Mémoires de Richelieu
4. Le prieuré de Saint-Robert avait été fondé en U22, près d'une ancienne chapelle taillée dans le roc, placée sous l'invocation de saint Maurice, qu'avait fondée Rodolphe de Turenne, archevêque de Bourges, en 876. (V. mon Histoire du Bas-Limousin»)
bourg de Saint-Féréole, situé sur le plateau d'une haute colline, craignant le châtiment infligé à ceux de Voutezac, effrayés aussi t de l'arrivée du seigneur d'Authefort accouru pour les assiéger, abandonnèrent le château, que Maillard, consul de Brive, fit aussitôt démolir. Les garnisons de Lissac et de Puy-de-Noix se retirèrent sans combattre. Celle de Beynat se défendit à outrance, mais fut emportée par le seigneur d'Authefort, qui fit attacher les prisonniers à des gibets dressés sur les murailles. La ville d'Argentat, où plusieurs familles avaient embrassé de bonne heure le protestantisme, effrayée du danger qu'elle courait et dans l'intérêt de l'activité de son commerce avec l'Auvergne, promit de rester neutre et fit démolir les quatre forts élevés pour sa défense. Le vicomte de Turenne, furieux contre les habitants de Brive qui avaient si courageusement fait face à ses lieutenants, vint pour attaquer cette ville, mais voyant toutes les dispositions prises contre lui, il y renonça, se promettant bien de se venger plus tard. Quelque temps après, de Lestang, lieutenant général de la sénéchaussée, ayant laissé le pays sans défense pour aller au .siège de Castillan, quelques bandes calvinistes étaient rentrées dans les ruines des châteaux de Voutezac, de Saiqt- Féréole et de Puy-de-Noix. Un jour que le seigneur d'Authefort se trouvait à Brive avec plusieurs gentilshommes, un soldat étant venu à la hâte l'avertir que les capitaines protestants Labrousse et Brach venaient d'enlever tous les troupeaux dans les environs d'issandon, il accourut, surprit les ennemis entre l'Arche et Lissac, en tua une partie et rentra à Brive avec trente-cinq prisonniers et soixante-huit chevaux.
Le vicomte de Turenne, qui tenait toujours la campagne, honteux de son dernier échec contre Brive, se disposait encore à une nouvelle attaque et donnait Tordre à ses lieu-
tenants de s'en rapprocher. Les habitants s'empressèrent de demander des secours au seigneur d'Authefort, et invitèrent en môme temps les chevaliers du Pescher, de Saint- Chamans, de la Chapelle et d'autres à se joindre au gouverneur. En attendant, on prépara la défense en toute hâte; on creusa des retranchements en avant de la tour carrée et autour de l'église Saint-Pierre; le faîte de la tour Mage fut muni de créneaux et chargé de projectiles. On venait d'apprendre que le vicomte s'approchait, traînant avec lui plusieurs canons, et que les siens avaient déjà pillé le bourg de Saint-Féréole, ceux de Plus, de Naves, et la petite ville de la Guenne, qui avait trouvé le moyen de sauver la chasse de saint Calmine, l'apôtre de l'Évangile et de la civilisation 1 : Mais l'intrépide chef recula devant l'énergie des Tullistes, exhorta les siens à se porter d'un autre côté, à reprendre les localités occupées dans les environs par les partisans de la Ligue, à laquelle Henri III tendait les mains, entraînant dans ce parti le vicomte de Pompadour qui campa quelque temps à Limoges, où l'évôque de La Marthonie se montrait le plus exalté du parti contraire au Béarnais. Les ligueurs étaient maîtres des châteaux d'Eymoutiers, de Masseret, de Saint-Germain et de Meillars 2 ; les calvinistes de ceux de Chamberet, de Châteauponsac, de Royère 3 .
La guerre était partout; les villes fermaient leurs portes,
1. Cette châsse, chef-d'œuvre du style byzantin, enrichie de ciselures émaillées du XII e siècle, fut longtemps conservée à la Guenne. Elle a été vendue de nos temps à un de ces marchands qui trafiquent des plus beaux ornements de nos églises.
2. Le château de Meillars eut une grande importance au moyen âge. Ou y a trouvé des deniers d'argent portant d'un côté : Castellum Meilhares, de l'antre, la tête de saint Martial, comme sur les deniers de Limoges.
3. Ce château eBt le môme que celui de Brignac, où naquit Foulques de Royère, abbé du monastère do Saint-Germain de Toulouse, fondateur de l'hôpital Saint- Jacques, mort en 1455. (Collin : Table chronologique.)
les plus petites bourgades se fortifiaient, les châteaux du moyen âge, comme dans la guerre de Cent-Ans, se couronnaient de créneaux, s'emplissaient de munitions et de vivres; les détachements des deux partis se montraient également audacieux et cruels, pillaient les maisons dans les
campagnes, enlevaient les bestiaux et souvent mettaient le feu aux forêts. Le malheureux Henri III s'enfuyait de Paris, se demandant peut-être déjà comment il pourrait échapper aux ciseaux de mademoiselle de Montpensier.
À Limoges, des gentilshommes, des bourgeois, des artisans, effrayés des excès de leur propre parti, songaientà abandonner la Ligue et à se ranger du côté du vicomte de Ventadour, que Henri III venait de nommer gouverneur du Limousin. Mais comment se décider, menacés qu'ils étaient par les ligueurs qui couraient dans les environs? Aussi peu de jours après, ceux-ci, conduits par les Rastignac, les capitaines Gaillard, Puymolinier, Benoît, Descordes et Boyol, après s'être emparés de Saint-Yrieix, firent-ils une invasion dans Limoges, se présentèrent devant le couvent des Carmes des Arènes, arrêtèrent neuf habitants de ce quartier et reprirent la route de Saint-Yrieix avec leurs prisonniers, poursuivis par le capitaine Raymond et par le sergent Goiraud, qu'ils tuèrent d'un coup de pistolet. On craignit encore de plus audacieuses entreprises, facilitées par la trahison; aussi, dans une assemblée tenue à la maison consulaire, fut-il convenu qu'on s'assurerait des parents ou amis des ligueurs dont on soupçonnait la fidélité.
Pendant qu'on prenait ces mesures de sûreté contre lesquelles réclamèrent plusieurs familles , les Rastignac surprenaient quelques places dans les environs d'Eymoutïers. Le 15 mars 1589, la ville de Saint-Yrieix « fust mise sous leur obéissance par les menées et trahison de
Pierre de Lafon, Dominique de Lafon, Jean et René Lafon, frères, et d'un nommé Truffin de la Nouaiile, qui saisirent les portes, moyennant la faute de monsieur Gravier, qui avoit esté esleu viguier de ladicte ville; de laquelle prise sont accusés aussi messieurs Maistres François Fabry, doyen, Hélie Leymarie, chanoine, François de Lafon, aussy chanoine 1 . » A cette nouvelle, les consuls de Limoges, menacés à l'extérieur, se déûant au dedans de quelques-uns de leurs concitoyens, réunirent à prix d'argent quelques détachements qui, sous les ordres des lieutenants Sanal et Vertamond, prirent position dans la Cité et au pont de Saint-Martial, d'où sortaient de temps en temps des patrouilles pour surveiller les routes. D'autres, entretenus par le clergé, campaient à la porte de Saint-Martial. Sur ces entrefaites, arrivèrent les régiments de Maligni et du ca- ' pitaine Marest, que les consuls prièrent de se joindre à eux pour attaquer dans son château le seigneur de Puymolinier, qui capitula et sortit de la place avec sa famille. L'arrivée du comte de la Voulte, fils du duc de Ventadour*, récemment nommé gouverneur de la province, rassura les habitants. Les consuls, accompagnés d'un corps d'infanterie commandé par le président Martin, allèrent le recevoir aux portes de la ville et le conduisirent au palais du Breuil, pendant que ses soldats se logeaient dans les environs. Les ligueurs, campés à Béchardie, apprenant qu'un détachement de l'armée du gouverneur était cantonné au bourg de Naugeat, s'avancèrenf sans bruit, surprirent les soldats endormis, en tuèrent sept, en blessèrent d'autres et firent quelques prisonniers. A quelques jours de là, Montégut,