LXI. Le ministre nous ohjectç que « le concile de
naêearaîAon ^ Trente prouonce anatbéme contre ceux qui
de dire que » lui disputeront le pouvoir de dispenser d^ns
FEglisc pré- „ ^es degrés d'affinité défendus par la loi de
tenddispen- . ,". »v» ^ «i i . i»t-. i-
aer des lois » Dieu (0 il. D OÙ U COUClut « quC 1 EgUse rode Dieu. » maine se donne Tautorité de faire des choses » directement contraires à la loi de Dieu ». Il dissimule qu il s'agit ici de V^ncicnne Iqi et de sa police, et que dans ce décret du concile, la question n étoit (Sas , si TEglise pouvoit dispenser de la \o\ de Dieu , ce que les Pères de Trente n ont jamais pensé ; mais si Dieu lui-même avoit abrogé la loi jincienne k cet égard. ^D^ous prétendons qu une partie des empêchemens du ma* riage portés par le Lé.vitique sont de la lo.i positive et de la police de l'ancien peuple, dont Diei:| nous ^ déchargés : en sorte que ces empêchemens ne subsistent plus que par des coutumes et de^ lois ecclésiastiques. Ce n'est qu en cette manière et dans cette vue que TEglise en dispense : et c'est par conséquent une calomnie de dire qu'elle s'élève au-dessus de la loi de Dieu , ou qu'elle erx prétende dispenser.
LXii. M. Basnage nous oppose un second décret de
Gtél^^ n P*P® ' ®* ^* ^^^ ^^^ d'entendre ^vec quel ?ir de rapportée décision et de dédain il le fait, ce M. de Meaux
CO Basn. Ihid, 443. Conc, Tria. Sess. uiT, Can. 3.
BBS VA1lIi.TIO»Stf ^ 619
» se trompe y dit- il (0, quand il assure si forte* m*i à propos » ment ( an sujet éie la çonanUatioii de Luthe;* ) ^ » que ce fut la première fojs qu'on déclara que » Jésus -Christ n'a poifit défendu de sembl^les )> mariages : (oii Ton a deux femmes ensemb^ ) il » faut le tirer d'eiTaur eu lui apprenant cç que fit » Qrégoire I| , lequel étant eansulté ^ si TEgli^ » romaine croyoit qu on pût prendra deux fem- » mes, lorsque la première détenue par u^e Ionyè gue maladie ne pouvait souffrir le commerce » de son mari , décida » selon la vigueur du Siège apostolique , que lorsqu'on ne pouvoit se contenir , il falloit prendre une autre femme , ppurvu qu'on fournit les alimens h la première. Oq voit déjà en passant , que ce n'est pas là prendre deux femmes, comme M. Baanage veut le faire entendre y mais en quitter une pour une autre : oe qui est bien éloigné de la bigamie dont il s'agit entre nou§. Au reste ce curieux décret, que M. Basnage daigne bien m'apprendre, n'est ignoré de personne : toutes nos écoles en retentissent , et nos' novices en théologie le savent par coapr. Après deux autres passages aussi vulgaires quQ celui-rlà , M. Basnage , avec un ton iier et av^c im air magistral , noMS avertit qvl*il ne left rapporte que c( pour apprendre à M. de Meau^ qu il ne ^ doit pas se faire honneur de l'antiquité qu'il 9> n'a pas examinée W a . Je lui laisse faire le savant tant qu'il lui plaira , et il aura bon marché de moi , tant qu'il ne me reprochera que d^ l'ignorance : je. ne trouve rien de plus bas ni de
(OP.44Î — WiA«v/.444.
plus vain parmi les hommes que de se piquer de science ; mais aussi ne faut-il pas en avoir beaucoup pour répondre à M. Basnage. Cette déciàon de Grégoire II se trouve parmi ses lettres (0 , et encore dans le décret de Gratien avec cette note au bas : lUiud Gregorii sacris canonibus , ùnb evangelicœ et apostoUcai doctrinœ penitus repe^ ritur adi^ersum W : c*<M-:à-dire , « Cette réponse » de Grégoire est contraire aux saints canons , et » même à la doctrine évangélique et apostoli- » que ». Les papes ne sont donc pas si jaloux qu'on pense de maintenir comme inviolables toutes les réponses de leiu*s prédécesseurs , puisqu'on trouve celle-ci avec cette note dans le décret imprimé par Tordre de Grégoire XIII , et que les réviseurs qu'il avoit nommés n'y trouvent rien à redire. Ainsi , sans nous arrêter à ce que d'autres ont dit sur ce passage , contentonsnous de demander à M. Basnage ce qu'il en prétend conclure ? Quoi ; que ce pape a approuvé comme Luther qu'on eût' deux femmes ensemble pour en user indifféremment 7 C'est tout le contraire : c'est autre chose de dire , avec ce pape , que le mariage soit dissous en ce cas , autre chose de dire, avec Luther, que sans le dissoudre on en puisse faire un second ; l'un a plus de difficulté y l'autre n'en eut jamais la moindre parmi les chrétiens ; et Luther est le premier et le seul à qui la corruption a fait nattrc un doute sur un sujet si éclairci. Que si paimi les Protes*
, (0 Gregor. IL £p, ix. T. i. Conc. GaîL — (•) Dec. IL paru en tu, 3a , ^uœsL vii> cap, 18 : Quod propoiuisti.
DES VARIATIOUS. €ai
tans, d^autres ou devant ou après lui ont sou*tenu en spéculation la polygamie , il est le seul j^ni ait osé pousser la chose jusqu'à la pratique. Mais enfin y dira-t-on y quoi qu il en soit , un pape se sera trompé? Est - ce là de quoi il s'agit? M. Basnage connoit-il quelqu'un parmi nous qui entreprenne de soutenir que les papes ne se soient jamais trompés, pas même comme docteurs par* ticuliers? et quand il voudront conclure que celui-ci se seroit trompé même comme pape, à cause qu'il parle comme il cUt lui-même : F^igor^ SetUs apostolicœ : auec la force et la vigueur du Siège apostolique : sans examiner s'il est ainsi ^ et si c'est là tout ce qu'on exige pour prononcer comme on dit ex cathedra : enfin tout cela n'est pas notre question. Ce n'est pas une ignorance, ou une surprise de Luther que nous objectons à la Réforme ; il n'y auroit rien là que d'humain : c'est une séduction faite de dessein, dans un dogme essentiel du christianisme , par une cor^ ruption manifeste, contre la yérité et sa conr science, il n'en est pas ainsi de Grégoire II ; ce n'est point pouv flatter un prince qu'il a écrit de cette sorte : c'est dans une difficulté assez grande une résolution générale : on ne lui a fait espérer, pour le corrompre , ni le pillage d'un monastère , ni de secourir son parti ; il ne se croit pas obligé de cacher sa réponse : s'il s'est trompé, aussi ne le suit-on pas, et on le reprend sans scrupule : mais enfin il a dit naturellement ce qu'il pensoit : |d. Basnage n'a pu le convaincre , ni lui ni le^ autres papes, d'avoir décidé contre leur con-
623 DÉFEirSE DE LHISTOIRE
science y comme Lutber et ses compagnons sont convaincus de Favoir fait^ et par les re{»x)cbes de la leur) et de Tare^ de M. Basnage; et ainsi 1^ Réformateurs de la papauté n*y ont pu trouver aucun abué qui égalât ceux qu'ils ont commis. Lxm. Le ministre n'a point trouvé de pape : il a cm
De la pré- trouvéT uii empereur. « Yaléntinien, dit-il (0,
tendue biga- ^
mie de Va. '> fit publier daus toutes les villes de TEmpire une
Icniinien I, » loi en feveur de la bigaàlie; et en effet il eut
et de la loi <■ ^ i,
faîte en fa- ** "^^* femmes sans encourir lexcommiinication veur de cet » de fton clet^ »• Qu*appelle^t-il B6n clergé? abus. £^ g^jjj j^ évéques du quatrième siède. N'est-ce
pas aussi le clergé de M. Basnag^, et veut-il à l'exemple de M. Jurieu livrer à rÀ.ntechrist ce ciei^é auguste^ qui compi'end les colonnes du chrktianisme ? Veut-il dire que tant de saints, et HA siècle si plein de lumière ait approuvé une loi si étrsfnge et si inouie^ je ne dis pas seulement dans TËglise catholique , mats dans rËBsqnre romain ^ ou qu'on ait pu douter ikn seul moment que là polygamie &kt défendue ? U n'userait Ta*^ voir dit> et il sait bien qu'on Taocableroit de pas* sages q^ilàiprouveroient le contsaire. Mm enfin il y a eu une Itli 7 Se n'en crois rien, mm plus que Baronius ei M^ YâtoiS'^ et tous nos hd^âes cnti«ques. Socral^y t[^i ié dit seul M y ne mérite pas ÀsseÀ de droyahdè pOUr établir un fait si étrange : M. Basnage sait bien qu'il en hasarde bieh d*au- Ires dont il est dédit par toXis les savans. Sozom^n^ qui le suit presque partout > se tait id : Théodoret "de même : en un )thot tolis les auteurs du temps
CO lèiJ. 444" "~ ^*J Socr. lib. iv, cap. 5i.
DES VÀRIATIOnS. 628
on des tem{)S voisins gardent un pareil silence, et on ne trouve ce fait que dans ceux qui ont copi j Socrate quatre à cinq cents ans après. Il né faut N
pas oublier deux auteurs païens qui ont écrit vers les temps de Y alentinien. C est Ammian Marceliiâ et Zozime ; le premier est constamment peu fa«> vorable à ce prince , qu il seinble même vouloir dëprimèr, en baine du mépl*is quii tëmoigndit pour Ittlienf Apostat^ le héros de cet historien M : et néanmoins 9 parmi toutes ses fautes , qu'il fiiai>qne avec un soin extrélue , non-seulement il né marque {^ôint celle-ci, mais il semble ménle qu'il ait dessein de l'ex^clure , puisqu'il rend ce kémoi«gna^ à y alentinien : que ce prince a ton jours » attaché aux règles d'une vie pudique , a été » chaste au d«rdans et au dehors de sa nkaison , n sans avoir jamais souillé sa eonscience per au- » ciine action malhonnête et impure , ce qui » même le i^ndoit sévère à réprimer la litsence » de la Cour W ». Auroît-on rendu cetémoè^nage à un prince qui «fût entrepris de fkiiie une Icd , efc de donner nn ^exemple pour autoriser la polygamie q^e les ftoMainis , même Païen»^ ne jugefoient digtoe H|ue des Barbai'ès ^ que Valérrén v ique Dioclétien et les autres princes avovent répritoée par des lois expresses qti'^ tl^oilVe encnre dans le Gode.
Si Vâlentiniéh en ^voit feil ntm tMtnure , Zozime n'aimoit pas aiset <%t%mpertuf^ pour nous le cacher. En pftiiant de ValeiàtiMen et xlu
(0 j4mm»3farc, lit. sxxti, tubjpn. xxtii.-^ i») îbiâ, kxx.
6^4 DÉFSH8E DE L^HISTOIRS
dessein qu*il avoit de composer un coq)S de loi9 , il en remai*que une qu'il fut contraint d'abolir (0 ; c*étoit le cas de parler de celle^i , si elle avoit jamais été. Aussi ne se trouve-t-elle ni dans le Code ni nulle part : ni on ne voit qu'elle ait jamais été reçue , ni on n écrit qu'elle ait été abolie : il n'en est resté ni aucun usage dans l'Empire ^ bien qu'on prétende qu'elle ait été publiée dans toutes les villes , ni aucune marque parmi les jurisconsultes y ni enfin aucune mémoire parmi les hommes. Jamais les Pères ne l'ont reprochée , ni durant la vie ni après la mort , ni àValentinien, ni à Justine ) cette prétendue seconde femme ^ quoique, devenue arienne et persécutrice des Catholiques,, elle n'avoit pas mérité d'être flattée. Quand nous n'aurions aucune autre preuve contre cette fable , le nom même d'un empereur si grave, si sérieux , si chrétien y résisteroit : il n'auroit pas déshonoré son empire , si glorieux d'ailleurs , par une loi non -seulement si criminelle même dans l'opinion des Païens , mais encore si impertinente. Qui en voudra voir davantage sur ce sujet peut consulter Baronius , qui même convainc de faux cette historiette de Socrate en plusieurs de ses circonstances, comme pai* exemple lorsqu'il nous donne cette. Justine pour fille dans le temps que Valentinien l'épousa, elle qu'on sait avoir été veuve du tyran Magnence. C'est Zozime qui le rapporte au quatrième livre de son histoire : « Le s jeune fils de Valentinien que ce prince avoit eu
» de
DES VARIATIONS. 6a5
» de la veuve de Magnence y fut, dit-il (0, fait >» empereur à Tâge de cinq ans ». Et encore vers . la fin du même livre : « Le jeune Yalentinien te » retira auprès de Thëodose avec sa mère Justine ^ » qui, comme nous. avons dit, avoit été femme » de Magnence , et épousée après sa moil par Va-*- » lentinien pour sa beauté ». Trouver deux fois dans un historien /plutôt ennemi que favorable à Yalentinien , ce mariage avec Justine , sans qu'il en marque cette honteuse circonstance , ce serott ^ quand nous n'aurions autre chose , une preuve plus que. suffisante de sa fausseté. Etott-il permis à M. Basnage de dissimuler toutes ces choses : de nous donner comme un fait constant ce qu'il sait avoir été rejeté par tant d'habiles gens , et par des raisons si solides ; et encore de me reprocher Tignorance de l'antiquité y parce que lorsque j'en marquois les sentimenssur la pluralité des femmes , je n'avois daigné tenir compte , ni d'un fait si mal fondé y ni de cette prétendue loi de Yalentinien ? Et après tout y que peut-il conclure de tout ce fait y quand il seroit aussi véritable qu'il est manifestement convaincu de faux ? Le public n'en verroit pas moins de quelle absurdité il étoit à trois Prétendus Réformateurs de remettre en usage après tant de siècles une loi entièrement oubliée d'un empereur.
M. Basnage nous cite pour dernier passage celui LXIV. des Constitutions apostoliques , où U est ordonné , Erreur de ditfil (^), de recevoir paisiblement à la commu- ^^^ mr'nn.
qui fur 11119
(0 Lih. ly, circœ mtâ, — (>) Ibid, Const. uip. viii. 3a. BossiJET. Avert, aiix Prot. u ^o
6a6i DÉFEirsE de l histoire
froide équi- nionla ùoncubine d'un infidèle qui n'a commerce Yoque , ob- ^,^'^^^ /m', jj croit donc que les Eslises de Jésas-
jecie a toute " 10
l'Eglise et Clirist Ont approuvé de tels commerces hors du ■uzpremien m^^^ge ^ et ne craint point de souiller la sainteté ▼oir approu- des mceuTS chrétiennes ^ et dans les temps les plus TéruMgedefl purs ^ par ces indignes soupçons. Faut -il apprendre à ce faux savant la distinction triviale des femmes épousées solennellement', et d'autres femmes qu'on appeloit concubines > parce qu'elles étoient épousées avec moins de solennité , quoi* qu'elles fussent vraies femmes sous un nom moins honorable 7 Toutes leslois en sont pleines, tons les )urisconsultes en conviennent, on en voit même des rentes en Allemagne ; on la trouve jusque dans l'Ecriture , et ce grand docteur Tignore , ou ce qui est pi3 , il fait semblant de l'ignorer. C'est qu'il cherchoit une occasion de nous objecter « que » le droit canon , dont les lois sont si sacrées 4 9 Rome , autorise le concubinage , puisqu'il per* D met de coucher avec une fille lorsqu'on n'a » point de femme (0 ». S'il vouloit dii-e des faus« setés , il devoit tâcher du moins de les expliquer en termes plus modestes. Mais où est cet endroit du droit canon? M. Basnage demeure courte et n'en a cité aucun endroit. C'est qu'en effet il n'y en a point : il n'a même osé citer ce fangeux canoa du concile de Tolède , oh. l'on permet une concubine au sens qu'on vient de i^pporter , parce qu'il sait que cette grossière équivoque est maintenant reconnue de tout le monde ; et cependant sur un fondement si léger il remue sai\s nécessité toutes
DB8 TÂKIÂTIOirS. 6^1
ces ordures y et il ose caloinnier la doctrine de l^Eglise catholique.
Voilà toutes les excuses qu'il a pu trouver pour la Réforme dans ce honteux mariage du landgrave. Passage de Il se donne encore la peine d'excuser ce prince , Melancion ,
-, . ^ que 1 auteur
non de son mcontinence qui est avérée , mais a a^ ^^s Variavoir eu de ces maladies qu'on ne nomme pas , et ^^^ ^^ '^^ qu'il avoit lui-même tâché de cacher. Il est vrai , B^^nJ^Vd'ai )e l'avois ramarqué en passant dans l'Histoire de^ ^oir fidsifîé. Variations (0, comme une circonstance qui n'étoit pas indifférente au fait que je rappbrtois ^ et je l'avois fait avec tout le ménagement qui est dû en ces occasions aux oreilles d'un lecteur. Mais puisque M. Basnage m'entreprend ici comme un calomniateur qui ai corrompu un passage de Melancton y que je prodais , il me contraint à la preuve. Ce ministre veut nous faire accroire qu'on cachoit , non point la nature de la maladie du landgrave ^ mais sa maladie elle-même, « depem* }i d'alarmer le parti dans un temps oâ sa présence » étoit absolument nécessaire y et o& le délai de son I» voyage pour se trouver avec les antres princeà ndonnoit déjà quelque alarme (s) ». M. Basnage* ne s'aperçoit pas^ tant ses lumières sont courtes, qu'il est pris par son aveu. Dès qu'une personne publique , principalement lin souverain , et un souverain d'une si grande action ^ cesse tout-à-fait de parottre , quoiqu'il soit au milieu de ses Etats, dès qu'on n'admet dans le cabinet que le domestique on les gens plus affidés et plus familiers , et /que l'antichambre est muette , on ne demande pas
(0 Variât, ^V. Ti, n. i. — (•) Basn, ihid.
6a8 DÉFEirsE de l histoire
s'il est malade. Mus ce souverain est attendu dans une assemblée solennelle ^ et plus sa présence y est nécessaire y plus on sent qu'il est malade lorsqu*il y manque ; et l^n d'en faire finesse y c'est alors qu'il le faut plutôt découvrir, de peur qu'on n'attriftue son absence à une autre cause. Enfin y si ce n'étoit pas la qualité du mal que l'on cachoit^ que veulent dire ces paroles de Melancton , puisqu'enfin on me contraint à' les traduire : « on » cache la maladie y et les médecins disent que » l'espèce n'en est pas des plus fâcheuses (') » ? Cependant fai -corrompu Melancton y dit notre ministre y à cause que la bienséance m'avoit empêché de le traduire grossièrement , et de mot k mot. Mais après tout que nous importe ? Quand on aura défendu un prince si réfonné d'un mal honteux, l'aura -t- on défendu par-là d'une intempérance encore plus honteuse J U la confesse lui-même ; il avoue , dans l'Instruction qu'il envoie à Luther par Bucer, que ce quelques semaines » après son mariage , il n'a cessé de se plonger » dans l'adultère , et qu'il ne vouloit ni ne pon- » voit se corriger d'une telle vie , à moins qu'on » ne lui permit d'avoir deux femmes ensemble (^) »: et remarquons que la lettre qu'on vient de voir de Melancton , cette lettre où il est parlé de la maladie qu'on ne nommoit pas, est datée du commencement de iSSg : l'instruction est de la fin de la même année , et il y dit que cette belle résolution de demander la permission d'avoir
(0 Db, iT. ep. a 14. Var. U^. vi, n. 1. — (») Var. UiJ, ». 3. Inst. du Land. n» î,:i.
DES TAIIIÀTI0R8. 6119
deux femmes , est la suite des réflexions qu'il a faites dans sa dernière maladie (0. U dit encore ^ et il a voulu qu*on Fécrivtt en Fan 1 54o , dans Facte de son second mariage, -que ce mariage lui étoit nécessaire pour la santé de son ame et de son corps C^). Qu^on ramasse ces circonstances y et qu'on juge si c'est moi qui fais une calomnie au landgrave , comme le dit M. Basnage (3) , ou si c'est M. Basnage qui me fait une honteuse chi« cane. U dit encore que M. de Thou justifie ce prince : parce qu'en disant qu'il auoit une concU" bine avec sa femme par le conseil de ses pasteurs^ il ajoute, qu'à cela près il étoit fort tempérant. Mais assurément le témoignage de M. de Thou ne prévaudra pas sur Faveu du landgrave -qu'on vient d'entendre. C'est une honte à ce prince et à la Réforme d'avouer ce commerce comme approuvé par ses pasteurs. Et néanmoins ce que Fon cachoit étoit encore plus infâme , puisque c'étoit la débauche sous le nom de la sainteté, et un adul* tère public sous le voile du mariage.
Pour purger les chastes oreilles des idées d'un ^^^•. mariage scandaleux , et tout ensemble effacer les ^^ mariaee soupçons qu'on a voulu donner de l'ancienne chrétien est Eglise , comme si elle étoit capable d'en approu- ®*P^®*' ver de semblables ou d'aussi mauvais : disons avec saint Augustin et les autres Pères, à la gloire de la sagesse divine , que les lois étemelles qu'elle a établies pour la multiplication de la race humaine, ont été dispensées dans l'exécution avec divers changemens : que pour réparer les ruines
CO Var. iUd. — (») Var. ihid. it. 9. — V»} Ibid. 44 i. *
Boss. Avert. aux Prot. i. ^o
63o BÉFEBTftB DE L III8T01UE
de notre nature presque toute ensevelie dans les eaux du dëluge, il a été convenable au commencement de permettre d'avoir plusieurs femmes ; et que cette coutume venue de cette origine s'est conservée et se conserve encore en plusieurs contrées et dans plusieurs nations : qu'elle s'est conservée en particulier dans le peuple saint , à cause qu'il devoit se multiplier par les mêmes voies que le genre humain , c'est-à-dire , par le sang : que toutes les raisons qu'on vient de dire , sont la cause des mariages de nos Pères les patriarches ^ à commencer depuis Abraham, qui devoit être le père de tant de nations : que Ja« coby en qui devoit commencer la multiplication du peuple saint par la naissance des douze pa-* triarches pères des douze tribus, usa de cette loi j et fut suivi par tous ses descendans et tout le peuple de Dieu : que le désir de revivre dans une longue et nombreuse postérité, fut fortifié par celui de voir enfin sortir de sa race ce Christ tant promis : qu'après même qu'il fut déclare qu'il sortiroit de Juda et de David , chacun pouvoit espérer d'avoir part à sa naissance par le$ filles de sa race , qu'on pourroit marier dans ces familles bénites, et qu'ainsi le même désir de multiplier sa race, subsistoit toujours dans l'ancien peuple, non-seulement par l'espérance de revivre dans ses enfans, mais encore par celle d^avoir en leur nombre le Désiré des nations. Les saintes femmes étoient touchées du même désir , tant de celui de revivre dans leur postérité , que de celui d'être comptées parmi les aïeules du
DES TÀRlÀTlOirS. 63t
Christ y ce qui, comme on sait, a illustré Thamar , Ruth et Bethsabée. Par ces raisons et par la constitution de Fancien peuple , la stérilité étoit un opprobre , et la virginité étoit sans gloire : 'c'étoit la cause du désir qu'on voit dans les saintes femmes qui avoient ensemble un seul époux, de devenir mères; et comme ce désir des femmes pieuses étoit chaste et nécessaire en ce temps, les saints patriarches leurs époux avoient raison d'y condescendre. C'est aussi par^à qu'on doit conclure que la jalousie ne régnoit poifnt en elles, non plus que la sensualité qui en est la source, mais le seul désir d'être mères, na^ turel dans son fond , et raisonnable en ses manières selon la disposition de ces temps -là : on voit parottre ce même esprit dans les saints patriarches leurs époujc ; et ainsi, comme le remarquent saint ChrysostÔme et saint Augustiù (0> et comme l'apercevront aisément ceux qui regar-' deront de près toute leur conduite ^ ce li''éloit pas le désir de satisfaire les sens, maiâ l'amour de La fécondité qui présidoit à ces chastes inariages; lesquels aussi étoient la figure de. la sainte union de Jésus- Christ avec les âmes fidèles, qui s'unissant avec lui portent des fruits étemels. Par une raison contraire, depuis que la synagogue eut enfanté Jésus^Christ ^ que les anciennes figures furent accomplies, et qu'on vit paroltre
(') Chrys. hom. xxxTiii, lu m Genesim,etc* tom. ^Tfp. Î8a et seq. S. Aug. cont. FausU iib, xxii , cap. 4^ et seq, tom. viii , coL 387 et aeq.
633 défeuse de l histoire
le peuple qui ne devoît plus se multiplier par la trace du sang, mais par reffusion du Saint-Esprit ) les choses dévoient changer : rien n*empé-> choit plus que le mariage ne fût rétabli , comme il Ta été en effet par Jésus-Christ en sa première fotme f et tel qu il étoit en Adam et en Eve , oh deux seulement et non davantage devenoient une seule chair. Par une suite infaillible de cette institution, la stérilité n^étoit plus une honte , et la virginité étoit comblée de gloire , d'autant plus qu'en la personne de la sainte Vierge , elle avoit fait une mère et une mère de Dieu. Il devoit aussi paroître alors d'une manière éclatante ^ que toutes les âmes que le Saint-Esprit rendroit fécondes f seroient unies en Iésus*Christ , et composeroient toutes enseiàble une seule Eglise , figurée> dans le mariage dirétien , par la seule et fidèle épouse d'un seul et fidèle époux. On a vu depuis ce temps ^ et selon ces chastes lois du mariage réformé par Jésus -X!hrist , que partout où. son Evangile fut reçu , les anciennes mœurs fu-* reut changées : les Perses qui Tout embrassé , dit un chrétien dès premiers siècles , n'épousent plus tsurs sœurs : les Parthes ont renoncé à la coutume d'avoir plusieui's femmes , comme les Egyptiens, à celte d adorer Apis et des animaux. Ainsi parloit Bardesaue , ce savant astronome, dans l'admirable disiiours qu'Ëusèbe rapporte (0 : ainsi parlent les autres auteurs ecclésiastiques , d'un commun consentement , et le mariage, réduit à la parfaite
CO £m, Prœp. Ey. L yi, cap. lo.
^DBS TAI1IÀTIOR8. 633
société de deux cœurs unis , a été un des caractères du christianisme : ce qui a fait dire à saint Augustin (0 ) {fue ce n'étoit pas un crime d*ayoir plusieurs femmes lorsque c'étoit la coutume. La disposition des temps y convenoit : la loi ne le défendoii pas : mais maintenant c'est un crime ^ parce que cette coutume est abolie. Les temps sont changés : les mœurs sont autres ; et on ne peut plus se plaire dans la multitude des femmes que par un excès de la convoitise.
On peut voir maintenant , non*seulement par l^*autoritéy mais encore par l'évidence de la doctrine céleste , combien est digne d'être détestée la Consultation de Luther y qui ^ non contente de nous ramener à Fimperfection des anciens temps ^ nous met encore beaucoup au-dessous; puisque même dans ces temps-là ^ où le mariage plus libre unissoit plusieurs épouses à un seul époux par up même lien conjugal ^ on a vu que ce n'étoit pas la licence y mais la seule fécondité qui dominoit : au lieu que, dans ce nouveau mariage autorisé par Luther et les autres Réformateurs , le landgrave content de la lignée et des princes que lui avoit donnés sa première femme ^ ne recherchoit , dans la seconde qu'on lui accordoit, qu'un moyen d'assouvir l'ardeur que l'Evangile lui ordonnoit de modérer.
La Réforme peu régulière , et on le peut dire sans hésiter y peu délicate sur cette matière, a introduit dans la chrétienté un tel abus. On l'a
0) Cont, Faust, iib, xxu, cap. 47, co/. 368.
634 DÉFESSE DE L^HISTOIEE
poussé plus loin qu où ne pense. M. Jurieu qui a établi ces honteuses nécessités , qne )e ne veux pas répéter, pour appi^endre aux chrétiens à multiplier leurs femmes y les a soutenues par la dis* cipline de tous les Etats réformés (0. M. de Beauval et les auti es s'y opposent en vàiti ; M. Jurieu lui déclare y « qu'il ne changei^a pas de sentiment » pour ses méchantes plaisanteries ; qu'au reste » ce n*est pas à lui à décider avec cet air de mai- » tre W » ; que lui et tous ses amis dont il vante les conseils sont des néants; et qu'enfin il n'appartient pas à uH jeune avocat ijui ne sait ce quU'l dit, et qui parle de ce qu'il ne sait pas, d'opposer son sentiment à celui d^un théologien aussi grave que AL Jurieu. Ptiis^ lui parlant au nom de la Béforme^ ou de tout l'ordre des ministres : « Qu'il ne fasse point, ditril, si fort le maître : » nous n'en voulons point pour avocat : nous dé- 3> fendrons bien la pui*eté de nos mariages sans » lui ». En cet endroit M. de Beaiival a raison de se souvenir de l'incomparable chapitre de XAceomplissement des prophéties (?) , où dans la plus grande ferveur de ses dévotions , et même au milieu de ses lumières prophétiques , l'ame pénétrée de la plus i;û^ douleur qu'on puisse imaginer sur les malheurs de la Réforme , M. Jurieu avoue qu'il ressent le*plaisir de la vengeance, et paroît' nager dans la joie en maltraitant un auteur qui
(>) Leu, pasL — (*J ^i/ù de PAuL det Lett. Pastor. à M. de Seauind, p. 7. — (') Rdp. de i^Auteur de VHUu de* Ouvragea dei SatNins. Ace, des Propk, l.parL ch* dern.
Tavpit piqué dans quelque endroit dâicat. Mais M. de Beauval a beau relever le ridicule de son adversaire^ dans ses prophéties, dans les miracles qu'il conte , et dans tous les autres excès de ses sentimens outrés : Fautorité de M. Jurieu prévaut : les synodes et tes consistoires se taisent sur la doctrine que ce minUtre leur attribue. C'est qu'il est vrai dans le fond que les Eglises protes* tantes se donnent des libertés excessives sur les mariages ; et ceux qui se vantent de réformer l'Eglise catholique ont besoin d'apprendre d elle en cette matière , comme dans les autres également importantes y la régularité et la pureté de la morale chrétienne.
tlV DU TOME TROISIÈME.
fc^»»^»'%^»%^<»«%)%»%^>i»*^ <m0m/^%»0*mm^v^v*^f*Mf*^*^^t*M^M'^*^^