c'est, ^^''îly ^ue la parole de Dieu, écrife er/>ribA^e / est pour les 'élus W, el ne serôit jamais adresse aut réprouvés , s^il n'y avoit parmi eux des élus mêlés : ce qu'il prouve finalement , et comme pour mener les choses au premier principe, en disant, que ce ne seroit pas concevoir un Dieu sage et miséricordieux , s'il

(0 Sy»u defEg. lip. i, c. xxp», loi , aaS. Pn^, l^. ^. i6. — W SytL 99.

faisoii

ftUR LBS LETTllBS BE IT. SVKtEVé 9t

Jaisoit annoncer sa parole à des peuples entre lesçueh il n*a pas d^éhu ^ parce que cela ne ser^ virait quà les rendre plus inexcusables; ce (jui ^eroit cruauté , et non pas miséricorde.

De principes si généraux il suit clairement , que Dieu conservant parmi les Sociniens sa parole écrite et prêchée, il a dessein de sauvei^ quelqu'un parmi eux ; autrement cette parole ne leur servîroit^ non plus qu'aux autres^ quà les rendre plus inexcusables : ce qui est y selon le ministre y une cruauté qu'on ne peut attribuer,^ sans Rarement y h un Dieu sage et miséricordieux» Mais dé peur qu'on ne nous reproche que nous imputons à M. Jurieu une conséquence qu'il rejette , il la prévoit et l'approuve par ces pa^ rôles : ce On ne doit pas dire que par mon raison^* » nement) il s'ensuivroit que Dieu pourroit avoir V des élus dans les sociétés sociniennes y qui con-* » servent l'Evangile , le prêchent et le lisent ; et » que' cependant j'ai mis les sociétés qui ruinent 9 le fondement , entre celles où Dieu ne conserve » point d'élus (0 ». Voilà du moins la difÈculté Inen prévue et bien posée : voyes maintenant \% réponse : « Je réponds, que si Dieu avoit pernlis » que le socinianisme se fût autant répandu que » Test y par exemple , le papisme , ou la religion ]» grecque y il auroit aussi trouvé des moyens d'y » nourrir ses élus , et de les empêcher de partias ciper aux hérésies mortelles de cette secte j » comme autrefois il a trouvé bon moyen de cou*

SossvxT. Averi* aux Frot* i. 6

8» 9ftE|£XBR AVERT183BMEirT

^ $erver dans raiianisnijB un nombre diéiûs , et >) fie }>onïi6S w^es, qui ne gnrantiront de ¥hé* 9 ri^si^ des Arîi^p^if ]Vf ^i^ çoonna les Socinietis ne » font point d^ i^>ni^Fi9 ddns le monde, quHk 9 y sont dispersés s^n^ y flir0 figure, qu'en la » plt|pa^*t d^ Ue^x iliî n'pnt point d'assemblées, » ou de trè^p^titjQs fis^mbl^es » il n'est point né^ » pe^îrP d« ^uppos^r que Dieu y sauve per* V sonne , p^rç^ qu'une, si petite ei^ception ne fait >; a^çnQ pr^jpdic^ à li^ règle générale ** j savoir , que Pieti n^ f^t j,am^$ préober sa parple' où il n> P9S d'4lMS« Voilà le passage entier danç toute sa §uite, et vQiJà. ^ai]^ difficultiî la société soci*» BÎennç , psir el^méme , eu état d*élever des euf^ns à pieu. D'où vient dono, selon le ministre , qu'il ^e s'y ^^ trouve point à présent 7 Ce n'est pas k çaus^ qu elle rejette des vérités fondamentj^^s, copime il faud^oit dire, si on voulbit Texs qllire jmr sa propre constitution de donner à Dieu 4^ é}v)^ ; c'est k <Qause que les Çociniens ne sont p^s £^e^ multipliés : tout dépendôit du succès ^ et s'ils trouvant lUQy^n de s'étendre assez pour ^ir§ quelque figure danâ le monde , ils forceront Pi^u à fairç ps^itte parmi eux de vrais fidèles.

M^i^ poi^rquoi n'y en auroit ^ il pas eu , et ^'y e^ fiiu*oi(,TU paa ^ncckre à présent, puisqu'il ^\ ooQSitant qu'ils ont eu des Eglises en Pologne, et qu'ils en ont encore aujourd'hui en Transylvanie? Pieu n'est-il cruel qu'à ces sociétés ? Mais pourquo plutôt qu'aux autres? Est-ree à cause qu'il y a aussi d'autres sectes en Transylvanie ?

SUR LES LETTRES DE tf. lURIEtT. ' 83

S y en a aussi belucôup cTautres dans les pays t}ù notre ministre a sauvé tes Jacobites et les Késtorietis. Mais quoi ! s'il ne restoit eii Transylvanie que des Sociniëtis , y auroit-il alors de vrais fidèles parmi eux ; dti bieii , cette nation seroit- ^le la seule rëprôtivëè de Dieu, où sa parolb éerùe etprêckée se conSetveroit àans àticiln fruit, et seulement pôiir là rendre pluà inexeukable? Quel motif {)oùrr6it avoir cette cruauté '', cotnme rappelle M. JuHeu ? Quoi ! ce petit nombre et le peu d'étendue de ces Églises? Qu'on notis montré donc dans quel tiombi^ et dàtis quelles bornes août reufiâmées les sbciëtës où Dieu {Séùt être cruel , selon le ministre 7

C'est en substance ce que f àvèîs objecté dans XLiv. l'Histoire des Variations (0 ; et on n'y répond que 9"* ^^ °^"

r ' .. "^ * ^ nistre avoue

par teiè parôled : «( U est vt*ëi , dit lé ministre (^), qu'on se sau- » f «ti dît quelque part ^ ^ue si bien , pat une ^«'^** P"»?^ » supposition ïitipôssiblë, at'dit permis que le so- j^^^ ^^^{^ V ciniankâiie eftt ga^né tout lé monde , ou une faiBoient » partie , ccto^ltoé à fait le papijsme , il *;> àéroit ''''?^^^ '^^ » CKfiiseryê des élue : » illusion si grossièi*é, qu'un qae, en dîaveu formel dé sa hnit rie sëi'oit pas plus bon- »*«»*^« «el*

veiil Qtre si

lenae m moins convaincant. On n'a qu'à relire lé ^^^ impoMipassage de son système, qu'on vient de cité^, pour ble. voir s'fl y a un înof dé Supposition itnpôiàible ^ ou rîen ëm y tende : au cbnf ràîf e , M. iurîéri prend p^r èxéinplé une cKùsé déjà sMrivée, qur ésC le satut àsôk Falriànisme ; tsi ét/Ûn if le teut ains! : à tort , ou à droTt , 41 ne nous iài^' porte. H veut, dis -je, enco're un coup, qu'on

W Var. Uv. XV, ». 7$. — W Jur- Léti, x, p. 79.

84 PREMIER AVE&TISSEMEHT

se s<Ht sauve dans une société où Ton oioit la divinité du Fils de Dieu. Gomment donc pou* voit -il exclure les âodniens ^ après un préjugé si favorable y ou s'imaginer que leur nombre ne pût jamais égaler celui des Calvinistes ou detf Luthériens^ ou le nôtre, ou celui des Grecs, on celui des Nestoriens et des Jacobites , ou en tdut cas, celui des Ariens, parmi lesquels le ministre a reconnu de vrais fidèles (0 ? Quel privilège avoient-ils de se multiplier malgré leurs blasphèmes contre la divinité de ^Jésus- Christ 7 Et où est-ce que Dieu a promis que les Sociniens ne parviendroient jamais à ce nombre i Mais s*il a voulu avoir des élus dans plusieurs ^ sociétés divisées , où a-t-il dit que le grand nom« bre lui fût nécessaire pour y en avoir 7 A quel nombre s'est-il fixé? Et s'il méprise le petit nom* bre , pouvoit-il avoir des éluâ parmi ies Luthériens et les Calvinistes, au commencement de leur secte , où Ton sait que leur nombre étoit plus pe* tît et leurs sociétés moins. formées que ne sont celles qui r^ent aux Sociniens? Ne voit -on pas qu'on se moque, lorsqu'on dit de pareilles choses, et qu'on insulte en soi-même à la crédijdité d'un foible lecteur ?

XLY. Mais voici une seconde réponse : J'ai ajouté ,

Antre illu- dit-il C^) , en même temps ^ que s'il y avoit des élus nisircctque (d*"^ ï^ic telle société) « Dieu se les seroit conselonsadoo- » servés par miracle, comme il a fait dans le trmc, on se ^ papisme; c'est-à-dire , qu'il peut y avoir des en conuBu- » élus et des orthodoxes cachés dans la commu-^

(0 PréJ. p. i6. Sy9U p. loi» aaS. — («3 Leu. x.

j» DÎon des Sociniens ; mais ce n'est pas à dire "*•'*' «^ <^«" » qu'on peut être sauvé dans la commumon des ^j^^ ^ » hérésies sodniennes ». Nouvelle illusion : car^ que veut dire çu*il peut y auoir des élus cachés dans la communion des Sociniens? Est-ce à dire qu'il peut y avoir de vrais chrétiens cachés au milieu des Socinien&? Ce n'est rien dire : car il y en a bien parmi les Turcs et parmi les autres Mahométans. 11 faut donc dire^ comme il est prouvé dabs l'Histoire des Variations (0^ qu'il y a des élus dans la communion extérieure des Sociniens y qui assistent à leurs assemblées, à leurs prêches, à leur Cène, si vous le voulez, sans aucune marque de détestation , et qui entendent tou& les jours blasphémer contre Jésus-Christ dans les assemblées où ils vont pour servir Dieu : c'est ce cju'on a objecté à M. Jurieu dans le livre des Variations : c'est à quoi ce ministre ne répond rien. Mais il demeure muet à une objection bien plus importante.

Je lui ai soutenu qu!on ponvoit^ selon sa doc- XLYI. trine, être du nombre des élus de Dieu , non-seu-^ 9"* * "^ lement en communiant à l'extérieur avec les cordé et ao Ariens, maisxencore en tolérant leurs doemes «>rd««nc*'^

- y 1 1 «• toléranc©

en esprit de paix W. On peut donc étendre la aiutArienfleft paix et la tolérance jusqu'à ceux qui nient la *^ ^^^^ divinité de Jésus-Christ : ce dogme est devenu indifférent, ou du moins non fondamental. Cest tout ce que demandent les Sociniens, qui gagneront bientôt tout le reste, si on leur accorde œ point. Mais M. Jurieu en a fait le pas ; et malgré

86 PEEMIER AVERTISSEMBMT

tout cç qu il a dit^ il ne leur peut refuser 1^ tol^* raiicç eu esprit de paix , qu'il ^ éé\k accorda à leurs frères les Ariens Le passage eu est rapporté dans l'Histoire des Yariations (0 : il est tiré de mot à mot du livre des Préjugés W ; et le ioiuis--^ tre f qiii Ta vu cité dans l'Histoire des Variatioius^ u y réplique rlea daxis sept au huit grandes Wttrea qu'U a oppo&ées à ce, Hvre.

Mais qu'auroit-il à y. répliquer, puisque dan& ces ]jetti:es mêmes il dit pis que tout cela , et qu'il dit qu'on s'est sauvé dans les premiers siècles y et même qu'oji y a eu rang parmi les mar-* tyrSy en niant Féternîté de la personne du Fils de Dieu , et Timmutal^ilité de sa génération éternelle ? Ce n'est pas là, dit-il (3) y une. variation essentielle et fondamanlàle* On peut varier là-^ dessus, S€ms varier sur les parties essentielles du mystère. U niera encore cela , car il nie tout : mais vous venez d'enj^ndre ses propres paroles (4) ; et il donne gain de cause aux Totérans, qui ne sont, commapn a. vu plusieurs fois, que des Sociniens déguisa.

XLYIL Je.ne m'étonne donc.pas sloeshék^étiques tidom-\ viens plus " P^^^> ni s'ilsânondent de leurs écrits artificieux fiars qoA ja- toute la fkce de la. terre. Ils gagnent visiblement mais» par les ^ p j^yg parmi VOUS.; puisque déjà on leur accorde feit Tcrs eux ^^ ^^^ cachés dans leur société , et même ia tb^ dans la Ré- lérâbce. pour leui^s dogmea principaux : mais ce» u^' ^ ' V^^^ y. a de. pis, vjotre ministre. les combat si foin kkment et par des principes/si mauvais, qne

(«) rar. ibid. — (») PréJ, UgiL i , p. aa. -« (3) /;««. y, , p, 44. — (4) Ci-dessus , «> 8, 1 1 ^ i a,, ai. j . »

SUR LES tCTTKSS t>E M. JV^l'EV. 8^

jamais 4Is ne se sont sentît ptii& forts ^ et famaÈs ik JOL aùt cahça tant à'e§pév^éé.'

Gest en vadix qfife ce ministre répand , qtie }â^ mais homme n'eat plus de ôAagrin qece kd ààitttè les Tolërans (0. Ge n'est povtit du ckagHft ^vtiî fyut stvoirpoiir eeux qki errent^ éar oûire ^tre lé chagrin met dans ie cœfït de Fargreur et de Famerfnme , il faît agir par passioïr ef par kmâfeur :' cbo3e tûvr}mit8' variable ; comme attssi tous vétieaj de voiar nne perpétufeUe itieonstance dans àé tùî^ nistre. Ce sont des principes , c'est une doctrine constante et suivie (jult favrf ôpposef à' césr i^ovatenrs .< et parce que votre timristre tf a rien etr dé toM éela hr Yéat ôpposet selon fe^ maliihes d^é là K^M-naié y tous avez vtir dairémetVty <p/iï ifà fait! par «o«is ^s df^oti^s qUé fd^f féifirs eâpéranées.

IMfiez-vouâ , mes ciet^ ÉVSres , âe ces daûge- XLvm. reux esprits , de ces hardis 6oialeui*s , é» un liiot, B1»»P^^°».« des Sociniens y qui bienfètl, si dnle^etontoity lië siens,

con-

laissevoient- rieA cPentier dans* fte rëKgibit chr^ finné par la

tienne. Ife viennent de publièi* feùr Hirtoîi*é, otf JJ^^^jç ju"

ils avouent que « la vérité a cessé de j^'aifôltiré ë/sAi rieu.

» FEglise depuis le teittps qnl^si!^ iifiiïiédiatétnent

» hr mort des apôtres^ (^) >^ ; ttih^ i^àcontent que

Vâtentiti* Gentâ', inv de leUi^S' mai*tyrs ,> perse'-*

cûté par Gtflvitt et par Bfeaè'y << rfôpposoit si foi*-'

» temetit à ïa vulgaîre cMyâilcë dé ïa Trîîiit^^

» qu'on armfàné écrite qU^eDe c^ tfeMps ne sachante

31 à' qnoi ûe résôûdi:*ë dtoff dfeS côtiirilénceihéns'SBÎ

» embarrassatiset si difficiles, il lui-âVbît jiîféfiSr*

88 PREMIER ATERTISSEHENT

» le mahométisme ». En effet^ si les Sociniens et

leurs prédécesseurs ont raison ^ le mahomëtisme ,

qui rejette la.Trînité et Flncamation , est plus

pur en ce qui regarde la divinité en général, et

. en particulier en ce qui regarde la personne de

Jésus-Christ j que n'a été le christianisme depuis

la mort des apôtres. La doctrine du Fils de Dieu

est plus pure dans FAlcoran , que dans les écrits

dé nos premiers pères. Mahomet est un docteur

plus heureux , que n^ Font été les nôtres ; puisque

ses disciples ont perasté dans sa doctrine , au

lieu que les chrétiens ont abandonné cette des

apôtres y qui é&t celle de Jésus-Ohrist même, in*

continent après leur mort. Vous ave^ horrejur

de ces blasphèmes et avec raison. Ouvrez donc

les yeux y mes chers Frères , et voyez où Ton vous

mène \ puisque déjà on vous dit , à l'exemple des

Sociniens y que les disciples des apôtres et les

martyrs y dont la passion a suivi la leur de sî

près , ont tellement dégénéré de leur doctrine ,

qu'ils lui ont même préféré la philosophie y avec

des erreurs aussi capitales que celle$ que vous

venez d'entendre.

^^I^- Mais vous entendrez dans la suite des choses

de ^e "dia- ^*®^ P^^^ étranges que celles que j'ai relevées dans

cours. Réfle- ce discours; et si , étonnés de tant de foiblesses,

xion «ir Yé- j^ ^^^ j^ contradictions , des égaremens si étran*

tat présent °

du parti pro- g^ d^ votre ministre , vous vous demandez à vous-

tcBtaut. mêmes, comment il se peut faire, je ne dis pas

qu'un théologien, mais qu'un homme , quel qu'il

toit, pour peu qu'il ait de bon sens, y soit tombé :

souvenez - vous qu'il est écrit , tjfue' Dieu envoie

8VB liES LKTTABS DE V. lURIEIT. 8g

Vesprit de vertige , d^éiouràUsement et une effi^ cace d'errer à ceux tpjù résistent à la vérité (>)': et cela véritablement par un jugement terrible sur les doctears de mensonge : mais en même temps y mes chers Frères ^ par un conseil de miséricorde sur vous et sur tous ceux qui sont abusa et prévenus ^ afin y comme je l'ai dit au commeh* cernent y avec saint Paul (s), gue la folie de ces séducteurs étant connue de toute la terre, le pro* gras de la séduction soit arrêté , et qu'on revienne du schisme et de rerreur. Cest à quoi Dieu vous conduit j si vous n'êtes point sourds à sa voix. Considérez l'état oii vans êtes : votre Prétendue Réforme , à ne regarder que les soutiens du dehors^ ne fut jamais plus puissante ni plus unie. Tout le parti protestant se ligue, et a encore trouvé le moyen d'entraîner dans ses desseins tant de puissances catholiques , qui n'y pensent pas asset. Votre ministre triomphe; et avec un air de prophète y il publie dans toutes ses lettres, que c^est là vraiment un coup de Dieu : mais il y a des coups de Dieu de plus d*une sorte. Pendant qu'à Vextérieur la Réforme est plus redoutable y et tout ensemble plus fière et plus menaçante que jamais, elle ne fut jamais plus foible dans l'intérieur , dans ce qui fait le cœur d'une religion. Sa doctrine n'a jamais paru plus déconcertée : tout ij dément, tout s'y contredit : vous en avez d^à vu des preuves surprenantes ; vous en verrez d'autres dans la suite : mais ce que vous voyez d^à

(s) /#. xtt. i4> xziz. 10. — ('} //. Thusml ii. 1 1.

PREMIER ATERTI9S£MEirT, etC.

«st assez étrange. Jamais on ne mit au jour tant de moostrueuses erreurs; jamais^ ofi n'ëoomta tant de fables, tant de vaii» niradtes^ tant de trom-" pen£06 prophéties r la glaire àm duristianiâSMe est Uvrëe aux Socâniens t le tttâi est monté jfus^'à k tête; et ks plus célèbres doeteui» ê6M cei» qai a'égarent davantage* Ainsi la mesure sembte être au comUe ; et il est temps^ ou jassai» d^ouvrir leâ yewa^ Dieu est assez bon et assesr puissant pour coBCoiBdre encore les ligues^, ei ensemble tond les prufets de la Réforme- entreprenante : maiâ quand^ contre toute appareniÉe^ e^fe auveit rem<* porté àntant de vsctoires^ que ses prèphètes lui en piromettoisDt, ceux qui ^f kftSMk'eiieM &om^ per ne seroîent jamais qu^uii' troupeau cfrrâfut ^• enÎTvé du succèst^et ébloui par Iss espéra^vces dW

SUBlCieL

iib avertissement

SUK

LES LETTRES DU MINISTRE HJRIEU

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