‹ Histoire des variations des églises protestantes, suivie des avertissemens aux Protestans, sur les lettres du Ministre JurieuChapitre 41 sur 55 · XVI. « Il est aisé^ dit M. Basnage(0, de justifier · texte numérisé non relu

XVI. « Il est aisé^ dit M. Basnage(0, de justifier

Vaines dé- ^ notre premier attentat , maleré les démonstra-

fenaes de ce . ,

minifltre sur » tioiis que M. de Meaux «a produites : car on

la conjura- » priùce du San g étoit fauteur de Tentreprise

^on Am- ^ -d'Amboise , qui fut formée'par tous les ennemis

lelnaa qu'il » de la maison de Guise /sans aucune distinction

cite le cou- y^ de religion. Je ne sais, conclutril ensuite, si cela

« se doit appeler rébellion ». Mais d'abord, et

sans- encore entrer plus avant dans le fond, oà

trou ve-t-il qu'un prince du san^ , qui après tout

eist un sujet , puisse autoriser les ennemis du duc

de Gttise et du cardinal son frère, à attenter sur

leurs pei^onnes , et à les enlever dans le palais

' du roi et entre ses bras ? « Le roi foible et jeune^

» dit-41 f ne gouvernoit pas lui-même s>.«.S'il est

permis sous ce prétexte , de faire des coups de

main , quels Etats sont en sûreté dans la jeunesse

des rois 7 Le ministre , qui est né français , et qui

(0 Basn. ibid* f». 113.

DES ▼À&IÂTIt>]VS« 5:17

doit savoir les* lois du royauii^e, n^ose Qiei? qpç François II ny fût reconnu ma^ursoloa qef Ipîs» Etoit-il donc permis d'usurper sur lui Tantoi^^ît^ souveraine, et de lui arracher Fépëe qvfi D^ ifn avoit mise en main , pour la mettre éntreiles.maûi^

* d'un prince du sang, qui n.étôit que p^us, obligé par ^VL naissance à respecter Tautorité. royale 7 M. Basnage cite par deux fois Castelnau ç^ifut employé j dit-il (<)', pour savoir le secret, 4^ la conjuration, et qui assure qu'on avoit .dessain, de procéder contre ceux de Guise par toutes tef Jbnnes de la justice. Mais il supprime ce que di^ le même' auteur, <c que les Protestans conclurent » qu'il falloit se défaire du cardinal de Lorraine » et du duc de Guise par forme de jiistice^ s'il étoit » possible, pour n'être estimés meurtriers. (^J ». C'est dire assez clairement que le nom de la justice étoit le prétexte, et qu'à quelqfue prix que c^ fût', on leç'vôuloit faire périr ; mais puisqu'on allègue cet auteur, digne en effet de toute croyance par son désintéressement et son grand sens, écouter ^

, mes Frères-, comme il parle, de vos > ancêtres : écoutez vous-même, M. Basnage, qui en faites un de vos témoins, comme il explique les causes de la conjuration d'Amboise (3) : « Les Protestans » de France se mettant devant les yeux l'exemple » de leurs voisins, c'est à savoir des royaumes » d'Angleterre , de Danemarck , d'Ecosse , de » Suède, de Bohême, etc. , où les Protestans tien-

(O Basn, ibià, ;». 5i3, 5x4. — (*) Coït /. i, c. 7, édiL âe La». p. 1 5.— (.3) /6m/.

5l^ DÉFBS^SB BB l'mISTOIRE

3» nêiit là souveraineté I et ont ôté la me»e; k » Tiiâitàtion dès Plrotéstans de F^Empire ^e tou« 9 loiént rendît les plus forts , ponr avoir pleine ^ liberté "dt leur religion : comme aussi espë* à roiènt-*ils , et pràtiqaoient lenr secours et ap^ » {iui dé te côté -là y disant que là cause étoil 3» comniune et inséparable » . Ainsi les Protestans de France pratiquoient dès -lors le secours de teux d*ÂJ)emâgne (0, sous prétexte que la cause étoit 4:^ommune. C'est ce qui avoit déjà éclaté en diverses occasions > et depuis peu trèsK^lairément ^ lorsque les princes de la Confession d'Âusbourg ^ sôlUcités par les Huguenots à se mêler du gov-* vemèment de ce royaume > ks oèlig^rent à de^ mander ça an donnât au roi François U un légii^ Urne conseil. Etrange hardiesse pour des sujets , de vouloir (fOLOh gouvernât le royaume au gré des étrangers ! fioait ce n*étoit là qu^un commen* èement , et ce ^i parut dans la suite, oâtles ar^ mes des étrangers furent ouvertement. appelées^ fit bien voir ce que la Réforme méditoit dès«-lors« Voilà donc , selon Castelnau , quel fut le dessein des Protestons lorsqu'ils ourdirent ce noir attentat de la conspiration d'Amboise. Us vouloient se rendre les mattrès , et pratiquoient déjà secrète^ tnent pour' cela *le secùurs des étrangers. Pw quelle autorité > et de quel droit? Mais continuons la lecture de Castelnau : « Les dtefs dm te paiti du roi , poursuit cet auteur ^. n*étoient s'pas ignorans des guerres avenues pour le fait

(0 Thu. jxiuy, L I, p, 637*

DBS YAniÀTioiss. Sxg

1) de la religion es lieux susdits : mais les peuples » ignorans pour la plupart n en savoient rien, et )» beaucoup ne pouvoient croire qu il y en eût ^ une telle multitude en France^ comme depuis » elle se découvrît , ni que les Protestans osassent » ou pussent faire tête au roi y et mettre sus une D armée, et avoir secours d*Âllemagne comme fls » eurent «> : Remarques tous ces desseins, M. Bas^ nage, et osez dire qu'il n*y a pas là de reielUon. Vous voyez en termes précis le contraire dans votre auteur : il prend soin de vous expliquer la disposition du peuple ignorant qui ne connoissoit ni le pouvoir ni les desseins des Protestans s ce qui leur donnoit espérance de pouvoir engager le peuple dans leurs attentats sous d'autres pré-« textes; mais au fond le dessein étoit de rendre leur religion maîtresse en France, en opprimant ^ comme vous voyez , le parti du roi : car c*est ainsi ^ue le nomme cet historien. Il poursuit : « aussi ne s'assembloient-ils pas seulement ( les » Protestans ) pour Texercice à$ leur religion , . n ains aussi pour les affaires d'Etai .et pour e^ » sayer tous les moyens de se défendre et assail» j> lîr , de fournir argent à leurs gens de guerre , » et faire des entreprises sur les villes et forte* » resses pour avoif quelques retraites »• Après cela vous ne voulez pas qu^on ait tenu, ni qu'<)n tienne encore leurs assemblées pour suspectes, pendant que sous prétexte de religion ils font des menées secrètes contre TEtat Osez dii^ que tout cela n*est pas véritable , et qu*il ne fut pas résolu

5aO DÉFBlfSE DE L HISTOIRE

dans rassemblée de Nantes de lever de l'argent et des troupes I et d'allumer la guerre civile {>ar tout le royaume : dites que tout cela ne se fit pas à rinstigation delà Renaudie ensuite des résolutions de cette assemblée : dites encore que la Renaudie, huguenot lui-même, né fut pas établi par les Huguenots et par leur chef pour être le conducteur de la conjuration d'Amboise qui éclata quelques mois après. Par queUe autorité et par quel droit faisoit-on toutes ces menées? La loi éternelle et Tordre public les souffrent «ils dans les Etats? Mais écoutez comme conclut Casteinau l' Apres donc avoir leué nombre de leurs adliérens par toute la France ( c'est toujours les Protestans dont il parle ) et connu leurs forces et leurs enrolet/iens :' voilà , ce me semble, assez clairement prendre l'épée , contre le précepte de saint Paul, qui la met uniquement en la main du prince , ou qui assuré plutôt que c'est Dieu qui l'y a mise : mais continuons : ils conclurent t/uil Jaliàil se dé/aire^ du cardinal de Lorraine et du duc de Guise ^ et par forme de justice, s* il étoit possible, pour nétre pas estimés meurtriers. yoilà la belle justice des Protestans , selon cet auteur tant cité par M. Basnage : mais voilà , ce qui est. pis y le fond du desseiii; et sous le prétqjxtede pufair les princes, de Guise , c'étoit au parti du roi et à sa souveraineté qu'on en vouloit, puisqu'on levoit malgré lui des troupes et de l'argent dans tout le royaume , pour occuper ses placés et ses provinces. \

DES YÀRIÀTXOHS. 5ai

M. Basnage croit tout sauver .en dissimulant XTII. le fond du dessein , et en disant « qu'il s'y agis- . * . J* 1» soit seulement de savoir si les lois divines et re:Taiiie8aé- ' » humaines permettoient d'arrêter un ministre ^"'*^** ^® W- » d'Etat^ avant que d'avoir fait son procès : dé- i^n^foiJ^e. * » faut de formalité^ continue-t-il (0 y qui se trou- » voit dansFentreprise d' Ambotse^ auquel on tâdia \ V àe suppléer par des informations secrètes ». Mais s'il ne veut pas écouter^la loi éternelle ^ qui ioi dira dans le fond du cœur , que ces informations secrètes faites sans autorité , par les ennemis de ces princes y étoient de manifestés attentats ; qu'il écoute du moins squ auteur j qui lui déclare que telles informations et procédures , si aucunes y en^a\foient, étoient fblies de gens passionnés contre tout droit et raison (^)-

Telles sont les défenses de M. Basnage , e} celles de tout le parti , c^r il n'y en a point d'autres; et ce ministre en explique le mieux qu'il peut les raisons. Mais si ces raisons sont bonnes y il ne faut point parler de gouvernement , ni de puissance publique ; et il n'y aura y pour tout oser y qu'à dbnner un prétexte au crime.

- Mais en tout cas, nous dit-il (3), ce n'est pas un crime de la Réforme y puisque « l'entreprise » fut formée par tous les ennemis de la maison de » Guise ^ sans aucune distinction de religion ». Son auteur le dément encore ; et si ce n'est pas assez de ce qu'on en a rapporté, pour montrer que les Protestans étoient les auteurs de l'entre-

i}) Basn. ihiJ, p. 5i4* — (') CasUliL ihid, ch, 7, /». 16. —> l^) Basa, ihid, p,Sl9,

5ï!» DÉFBRftB BB l'bISTOIRB

prise y le même historien raconte encore (0 « qu'il » fut envoyé par Sa Majesté, pour apprendre s» <pieUe étoit la délibération des conjurés ; et qu'il ]» fut vérifié qu une assemblée de plusieura mi«» » nistres , surveiUans , gentildiommes et autres y> Protestans de toute qualité , s'étoit faite en la » ville de Nantes ». On voit donc plus dair que le jour y que c est f entreprise et rassemblée des Protestans. Il continue : LaMenaudiej Protestant lui*méme , par dépit et par vengeance , comma on a vu W « communiqua le secret à des Ave- » nelleSy qui trouva cet expédient fort bon ; aussi n étoit<-il Protestant ». C*est donc, encore une fois y lafiaii^e de la secte. Dans la suite de l'entre-* prise, Castelnau parle toiûouFS du rendemnfpus des Protestans, et de la requête que les conjurés devoii€j|it présenter au roi, « pour être assurés par » le moyen de cette requête, qui se devoit pré* » senter pour la liberté de leurs consciences, de » quelque soulagement au reste de la France (3) »« G'étoit donc, pour la dernière fois, une requête des Protestans ; mais il ne faut pas oublier que cette requête se devoit présenter à main armée ^ et par des gens soutenus d'un secours de cavalerie, dispersée aux environs (4) : ce que le même Castelnau trouve avec raison « fort étrange, et » du tout contre le devoir d'un bon sujet , prin» » dpalement d'un Français obéissant et fidèle à » son prince , de lui présenter une requête à main » armée (S) », Mais enfin le fait est constant^

(»^ Bam, ihid. p. S. ^ (») Kar, /iV. k , n. 3o. — (5) CA. 8, 9. — {h) Th. XXIII, 1. 1 , 6']5. — (5) £tV. II, c. f , jmg, a5.

)iE8 VÀmii.Tio2r8. 5^3

non - seulement par Casteinau , mais encore una-< nimement parmi les aoteurs^ sans en excepter les Protestans ; et cependant oe n'est pas là nne re^ bellion , ni une entreprise de la Réforme, si nous en croyons M. Basnage.

Mais y dira*t^il , dans cette requête, on deman* doit aussi le soulagement do peuple. H n^ si donc qu'à le demander à main armée ^ pour être inno^ cent , et la RëTorme se^ lavée d'une rébellion si ouverte, à cause qu*à la manière des autres rebelles , ceux-ci Fauront revêtue d*un prétexte du bien publTc? Mais qui ne vent au contraire que les plus noirs attentats deviendroient légitimes . par ce moyen, et que le comble de Finiquité c'est de donner un beau nom au crime ?

Mais, dit-on, il y entra quelques Catholiques. Quoi donc! quelques mauvais Catholiques entraînés dans un parti de Protestans le feront changer d^<esprit, de dessein et de nom même? On oubliera que le chef du parti étoit un prince huguenot; que la Renaudie huguenot en étoit Tame ; que le ministre Chandieu étoit Son associé; que ceux à qui xm se fioit étoient de même secte ^ que les Huguenots composoient le gros du parti; que Faction devoit commencer par une requête pour la liberté de conscienoe <0 ; qu^après la conjura*tion découverte , FAmiral, interrogé par la reine sur ce qu*il y avoit à faire pour en prévenir les suites, ne lui proposa que la liberté de con-

' C«) Ihid. Th. «XT. 675.

5^4 DÉFEIfSE DE L HISTOIRE

science (>)? On oubliera tout cela, et on aura tant de complaisance pour les Protestans, cpi!on croira la con)uration entreprise pour toute autre fin. . Mais Taffaire fut découverte par deux Protestans y qui se repentirent d*y être entrés {?)1 11 y eut deux hommes fidèles dans tout un parti. Donc il est absous. Qui fit jamais un raisonnement si pitoyable?-

. U ne sert de rien de nous dire encore que les conjurés avoient protesté de ne point attenter sur la vie du roi^ ni des personnes i;oyales (^)» Car aussi auroit*onpu espérer de trouver autant qu'il falloit de conjurés ^ en leur déclarant un dessein si exécrable? Mais enfin , sans attenter sur la vie du roi, n'étoit-ce pas un aime assez noir que d -entrer dans son palais à main armée, soulever toutes ses provinces , le mettre .en tutelle , se rendre maître de sa personne sacrée et de celle des deux reines, sa mère et sa femme, jusquà ce qu on eût fait tout ce qu on vouloit? M. Basnage dissimule toutes ces choses, parce qu'elles ne souffrent point de répailie,^ et croit la Réforme assez innocente , pourvu qu'elle soit exempte d'avoir attenté sur la vie du roi. Mais qui répondoit aux complices de ce qui pouvoit arriver .dans un si grand tumulte , et de toutes les noires pensées qui auroient pu enti'er dans l'esprit d'un prince devenu maîti*e de son rot et de tout l'Etat? Comment peut^on justifier de tels attentats 7. et

(■) Thuan. ibid, 676. Cast. l. n , p. i4' B^*- >"• 264. — '*) Bain. ^. — \}) Ibid.

DES VARIATIONS. SsS

n'est-ce pas se rendre sourd à la vérité éternelle , qui établit Tordre des Empires ^ et consacre la majesté des souverains?

- C'est se lîioquer ouvertement après cela , que de dire qu'on vouloit tout faire contre les princes de Guise et dans tout le reste par Vordre de la justice et par les Etats généraux ('). Mais si le roi ne vouloit pas les convoquer ? si les Etats , plus religieux que les Protestans ^ refusoient de s'assembler au nom du prince de Condé^ qui ne pouvoit les convoquer qu'en se faisant roi ; qu'auroit-on fait? Les conjurés auroient-ils posé les armes et remis non -seulement le roi et les reines ^ mais encore les' princes de Guise en liberté ? On insuke^à la foi publique , lorsqu'on s'imagine pou-^ voir persuader au monde de tels contes. Aussi l'histoire dit-elle nettement ^ que sans hésiter on auroit massacré le duc de Guise et son frère le. cardinal y s'ils ne promettoient de se retirer de la. Gour> et des affaires C^). On sait le nom de celui qui s'étoit. chargé' de tuer le duc (3) : et après un si beau^commencement , qui peut répondre de tous les excès oii se seroit emporté un peuple apâté de sang ? Telle fut la résolution que fit prendre la Renaudie dans l'assemblée de Nantes, après avoir invoqué le nom de Dieu. Car Bèze sait bic^n remarquer que c'est par-là qu'il commença (4) : après cela tout est permis ; et pourvu qu'on donne à l'assemblée un air de Réforme , on peut destiner

(fi Basn. 5i4, 5i5. — (*) Thuan. 675. — (3) BranL Vie Je (Tuise, Le Labour, Addit, à CasUln, T. j, L 1, p, 398. — (4) Liy. iii. a5a.

5a6 DÉFEHSE DE L^MISTOiaE

des assassins à qui Ton Teut y fouler «ux pieds toutes

les lois y forcer le roi dans son palais ^ et mettre

en feu tout le royaume.

Page 1