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Eugène Le Cointre : Mémoire sur Pierre Robert

rues, se portèrent en vociférant devant la maison Dubois, où logeait Jean de Verdier f trésorier de France, qui se déroba à la colère des révoltés en se réfugiant dans révêché. Le jour suivant, l'insubordination se promenait encore triomphante dans les rues, pendant que les habitants paisibles et effrayés fermaient leurs portes. La foule se dirigea vers la maison commune, pour enjoindre aux consuls de forcer Lambert et ses archers à se retirer. Sur le refus de ces magistrats, cinq à six mille personnes coururent à la place Saint-Michel, devant le logis du Breuil, où Lambert était en conférence avec le baron de Châteauneuf. La porte du jardin fut brisée; la maison allait être envahie, quand les gentilshommes qui s'y trouvaient mirent l'épée à la main et repoussèrent la foule 1 .

Les consuls et le président Martin rétablirent le calme, en promettant d'obtenir du roi l'exemption de l'impôt. Ils entrèrent ensuite dans le logis du Breuil, d'où ils sortirent bientôt après avec le baron de Châteauneuf, pendant que les gentilshommes accompagnaient Lambert et son escorte d'archers hors des murs de la ville. Lambert se retira au château de Beauvais, appartenant à l'abbé de Saint-Mar-

ii » • • •

i; Henri IV écrivait au connétable de Montmorency une lettre qui aide

à expliquer cet événement : « Mon cousin, je vous donnois dernièrement avis de la situation de la ville de Limoges et de Tordre que je donnai lors, pour y rémédier. Maintenant je vous dirai ce qui s'est passé sur l'exécution du commandement que j'avois fait au sieur de Châteauneuf, Charles de Pierre-Buffière, gouverneur de la ville, de entrer en icelle. C'est que tous les habitants assemblés, ayant entendu ma volonté par mes lettres, résolurent à l'instant d'ouvrir les portes audit sieur de Châteauneuf... Comme il a fait au même temps accompagné de cent gentilshommes et de plus de deux cents autres tous en armes , et a été reçu de tout le peuple avec un applaudissement général et cri continuel de : Vive le Roi !... Depuis ont esté livrés audit Châteauneuf aucuns de mes officiers et des consuls qui n'avoient apporté ce qui dépendoit de leur autorité pour appaiser ladite sédition. Cette grande et subite soumission fait connoitro l'inclination naturelle qu'ont mes sujets à m'obéir, et que bien peu des habitants participoient à ladite désobéissance. » {Lettres missives de ilenri IV, L Y, p, o97.)

tial * ; il y rédigea le procès-verbal constatant les violences auxquelles il avait été en bulte, et en termes tels que les consuls, effrayés, en rédigèrent un autre qui devait être présenté au roi par le duc d'Épernon. Neuf jours après, le président de Jambeville arriva à Limoges pour punir cette sédition, convoqua les douze consuls et leur ordonna de déposer leurs cbaperons sur la table 2 . Puis, ayant fait appeler Jean Mauplo, trésorier général, Jean Petiot, juge, Gaspard Benoît, le marchand Durand Brugère, Pierre Dubois, et Jean Bonin, procureur du roi, il leur mit le chaperon sur Tépaule, les investissant ainsi des fonctions de consuls. Ce fut le dernier jour de la commune de Limoges, qui, à travers toutes les difficultés des siècles passés, avait su défendre ses privilèges et ses coutumes contre les vicomtes et contre le clergé. Henri IV n'aimait pas plus que la dynastie des Valois les institutions municipales du moyen âge; son mandataire appela les juges conseillers d'Angoulême, qui firent une enquête et condamnèrent les fauteurs de la révolte, alors en fuite, au supplice de la roue. Deux d'entre eux, Nabot et la Roque, arrêtés à Bergerac, furent pendus sur la place de Saint-Michel, en face du logis du Breuil (1602) 3 . On mit à exécution la pancarte du nouvel impôt, qui fut perçu jusqu'au mois de janvier suivant, où le roi, touché des misères du peuple, en ordonna la suppression.

Quelque temps après, cette population qu'on venait de faire assister à de cruelles répressions légales, accourait avec empressement à une autre satisfaction donnée à la re-

1. Pierre X du Verdier, qui fut abbé de 1598 à 1652. (GalL Christ.)

2. Ceux qui comparurent furent : Garreau, G. Roulhac, F. Nantiat, P. Martin, F. Cellière, Cibot, avocat du roi, du Chambon, J. Navières, J. Tourniol, J. Rogie et le procureur Jean Guineau.

3. L'impôt fut perçu par les fermiers généraux jusqu'à la fin de l'année. Au mois de jauvier 1G03, le roi en releva les habitants et rappela le président de Jambeville. s , •

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ligion outragée. Deux frères, Maureil et Jean Farnes, avaient volé et assassiné un marchand, enlevé dans l'église de Saint-Michel-de-Pistorie un vase sacré, renfermant des hosties. On les condamna à être rompus vifs. Jean Farnes alla au supplice sans manifester aucun repentir, et refusant !es secours de la religion. Son frère, agité de sentiments contraires, appela, au moment de subir sa peine, un archer et lui dit à l'oreille que les hosties étaient cachées dans un tas de pierres, près du rempart. L'évêque ordonna une cérémonie expiatoire. Le clergé des paroisses et les religieux mendiants sortirent en procession de la cathédrale, accompagnés de cinq mille fidèles, pour aller chercher les hosties au lieu indiqué 1 .

Les six nouveaux consuls institués par l'ordre du roi administrèrent selon les formes usitées sous leurs prédécesseurs; mais leur installation n'en était pas moins une violation des anciens privilèges de la commune, et cependant les descendants du mnnicipe romain, à travers tout le moyen âge, ne s'étaient jamais mis en révolte contre le pouvoir royal, si souvent aux prises avec la féodalité. D*ns les grandes luttes que la France avait eu à soutenir pour défendre contre l'étranger sa nationalité et son indépendance, les consuls de Limoges et la population s'étaient toujours montrés dévoués et courageux, et, dans les derniers trouilles occasionnés par les ligueurs, leur fidélité à la cause royale était restée à la hauteur des nécessités du temps. Malgré tout, Henri IV, autour duquel murmuraient encore les factions, crut devoir modifier de nouveau les élections de celte magistrature plébéienne, en confiant à cent prud'hommes, choisis par lui, le choix des six consuls*. Les

1. La même année, selon les chroniques, furent établis des chevaux de poste sur les routes de Paris, de Bordeaux, de Lyon et de Toulouse.

2. Le mode d'élection des consuls fut souvent changé, selon les besoins

registres du consulat témoignent que ces nouveaux magistrats « du bon plaisir » n'avaient pas à cœur, comme leurs devanciers, les intérêts de la cité.

Malgré la violation de ses anciens privilèges, le peuple ne fit point entenare d'énergiques réclamations ; fatigué, comme la bourgeoisie, des dernières luttes où il avait eu sa grande part de misères, espérant trouver la paix et la sécurité sous un roi qu'il aimait, il se laissa aller au pouvoir absolu. La noblesse, au contraire, celle qui avait combattu pour ses propres intérêts plutôt que pour faire triompher la réforme ou le catholicisme, rêvait encore des complots. Son chef le plus intrépide et le plus ambitieux, le vicomte de Turenne, oubliant qu'il devait au roi le bâton de maréchal et son mariage avec l'héritière de Sedan, méditait de nouveaux projets de révolte, cherchait à rallier à sa cause les vaincus de la Ligue et de la Réforme, les mécontents du Limousin, du Querci et du Périgord, et recherchait l'appui des réformés d'Allemagne et même d'Élisabeth d'Angleterre, aussi irritée que lui de la conversion d'Henri IV. Soupçonné à la cour d'avoir trempé dans la conspiration de Biron, et craignant pour sa liberté, il se relira dans son château de Turenne, d'où il correspondait avec les gentilshommes de la Guyenne, qui n'avaient rien gagné dans les dernières guerres et qu'il excitait à une nouvelle levée de boucliers à laquelle devait s'associer le vicomte de Pompadour.

Instruit de ses menées, et après l'avoir vainement mandé à la cour, Henri IV se décida à surveiller de plus près ses ennemis, à venir dans le Limousin, qu'il connaissait à

de l'autorité royale, et quelquefois pour servir l'aristocratie. Eu 1656, un arrêt du Parlement ordonna qu'au lieu d'élire six consuls en même temps, on en élût trois chaque année qui demeureraient en exercice durant deux ans , « afin que ceux qui avaient déjà administré pussent diriger les trois nouveaux. » (Reg. des conseils privés du roi.)

peine, quoique cette province fût un des grands apanages de sa maison 1 . Il écrivit à M. de la Force, chargé déjà dans le pays de surveiller les factieux : — « J'ai vu par votre lettre... comme le retour par de là de Lugagnac 2 a fait changer d'opinion à ceux de la part desquels vous avoit parlé le sieur de Sireuil... Ce premier propos pouvoit attirer ma bonté nouvelle à oublier, ou pour le moins, traiter cette affaire avec plus de douceur qu'il ne comporte, et maintenant je suis résolu d'en couper la racine... Pour y donner un bon commencement, je ne veux plus que vous promettiez rien à personne de ceux qui derenovant pourroient faire croire qu'ils voudroient se repentir; mais que vous les remettiez tous à moi, pour y venir eux-mêmes faire leur confession et protestation. J'ai dépesché mon cousin le duc d'Épernon, pour s'en aller en son gouvernement du Limousin, lui baille dix compagnies du régiment de mes gardes et quatre compagnies de chevau-légers, que je fais entretenir. Il sera, sans faute, le 20 à Limoges, et de là s'en ira former à Brive, où je lui ai ordonné d'appeler toute la noblesse dudit gouverneur; et s'il y en a qui faillent de s'y trouver, qu'il commence à procéder contre eux, et, en quelque lieu qu'ils se renferment, il les y assiège. Je suis résolu de les suivre de bien fort près.... 3 »

1. A cette occasion, Malherbe fit une prière pour le roi allant en Limousiu. On remarque surtout ces \ers :

« Un malheur inconnu glisse parmi les hommes, Qui les rend ennemi du repos où noua sommes : La plupart de leurs vœux tendent au changement, Et, comme s'ils vi voient des misères publiques, Pour les renouveler, ils fout tant de pratiques, Que, qui n'a point de peur n'a point de jugement. »

2. Vezins de Charny, seigneur de Lugagnac, partisan très-actif du duc de Bouillon, avait rendu inutiles les efforts de M. de la Force pour rétablir l'ordre en Limousin. Il fut du nombre de ceux qu'on condamna à mort et qui, n'ayant pu être arrêtés, furent exécutés en effigie.

3.5 septembre 1605. (Berger de Xivrey ; Lettres missives de RentHV, t. Vî, p. 504.)

Tous les projets du duc de Bouillon, vicomte de Turenne, étaient bien connus du roi, qui en informait exactement ses agents, écrivant à M. de Rosny : — o J'ai vu le sieur de Foussart; il m'a conûrmé tout ce que Rodelle nous avoit apporté du côté de Limosin, Périgord et Quercy... que plusieurs ont reçu de l'argent venu d'Espagne, et a été distribué par le duc de Bouillon, lequel a mandé à ses partisans de ne perdre courage et ne s'étonner des bruits qui courent de mon indignation... qu'enfin ses amis le verront plus tôt qu'ils n'espèrent, et ses ennemis plus qu'ils ne désirent. Toutefois je vois bien que tous ces gens là ont plus de peur que d'espérance sur les avis qui leur ont été donnés de mon allée par delà, car La Capelle-Biron 1 et Giversac* qui sont les principaux... ont prié instamment ledit de Foussart de m'assurer de leur fidélité... Ceux de Turenne se fortifient et munissent de ce qui leur est nécessaire, tant qu'ils peuvent, ayant depuis ces rumeurs logé leurs pièces d'artillerie sur leurs plates-formes, faisant contenance de vouloir défendre la place. Le vice-sénéchal de Brives m'a confirmé ledit avis, et m'a assuré que Rignac est dedans avec Vassignac 3 , qui sont tous fort étonnés; de sorte que je ne doute pas que nous en ayons bon marché, en nous avançant et approchant d'eux... Les partisans du duc de Bouillon

1. Jean-Charles de Carbonnières, seigneur de la Capelle-Biron, s'associait, ainsi que le vicomte de Pompadour, sou beau-frère, à la révolte du duc de Bouillon, en fomentant dans le Limousin, Périgord et Quercy, des troubles dont la gravité décida le voyage de Henri IV. 11 fut au nombre de ceux qui furent exécutés en effigie. Il obtint sa grâce après la soumission du duc de Bouillon, et eut même l'honneur d'être présenté au roi à Fontainebleau, par M. de la Force, un an après cette lettre.

2. Marc de Cugnac, seigneur de Giversac, tenait un des premiers rangs dans le Périgord, dont son aïeul maternel, Jean d'Autefort, avait été gouverneur. Toutefois, après avoir été condamné à mort et exécuté en effigie avec La Capelle-Biron et trois ou quatre autres, il obtint l'année suivante des lettres d'abolition et de révocation de la sentence de Limoges.

3. MM. de Rignac et de Vassignac furent aussi exécutés en effigie et plus tord réhabilités.

n'auront aussi de temps pour le recevoir devant que nous soyons au pays, où je suis toujours d'opinion que nous fassions suivre d'une Chambre de Grands-Jours, aûn d'apprendre à ceux du pays de reconnaître la justice avec leur roi....* » Comptant déjà avec raison sur la fidélité de François de Lubersac, seigneur de Chabrignac, il lui avait annooeé que le duc d'Épernon précédait son arrivée de quelques jours et d'avoir à l'assister de tout son pouvoir*. DeRosny apprenait aussi qu'il eût à se défier de Pierre-Buffière: — «Blanchard m'a dit que Pierre -Buffière est de la partie : faites prendre garde à ses actions... Vous lui pourrez bien dire, comme de manière de discours, que vous vous étonnez, comme il est possible, que lui qui étoit dans le pays et n'en bougeoit, il hantoit tous ces gens-là, n'en sût rien 3 . » Le vicomte de ïurenne, informé des projets de voyage de Henri IV, avait feint de se soumettre, mais n'était parvenu à inspirer aucune confiance. Le roi écrivait à ce sujet au connétable de Montmorency : — « Le duc de Bouillon a envoyé un des siens, pour mettre Turenne et les autres forteresses qui lui appartiennent entre les mains de ceux que j'ordonnerai. J'en attends l'effet, et cependant je continuerai mon voyage 4 . »

Henri IV, parti de Fontainebleau au mois de septembre 1604, s'était mis en route, passant par Poitiers et se dirigeant vers Limoges, où il avait déjà envoyé Jean-Jacques de Mesmes, seigneur de Boissy, pour punir les complices de la révolte dont cinq, Jean de Lafaudrie et Michelin, son frère bâtard, Paul de Comarque, Louis Renaud et Jean Chastain, jugés parle présidial, furent décapités, leurs têtes

1. BERGER de Xivrey : Lettres missives de Henri IV, t. VI, p. 505.

2. 15 septembre. (Berger de Xivrey : Lett. missives de Henri IV, t. VI, p. 522.)

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