DÉFC98B OB L HI8T0IKE
reste ^ et qu'aûsai je suis convaincu de fisiux par tous les auteurs que je produis : mais c'est prin^ cipalement dans le fait des guerres eÎTiles, qu*il prétend m'avoîr convaincu de ces honteuses iid<sifications ; et son frère , qui fait ce qu'H peut dans *8on Histoire des ouvrages des savans , pour lui préparer un théâtre faivorable^ à remarqué en particulier que c'est sur les guerres de France et d'Allemagne y qu*<m accuse M. de Meaux de bien des infidéUiés (0. On a vu les principales dont on m'accusoit ^ et on peut juger maintenant de, la sincérité de. M. Basnage.
Ce ministre y trop aisément ébloui par la belle résolution que les Vandois avoient fait parottre , . n*a pas voulu passer outm, ni pousser plus loin 3on récit. La décision des Vandois étoit en eiiet plus forte encore que M. Basnage ne npus Ta représentée ; puisqu'au lieu de dii^ simplement que la défense n étoit pas permise contre son prince , M. de Thou leur fait dire : loin qu'on pût défendre sa maison ^t ses biens, ^'i2 n'étoii pas même permis de défendre sa vie eonire sam fouê^rain. Mais ces courageuses maximes , si promptement déHienties par des ma£unes contraires, ne servent qu'à justifier ce que |*ai dit des variations de la Réforme , qui d'une part a ^té forcée par la vérité à reconnottre ce qu'on doit au prince et à la patrie, et de l'autre y a renoncé par d'expresses décisions.
On peut voir encore en cette occasion' ce qu'on
(0 Hist. des ouv, des Sa», mois de Déo. Sg , Janvier et F^v. 90 »
doit attendre de notre ministre sur THistoire des Albigeois et des Vandois y où il prpnd le ton de vaiaqaeur , d'une manière qui , à ce qu'on dit , a Alotti tout le parti : mais j'espère qu'il faudra 'bientôt déposer cet air snperbç ^ et dès à présent dn peut voir combien l'Histoire vandoise e$t in* connue è cet auteur , en la reprenant dès son ori* gine y puisqu'il en ignore même ce qui s'est passé ^du temps de nos Pères, jusqu'à nous donner les Vaudois dece dernier temps , comme des gens où l'on diercbe en vain une ombre de rebellioti , et leurs Barbes comme des docteurs qui n'ont jamais varié dans une partie û essentielle de la doctrine chrétienne.
Apièa leur décision qui fut prononcée en 1 56 1 « xxxn. toute la Réforme retentit de décrets semblables , ^^^ ^ '^ oà la domination fut ravilie , et la majesté blas- semblées eophémtfe. En i56!i une assemilée tenue à Paris , ^^^•^.^^«f
'^ ' dans la Ré-
où étaient les principaux de T Eglise, résolut forme pour ifumi prendroii les armes , si la nécessité orne- autoriser la noà les Eglises a ce point ('). C'est Bèze qui le raconte dans son Histoire ecclésiastique (^). Pour excuser l'EgUse de cet attentat , M. Pasnage fait semblant de vouloir douter ^ si ces principaux de ï Eglise étaient ecclésiastiques , ou pbuât loi* ques (3)« Sansdoute , il y avoit beaucoup delaïques, puisque les assemblées de la Réforme les plus ec« cléfiiastiques sont composées d'anciens , c'est-à* dire de purs laïques y plus que de ministres. Mais enfin s'il y eut de l'ordre dans cette assemblée ,
(0 Far, liw. X, n. 47. — (>; Litf. vi, p. 6. — (3) T, i, //. part eh,y\,p, 5ig.
SS6 béFENSE DE L*BI8T0I&E
OÙ la question proposée regardoit la religion et
la conscience , les ministres y dévoient tenir le
premier rang : et sans s'arrêter à ces cUeanes de
M. Basnage ; Castelnau y dont il loue Thistoire ,.
nous apprend iqu*au commencement de la guerre
civile y €c les Huguenots firent aissembler le synode.
» gênerai en la ville d*Orl^tns , où il fui délibéré.
» des moyens de faire une armée , d'amasser de
» l'argent y lever des. gens de touses&tés, et euro-
» 1er tous ceux qui poun*oient. porter les armes.
» Puis ils firent publier jeûnes et prières solen*
» nellés par toutes leurs Eglises , pour éviter les
» dangers et persécutions qui se présentoient con-
» treeux (0 ».
Qu'on dise encore que ce synode général Tkiioii pas une assemblée ecclésiastique , 6u qu'on n*y approuva pas la prise des armes contre le roi et la patrie. On n'en demeura pas là : il se tiât en* core un. synode à Saint- Jean -d'Angely^ où la question étant proposée « s'il étoit permis par la » parole de Dieu de prendre lès armes pour la » liberté de conscience , et pour délivrer le roi )> et la rei^e , contré ceux qui violoient Le& édits , )i et contre les perturbateurs du repos public ^ il » fut. décidé qu'on le pou voit (^) ». Liaissons à part les prétextes qui ne manquent jamais à la révolte, et dont aussi nous avons vu la ^vanité. Enfin le fait est constant , et un synode r&olut^ par la parole de Dieu , que des sujets peuvent armer sans ordre du prince , et se soulever contre
(0 Mim. de CasUltiau, /, lu. — (•) Tha. tn, L xxX|/r. lat, an. i563.
DES TARIÂT10K8. 557
lui, SOUS prétexte de le délivrer. Car on vouloit le tenir pour captif entre les bras des princes du sftngy à qui les Etats généraux Favoient confié^ et dans le sein , pour ainfi parler, de son parlement et. de sa ville capitale. Cétoit là qu'il étoit captif selon la Réforme , et il eût été entièrement libre entre les mains du prince de Condé et des Huguenots. Le synode le décide ainsi, et afin qu^ rien ne manque à Tiniquité^ la parole de Dieu y est employée. La même chose fut résolue dans un synode de Saintes , pour raffermir ceux quû dou« Soient ce si cette guerre étoit licite , attendu que n le roi et la reine sa mère ayant Tadministration » du royaume par les Etats, et le roi de Navarre » lieutenant général représentant la personne dv » roi, tenoient le parti contraire (0». Voilà du moins le fait bien posé, et on supposoit-la régente bien revenue de Terreur, où son ambition inquiète Tavoit plongée. Elle tenait le parti contraire j. et demeuroit bien unie avec Iç roi de Jfavarre, rerprésentant la personne du roi par Tautorité^ des Etats. Mais le prince de Condé son cadet avoit lui seul plus d'autorité que tout cela , p^rce qu'il se disoit Réformé, et qu'il étoit le chef du parti ; en sorte que ce synode , où il y avoit soixante ministres , r&olut .par la parole de Dieu ( sans la« quelle 'on ne résout rien dans la Réforme) 4fue la guerre n'était pas seulement permise et légi* TIME, mais e/icore ÀBSOLUMBHT sécessàiee : ce qui fut ainsi décidé, pour user de leurs propres termes , toutes objections et doutes bien débattus par
(») Thu, iJUd. La. Pop. L Yiu,/ 33a.
tout droit dmn et humain» Voilà, ce me semble^ assez de synodes y assez d^aasémblées ^ et assez de décrets pour autoriser la guerre civile ; et nâinmoins on en vint encore à la résolution du synode natiofial de Lyon , que nous avons rapportée, qui confirma et exécuta toutes les résolutions précédentes^ en leur donnant la dernière force qu'elles pouvoient recevoir dans le piuti. Et après cela je suis un fâussaii*e d'accuser toute la Réforme d'a*voir entrepris la guerre civile par principe de re* ligion f et en corps d*Eglise.
xxxm. Il n'y a encore qu'à se souvenir des décisions Béze elles ^j^ Calvin : n n'y a qu'à rappeler celles de Bèze»
autres minia- . , ./• i • \- a i j • .
tresmspirént qm 8^ glorifie * d avoir averti de leur devoir, tant la guerre et » gu publie par ses prédications, que par lettres paru!** *" * ^^ ^^ parole , tant M. le prince de Condé, que )» M. l'Amiral et tous autres seigneurs et gens de » toutes qualités, foisant profession de l'Evangile^ » pour les induire à maintenir par tous moyens )> à eux possibles l'autorité des édits, du roi et » l'innocence des pauvres opprimés : et depuis ^ » poursuit os réformatem*, il a toujours conti* » nué dans la même vçlonté , exhortant toutefois » un chacun d'user des armes en la plus grande i> modestie qu'il est possible, et de chercher après )» l'honneur de Dieu la paix sur toutes choses , » potrnvu qu'on he se laisse décevoie (0 ». C'est assez, en autorisant la révolte, que d'y recom-* mander la modestie ; comme si on pouvoit être à la fois et modeste et rebelle contre son roi. Les ministres étoient si ardens à prêcher la
(«) Ci-dessus, n. ao, F'ar, Uv,rt^ n. 47. Bez. HifU /<V. ti.
SES TARiATians. SSg
guerre, qae les Rochelois, résolus W commence-» ment à demeurer dans Tobéissance, fuient con« traints de chasser Ambroise Faget , dont les prêches séditieux les animoient à prendre les armes. Le fait est constant par Aubigné (0 et par d autres historiens. U falloit bannir les ministres, lorsqu'on vouloit demeurer dans son devoir ; et nous avons vu qu'on ne put conclure la paix après le siège' d'Orléans, qu'en excluant les ministres de toutes les délibérations W* Il ne faut donc plus demander si l'assemblée de Paris, où l'on résolut de prendre les armes, étoit gouvernée par les mi* nistres; et la protestation qu'ils publièrent contré cette paix fit bien voir de qui venoient les conseils de la guerre.
Je ne dois pas omettre ici la lettre que la pré- XXXTV. tendue Eglise de Paris écrivit à la reine Gathe- , ^^n^ne nue (3), parce qu'elle est d'un style extraordinaire Eglise de Paenversune jTeine, et confirme admirablement tout '" * l« rcin« ce qu'on a vu de l'esprit de la Réforme. Elle fut écrite en iS6o, un peu avant la condamnation d'Anne du Bourg : et la lettre porte a que si on » attentoit plus outre contre lui et les autres » chrétiens, il y auroit grand danger de troubles a» et émotions, et que les hommes pressés par trop m grande violence , ne ressemblassent aux eaux 9 d'un étang, la chaussée duquel rompue', les 9 eaux n^apportoient par leur impétuosité que 9 ruine et dommage aux terres voisines : non , 9 poursuivoient-ils, que cela avînt par ceux qui
(«) £<V. m > c. 6. — W Ci-dcMuSy n. 3o , a i .i— (3) Bez. Uy. m, p. ai;.
S6o DÉFEUSE DE l'hISTOIEE
^ dessous leur ministère avoieùt embrassé la Hé* » formation de TEvangile; car elle devoit attendre >» d'eux t()ute obéissance , mais pour ce qu*il y » en avoit d'autres en plus grand nombre cent » fois p qui connoissant les abus du Pape j et ne » s'étant encore rangés à la discipline ecdésias- >i tique^ sE.pouEEOiBNx souFFEiE la persécution ; » de quoi ils avoient bien voulu Tavertir., afin » qu^avenant quelque méch^, elle ne pensât ice* i> lui procéder d'eux ».
,Bèze nous a conservé cette lettre^ et on y remarque deux choses. contraires. En apparence, on y promettoit une obéissance inviolable. Le royaume n a rien à craindre y disent les ministres , de ceux qui se sont soumis à leur ministère : il n'y a que ceux des Réformés qui ne se sont pas encore rangés à la discipline , çui ne pourront souffrir la persécution : les autres , à les outr, sont à toute épr/euve. Voilà parler en sujets , à qui la loi éternelle fait sentir leur devoir. Mais ils ne demeurent pas long-temps sur ce ton soumis : on les auroit cru trop endurans ; et ils ajoutent aussitôt après qu il y en a beaucoup d'autres parmi eux y de qui tout est à craindre > jusqu'aux plus grands excès et jusqu'aux débordemens les phis furieux : ainsi . ils diront si vous voules avec saint Paul y pour exagérer leur patience : Nous sommes pomme des brebis destinées à la boucherie C<) » mais j si vous les pressez , ils tiendront bientôt un autre langage y et vous diront hardiment : Ne vous y trompez pas : nous ne sommes pas si bre-
0) Rom, viii. 36.
bis
DES vARiÀTiajvs. 56x
bis ni si patiens qae tous pourriez croire : il est ▼rai qu*il y en a parmi nous dont vous n'avez rien à craindre : mais le nombre en est petit : le nom* bre des emportés est cent fois plus grand. Que ne devoit-on craindre de cette Réforme? Au lieu que les premiers chrétiens disoient aux Empereurs et à tout TEmpire, comme on a vu dans le précédant avertissement (0 : Vous n avez rien à crain« dre de nous : ceux-ci écrivent à la reine : Tout est à craindre. Leurs menaces ne furent pas vaines : tôt après on les vit suivies de la conjuration d*Âm-> boise y de la prise universelle des armes '^ des décrets de trente synodes qui les autorisoient : tout, et peuples et ministres mêmes y et synodes et consistoires, passa aux rangs de ces âmes indiscipli" nies dont on avoit menacé la reine : on vit cette prétendue Eglise de Paris j qui promettoit seloa TEvangile une soumission à toute épreuve y souquer le tocsin pour animer toutes les autres à la guerre ; et les ministres qui avertissoient que les peuples comme les eaux d'un étang pourroient enfin rompre leurs digues, furent les premiers à les lever.
Cette seule lettre est capable de pousser à bout les Jurieux , les Bumets, les Basnages , et en un mot tous les écrivains de la Réforme. Car d*un côté la prétendue Eglise de Paris promet une obéissance à toute épreuve et malgré la persécution ; ce qu^elle n'auroit pas fait , si elle ne s'y fût senti obligée par la règle de la vérité : de
(0 V? Aven. n. i3.
BossvxT. Avcrt. aux Prot. u 36
l'autre elle menace le foi en la personne de la reine sa mère , et lui fait en effet la ^erre un an ou deux ans a^rès. Que^diront donc les ministres ? quil est permiff de prendre les armes contré sôii rôi ? la prétendue Eglise de Paris les confond par ses firomesseô : que leur parti est dem^ur^dans la somnissioh? la même prétendue Eglise les déïnent piar ses menaces : que la Réforme h^af poiiit Varié dans ce dognie si essentiel à la tranquillité publique? on voit toutes les variations dont nous farvons convaincue , ramassées danâ une adule lettre , oft y eh même temps qu'elle établit là foi de l'obéîssance , elle y déroge tf abôM par ses discours menaçans , toute prêté & l'anéantir par les actions les plus sanguinaires.
XXXV. M. Bàsriage entreprend de justifier la Réforme PraUquedes j^ fassassinat diî dut de Griîse ; et d'abord il dans la Rë- réùssit mal potir l'Amiral. «On lui fait un crime , forme auto- » dit-il (0, d^àVoïi' 6 ûï quelquefois parler du desminisM. *" ^' ^^^^ d'àssassiùér lé dtrc de Guisé, sans s'y » être opposé fortetnent ». Il supprime le principal chef de l'accusation. L'Amiral n'est pas seulement convaincu dL^yoïr ouï quelquefois parler de cet assassinat : il avoue lui-même que l'assassin lui à découvert sdti dessein en partant d'auprès de lui pour l'exécuter ; et que loin de l'en détourner, il lui donna de l'argent pour se monter, et pour vivre dans ràrmée du roi , oft il alloit le commettre. C'est une complicité manifeste : c'est
(0 Batn, n. 5aa.
DBS TAKIilTIOZIS. 563
non-seuten^ent nourrir Fassassin^ maîs> luifiMirr nir des moyens pour exécuter son tiaiîtrè attem tat. Bèze nous a consent )a déclaration où se trouve cet aveu formel de F Amiral (>). M. £as^ nage le tait parce quHI n^a rien à j répondre ; maitf avec tous ses artifices , il n^a pu dissimuler d^un faits décisifs : Fun que FAmiral ^ su )e omne ; Fautre qu'il {i*a voulu ni détourner nî découvrir le orimiçel. Çen est asses pour le cendamner; selon la loi éternelle qui inet au rang des doi|^ pables ceux^ qi^ consentent ai| c^rima , et Âe 'prén^ nent aucu» soin ^e Fempéeliei». L^Amifi^l, dit M. Baspage (^) y Favoit fait autrefois : je la veux ^ quoique je ne le sadie que de la bouche de Y\^ mirai mâme qui s^en vante ; ipais en tout das ^ il devo^t donc eontinuer à bien faire , et ii sati»^ faire k upe loi dont il av^t reconnu ia foree^ Mais , ajoute M. Basnage^ ce qui Fempêciia de découvrir cet assassinat , c'est que 1^ duo de Ouisè aifoH atieniè àsfi personne. C'est FAmiral qui le dit y et le dit seul et le dit sans preuve : je Fai fait voir dans FHistoire des Variations ^} : M. Bas-^ nage le dissimule , et il croit le crime du dpc de Guise sur la seule déposition de- son ennemi (4). Ce n'est pas ainsi que je prpeède^ et j'ai /sonvaiiieu FAmiral par Faveu deFAmii^al ipén^. Mais aprèd tout , et quoi qu'il en soit , Ja justice chrétienne soufire-t-elle qu'on permette d'attenter •sur son ennemi ^ ni qu'on laisse périr son fr^re
(0 Bête, ftV. VI. fV. liw. k, «.$4 , S$. — (•) I&id, — W P"ar. ibid. ^ W Batn. ibid. ~. .
564 DÉFElfSE DE L'HISTOIRE
pour qui Jésus-Christ est mort , en luipeiinettanl de courir à la trahison et au meurtre , sans seulement se mettre en peine deFen détourner^ pour ne pas dire , en lui fournissant de Targent et du secours? Mais je fais nos Prétendus Réformés d'une conscience trop délicate sur Tassassinat. On âait assez que d'Àndelot ne s^excnsa qne foiblement du meurtre commis en la personne de Çharri : TAmiral son frère n'en fut nonpluâ ému que lui (0 : ces Messieurs vouloient bien qu on sût qu'il ne faisoit pas bon s'attaquer à eux , et que leurs amis ne leur manquoient pas dans le besoin ; et le meurtre ne leur étoit rien, pourvu qu'on ne pût pas les en convaincre dans les forines. Ce ne sont pas là des soupçons^ ce sont des s^S4ft8sinats bien avérés dans Tliistoire. La prédîctîcMi d'Anne du Bourg coûta la vie au président ]lfiniuxi (3). M. Basnage m'a demandé si j'étois assez crédule poui* m'imaginer que Julien l'Apostat ait été tué par un ange : je pourrois bien à mon tour lui demander , s*il est si crédule que de croire que du Boui:g ait été prophète , on que qtielqu'un des écrits célestes ait tu^Minard. La Réforme étoit toute pkine d'anges semblables. Les deux compagn.ons du président n'éciiappèi^nt à leurs maiits^que par hasard : mais Julien Freme ne s'en sauva 'pas : « il portoit,*dit Castel- » nau (3) y des mémoires et papiers pom* faire le )» procès à plusieurs grands Protestans et paiti-
{^BrmU.Ze(>a6f^uUà.Li,Li, p. 388.— (•) Fttr. 6>. x, it. 5i. « (3) Caft.i. 1, ch, 5f p. 9.
DES VÀRIiLTIORS. S65
» sans de cette cause ». Il en mourut : les anges de la Réfoime ne manquèrent pas leur coup à cette fois, et Tenvoyèi^nt avec le président Minard.
Je me suis senti obligé à remarquer ces assas* jinats dans THistoire des Variations , et )e suis encore contraint de les répéter : si la Réforme 8*en fâche ^ je veux bien m'en taire à jamais , pourvu enfin qu'elle cesse de nous tant vanter ses héros et sa feinte douceur. M. Basnage nous veut faire accroire que tous ces meurtres infâmes , et même celui de Poltrot, fut hautement désaifàué par les chefs du parti {^) : il ne fut que faiblement désavoué y comme on a vu (^) y puisque FAmiral en avoue assez pour se déclarer complice. Il n'y a qu'à revoir THistoire des Variations , pour en demeurer convaincu. Pour Bèze y je lui fais justice, et Je reconnois que^Poltrot, après V avoir accusé d'abord^ persista jusqu'à la mort à la dé^ chargera). M. Basnage le répète, et prouve parâûtement bien ce que personne ne lui conteste ; mais en récompense il ne dit mot sur ce qui charge la R/éfoirme de tous ces crimes : c'est que Poltrot et les autres s'en expliquoient hautement \ sans que personne les en reprit : ce qui montré com-' J)ien la Réforme étoit indulgente à ces pieux assas^ sinats. Tai aussi reproché à Bèze l'approbation quït avoit donnée à ï entreprise dAmboise, sans comparaison plus criminelle que le meurtre de Poltrot (4). Ce traître pouvoit-il croire que ce fut
H. 55. — ^4} Ilid.
566 DÉFBR8E VB L HISTOIRE
un crim^ de massacrer le duc de Guise y après avoir vu toét le ptoiti entrei* par «conjuration dans un semblable ddssein contre xj^ priildè , avec Tapprobation des plus doctes théologiens de la Réferme yVtdie Bèze hii^néèie^ ^i en trouve y comme en «t vu<0^ le dessein tr^-juste? Cèst à tquoi il feH^'t rtfpotidre ; mràis le minisftrè ne Tentreprend pas. ravois ^core 'afouté , èe t{ni est hors de tout dotite^y ^e Bèze'deiHint Vnctiùn ne fit rien penr l'-empécker , ehcoro 4juil ne pût pas Fignorer, puisse la déclaration en (Hoit publique; et ^^ua-prèg^ ^%ne ymt 'été faite , il n'ouMla ritn pour lui donner touteia ctMenir^hiJàe'àcti^n iropriiie. ^our en étré entrèrcnent conramcu^ il ive Ihut que Kit; niistoin» des Varïàtious ., et VKsêt efti même temps le profotid siléreoé de ^. Basnàge. XXXVI. Jai satisfiâiit ce niinistré sur %se qui regarde la M. Burnct praB^^ ; -et le lecteur o^ut iager «i «Oto litre , où
critique en l r o
vain les Va- il tàisse savs réplique oé qu'il y a de plus èonvain* riau'ons : son oant, «tt>ù il dégutsè le iTst» aVfec des faussetés Ignorance j ^évidentes, tnéi'ite le wom de réponse. Il ne faut
sur le droit ^ ^ *
français est pas lalssier cToh^ à M. Bumet^ que sa petite cride nouveau ^^^g ^^^ IHistoiTe des Varîatioiis sott metlleui e. Il s^ofIètI5e dd jubtè reproche que )e lui ai fadt , de parler des aiflaiiTS dé Fi*anre ^x>iiHBe un Pro* testant ^entêté t!t un létraviger ioal instruit. Je làis plus y car je lui feîs Voir ^u'il a pris pùvût le droit français^ les tînûï^nures et les Kbètles dés mécontens. <}ewiment s'en peut- il laver, pttisqu'après avoir «té 'si bien averti, il tombe encore dians la même faute ? Il ne faut qu'entendre sa critique ,
(') Ci^essus, js. 18.
DES VÀRIATIOIVS. S67
<^à il parle ainsi : « Si, dit-il (0 ^ M. de Meaux » s'éioit doDQé la peine de |>a^co^rir le x;un/ » livre.de M. de Thon , qui traite de l'administra- » tion des .afiaires ^ous Français II ^ il y auroit x> trouvé tQut ce que j'ai allégué concernant les 2> opijaions des jurisconsultes A-ajQçais ». Sans doute y je Taurois trouvé , mais .d^ns 4e3 libelles sans nom. Car, continue juotire dqcteur , « M. de » Thp^ f£|it un long extrait d'un livce 4crit sur » la fin du mois d'octobre ;4e l!a,n .i55g contre la » part qu'une femme et des étrangers prenoient » au gouvernement du royaume »• ïl est vrai que tout cela se trouve dans c^t e^ctrait, et on y trouve encore a qne les rotis.de France ne sont en » âge de réj;ner par ,eux- mêmes. qu'à vingt-cinq » ans W ». Mais on y trouve en même temps , que ce livre qu'on fait ,tapt valqir , est un libelle sans nom d'auteur, quon^ema^parini4e peuple ppur l'émouvoir, et que M. de Thou a r£)ppoi;té comme un .fidèle historien,. de même qu'il a rapporté dans le même endroit <c , les discours licen- » cieux qu'on répandqit artificiçuçemept parmi » le peuple , sous prétext^ de. défendre .la liberté » publiqvie ji. iVoilàies juri$cqn$|iltes de M. Burnet, et les sources pù.ila^pi^jusé Içs ma^ûn^ du droit public- des Français. .
Mais puisque cent ans/iprès que.tpus ces.petits xxxvir. écrits sont dissipés , et que V^m^pire en a reconnu ^ *V^* * ** la malignité, M. BMnxet se met encore à la, tête dcM.Barnct, de ses Réformés pour les défeild|*e : venons au <l"' ^*«°* «"
« 1 ^, « . T-« • TT -». î.^ secours (le la
fond. Çest un fait constant que François II etolt n^fomie.
(») CriL p. 35. — W ibiJ. 634.
reconnu pour majeur dans tout le royaume : la reine sa mère présidoit à ses conseils : Antoine , roi de Navarre, premier prince du sang, qui fut sollicité de troubler le gouvernement, ne se laissa pas ébranler , non plus que les autres princes du sang (i) : le seul prince de Condé, que ses liaisons avec r Amiral et les Huguenots rendoient suspect dès-lors, fit quelques démarâies qui n'eurent aucun efièt , et qu'on traita de séditieuses : tout étoit tranquille : on murmuroit contre les princes de Guise , comme on fait contre les autres fevoris bons ou mahvais : que sert ici de parler des prétextes dont on se servit 7 le fond étoit que les mécontens vouloient obliger le roi à former scm conseil à leur gré. Cependant on ne nioit pas que le duc de Guise n'eût sauvé l'Etat en plusieurs rencontres , et qu'au grand bonheui* de la France il n'eût -été bien avant dans les affaires sous le règne précédent. Metz et Calais sont des témoins immortels de son zèle pour le bien de l'Etat : on s'obstinoit néanmoins à lui trouver le cœur étranger malgré ses services , et encore que la branche d'où il étoit issu eût (ait tige en France. Quoi qu'il en fût, ce qui décidoit contre les auteurs du libelle, c'est que le gouvernement étoit reconnu parles armées et par les provinces , dans toutes les compagnies et dans tous les ordres du royaume : en sorte que les afiaii^es alloient leur ti^ain sans contradiction jusqu'au tumulte d'Amboise, auquel tous ces libelles pi^parôientla voie.
Tous ces faits sont bien constems dans notre
C) JTttian. xxuf, p. 6a6.
DÈS yÀRlATI0I?8. 569
histoire y et en particulier dans celle de M. de Thou. Disons plus : M. Bumet ne nie pas lui-* même que dès Fan 1374 il n'y eût une ordonnance de Charles Y y surnommé le Sage y et en effet le plus avisé et le plus prévoyant de tous nos rois y qui régloit les majorités à quatorze ans y ou pour mieux dire à la quatorzième année. Notre auteur fait semblant de croire que cette ordonnance ne fut pas suivie; mais c*est nier, non quelques faits particuliers y mais une suite de faits si constansy qu'il n^y a pas moyen de les désavouer; puisqu'on sait non -seulement que cette ordonnance de Charles Y a été souvent confirmée par ses successeurs , mais encore dans le fait que toutes les minorités arrivées depuis ont été réglées sur ce pied -là. Et d'abord Charles YI, fils de Charles Y, fut déclaré majeur à l'âge qui y étoit porté. Les autres rois jusqu'à Charles YUI étoient venus à la couronne en âge viril : mais Charles YIU avoit seulement treize ans et demi à la mort de Louis XI son père. Cependant il fiu ordonné dans les Etats de Tours qu'il n'y auroit aucun régent en France (0 : sa personne fat confiée à madame de Beaujeu sa sœur aînée y de quoi Louis duc d'Or* léans ne fut pas content; mais la majorité du jeune roi n'en fut pas moins reconnue. Après les règnes de Louis XII y de François I"* et de Henri 11^ François II fut Je premier qui tomba dans le cas de l'ordonnance de Charles Y, et encore qu'il n'eût que quiaze ans, il fut naturellement et sans aucune contradiction reconnu majeur, conformé-
(*) Du Tiliet, Chron. aht'ég. des rois de France.
i'jà' DÉPENSE DE L HISTOIRE
ment aux dernici*s exemples de Charles VI et de CUaiies VIII y oh 4*autorité des Etats généraux avai[tf>aji)Sié.Jia maxinxe ëtoit si constante , qu'elle fut suivie sans difficulté sous Charles IX , ibàre et successeur ide FraBçoîs U, qai liit aussi sans contradictàon dëdarrë ma|eur -dans ça .quatorzièine année,. '6t gouverna son royaume parles couiseilfi de 4a remc .sa «mèce , <{ui «avoit été régente. Car pour les rcunes., que l'^u^ur -sans nom du ^libellie séditieux ^ouloiit exclure .ebsoljament du gouv^epnementy il<en:étoit d^eoli par les exemples des «sièdes |)ossés. Les ^^genoes , quoique mallieureufies I de Frédegonde et 4eBn&pehaud^ ne laissent pas défaire counottre Tancien esprit de nos ancébres dèsTorigiue.delaaiQQarclûe^et sans ici alléguer les autres régences, c^lle de la reine Blandie étoit «en .yénéi^tion à touii les pfiupies. 'Jl y ^aA^oit *tant d'autresexemples^ciens et modernes (d'une semblable conduite, qu!on ne pou^oit les ni^rsans itqpudence. Ainsi.le goirver^ nement^n'eut rÎQQ'd'e^traordînaireni d-irv^ulier sous'Krançois *|I ,i6tvM. Burnet,aa,pu l'iqAprquver queuipréférant.les libelles aux ovdommiices, et les cabales aux conseils publics.
XXXVlil. C'estflinfli qiieiDu Tillet, reconnu par tons les M. Blirnci Français pour 4e, pi US. savaut ctile plus fidèle insngcdcM.do terprètc du gouvernement . de France, est de- ThoudoDtil venu odieuse :à:eet auteur, à cause -qu>*il. étoit du comrrDu V^^^^ royfil : il^voudroit méme:nous faire acciroire ïillct. que M'dedThQU eettsure 'Du Tillet ^et favorise son
ad%^ersaire (i) ; :mai6 il' ne faut que ce §eul endroit
(' CVi/./^.S;.
C»ES VAntATlOlTS. 871
pouf découvrir la manvaiee foi de M. Burnet, puisque^ loin d^avoir censuré le livre de Da Tille t, M. de Thooiwi donne au ccmtraire ce grand éloge : <c que ce livre qu'on aveit liilâmé dans le temps » qu'il iiit publié, en haine de C6ux <)e Guise pe>ur ^ qui il Alt fait, ^ rappelé en nsagepar le dian* » celîer de THospital duratftla minonité de Char- » les IX > ^t'ékevé àtinsivhMI point d'autorité , )> qu'on tut <lonna rang parixri les ordonnances » de nosms (*i ». Ce qu'il dit,- que ce livre de Du Tittet fo't Yappèlé :e<n usage y c^est qu'ayant été imprima d'aborà p£fr ordre du roi ^ les cabales le décrièrcllit; itïa^islajfitce des chùses'éUint oitangée, comme pari^a M. de Ifliou (^) , et d'etepérience '^effùïït'fmit twir^^e ceux ifui tvouloient s'attirer VaiUerUé ('d'upanï 'la^ntnorité >des rois) avaient mis.fpar iemr 'ambition 'dans un^exttéme péril V Etat ttèpfêéi^ de {factions; tout le imonde connut daireméDft «.qu'il en falloît revenir aux maximes que Du Tillet avoit établies par 'tant d^ordon* nances ^ t^nt d'exemjples : et^en elFdty^près la décision d viji aussi grave chancelier que -Michel de THospibil, ce^qu'aVoit écrit cet auteur :pa6sa pour «nviôlnble piandi -noua, comme -tiré des ar* chives et 'd(>9 registres .publics, «qu'il avoit -ma* niés long-lie mps tivecautatit de fidélité «que d'in-^ telligence. 'VoilàcbtomerM. de Thou a censuré Du TiUet^ et wDilà'eotnme M. Burâet :lit.:ses auteurs.
Il n'a point trouvé d'autie remèdeà eepassage de M. de l?hou que de le con^ompre. Au lieu que
C«) Thuan, 2l , p. 63a — («) Thuan. ihid.
S7I DÉFElVflB DB L^HIStOiaS
M. de Thou dit prédsément « que le livre de Da » Tillet fut rappelé en usage par le chancelier » de THospital : Is liber in usum rwocaUu fiât à » Michaële HospitaUo », il lui fait dire que c'est l'ordonnance de Charles V qui fut rappelée en usage par ce savant chancelier : au lieu que M. de Thou continue à dire que ce livre mérita tant d^OMaorité , guil fut mis au rang des ordon* nonces , M. Burnet lui fait dire ifMietordqnnance de Charles /^(dont il n est fait nulle mention en cet endroit de M. de TYioix) fut insérée entre les édits royaux : comme si uue ordonnance reçue tant de fois par les Etas gënëi*aux ^ et si constamr ment jpratiquëe , eût eu besoin de recevoir une iioùvélle autorité du chancelier de Fllospitaly ou que ce f&t une chose bien rare de m^tre un édit royal si authentique parmi les édits royaux. Ce qu*il y avoit de rare et de remarquable , c*est de donner cette autorité au livre d'un particulier; et c^est ce qui arriva, dit M. de Thou , à celui de Du Tillet : tant on le jugea rempli des senti* mens et de la doctrine de toute la France.
Que M. Burnet cesse donc de parler de nos affaires, puisque, toutes les fois qu'il y met la main , il augmente sa confusion ; eft qu'il cesse d'attribuer à M. de Thou ses erreurs et ses igno*rances, en falsifiant comme il fait un m grand au« teur. n ti'iomphe cependant, et comme s'il avoit fermé la bouche à tou^ les Français ^ il insulte au gouvernement de France (0. Je ne daignerai lui répondre : ce n'est pas à un homiae de cette
(0 Cril. p, 37.
DES VÀE1ATION8. S'ji
trempe de censurer le gouvemement de la plus noble et de la plu» ancienne de toutes les monar* diies : et en tout cas , s'il nous veut donner pour modèle celui d'Angleterre , il devrolt attendre qu'il eAt pris une forme arrêtée ^ et qu'on y fdt du moins convenu d'une règle stable et fixe pour la succession ^ qui est le fondement des Etats.
Je louerois la rétractation que fait cet auteur xxxix. de Terreur où il est tombé sur la régence préten- ^™*«^<l»«
1 • àM. Barnet,
due du roi de Navarre (0 ; mais on ne doit pas se qmserëtraofaire honûeur de si peu de chose , pendant qu'on ^ •'*' ^* '^ persiste à soutenir des erreurs bien plus essen- |^ i^avam ^ tielles. Si M. Burnet avoit à se repentir y c'étoit jasqu où il d'avoir donné son approbation aux révoltes des ^®^*^" P**°*" Protestans : c'étoit d'avoir autorisé la plus noire tatioiu. des conjurations , c'est-à-dire celle d'Amboise ; et pour passer à d'autres matières ^ c'étoit d'avoir mis au rang des plus grands saints un Cranmer qui n'a jamais refusé sa main , sa bouche , son consentement aux iniquités et aux violences d'un roi injuste ; qui lui a sacrifié durant treize ans sa religion et sa conscience; qui en mourant a renié deux fois sa croyance , et dont on ose encore comparer la perpétuelle et infâme-corruption à la foiblesse de 6aint Piéride , tpii n^a duré qu'un moment^ et qui Ait si tôt expiée par des larmes intarts^bles.
n ne peut rester aucun doute sur les révoltes XL. de la Réforme en France : et les palliations de '^^^«fonn* M. Burnet sont aussi foibles pour les excuser ^ que daiurEcosso celles de M. Basnage ; mais peut-être qu'il aura ^^ «Maasi-
(0 Crit. p. S4, 35.
naisetdesre- mieux réussi à colarer les rebellions de soa pays.
M b"^°' t^^ ^'^*' ^® ^"'^^ ^^ ^^^ d'examiner pendant que nous loreaasstmal sommes sur Cette matière. U est constant dans le que celles de f^^ q^ç lesprit de séditioQ eJt de révdte parut cfition nou^ ^^ Ecosse comiue en France et partout ailleurs , ble à THifl- dès que la nouvelle B^mta y fiit portée. Elle toire des Va- ^ contint comiue en France swus Iqs rèsqe& forts ,
nations. , ^
tel que fut celui de Jacques V. Comme en France,
elle s'emporta aux derniers excès sous les foîbles
règnes et dans les minorités , telle quf fut celle
de Marie Stuart , qui avoit k, peme si^ jours lors*
• qu elle vint à, Is^ couronne. Une si. iQngij^. nino-
, rite y et Tal^sençe de la )euqe reime ^i étott en
France ^ où elle épousa le dauphin François ^ don-^
nèrent lieu aux Réformés de son royaume de tout
entreprendre contre elle. Ils commenoèi,*ent à
s'autoriser p^r 1 assassinat du cardinal David Be^
toa y archievéque de S^int-André , et pri^ual, du
royaume. Il est conatant, de Favçu dd tqi:^ les
auteurs , et antre autres de M. Burnot (0 ^ que le
prétendu martyre de Georges Y iscbard > un des
prédicans df i^ Réforme , donna lieu à la CQp|a-
ration par laquelle ce cardînctl perdit la vie. On
répandit une (j^uiou qu'il étoit digae do mort
pour avoir fait «wrir Viscbaixi contre les lois (^-^ ;
que si le gouveriMement n'avoit pas aaseï de force
alors pour le pujEÛr^ c'étoit aux particuliers à pi^m
dre ce soin ^ et que les assassins d'un usurpateur
avoient de tout tf mps été estimés dignes de louan*
ges. C'est ce qup raconte M. Ruraet. On reçon-
nott le génie de la Réforme , qui a toujours de
(0 Hist. de la Réf, 1 1, /<V. m, p, 461 et iuiw, .«. WBtuvLik'd*
bonnes raisons pour se venger de ses ennemis , et usurper la puissance publique. Les conjui^ds^ pré«venus de ces sentimens, entrèrent dans le château du cardinal) et Tayant engagé à leur ouvrir la porte de sa cliambre où, il s'^toit barricadé, ils le massat^rèrent sans piti(î. Ainsi ils joignirent la per* fidié à la cruauté, n La mort de Béton ^ dit M. Bur- » net y fit porter des jugemens aisez opposés» 11 se » trouva des personnes qui voulurent justifier les » conjurés , en disant qu'ils n^avoient rien fait que 3i tncfr un voleur insigne. D'airtres > bien aises que » le cardinal fût mort^ condamnoient pourtant 3» la manière dont on Favoit assassiné ^ et y trou* » voient TROFiïiÈ^EiipiDiE et df5 cruauté ». S'il y en eût eu un peu moins, TaiTaire aiuroil pu passer. C'est sur cet acte sanguinaire que la RéformatioA a été fondée en EOosse : et il est bon de remarquer, comment il est raconté dans un livre imprimé à Londres, qui a pour titre : Histoire de la Réfotmation d'Ecosse (»). Ap^ès s'être saisis dû château et de la chambre du cai^dinal , par la per*^ fi<|î® qu'ott vient de voir , les conjurés « le iton'- » vèrent assis dans une chaire qui lenr crioit : Je » suis prêtre, )e suîs piètre , ne me tuez pas. Jean i> Leslé suivant ses anciens vœux frappa le pre- » mier, et lui donna un ou deux coups ^ comme i> fit aussi Pierre Carmic^aelle. Mais Jacques Mlal-
» vin , âCMHIÊ AVn «ATUtÉL BOtfXBf TRfes^MOl^TË',
6 croyant qti'ils étoient lerus dcfu^ en colère, les » arrêta en disant : Cet c&avre et jugement d^
(0 Blst th la Réf. tP Ecosse. A Londres, 1644, p' 7^«
gn6 SéFBirSE DE L HISTOIRE
» Dieu doit être fait avec une plus grande gra- » vite. Alors présentant la pointe de Tépée aa n cardinal , il lui dit : Bepens-toi de U mauvaise » vie passée, et en particulier d'avoir répandu le » sang de ce notable instrument de Dieu , Greorges » Vischai'd , qui , consumé par le feu devatot les » hommes, crie néanmoins vengeance contre toi; s» et nous sommes envoyés de Dieu pour en faire » le châtiment. Car je proteste ici en présence de » mon Dieu, que ni la haine de ta personne, ni » l'amour de tes richesses, ni la crainte d'aucun » mal que tu m'auroîs pu faire en particulier , ne » m'ont porté ou ne me portent à te frapper ; » mais seulement parce que tu as été et que tu es » encore un ennemi obstiné de Jésus^Christ et de » son Evangile. Ensuite il lui donna deux ou trois » coups d'épée au travers du corps ». On n'avoit jamais vu encore de douceur ni de modestie de cette nature, ni la pénitence prêchée k un homme en cette forme, ni un assassinat si religieusement commis. On voit combien sérieusement tout cela est raconté dans l'Histoire de la RéformOtion d'E-cosse. C'est en effet par cette action que les Réformés commencèrent à prendre les armes ; et on lui donne partout dans cette histoire l'air d'une action inspirée pour l'honneUr de l'Evangile. Tout le monde fut persuadé que les ministres étoient du complot : mais pour ne raconter ici que les choses dont M. Burnet demeure d'accord , il est certain que les conjurés s'étant emparés du château où ik avoient fait le meurtre , et y ayant soutenu le
siège
DES YlHIÀTIOM. ^77*
^ge poar éviter la juste vengeance de leui^ sam^ lège, quelques nouveaux prédicateurs aUèrents'y réfugier avec eux (0. Cette marque d'intélligenée et de complicité est manifeste. Les coupables du même crime cherchent naturellement un même refuge. Mais il faut voir de quelle couleur M. Burnet a voulu couvrir cett« honteuse action de ses prédicans. <( Ces nouveaux prédicateurs, dit-il (3) ^ » lorsque le coup eut été fait, allèrent véritable*- » ment se réfugier dans le château où les assassins n s'étoient mis à couvert ; mais aucun d'eux n é- ». toit entré dans cette conjuration y pas ïtiême » par un simple consentement; et si plusieurs XÂr » chèrent ensuite de pallier Fénormité de ce crime^ j» je ne trouve point qu'aucun entreprît de le justi* »> fier». On voit déjà deux faits constans : l'un que ces nom^eaux prédicateurs eurent le même asile que les meurtriers; et l'autre qu'ils pallièrent Fénormité du meurtre. Voilà, de l'aveu de M. Burnet, les premiers fruits de la Réforme : on y pallie selon lui les crimes les plus énormes. Hé, que vou-^ loient-ib qu'ils fissent? qu'ils donnassent ouvertement leur approbation , pour se rendre exécrables atout le genre humain? C'est ainsi que la Réforme commence. Tout ce qu'on peut dire en faveur de ses auteurs, c'est qu'en palliant les assassinats les plus barbares, ils n'en étoient pas venus jusqu'à l'excès de les approuver, ouvertement. M. Bumet ajoute que « comme ces nouveaux prédicateurs appré<»
SossuET. AverU aux Trot. i. 37
5^9 DÉFÊHSB DÉ L^BISTOIIIE
I» hendèrent que le dergé ne vengeât sur eux là » mort de Béton ^ ils se retirèrent dans le château » oh ils s*étoient réfugies. C'est , eh youlant les excuser^ achever de les convaincre. Car je demande, quand a-*t-on vu des innocens se ranger volontairement avec les coupables? et si , au lieu de se disculper ou de se mettre à couvert de la vengeance publique y ce n^est pas là au contraire ea se^lëclarant complice Tirriter davantage? Quel exil ne devoit-on pas plutôt choisir qu'un asile si infâme ^ et pouvoit-on sVloigner trop de gens si indignes de Vivre ? Cependant M. Bumet raconte lui-même qu^un nomme Jean Rough , un de ces nouveaux prédicateurs de TEvangile , prit ta route en Angleterre (0 ; mais ce fut à cause çu*il ne put souffrir la licence des soldats de la garnison , de qui la vie faisoit honte à la cause dont ils se couvrolent : c'est-à-dire à la Réforme. Ce ne fut ni Tassassinatn^ommis avec perfidie sur !a personne d'un cardinal et d'un archevêque , ni l'audace de le défendre par les armes contre la puissance publique , qui firent horreui* à ce prédicant ; mais seulement la licence des soldats : il auroit toléré en eux l'assassinat et la rébellion ^ si le reste de leur vie eût un peu mieux soutenu le titi'e de Réformé^ qu'ils se donnoient. Au surplus y et lui et les autres docteurs de la Réforme se joignirent aux mem-triers/, et ils cherchèrent des excuses à leur anme.
Je trouve au nombre de ceux qui se joignirent
(0 Burn. p, i6Z.
DB8 yÂEii.Tioir8. 579
% ce9 assa$sins, Jean Knox y ce fameux disciple de Jean Calvin, et le chef des Rtfforaiateurs de TE* cosie (0, On le croit auteur de VHistoir^ de la tUformation 4'Ecesfe^ où Ton vient de voii' la*sassinat étalé avec autant d'appareil et d aussi belles couleurs qu'on auroit pu faire les actions le^ plus approuvées. U est bien constant d'ailleoKS que Jean Knox se retira comme les autres prédiT cans dans le château avec les meurtriers; et tout ce qu'on dit pour l'excuser , c'^t qu'il ne s'y mit avec eux qu'après la levée du sîége : commç si^ en quelque temps que ce fût, )e ne dis pas un Ré^ formateur, mais un homme de bien, neût pas dû avoir en horreur les auteui*s d'un crime û énorme , et les éviter comme des monstres* h^ plus zélé$ défen$etti*s de ce chef de la Réforme d'Ecosse demeurent d'accord que cette action est insoutenable. M. Burnet n'a osé La remarquer , et il dissimnle encore ce que raconte Buchanan, et après lui M. de Tbou M , que Jean Knox reprenoit ceiêdp <fu cbdteau des viols et des pillerfes çuilsfaisoient dans le voisinage : mais sans qu'oil ait remarqué que jamais, non plus que Jean Rough, il leur ait dit le moindre mot de lemr assasisinat.
U auroit trpp démenti b^ propre doctrine. Car c'est lui qui dans ce fameux Avertissement k la noblesse et au peuple d'Ecosse , ne craint point d'écrire ces mots &) : a J'assurerai hardiment que
(0 Buchan. L xr. Tkuan. I. m. — (•) ibid. — (*) Jo. Knox Admon* ad nob» et pop* S^ot
» les gentilshommes y les gouverneurs , les juges » et le peuple d'Angleterre ^ dévoient non-seule« n.ment rë^ster à Marie leur reine , cette noup velle Jëzabel y dès -lors qu'elle commença à tt éteindre l'Evangile ^ mais encore la faire mou- » rir avec tous ses prêtres et tous ceux qui en- ']» troient dans ses desseins ». Qui doute donc qu'avec ces principes un tel homme ne dût ap^ prouver le meurtre du cardinal Béton, puis^ qu'il, auroit même approuvé celui de la reine d'Angleterre et de tous ses prêtres, non-seulement depuis qu'elle eut puni du dernier sup-^ pUce les auteurs de la Réforme, mais encore dhs le moment qu'elle commença à la vouloir «opprimer 7 >
Tels ont été* les sentimens des auteurs, et^ comme on les appelle dans le parti, des apôtres-de la Réforme, bien éloignés en cela comme en. tout le reste des apôtres àe Jésui-Christ. Ce Jean Knox est enéore celui dont le violent discours anima tellement le peuple réformé de Perth à la sédition, qu'il en arriva des meurtres 0t des pilleries par toute la ville , que l'autorité
de la régente ne put jamais appaiser. Depuis ce temps la révolté ne cessa de s'augmenter : la reine n'eut plus d'autorité , qu'autant , dit M. Bumet , çuUl plut à ses peuples de dépendre de ses volontés : ils secondèrent les desseins de la reine Elisabeth ^ et on sait jusqu'où ils poussèrent leur reine Marie Stuart.
Qn trouve^ dans l'Histoire d'Ecosse, qu'après
qu'elle eut été condamnée à mort^ le roi son fils ordonna des prières pour elle ; mais tous les ministres refusèrent de les faire. Il crut que la religion dont la reine faisoit profession pouvoit les empêcher d'obéir à ses ordres ^ et dressa luimême cette formule de prière : Qu'il plût à Dieu réclaircir par la lumière de la vériiéj et ladé^ livrer du péril ah elle était! Il n'y eut qu'un seul* ministre qui obéit, à la réserve de ceux qui et oient domestiques du roi : les autres aimèrent» mieux ne prier pas pour la conversion de leur reine y que de demander à Dieu qu'il la délivrât du dernier supplice auquelils la voy oient côn-^ damnée.
Us ne furent pas plus tranquilliss , sous le roi Jacques son fils^ qui crut être échappé des mains de ses ennemis , plutôt qiie de ses sujets y lorsque l'ordie dé la succession l'appela de la couronne d'Ecosse à celle d'Angleterre. Tout le monde sait ce qu'il dit des Puritains ou Presbytériens y et de leurs maximes toujours ehnemies de la royauté. Enfin il eût cru trouver la pai^ dans son nouveau royaume d'Angleterre , s'il n'y eût pas trouvé cette secte , et le même esprit que Jean Knox et Buchanan avoient inspiré aux Ecossais. Mais enfin , les Puritains qui en étoient pleins ont dominé en Angleterre comme en Ecosse; et ils ont fait soùfirir au fils et au petit-fils de ce roi , ce qu'on sait et ce qu'on voit. L'Angleterre a oublié ce qu'elle avoit conservé de meilleur de l'ancienne religion-, et il a fallu, comme noiis
S8a DÉFB9SB DE I.^BISTOIRE
ravoûs montré ailleurs (0, que la doctrine dé
Viûviolable majesté des rois oédât au puritanisme.
Toutes les coh)uratioiis que nous avons vu s*âe-
vér en Angleterre contre les rois et la royauté ont
été notoirement entreprises par des ^ns de ce
parti. Le même parti a renouvelé de nos jours ]'afr-
saasinat du cardinal Béton ^ en la personne d*UQ
de ses successeursi archevêque de Saint-àndré^
et primat d'Ecosse comme lui. Les proclamations
du meurtrier W , et celles des autres fanatiques
contre les rois et TEtat^ n ont point eu d*auti^es
"fondemens que cenx que Jean Knox et Bucbanim
ont établis en Ecosse contre les rois et contre
ceux qui en soutenoient l'autorité; et tout ce
qu ont fait ces fanatiques plus que les autres^ a
été de prêcher sur les toits ^ ce que les autres se
disoient mutuellement à Foreille. Tels ont été^
encore un coup^ les fruits de la Réforme et de
la prédication de Jean Knox et des Calvinistes;
et M. Burnet^ qui les imite ^ a donné lieu à cette f
addition de l'Histoire des Vai*iations de la Ré*
forme.
^L^' Afin de remonter à la source ^ il faut aller )ns-
àM.Basnace *ï^'^ Luther, et malgré les vaines défaites de
et on con- M. Bàsnage faille voir Tesprit de révolte dans
lîi^'^Proil^ TAllemagne protestante. Cette dispute ira pios
tans cT Aile- vite , parce qu'il y a moins de faits : mais d*abord
magne d'à- il y en a un absolument décisif contre Luther,
k Révolte : ^^^^ ^^ thèses de 1 540 , toutes pleines de sédi-
Thèses af- tion et de fureur I comme on le peut voir par
vO F'i^ Avert, ni 60 et $uiv, — («) Procfam. àe Jenn JlmssfL
, DES YAEIATIOnS* 583
la siniple lecture (0. M. Basnage excuse Luther en freuses de dûsant qu'il y établit a Tobéissance due au màgis-*- ^"^^'' » trat lors même qu il persécute , et qu'il y a décidé » qu'où devoit abandonner toutes choses plutôt que » de lui résister (^) »« Je Ta voue ; mais ce ministre ne connott guère l'humeur de Luther y qui après avoir dit quelques vérités pendant qu'il est un peu de sens rassis , entre tout^à'^coup en ses furies aussi* tôt qu'il nomme le Pape, et ne se possède plus. C'est pourquoi , à ces belles thèses oh il avoit si bien établi l'autorité du magistrat j il ajoute cellesci y dont la fureur est sans exemple (3) : « Que le » Pape est un loup-garou possédé du malin esprit : » que tous les villages et toutes les villes doivent V s'attrouper contre lui : qu'il ne faut attendre » l'autorité , ni de juge , ni de concile ^ ni se sou- » cier du juge qui défendroit de le tuer : que si 9 ce juge ou les paysans sont tués eux-mêmes » dans le tumulte par ceux qui poursuivent ce » monsti'e , ils n'ont que ce qu'ils méritent : on » ne leur a fait aucun tort : Ifihil injunoî illis » iUatum est ». Ne voilà -t- il pas le juge ou le magistrat bien en sûreté sous l'autointé de Luther ? Il poursuit : « Qu'il ne faut point se met- ».tre en peine ^ si le Pape est soutenu par les 3» princes , par les rois y par les Césars mêmes : » que qui combat sous un voleur est déchu de la » milice aussi bien que du sâlut étemel : et que » ni les princes^ ni les rois^ ni les Césars ne se 9 sauvent pas de cette loi sous prétexte qu'ils
(0 Luth, ti,p, 407. Skiii. svix F'ar. àV. riii , n. i . -^(•) Bastn U I9 IL paru «A. VI, /y. 16.— {}; Jàid, th. 58 et setf.
584 DÉFEirSB DE L*HISTOIllB
31 sont défenseurs de FEglise ^ parce qu'ils sont » tenus de savoir ce que c*est que l'Eglise ». M. Basnage passe tout cela , et ne craint pas d'asaurer que Luther n'attaque que l'autorité usurpée et tjrannique des Papes (0, sans seulement daigner remarquer qu'il n'attaque pas moins vio* lemmenty non-seulement les juges et les magistrats y mais encore et nommément les rois et les princes y et même les empereurs qui le soutiennent : qu'il les dégrade de la milice : qu'il les met au rang des bandits qui combattent sous un chef de voleurs, et qu'il abandonne leur vie au premier venu. Ce n'est pas là seulement permettre de prendre les armes pour se défendre des persécuteurs : c est ouvertement se rendre agresseurs, et contre le Pape et contre les rois qui défendront de le tuer ; et on ne peut pas pousser la révolte à un plus gi*and excès. Le chef des Réformateurs à introduit ces maximes.
'SVPL. Ces thèses, soutenues d'abord en i54o> fur^it
ixssgnen^s jyg^gg dignes par Luther d'être renouvelées en
Smalcaldc : i54S y quelques mois avant sa mort : et ce cygne rélectour de niélodieux ( Car c'est ainsi qu'cm prétend que le Undgrave prophète Jean Hus a nommé Luther) répéta cette mal justifiés chanson en mourant. Elle fut suivie des guerres par M. Bas- çjyQçg jg iedji Fridéric , électeur de Saxe , et de
nage, etcon- . , '
damnés par Philippe, landgrave de Hesse, Contre l'Ëmpereur, eux-mêmes pQm^ soutenir la ligue de Smalcalde (^). M. Bastoute TAUe- ^^S^ ^^^ semblant de me vouloir prendre par mes . n^sa^* propres paroles , à cause de ce que j'ai dit & , que
('> Aun. M. />. 5o6; --^ («) SL Ub. xtju -p C^) yar. iw, riir.
DES ViwRIATIONS. 58^*
rEmpereor. témoignoit que ce n'étoit pas pour la religion quil prenoit les armes. C*étoit doKc, dit M. Basnage (0, une guerre politique. Il raisonne mal : pour savoir le sentiment des Protestans, il ne s agit pas de remarquer ce que disoit Charles Y, . mais ce que disoient les Protestahs eux-mêmes. Or j'ai fait voir {^) ^ et il est constant par leur ma« nifeste^ et par Sleidan qui le rapporte (^) ^ qu'ils s'autorisoient du prétexte de la religion et de TE* vangile, que TEmpereur^ disoient -ils ^ attaquoit en leurs personnes ^ mêlant partout TA-ntechrist romain , comme les thèses de Luther et tous ses. autres discQurs le leur apprenoient :, c'étoit donc^ dans Tesprit des Protestans, une guerre àfi reli^ gion , et on pouvoit se révolter par ce principe.
M. Basnage en convient (4) ; mais il croit sauver la {léforme , en disant qu outre le motif de la religion ^ les princes allégnoient encore .les raisons d'Etat. 11 raisonne mal ^ encore un coup. Car il suffit pour ce que je veux , sans nier les autres prétextes ^ que la religion en ait été Tiiny et même le principal , puisque c'étoit celui-là qui faisoit le fonderaient de la ligue , et doiit les armées rebellea étoient le plus émues. >
Le raisonnement du ministre a un peu plus* d'apparence ^ lorsqu'il dit que les princes d'Aile^ magne sont des souverains (^} -y d'où il conclut .qu'ils» peuvent légitimement faire la guerre à l'Empe-, reur. Néanmoins il se trompe encore , et sans en-
(0 Basn. ihtd. 5o4. — (») Far. liu. vin, n. 3. «^ <') Shid, xvii. ^ i/i) ibid, 5o5. ^ (S) Ibid^Soi et tuiv.
588 DÉFEJSISE 1}1R L*HISTOIEB
trer dans la discussion des droits de Tempire y dont il parle très-ignoramment, aussi bien que du droit des vassaux ^ Sleidan dit expressément en cette occasion, comme il a été remarqué dans THistoire des Variations (0, que le duc de Sase^ le plus consciencieux des Protestans^ ne Vouloît pas «c que Charles Y fût trailé d*empereur dans » le manifeste , parce qu'autrement on ne pour*^ » roit pas lui faire la guerre légitimement : oiib- » quicwn eo belligerari non licere ». M. Basnagp passe cet endroit , selon sa coutume, parce qu'il est déeisif et sans réplique. Il est vrai que le landgrave n eut ' point ce scrupule : mais c'est qu'il n avoit pas la consci^ice si délicate , témoin son intempérance , et ce qui est pis , sa polygamie^ qui fait la honte de la Réforme. 11 est vrai encore que le duc de Saxe entreprit la guerre^ ensuite du bel expédient dont on convint , de ne traiter pas Charles Y comme empereur , mais comme se portant pour empereur i"!^) H Mais tout cela sert k confirmer ce que j'ai établi partout y que la Réforme est* toujours forcée par la vérité à reconnottre ce qui est dû aux puissances souveraines , et en même temps toujours prête à éluder cette obligation par de vains prétextes. M. Basnage n'a donc qu'à se taire, et il le fait : mais il faudroit donc renoncer à la défense d'une cause qui ne se peut soutenir que par de telles dissimulations.
U dissimule encore ce qui est constant , qne ces princes proscrits par l'Empereur comme de
(0 SUid. XY1I. F'ar. Up. Tzii , n. 3. — (•) Sltsid. ibid. Vùt. iHJ.
DES VARIÀTIOirS. 58^
rebelles vassaux y furent contraints d^acquiescer h la sentence ; que le duc en perdit son âectorat et b plus grande partie de son domaine ; que TEin^ pereur donna Tun et Fautre ; que cette sentence tint et tient encore ; en un mot , qu'il punit ces princes comme des rebeller, et les tint comme prisonniers non - seulement de guerre y mais en«core d'Etat; sans que T Allemagne réclamât ^ ni que les autres princes fissent autre chose que de trè&-humbles supplications et des offices i*espectueux envers TËmpei^ur. M» Ij^snage soutient indéfiniment que les princes d'Allemagne y lor»qu ils font la guerre à TËmpereuf , ne demandent ni grâce ni pardon (0. Ceux-ci le dematidèrent souvent et avec autant de soumission que le font des sujets rebelles y et jurèrent à l'Empereur une fidèle obéissance comme une chose qui lui étoit due» Tout cela y dis^je y est constant par Fautorité de Sleidan et de toutes les histoires (^) : ce qui montre dans cette occasion y quoi qu*en dise Msi Basnage y une rébellion manifeste y pendant qu'il est certain d'ailleurs que la religion en fut le motif: qui est tout ce que j'avois à prouver*
Dana ce temps , api^ès la défaite de l'électeur XUXL et du landgrave , arriva la fameuse guerre de ceux p J|^^^ de Magdebourg y et le long siège cfiie cette ville de Magd«soutint contre Charles V. Les Protestans se défen- l>o«»K' dirent' par maximes. autant que par aimes ^ et publièrent en i55o le livre qui avoit pour titre : du droit des magistrats sur leurs sujets, où ils soutiennent à peu près la même doctrine que le
(0 Basn. p. 5oi.— (*) SI, xvir, xviu» six, zz, zxit.
S88 DÉFENSE DE X*HISTOIRB
mii\istre Languet , sous le nom de Junius Brutus,
que Buchanan , que David Paré , que les autres
ProtestanSi et depuis peu M. Jurieu ont établie ,.
c est- à - dire celle qui ^donne aux peuples sujets
un empilée souverain sur leurs princes légitimes ^
aussitôt qu ils croiront avoir raison de les appeler
tyrans.
T^^' Il ne plait pas à M. Basnage ^ que Luther ait
commcncéT ^^ ^^ ^^^ toute TAllemagne. Qu on lise le ii' livre
par les Pro- des Variations , .on y .trouvera que les Luthériens
UBtana et le fnpgjjt j^g premiers qui armèrent pour leur i-eli-
landgrave r . t r
ayecTappro- gîon, sans que pek*$onne songeât encore à les atta- LationdeLu- quer (0. Un traité imaginaire entre George, duc deM.Basna- ^^ Saxe et le& Catholiques en fut le prétexte : il ge sur tout demeura, pour constant que ce traité navoit j^H cet endroit ^^[^ ^té : .cependant tout le parti prit les armes : Melancton est troublé du scandale dont la bonn» cause allait être chargée (^} , et ne sait comment excuser les exactions énormes que fit le landgrave, toujours peu scrupuleux, pour se faire dédommager d'un armement, constamment et de son aveu , fait mal-à-propos et 'sur de faux rappoits. Mai$ Luther approuva tout, et sans aucun respect ni ménagenxent pour la maison de Saxe , dont il étoit sujet , il ne menaça de rien, moins le duc George, qui étoit un prince de cette maison, que de le faire ejcterminer par les autres princes. N'estce pa$ là allumer la guen^e civile 7 Mais M. Basnage ne le veut pas voir , et il passe tout cet endroit des Variations sous silence»
(0 Far. liv. II , n. 44- Sleid. yi. — W F'ar. ib. Bfel iv. 70 , 71,
DSS TÀRIÀTIOIVS. 589
En voici un où il croit avoir plus d'avantage. XLY. On a rapporté dans cette histoire un célèbre écrit ^* 'f!*^
» *^ contre 1 Em-
de Luther y où ce encore que jusqu'alors il eût- en- pereur qu^ » seigné qu'il n'étoit "pas permis de résister aux MeUiicion » puissances légitimes», il déclaroit maintenant, tées, comme contre ses anciennes maximes, <c qu*il étoit per* contraires à » mis de fidre des hffues pour se défendre con- .^ . vangiie,
o r sont auion-
» tre l'Ehpbrbur et contre tout autre qui feroit sées par Lu- » la ffoerre en sow woit, et' que non -seulement l*î®f ^* P*'
Melanclon
» le droit , mais encore la nécessité et là coir* même. i» BdEZfCB mettoit les armes en main -aux Protes- » tans (>) »; Tavois à prouver deux choses :' l'une i
<fae Luther fit cette déclaration après* avoir été' expressément consulté sur la matière : ye le prouve par Sleidan qui rapporte la consultation des théologiens et jurisconsultes où il assista , et où il donna son avis tel qu'on vient de le rapporter (?) : l'autre que le même Luther mit son sentiment par écrit, et <c que- cet éciit de Luther 3> i*épandu dans toute l'Allemagne fut comme le » son de tocsin pour exciter' toutes les villes à » f^re des ligues » : ce sont les propres termes de Melâncton dans une lettre* de confiance qu'il écrit à son ami Gamérarius : et le fait que^e rap-^ porte est incontestable par le témoignage cen^ stant de ces deux auteurs.
Ajoutons queMelancton même, quelque hor»
reur qu'il eût toujours eue des guerres civiles ,, consentit à cet écrit. Car après avoir enseigné ^ue tous 'les gens de bien dowents* opposer à ces ligues; après s'être glorifié de les avoir dissipées
CO Var. Uir. iT, ». I, a. Sleid. Ub, nu, init,^{*)Sleid, ihid.
SgO DÉFEHSE DB L*HI8T0IRE
l'année auparavant (0 , comme il a été démontre
dans l'Histoire des Variations par ses propres
termes (3) : à la fin il s'y laisse aller quoiqn'en
tremblant et comme malgré lui. « Je ne crois
» pas, dit* il (3), qu'il faille blâmer les précao-*
» tions de nos ^ens :' il peut y avoir de jastes
n raisons de faire la guerre : Lutb^ a écrit trè»-
» modérément , et on a bien eu de la p^ine à lut
» arracher son écrit : je crois que vous voyez hiea,
» mon cher Camévarius , que nous n'avons point
» de tort ». Tout le reste qu'on peut voir dans
l'Histoire d^s Variations, est de même style. Ainsi
quoiqu ils eussent peine à appaîser leur eon^
science , Luther et Melanclan même franchirent
le pas : toutes les villes suivirent, et la Réforme
se souleva contre l'Emperew par maùnie.
XLYi. M* Basns^ m'objecte que ^ le passage de Me*
Mbificatioii )> lanctpn que je cite est falsifié (4) : Melanctoa
éô^^^" » se plaint, poursuit-il, qu'on a publié cet écrit
too, objectée » daus toute l'Allemagne api^a l'avoir tronqué :
teoieraire- ^ j^^ j^ Meaux efiàce ce mot qui détruit sa
ment par M. t» » »
Bsisnage. » preuve : car on sait bien que 1 écrit le plus )» pacifi<|ue et le plus judicieux peut produire de » mauvais effets quand il est tronqué ^» Voyons si 4:e mot ôté afibiblit ma preuve ; ou même s'il sert quelque chose à la matière. Je ne ch^ïxims pas dans Melancton le sentiment de Luther : il n'en parle qu'obscurément à un ami qui savoit le fait d'ailleurs. C'est de Sleidan cpie nous lap* prenons, et ce sentiment de Luther étoit en termes
(•) Wc/. lih. rv, Ep. 85, 110, if i. — («) F^ar, Ut^, rr^ n. a. ItV.Vi/i. 3a.33.— C3)^^ifC iio^ m. -^(4; /£<</. ^.5o<>.
BBS VÀRIATIOirS. SqI
formels ^ de permettre de se liguer pour prendre les armes même contre V Empereur. On en a vu le passage, qui ne souffre aucune réplique : aussi M.' Basnage n'y en fait-il pas. De cette sorte ma preuve est complète : la doctrine de Luther est claire y et nous n'avons besoin de Melancton que pour en apprendre les mauvais effets. U nous les découvi^e en trois mots lorsqu'il se plaint que Técrit donna le signal à toutes les villes pour former des ligues; ces ligues qu'il se glorifioit d*a%H>ir dissipées ; ces ligues que les gens de bien deuoient tant haïr. Les ligues ëtoient donc com* prises dans cet écrit de Ludier, et les ligues contre FEmpereur, puisque c'étoit celles dont il s'agissoit j et pour lesquelles on étoit assemblé ; l'écrit n'étoit pas tronqua à cet égard, et c'est assez. Qu'on en ait, si vous voulez , retranché les preuves dont Luther soutenoit sa décision , ou que Me* lancton se plaigne qu'on la laisse trop sèche et trop crue en lui ôtant les belles couleurs dont sa douce et artificieuse éloquence l'avoit peut-éti>e parée : quoi qu'il en soit , le fait est constant , et le mot que fai omis ou par oubli ou comme inutile, l'étoit en effet; Mais enfin rétablissons ce mot oublié , si M. Basnage le souhaite ; quel avantage enespère<-t-il7 si cet écsïx. tronqué , qui soulevoit tontes les villes contre l'Etnperenr, d^laisoit i^ Luther, que ne le d&avouoit-il ? si la fierté d^ Luther ne lui permettoit pas un tel désaveu , où étoit la modération dont Melancton se faisoit honneur? étoit-ce assez de se plaindre à l'oreille d'un ami d'un écrit tronqué , pendant qu'il cou
59a BÉFEHSE DK L filSTOlAE
roit toute rAUemagQé ^ et y soulevoit toutes les villes 7 Mais ni Luther^ ni Melancton même ne le désavouent ; et malgré toutes les cbicanes de Mv Basnàgey ma preuve subsiste dans toute sa force y et la Réforme est convaincue par ce seul écrit d'avoir pasié la i^belUon en dogme. XLVn. Le ministi*e revient à la charge ; et il fait dire
C'est M. j Melancton, que Liàher ne fut point consulté
Basnage lui- , ,, //•»»• ^ . » 1 .
même qui '^^'^ *^ ugue (>;. Mais, à ce coup ^c est lui qui falsifie Me- .tronque y et d'une manière qui cliangé le sens.
ce^'mê e* •'^^^^^^^'^ °^ ^^' P** au lieu qu'il cite, cest-àmatière. dire, daus la lettre CXI ,- que Luther ne fut pas consulté sur la ligue; voici ises mots : « Personne^ .» dit-il (^), ne nous consulte maintenant ni Lu-> » ther ni moi sur les ligues ». 11 ne nie pas qu'ils niaient été consultés : il dit qu'on ne les consulte plus maintenant; il avoit dit dans la lettre précédente : « On né nous consulte plus tant sur la » question, s'il est permis de se défendi*e par les » armes (^) ». On les avoit donc consultés : on les .<x>nsultoit encore ; mais plus rarement , et peutêtre avec un peu- de détour : mais toujours la con- .elusion étoit qu'on pouvoit faire des ligues, c'està-dire, prendre les armes contre l'Empereur. XLVni. Ce n'étoit plus là le premier projet , ni ces La Réforme jjeaux desseins de la Réforme naissante, lorsque
a renoncé ... , , i % i. »
aux belles Melauctou écrivoit au landgrave , c est-à-du:e à maximps Tar^liitecte de toutes les ligues : // vaut mieux
qu'elle avoit , , j»^' ^' j^ • -i jy *
d'abord éià- P^^^* ^^ ^ émouvoir des gucrrcs civiles, oud eblics:M*Baa- t€AUr VEs^ongile, c'est-à-dire, :1a Réforme /Mir
(0 Basn. îbid, 5o6« -— ^*) MeL lih, ly, e/y. 1 1 x. -^ C^) lUd, i lo.
les
]>JSâ TÀllIATlOlf 8. SqS
les armes (0 : Et encoi^e : Tous ks sens de bien "R* se coti^ d(Hvent s'opposer à ces ligues (2). On dit que Me- °? "** lancton étoit foible et timide ; mais que répondre à Luther, qui ne vouloit que souffler plour dé^ traire FÂntechrist romain sans guerre , sans violence, en dormant à son aise dans son lil^ et en discourant^ doucement au coin' de son feu2 Tout cela étoit bien changé, quand il sonnoit le tocsin contre l'Empereur , et qu'il donnoit le Signal pom^ former les ligues qui firent nager toute T Al-< lemagne dans le sang.
Mais après tout, à quoi aboutit tout ce discours du ministre? Si on a eu raison de faire. ces ligues comme il le soutient (^} : pourquoi tant excuser Luther de les avoir approuvées? N'oseroit-on ap-* prouver une bonne action? Ou, bien, est-ce, malgré qu on en ait, qu on sent en sa conscience que l'action n'est pas bonne ^ et que la Reforme, qui la défend le mieux qu'elle peut, ne laisse pas dans le. fond d'en avoir honte?
U ne me reste qu'à dire un mot sur les guerjres xuit. des paysans révoltés , et sur celles des Anabaptistes ^* lauumr qui se mêlèrent dans ces troubles* Le ministre ^^^ T*ea s'échauiTe beiaucoup sur cetjte matière , et se donne «on d'aitriune peine extrême pour prouver que Luther n'a , "•'■^J**^^
^ . *®8 excès des
point soulevé ces paysans; qu'au contraire il a Anabaptio-
improuvé leur rébellion ; qu'il a défendu l'autOr ***' ^' ®**"
rite du magistrat légitime, même dans son livre ^^bi>n "ce
de la Liberté chrétienne, et ailleurs, jusqu'à sou- Ti'on ne lui
tenir qu'il n'est pas permis de lui résister , lors ^®^**'** P*^
(>) L, m, €yr. 16. — (*; Z. iT, epk 85. — (') Ba»n^ iiidé BossuzT* Avert* aux Prot, u 38
5^4 DÂFEH8B BB L HISTOIRE
«t diâsnmle même qu'il est injaste et persécuteur; qu*i) a too« ^ '^^' jours détesté les Anabaptistes et leurs fausses prophéties qtt*il a traitées de folles vbions ; qu'il a <:ombattu de tout son pouvoir Muncer, Pfifer, et les autres séducteurs de cette secte. 11 emploie un long discours à cette preuve : en un mot, il est heureux à prouver ce que personne ne lui conteste. Il a voolu -avoir le plaisir de me repit>Gher deux ou trôi^foi^hardiment ines calomnies; maia c'a été en me feisant dire cç que )e ne dis pas, et en laissant sans réplique ce que je dis.
Et d'abord pour ce qui regarde les Anabaptistes, pourquoi 1s*étendre à prouver que Luther les a détestés, et's'bp|>osa avec chaleur à leurs disions (0? Je ïe savois'Wen, et je l'ai marqué en plus d'un endroit dé l'Histpire des Variations W. Gomment Luther n auroit-il pas rejeté Muncer «t les siens y qui le traitoient de second Pape et de second Antedluist, autant à craîndi^ que le premier contre lequel il se soulevoit? J'ai reconnu toutes ces choses, et je n^ar pas laissé pour cela d'appeler les Anabaptistes un rejeton de la doC'» trine de iMther (3) : non en disant qu'il ait approuvé leurs sentimens , à quoi je n'ai pas seulement songé; mais parce qu'encore qu'il les improuvât, il étoit vrai néanmoins que les >/iiahaptistes ne s* étoient formés quen poussant à bout ses maximes.
C'est ce qu'il falloit attaquer ; mais on n*ose. Car qui ne sait que les Anabaptistes n'ont cou-
CO Bittn. 499- — C») Far, Iw. ir , n, aS, etc, — W mj. h. ii.
DES TÀRlATIOlf^/ 5g5
damne le Laptéme des petits enfans/et le bap>« téme sans immersion ^ quen poussant à bout cette maxime de Luther, que toute vërité révélée de Dieu y est écrite, et qu'en matière de dogmes^ les traditions les plus anciennes ne sont rien sans TEcriture ? Disons plus : Luther a reproché aux Anabaptistes, de s*étre faits pasteurs sans mission : il s'est bien déclaré évangéliste par lui-^méme (>); et il n a fait non plus de miracles pour autoriser sa mission extraordinaire , que les Anabaptistes à qui il en demandoit W. Si Muncer et ses disci** pies se sont faits prophètes sans inspiration, c'est en imitant Luther qui a pris le même ton sans ordre ; et on n'a qu'à lire les Variations poiu^ voir qu'il est le premier des fanatiques (3).
M. Basnage me fait dire que Luther nétoitpas L. ianoceui des troubles de VAUemasne (4). D^ ,*
o 4 j oagearaisoa
ee n'étoit pas dire qu'il les eût directement exci- de reprocher tés ; mais fai dit encore quelque chose de moins i «*'•«*«»' des voici mes paroles : « On ne croyoit pas Luther a'avoir dit » innocent des troubles de l'Allemagne (5) » : il q« on no falloit me faire justice en reconnoissant que je LuSberinno^ ménageois les termes envers Luther comme envers cent des les autres, et que je prenois sarde à ne rien outrer. îf?!?*'**
' .* ? T .u • ^ rAllcmagne,
Car, au reste, on croyoit si peu Luther innocent etenparucude ces troubles , je veux dire de ceux des paysans ^^^^ ^® <^*^ révoltés comme de ceux des Anabaptistes, que iia'es°et dcâ l'Empereur en fit le reproche aux Protestans en paysana ripleine diète , leur disant , « que si on avoit obéi ^®^'^* » au décreldeYoïmes, où le luthéranisme étoit
(0 Far, /iV. I, n. a;, -19. — (») lUd, aS W Ihid. 3i. —
iSi Bojm. 497- '— ^^ Far. liy, n, n. i5.
Si M. Bas-
596 DÉFENSE DE l'hISTOIKE
» prosa it du commun consentement de tous les » Ëtat& de TEmpire, on nauroit pas vu les mal- » hëùrs dont F Allemagne avoit été affligée, parmi » lesquels il mettoit au premier rang la révolte » des paysans et la secte des Anabaptistes ». C*est ce que raconte Sleidaû que )'ai pris à garant de cîettè plainte (0^ M. Bàsnage est si subtil , qu^il ne veut pais que Charles Y ait chargé Luther des désordres qu il imputoit au luthéranisme. « M. de )» Meaux , dit-il (^)y ajoute du sien que Luther fat 1» chargé particulièrement dé ce crime dans Fac- » cusation de l'Empereur ; ce qui n*est pas » : et sur cela il s'écrie : « Est-il permis d'ajouter et » de retrancher ainsi à l'histoire » ? Sans doute , lorsqu'on trouve dans l'histoire les malheurs attribués ail luthéranisme y il sera toujours permis d'ajouter que c'est à Luther qu'il s'en faut pi^n*. dre. Quoi qu'en diseM. Basnage^ les Protestans répondirent mal à ce reproche de l'Empereur , lorsqu'ils se vantèrent d*a\foir condamné ef pimi les Anabaptistes , comme ils firent les paysans révoltés ; car l'Empereur ne les accusoit pas éta-t yoir trempé dans leur réuatte^ comme le veut notre ministre (^) ; mais d'y avoir donné lieu en rejetant le décret de Vormes, et en soutenant Lu* ther et sa doctrine que l'Empire avoit proscrite. Les effets parlaient plus que les paroles : l'Empire étoit tranquille avant Luther : depuis lui on ne vit que troubles sanglans, que divisions irrémé* diables. Les paysans , qui menaçoient toute l'Allemagne , étoient ses disciples ; et ne cessaient d^
0) SUid, Uk. VII. Var. iM. — (») Sasn. ihid. ^ (?) lèid.
DES YÀIIIÀTIOHS. K97
le réclamer. Le fait est constant par Sleidan (0. Les Anabaptistes étoient sortis de son sein y pai&gu ils s'étoient élevés en soutenant ses maximes et en suivant ses exemples : qu*y avoit-il à répondre, et que répondront encore aujourd'hui les Protestans?
Diront- ils que Luther réprimoit les rebelles tl, par /Ses écrits , en leur disant ijue Dieu défendoit ^ .j| ^^^^{ la sédition? On ne peut pas me reprocher de d'excuserLuravoir dissimulé dans THistoire des Variations^ iher dan* le
., . . ^ ^ , y y trouble dei
puisque j ai expressément rapporte ces paroles de paysans w- Luther (^). Mais f ai eu raison d*a jouter en même yoIics, temps y « qu au commencement de la sédition il » avoit autant flatté que réprimé les paysans sou- » levés (3) M : c'est- à- dire en les réprimant d*ua /
côté, qu'il les incitoit de l'autre , tant il écrivoit sans mesure. Est-ce bien réprimer une populace ar^ mée et furieuse , que d'écrire publiquement qu'on ce exerçoit sur elle une tyrannie qu'elle ne pour » voit, ni ne vouloit, ni ne devoit plus souf- » frir (4) » ? Après cela, prêchez la soumission à des gens que vous voyez en cet état , ils n'écoutent que leur passion , et l'aveu que vous leur faites ^ qu'ils ne peuuent ni ne doivent pas souffrir da-- ^a/itâgpe les maux qu'ils endurent. Mais Luthec passe plus avant, puisqu après avoir écrit sépa^ rément aux seigneurs et à leurs sujets rebelles ; dans un écrit qu'il adressoit aux uns et aux autres, il leur crioit qu'ils avoient « tort tous deux , » et que s'ils ne posoient les armes, ils seroient
(0 Skié, i. T. yar. liv, it, w. la, i5. — (•) Var. Up. ii , ». la. — C3) Ibid. i5. SUid, ibid. — C4) Far. iàidfn, 12.
SqS DÉFB9SE DE L HISTOIRE
9 tous damnés (0 ». Parler en c«Ue sorte » non pas aux sujets rebelles seulement comme il falloit , mais aux sujets et aux seigneurs indiffifremment, à ceux dont les armes étoient légitimes , et à ceux dont elles étoient séditieuses; cest visiblement enfler le cœur des derniers , et alToiblir le di*oit des autres. Bien plus , c'est donner lieu aux rebelles de dire : Nous désarmerons quand nous ver* rons nos maîtres désarmés : c'est - à - dire qn'ils ne désarmeront jamais : à plus forte raison les princes et les seigneurs ne désarmeront pas les premiers. Ainsi cet avis bizarre de Lutber étoit propre à faire qu'on se regardât Tun l'autre , et que loin de désarmer , on en vint aux mains ; ce qui en eifet arriva bientôt après. Qui ne voit donc qu'il falloit tenir un autre langage ^ et en ordonnant aux uns de poser les armes y avertir lesauti^es d'en user avec clémence , même après la victoire ? Mais Luther ne savoit parler que d'une manière outrée : après avoir flatté ces malheureux jusqu'à dire les choses que nous venons d'entendre y il conclut à les passer tous dans le combat au fil de l'épée y même ceux çui auront été entratnés par farce dans des actions séditieuses (^) y «encore qu'ils tendent les mains ou le cou aux victorieux. On en pourra voir davantage dans l'Histoire des Variations. U y faUoit répondre ou se taire y et ne se persuader pas que Luther eût satisfait à tous ses dévoila en parlant en général contre la révolte. Mais encore d'oà lui ve-
(>) SUid. iiid, P'ar. ibiâ. — C«) Ibid.
DES ▼ARIÀTIOirs. S99
noient des mouvemens a îrréguliers'? si cen^est qu*un homme enivré du pouvoir qu'il croit avoir sur la multitude fait parottre partout ses excès ^ ou pour mieux dire ^ qu'un homme qui se croit prophète , sans que le bon esprit du Seigneur soit tombé sur lui^ s'imagine qu'à sa parole les batail**> Ions hérissés baisseront les armes , et que tous ^ grands et petits seront atterrés.
Pour ce qui regarde le livre dé la Liberté cliré- ^ ^^}'. tienne y je reconnois avoir écrit , « qu'on préten- aéfendmalle » doit que ce livre n'avoit pas peu contribué à ^«▼'« ^« ^ » inspirer la rébellion à la populace (0 ». M. Bas- j^^^^ ^j^^^. nage s'en offense (>) ^ et entrepi*end de prouver que tienne. Lutlier j a bien parlé de l'autorité des magistrats. Loin de le dissimuler, j'ai remat*qué en termes exprès, qu'en parlant indistinctement en plusieurs endroits de son livre « contre les législa* » teurs et les lois , il s'en sauvoit en disant qu*il )> n'entendoit point parler des magistrats, ni des » lois civiles ». Mais cependant dans le fait deux choses sont bien avérées , tant par les demandes des rebelles, que par Sleidan qui les rapporte (?) , l'une que ces malheureux, entêtés de la liberté chrétienne que Luther leur avoit tant préchée, se plaign oient « qu'on les traitoit de serfs, » quoique tous les chrétiens soient affranchis par » le sang de Jésus -Christ ». 11 est bien constant qu'ils appeloient servitudes , beaucoup de droits légitimes des seigneqrs; et quoi qu'il en soit^ cétoit pour soutenir cette liberté chrétienne qu'ils prenoient les armes. Il n'en faudroit pas
(0 Var. i<>. II, ». 11. — (•) Biun, p, 5o^. — (*) Sltiâ, lia. v.
COO DÉPBIfSE BB L HISTOIRE
davantage pour faire voir comment ils prenoient ces belles propositions de Luther : k Le chrétien ■» est maître de tout : le chrétien n'est sujet à » aucun homme : le chrétien est sujet à tout » homme (0 », On voit assez les idées que de tels discours mettent nàtm^ellement dans les esprits. Ce n'est rienmoihs que l'égalité des conditions : c'est-à-dire la confusion dé tout le genre humain. Quand après on veut adoucir par des eiiplications ces paradoxes hardis , le coup est frappé, et les esprits qu'on a poussés dans des excès n'en reviennent pas à votre gré. M. Basnage excuse ces propositions en disant que selon Luther « le chrétien selon l'ame , est lil^re ^ et » ne dépend de personne ^ mais qu'à l'égiard 3) du coi|)s et de ses actions , il est sujet à tout » le monde ». Tout cela est faux à la rigueur; car ni tout homme n'est sujet à tout homme selon le corps ; puisqu'il y a d^s seigneurs et des souverains f sur le corps desquels les sujets ne peuvent attenter sans crime en quelque cas que ce soit : ni l'indépendance de l'ame n'est si absolue, qu'il ne soit vrai en même temps , que toute urne dowe être soumise aux puissances supérieures et à leurs commandemens , jusqu'au point d'en être liée même dans la conscience selon saint Paul W. Ce n'est donc point enseigner , mais tromper les hommes , que de leur tenir en cette sorte de vagues discours ; et on peut juger de ce qu'opéroient ces propositions toutes crues , comme Luther le^ avançait , puisqu'elles sont encore si
(0 lut/u de Lih. Christ. — » (>} Mam. ziil i , 5.
BBS TAAIÀTIOlfS. 6oi
irrégulières avec les excuses et les adoucissemens de M. Basnage.
Mais le livre de la Liberté chrétienne produisit encore un autre efièt pernicieux. Il ingpiroit tant /
de haine contre tout Tordre ecclésiastique ^ et même contre les prélats qui étoient en même temps souverains 9 qu on croyoit rendre service à s
Dieu lorsqu^on'en secouoit le joug, quon appelait tyrannique. L'erreur passoit aisément de Fun à Tautre : je veux dire, comme il a été remarqué dans THistoire des Variations (0 , <r que mépriser » les puissances soutenues par la majesté de la » religion, étoit un moyen d'afibiblir les autres ». C'est précisément ce qui arry^a dans la revente de ces paysans : ils commencèrent par les princes ecclésiastiques y comme il paroît par Sleidan W ; et la révolte attaqua ensuite sans mesure et sans respect tous les seigneurs. C'en est trop pour faire voir qu on avoit raison de prétendre que le livre de la Liberté chrétienne n avoit pas peu con^ tribué à inspirer la rébellion (3).
Et puisque M. Basnage nous met sur cette un. matièi^e^ il faut encore qu'il voie un beau discours Etrangedwde Luther. Lorsque les séditieux^ sembloient n'en ^^^ où tout vouloir qu'aux seuls ecclésiastiques, et qu'ils n'a- ce qu on voient même pas encore pris les armes, Luther eli confirma leur parlait en cette sorte : Ne faites point de Auire addisédiUon : il falloit bien commencer par ce bel *'.°°. *"* y*"
, . 1 • • \ nations : 1 es-
endroit ; car sans cela qui auroit pu le supporter? p^t ac sédi* Mais voici comme il continue (4) : « Bien que les ^^ ^^ ^®
• <0 Lw. II, II. 1 1. — (•) SUid. Ond, — ('} Var. ibiJ (4) SUid, ^
Ub. T.
6o3 DÉFENSE DE L HISTOIRE
meurtre aous j^ ecdësiastiques paroissent en ëvident përil , je
prétexte . ••! ' ^ • i • j •
d'interpréter ^ ^^^^^ ^** 4^ "* ° ^"^^ "^° ^ Craindre , OU qu en les prophé- « tout cas leur péril ne sera pas tel, qu il pénètre
^^' » 49ns tous leurs Etats , ou qu il renverse toute
9 leur puissance. Un bien autre péril les regarde : n et c est celui que saint Paul a prédit après Da- » niely qui est que leur tyrannie tombera , sans » que les hommes s'en mêlent , par Tavénement » de Jésus-Christ et par le souffle de Dieu : c'é« » toit -là y poursuivoit-il^ son fondement : c'est » pour cela qv*il ne s*Éïorr pas beaucoup opposé » à ceux qui prenoient les armes : car il savoit » bien que leur entreprise seroit vaine , et que ji si on MAssÂCROiT linéiques ecclésiastiques y cette » boucherie ne s'étendroit pas jusqu'à tous ».
On voit en passant Fesprit de la Réfoime dès son commencement : chaque temps a son prophète^ et Luther faisoit alors ce personnage^: tout étoit alors dans saint Paul et dans Daniel , comme tout est présentement dans FÂpocalypse : sur la foi de la prophétie , il n'y avoit qu'à laisser faire les séditieux contre les ecclésiastiques : ils n'en tueroient guère : et Luther se consoloit de les voir périr d'abord en si petit nombre , parce qu'il étoit assuré d'une vengeance plus universelle qui alloit éclater d'en haut sur eux. Si c'est dans cette vue qu'il les épargne ^ que deviendront-ils^ hélas! pour peu que tarde la prophétie? Quoi^ le saint nom des prophètes sera-t-il toujours le )Ouet de la Réforme , et le prétexte de ses violences et de ses révoltes? Mais laissons ces plaintes, et renfermons-nous dans celles de notre sujet. On
DES YAKIATIOHS. 6o3
nous demande quelquefois la preuve des sédi* tions causées par la Réforme, et poussées des son commencement contre les Catholiques et contre les prêtres jusqu'à la pillerie : les voilà poussées jusqu'au meurtre; et c'est Luther^ témoin non suspect, qui le dépose lui-même. On l'accuse d'y avoir du moins connivé : on n a pas besoin de preuve, et c'est lui-méi^ie qui nous avoue qu'iï ne s'y est opposé que foiblément, sans se mettre beaucoup en peine d'arrêter le cours de la sédi-iion armée* Il lui laissoit massacrer un petit nombre d'ecclésiastiques, et c'étoit assez que la èou-* chérie ne s'étendit pas sur tous. Peut-on nier, sous . couleur de réprimer la sédition , que ce ne soit là lui lâcher la bride? Je n'avois point rapporté cet étrange discours de Luther dans l'histoire des Yariations : on pense me faire accroire que j'y exagère les excès de la Réforme : on voit, loin d'exagérer, que je suis contraint de supprimer beaucoup de choses; et on verra dans tous les endroits qu'on attaquera de cette histoire, qu'on a si peu de moyens d'en afToiblir les accusations, que la Réforme au contraire parottra toujours plus coupable que je ne l'ai dit d'abord , à cause que j^étois contraint à donner des bornes à mon discours.
Cependant on ne rougit pas de m'accu$er de ^^ymauvaise foi (0, et môme de calomnie. Ces re- ^^ ^^^ y^^ proches m'ont fait horreur; je l'avoue : j'éôris riaiîomadcla SOUS les yeux de Dieu ; et on a pu voir que je «e^of"'^tâche de mesurer tontes mes paroles, en sorte que
(0 Basa, iUéL
6o4 DÉFENSE DE L HISTOIRE
mes expressions soient plutôt foibles qa*outrées« S'il faut user dç termes forts, la force de la isérité me les arrache. M. Basnagç m'objecte une contradiction sensible W y en ce que je veux que Ludier, des Van x5a5, ait souieu'é ou entretenu la rébellion des paysans, pendant que j'a%Hme ailleurs i?) que jusqu'à la ligue de Smakalde, qui se fit long^temps après j il ri y avait rien de plus inculqué dans ses écrits que cette maxime , qu'on ne doit jamais prendre les armes pour la cause de l'Evangile. Je reconnois mes- paroles. Certainement je n'avois garde d'accuser Luther d'avoir au commencement rejeté l'obéissance due au magistrat et même au magistrat persécuteur : puisqu'au contraire j'avoue que bien éloigné d'en venir d'abord à cet excès , il enseigna les bonnes maximes : et c'est par où je le convaincs d'avoir varié lorsqu'il en a pris de contraii*es. H falloit que la Réforme fût confondue par elle4néme dèa son prinâpe, et que la loi éternelle la forçât d'abord à établir L'obéissance qu'elle devoit rejeter dans la suite. Le bien ne se soutient pas chez elle; il n'y prend point racine , pour ainsi parler, parce qu'il n'y a jamais toute sa force : de là vipnt aussi qu'elle se dément daii,s le temps même qu'elle dit la vérité. Luther fomentoit la rébellion qu'il sembloit vouloir éteindre, et en un mot, comme on vient de vpir, il inspiroit plus de mal qu'il n'en conseillpit en effet dans ce temps -là. Mais dans la suile il ne garda point de mesure : il enseigiia ouvertement qu'on peut armer contre les $ouv<^«
(0 Sasn, ibid. Soo. — M Far. /. ir, n. i.
DES TARIATIOHfl*' 6o5
rainSy sans épargner iii rois^ ni Césars : toute TAIlemagne protestante entre dans ces sentimens : la contagion gagne TEcosse et l'Angleterre : la France ne s'en sauve pas : la. Réforme remplit tout de- sang et de carnage : dans les vains efforts qu'elle fait pour effacer de dessus son front ce caractère si visiblement antidirétien^ elle succombe^ et ne ti*ouve plus de ressource qu'à cherdier même parmi nous de mauvais exemples : comme si ré» former le monde étoit seulement prendre un beau titre, sans valoir mieux que les autres.
Mais si on ne vouloit pas éviter scû-méme les abus qu'on reprenoit dans TEglise^ il ne falloit pas du moins approuver ses propres égaremens, ni s'en Xaire honneur. Nous détestons parmi nous tout. ce que nous y voyons de mauvais exemples , en quelque lieu qu'il paroisse , et de quelque nom qu'il s'autorise : les rebellions des Protestans sont passées en dogmes et autorisées par les synodes : ce n'est point un mal qui soit survenu à la Réforme vieillie et défaillante : c'est dès son com* mencement ^t dans sa force y c'est cous les Réformateurs et par leur autorité qu'elle est tombée dans cet excès ; et des abus si énormes ont les mêmes autem*s que la Réforme* -
On peut voir beaucoup d'autre^ choses égale- l'V. ment convaincantes suir cette matière dans un livre ^^^ /
en passant
intitulé Avis aux Réfugiés , qui vient de tomber les égarcentre mes mains , quoiqu'il ait été imprimé en ""*'" ,*** ^ Hollanltte au commencement de l'année passée, marqués par Cet ouvrage semble être bâti sur les fondemens de d'antres anï Apologie des Cdilioliques ^ qui n'a laissé aucune '*"^'|i^i^°
6o6 DÉPEWSB DE L HISTOIRE
dans VAvis réplique aux Protestans ; mais , pour leur ôter tout "^ ri- f^^^^^^9 ^^ y ajoute en ce livre non-seulement mé en Hol- ce qui s'est passé depuis , mais encore tant d*aulande en ^^.^^ preuves de ces excès de la Réforme , et une si vive réfutation de ses sentimens , qu elle ne peut plus couvrir sa confusion. Si l'arfleur de ce bel ouvrage est un Protestant , comme la préface et beaucoup d^autres raisons donnent sujet de le croire , on ne peut assez louer Dieu de le voir ri désabusé des pi-éventions où il a été nouiTÎ , et de voir que sans concert nous soyons tombés lui et moi dans les mêmes sentimens sur tant de points décisifs. Je ne dois pas refuser cette preuve de la véi'ité ; elle se fait sentir à qui il lui plaît ; et lorsqu'elle veut faire concourir les pensées des hommes au même but ,* nulle diversité d^opinions ou de pensées ne lui fait obstacle. Les Protestans peuvent voir dans cet ouvrage (0 , avec quelle témérité M. Jurieu les vantoit il 7 a dix ans y comme les plus assurés et les plus fidèles sujets (^). On lejnr montre dans cet ouvrage l'affreuse doctrine de leurs auteurs contre la maj^té des rois et conti-e la tranquillité des Etats. Toute la ressource de la Réforme étoit autrefois de désavouer , quoiqu'avec peu de sincérité , tous ces livres que l'esprit de rébellion avoit'ptoduîts, ceux d'un Buchanan , ceux d'un Paré, ceux d'un Junius Rrutus, et tant d'autres de cette nature; mais maintenant on leur ôte entièi'ement cette vaine excUse, en leur mon- • trant qu'ils ont confirmé, et qu'ils "confirment encore par leur pratique constante , cette dqc-
(0 ^yis, p. 77. — W PolU. du CUrg^,
DE8 VAniATlONS. Gcj
tvine quils désavouoîent; et que T Eglise anglicane, qui de toutes les protestantes avoit le mieux conservé la doctrine. de; Finviolàble majesté des rois y se voit contrainte aujourd'hui de l'abandonner (0. On n oublie pas que M. Jurieu , le même qui nous vant(>it'il y a dix ans la fidâité des Pro^ testans à toute épreuve , jusqu'à dire que « tous » les Huguenots étoient prêts de signer de leur M sang que nos rois né dépendent pour le tem- » porel de qui que ce soit que de Dieu ; ^t que 3» sous quelque prétexte que ce soit lés' sujets ne » peuvent iêtre absous du serment de fidélité (^) » , À la fin a embrassé le parti dé ceux qui donnent tout pouvoir aux peuples sur leurs rois : qu'il leur laisse par conséquent le pouvoir de s'absoudre jeux -mêmes, et sans attendre personne, de tout serment de ^délité et de toute' obligation d'obéir à leui;^ souverains ; et qu'il s'est par ce moyen réfuté lui-même, plus que n'auroient jamais pu faire tous ses a.dversaires ensemble. Par«là oh découvre clairement que la Réforme n'a^rien de sinoère'ni de sérieux dans ses réponses ^qu^etle les accominode. au temps, et les fait au gré de ceux qu'elle veut flatter* Ce qui donnoit prétexte aux Protes-^ tans de pi^éférer leur fidélité à celle des* Qatbôliques , étoit la prétention des papes sur la tempo-ralité des.roiâ* Mais outre qu'on leur a fait voir dapiS celivi^e que toute la France, une aus^ grande partie de TËglise catholique , fait profession ou*
(0 ^ifis, p*2i^ e£«m>. — (') Ak'is, p,Si et luiV. PolUiç. dm CUrg. p.2t'j.
6o8 DÉFENSE DE L'fiI890l&B
verte de la rejeter (0 ; on montre encore plus clair que le jour que s'il falloit comparer les deux sentimens ^ celui qui soumet te tcfmporel des souverains aux papes y et cdui qui le soumet au peuple ; ce dernier parti ^ où la fureur, où le capince, où rigikorance et Femportement domine le plus , seroit aussi sans hésiter le plus à craindre. L'expérience a fait voir la vérité de ce sentiment y et notre âge seul a montré , parmi ceux qui ont abandonné les souveralins aux cruelles bizarreries de la multitude y plus d'exemples et plus tragiques contre la personne et la puissance des ix)is , qu^oti n en trouve durant six à sept cents ans parmi les peuples I qui en ce point ont recortnn le pouvoir de Rome. Enfin la Réforme poussée à bout pour ses révoltes y produisoit pour dernière excuse l'exemple des Catholiques sous Henri le Grand : . mais on Ta encore forcée dans ce dernier retranchement C^), non-* seulement en lui faisant voir combien il étoit honteux , en se disant Réformés, de faille pis que tous ceux qu'on étoit venu corriger ; mais encore en montrant dans le bon parti, qui étoit celui du ix>i y des parlemens tout entiers C(mipo5és de Catholiques, une noblesse infinie de même <a*oyance, et presque tous les évéques, desquels nuUe autorité etmnl prétexte de religion n'avoit rien pu obtenir contre leur devoir : au lieu qua, parmi les Protestans , lorsqu'on y a attaqué les souverains, la défection a été universelle et poussée jusqu'aux excès qu'on a vus. Joignes à
(«) P. 910, ai I, ai4« -^ W Avi$, p. aSa et «uck . **y
toutes
2)ES VÀRIÀtlONS. 609
toutes ces choses y si évidemment démontrées par un Protestant dans Y Avis aux Réfugiés , ce que j*ai dit dans ces deux deiiiiers Avertissemens en me renfermant y comme je devois , dans la Défense des Variations contre M. Jurieu et M. Basnage qui les attaquoient ; Fliistoire de la Réforme paroîtra affreuse et insupportable, puisqu'on y verra toujours Tesprit de révolte en remontant depuis nos jours jusqu à ceux des Réformateurs.
Ainsi y par un juste jugement y Dieu livre au sens • LVî. réprouvé et à des erreurs manifestes, ceux qui pren- ^^ j^^ ^iom nent des noms superbes contre son Eglise , et entre* ge du land prennent de la réformer dans sa doctrine. Témoin *^^® -, *' * encore le mariage du landgi*ave, l'éternelle confu- Basnage dé sion de la Réfonne , et Técueil inévitable où se mettre Lubriserontà jamais tous les reproches qu'elle nous autres Réfo-fait des abus de nos conducteurs. Car y en a-t-il matenrs au un plus grand que de flatter l'intempérance , jus- g'^u qu'à autoriser la polygamie, et d'introduire parmi mes. les chrétiens des mariages judaïques et mahométans 7 Vous avez vu les égaremens du ministre Jurieu sur ce sujet, si étranges et si excessifs, que plusieufô bons Protestans en ont eu honte. J'ai vu les émts de M. de Beauval , que M. Jurieu tâche d'accabler par son autorité ministrale ; j'ai vu la lettre imprimée, d'un ministre sur ce sujet. Taî cru que c'étoit M. Basnage , confrère de M. Jurieu dans le ministère de Roterdam : on m'assure que c'est un autre , je le veux ; et quoi qu'il en soit., ce ministre , qui m'est inconnu pousse vigoureusement M. Jurieu , qui de son côté ne l'épargne pas. Le mariage du landgrave et l'erreur BossuET. Averi. aux ProL i. 3q
6lO DÉFENSE DE LHISTOIRE
prodigieuse des Réformateurs a excité ce tumulte paimi les ministres. M. Basnage lui-même, qui ne veut pas être l'auteur de la lettre publiée contre son confrère , prend un autre tour que le sien dans sa Réponse aux Variations ; voyons s'il réussira mieux; et poussons encore ce ministre par cet endroit-là : ce sera autant d'avancé sur la réponse générale qu'il lui faudra faire , et elle sera déchargée de cette matière. Voici donc comme il commence (0 : « Il feut rendre justice aux grands » hommes ajutant que la vérité le permet; mais il » ne faut pas dissimuler leurs fautes. J'avoue donc » que Luther ne devoit pas accorder au land- » grave de Hesse la permission d'épouser une se- » conde femme , lorsque la première étoit encore » vivante : et M. de Meanx a raison de le con- » damner sur cet article ». C'est quelque chose d'avouer le fait , et de condamner le crime sans chicaner ; mais il en faUoit davantage pour mériter la louange d'une véritable et chrétienne sincérité : il falloit encore rayer Lulher, Bucer et Melancton , ces chefs des Réformateurs , du rang des grands hommes. Car encore que les gi^ands hommes en matière de religion et de piété , qui est le genre oh. Ton veut placer ces trois personnages, puissent avoir des foiblesses, il y en a qu'ils n'ont jamais , comme celle de trahir la vérité et leur conscience , de flatter la corruption , d'autoriser l'erreur et le vice connu pour tel ; de donner au crime le nom de la sainteté el de la vertu ; d'abuser pour to\;it cela de TEcriture
(0 Bas/u 1. 1 //. paru ch. m, f • 443-
DBS VARIATIONS. 6ll
et du ministère sacré ; de persévérer dans cette iniquité jusqu'à k fin ^ sans jamais s'en i^pentir ni 6 en dédire > et d'en laisseï* un mohument aixtlientiqtie et immortel à la postéiité. Oe sont là inanifestement des foiblesses incompatibles^ je ne dis pas avec la pei*fection des grands kommeii^ mais avec ks premiers comm^ncemetis dé k piété. Or tels ont été Luther ^ Bucer et Metencton : il)B ent tralii la vérité et leur conscience : c'est de ^uoi M. Basnage demeune d accord , et en pensant kè excuseï^ il met le comble à leUr Iionte. « Je retnar^ » qiierai, dit-4l (0^ trois choses » : la première^ » qu'on arracha celte faute à Luther \ il en eut » honte ) et voulut qu'elk fût secrète a. Buicer et Melancton ont k même excuse \ mais* c'est ce qui les condamne^ Car ils h'ont donc pas péché par ignorance : ik ont donc trahi la vérité connue t leur conscience leur reprochoit kur corruption ; ih en ont étonSii les remords , et ils tombent dans ce juste reproche de saint Paul : Leur ^sprà et ieur conscience sent somllés (^). Voilà les héix)6 de la Réfoi'me et les chefs des Réformateurs. Si c'est une excuse de cacher les crimes qui ne peu* vent pas même sopiTrir la lumière de ce monde y il faut effacer de l'Ecriture ces ledoutables sen^tences : Nous refeions les crimes hoiOeux fu'mi isst contraint de cacher (5J, Et encore, Ce yuk sejhii parmi eux, et qui pis est y ce qu'on y approuva , ce qu'on y autorise, est honteux m^eàdire (4) : et enfin cette parole de Jésus^Christ même : C^iui
(0 Basn. I. U IL part. ch. lu , p. 443. — (») TiL i, i5. •— {?) II. Cor, IV. a. — i4) Eph. t. 12.
6ia DÉFENSE DE L HISTOIRE
qui fait mal hait la lumière (0. Ainsi qui veut découvrir le faux de la Réfoime y et la foible idée qu'on y a du vice et de la vertu , n a qu'à entendre les vaines excuses dont elle tâche de diminuer ou de pallier lesfoiblesses les plus honteuses de ses prétendus grands hommes.
LYn. Mais ib ne connoissoient peut-être pas toute
Dëmonstra- l'horreur du crime qu'ils commettoient ? C'est
uon mam- ,
feste du cri- ^^ qu'on ne peut pas dire en cette rencontre. Car
me dc8 Ré- ils savoient que leur crime étoit d'autoriser une
ormateura ^j^eur coutre la foi , de pervertir le sens des
en ccitc oc- ^ ' '^
caflion. Ecritures ^ d'anéantir la réforme que le Fils de Dieu avoit faite dans le mariage. Ils savoient la conséquence d'une telle erreur y puisqu'ils recoiinoissoient expressément que si leur déclaration venoit aux oreilles du public y ils n'auroient rien de moins à craindre que d'être mis au rang des Mahométans et des anabaptistes gui se jouent du mariage {?). C'est en effet en ce rang qu'ils ne craignent pas de se mettre y pourvu que le cas soit secret. L'erreur qu'ils autorisent est quelque chose de pis qu'un adultère public, puisqu'ils aiment mieux que la femme qu'ils donnant au landgrave passe pour une impudique et lui pour un adultère y que de découvrir Tin&me secret de son second mariage. Par leur consultation ils ne justifient pas ce prince. Car un aveugle qui se laisse conduire par d'autres aveugles n'en est pas quitte pour cela , et il tombe avec eux dans l'abîme. Us damnent donc celui qui leur confioit sa conscience y et ils se damnent avec lui. Us le
(0 jQon. ui. ao. •- W Coiuuit. n. lo, ii. f^ar, Up. vi, n. 8.
DES YÂEIâfflOirS. 6l3
damnent ^ dis - je , d'autant plus inévitablement , qu'il se flatte du consentement et de lautoritë de ses pasteui^ , qui n'étoientTten de moins dans le . parti que les auteurs de la Réforme. Je ne vois rien de plus clair ni ensemble de plus affreux que tous ces excès.
On leur arracha cette faute, dit M. Basnag^e. lvitt. Quoi y leur fit-on .violence, pour souscrire à cet- Si M. Basacte infâme qui ternit la pureté du christianisme , *j?^* * ^^^ où un adultère public est appelé du saint nom te faute fat de mariage? Leur fit-on voir des épées tirées? Les «"Tachéeaai enferma-t-on du moins 7 Les menaça«t-on de leur i^^^s. faire sentir quelque mal ou dans leurs personnes * ou du moins dans leurs biens ? C'est ce qu'on eût pu appeler en quelque façon leur arracher une Jauie ; quoique dans lé fond on n'arrache rien de semblable à un parfait chrétien y et il sait bien mourir plutôt que de céder à la violence. Mais il n'y eut rien de tout cela dans la souscription des Réformateurs : on leur promit des monastères à piller (0 : que la Réforme en rougisse : le landgrave, l'homme du monde qui a voit le plus couversé avec ces Réformateurs, et qui les connoissoit le mieux , les gagne par ces promesses : et voilà toute la violence qu'il leur fait. H est vrai qu'il leur fait aussi entrevoir qu'il pourroit les d^andonner, et s'adresser ou à l'Empereur ou au Pape même. A ces mots , la Réforme tremble : f( Notre pauvre petite Eglise , misérable et aban^ » donnée , a besoin , dit-elle W , de princes-réj) gens vertueux » : de ces vertueux qui veulent
6l4 BÉF^lfSE DS L HISTOIRE
Siyoir ensemble deux éiK>use& : il f^ut tout accor^ c)er à kqr iotopipëranGey da p^F do les percire : une Eglise qui s'appi^e s^x Thoimne , et sur le bras d^la cbair» ne pout résister à de semblables ^^ioleoces. Ce^t ainsi que Luther , Buoer et Melancton , ces colonnes de la Réforme , sont violentés selon M. Basnage ; et cela qu est-ce autre chose qu avouer en autres termes qu ils sont violentés par la corruption de leur c<eur 7 lix. Elle fut si grande et leur assoupissement si
Etrange prodigieux, quils ne se réveillèrent jamais : ils dt^^c^ sentoient qu'ils laissoient un acte de célébration che&desRé- de mariage , la première fenune vivante, oi^ il formateurs. ^^^^^ énoncé qu'on le faispit : « en présence de 3» Melancton, de Bucer et de Melander (0 le » propre pasteur et pjrédicateur du prince » , et de Ta vis de plusieurs autres prédicateurs , dont la consultation étoit jointe au contrat de mariage ^ signée en effet de sept docteurs , à la tête desquels tftoient LuAer^ Melanclon et Bucer, et à la fin le même Denis Melander le propre pasteur di| landgrave W. Ces deux actes furent déposés dans, les registres publics attestés authentiquement par des notaires, « pour éviter le scandale et con- » server la réputation de la fille que le landgrave » épousoit et de toute son honorable parenté i^) v. Ces actes étoient donc publics, et on supposoit qu'ils dévoient paroitre un jour comme regardant tout ensemble et l'honneur d'une famille oonsi^ dérabk , et même l'intérêt d'une maisdn souve*
(■) far, iiV. Ti , n. 9. Insirum, copuL a la fin du même lir.
$om.-i^:-tP» 3s6 •uiiii'. — («)iAi<;.f'. 394. —C^) IM^p. 393,399.
DES VAEIÀTIONS. 6l5
raine. Cependant , loin de les avoir jamais révoques, Luther et ses compagnons y persistent. Ce secret honteux ne fut pas si bien gardé ^^ quon n'en ait fait le reproche et au landgrçtye et ^ liuther de leur vivant : ils s'en sauvent par des équivoques , et Luther y ajoute fièrement à spq ordinaire çue le landgrave est assez puissant ^ ef i a des gens assez sav€uis pour le défendre (0 : ce qui est joindre la menace au crime , et. insulter à la raison à cause que le mépris en est soutenir par la puissance. Tout cela est démontré si clairement dans l'Histoire des Variations , qq oxi n'a rien eu à y répliquer : telle a été la conduite de ^ ces grar^ds hommes > et il faut du moins avouer qu'il n*y en a de cette figure que dans la Réforme.
Grâce k Dieu^ ceux que nous recopnoisspns LX. parmi nous pour de si*ands hommes ne sont pas ^* ^* ?**"
■ . . nage «raison
tombés dans des excès où l'on voie de la perfidie , ^^ comparer de Timpiétéy une corruption manifeste , et une la polygamie
lAi l'i»» Al • Tk* • accordée par
lâche prostitution de la conscience.. Mais sans par- j^^^^^ ^ i^ 1er des grands hommes, je pose en fait, parmi tant dî^ense de de fautes dont les Protestansont charfi'é quelques ?"^** .^ *"'
^ * * lemanagede
papes à tort oii à droit , qu'ils n'en nommeront Henri VUI jamais un seul, daqs un si grand nombre, et avec la veuve dans la suite de tant de siècles , qui soit tombé dans uTi abus de cette nature. Qu'ainsi qe soit M. Basnage , qui pousse en cette occasion la récrimination le plus loin qu'il peut, n'a eu à nous objecter que deux décrets des pape$; l'un de Grégoire II , et l'autre de Jules IL Or pour coi^mencer avec lui par le dernier, il nous objecte la
(») Far, Uv. yi, w. lo.
6l6 DÉFENSE DE l'hISTOIBE
dispense que ce pape accorda à Henri VIII (') , pour épouser la veuve de son frère Arthus; et comme 6*il avoit prouvé qu'il fût constant que cette dispense fût illégiffime, il s'écrie en cette sorte : « Faut-il moins de sainteté pour être vi- » Caire de Jésus-Christ y et le chef de l'Eglise, que » pour réformer quelque abus? ou Finceste est- >> il un crime moins énorme qu'un double ma* » riage » ? Il renouvelle ici le fameux procès da mariage de Henri VIII avec Catherine d'Arragon; mais visiblement iln*y a nulle bonne foi à comparer ces deux exemples. Afin qu'ils fussent égaux , il faudroit qu il fût aussi constant que le mariage contracté avec la veuve de son frère est réprouvé dans l'Evangile, qu'il est constant que le mariage contracté avec une secoiide femme, la première encore vivante , y est rejeté. Mais M. Basnage sait bien le contraire , il sait bien , dis- je , qu'il est constant entre lui et nous que la polygamie est défendue dans l'Evangile, et qu'une femme surajoutée à celle qu'on a déjà ne peut être légitime* Oseroit-il dire qu'il soit de même constant entre nous, que l'Evangile ait défendu d'épouser la veuve de son frère, où que le précepte du Lévi tique , qui défend de tels mariages, ait lieu parmi les chrétiens? Mais U sait, loin que cela soit constant parmi nous, qu'il ne Test pas même parmi les Protestans. Nous en avons rapporté , dans l'Histoire des Variations (^) , les témoignages favora* blés au mariage de Henri VIII , et à la dispense de Jules XI. Melancton et Bucer ont approuvé
(0 Basn, ihii, 443. — (•; Vwr. Iw. tu, h. ^4 et wiV.'
DES VÀRIATIOlfS. 617
cette dispense y et conséquemment ont improuvé le divorce de Henri YIII. Castelnan, dont nous avons vu Fautorité alléguée par M. Basnage^ dit expressément que « ce roi envoya en Allemagne » et à Genève y offrant de se faire chef des Pro- 3» testans , mener dix mille Anglais à la guerre ^ » et contribuer cent mille livres sterlings, qui » valent un million de livres tournois ; mais ils » ne voulurent jamais approuver la répudia- » tion ('} ». Selon le témoignage de ce grave auteur, la répudiation fut improuvée non-seulement en Allemagne y mais encore à Genève même : c*est-à-dire dans les deux partis de la nouvelle . Béforme. Si Calvin a introduit depuis ce temps un autre sentiment parmi les siens, il ne laisse pas de demeurer pour constant que la dispense de Jules II étoit si favorable, qu'elle fut même approuvée de ceux qui cherchoient le plus à cri* tiquer la conduite des papes.
M. Basnage reproche à Jules II d'avoir accordé cette dispense hautement et à la face du soleil ^ au lieu que Luther a eu honte de celle qu'il a donnée , et tâcha de la cacher : ce qui est selon ce ministre bien moins criminel. Sans doute quand le crime est manifeste, l'audace de le publier en fait le comble. Mais ce n'est pas de quoi il s'agit. Jules II n'avoit garde de rougir de sa dispense, ou de la cacher à l'exemple des chefs de la Réforme, puisqu'au contraire il la donnoit hautement comme légitime; qu'elle fut publiquement acceptée t)ar tout le royaume d'Angleterre, où
(0 Mém. dt Catttbwuyh i, ek,\\^p, 39. Le Lab.
6l8 DÉFENSE DE LHISTOIRE
elle demeura sans coniradictiou duraot vingt ans,
et qu'en e^Tet les fondemeps s'en trouvèrent si
solides y que les plus passionnés ennemis des papes
les crui^ent inébranlables. Voilà ce que Toq com^
pare à la scandaleuse consultation de Luther.